Parutions.com vient de publier mon dernier compte-rendu du livre Palabre africaine sur le socialisme de Manga Kuoh - pour le lire cliquez ici.
Publié dans : Lectures - Par Frédéric Delorca - Ecrire un commentaire
Le Blog de Frédéric Delorca
De L'Atlas alternatif (Le Temps des Cerises,
2006) à La révolution des montagnes (Editions du Cygne, 2009), quelques nouvelles de la diffusion des livres de F. Delorca, et quelques remarques sur le monde tel qu'il va, sur ce que
tel ou tel disent, écrivent, sur ce qui se fait, sur ce qu'on peut encore penser de tout ça.
Parutions.com vient de publier mon dernier compte-rendu du livre Palabre africaine sur le socialisme de Manga Kuoh - pour le lire cliquez ici.
"Quelle horrible saison que l'été, m'écrit un correspondant. Avec ces jupes qui
raccourcissent, ce désir suscité en vain. La loi de la jungle dans toute sa tristesse. Une vraie torture." je l'approuve tout à fait.
Visiblement il est aussi difficile de faire un coup d'Etat en 2009 en Amérique
latine qu'en 1991 en URSS : le renversement du président Zelaya au Honduras suscite une grande mobilisation populaire et l'armée ne semble rien contrôler. Voilà qui, comme le coup d'Etat avorté
contre Chavez, pourrait renforcer le président déchu. Il faut s'en réjouir.
J'étais hier à la librairie Résistance, 4, villa Compoint à Paris (vous trouverez
quelques images de cette librairie dans une vidéo publicitaire ci dessous), pour une conférence de Michel Collon sur son livre. Je ne veux pas jouer les anciens combattants, mais chacun (parmi
mes 5 lecteurs assidus !) sait que je suis presque un habitué des conférences de Collon, la première étant celle dont j'avais fait le compte rendu en 2000 pour le site Résistance (c'était avant
la naissance de la librairie homonyme), j'ai aussi filmé une de ses interventions en janvier 2002 cf sur ce
blog).
Il y avait beaucoup de monde, comme souvent quand Collon se déplace. Il faut dire que ses
exposés sont toujours efficaces, bien charpentés. Il aligne argument sur argument, avec des chiffres. Les meilleurs moments sont quand il parle des stratégies des multinationales, par exemple pour
le contrôle de l'eau en Amérique du Sud, ou la course au brevetage des plantes d'Amazonie. Les mots sont clairs, percutants, ils incitent au combat. En plus il y a toujours ensuite la phase des
"questions du public" qui a une dimension psychothérapeutique pour beaucoup- les gens se loncent dans de longues tirades d'un quart d'heure sur la situation internationale (en ce moment on
voit bien que l'Iran a la côte dans les sujets abordés). Bien sûr on peut faire la fine bouche. Le Sandiniste, qui connait bien le sujet, a noté que Michel est souvent schématique sur le
Venezuela, adepte de raccourcis, allusif sur de nombreux points. Beaucoup de facteurs politiques et économiques sont gommés dans ses analyses. Les nuances font souvent défaut. C'est cela
aussi que nous lui reprochions un peu sur la Yougoslavie. Mais il y a toujours à y prendre. Par exemple c'est grâce à son exposé hier que j'ai pris conscience que la répression du
Caracazo par les sociauxdémocrates le 27 février 1989 avait fait jusqu'à 3 000 morts. Jusque là les divers articles que j'avais lus sur le sujet (dans le Monde Diplomatique notamment) ne
m'avaient pas fait "tilter". Dans Wikipedia ce matin je lis que 3 000 est la fourchette "haute" de l'estimation, mais tout de même cela donne à penser, et cela a donné à penser parce que c'était
amené dans la rhétorique de combat de Michel, qui traçait un parallèle entre les faux charniers de Timisoara et les vrais charniers de Caracas ignorés en Europe. Quand Ramonet parle sur un ton très
intellectualisant de l'événement, cela frappe moins les neurones. Donc les topos de Michel Collon restent utiles.
L'ambiance parisienne est réellement infecte. Elle l'était il y a 20
ans, elle le demeure. Toute cette insoutenable légèreté : parce que M. X connaît M. Y ou déjeune avec Mme Z, M. X n'est plus lui-même, M. X est pris dans le jeu, ne vous écoute pas, n'écoute
personne, n'écoute qu'à moitié. Le jeu, il n'y a plus que cela qui compte : le jeu entre quelques personnes, ce que Machin pense de Bidule, comment on se positionne. Comme la cour de Louis XIV
disséquée par Norbert Elias, la notion de champ de Bourdieu. A Paris il n'y a que cela, et c'est très conscient. Même chez les militants. J'ai décrit ce phénomène à propos du salon de
l'Ecrivain engagé. Je le découvre partout. Et cela m'exaspère, cette satisfaction de soi-même, ce sentiment d'être arrivé à quelque chose parce qu'on est dans un jeu avec X et Y, la
surdité à l'égard du réel qui en découle. On croit pouvoir juger de tout, on croit avoir assez lu même si l'on a pas le temps de lire. Ce n'est pas telle ou telle personne en particulier que je
vise ici, c'est un trait constant que je trouve chez tout le monde à Paris. C'est Paris, en tant que telle, pourrait-on dire, cette chienne de ville. Les gens y sont plus sympa qu'il y a
20 ans, mais en profondeur c'est la même ronde des vanités qui les entraîne.
Pourtant ceux qui travaillent ou militent dans cette ville, en raison de la proximité particulière qu'ils ont à l'égard des médias et de tous les pouvoirs nationaux concentrés en quelques
quartiers, devraient être pétri d'un esprit de sérieux, et même de modestie, presque monacale. Tous devraient trembler à l'idée qu'ils sont peut-être en position d'influer par leurs faits et
gestes sur le destin de 60 millions de leurs compatriotes, et peut-être au delà, sur l'Europe et le monde. Mais non, c'est tout le contraire. C'est une indifférence complète à l'égard de la
lourdeur des enjeux qui l'emporte, une absence totale de sens de l'analyse, et même, bien plus, d'esprit philosophique, c'est à dire de goût pour l'interrogation, le taumazein. Tout va de soi
pour qui milite à Paris. Les certitudes sont de mises. Et même lorsque chacun s'inscrit en faut contre la superficialité des médias, ce n'est que pour y substituer la vacuité de ses
dogmes propres. Des dogmes qu'on n'interroge guère, puisque seul le jeu compte... seul compte le fait de savoir qui j'ai vu avant-hier, qui je verrai demain, où j'irai parlé, où l'on
m'a entendu...
On voudrait pouvoir ignorer Paris, et pourtant on ne le peut pas : ce n'est pas en Franche-Comté, ce n'est pas en Charente que l'on peut monter des partis politiques qui pèseront sur la politique
étrangère de la France. Il faut donc faire avec Paris tout en sachant que tout ce que l'on y dit, tout ce que l'on y fait, tombera dans le biais de la frivolité intrinsèque de cette
ville. Misère de la concentration des pouvoirs, misère de la délégation, du système représentatif. Dans ces moments on se sent anarchiste. On eût voulu que l'Europe ne fût qu'une
fédération de petites communautés qui ne délégât jamais le pouvoir à des représentants, des partis politiques constitués dans les grandes villes. Le ver est dans le fruit dès que l'action
politique est déléguée.
Vu la dame du groupe politique dont je vous parlais ce matin (nous
pourrions l'appeler Zénobia)... Aïe, aïe, comment parler de cela ? Je le voudrais, dans l'intention de faire connaître à tout un chacun les gens qui combattent dans les milieux dissidents, et pour
que l'information ne soit point cantonée aux milieux parisiens. C'est dans cet esprit d'ailleurs que j'avais publié mon 10 ans sur la planète... Oui, mais voilà, éventer la confidentialité
de nos conversations, ce serait compromettre nos possibilités d'action conjointe ultérieure... Et pourtant l'envie me brûle les lèvres tant cette entrevue, le lieu où elle se déroula, la manière
dont chacun de nous deux se positionna, ce que chacun de nous dit ou ne dit pas, demanda ou ne demanda pas, me paraissent instructifs pour la connaissance des milieux militants. Mais
non allons. Motus et bouche cousue, nous garderons cela pour nos mémoires.
Toutes les journées ne peuvent pas être mauvaises, et les alliés de MM. Kouchner et Sarkozy ne peuvent pas gagner à tous les coups.
Aujourd'hui on apprend l'arrestation d'un criminel de guerre
d'ex-Yougoslavie, et, pour une fois, ce n'est pas un Serbe (non sans blague ?) : il s'agit de l'ancien premier ministre albanokosovar Agim Ceku, accusé de crimes de guerre commis lorsqu’il était
colonel des forces croates en 1993, puis lorsqu’il était chef d’état-major des forces kosovares (UÇK) en 1998-99, et encore à nouveau lors des pogroms anti-Serbes au Kosovo en 2004. Il a été
placé en garde à vue au point de passage frontalier de Giuechevo alors qu'il pénétrait en Bulgarie depuis la Macédoine voisine dans la nuit de mardi à mercredi. M. Ceku, c'est le monsieur dégarni
sur la photo là à gauche, qui pose avec notre adorable ministre des affaires étrangères ancien gouverneur du mandat néo-colonial de l'ONU à Pristina, Kouchner-de-la-guerre.
Selon des sources diplomatiques, les autorités de Belgrade avaient demandé en vain début mai à leurs homologues colombiens de procéder à son extradition de la Colombie vers Belgrade. Ce
n’était pas la première fois qu’Agim Ceku échappait à la justice, mais cette fois ci, l’échec aurait été dû à l’intervention directe de Bernard Kouchner. Prenons les paris : qui va être le premier à faire pression sur la Bulgarie pour obtenir sa libération ? notre ministre bien
aimé, ou bien M. Richard Holbrooke autrefois émissaire de Clinton au Kosovo, hérault de M. Obama en Afghanistan, ou M. Solana secrétaire général de l'OTAN du temp où il fallait casser du Serbe,
aujourd'hui responsable des affaires étrangères de l'Union européenne ?
Bon à part ça Michel Collon donne une conférence sur Hugo Chavez et le Proche Orient à Paris demain soir (librairie de la Résistance), il faut y aller ! et cet après midi je rencontre une
responsable d'un groupe d' immigrés anticolonialistes. Que des choses positives.
Je pourrais, pour terminer cette journée, synthétiser tous les arguments qui ont
été échangés à propos de l'intéressant débat sur la burqa - débat qui rejoint le non moins intéressant débat sur l'Iran - mais
l'énergie me fait défaut et je trouve que l'intéressante ouverture sur Robespierre qu'esquisse Mme C de Belgique, dans son récent commentaire (cf cid-dessous), après avoir approuvé mon
point de vue sur la burqa constitue, au fond, la meilleure des conclusions possibles pour aujourd'hui (même si je ne partage pas complètement son adhésion aux références qu'elle avance sur
l'Iran ni certaines connotations un peu "complotistes" de son vocabulaire).
J'espère que les jeunes issus de l'immigration, et notamment ceux d'origine musulmane, en
France, en Belgique, et dans le reste de l'Europe, auront la force de ne pas se laisser impressionner par le discours des donneurs de leçons anti-burqa, et de ne pas non plus s'engouffrer
dans des impasses comme le vote Dieudonné ou la démission devant le combat politique. Car c'est par eux que passera le succès de stratégies contre le projet de choc des civilisations mené par les
élites euro-étatsuniennes (et qui est en réalité un projet d'asservissement du Moyen-Orient comme de toutes les régions remettent en cause leur hégémonie), projet dont sont solidaires,
objectivement quoique souvent à leur insu, ceux qui veulent utiliser Voltaire contre les cultures de nos anciennes colonies. Ces jeunes sont une composante importante des dispositifs qui
pourront se mettre en place pour faire pièce à la loi du cynisme et de l'intolérance à laquelle adhère une si grande part de notre classe politique. Un point à ne pas perdre de vue.
Je lisais tantôt sur http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-06-22/vous-l-avez-dit-port-de-la-burqa-entre-emotions-et-convictions/920/0/354706
"caroline_chaïma demande la parole : "Laissez parler les premières concernées ! Je suis Française née en France, en pleine campagne picarde, de parents, grands-parents, arrière-grands-parents
français et je suis musulmane, je porte le voile intégral et j'ai envie de dire : et alors ? Ce que j'aimerais dire, c'est que je suis heureuse derrière mon voile, j'ai juste décidé de me
préserver des regards pervers. Ce n'est ni mon père, ni mon frère, ni mon mari qui m'ont forcée à porter le voile intégral, c'est un choix personnel.""
Voilà encore un exemple en Occident de ce qu'un ami, après avoir reçu le texte sur Foucault et l'Iran dont je
parlais dans un commentaire, appelle un "mouvement plus général d'intérêt pour l'islam comme alternative au rationalisme". Je tiens à préciser que cet ami est heideggerien et que certains
théologiens musulmans utilisent Heidegger.
Je dois dire ici que si sur le plan politique, je suis pour un dialogue ouvert avec la culture musulmane, sur le plan de l'interrogation ontologique (je n'ose pas dire de la philosophie), je ne vois pas du tout ce que l'islam peut apporter (ni d'ailleurs l'heideggerianisme). A mon sens, une seule question est légitime : pourquoi l'être ? (c'est à dire pourquoi la matière, je précise cela pour éviter les dérives spiritualistes qui étranglent la philosophie occidentale quand elle se confronte à cette question). Or cette question ne peut recevoir la moindre réponsedu point de vue de la rationalité humaine, laquelle pour répondre devrait avoir la faculté d'englober la possibilité du non-être autrement que comme limitation de l'étant, ce dont elle est incapable. Toutes les autres questions posées par la philosophie (qu'est ce que le beau, le bien, pourquoi l'art, pourquoi le politique etc) pouvant être par ailleurs "désamorcées" et renvoyées à leur illégitimité profonde par une approche adéquate sur le mode du "comment" (par exemple "qu'est ce que le beau" est une question qui se désamorce avec "comment le beau", "comment la naissance de l'art", "comment l'aspiration esthétique chez le primate humain", "comment le désir des formes dans le fonctionnement biologique des animaux soumis au mouvement et à la reproduction sexuée) .
Pour moi le rapprochement avec l'Islam en vue de "respiritualiser l'Occident " est un thème hors ontologie, ce n'est que de la construction doctrinale littéraire comme le sont les trois quarts de la philosophie depuis Platon et ce pourquoi je ne me reconnais plus dans la philosophie, sauf à la nommer littérature (et un genre mineur de la littérature, un genre saturé d'idéologie).
On me trouvera bien sévère avec la philosophie, et justement ce petit billet est l'occasion de faire le bilan. Que doit-on à la philosophie ? Son seul mérite à mes yeux aura été d'essayer de
construire comme des problèmes universels (donc faiblement engagé dans des croyances, des pratiques, ou des conflits locaux) des dilemmes qui se présentaient en situation de façon "aigüe" : par
exemple, qu'est ce que le bon gouvernement des hommes (Platon), quand Athènes se déchirait sur la question de la démocratie, ou qu'est ce que l'homme peut savoir et doit
croire (Kant) quand l'Europe était secouée par la crise de l'Auflärung. Ces questions n'ont d'intérêt que comme effort de situer un propos sur un plan universel, sachant que les
philosophes européens se sont toujours hâtés d'y trouver des réponses qui n'avaient rien d'universel (un peu comme Descartes qui dans les Médiations métaphysiques révoque en doute toutes les
croyances locales qui l'habitaient pour finalement, à l'appui de démonstration sur le cogito, réintroduire une croyance aussi locale que le "malin génie", et finalement la preuve
ontologique de Dieu de Saint Anselme).
Le meilleur de la philosophie est le geste vers l'universalité, et c'est la seule partie que, pour ma part, j'en sauverais. Mais en rien l'ouverture à l'Islam, ni à aucune autre croyance ne peut
la rendre plus universelle ni plus légitime. L'universalité véritable la philosophie ne la trouve in fine que dans la reconnaissance de sa propre impossibilité comme discours sur l'être et dans
son humble effacement devant l'étude attentive du "comment" selon le règles universelles de la logique, c'est-à-dire selon une méthode scientifique.
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