Publié dans : Histoire - Par Frédéric Delorca - Ecrire un commentaire
Le Blog de Frédéric Delorca
De L'Atlas alternatif (Le Temps des Cerises, 2006) à La révolution
des montagnes (Editions du Cygne, 2009), quelques nouvelles de la diffusion des livres de F. Delorca, et quelques remarques sur le monde tel qu'il va, sur ce que tel ou tel disent,
écrivent, sur ce qui se fait, sur ce qu'on peut encore penser de tout ça.
Pour répondre à JD, et parce que la Levistraussmanie répandue de l'Humanité au Figaro
Magazine m'énerve à peu près autant que l'Obamamanie, et tous les phénomènes grégaires de notre époque (engouements de gens paresseux qui manifestent leur unanimisme autour de vieilles valeurs
scolaires mal digérées), je dirai un mot sur Lévi-Strauss et Bourdieu (après tout, j'ai écrit sur Bourdieu et Chomsky dans le Cahier de L'Herne Chomsky alors pourquoi ne pas poursuivre dans les grandes
comparaisons ?).
J'avais répondu à ce garçon : " A vrai dire il y a une longue tradition de
réflexion sur le rapport au corps développée dans la mouvance du socialisme "utopique" (les fouriéristes par exemple) qui en effet a été occultée par le socialisme autoritaire, surtout par le
stalinisme (mais déjà par le léninisme), ce qui n'a toutefois pas empêché à cette réflexion de percer dans le cadre de certaines révolutions. (...) On se souvient de la grande marche
nue des femmes à Moscou et à Kiev en 1917 réclamant la liberté sexuelle. Cette marche rejoint plus directement nos interrogations sur le socialisme et le corps car elle était inspirée par Alexandra
Kollontai et toute une frange du parti bolchévik qui pensait que le socialisme devait libérer le désir.
Wilhelm Reich père du freudomarxisme a beaucoup écrit sur la libération sexuelle qui eut lieu en Russie entre 1917 et 1922. Il y a dans ces réflexions beaucoup de naïveté
souvent, mais aussi des choses justes. En outre comme tu le soulignes, il faut penser le rapports aux plaisirs et aux souffrances dans son ensemble, pas seulement sur le volet sexuel.
Il est clair que la pensée politique ne peut faire l'économie d'une anthropologie du corps. Par exemple si le socialisme suédois fut très différent de celui de Cuba ou de celui de la Corée du
nord, c'est aussi parce qu'on est à chaque fois dans des schémas de rapport à soi-même et à autrui, des rapports qui se cristallisent dans les gestes du corps, les regards, les sensations, dont
on ne peut faire abstraction en partant au niveau des concepts abstraits.
La sociologie s'est ouverte progressivement à la problématique du corps à travers Mauss, Bourdieu, et, plus récemment, l'apport de l'éthologie animale (on apprend à regarder l'humain avec le
même regard que celui qu'on porte sur les autres primates). Il faudra bien que cela soit importé dans la réflexion politique à un certain moment.
J'ai écrit dans la revue Commune en 2008 un petit texte sur le socialisme qui présentait celui-ci comme un "fait politique total" ayant vocation aussi à porter une anthropologie du corps. Je
suis heureux de voir qu'Arnsperger dont j'ai fait la recension il y a peu (cf http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=94&ida=11529 ) défende aussi une approche anthropoogique de l'option anti-capitaliste. Le changement
politique passe par un travail sur les corps. "
Dans le bestiaire de la semaine : le petit normalien en
province aigri qui a raté les trains de la réussite universitaire (mais n'est ce pas un oxymore aujourd'hui ?), qui ne publie rien, et qui, la bouche en cul de poule me dit : "pourquoi as-tu décidé
de publier encore un livre ? who cares ? et puis soigne le détail, l'écriture notamment !", le vieux tiersmondiste rouge-brun paumé qui après avoir entraîné quelques rêveurs dans ses
égarements me traite de "trou du cul", parce que je lui reproche d'avoir forwardé mes mails sans ma permission ("trou du cul" est son insulte favorite, qu'il réserve en général aux journalistes
médiatiques), une journaliste de 27 ans (la connerie n'attend pas le nombre des années) qui juge "très déplacé" mon mail lui demandant quand elle entend publier mon interview sur la Transnistrie,
il y a aussi le gars qui a menacé le dir cab de ma commune avec un flingue ce matin, et puis encore cette blogueuse qui me balance que son blog "est le plus libre de la blogosphère : la preuve Arte
l'a reconnu, ils vont m'interviewer" (ne riez pas, il y a des gens qui pensent comme ça). Au fait, à propos de trou du cul, ma disciple (qui m'énerve tellement que je la renie déjà) me disait jeudi
: "la recherche c'est tourner son doigt dans son cul" - c'est beau comme les sciences humaines croient encore en elles mêmes.
Lors des dernières élections européennes, le Dissident internationaliste m'avait communiqué
un sondage d'UAM93 qui donnait un fort potentiel électoral au Front de gauche dans l'électorat musulman pratiquant. Fidèle à ses principes maoïstes il en avait conclu que le PCF devrait se
rapprocher des organisations musulmanes (comme l'a fait le maire de Bagnolet par exemple) et abandonner des positions laïcardes islamophobes.
Mes fonctions en banlieue parisienne m'ont conduit cette semaine à être informé très vite du décès de l'écrivaine Hamida Ben Sadia. J'avoue que je ne connaissais pas son oeuvre. Des alternatifs,
les Indigènes de la République, Politis et
d'autres lui rendent hommage. Dans des mails collectifs que je reçois j'observe qu'une communiste de Seine-Saint-Denis met en cause la façon dont elle fut traitée au cabinet d'un élu du PCF dont
elle était la collaboratrice. Voilà un mail qui au moins souligne que le PCF l'employa pendant un certain temps, ce qui est à son honneur. Aucune biographie sur Internet ne le précise. Pour le
reste il semble que l'itinéraire de cette personne fût à l'opposé de celui de Fadela Amera, ce qui la rend d'autant plus intéressante évidemment.
Je lis ce soir l'article de Chloé de Perry, Chargée de mission auprès de la
Direction de la Formation de l'Institut des hautes études de défense nationale, sur mon livre sur la Transnistrie dans le numéro 35 de
la newsletter de l'IHEDN (septembre 2009). Je trouve plutôt cocasse que cette dame me reproche le peu de scientificité du livre alors même que d'un bout à l'autre du récit j'explique
pourquoi dans ce type de mission la scientificité était impossible. La jeune Mme de Perry me donne néanmoins acte d'avoir voulu être le plus objectif possible. Elle juge "inintéressants" les
détails sur l'ambiance de la mission d'enquête (tout dépend des points de vues, peut-être Mme de Perry est-elle familière des voyages officiels mais ce n'est pas le cas de tout le monde). Cependant
elle trouve l'ouvrage utile malgré tout. Je n'en demande pas plus. Je n'ai cessé de dire que ce n'était qu'un petit témoignage sans prétention, comme je voudrais que le fussent beaucoup de
reportages de la grande presse dont l'ambition à conclure, sur un ton péremptoire, à tout propos excède le plus souvent les moyens matériels et intellectuels dont ils disposent.Éditions du Cygne, Paris, 2009, 108p.
While much is said these days of Ossetian and Abkhazian independence, supported by Russia, other Eastern European regions who have also sought to succeed from the state where they found
themselves after the fall of the USSR have been somewhat forgotten.
Responding to an e-mail inviting him to join an observation mission in the “troubled zones” of the former USSR for the Russian NGO Trans European Dialogue, Frédéric Delorca went to the
Pridnestrovian Moldavian Republic or Transnistria, in July 2007 to see whether life in this region corresponded to Western clichés or not in his view.
Frédéric Delorca relates these few days spent in Pridnestrovia - the Russian name for Transnistria - in his book Transnistrie - Voyage officiel au pays des derniers Soviets, which has
just been published by Éditions du Cygne. An analysis that incites a certain curiosity regarding the strange situation of this small self-proclaimed republic, stuck between Ukraine and Moldavia,
where Soviet culture remains visible and Russian influence is particularly acute.
An actual travel log, accompanied by pictures, recounted visits, meetings, and the author’s impressions day by day; this work rich in experience is nevertheless disappointing with its descriptive
character, profuse details without interest, and difficult writing style. While it is true that the purpose of this book is to show the reality of the situation observed in Pridnestrovia, it
would have been better for the author to get to the point, that he stick to the essentials of his trip, and on the whole be more coherent. However, the story is no doubt an image of the slowness
and incoherence of Frédéric Delorca’s trip. It simply follows the astonishment and incomprehension that he feels in the face of visits and encounters that he was not necessarily expecting as part
of his observation mission.
It is only at the end, in the Appendices, that we get all the pertinent information regarding Pridnestrovia’s situation... and suddenly it all accelerates. The author provides us with a condensed
version of his observations regarding the economy, social rights, democracy, inter-cultural relations, international relations, and the progress of the rule of law in the Pridnestrovian Moldavian
Republic. It would, no doubt, have been preferable that this information be revealed throughout the book, in a more balanced fashion, in order to better retain our attention. Nevertheless we
acknowledge that the author has chosen to begin by objectively painting, and with no prior judgments, what he experienced, before drawing more general conclusions. If we leave aside the details
and considerations often devoid of interest regarding the mission performed, we pick up some particularly rich passages that paint us an interesting picture of the actual situation in
Pridnestrovia.
Over the course of encounters arranged by the NGO, we discover Pridnestrovian institutions:
As for the tours organized by the NGO, they are, as the author and his companions are astonished to note in the beginning, very far removed from their mission. Indeed, how can tours of the Pridnestrovian History Museum, memorials, and a cognac production plant help understand the situation in the country? It was only after a firm discussion that observation mission members were allowed to meet ordinary people. In spite of everything it turned out to be difficult. When they finally approached, impromptu, people in the street, the author noted that “we did not perceive any particular tension in the lives of these people.”The very Soviet welcoming committee we had been subject to did not seem to have been hiding anything shameful.” (p.54)
It seems that, in spite of everything, they seek to counter Western lies that circulate regarding Transnistria by having them tour the airport - whose runway was sprinkled with weeds but where
closed doors could mean airplanes had been hidden (p. 59) -, the company Elektromach - effectively showed no connection to the armaments industry (p. 60) and the militia (police) museum -
designed to prove that drug trafficking was easily neutralized (p.72).
It must be said that Pridnestrovian authorities have difficulty in getting the information they want to Westerners. As evidenced in the remark of a journalist member of the observation mission:
“They do not know how to be direct and summarize. [...] They are shooting themselves in the foot with that, even if their arguments are valid. Because they are competing against American agencies
that produce “readymade” information, quick and easy for journalists.” (p.60)
A remark which is no doubt behind Frédéric Delorca’s desire to write this book. From his reports of his visits in Tiraspol, we come away with the image of a developed country, modern, clean, where passers-by say they don’t fear persecution or discrimination should they be unified with Moldavia (p. 72). However, the majority of Pridnestrovian authorities continuously recount the 1992 conflict. Moldavian nationalists had launched an attack against Pridnestrovia, Ukrainian land attached to Moldavia by Stalin in 1939, in order to require Ukrainians and Russians to speak Moldavian and impose the Latin alphabet on the Moldavian language (p. 30). However, with the support of the Russian army, they were able to defend their own culture and progressively organize their state, whose independentist constitution was promulgated in 1995. A state nevertheless hindered by the absence of official recognition at the international level, bemoaned by the Pridnestrovian authorities and entrepreneurs.
In the end, while the story is somewhat flat and not very scientific, it is not devoid of interest and has the merit of presenting Pridnestrovia’s current characteristics objectively. An
apparently viable country and which is removed, according to Frédéric Delorca, from the Western view of it. “In the face of all these potential riches, we only saw that the myth
of the rebel-state living on drug trafficking that circulated in the Western press did not stand up to scrutiny. I looked again at the map of Pridnestrovia, which I now think of as a sort of
industrial island between Western Ukraine and rural Moldavia. [...] successful successions always start in rich regions, without which they are not viable on the long term.” (p.51-52).
Chloé de PERRY,
Responsible for university relations, training department
Par trois fois j'ai tenté sur Facebook d'intégrer le réseau d'amis (900
personnes) de Sahra Wagenknecht sur
Facebook mais en vain. Pourquoi ? Le Dissident internationaliste suppose que quelqu'un se sera chargé de lui dire du mal de moi. Mais qui et pourquoi ? J'ai posé la question à l'intéressée (ou
plus probablement à son assistant parlementaire qui gère sans doute sa page Facebook. En vain. J'ai fait le tour des sites Internet. Je n'y ai pas trouvé de proos hostiles à mes textes. Peut-être
en un sens mon manque de notoriété me protège-t-il. Si l'on médit sur moi, c'est sans doute sous cape. A la différence de ce qui arrive à Bricmont que je vois empêtré dans des polémiques dont bien
des sites d'extrême-gauche se font l'écho. Polémiques habituelles, dont il ne se sort pas terriblement bien, je trouve. On touche un peu aux limites du voltairisme. J'en reparlerai à l'occasion.
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