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Le blog de Frédéric Delorca

Articles récents

Pierre Jacquemain, Ils ont tué la gauche, Fayard 2016

30 Septembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures, #La gauche

Après la mobilisation sociale contre la loi El-Khomri au premier semestre de cette année, beaucoup de militants de gauche ont dû attendre avec intérêt la publication de ce témoignage de Pierre Jacquemain, qui fut au cabinet de la ministre du travail Myriam El-Khomri et sut claquer la porte à temps pour ne pas être associé à cette modification du code du travail qui passe pour une des plus grandes trahisons de l’électorat de gauche par François Hollande et Manuel Valls. Beaucoup s’y intéresseront, mais beaucoup seront aussi déçus. La suite de ma recension est ici.

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Espagne, Arabie Saoudite, Alep, Congo-RDC, Caracas, Cuba

29 Septembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE, #Espagne, #Revue de presse, #Proche-Orient, #Colonialisme-impérialisme, #Les Stazinis, #Le monde autour de nous

Le parti socialiste espagnol éclate sur la question du "non à Rajoy" qui est aussi celui de l'unité de l'Espagne, car le blocage voulu par le secrétaire général Sanchez de l'accès au pouvoir du PP pour ménager une alliance possible avec Podemos implique une adhésion à l'Espagne fédérale, Podemos étant complètement allié aux indépendantistes catalans. Pour une fois je suis plutôt d'accord avec l'aile droite des socialistes : la voie de l'alliance avec Podemos signerait la disparition de l'Espagne.

Concernant les autres nouvelles internationales et nationales, je note que Mme Clinton a ressorti son savoir-faire de politicienne dans son débat avec Trump, mais comme l'a noté Nigel Farage cette semaine cela ne préjuge pas de l'impact du débat sur l'opinion publique. Je note que le Congrès américain a rejeté à une très large majorité un veto du président Barack Obama sur une loi autorisant les proches de victimes du 11-Septembre à poursuivre en justice l’Arabie saoudite et que cela a agacé les autorités du Bahrein, si j'en crois Al Manar. Voilà qui peut aussi faire plaisir au pauvre peuple yéménite (d'ailleurs John Kirby a regretté "l'imprécision" des bombardements saoudiens au Yémen, ce qui est peut-être un début de condamnation de l'horrible guerre menée par Riyad dans ce pays). L'Arabie saoudite a menacé la présence militaire sur son sol de représailles. Dans l'ordre du fait divers révélateur les lecteurs de ce blog auront peut-être vu qu'un artisan venu effectuer des travaux au domicile d'une princesse saoudienne aurait été frappé, ligoté et mis en joue durant quatre heures.

Je remercie Proche&Moyen-orient.ch d'avoir bien voulu publier un mien billet sur les tensions entre les yezidis et le gouvernement régional kurde d'Irak. En ce qui concerne la bataille d'Alep où les Russes et l'armée légale abusent des armes incendiaires chargées de compositions aluminothermiques – plus efficaces encore que le phosphore quand il s’agit d’allumer des foyers – sur des quartiers résidentiels, on ne comprend pas bien pourquoi les civils n'ont pas fui comme à Mossoul ou Fallouja. Même si la liquidation du foyer islamiste de l'Est d'Alep est nécessaire au retour de la paix en Syrie, nous devons avoir une pensée morale pour les civils qui paient un prix élevé en ce moment. L'armée russe aura-t-elle un jour la culture de la proportion dans la répression ?

Ayrault à Sciences Po agite le spectre de la guerre civile en RD du Congo (qui a déjà beaucoup donné sur ce volet : des millions de morts en dix ans). François Hollande avait accusé l'État congolais de s'être rendu coupable "d'exactions" contre son peuple les 19 et 20 septembre à Kinshasa. Le porte parole de Kabila Lambert Mende, réplique : "le Congo n'est pas un département d'outre mer".

La démocratie reste impossible en Afrique à quelques exceptions près comme le Bénin. Au Gabon les élections sont volées. En Somalie elles sont indéfiniment reportées.

En Amérique du Sud, on peut espérer que l'accord de l'OPEP va redonner un peu d'oxygène au régime chaviste qui a reporté le référendum révocatoire. L'Argentine, le Brésil, le Paraguay, le Mexique, le Chili et le Pérou sont vent debout contre Caracas, notamment pour l'expulser du Mercosur. Le président péruvien Pedro Pablo Kuczynski a dit samedi qu'il a l'intention de former un « groupe de soutien » dans la région pour favoriser une « transition dans l'ordre » pour le changement de gouvernement au Venezuela. Maduro invite Kerry à Caracas.

L'ingérence à Cuba ne faiblit pas non plus. Les étudiants de la Fédération estudiantine universitaire se mobilisent contre la campagne de bourses de l'organisation "non gouvernementale" Learning World liée à l'agence fédérale américaine USAID qui court-circuitent les rectorats universitaires et dont le contenu viole les principes éthiques nationaux cubains.

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Badiou-Onfray (once more)

28 Septembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche, #Débats chez les "résistants"

Onfray hélas européiste. Et son internationalisme comme celui de Badiou tournent à vide. Le darwinisme d'Onfray comme le freudo-marxisme de Badiou me semblent insuffisants. Deux intellectuels dans la caverne qui observent les ombres sur le mur. C'est triste.

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Des nouvelles des femmes yezidies

25 Septembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Proche-Orient

Je viens de créer une rubrique consacrée aux femmes yézidies sur ce blog. Cette semaine, mon amie Nareen Shammo accompagnait au Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève Nadia Mourad, la jeune yezidie de 22 ans qui a été enfermée, battue et violée collectivement par des cinglés d'Etat islamique/Daech pendant trois mois.

Nareen avait déjà accompagné cette femme à l'ONU en novembre dernier. Elle raconte sur Facebook les conditions concrètes de leur arrivée en Suisse le 16 septembre. Le samedi 17 elles rencontraient Ban Ki Moon.

Le 21, elles avaient un entretien avec l'ambassadeur d'Allemagne à l'ONU - ce pays a recueilli 1 100 exilées yézidis avec leurs enfants et certains survivants de leurs familles. Elles exposaient leurs revendications : la protection des femmes réfugiées en Allemagne qui sont encore menacées par Daech, l'exemption du système d'enregistrement des empreintes digitales prévu par la convention de Dublin, plus d'aide pour les filles qui vivent dans les camps en Irak, la reconnaissance du génocide yézidi, la reconnaissance de la nationalité yézidie dans le système de traitement des demandeurs d'asile. 3 200 femmes yézidies sont toujours prisonnières de Daesh.

Le dernier jour de leur séjour suisse, coachées par Amnesty International, elles ont donné une conférence à la fac de sciences politiques de Zurich, puis ont eu des rencontres au siège d'Amnesty. Elles ont fait une déclaration sur la Syrie et en Irak, dans laquelle Nareen Shammo a aussi évoqué les souffrances des chrétiens, des chabaks, des chiites, des turkmènes et des mandéens.

Il existe aussi des initiatives pour les Yezidis en France. La page Facebook des Yézidis de France mentionne par exemple le cas relaté par le journal "Ouest France" du 7 septembre dernier de deux familles yézidies de Bashiqa au nord-est de Mossoul, accueillies à Rennes en provenance de Forbach (Lorraine). Un collectif catholique a acheté un presbytère pour les héberger et suit leur insertion dans la société française. Il n'est pas possible de savoir combien de Yezidis vivent en France, leur communauté n'étant pas en mesure de compter ses membres, ce qui fait que, par exemple, ils n'étaient pas au nombre des cultes reçus par le gouvernement français le 27 juillet dernier après l'assassinat du père Hamel, alors que même les bouddhistes étaient présents.

Cette page Facebook évoque aussi les enjeux politiques autour de la situation des Yézidis. Il y a notamment la question de la reconnaissance du génocide qui pose problème à l'égard d'autres peuples qui invoquent l'existence d'un génocide comme les Arméniens (40 000 Yézidis vivaient en Arménie en 2011 et y bénéficient d'une reconnaissance comme groupe ethno-religieux depuis 2012, la moitié auraient émigré depuis lors). Cette semaine, à Erevan le député conservateur du parti « Arménie Prospère » Gurgen Arsenyan a déclaré "il y a 3.000 Yézidis qui ont été tués, cela en fait-il un génocide ? Le terme de génocide peut être utilisé seulement quand le nombre de victime dépasse le seuil de 1 million. Même si la population des Yézidis a radicalement diminué dans le pays, on ne peut pas appeler cela un génocide ". Au printemps 2015, le Parlement arménien avait déjà rejeté un projet de loi pour « la reconnaissance et la condamnation du génocide des Grecs pontiques, les Assyriens, les Yézidis et les autres minorités de l’Empire ottoman en 1915 » . Certains Yézidis le vivent comme une trahison alors que leur communauté avait combattu le régime ottoman aux côtés des Arméniens pendant la première guerre mondiale. Le vote du projet de loi de la député Naira Zohrabyan, qui est du même parti que M. Arsenyan, tendant à la qualification des actes de Daech contre les Yézidis est reporté à la demande de la commission des lois.

On trouve aussi sur cette page une polémique intéressante contre un film intitulé "Le vent obscur" (The Dark Wind/ Resheba) qui serait financé par le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) de Barzani et le Qatar, réalisé par le producteur kurde Hussein Hassan et qui, selon certains yézidis, aurait pour but "de salir l’image des Yézidis dans le monde". Le film raconte l’histoire d’une jeune femme yézidie qui était sur le point de se marier mais devient esclave lors de l’attaque de l’Etat islamique sur Shengal. Elle parvient tout de même à s’échapper et à rejoindre son fiancé. Cependant le père du fiancé la considère comme étant « souillée » et veut la tuer.

Selon les organisations yézidies, ce film déforme la position des institutions religieuses de leur communauté quine prône pas le rejet des femmes violées, et présente les Peshmergas kurdes comme des héros alors que leur fuite serait la cause du génocide yézidi. Une des scènes les moins appréciées montre une vieille femme priant une divinité yézidie au moment où elle réalise un avortement sur Pero, l'héroïne du film. Les scènes sur la vente des femmes esclaves sont aussi décriées. Un groupe de juristes yézidis irakiens prévoyait de lancer des poursuites judiciaires contre le réalisateur du film dont la diffusion était programmée au festival du film de Duhok (un festival annuel organisé par le GRK au nord du Kurdistan) le 16 septembre dernier.

A titre personnel je ne prends pas position sur les enjeux de la reconnaissance des yézidis comme groupe ethno-religieux, ni sur leurs croyances ou leurs symboles auxquels je n'adhère pas même sur un plan philosophique. Les hasards de mes prises de contact en 2015 m'ont fait connaître Nareen Shammo. J'ai pu voir que le système d'aide aux femmes de sa communauté victimes de Daech réfugiées dans les camps fonctionne, et que le besoin de soutien de ces femmes est énorme. C'est pourquoi j'encourage les lecteurs de ce blog à apporter leur soutien (n'hésitez pas à me contacter), qui, bien sûr, n'est pas exclusif de l'aide que nous devons apporter aux autres communautés persécutées par Daech au Proche-Orient ni de l'aide que nous devons à toute l'humanité. Je mentionne ici le contexte des débats politiques et culturels simplement à titre d'information parce que l'entraide ne doit pas ignorer aussi les terrains sur lesquels elle marche.

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A propos d'un mail d'un lecteur

19 Septembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #Colonialisme-impérialisme, #Débats chez les "résistants"

A propos d'un mail d'un lecteur

Chers lecteurs, je me permets aujourd'hui (une fois n'est pas coutume) de vous citer un petit message que j'ai reçu d'un lecteur il y a peu. Bien sûr c'est un message qui fait plaisir, et qui vient faire contrepoids à des mails ou commentaires désagréables que j'ai pu recevoir au cours des 18 dernières années (depuis mon engagement pendant la guerre du Kosovo). Mais le fait qu'il puisse me faire plaisir est absolument sans importance car c'est un message qui s'adresse à mon travail et non à ma personne, donc ma personne n'a pas à en recevoir de bienfaits.

Je précise que des messages comme celui-ci ont été rares depuis que ce blog existe. J'en ai reçu seulement cinq ou six de comparables, mais quand bien même je n'en aurais reçu qu'un, cela aurait suffi à justifier l'existence de ce blog, parce qu'il signifie que j'ai réussi à transmettre quelque chose d'utile à quelqu'un. N'étant pas enseignant je n'ai pas l'occasion de le faire dans le cadre de mon activité professionnelle.

Peut-être la personne qui m'a écrit ce mot un jour regrettera-t-elle de l'avoir fait, parce que son jugement aura évolué sur les divers sujets qu'elle y évoque, comme moi-même j'ai évolué. Mais si c'est le cas elle aurait tort, car il faut se réjouir de ses erreurs, si erreur il y a, et de toute façon, je ne suis pas sûr que son jugement soit erroné.

Je me suis permis, avec son accord, de reproduire ici son message, non pas pour me mettre en valeur, mais parce que premièrement il va peut-être encourager d'autres personnes à faire des blogs un peu dans l'esprit d'indépendance et, j'ose le dire, de recherche d'une certaine élévation qui m'a toujours animé, et, en deuxième lieu, ce mail va me permettre de faire un peu le point de certains aspects de ce blog, du regard que je porte sur eux, et de ce que ces éléments peuvent préparer pour l'avenir.

Voici donc le mail :

"Bonjour Frédéric Delorca,
Je m’appelle ** et je vous contacte car j’apprécie beaucoup votre blog que j’ai découvert ces derniers mois.
Je vous remercie pour vos commentaires sur l’actualité politique. J’aime aussi votre blog car il me permet d’ouvrir ma curiosité. Grace à vous, j’ai découvert le documentaire de Vanessa Stojilkovic Bruxelles–Caracas, j’ai lu avec un grand bonheur Chien Blanc de Romain Gary, j’ai lu des articles de Diana Johnstone qui sont très éclairants sur l’UE, l’OTAN et la situation de la France
.
Merci beaucoup"

Ce qui est très frappant dans ce beau message chaleureux c'est d'abord qu'il s'agit du regard d'un homme apparemment jeune et intelligent qui "débarque" dans cet l'univers de mon travail intellectuel, et qui le découvre un peu après les batailles, plusieurs années après. Et donc il se promène dans les vestiges de ces combats qui furent des combats pour l'édification de mon propre point de vue sur le monde dans lequel, comme tous mes congénères, j'avais été jeté. Aujourd'hui, à travers l’œil de ce lecteur, moi qui ne relis jamais mon blog, sauf pour y chercher un élément précis, je prends conscience de ce qu'il y a "derrière mes billets actuels", dans les pages anciennes.

Alors oui, il y a Vanessa Stojlikovic, Diana Johnstone, Romain Gary. Ce ne sont pas des références des grands médias actuels, de l'Establishment. Ce ne sont pas non plus forcément les références de dissidents un peu tapageurs, humoristes de plus ou moins mauvais goût, qui se répandent en vidéos sur You Tube. C'est un univers, qui est partiellement repris par des sites de gauche ou qui font une jonction entre la gauche et le gaullisme. En même temps, je ne pense pas que les couleurs de ce blog puissent être réduites à ces étiquettes. Car si demain une autorité intellectuelle me persuadait que l'appartenance à la gauche est intrinsèquement, par essence, solidaire du mensonge et du crime, je m'en dissocierais immédiatement. Amicus Plato, sed magis amica veritas, je suis ami de Platon mais plus ami encore de la vérité, est ma devise, je ne suis figé sur aucune identité, intellectuelle, religieuse, culturelle. Même si je suis attaché à la cohérence, je suis avant tout un chercheur de vérité (par "je" entendez bien "mon travail" car c'est mon travail qui parle ici, et non petit "ego" sans intérêt), c'est pourquoi vous trouverez souvent dans ce blog des expérimentations parfois un peu surprenantes du genre "et si le bourdieusisme n'était qu'une absurdité" après de dix ans de fidélité à cette sociologie (et même une thèse soutenue dans cette atmosphère). Aucune remise en cause ne me fait peur.

Dois-je aujourd'hui remettre en cause Vanessa Stojlikovic, Diana Johnstone, Romain Gary ? J'ai bien des raisons de critiquer chacune de ses références, pour son style, pour une ou deux de ses prises de position etc. Je peux par exemple reprocher à Diana Johnstone ses excès d'éloges pour Dominique de Villepin jadis ou son silence sur ce personnage maintenant, ou Romain Gary d'avoir dans les années 60 aimé la famille Kennedy, que sais-je encore.Et ce genre de reproche je peux aussi me les adresser à moi-même. Mais je ne renie aucune de ces trois références, parce que chacun de leurs principaux engagements furent des engagements de vérité. Romain Gary fut aux côtés de Teruel en 1936, et de Hanoï en 1968, mais sans s'illusionner sur les impostures du stalinisme des années 30 ou du libertarisme de Cohn Bendit. Diana Johnstone a eu des mots très justes et très précis sur les mensonges de nos institutions pendant les guerres du Kosovo dans les années 1990, sur la faillite politique et morale que ces mensonges impliquaient pour notre continent, sans pour autant chanter la louange de la Sainte Serbie éternelle ni faire l'apologie de Milosevic. Vanessa Stojlikovic a montré des images justes sur les minorités du Kosovo, même si son comparse Michel Collon fut très loin d'avoir été aussi juste. Et ce travail là, humble, rigoureux, était autre chose que d'aller gesticuler à Tripoli sous les bombes juste pour chauffer son public parisien...

Même si beaucoup de choses me séparent aujourd'hui de Gary, de Johnstone, de Stojlikovic, je dois reconnaître ma dette à l'égard de leur travail sans lequel mon regard sur le monde ne serait pas celui que je porte. Par exemple je ne peux pas penser à la Croatie d'aujourd'hui sans me remémorer la brillante démonstration de Johnstone qui expliquait comment c'est la famille Habsbourg qui l'a faite entrer dans l'Union européenne alors même que ses criminels de guerre jouissaient toujours de l'impunité alors qu'on exige encore de la Serbie, à tort, toujours plus de "purification interne", et ce thème dépasse de beaucoup le seul problème de l'intégration de la Croatie (et de notre tourisme "naïf" - y compris le tourisme "religieux" - sur ses terres), mais encore toute la compromission avec de l'Europe avec le néo-fascisme (de Riga à Kiev) et avec les héritages mal digérés de notre histoire. J'ai même des dettes plus récentes à l'égard de cette journaliste américaine puisqu'encore cet été c'est elle qui m'a fait prendre conscience de l'imposture morale du discours américain (ânonné tous les ans pas nos médias) sur les bombardements d'Hiroshima et Nagasaki, et donc l'imposture morale de l'hégémonisme culturel nord-américain dans le monde depuis 1945. Ma dette à l'égard de Gary est plus profonde encore puisqu'à travers lui c'est tout le statut de la littérature, d'une présence littéraire à la condition humaine (la nôtre en tant qu'individu, celle de notre pays, de nos continents) qui est en jeu.

Alors peut-être vais-je encore découvrir beaucoup de choses, remettre en cause beaucoup de choses. Peut-être m'apprendra-t-on demain que le bilan politique et moral de Chavez par exemple, sa compromission dans la sorcellerie caribéenne, dans la corruption financière etc, étaient bien pires que nous ne le pensions en 2008 par exemple. Cela n'empêchera pour autant que le travail de Vanessa Stojlikovic sur les missions sociales lancées par le gouvernement bolivarien à ce moment-là, produit à une époque où tous les grands médias rêvaient du retour des oligarques à Caracas et où la police politique des "antifas" traitait de "rouges bruns" quiconque faisait l'éloge du "social empowerment" des défavorisés vénézuéliens et du rôle du non-alignement chaviste sur la scène internationale, reste un grand moment de vérité dans l'histoire humaine, moment d'autant plus méritoire qu'il n'était soutenu que par une poignée de personnes.

Alors je sais bien que tous ces moments de vérité qui ont formé mon regard comme celui d'autres personnes n'ont pas débouché sur des mouvements politiques à la fois efficaces et honorables comme ont pu l'être le parti socialiste de Jean Jaurès dans les années 1900 (voyez ce qu'en disait Romain Rolland), ou le républicanisme de Caton d'Utique en 60 av JC (pour citer deux exemples éloignés dans l'Histoire, l'un et l'autre assez brillants, quoique critiquables comme tout phénomène humain), et ce, largement faute de leaders capables de les intégrer à leur action, et pour diverses autres raisons sociologiques. Néanmoins ces moments ont existé, et peut-être ont-ils aussi servi à "civiliser", rendre plus intelligents, plus affutés, plus courageux, les regards et donc les façon d'être au monde de diverses personnes, ce qui a été autant de garde- fous à la sottise, à l'aveuglement dogmatique, à tout ce qui peut tirer vers le bas.

Grâce aux Editions du cygne, les lecteurs disposent aujourd'hui de deux livres, un sur mon engagement de 1998-2000, un autre sur la période 2001-2015, qui reconstituent un peu le fil de mes découvertes, de mes réflexions, et les remettent un peu dans le contexte des débats et des événements de leur époque. Ces livres, écrits parfois un peu vite, valent ce qu'ils valent, comme ce blog. Je n'ai pas à les juger, ils sont ce que j'ai pu laisser derrière moi. Et puis, pour ceux qui préfèrent écouter que lire, il reste sur Dailymotion ici ma "TV Atlas alternatif" qui résumait des chroniques du blog du même nom, et qu'un certain nombre de gens, en Algérie notamment, continuent de "liker" régulièrement à travers Facebook.

Il m'arrive aujourd'hui de me demander si ce que j'ai défendu dans ce blog aura sa place dans ma présence au monde de demain, compte tenu notamment de certaines découvertes pour le moins "très originales" que j'ai faites depuis deux ans, de quelle manière, et sous quelle forme des lecteurs pourront encore recevoir quelque chose d'utile de la façon dont je tournerai tout cela. Mais, à mesure que j'écris ce billet, je me rends compte que, tout de même, des éléments de continuité demeurent. Je n'aurai peut-être pas besoin de tout remettre en cause complètement. On n'est jamais assez conscient de ce que l'on a appris. Cela entre naturellement dans notre langage quotidien, dans notre façon d'être. Il n'est jamais inutile de prendre quelques heures pour faire le point sur tout cela. C'est une étape nécessaire au déploiement du "travail" lui-même (pardonnez moi d'user ici d'un langage un peu trop "protestant", calviniste, celui du lawyer américain qui a la sueur au front comme aurait dit Roland Barthes quand il évoque les peplums dans ses Mythologies).

Merci en tout cas à ce sympathique lecteur qui valide ce que j'ai fait, quelles qu'en fussent les imperfections, et me donne envie de continuer à écrire un peu dans ces pages.

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