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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Des enquêteurs écrivent une lettre ouverte à Trump sur le Boeing MH17 abattu en Ukraine en 2014

4 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Un appel utile que j'ai traduit depuis cette source :

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Votre élection a suscité l' espoir que l' assouplissement des tensions entre les Etats-Unis et la la Russie,  et le rétablissement de la paix en Europe en général deviennent réalisables. Le règlement du conflit en cours dans l' Est de l' Ukraine et la levée des sanctions contre la Russie qui sont vitaux pour la communauté internationale ont une chance réelle maintenant. Au vu de cela, il est aussi permis d'espérer qu'une enquête plus approfondie sur l'affaire contestée de l'écrasement du Boeing MH17, à propos de laquelle vous avez mis en doute dans une interview d'Octobre 2015 la thèse de la culpabilité russe:

"Ils disent que ce n'étaient pas eux. Il se peut que ç'ait été leur arme, mais ils ne l'ont pas utilisée pas, ils n'ont pas tiré pas, ils ont même dit que c'est le camp d'en face qui a tiré pour que le reproche leur retombe dessus. Je veux être honnête avec vous, il est probable que vous ne pourrez jamais savoir pour de bon. "(MSNBC)

En effet, nous sommes d' accord avec vous, nous ne pourrons jamais être sûr, avec le genre d'enquête que nous avons vu au cours des deux dernières années. L'enquête officielle du "Conseil néerlandais pour la sécurité" (DBS) et de l' "équipe commune d' enquête" (JIT) n'a été ni indépendante , ni convaincante. Ce type d'enquête constitue un énorme fardeau en particulier aux familles qui ont perdu leurs proches dans la chute de MH17. Ils ont besoin de connaître la vérité.

Nous vous demandons, s'il  vous plait, DE FAIRE PRESSION POUR QU'IL Y AIT UNE NOUVELLE ENQUÊTE. Cela pourrait s'effectuer dans un cadre international comme l'ONU en incluant les aspects suivants:

(1) Une équipe de scientifiques internationaux indépendants, qui exclurait tout pouvoir de veto pour quelque gouvernement que ce soit. Cette exclusion de veto est particulièrement importante, en raison du rôle prépondérant de l'une des parties concernées, l'Ukraine. La principale source d'information du DBS et de la JIT utilisés pour leurs enquêtes officielles étaient le SBU, les services secrets ukrainiens.

(2) Garder tous les scénarios sur la table.

(3) Déclassifier et publier "les images satellite disponibles" que prétendait avoir le secrétaire d'État, John Kerry, le 20 de Juillet 2014; ou (sinon) démentir leur existence.

(4) Mener un examen médico-légal des trous d'impact (pour les résidus métalliques) dans l'épave du MH17 et la reproduire le schéma des dommages causés par les tests de bombardements (comme on le fait habituellement dans les enquêtes criminelles). Remplir les champs d'information clés, tels que la médecine légale du corps, les enregistrements vocaux, données radar, etc.

(5) définir la construction préalable d'un chemin clair pour, un essai objectif international dans le cadre de l'ONU avec les juges de pays qui ne sont pas connectés avec le crash.

De plus, nous vous demandons s'il vous plait  d' OUVRIR DES POURPARLERS DE PAIX AVEC TOUTES LES PARTIES CONCERNÉES (y compris, mais sans s'y limiter, la Russie, l'Ukraine et l'UE) en vue de régler le différend et d'établir un plan de reconstruction de l'Est de l'Ukraine, y compris la rémunération des familles des victimes du crash du MH17.

Merci beaucoup à l'avance, pour votre attention à cette question.

- Journalistes et experts indépendants sur le MH17 -

* Porte-parole pour les médias - M. Billy Six

e-mail  Billy@six-newhagen.de

facebook BILLY SIX

tél. 0049 152 269 27 443

 

MARK BARTALMAI, journaliste et Ukraine documentaires producteur, ALLEMAGNE

BERND BONHOMME, missile colonel de défense ret., Attaché militaire ret. et auteur de livres, ALLEMAGNE

CHRISTOPHER BLACK, avocat international sur les droits de l'homme / crimes de guerre, CANADA

NORBERT FLEISCHER, journaliste d'investigation, ALLEMAGNE

PROF. DR. ELMAR Giemulla, avocat des victimes du crash du MH17 allemandes, ALLEMAGNE

DR. HERMANN HAGENA, airforce ret général. Et auteur d'une étude militaire sur le MH17, ALLEMAGNE

PROF. DSC. OTTO-FRIEDRICH HAGENA, physicien, ALLEMAGNE

PETER HAISENKO, journaliste, éditeur et ancien pilote "Lufthansa", ALLEMAGNE

FRANK HÖFER, journaliste et producteur de films, ALLEMAGNE

DIETER KLEEMANN, colonel de l'aviation / formateur ret. et auteur de livres, ALLEMAGNE

DR. JAMES O'NEILL, avocat sur les droits de l'homme et analyste géopolitique, AUSTRALIE

JOOST Niemöller, journaliste et auteur d'un livre sur le MH17, PAYS-BAS

GRAHAM PHILLIPS, journaliste d'investigation, ROYAUME-UNI

HECTOR REBAN, analyste et blogueur politique sur le MH17, PAYS-BAS

NORBERT K. Reisberg, le lieutenant-colonel. ret., pilote de l'aviation ret., Dipl. Dürer. mil., ALLEMAGNE

BILLY SIX, journaliste d'investigation et auteur de livres, ALLEMAGNE

MAX VAN DER WERFF, blogueur et enquêteur privé sur le MH17, PAYS-BAS

PROF. KAREL VAN Wolferen, journaliste, analyste politique et auteur de livres, PAYS-BAS

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Trump, Kurdistan turc, irakien et syrien...

3 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient

Le renoncement de François Hollande ne me passionne guère (j'espère seulement qu'il aura à répondre de ses crimes après son mandat, comme Sarkozy). Plus intéressantes sont les tensions autour de la nomination du futur secrétaire d'Etat de Trump. Sa directrice de campagne mène un fier combat pour que ce ne soit pas son ex-adversaire membre du parti de la guerre Mitt Romney, mais si c'était Petraeus l'ex-proconsul d'Irak et chef de la CIA ça ne vaudrait pas mieux (en plus il traîne autant de casseroles qu'H.Clinton sur le volet de la divulgation des secrets d'Etat). Ce brave businessman, Trump, va-t-il se faire avoir par les néocons ?

 

Vous savez qu'en ce moment, j'ai les yeux fixés sur Diyarbakır, capitale officieuse du Kurdistan turc, où la répression fait rage depuis plus d'un an. Hier le procureur a requis 150 ans de prison contre Sebahat Tuncel, 41 ans, députée du parti démocratique des régions (DBP), un parti social démocrate ami de la coalition de gauche HDP. C'est une ancienne infirmière, qui a travaillé avec Amnesty international et est une habituée des prisons turques. Elle a eu ses entrées jadis sur le site chomskien Znet dont j'ai parlé dans mes livres (NB les chomskyens sont les partisans de ce linguiste dont l'Assemblée nationale française hollando-vallsienne ne veut pas entendre parler).

Trump, Kurdistan turc, irakien et syrien...

Les maires adjoints Leyla Saman et Ismail Asi de Diyarbakır du DBP en garde à vue depuis le 25 novembre ont été incarcérés hier. Il y a trois heures, les hommes d'Erdogan ont arraché le symbole kurde du fronton de la municipalité métropolitaine.

Dans la province d'Hakkari aujourd'hui dans l'extrême sud-ouest, c'est par dizaines que les conseillers municipaux ont été arrêtés. Il n'y a plus aucun représentant local ou parlementaire élus en liberté dans cette province.

1 213 utilisateurs des réseaux sociaux ont été arrêtés pour "propagande". La répression depuis juillet a pour prétexte l'assassinat de deux policiers qui en réalité aurait pour auteur des gülénistes (des partisans de l'auteur du récent coup d'Etat). Le PKK, qui estime qu'il est aujourd'hui le dernier rempart face à l'instauration d'une dictature complète à Ankara, appelle Barzani, chef du gouvernement autonome kurde d'Irak, à cesser de s'aligner sur Erdogan. Celui-ci a déclaré le 27 octobre qu'il ne laissera pas Sinjar (la ville où les Yazidis ont été massacrés en août 2014) devenir un nouveau Qandil (QG du PKK en Irak). On redoute une offensive turque sur Sinjar.

Des nouvelles intéressantes aussi du côté des kurdes syriens : les forces du YPG auraient trouvé un fabrique d'armes chimiques et d'explosifs d'Al Qaida dans le district de Baiedine (province d'Alep), avec un drapeau turc au mur .. info ou intox ? bizarre quand même que les possesseurs du local aient laissé un drapeau à un endroit aussi compromettant.

Mambij (ville où se trouvait un temple antique d'une déesse syrienne et où le trafic d'objets archéologiques a été intense), reprise à Daech en août dernier, et administrée par les forces  kurdes, est pilonnée en ce moment par l'aviation d'Erdogan.

Trump, Kurdistan turc, irakien et syrien...
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David Hamilton et la loi du monde

1 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #Les rapports hommes-femmes

Quand j'étais devenu le plus rationaliste des rationalistes, une phrase m'avait frappé dans la préface d'un livre d'un historien médiéviste. Cela disait à peu près ceci  : "Quand on n'obéit pas à la loi de Dieu, on est soumis à la loi de monde, et c'est bien pire". J'avais été surpris par cette phrase, parce que je n'avais pas l'impression que le monde ait une loi (à part les lois de la psychologie et de la sociologie, mais on sait toutes les exceptions qu'elles comportent, quant aux lois de la physique, elles sont si immanentes qu'on ne peut pas les considérer comme une norme juridique). Pour moi le monde était au contraire le champ de possibilités et je trouvais fou d'y renoncer pour se soumettre à la loi d'une fiction, d'une vue de l'esprit, le divin, qui avait toutes les chances de ne pas exister.

Mais comme toutes les folies, cette phrase m'a poursuivi. Le raisonnement en terme de lois me faisait penser à Kant, avec sa loi morale pure (l'Inconditionné) et puis le flot des impératifs "hypothétiques" de la vie. Je n'étais pas habitué à opposer dans ma tête le royaume de Dieu et le monde, opposition qui a pourtant structuré les mentalités en Occident pendant des siècles, et qui est au fondement du Nouveau Testament. Peut-être parce que l'Eglise catholique qui m'avait éduqué quand j'étais enfant n'en parlait pas beaucoup. Les évangéliques, eux, en font leur pierre angulaire, comme cette agréable québécoise, Mathilde Spinks, qui, hier, dans une sympathique discussion avec son prédicateur de mari, racontait sur You Tube comment étant ado elle avait voulu "connaître le monde" et sa "liberté" alors que son mari, lui, qui avait eu la chance d'être entouré par des saints qui effectuaient des miracles de guérison tous les jours, s'en était toujours tenu au contact intime avec l'au-delà...

Je songeais à tout cela à mon réveil ce matin autour du sort de ce photographe, David Hamilton, dont les journaux ont relaté le suicide à la fin du mois dernier (je crois le même jour que le décès de Fidel Castro). Il lui était reproché d'avoir violé il y a quelques années une star de la TV. Dans la religion il y a des bourreaux et des victimes, mais ni les bourreaux ni les victimes ne sont innocentes, car tout le monde est complice des mauvaises pensées et mauvaises actions héritées de générations en générations. De ce point de vue là, savoir si Hamilton fut bourreau ou victime est sans importance. Ce qui est intéressant en revanche, c'est cette loi du monde à laquelle le photographe participait.

Beaucoup de gens de ma génération on trouvé "sympa" dans les années 1990 de feuilleter des Penthouse, de regarder de temps en temps un petit film X sur Canal+. Ce n'était pas de l'obsession, juste un petit penchant "esthétique". Nous étions encouragés par le système culturel qui portait notamment au pinacle Helmut Newton. Ce n'était rien, juste de la "licence artistique", un éloge de la beauté féminine (c'est d'ailleurs ainsi que Melania Trump a justifié ses photos de jeunesse...). Elles étaient pourtant hypnotisantes, ces images, mais l'hypnose ne nous faisait pas peur. Il fallait "libérer le corps". D'ailleurs ces nudités étaient partout, dans les films, dans la pub. C'était "chic", "tendance", il fallait être comme ça. C'était la loi du monde. Il n'était plus question de montrer des princesses égyptiennes prenant leur bain tout habillées comme dans le cinéma hollywoodien des années 50.

Ce n'était rien, et c'était tout. Les photographes ne croyaient pas mal faire, les spectateurs non plus. On commence par regarder les photos. Ensuite on a envie d'en faire soi-même etc. Ce n'est rien, juste du jeu.

Et puis un jour un photographe se met à violer. Et ça se déglingue dans sa vie. Il est ruiné, il est seul, et le crime le rattrape dans les souffrances de la vieillesse. J'ai aussi connu le cas, dans les années 2000 d'un maître de conf en sociologie qui étudiait les boites échangistes et dont la carrière a été coulée par une sombre histoire de harcèlement sexuel dénoncée par une de ses étudiantes. Le processus est connu. Il se déploie sur 30 ou 40 ans. On regarde, puis on pratique, puis on harcèle, puis on viole etc. Les philosophes grecs que beaucoup de pères de l'Eglise identifiaient comme leurs précurseurs y ont vu l'engrenage de l'intempérance. Faut-il se contenter d'appeler ainsi ce défaut de la nature humaine qui nous rend insatiables dans le plaisir jusqu'à la destruction ? Ou faut-il l'appeler "pacte avec les démons" comme mon passage par les médiums me l'a enseigné, quand j'ai vu des manifestations très étranges se déployer non seulement en moi mais encore autour de moi, chez des gens que je connaissais à peine qui convergeaient soudain avec moi dans les moindres détails, sur des quarts de phrases, de demi-mots, et tendaient le miroir de ce qui en arrière-plan du réel tirait les ficèles de nos vies ? L'avantage de bien comprendre qu'il y a un monde occulte derrière nos actes, un monde en fait pas si occulte que ça si on prend bien garde aux "hasards" du quotidiens, à ce que nous montrent nos vies éveillées et nos songes nocturnes, c'est quand suite on n'est plus dans le compromis, l'indulgence. On n'est pas dans le "mais non mais non, moi je n'irai pas jusqu'aux extrémités de David Hamilton". On n'est pas dans cet orgueil là. On connaît mieux ses limites.

Ceux qui sont sûrs de ne pas finir comme David Hamilton ont des chances de gagner leur pari, bien sûr, dans la mesure où, c'est vrai, on peut toujours se "retenir". On peut trouver un chemin de modération sans avoir besoin de découvrir le monde occulte et ses démons. On peut se dire "ok, je ne regarde plus d'images et je me mets au footing". Mais pour combien de temps ? Et que valent ces compromis. Sont-ils si équilibrés que cela ? Sont-ils si lucides ? Pendant des années je pensais que mon attachement profond à l'éthique, à l'engagement politique universaliste etc me protègerait des risques de dépendance à l'esthétique d'Helmut Newton. Mais ce chemin de "modération" était tout sauf équilibré. L'engagement politique nourrissait mon orgueil autant que mon désespoir parce qu'il s'avérait inutile et sans impact sur le cours réel des choses. Et, par ailleurs, la fascination pour l' "imago" féminine comme eût dit Lacan restait intacte, et cela me plongeait dans un tel malaise que j'aurais pu engraisser des dizaines de psychanalystes avec cela. La loi du monde, c'est au fond cela. Même quand ça ne mène pas jusqu'au sadisme, jusqu'à la destruction de l'autre et soi-même. C'est cette névrose larvée, le monde de Woody Allen. Celui-ci a fait un film sur les médiums il y a 3 ou 4 ans. Il les a traités comme de vulgaires charlatans, sans chercher à comprendre plus loin. Pas étonnant de la part d'un homme qui a surfé toute sa vie sur la mode freudienne sans vouloir vraiment VOIR ce qu'il peut y avoir au delà. Lui aussi a payé son écot à l'accusation d'agression sexuelle, y compris sur des mineurs, comme Polanski. Non, ce monde de névrose de celui qui évite soigneusement d'aller au bout de sa folie ne vaut guère mieux que celui du destructeur nihiliste. La différence entre le névrosé qui cultive son pessimisme à la petite semaine en jetant un oeil à un film X de temps en temps et le cinglé de Daech qui donne son esclave sexuelle aux chiens après qu'elle se soit suicidée est la même différence qu'entre le banquier de Wallstreet qui spécule sur les usines de fabrication d'armement et le paramilitaire qui massacre au fin fond du Yémen. Une différence de degré, pas de nature. Et c'est toujours la loi du monde.

Vous pouvez vous dire "je garderai les mains propres, je n'irai pas jusque là", au mieux vous resterez dans un marécage de médiocrité triste et déséquilibrée à la François Hollande, dont rien de vraiment beau et généreux ne sortira. Et ce que je dis ne concerne bien sûr pas que les hommes qui aiment les images des femmes. Cela concerne aussi ceux qui sont accros à l'alcool, à la réussite professionnelle ou intellectuelle, les collectionneurs fétichistes, les égocentriques de tout poil, les gens qui s'abrutissent de politique etc. Et cela concerne les femmes, celles qui aiment les hommes, et celles qui ne les aiment pas. Les enthousiastes, les aigries, les amoureuses des chats, celles qui posent nues chez le photographe du quartier, celles qui se donnent bonne conscience en se soûlant de religion (car la piété est une drogue comme les autres quand certains démons s'en mêlent). Je repense à une chanteuse que j'ai connue en 2009, qui ne jurait que par le culte de la terre (la "pachamama"), de l'écologie, de la solidarité internationale, les médecines douces, toutes ces religions immanentes dans lesquels l'humain gonfle son orgueil et parfois s'anéantit. Elle dormait la moitié de ses journées et entretenait l'autre moitié dans le regret amer d'un succès disparu. Le public lui manquait. Le monde lui manquait. Tel est le paradoxe du monde : plus on l'aime plus il se dérobe, pas seulement à cause du temps qui passe, mais parce que, coupé de la force qui est la cause directe de sa cohérence, il n'est que le fantôme évanescent dans lequel tout désir s'abîme. Cette grande défenseure de la cause féminine fut ensuite aux abonnés absents quand je lui ai proposé d'aider les Yézidis. C'est le cas plus généralement de notre pays tout entier. Nareen Shammo, la journaliste irakienne qui témoigne du sort de ce peuple, a été invitée à en parler à Genève, à Bergen, à Bruxelles, à Vittoria, à Barcelone. L'hexagone est comme un immense trou noir qui ne lui accorde aucune tribune. Mme Badinter est-elle entrée en hibernation ?

Le système social glisse une photo de femme nue sur les écrans vingt fois par jour, et vingt fois par jour un éloge de l'éternelle jeunesse du corps, de la Terre-Mère à vénérer et protéger, de l'humanité qui n'a besoin ni de Dieu ni de maître (sauf bien sûr le Dieu-argent), la belle humanité si bienveillante, si attachante, si "hillaryclintonienne" etc. Puis il lynche David Hamilton pour se donner bonne conscience, c'est dans l'ordre des choses. Il faut maintenir le consommateur dans le juste équilibre de la névrose qui déglingue les esprits, mais de manière "soutenable", compatible avec une certaine survie de l'ordre social, sans quoi la loi du marché ne fonctionnerait plus. Ne pas tuer la poule aux oeufs d'or. Juste garder le bon équilibre dans le déséquilibre.

Quatre gamines d'un lycée ("lycéennes engagées" disent-elles) des beaux quartiers de Paris m'écrivent avant-hier pour m'indiquer qu'elles préparent un travail de groupe pour leur bac (elles sont en première) et qu'elles ont choisi dans ce cadre le thème de la nudité publique... "parce qu'il est tabou", disent-elles. Le sujet cadre avec la "loi du monde" : juste assez trash pour perturber les équilibres, mais quand même assez correct (tous les grands journaux en parlent depuis dix ans) pour ne pas risquer de basculer dans le n'importe quoi. Il est donc susceptible d'être validé par leurs parents, par l'institution du lycée, et donc par l'Education nationale. Je ne suis pourtant pas sûr que ce chemin du monde soit tout à fait le meilleur pour elles. Il y a même de fortes chances pour qu'il leur prépare un avenir assez bancal...

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Kurdistan turc

30 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient

En mars dernier des paramilitaires des moudjahids [combattants] de l’armée Asakir-i Mansure-i Muhammediyye à Cizre (Kurdistan frontière syrienne) ont occupé et saccagé le logement d'un fonctionnaire, et laissé derrière eux déchets, lingerie féminine étalée bouteilles d'alcool, préservatifs usagers, et ... 1,5 euro en guise de dédommagement. Des gens ont été violés et torturés dans cet appartement.De vrais cinglés, pervers. L'activiste Nurcan Baysal raconte en français ce qu'elle a vu dans cet appartement ici. Pendant le siège de Cizre en février 2016 des centaines de gens se sont réfugiés dans des caves et y sont morts brûlés vifs.

1552 personnes ont été tuées de juillet 2015 à juillet 2016, 422 membres des forces de sécurité, 622 membres du PKK, 320 civils dont 75 enfants. Il y a eu des milliers d'arrestations arbitraires et de gens torturés. 355 000 personnes ont dû quitter leur logement, des villes ont été détruites. 125 000 personnes ont été licenciées (Erdogan vient de concéder qu'il va autoriser 6 000 enseignants à reprendre leurs fonctions). Le Kurdistan est sous couvre-feu. Ca ne veut pas seulement dire (comme à Paris) : interdiction de sortir le soir. On vous coupe l'eau, l'électricité, parfois aussi les moyens de communication. L'accès à votre quartier est interdit. Il y a des bombardements autour de chez vous. Si l'électricité est rétablie et si vous allumez la lumière vous risquez un tir de sniper et donc mieux vaut que vous restiez dans un endroit sombre de votre maison. Il n'y a pas d'accès aux ambulances ni aux médecins.

Ce mois-ci, Erdogan a fermé 350 ONG qui aidaient les réfugiés ou qui oeuvrent à la réconciliation des Kurdes, dont 50 à Diyarbakir (capitale officieux). Parmi elles, Sarmaşık ("Le lierre") qui a aidé à elle seule 30 000 réfugiés par mois pendant onze ans. Il y a deux semaines Nurcan Baysal  a donné une conférence de presse à Diyarbakir à propos de cette fermeture. Il y avait des chars turcs TOMA au bout de la rue, la police. Une seule caméra et une dizaine de personnes pour la conférence de presse de dénonciation de l'association car Erdogan a fait fermer les médias en septembre.

Une chape de silence s'est abattue sur la ville explique Nurcan Baysal, parce que les Kurdes avaient joué loyalement la carte de la paix (on se souvient que le PKK avait renoncé à la lutte armée) et voilà comment l'Etat turc récompense leurs efforts. De nombreux membres du parti de gauche pro-kurde HDP ont été arrêtés, y compris des députés à Ankara. La police est partout, les conseillers municipaux et régionaux sont en prison (voir l'article en anglais ici).

"Forcer systématiquement les prisonniers politiques à manger leurs propres excréments, les forcer à se coucher nus sur du ciment froid ou sur d'autres détenus, déshabiller les gens, surtout les femmes, même après leur mort et couper les doigts, les nez ou les oreilles pour intimider la population aimant la liberté et faire des exemples - voilà la marque de qualité des réalisations en matière de droits de l'homme de ce pays membre de l'OTAN" note, à propos de la Turquie, Rebwar Rashed, co-président du Congrès national du Kurdistan.

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27 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca

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Interview de l'activiste Nurcan Baysal sur les Yézidis et sur Diyarbakır/Amed

26 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Proche-Orient

Une interview intéressante réalisée par un magazine turc (à noter qu'il y a quand même des erreurs sur le fait que les Yazidis ne s'étaient jamais révoltés par le passé, il y a quand même eu Mirza au 17e siècle et les "républiques yazidis indépendantes" dont parlait jadis Elysée Reclus), à propos du livre Ezideler 73 (Décret 73), de Nurcan Baysal. Vous y trouverez des éléments très précis sur les multiples aspects du drame des Yazidis, mais aussi sur la situation horrible au Kurdistan turc, à Diyarbakır/Amed dont mon blog hélas ne parle pas assez  :

Qu'est-ce que les Yézidis appellent «décret»?

Dans leur univers spirituel, le "décret" se réfère à un massacre, à l'abattage. Dans la terminologie du 21e siècle, cela signifie que le génocide.  

Y-a-t-il une différence entre le 73e décret commencé le 3 Août 2014 et les autres?

Il y a beaucoup de différences. L'un d'eux est le fait que les Yézidis sont massacrés au 21ème siècle pour que tout le monde puisse voir. Il y a eu des marchés d'esclaves où les femmes ont été vendues et cela continue encore. La deuxième différence est que, les décrets n'avaient pas causé une transformation dans le monde spirituel des Yézidis jusqu'à présent. Je veux dire, ces décrets étaient acceptés comme résultant du fait d'être Yazidi. Cependant, avec ce décret, les Yézidis a commencé à réfléchir sur les décrets. Grâce à la diaspora Yazidi et au mouvement kurde.Les Yézidis sont sur terre depuis le commencement du monde et ils ont un ordre social qui n'a pas été changé depuis des dizaines de milliers d'années. Les Yézidis ne s'étaient pas révolté contre les décrets précédents.Et pourtant, cette fois ci, les unités de défense Yazidi se sont formées à Sinjar. C'est une première. En outre, la société Yazidi est patriarcale et les femmes sont toujours restées en arrière-plan, mais maintenant les femmes se battent aussi dans ces unités de défense. 

Yézidis ont trouvé refuge à la fois au sein du gouvernement régional du Kurdistan et en Turquie. Vous avez visité les régions les deux. Y a-t-il des différences?

Dans certains villages de la province de Sinjar, Yézidis et les Arabes avaient vécu ensemble. Avant qu'ISIS-Daech n'entre dans certains villages, les Arabes dans ces villages ont rejoint ISIS. Certaines personnes ont dit que leurs voisins ont réduit leurs femmes et leurs enfants en captivité. En fait, être un Yazidi signifie être destiné à massacre. D'un seul coup, leurs voisins sont devenus membres de l'ISIS. C'est l'aspect le plus désespérant de la situation. Au début, 5000 personnes ont été massacrées dans les villages. Ces chiffres ne sont pas exacts; on découvre chaque semaine de nouvelles fosses communes. En Novembre, Sinjar 2015 a été libéré et il est dit qu'il s'y trouve près de 100 fosses communes.Ces centaines de milliers Yézidis se sont dirigés vers le mont Sinjar. C'était en Août 2014; le temps était insupportable. Les montagnes étaient froides pendant la nuit et ISIS était après eux. 250-300.000 personnes se sont enfuies à Zaho et Duhok.En Septembre 2014, je suis allé dans les camps du sud. Les gens vivaient dans des zones de chantier. On découvrait comme ça que dans un secteur il y avait 300 Yézidis rescapés. Des bébés, des enfants, des personnes âgées. Ceux qui avaient laissés derrière n'avaient aucune chance d'être secourus. Ils sont entrés illégalement en Turquie à Roboski. A cette époque, les municipalités de Batman, Şırnak, Nusaybin et Midyat ont commencé à construire des camps. Tout à coup, les municipalités sont devenues responsables de prendre soin de 35.000 Yézidis.

 

 

Dans le livre, on se rend compte que les gens évitent de parler de ce qui est arrivé dans les montagnes Sinjar. Qu'est-il arrivé?

Au cours des entretiens, ils ont évité mes questions sur les montagnes. Il y avait un seul but sur les montagnes: survivre. Disons, c'était comme : vous aviez seulement une tranche de pain et que vous ne partagiez pas et un enfant mourait à cause de cela. Un Yazidi a dit: «Les gens ont perdu leur sentiment humain dans les montagnes." Il y a des gens qui ont commis des suicides ; certaines femmes ont sauté d'une falaise après avoir tué leurs enfants en les jetant de la falaise. Ou, par exemple, les gens que vous aimez veulent l'eau de vous, mais vous ne pouvez pas leur en donner, parce que vous allez en donner à vos enfants. J'ai vu des familles mettre des bouteilles en plastique sur le mur; elles disaient dit qu'elles les garderaient jusqu'à ce qu'elles meurent. Elles ont donné l'eau à leurs enfants avec des capsules de bouteille. Certains n'ont pas pu enterrer leurs défunts dans les montagnes. Certains d'entre eux ont abandonné leurs vieilles mères et les pères derrière eux. Ceux- suppliaient de ne pas s'éloigner. Ils vont vivre avec cette honte et leur conscience coupable pour le reste de leur vie.  

Les Kurdes ont été les premiers qui ont accueilli et protégé Yézidis. Cependant, pour autant que je comprenne d'après votre livre, ce ne fut pas un processus facile.

Yézidis ont été soumis à des "décrets", des massacres, de la part de nombreuses communautés, mais la plupart du temps c'étaient des musulmans. Ainsi, leur plus grande crainte ce sont les musulmans. Et ils ont dû compter sur eux. Par exemple, dans le camp de Diyarbakir, quand ils ont essayé de faire travailler les enfants, les Yézidis se sont mis en colère parce qu'ils croyaient qu'ils allaient leur apprendre à faire des prières. 

Ils sont kurdes aussi, mais culturellement ils sont différents, non?  

Les jeunes de mouvement kurde ont essayé de les traiter de façon égale, mais les Yézidis sont complètement différents. Ils ont un système de castes rigide. Les gens de différentes castes attendaient en rang un peu de nourriture! C'est une communauté très patriarcale. Les femmes ne sont presque jamais mentionnées et dépendent des hommes complètement. Par exemple, les hommes yézidis dans le camp ont abattu la tente consacrée à l'éducation des femmes que nous avons construite. Il nous a fallu des mois pour trouver cette tente! Les jeunes du mouvement kurde ont déclaré qu'il y aura égalité des femmes et des hommes dans la direction des choses. Mais il y a eu deux problèmes. D'abord, les membres de différentes castes avaient le droit de vote égal. Et ensuite ils ne pouvaient pas accepter la voix des femmes dans le gouvernement. Après des compromis, nous avons fait un progrès. Le siège de Kobané a affecté profondément les Yézidis. Les femmes et les hommes kurdes se sont battus à mort ensemble. Le patriarcat n'est pas décomposé mais il a dû plier un peu. Maintenant, nous voyons qu'il y a des jeunes femmes Yazidi qui combattent autour de Sinjar et on comprens qu'il y a eu une révolution. 

Est-ce que l'Etat turc a aidé les Yézidis?

La Turquie n'a pas donné de statut aux Yézidis. A cette époque, la Turquie n'a pas construit de camps pour Yézidis. 35.000 Yézidis sont arrivés tout d'un coup. L'Etat turc a dit qu'il allait construire des camps au sud de la frontière, mais cela n'a pas eu lieu. La Turquie n'a pas réussi à aider Yézidis. Je pense qu'il y a deux raisons à cela. Tout d'abord, ils n'aiment pas Yézidis. Je me souviens que Erdoğan avait dit avec mépris «les Kurdes sont Yézidis." Ils ne sont pas musulmans et c'est un problème pour eux. Deuxièmement, ils pensaient que les municipalités kurdes ne seraient pas en mesure de gérer la situation et ploieraient sous ce poids. Pour l'Etat turc, ça leur aurait été utile politiquement. En ce moment, nous ne pouvons recevoir aucune information de AFAD (l'Autorité pour la gestion d'urgence et les catastrophes) à propos du camp de Nusaybin. Au début, il s'y trouvait 35.000 personnes et maintenant, il reste 1400 Yézidis à Diyarbakir et 400 à Şırnak. Environ 2000-3000 personnes se trouvaient dans les camps. La plupart d'entre elles sont allé vers le sud. Près de 1000 personnes, la plupart d'entre elles étant les femmes violées, a réussi à aller en Allemagne. Certaines d'entre elles sont allé à Istanbul et certaines d'entre elles sont à Bodrum, en attente d'un bateau.  

"Finalement, tout le monde trouve la paix, à l'exception des femmes"

Vous décrivez ce "décret" comme «quelque chose au-delà de la mort pour les femmes". Qu'est-ce que ça veut dire?

Les femmes dans les camps ne parlaient pas beaucoup; et quand elles parlent, elles parlent de femmes qui se sont suicidées. Il arrive qu' elles entendent un cri d'une tente. Elles y vont et découvrent que la mère pleure parce que sa fille s'est tuée. ISIS a encore 5000 femmes captives. Ils vendent ces femmes, parce qu'ils le peuvent. Il y a des marchés d'esclaves, parce qu'il y a des gens qui y vont et achètent des êtres humains à ces endroits. Les femmes sont vendues, parce qu'il y a des Etats qui soutiennent un tel commerce. Les principaux acheteurs sont la Syrie, le Liban, le Qatar, le Koweït, l'Arabie Saoudite, le Pakistan et l'Afghanistan. Ces Etats ont été en mesure de faire quelque chose pour l'empêcher, mais ils n'ont rien fait. 

Et à cause de leur culture, les familles ne veulent pas ces femmes. 

Le village de Baadre près de Mossoul est le plus grand village Yazidi. C'est devenu un endroit où les femmes qui se sont échappés ou ont été sauvées de Daech-ISIS sont à l'abri. J'ai parlé aux femmes là, qui étaient détenues par ISIS. Il y avait une jeune femme appelée İlwin, qui a été retenue captif à Raqqa pendant 2 mois. Elle a été violée à plusieurs reprises, torturée et battue. İlwin réussit à entrer en contact avec son frère et a sauvé 7 femmes Yazidi avec elle-même. Leurs familles ont payé de l'argent pour ISIS pour les ramener. Et ces 7 femmes ont rencontré leurs familles dans la province Viranşehir d'Urfa. İlwin répétait : «Ecrivez ce que je dis, apportez-moi à un tribunal; Je veux dire ce qui est arrivé au monde ".

Beaucoup de femmes ont été abandonnés à leur sort: elles ont été forcées à se marier ou envoyées à Sinjar pour mourir. Encore une fois, les femmes sont celles qui souffrent le plus.  

Il y a une règle dans la société Yazidi: quand un Yazidi a des relations sexuelles, volontairement ou involontairement, avec des gens qui ne sont pas des Yazidis, cette personne n'est plus une Yazidi. Les femmes qui ont été violées par des membres de l'ISIS le savaient; elles se sont tués parce qu'elles savaient que leur société ne les reprendrait pas. On dit que des milliers de femmes se sont tués. Il y a un refuge pour les femmes dans le sud du Kurdistan où se trouvent 7000 femmes. Les chefs religieux Yazidi ont fait des déclarations exhortant les familles à reprendre les femmes. Certaines familles l'ont fait, et d'autres pas. Par exemple, je l'ai vu une longue file d'attente à Laleş (Lalish). Ils ont dit qu'il s'y passait une cérémonie de mariage. Ils ont ordonné aux femmes qui ont été tenues en captivité par ISIS de se marier à des hommes yézidis. Bien sûr, ils n'ont pas demandé le consentement des femmes. Donc, finalement, tout le monde retrouve la paix, à l'exception des femmes.

ISIS détient encore beaucoup de femmes comme captifs, n'est-ce pas?

Oui. Par exemple, certaines femmes ont donné naissance à des enfants qu'elles ont conçu après avoir été violée. Celles qui ont essayé d'avorter, ce qui n'est pas légal, sont mortes. Des mères et des filles ont été prises comme captives et violées. Ils vendent aussi des jeunes garçons. Par exemple, dans une fosse commune, il y avait des femmes de plus de 40 ans. Les membres ISIS les trouvent trop vieilles et les enterrent vivantes. En ce moment, on dit qu'il y a plus de 100 fosses communes, qui ne sont pas encore ouvertes. Dans un magasin d'alimentation à Mossoul, ils ont mis une photo d'une fille de 14 ans qui est en vente. Il y a beaucoup de marchés d'esclaves. Il est difficile d'empêcher de telles choses. Ces choses se passent à une ou deux heures en voiture de chez nous. 

«Les corps des défunts ont jamais été laissés dans les rues avant"

Vous vivez à Diyarbakir. Quelle est la situation actuelle là-bas?

Aujourd'hui est le 57e jour du couvre-feu. Nous ne pouvons pas aller au centre-ville. Sur était le cœur de la ville et on peut dire que la ville n'existe plus. Dans 6 quartiers sous couvre-feu, la population était d'environ 25 000 et maintenant, il en reste environ 5000. Dans d'autres quartiers, les gens vivent sous un couvre-feu virtuel. Il y a des affrontements partout. Une femme qui habite dans le bâtiment à côté de mon bureau a été blessée. D'où viennent ces balles ? Ces derniers temps, il y a deux rapports différents à propos de Diyarbakir; les habitants sont très perturbés par cela. Qui dort bien, qui est heureux, qui sourit? Si quelqu'un va à un café, cela signifie-t-il que cette personne est heureuse? Une ville est en ruines, une ville est détruite; qui peut être heureux dans un tel état? Ils utilisent des obus, bombes. Les gens ont peur. Je continue à écrire à propos des morts. Maintenant, il y a des cadavres là où nous avions l'habitude de prendre un café. Parfois, les gens comparent cette situation aux années 90, mais je pense que c' est pire que les années 90. Dans des années 90, il y avait eu des meurtres par des assaillants inconnus, mais nous savions que ça venait de l'Etat tirc. Maintenant, nous ne pouvons pas dire d'où les balles vont venir. Il y a des victimes civiles, mais l'État ne l'admet pas. Dans ma ville, 48 personnes ont été tuées. 

Et dans les années 90, prendre les corps des défunts n'était pas si difficile, je suppose.

La semaine dernière, nous avons réussi à récupérer les corps des étudiants İsa Oran, 21 ans , venu d'İzmir, et Mesut 25 ans. Tous deux étaient membres du YDG-H (proche du PKK). Leurs corps sont restés sur le bitume dans une cour d'école pendant 29 jours. Nous et IHD (Association des Droits de l'homme) avons vraiment fait de notre mieux pour récupérer les corps. Il y a une semaine, les familles ont reçu un appel téléphonique du bureau du procureur et on leur a dit que les corps sont déposés à la morgue. Nous étions avec les familles. Le corps de İsa était déchiqueté. Il semblait que sa tête avait été brûlée avec une substance chimique. Son père l'a identifié par son bras. Mesut est mort par 3 balles; 2 dans la tête, 1 dans la poitrine. Mais il y avait plus de 100 balles dans son corps. Nous parlons des années 90, mais il y aura des discussions plus longues et plus intenses au sujet des années 2010. Les corps du défunt n'avaient jamais été laissés dans les rues auparavant. Avant, ils mettaient les gens dans des fosses communes et maintenant, ils les laissent dans les rues pour que ça serve de leçon. 

Vous travaillez avec les organismes d'aide. Quels sont les besoins urgents?

La Fondation Rojava est complètement concentrée sur Sur. Ils essaient d'atteindre tout le monde, de İdil à Cizre, tous ceux qui ont dû quitter leurs maisons en raison de la guerre. Il existe d'innombrables besoins. Ceux qui peuvent trouver un tapis ou un radiateur sont les plus chanceux. La Fondation Sarmaşık distribue de la nourriture. Mais, il y a des familles qui ne peuvent pas quitter leurs maisons et ont vécu dans une chambre simple pendant 57 jours; ils sont affamés. Maintenant, les habitants de Diyarbakir ont honte de survivre.

Source : Agos.com

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Castro, Fillon, Clinton, Trepca, Alep Ouest

26 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #1950-75 : Auteurs et personnalités, #La droite, #Peuples d'Europe et UE, #Au coeur des mouvements anti-guerre

Combattants kurdes du YPG en Syrie rendant hommage à la révolution cubaine

Combattants kurdes du YPG en Syrie rendant hommage à la révolution cubaine

Le présumé babalao de la santeria Fidel Castro est décédé à l'âge de 90 ans. Toutes sortes de rigolos médiatiques ("hystrion" st un mot trop recherché pour leur niveau d'abjection) nous accablent de leurs réflexions minables sur l' affreux "dictateur" qu'il fut.Le peuple cubain est sans doute partagé entre d'une part, l'admiration pour le bonhomme, la gratitude pour le système de santé et d'éducation dont il a permis l'édification et la préservations, pour la fierté et l'indépendance nationales cubaines portées très haut (sauf dans la période de soumission à l'URSS entre la rupture sino-soviétique et l'effondrement du mur de Berlin), et, d'autre part, les peines de l'isolement, de l'entrave aux libertés individuelles, et l'écrasement bureaucratique. Difficile d'avoir un avantage sans ses inconvénients dans notre monde voué aux démons. En tout cas le Tiers-Monde, et donc l'humanité, lui doit beaucoup. Cuba a endigué l'apartheid en Afrique (Mandela l'a reconnu) en soutenant l'ANC, en sacrifiant ses fils dans la guerre d'Angola, elle a impulsé des forums de résistance comme le Mouvement des non alignés, sauvé les systèmes de santé que tout le monde négligeait dans les Caraïbes, en Afrique, au Timor. Je l'ai déjà dit mille fois, mais je me souviendrai toujours de la standing ovation pour le PC cubain de toutes les délégations diplomatiques du Tiers-Monde (y compris le représentant du Gabon assis à ma droite) au congrès d'Izquierda Unida à Madrid en 1994. Merci à Jeremy Corbyn d'avoir salué l'héroïsme de Castro... il n'est pas Hollande...

En France, il faut dire un mot de la primaire. Je n'aimais pas Juppé l'atlantiste, je n'aime pas Fillon le thatchérien même s'il peut apporter la paix avec la Russie. 500 000 postes de fonctionnaires en moins, c'est une fragilisation de la société, notamment de l'espace rural qui dépend cruellement des services publics. Mais la messe n'est pas dite, si j'ose dire : si Bayrou se présente, si avec la multiplicité des candidatures tout le monde plafonne à 15 % qui peut dire qui de Bayrou, de Fillon, de Mélenchon, du candidat socialiste ou de Macron se qualifiera pour le second tour ? Et qui sait si Mme Le Pen se qualifiera elle-même si son père se présente aussi, si sa nièce (ardente représentante des valeurs chrétiennes mais quand même divorcée au bout de deux ans de mariage, mauvais début pour une figure christique) fait défection, ou encore si Dupont-Aignan parvient à lui prendre des voix ? Ce qui est bien avec les élections, n'en déplaise à Jacques Attali, c'est que quand même par moments (disons une fois tous les 20 ans) le champ des possibles recommence à s'ouvrir.

Bon, après je sais que le boboïsme de centre gauche est toujours prêt à tout pour combler la brèche laborieusement ouverte. Tony Blair l'homme aux mains souillées du sang serbe, afghan et irakien, sort de sa tanière pour essayer de faire enterrer le Brexit. H. Clinton appelle à l'insurrection et l'écolo Jill Stein (peut-être stipendiée pour cela) tente de faire recompter les voix dans le Wisconsin et d'autres Etats où Trump a gagné de peu mais oublie de le demander dans les Etats où Clinton a gagné de justesse (celle-ci n'avait-elle pas quasiment traité Trump de facho quand il menaçait de faire de même en cas de défaite ?). Dès que le peuple fait entendre sa voix, l'odeur de la guerre civile se fait sentir...

Belle déclaration du ministre des affaires étrangères serbe au Conseil de l'Europe cette semaine. Il a rappelé les agressions contre les minorités non-albanaises au Kosovo, et dénoncé la privatisation de la mine de Trepca au Kosovo. Celle-ci constitue en effet un acte de piraterie commerciale de grande envergure. Je me souviens du temps où Collon et Stojlikovic enquêtaient sur ces mines il y a 15 ans. 38 % des familles serbes du Kosovo dépendent directement ou indirectement des emplois dans ces mines qui appartiennent juridiquement à l'Etat serbe, et qui, déjà illégalement étaient passé en 1999 sous tutelle de la MINUK. Aujourd'hui Pristina les privatise sans sourciller. Où sont les associations de défense des minorités pour dénoncer l'oppression ? Heureusement de nombreux Etats (Vietnam, Madagascar etc) ont confirmé leur refus de reconnaître l'indépendance du Kosovo.

A l'ONU Samantha Fox, euh non Power, l'âme damnée d'Obama comme on eût dit dans les dessins animés de mon enfance, menace 12 généraux d'Assad d'être traduits devant la justice internationale et de finir comme Milosevic. Je pense plutôt que ce sont elle et ses acolytes qui méritent ce sort pour avoir provoqué la guerre en Syrie en 2011.

Voici des copies d'enfants d'Alep Ouest que l'association humanitaire à laquelle participe Pierre Le Corf dont j'ai parlé il y a 6 jours a publiées sur Twitter. Voilà la réalité dont Sam Power, H. Clinton and co sont responsables.

 

Castro, Fillon, Clinton, Trepca, Alep Ouest

Traduction :

Question : qu'est-ce qui me rend triste/joyeux/me fait peur ?

1ère rédaction : "Il y a beaucoup de choses qui me rendent heureux comme jouer du cello, du piano, tous les instruments en général mais le celllo est mon instrument principal. J'aime aussi écouté la musique, tous les genres de musique. J'adore le sport, le tennis de table me rend heureux, j'aime aussi le football, le basket, le tennis et le badminton. Bien sûr trainer avec mes amis me fait beaucoup plaisir, j'adore mes amis, je pense qu'ils sont la dernière chose bien qui nous soit laissée dans cette guerre, mais comme je l'ai dit précédemment je suis un mec positif, j'essaie de voir le bon côté des choses, j'espère que cette guerre finira bientôt, ça me rendra vraiment heureux.
Ah ! pour la tristesse... Beaucoup de choses me rendent triste, dans le fait que mon ami est mort la semaine dernière. Je n'oublierai jamais le regard de son père, ça a brisé mon coeur ! C'était n bon ami, je le connaissais depuis le CE1. Jusqu'à maintenant je n'arrive toujours pas à intégrer l'idée qu'il est mort. Je suis bien sûr triste mais je sais qu'il est parti vers un meilleur endroit qu'on appelle LE CIEL !!! Je suis triste du fait que ma vie a été si ennuyeuse ces derniers temps. Cette routine de tous les jours me gave !
Vous nous avez demandé de vous dire ce qui nous fait peur, eh bien, j'ai peur de la solitude. J'ai des amis géniaux mais cette migration m'effraie !
J'ai aussi peur de mourir, en fait je n'ai peur de rien (sauf de la solitude). Je commence à perdre l'espoir.
Je respecte les efforts de mecs comme toi (les volontaires) que Dieu vous bénisse !"

2ème rédaction  "27/10 Bonjour, mon nom est ** et voici l'histoire de ma vie. J'ai 13 ans, je suis né(e ?) à Alep en décembre. Avant la guerre tout était bien et nous menions une vie normale comme n'importe qui dans le monde. Mais quand la guerre a commencé, tout a changé.Nous vivons dans la peur depuis 2011. La première chose qui a été détruite fut mon adorable école et ça nous a forcé à en changer. Beaucoup de gens ont émigré à cause de la peur de la mort. La guerre nous a enseigné que rien ne dure pour toujours. Nous avons perdu beaucoup de gens à cause des roquettes. Nous avons beaucoup pleuré mais notre espérance en Dieu est plus grande que tout. Nous croyons que cette guerre va finir tôt ou tard.
Je n'oublierai pas le moment où une roquette est tombée devant ma maison. J'ai hurlé et j'avais peur pour ma famille.
J'ai passé mon temps libre à dessiner et écouter de la musique parce qu'ils me font tout oublier autour de moi. J'espère qu'un jour, quand la guerre sera finie, je serai un(e ?) peintre célèbre, un grand médecin et quelqu'un d'inoubliable qui aura un grand effet sur ce grand monde en aidant des gens."

 

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Aide aux Yézidis

24 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies

Si l'Allemagne a accueilli un millier de réfugiés yazidis traumatisés par le génocide de 2014 dans la région de Shingal et la réduction en esclavage des femmes et des enfants, le Canada peine à en accueillir plus de quelques dizaines (voir cet article de CBC) d'autant que le gouvernement régional kurde qui a payé de fortes rançons pour libérer des yézidis s'y oppose, et il y a fort à parier qu'il en aille de même en France. Beaucoup de réfugiés restent donc sous des toiles de camps de réfugiés à Kanki, Newroz etc au nord de l'Irak à redouter l'arrivée de l'hiver et à se demander ce que sont devenues leurs soeurs et leurs filles encore captives à Mossoul et Raqqah. Pensez à les aider.

Aide aux Yézidis
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L'ouverture façon Trump

21 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis

Tulsi Gabbard, députée des Samoas américaines, vétérane de la guerre d'Irak, de confession hindouiste, démocrate,ferme soutien de Bernie Sanders rallie Donald Trump.

 

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Témoignages de Pierre Le Corf et Vanessa Beeley à Alep-Ouest

20 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient

Un personnage surprenant, breton, fils d'ostréiculteur, né en 1989, qui se présente comme chrétien et qui, après avoir créé une boîte de nuit à Lyon, a travaillé dans divers domaines comme consultant, puis a fondé une ONG pour aider les communautés marginalisées, et soutient les civils à Alep-Ouest (contrôlée par le gouvernement syrien légal) depuis février dernier.

Son témoignage est intéressant. En octobre un anonyme "njama" sur Agoravox précisait que ce Pierre Le Corf avec le Dr Nabil Antaki, des maristes bleus, avaient en vain essayé de sensibiliser une équipe de France 2 au fait que le feu des terroristes d'Al-Nosra (soutenus par MM. Hollande et Obama) cible délibérément les civils d'Alep - peut-être s'agit-il de ce reportage diffusé au JT de 20 h du  5 octobre qui malgré tout dit un mot sur Le Corf et rapporte une partie de ses analyses.

Buzzfeed News accuse l'ONG "SOS Chrétiens d'Orient" qui l'a introduit en Syrie d'être infiltrée par l'extrême droite (accusation qui revient souvent quand quelqu'un entreprend de se rendre dans des zones où ne se trouvent pas les "bonnes victimes" du point de vue de nos gouvernants), mais Pierre Le Corf insiste (notamment ici) sur le fait qu'il décrit des éléments factuels et ne s'exprime pas à partir d'un point de vue partisan. Son ancrage dans l'action au service des populations évidemment accroît la légitimité de son compte-rendu des réalités quotidiennes de la guerre.

Cet exemple est un peu symétrique de celui de Pierre Piccinin da Prata qui, lui, s'était surtout rendu "célèbre" (dans le microcosme des journalistes et des militants) pour avoir tenté de donner une voix à l'Armée libre syrienne (et qui n'avait pas entretenu une action humanitaire de long terme comme le fait Pierre Le Corf, limitant son action à du journalisme).

Le témoignage de P. Le Corf rejoint celui (sous-titré) sur une chaine de TV libertarienne américaine de la britannique Vanessa Beeley le 29 septembre dernier.

Comme il m'est arrivé de critiquer la lourdeur des bombardements russes en Syrie (notamment sur Alep Est), il me faut quand même ici rétablir les choses en sens inverse de la propagande médiatique dominante qui exagère à dessein l'ampleur des exactions russes. A Alep Est, la population civile est retenue en otage, ce sont des boucliers humains, comme à Mossoul. Faire le tri entre civils et djihadistes d'Al-Nosra est probablement impossible pour les avions russes. En revanche les islamistes, selon le témoignage ci-dessus, n'ont aucune raison de viser à l'ouest certains quartiers où ne se trouve aucun militaire.

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Mensonges et racisme

19 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Le quotidien

Parutions.com m'a adressé les mémoires de Nils Andersson, je vais en écrire la recension. Nils est un des rares anti-impérialistes dont je garde un bon souvenir. Un homme vraiment honnête qui ne s'est pas laissé emporter par l'hystérie d'Internet et la vanité de se répondre en interviews prétentieuses sur le Net. Il faut dire qu'il avait derrière lui un background un peu plus important que les causeurs des années 2000, ayant dénoncé la torture et aidé le tiersmondisme à une époque où l'on risquait sa peau quand on le faisait. J'ai toujours apprécié son style que je retrouve dans l'élégance des phrases de son livre. Même si, à l'époque de la guerre du Kosovo il avait plus de sympathie pour la cause albanaise que moi, cela ne fut pas une cause de polémique entre nous, pas plus que ses réflexions ultérieures sur une ONU "démocratique" même si elles étaient à des années lumières de ma défense de la souveraineté des Etats (il a d'ailleurs traité ce sujet dans l'Atlas alternatif). Nils Andersson est un homme avec qui l'on peut toujours discuter agréablement, à la différence des groupusculaires staliniens prêts à vous accuser d'être "de l'autre côté de la barricade", vous accuser de traîtrise, d'être un "ennemi de classe" (alors qu'ils ont eux-mêmes leur petite vie bourgeoise avec résidence secondaire) etc au moindre désaccord.

Du temps où Nils Andersson a développé son activisme politique, le conservatisme était étouffant, et le racisme, contre les Arabes et les Noirs, était la norme. Nous ne sommes plus dans le même monde. L'emprise médiatique a fait progresser les mentalités sur divers points (je le vois sur mes parents qui ont l'âge de Nils Andersson), même si elle a par ailleurs plongé nos intelligences dans la barbarie sur bien d'autres points (en nous faisant accepter l'embargo sur l'Irak, les guerres d'ingérence etc). Avez vous vu ce petit journaliste aussi arrogant que stupide qui, sur une chaîne payée par nos impôts, a accusé un député de droite de manquer de respect pour les téléspectateur parce qu'il refusait de se soumettre au flot de ses questions stupides ? Voilà à quel point la médiacratie nous a conduits : aucun respect pour les élus du suffrage universel, pour les représentants du peuple.

Le racisme aujourd'hui a fortement reculé, mais le globalisme idéologique du centre gauche (et du centre-droit par effet de contamination) risque de lui donner un second souffle. Voilà quel flot la montée du populisme de droite va amener sur nos berges. Mais je crains que même la vraie gauche, celle de Mélenchon créditée de 14 % d'intentions de votes à la présidentielle, ne soit pas armée intellectuellement pour faire face aux vrais problèmes. La novlang idéologique paralyse tout de ce côté là.

Pour faire face au racisme, il faut mettre sur la table de façon impartiale tous les éléments factuels, et discuter de tout sans a priori et sans tabou, faire confiance à l'intelligence collective. En ce moment les médias mettent en épingle le cas de telle mairesse d'un bled perdu du Middle West qui a qualifié Mme Obama de "singe à talons hauts". L'idée est de faire croire que l'arrivée au pouvoir de Trump favorise la montée du racisme. La vérité est que ce racisme là existait déjà avant Trump - rappelez vous ce représentant de la Louisiane qui avait dit qu'après la présidence d'Obama il faudrait reprendre le jeu de golf là où le singe a laissé les balles. On nous parle de violences racistes depuis l'élection de Trump, mais on ne nous prouve pas dans quelle proportion elles ont augmenté, on ne nous dit pas que celui-ci les a condamnées, et l'on passe sous silence les violences des partisans de Mme Clinton dont les manifestations ont causé la mort cette semaine du père d'une petite fille de 4 ans, dont l'ambulance a été bloquée à cause des manifestations des démocrates. Comme le disait la juge Jeanine Pirro : "qu'auraient dit les démocrates si nous républicains avions dans la rue brûlé des effigies d'Obama après son élection comme ils le font avec celles de Donald Trump ?"  En favorisant l'hystérie bobo, on risque de provoquer une hystérie de ceux qui se sentent victimes d'un racisme anti-blanc. Il faut présenter objectivement les faits, ne pas avoir peur de répondre aux interrogations des uns et des autres, ne pas craindre la vérité.

Au hasard de mes pérégrinations, je découvre des vérités que de part et d'autres l'on cache. Les souverainistes nous font croire que tous les maux ont débuté avec l'autorisation du regroupement familial par Giscard d'Estaing, alors que celui-ci existant déjà sous de Gaulle et que Giscard avait le projet d'assurer l'expulsion de centaines de milliers de migrants. Disons la vérité là dessus ! La gauche prétend que Daech n'a rien à voir avec le Coran (rappelez vous aussi la chanson idiote sur Al Qaida qui disait "ceux là ont-ils jamais lu le Coran ?"). L'égorgement et la réduction en esclavage des femmes ennemies (comme les femmes yézidies aujourd'hui) figure noir sur blanc dans les sourates. Ayons le courage de la dire ! Cessons de mentir ! Le mensonge est le père du ressentiment et donc de l'hystérie haineuse. Les horreurs de ce monde sont nées de 30 ans de mensonges de la sphère médiatique et de 15 ans de mensonges de faux résistants tout aussi adeptes du star system et des raccourcis intellectuels que les grands "merdias". Sortons de ces spirales ! Retrouvons le goût de la réflexion sereine sans mise en scène !

Cette semaine sur Twitter j'ai été attaqué par un Kurde qui m'accusait d'être potentiellement responsable du prochain massacre de Yazidis quand il aura lieu (rien de moins !). Et cela pourquoi ? Parce que j'ai dit qu'à un chekpoint des Pershmergas kurdes sont prêts à tirer sur des Yazidis qui lorsqu'ils cherchent à ramener leurs biens dans la ville de Sinjar. Mon propos ne repose pourtant pas sur du vent : c'est le témoignage d'une yazidie qui a perdu un sien cousin à ce checkpoint. La vérité blesse. Pourtant je revendique le droit à la fois de saluer la valeur des Peshmergas qui ont libéré la bourgade christiano-yazidie (pour parler vite) de Bachiqua il y a 10 jours et de rappeler le ressentiment des yazidis qui ne peuvent retourner à Sinjar. Même entre ces deux communautés ou sous-ensembles d'une communauté, la vérité est la meilleure arme contre le racisme.

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Nareen Shammo sur RTL TV

17 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies

Et on signale le reportage (un peu star system médiatique mais bon...) de Stacey Dooley sur la BBC au moment où les unités féminines de Shengal des Peshmergas (Yekîneyên Jinên Şengalê- YJŞ) libèrent une femme et son enfant près de Shengal-Sinjar.

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Venezuela : Courrier de Maurice Lemoine à Radio France

16 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #La gauche, #Débats chez les "résistants", #Revue de presse

Bon allez, je sais que ça ne sert pas à grand chose, mais bon, comme je n'ai pas moi-même l'énergie de dénoncer chaque jours les inepties que nous sortent les grandes chaines de TV, les stations de radio, les grands journaux et les agences de presse, il faut bien que je signale de temps en temps les efforts que fournissent d'autres personnes pour remettre les pendules à l'heure.Dans cette série voici un courrier désabusé mais vigoureux de Maurice Lemoine à Radio France à propos du Venezuela.

Réaction envoyée par le journaliste Maurice Lemoine le 16/11/2016 au médiateur de Radio France, suite au traitement de la crise vénézuélienne dans la matinale (16/11) de France Culture / invitée : Paula Vasquez (EHESS / CNRS).

PODCAST > https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/venezuela-bresil-la-democratie-en-crise

 

Au nom de la droite et de l'extrême droite vénézuéliennes, merci à M. Guillaume Erner pour son traitement de la crise vénézuélienne, à travers une seule intervenante, représentante (assez caricaturale, je vous l'accorde, mais universitaire, vous avez eu raison de le souligner) de l'opposition.

 

Merci d'avoir caché les responsabilités bien réelles de cette opposition dans la crise – en particulier dans le report (et non l'interdiction) du Référendum révocatoire.

Merci d'avoir occulté que se déroule actuellement un "dialogue", sous les auspices d'individus extrêmement douteux – M. Ernesto Samper, secrétaire général de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) ; les ex-présidents panaméen et dominicain Martin Torrijos et Leonel Fernandez ; l'ex-chef du gouvernement espagnol José Luis Zapatero ; le représentant du Pape, Mgr Emil Paul –, dialogue auquel s'oppose la partie la plus "droitière" de l'opposition, représentée ce matin sur votre plateau.

Merci d'avoir innocemment introduit une petite séquence "Jean-Luc Mélenchon" dans votre lynchage des présidents Chavez et Maduro.

Merci encore de ne pas avoir mentionné, en évoquant les "pénuries" et la "famine", les similitudes étonnantes qu'elles présentent avec le  phénomène constaté au Chili durant les mois qui ont précédé le renversement de Salvador Allende.

Merci surtout d'avoir laissé raconter qu'on ne trouve plus un journal dans les rues de Caracas – les occasions de rire sont tellement rares que, lorsqu'il s'en présente une, il faut en profiter à fond.

Merci, mille fois merci, de participer à l'affaiblissement du service public en lui ôtant toute crédibilité – ceux qui rêvent de le démanteler vous en seront gré.

Maurice Lemoine *

Journaliste indépendant, spécialiste de l'Amérique latine - ancien rédacteur en chef du Monde Diplomatique

 

* Auteur de "Les enfants cachés du général Pinochet. Précis de coups d'Etat modernes et autres tentatives de déstabilisation" (ed. Don Quichotte, 2015). 

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Hibernatus

15 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #Le quotidien, #Grundlegung zur Metaphysik

Tous les gens qui me méprisent ou me détestent (et ils sont nombreux parmi ceux que j'ai croisés depuis 20 ans) peuvent se réjouir. Malgré toutes les grandes écoles que j'ai faites, tous les diplômes obtenus, tous les livres écrits, toutes les révolutions intellectuelles accomplies depuis 5 ans, ma vie n'a pas progressé d'un millimètre. Sur tous les plans, professionnel et autre, j'en suis exactement au même point que lorsque je faisais "mes premiers pas sur Internet" en 1999, pour reprendre l'expression en en-tête de ce blog. Les gens qui s'intéressent à mes écrits se comptent sur les doigts des deux mains, personne ne me propose aucun enseignement, il suffit que j'adhère à un parti politique, même minuscule, pour que tous ses membres (que je connaissais avant d'y adhérer) décident de m'ignorer totalement. Quelque projet que je lance je sais qu'il va tomber dans un vide abyssal. Si je décide d'écrire un livre, même sur un sujet populaire (ce qui en soi m'est difficile car je n'aime que les choses un peu rares comme tel récit de voyage en Mésopotamie eu 17e siècle), je suis sûr de ne pouvoir publier qu'aux éditions du Cygne et n'y avoir que 30 lecteurs (quand on voit comment a échoué le projet censé être fédérateur "Atlas alternatif" il y a 12 ans, "grâce à" la complicité d'esprits malveillants bien placés dans mon entourage propre, on a tout compris). Bref c'est une glaciation complète et sans issue.

Certains esprits religieux parlent de "possession par un esprit de mort". Il paraît que cela s'hérite de génération en génération, que cela ressemble à la malédiction des pharaons dans les tombeaux égyptiens, et que cela se soigne par l'exorcisme. Je ne sais pas si je suis censé croire cela vu que je n'ai pas d'exorciste disponible en ce moment dans mon entourage pour régler le problème sur le plan métaphysique. Je peux juste faire l'inventaire du néant autour de moi, de l'apathie générale qu'il a engendrée dans ma façon de percevoir le présent et l'avenir et dans l'attitude des gens que je rencontre.

Un jour j'ai entendu un prédicateur dire qu'il sentait que tout un pays (en l'occurrence Madagascar) était paralysé à l'état d'embryon. Je suppose que ce genre de constat peut s'appliquer à des tas de contrées, et à des millions de gens. Des gens qui, quoi qu'ils fassent, n'arrivent pas à faire bouger leur position. Beaucoup en concluent qu'il vaut mieux renoncer à tout effort intellectuel, moral ou autre. Aller claquer du fric dans un salon de massage, draguer la première paumée qui passe, se cuiter etc. J'ai eu moi-même ce genre de période de "benign neglect" comme on disait en matière de politique économique jadis. Ce n'est pas si bénin que ça, et ça m'a même mené au bord du gouffre. Ce n'est donc pas la solution.

Quand on est dans l'hibernation, dans les 25 ou 40 ans de paralysie, comme Epiménide le chamane crétois qui dormit 57 ans avant de sauver Athènes de la peste (et encore, quand ça se termine à la manière d'Epiménide c'est plutôt bien), on peut juste se dire que si le choix est entre la glaciation et la catastrophe, la glaciation, à tout prendre, vaut mieux (autrement dit "c'est pas plus mal que si c'était pire"). Hier je lisais un récit abominable sur les souffrances de centaines de femmes yazidies qui vivent dans un camp de réfugiés qui leur est consacré dans le sud de l'Allemagne avec leurs enfants, dans le cauchemar chaque jour et chaque nuit renouvelé du souvenir des sévices endurés l'an dernier sous la férule des tarés de Daech. Un de leurs visiteurs dit qu'on ne dort pas pendant trois nuits quand on a entendu leur témoignage. Je veux bien le croire. Ces personnes ont été au coeur de la pire abomination de notre époque, dans le chaudron de ce que notre époque a fabriqué, depuis deux ans, de pire dans l'ordre de la barbarie (et quand je dis "notre époque", je veux dire aussi la pire partie de nous mêmes car cette barbarie là est sang de notre sang, chair de notre chair à tous). Et le malheur de ce peuple à travers l'histoire, comme celui des Juifs - pire encore, car ce fut un malheur sans livres, sans mémoire, sans témoignage, et sans eschatologie rédemptrice -, comme celui de beaucoup d'autres, a toujours été comme le portrait réaliste, "sur le vif", de ce que la condition humaine sur Terre engendre de pire. Evidemment pour ces gens là, qui ne peuvent plus croire en personne, à qui leurs bras et les mains même sont devenus étrangers, la glaciation serait comme une sorte de luxe hors d'atteinte, comme il le fut pour moi-même quand, en janvier 2014 je me battais aux frontières de la mort.

Cette hibernation je l'ai souvent contemplée au miroir de l'apathie de la société française qui, depuis 25 ans (depuis le début de la "globalisation") vit dans l'immobilité craintive et désabusée elle aussi, dans le même scepticisme un peu aigre, la même compulsion de répétition qu'incarne si bien la figure d'Alain Juppé. Ce n'est pas notre pays qui ferait le grand saut dans le vide d'élire un Donald Trump, et ça n'a d'ailleurs pas que des inconvénients, car cela lui épargne les pleurs hystériques dans les rues et les risques du retour du refoulé raciste et sexiste. J'ai eu souvent le grand tort "d'expliquer" ma paralysie par celle de la société. Grande erreur de la sociologie. Si le vrai couvercle sur la vie des individus était purement social il n'y aurait jamais eu de Jeanne d'Arc, ni de Lénine, ni de Mandela, ni de Chavez, ni de Christophe Colomb (qui lui aussi eut sa vie paralysée pendant 15 ans par le bêtise du système politique espagnol de son époque). Je sais que beaucoup de gens attribuent la paralysie de leur vie à des circonstances extérieures : au milieu où ils ont grandi, à l'état des technologies comme Internet (comme si le temps où les gens traînaient leur vide existentiel dans les bistrots plutôt que sur la toile avait été réellement fécond). Je préfère penser que l'extérieur (de nos vies) est le reflet de l'intérieur et le bas est le reflet du haut. Il faut tout tenir ensemble si l'on veut garder la moindre chance, encore une fois, une dernière fois avant le trépas, dans 10 ans, dans 20 ans, de changer la totalité.

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Les Yézidis entre le marteau et l'enclume

13 Novembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Aide aux femmes yezidies

Donald Trump va-t-il tenir sa promesse de campagne de s'appuyer principalement sur les Kurdes et non sur la Turquie pour vaincre EI en Irak ?

En tout cas les Yézidis sont inquiets de voir les forces spéciales turques, les bérets marrons (Bordo Bereliler aussi surnommés les bouchers des Kurdes) s'installer à Shingal-Sinjar avec la bénédiction de Barzani, officiellement pour donner une formation militaire aux peshmergas sunnites, mais aussi réprimer le PKK.

A Bachiqa la statue du chef de guerre yézidi Mirza du 17e siècle a été saccagée par EI, tout comme les lieux de culte et les maisons. L'identité yézidie est coïncée entre le marteau de Daech et l'enclume du gouvernement régional kurde. Après l'arabisation forcée sous Saddam Husein (qui en 1975 avait forcé par décret les Yazidis des villages des montagnes autour de Sinjar à rejoindre les villages collectifs des plaines et a détruit alors 250 villages), la kurdisation forcée (alors que beaucoup de yézidis parlent arabe et pas kurde, c'était d'ailleurs le cas de Mirza jadis).

Le gouvernement de Barzani est de plus en plus accusé d'empêcher les Yézidis de retourner à Sinjar. Les réfugiés sont arrêtés au checkpoint de Feshkhabour et les peshmergas confisquent leurs biens ou leurs troupeaux ou des matériaux de construction, s'ils veulent les amener à Sinjar (témoignage d'Adaly Kejjanqui était en Irak au début de l'année). Les gens restent donc au camp Sharya à Duhok ou au camp de Khanki.

Si vous souhaitez les aider, contactez moi.

 

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