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Jeudi 20 septembre 2007 4 20 /09 /Sep /2007 12:07

J’étais hier à l’ambassade de Cuba. Je n’étais pas invité, j’accompagnais seulement une amie.

L’endroit est agréable, modeste : un de ces petits immeubles modernes du 15 ème arrondissement, probablement encore rempli d’amiante.

Successivement l’ambassadeur, un député, et la fille (ou « une » fille) du Che se sont exprimés. 

Je dois dire que c’est la troisième fois en trois mois que je me trouve en présence de discours officiels de pays sous embargos ou frappés de sanctions économiques. Je n’avais nullement l’habitude auparavant d’avoir affaire à des autorités, et je ne compte pas du tout la prendre. Non pas que je méprise les officiels, loin de là. J’ai moi-même suffisamment eu jadis  à prendre des responsabilités en tant que fonctionnaire pour savoir combien leur tâche est noble et difficile, très éloignée (et très au dessus dans l’échelle des valeurs) des facilités nombrilistes que tout intellectuel peut s’offrir.   F--te-de-l-Huma-2006-pour-blog.jpg

Simplement le problème est celui de la répartition des tâches. Mon engagement politique, depuis la guerre de Yougoslavie, je l’ai construit en tant qu’ « intellectuel » (même si je déteste ce terme ampoulé inventé par Clemenceau). C'est-à-dire que j’ai voulu mettre au service du plus grand nombre ma formation, ce qu’on m’avait appris à l’école et que d’autres pour diverses raisons n’ont pu connaître. Plus précisément j’ai voulu être un « intellectuel » critique, c'est-à-dire un « intellectuel » qui interpelle son époque sur les folies qu’elle commet, et non (pour reprendre la terminologie de Gramsci) un intellectuel  « organique » qui s’emploie à légitimer ce qui existe.

Or j’estime qu’il n’est pas dans le rôle d’un « intellectuel » critique de trop fréquenter les ambassades. Ou, plus précisément, la voix de l’ « intellectuel » critique en moi ne l’aime pas trop.

Qu’on me comprenne bien, car le terrain est ici miné par les diverses propagandes, et les nombreux vices de pensée de notre époque.

J’approuve la Révolution cubaine, je souhaite qu’elle perdure, et même, je le dis, j’approuve que Fidel Castro l’incarne et la perpétue le plus longtemps possible.

Pourquoi ? Parce que la politique c’est l’art du possible. Je connais trop bien le mécanisme des rapports de force entre Etats, et, plus précisément, de l’impérialisme (c'est-à-dire la force néo-coloniale des Etats du Nord combinée aux lobbys économiques et culturels), pour ignorer qu’à bien des égards Cuba n’avait d’autre choix, que de garder Castro à sa tête si elle voulait conserver sa révolution. Il est évident qu’à la première élection pluraliste organisée dans les années 1960 ou 70 les Etats-Unis, et l’extrême-droite à Miami auraient repris le pouvoir, de manière plus ou moins insidieuse, à grands coups de dollars. C’est l’évidence même. Il fallait être aussi éthéré que Sartre et l’intelligentsia « Nouvel Obs/Libé » de l’époque pour ne pas le voir.

Il faut le dire avec la plus grande force. Mon ami Rémy Herrera en mai m’adressait cette remarque : « Un intellectuel doit être critique. C’est sa fonction. Mais au bout du compte il faut quand même qu’il puisse trancher. Il doit pouvoir dire s’il est pour ou contre la révolution cubaine, et le dire avec clarté ». Si je me souviens, bien il me disait cela pour ajouter que des gens comme Tony Negri n’étaient à l’évidence pas, malgré leurs circonvolutions intellectuelles, « pour » la révolution caribéenne.

Moi je suis pour, cent mille fois pour. Je hais ces considérations de petits bourgeois qu’on trouve dans toute la gauche – y compris au PC – pour qui la critique de Cuba fonctionne comme une preuve de pureté personnelle, et ne s’accompagne jamais d’un acte de soutien clair.

Donc oui, je suis pour, archi-pour. Et même si l’on venait à me démontrer – ce que je ne crois  guère – qu’il y a beaucoup de prisonniers politiques sur cette île, que la peur y est plus répandue qu’on ne croit (ce que prétend la propagande américaine), je serais encore pour, à cause de ce que le gouvernement cubain a fait pour la santé, l’éducation, contre le racisme, contre l’exploitation capitaliste sur son territoire et à l’étranger. Aujourd’hui toutes les révolutions naissantes en Amérique latine doivent énormément à Cuba.

Mais j’ajoute immédiatement que ma place n’est pas dans les ambassades cubaines, ou du moins qu’elle ne doit pas y être trop.

Parce qu’un « intellectuel » critique est un homme sur la brèche. Il combat les mensonges des grandes puissances de ce monde : la Maison blanche, les grandes banques, les multinationales, la grande bourgeoisie des pays développés, tous ces gens qui vampirisent notre planète.

Je peux rendre quelques services en disant du bien de gouvernements sympathiques comme celui d’Hugo Chavez, mais même de cette facilité là, je ne dois point abuser, je ne serais pas dans mon rôle. J’aimais bien ce que disait naguère Bricmont sur cela (même s’il est devenu depuis lors un peu plus ennuyeux dans sa manière de prendre le mouvement pacifiste de haut), quand il expliquait qu’on ne connaissait jamais assez bien une réalité locale pour pouvoir dire du bien ou du mal de ce qu’y font les autorités, et qu’en tout état de cause l’opinion sur le gouvernement (et donc l’éventuel soutien aussi bien que la critique) devait être l’affaire des populations sur place, et non des intellectuels étrangers.

Il y a des tas de choses qui, dans les discours officiels de gouvernements progressistes hostiles aux Etats-Unis, ne me plaisent pas trop. Par exemple, même si j’exècre absolument la façon dont les Etats-Unis entretiennent le terrorisme le plus cynique contre le peuple cubain, ainsi qu’ils l’ont montré dans l’affaire Posada Carriles, a priori je n’aime pas beaucoup que les ambassades cubaines fassent témoigner des filles ou fils de civils tués dans des avions par les bombes terroristes du lobby du Miami. Parce que ce n’est pas de bon goût - et même c’est de la manipulation de l’émotion, un peu comme lorsqu’en Prinestrovie, on fit venir une vieille dame, veuve d’un militaire, qu’on employait à plein temps à raconter par le menu aux visiteurs du musée de Bendery le massacre de son époux par les nationalistes moldaves. C’est une instrumentalisation assez basse des affects, ce n’est pas prendre les gens pour des adultes. Je préfèrerais mille fois que le gouvernement cubain expose en termes intelligents, et chiffres à l’appui, le préjudice économique de l’embargo, ou qu’il nous fasse réfléchir à ce qu’aurait été le sort du Tiers monde depuis 20 ans si la révolution cubaine n’avait pas existé. Il y a des choses que je n’aime pas, et il y en a d’autres sur lesquelles je n’ai pas d’opinion. Quand le député cubain hier à l’ambassade se vantait de donner des jobs à tout le monde, y compris au jeune qui ne sait jouer que de la guitare en l’embauchant pour des concerts, j’ai tendance à me poser des questions de bon sens : « mais si n’importe quel jeune peut vivre de sa musique, combien de jeunes vont-ils renoncer à des tâches plus ingrates – les tâches bureaucratiques par exemple – pour se faire embaucher comme musicien ». Il y a toutes sortes de débats sur ces sujets – je me souviens des propos de Chomsky selon lesquels dans une société anarchiste bien faite on pourrait être heureux d’être éboueur (et en Corée du Nord des gens considèrent le métier de mineur comme le plus noble). Ce problème de l’ « employabilité » des gens est compliqué. Le système capitaliste le résout mal, et j’ai peine à me faire une opinion sur ce qu’on propose à sujet dans la gauche (cubaine ou européenne). Tout comme, disons le, j’ai du mal à me faire une opinion, sur cette démocratie participative (comités de quartier, comités citoyens) qui se met en place au Nicaragua, au Vénézuela, qui peut être la pire et la meilleure des choses. Mais j’estime que ce n’est pas à moi de me faire une opinion sur tout cela, de le soutenir ou le combattre, parce que c’est une affaire de souveraineté des peuples et des individus à l’endroit où ils se trouvent. Je dois défendre Cuba, le Nicaragua, le Venezuela comme expérience de résistance progressiste, mais non point m’engager trop dans le soutien ou la critique en détail de ce que ces expériences recouvrent concrètement.

En revanche je peux réfléchir à ce que j’y vois pour ensuite proposer quelque chose pour mon propre pays. C’est un peu ce que j’ai tenté de faire dans la brochure « Programme pour une gauche décomplexée » que Le Temps des Cerises vient de publier. Il me semble que la faculté de proposer est encore un attribut possible de l’ »intellectuel » critique, et même son devoir, pour ne pas demeurer dans la facilité de la condamnation. Mais il doit le faire pour son pays, pour l’endroit où il vit chaque jour et qu’il connaît le mieux. C’est ce que j’esquisse dans cette brochure.

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Jeudi 20 septembre 2007 4 20 /09 /Sep /2007 11:30

Le militantisme, c’est une affaire de fond, bien entendu, mais aussi de forme, de style. Ma culture nietzschéenne, bien que je l’aie en partie reniée, me fait lier les deux.

Prenez le cas de certains responsables du Monde Diplomatique en France par exemple – ne citons pas de noms pour ne froisser personne - les « élites » de l’engagement intellectuel à la française. Leur style ne me dit rien qui vaille. Universitaire, coupé du réel. L’université dans ce qu’elle a de pire : la fac de lettres « post sixties », les sciences sociales molles, l’amour des beaux mots, des idées à la mode. L’un d’eux était à la Fête de l’huma dimanche : jamais des arguments très construits, des chiffres qu’on avance sans vérifier à quoi ils correspondent, sans les comparer. Montaigne parlait du « mol oreiller » du doute ; ces gens là vivent sur le mol oreiller des certitudes : certitude d’incarner le bien, le beau, le noble. Ils seraient presque platoniciens – sauf que Platon, lui, était un véritable combattant qui a pris des risques très sérieux (lisez à ce sujet Plutarque : la Vie de Dion). Les Chinois, si j’en crois François Jullien, affirment qu’à trop vouloir pérenniser sa vie on échoue à la faire durer. De même ceux qui croient détenir la noblesse finalement la laissent glisser entre leurs doigts.

Les militants qui m’impressionnent sont ailleurs. Je l’ai souvent dit : j’ai un faible pour l’extrême gauche américaine. Ma « conversion » à l’anti-impérialisme en 1998 sur la question yougoslave, je la dois moins à mon correspondant serbe qu’au texte qu’il mit sous mon nez : « The Bosnian tragedy » de Sara Flounders, une communiste américaine. Même si certaines de ses affirmations peuvent être critiquées, la rigueur que cette femme mettait dans l’égrainage des faits (avec toujours une note de bas de page pour justifier ses dires) et cette obstination dont elle faisait preuve sur chaque étape du récit de la guerre de Bosnie à répéter « On vous a mentis, les choses ne se sont pas passées comme on vous l’a dit ». C’était très impressionnant. Je voyais en Sarah Flounders la digne héritière des puritains anglais et américains dont Michaël Waltzer dit qu’ils ont inventé la politique radicale moderne (avec les techniques d’engagement et l’éthique qui vont avec). On trouve ça aussi chez Chomsky et dans sa mouvance. En 2003, peu après la guerre d’Irak, j’ai entendu à Paris en conférence Bill Doares, qui est de l’association de Sara Flounders (l’International action center). C’était la même rectitude. Des affirmations tracées à l’équerre. Cet homme était un roc inébranlable. Je sais bien que cette force assertorique, si hermétique à la nuance, peut être très dangereuse, mais elle n’est certainement pas superflue quand on doit affronter des forces aussi puissantes que l’Establishment américain. En 1998 j’ai envoyé le texte de Flounders (qui est accessible sur Internet - http://www.iacenter.org/bosnia/tragedy.htm) à une collaboratrice du Diplo (positionnée sur un sujet clé à l'époque) qui ne m’a jamais répondu – et ne m’en a jamais reparlé lors de nos rencontres. Il est vrai qu’elle ne croyait pas en l’objectivité de la vérité factuelle (ça va avec le côté fac de lettres). Beaucoup de gens du Diplo, au temps des guerres de religion, se seraient sans doute tenus du côté d’un certain scepticisme catholique. flounders.jpg

J’aurais presque envie, à ce stade, d’ouvrir une parenthèse sur les observations fortes et inspirées de Thierry Meyssan (dans son dernier livre) sur les dangers du dogmatisme protestant depuis cinq siècles. J’ai découvert par hasard que l’historien Marc Ferro ne serait pas loin de lui donner raison. Mais c’est sans doute une vision trop catholique des choses. Fermons la parenthèse.

En dehors de mon admiration sans borne pour les inflexibles prédicateurs de la gauche anti-impérialiste anglo-saxonne, je porte très haut, ici en France, le style de gens comme Bruno Drweski. Le pauvre a eu beaucoup de problèmes auprès d’intellectuels de gauche, il y a quelques années à gauche de la gauche à cause des relations d’un sien ami universitaire. Un procès assez injuste d’après ce que je puis en connaître. Par ailleurs, et surtout les tenants de ce que Bourdieu appelait la « pensée Sciences Po » se sont mis à ses trousses récemment, montant une dure attaque contre lui, ce en quoi il faut voir l’hommage du vice à la vertu. C’est donc un intellectuel exposé et qui ne s’avance pas sur le forum drapé dans une toge bordée de pourpre.

Ce qui est admirable chez cet homme c’est son énergie débordante, qui lui fait participer une année à un livre sur le Soudan, l’autre à un ouvrage sur la Syrie, la suivante à un travail collectif sur l’Irak. Les gens d’Europalestine disaient il y a quelques années : « On appuie là où cela fait mal. On mord aux jarrets ». La phrase s’applique tout à fait à Bruno Drweski. A la différence des anglo-saxons qui puisent leur énergie dans une sacralisation du combat et de la rectitude, Bruno Drweski semble trouver la sienne dans le rire. Je le vois souvent prendre avec infiniment d’humour ce qu’il apprend, aussi bien des aberrations du système impérialiste que de certaines faiblesses de ceux qui lui résistent. Il y a quelque chose de dionysiaque dans la manière dont cet homme mène ses luttes. Et il le fait surtout sans aucune prétention, ni complaisance narcissique. C’est ce qui le rend efficace, et infiniment fiable.

Indubitablement l’avenir appartient à des gens comme lui. Et il en faudrait plusieurs milliers. 

F.

PS : Pour info une vidéo de S. Flounders 

 

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Dimanche 16 septembre 2007 7 16 /09 /Sep /2007 21:27
J'étais samedi à la fête de l'Humanité comme l'année précédente. J'en ai profité pour signer quelques "Atlas alternatifs" ainsi qu'une petite brochure que j'ai écrite à l'attention d'amis de gauche sous le titre "Programme pour une gauche décomplexée", dont je reparlerai peut-être à l'occasion. 

Comme d'habitude beaucoup de pays étrangers étaient représéntés. Une constante cependant ces derniers temps : l'absence totale de la Russie et de l'Europe de l'Est. Le Venezuela était, comme il se doit, à l'honneur. Les débats sur le sujet manquent souvent un peu de rigueur mais on y apprend toujours une ou deux choses. On aurait aimé plus de discussions sur l'Irak, la Palestine, le Liban, l'Iran (Bricmont a sorti un article très alarmiste sur la question récemment, qui mérite d'être débattu... et critiqué). 

Le soir j'ai discuté avec d'anciens collaborateurs de la revue Correspondance internationale qui tentait de maintenir un réseau internationaliste à l'heure où certains PC s'en éloignaient. Je ne sais pas si on peut faire converger leur travail avec celui d'autres cercles anti-impérialistes, non-communistes.

Je livre ci-joint une vidéo tournée sur place.



PS : les gens qui veulent découvrir le blog de l'Atlas alternatif doivent cliquer sur http://atlasalternatif.over-blog.com/
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Vendredi 14 septembre 2007 5 14 /09 /Sep /2007 00:24
Je fais un saut à la Fête de l'Humanité samedi après-midi (à 14 h au stand du Temps des Cerises avenue S. Allende, à 15 h au stand du même éditeur au Village du livre). J'y signerai des Atlas alternatifs, et peut-être un petit pamphlet qui est actuellement chez l'imprimeur. Affaire à suivre...
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Jeudi 6 septembre 2007 4 06 /09 /Sep /2007 12:23

M. de Villepin revient sur le devant de la scène, et critique l'alignement de la France sur les Etats-Unis. Alors que la gauche parlementaire reste muette et inexistante sur la politique internationale (un de ses membres est d'ailleurs ministre des affaires étrangères).

Bien sûr M. de Villepin le fait d'une manière qui ne peut pas plaire à des progressistes : avec Napoléon en bandoulière (il s'est dit inspiré par l' "aigle napoléonien qui 'sait tomber avec hauteur' " - http://2villepin.free.fr/index.php/2007/09/06/504-dominique-de-villepin-hausse-le-ton-contre-nicolas-sarkozy). Sur Napoléon il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire - à la fois l'empereur-citoyen qui prolongea à Austerlitz le geste de Valmy, et le tyran qui rétablit l'esclavage aux Antilles, et refusa d'abolir le servage en Russie...

Mais il se peut que la seule chance pour empêcher l'alignement de la France sur la Maison Blanche, tient dans cette possible recomposition au sein de la droite (et des couches supérieures de l'appareil d'Etat) d'une tendance gaulliste, derrière de Villepin, ou derrière quelqu'un d'autre. Les divisions de la majorité pouvant seules ralentir la triste dérive de la politique française.

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Dimanche 2 septembre 2007 7 02 /09 /Sep /2007 12:30
Le succès du film et de la série télévisée Les Simpsons en Occident en ce moment : comme un appel à l'aide des classes moyennes, petites bourgeoises. Soumises au productivisme, aux normes d'optimisation dans tous les domaines (le travail, le sexe, la consommation, l'éducation des enfants), elles cherchent un contremodèle fantasmatique : Homer Simpson, le loser délirant, et le petit monde de Springsfield.
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Publié dans : Les Stazinis - Par Frédéric Delorca

Mercredi 8 août 2007 3 08 /08 /Août /2007 20:55

Je discutais récemment avec une amie psychanalyste des héritages transgénérationnels. Ce sont des phénomènes étranges. Beaucoup de gens ne font rien de leurs héritages ou les renient : comme par exemple mon père, fils d'un Républicain espagnol, il est devenu apolitique, asocial et ne s'intéresse pas du tout à la guerre d'Espagne. 

D'autres les fourvoient complètement : exemple Jean-Marie Cavada, fils de républicain espagnol, lui aussi, devenu un bon agent du système (qui notamment fait voter la résolution anti Chavez au parlement européen où il est député).  

Les  héritages (et les traumas qui vont avec) sont durs à porter, et parfois difficiles à "cadrer" avec les possibilités qu'offre une société à un moment donné.

Moi-même je me demande ce que serait devenu mon propre héritage républicain espagnol si je n'avais pas croisé la Yougoslavie sur mon chemin, et, surtout la médiation, à l'époque, d'un jeune belgradois qui s'appelait Andrej et qui était lui aussi un héritier, puisque son grand père, ancien ministre des affaires étrangères de Tito, avait été volontaire dans les Brigades internationales en Espagne en 1936-39...

Le milieu anti-impérialiste en 2000 (qui était plus restreint qu'aujourd'hui) était rempli de gens qui portaient le devoir de perpétuer des combats familiaux héroïques. Je repensais il y a peu  à une amie grecque quiquagénaire que j'ai connue alors. Elle était très active sur la Yougoslavie, mais aussi au sein d'Attac. Je l'ai interviewée un jour, sur le site internet que j'avais à l'époque. Son père était communiste et elle avait les larmes aux yeux quand elle parlait de son combat, de son exil à travers les montagnes grecques quand les Anglais ont imposé leur propre régime à Athènes, alors que le PC à deux doigts de prendre le pouvoir était lâché par Staline.

En 2003 j'ai interviewé une autre "héritière" de combats du XX ème siècle, une activiste italienne, communiste, fille d'un journaliste militant. Je pourrais citer aussi David Graeber, l'anthropologue anarchiste américain, dont le grand-père fut aussi membre des Brigades internationales. Je m'intéressais beaucoup à la manière dont ces gens "actualisaient l'héritage". Souvent le poids du passé famial se combinait à des besoins de libération ou de revanche sociologiques : pas étonnant que ces combattants aient souvent été des femmes (dominées par le machisme de notre monde) ou des fils d'ouvriers comme Graeber et moi.

A côté de ces gens issus de milieu socialement "dominés", ou dominés du fait de leur genre, il y avait aussi (et il y a toujours), des fils de "dominants politiquement hérétiques" ou de "dominants rendus hérétiques par le système", comme Bricmont, Johnstone, Collins, qui eux aussi ont de ce fait un héritage "particulier" à assumer.

C'est une dimension que George W Bush, Clinton, Jospin, Chirac, Sarkozy, ne peuvent pas comprendre. Ils croient pouvoir endormir les gens avec la propagande, mais ils doivent composer avec le fait que dans ce monde il y a encore des tas d'orphelins des révolutions et des combats du passé, qui essaient d'en faire quelque chose au service de l'intérêt cimmun.

J'ai revu en juillet à  l'Espace Ishtar un film où Chavez parle de son grand père qui était combattant dans les troupes de Zapata. Souvent les combats sautent une génération. Les enfants crachent sur l'héritage, et ce sont les petits enfants qui essaient de comprendre et de donner du sens. 

Mon amie psychanalyste qui s'intéresse à la transmission des traumatismes liés aux guerres (elle m'a notamment parlé du livre "Histoire et Trauma, la folie des guerres" de Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillière, que je ne connaissais pas), m'écrit : "La  plupart des gens refusent de faire ce type de liens (avec les héritages historiques) en fait, si leurs  parents proches ont masqué le passé, ou banalisé etc..., ce déni  familial  persiste. Cela remonte toujours quand on ne s'y attend pas et souvent de  façon déguisée". Elle-même attribue sa réaction très forte aux bombardements sur Bagdad en 1991 à une réminiscence des bombardements de Bilbao vécus par sa mère. Je me méfie de nombreuses hypothèses de la psychanalyse, mais il est clair qu'il ne faut pas sousestimer cette face obscure de la transmission.

 

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Publié dans : Billets divers de Delorca - Par Frédéric Delorca

Mardi 7 août 2007 2 07 /08 /Août /2007 19:30

Je lisais la semaine dernière le Voyage au Congo d'André Gide. Ce texte confirme ce qu'écrit Hannah Arendt dans le premier tome des livres qu'elle a consacrés au "totalitarisme" (un concept que je désapprouve) : que les colonies furent le premier laboratoire de la barbarie européenne (qui allait ensuite se déchaîner sous le nazisme). Une barbarie qui d'ailleurs n'était pas planifiée par l'Etat, mais résultait le plus souvent de la faiblesse des Etats, qui devaient laisser s'exprimer le sadisme des intérêts privés.

Les remarques de Gide sur la violence des exploitants de caoutchouc dans l'Afrique équatoriale française rappelle ce que l'on sait par ailleurs de l'horreur qui régna dans les plantations de caoutchouc du Congo belge, où les pires sévices punissaient les hommes accusés de sous-productivité ou d'insoumission. Ses analyses sur l'exploitation des porteurs, la désorganisation de la production et du commerce par les colonisateurs, au Gabon, en Afrique centrale méritent le détour. Car tout cela a laissé des traces très profondes (encores aggravées aujourd'hui par le système capitaliste mondial : sait-on que l'Afrique aujourd'hui à cause du mécanisme de la dette exporte plus de capitaux vers le pays du Nord qu'elle n'en reçoit ?).

Il est incroyable de voir avec quelle incurie on a pillé l'Afrique pendant plusieurs générations. Il faut relire les rares consciences européennes qui ont osé écrire contre ça : André Gide, Octave Mirbeau. Tout comme il faut relire les anotations de Victor Hugo dans Choses Vues à propos des massacres d'indigènes en Algérie dans les années 1850.

On revient de très très loin. Et il faudra hélas encore probablement une ou deux générations avant que les peuples du nord à la fois regardent ce passé criminel en face (sans chercher à le banaliser ou à s'en disculper), et soient capables de se penser comme égaux (non pas supérieurs) aux peuples du Sud.

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Mardi 24 juillet 2007 2 24 /07 /Juil /2007 21:34

Sur B 92 William Montgomery, ex ambassadeur, imagine déjà George W. Bush à la retraite dans quelques années expliquant aux médias ce qu'il aurait fallu faire pour gagner en Irak ("I am absolutely positive that five years from now, a retired President Bush will be giving interviews saying that if only we would have stayed the course, the situation in Iraq would have been much better"- http://www.b92.net/eng/insight/opinions.php?nav_id=42617). L'AFP ce soir met l'accent sur les bonnes performances d'Hillary Clinton dans la pré-campagne démocrate (cf une dépêche ce soir "Débat après débat, la sénatrice et ex-Première dame Hillary Clinton, met en évidence la solidité de sa candidature à l'investiture démocrate en 2008, une course de fond où elle continue de creuser l'écart").

Nous allons bientôt voir l'empereur dans ses nouveaux habits. Le retour de l'impérialisme subtil, souriant, à la Bill Clinton, celui des Etats-Unis des années 1990. Plus difficile à combattre dans un sens que le mysticisme borné et arrogant de l'administration Bush. Plus dangereux aussi, plus pernicieux. Il va falloir s'y préparer.

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PS : De ce point de vue là, je suis totalement en désaccord avec les propos du viel ex- sous-secrétaire au Trésor de Reagan Paul Craig Roberts qui circulent sur Internet (dixit Novosti http://fr.rian.ru/world/20070720/69339675.html) selon lesquels Bush pourrait proclamer l'état d'urgence pour attaquer l'Iran. A mon avis Bush peut attaquer l'Iran sans cela, en s'appuyant sur les medias et sur un consensus parti républicain/aile droite du parti démocrate (H. Clinton se rallierait sans problème à une telle attaque), sans prendre le risque de passer pour un dictateur (sauf évidemment cataclysme de dernière minute). Certes il est possible en effet que l'armée soit très lasse des conquêtes (ce pourquoi d'ailleurs l'Iran a été épargnée jusqu'ici) mais on ne voit pas bien pourquoi Bush tenterait un bras de fer avec elle. Je crois que l'époque actuelle est plus propice à la démocratie télégénique souriante qu'aux tentatives de putsch. C'est d'elle qu'il faut se méfier plus que des réflexes autoritaires de Bush. Et c'est peut-être sous le sourire d'Hillary Clinton que Washington bombardera Téhéran.

  

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Mardi 24 juillet 2007 2 24 /07 /Juil /2007 18:46

""Ambitieuse" pour la France, afin qu'elle soit "de retour" sur le terrain des droits de l'Homme, la secrétaire d'Etat Rama Yade souhaite "en finir" avec "l'arrogance française", en recensant toutes les condamnations du pays par la Cour européenne des droits de l'Homme." ainsi commence la dépêche AFP datée du Lundi 23 juillet, 22h48 sous le titre "Rama Yade souhaite "en finir" avec "l'arrogance française".

La définition sarkozyenne de l'ambition pour la France, c'est donc de faire passer le pays sous les fourches caudines d'une convention qui promeut une vision anglo-saxonne des droits de l'homme (et notamment une définition des droits des langues minoritaires très favorable aux communautarismes). Certes les droits des minorités sont importants, et la convention européenne des droits de l'homme, dont la cour européenne est la gardienne, malgré tous ses défauts (la référence aux droits à la vie familiale avec ses relents très chrétiens, très "Centre Européen de la Culture" de 1950 par exemple) n'est pas entièrement  à jeter à la poubelle, mais se fixer pour "ambition" une autoflagellation collective devant ce texte (ou devant George W. Bush comme le fit naguère M. Sarkozy) ce n'est pas faire preuve d'un grand amour de son pays...

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Vendredi 20 juillet 2007 5 20 /07 /Juil /2007 15:37

Encore deux comptes-rendus de lectures que je viens de publier sur Parutions.com : l'un porte sur un carnet de voyage de Malraux, l'autre sur un livre beaucoup plus d'actualité relatif à la Syrie et paru au Temps des Cerises : 

- http://parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=96&ida=8365 

http://parutions.com/index.php?pid=1&rid=6&srid=63&ida=8364 

Derniers CR de Parutions.com avant un mois.

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Jeudi 19 juillet 2007 4 19 /07 /Juil /2007 21:56

J'ai profité du début de mes vacances pour continuer à décortiquer le dossier transdniestrien. J'ai épluché la constitution, toutes les biographies des députés, les articles du Tiraspol Times en ligne, glissé quelques correctifs dans les pages de Wikipedia souvent mensongères ou caricaturales sur le sujet. Le plus surprenant dans tout cela, c'est cette obstination de la classe politique pridnestrovienne, qui a toujours les faucilles et les marteaux dans ses emblèmes, à refuser le label communiste (avec deux PC dans l'opposition, nous n'avons hélas pas pu les rencontrer). Et ce parti "Renouveau" qui se dit de centre-droit, le mouvement de jeunes "Proriv", mi-Otpor/mi-anti-OTAN/russe, guévariste, finalement assez sympathique à travers ce que la presse locale en dit. Nous disséquons cela dans tous les sens avec mon camarade d'investigation Bruno Drweski.

Hier je suis aussi sorti de ma bulle internautique pour rencontrer à Paris les responsables de la librairie Ishtar, Fouzia Lamrani et Mohamed Taleb. Ils organisaient dans l'après-midi une conférence Venezuela-monde arabe. Nous n'étions pas très nombreux, mais c'est habituel à Paris. En France, les gens ne s'intéressent pas assez à l'international. J'ai ensuite suivi Nathalie Levallois à l'ambassade du Venezuela où se tenait une petite réunion. Des gens du Cercle bolivarien de Paris s'y trouvaient. Tout cela permettait de prendre le pouls des forces militantes, de leur état d'esprit.

Si je rapproche cette sortie parisienne de ce que j'ai vu à Varsovie au début de ce mois où j'ai rencontré des membres de la Jeunesse socialiste (extrême-gauche), je tire de toutes ces rencontres l'impression d'une très grande diversité, et même le sentiment d'avoir affaire à un patchwork, avec des sensibilités et des centres d'intérêts très variés, des approches du monde actuel qui, si elles s'entendent pour dénoncer le néo-libéralisme ou l'impérialisme américain, sont loins de converger sur des objectifs concrets communs et, a fortiori, des modus operandi pour les atteindre.

La lecture de la presse me renforce dans cette idée. Mélenchon parle de créer die Linke en France avec le PCF, mais n'ose pas franchir le pas (ni le PCF non plus) - d'ailleurs aurait-il intérêt à le faire si Sarkozy continue à débaucher toute l'aile droite du PS ? -. Mais au même moment la "Linke" espagnole, Izquierda Unida (IU) qui, à sa grande époque, réunissait communistes, verts, et aile gauche des sociaux-démocrates, est en train de se déliter. Javier Parra, le patron de larepublica.es, dénonce dans un papier daté d'hier (http://www.larepublica.es/spip.php?article6205) la dérive "hors de la gauche" d'IU qu'il accuse de vouloir liquider le Parti communiste espagnol. L'Union est un combat. Un combat qui n'est pas toujours facile.

 

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Publié dans : La gauche - Par Frédéric Delorca

Dimanche 8 juillet 2007 7 08 /07 /Juil /2007 12:09

Voici en quelques mots les impressions que je retire de la République moldave autoproclamée de Transdniestrie/Transnistrie/Pridnestrovie (République moldave de Pridnestrovie -  RMP) après un séjour du 2 au 6 juillet dans le cadre d’une mission d’observation, sous réserve d’enquêtes et d’analyses complémentaires.

1) Economie

La Transdniestrie (RMP) est un pays riche par rapport à ses voisins. Elle affiche un PNB par habitant de 1 000 dollars, soit la moitié de celui de la Moldavie, mais ce chiffre, dont la base de calcul reste obscure, ne reflète pas la réalité visible dans le mode de vie des gens, ni le potentiel remarquable de ce pays qui fut une des régions les plus industrielles de l’Union soviétique (métallurgie, textile, machines, agroalimentaire), bénéficiant d’une main d’œuvre de haut niveau qualifiée, et de terres agricoles très rentables. La RMP est fortement pénalisée par l’absence de reconnaissance internationale qui dissuade les investissements et pèse sur le commerce en raison des règles de double enregistrement des entreprises à Tiraspol et Chisinau qui entraînent des doubles taxations.  

Le pays a dû se lancer dans des privatisations, qui ont conduit à des pertes d’emplois. La RMP reconnaissait en 2004 un taux de chômage de 16 %. Les privatisations ont aussi entraîné l’émergence de l’oligopole Sheriff, holding qui contrôle la distribution d’essence, une partie des supermarchés, et une part croissante de l’industrie. Cet oligopole avoue fournir 15 % du budget de l’Etat sans qu’on puisse établir comment est calculé ce chiffre. Son influence sur les institutions est opaque. On sent chez les dirigeants une aspiration croissante à une reconnaissance occidentale qui permettrait de faire fructifier l’appareil productif.

Les terres agricoles n’ont pas été privatisées, restent propriété d'Etat et sont louées à bail pour 99 ans comme en Chine (y compris à des collectifs de travailleurs). Une partie des privatisations ont abouti à un contrôle des usines par les collectifs de travailleurs qui détiennent des part d’actions majoritaires.

2) Droits sociaux

De nombreux avantages sociaux de l’époque soviétique ont été conservés : éducation gratuite d’un bon niveau, santé gratuite au moins pour les soins minimaux, attribution des emplois, vacances en Crimée pour les enfants, diverses formes de soutien de la collectivité aux individus.   La constitution du pays met en valeur autant les droits individuels que les droits sociaux. Elle insiste sur l'éducation, la santé, la récompense du travail, le respect de l'environnement.
 
3) Démocratie

Le système politique reste marqué par une culture de consensus soviétique, qui explique en grande partie la reconduction régulière du président Smirnov à la tête de l’Etat (le leader de l'opposition parlementaire ne s'est pas présenté aux dernières élections présidentielles pour ne pas "fragiliser" l'Etat non reconnu). Les députés ne sont pas élus par tendances politiques, et les partis (10 au total, y compris un parti social-démocrate qui demande le rattachement à la Moldavie, mais beaucoup de ces partis sont liés à leur équivalent moscovite) ne constituent pas des ensembles cohérents et ne paraissent pas présenter de réels programmes, à part les deux partis communistes (opposition), qui n’ont pas de représentant au parlement (Soviet suprême) et qui défendent la renationalisation de l'économie. Néanmoins on relève des efforts importants pour faire prévaloir l’Etat de droit. Une cour constitutionnelle a été créée qui fait respecter la séparation des pouvoirs et des principes relativement libéraux (dans un cadre présidentiel inspiré du modèle russe). Un ombudsman prend en charge les litiges avec les administrations.  L'indépendance relative de la justice semble s'être vérifiée récemment avec l'échec de la belle-fille du président Smirnov à faire annuler par les juges l'élection de son rival dans la circonscription de Slobozya (sous réserve d'investigations complémentaires sur ce sujet).

Dans la rue les gens critiquent ouvertement le gouvernement et ne paraissent pas subir de répression dans l’expression de leurs opinions. Leurs positions sont assez apolitiques dans l’ensemble, notamment quant à l’avenir de l’entité transdniestrienne.

4) Relations interculturelles

Les autorités mettent beaucoup en avant la guerre de 1992, la supposée intolérance politique et linguistique du gouvernement de Chinisau, et leur propre attachement à une cohabitation harmonieuse entre les principales cultures moldave, ukrainienne et russe, et leur refus du communautarisme.

Si le trilinguisme se retrouve dans les inscriptions officielles, le moldave (dans sa version écrite en alphabet cyrillique) est peu présent en ville. Sociologiquement les Moldaves restent une population plus rurale et peut-être moins représentée dans les centres du pouvoir. Il s'emble qu'une sensibilité nationaliste moldave favorable au rattachement à la Moldavie, voire à la Grande Roumanie, susbisterait dans certains cercles intellectuels universitaires. A l’inverse des députés moldaves du Soviet Suprême soutiennent que les Moldaves de RMP, qui ont toujours écrit en alphabet cyrillique et ont toujours été tournés vers l’Ukraine et la Russie feraient l’objet de persécutions de la part des Moldaves de Chisinau, qui ont récupéré en 1989 l’alphabet latin introduit dans le Roumain du XIX ème siècle, traditionnellement liés à la Roumanie.

Des rumeurs non vérifiées existent sur des boycotts des élections dans les villages moldaves (ce que nient les autorités). En tout état de cause on ne perçoit pas de tensions intercommunautaires fortes. Les Russes et Ukrainiens, et même des Moldaves interrogés dans la rue sans présence des autorités affirment que les appartenances identitaires n’entrent pas en ligne de compte dans les rapports sociaux et disent ne pas avoir peur pour la conservation de leurs droits en cas de rattachement à la Moldavie. Certains vont d’ailleurs travailler ou étudier à Chisinau. Les diplômes prinestroviens sont reconnus en Russie et en Ukraine pour ceux qui veulent poursuivre leurs études. En Moldavie en revanche on les "confisquerait" pour remettre à leur place des diplômes moldaves, selon un de nos interlocuteurs (point à vérifier).

5) Relations internationales

La RMP est un petit pays de 550 000 habitants très provincial qui n’a qu’une vague idée de ce qu’est le monde au-delà de ses voisins immédiats. La Russie a les moyens de mettre fin à cette entité en cas d’accord entre Moscou et Chisinau. Depuis la « révolution orange », on a noté un raidissement de Kiev envers Tiraspol, entraînant en particulier l’obligation pour les marchandises pridniestroviennes de transiter d’abord vers l’Ouest, par la Moldavie, avant de pouvoir revenir à l’Est et entrer ou transiter par l’Ukraine, ce qui augmente les coûts d’acheminement. La mise en place d’une diplomatie de la RMP avec d’autres partenaires que les milieux russes, ou ex soviétiques (abkhazes, ossètes) qui lui restent fidèles, semble assez aléatoire. Toutes les rumeurs de liens entre la RMP et des puissances anti-américaines, proche-orientales par exemple, paraissent extrêmement saugrenues, tout comme les accusations de participation à des trafics illégaux, en particulier parce que les frontières de cette république enclavée sont totalement contrôlées par les douanes ukrainiennes ou moldaves. Cela étant, il est vrai que la Pridniestrovie n’a pas pu acheter ni dans l’UE ni dans la CEI, en raison de sa non-reconnaissance, les machines nécessaires au contrôle de ses frontières selon les normes de l’UE. Elle se les est finalement procurée en Afrique du sud. L’aéroport de Tiraspol  (un ancien aéroport militaire) reste fermé, car Chisinau continue de contrôler l’espace aérien de la République «autoproclamée ». La RMP n’a pas véritablement développé de vision globale des rapports internationaux, même s’il semble que le gouvernement de Tiraspol commence à prendre conscience de la nécessité de sortir du tête-à-tête diplomatique obligé avec les puissances de la CEI et l’UE accrochée à la « souveraineté moldave ».
 

       Frédéric Delorca

Cf : vidéos sur http://www.youtube.com/watch?v=_SNQSKfSyJ8 et http://www.youtube.com/watch?v=U9lA5yVn4oY.

Et article relatif à notre mission sur http://www.vspmr.org/News/?ID=1115

 

 

 

 

 

 

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Publié dans : Interviews/reportages vidéos réalisés par FD - Par Frédéric Delorca

Mercredi 27 juin 2007 3 27 /06 /Juin /2007 23:24
Voici mon compte rendu du dernier livre de Meyssan sur Parutions.com : http://parutions.com/index.php?pid=1&rid=6&srid=63&ida=8300 . Il est plus positif que ce que j'écrivais il y a peu à la suite de l'interview de l'auteur sur la TV associative de Grigny car le livre est dans l'ensemble meilleur que cette interview (laquelle était pourtant déjà fort intéressante).
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Publié dans : Lectures - Par Frédéric Delorca

Mercredi 27 juin 2007 3 27 /06 /Juin /2007 19:02
Période assez intéressante. Je publierai à la rentrée un petit pamphlet au Temps des Cerises, et m'apprête à partir en voyage en Transnistrie lundi avec Bruno Drweski et Mick Collins. J'en suis ravi car le sujet m'intéresse : à l'heure où se négocie l'indépendance du Kosovo, nous avons là un Etat structuré, homogène, qui peut prétendre aux mêmes prérogatives que ce que Washington veut faire de l'Etat albanais de Serbie. L'association russe Trans-European Dialogue nous invite à y constater la situation et notamment la protection des droits sociaux (car cette enclave a conservé un fort héritage soviétique). Certains disent d'elle que c'est la "Cuba de l'Europe". Par delà les rumeurs occidentales malveillantes sur son compte, je voudrais voir comment les gens y vivent.

Le député socialiste polonais, candidat à l'élection présidentielle en 2000, Piotr Ikonowicz sera de la partie avec un cinéaste paraît-il. Il y aura aussi des Allemands.  Tous cela sera sans doute très instructif, et je me prépare à écrire de longues pages sur le sujet.

Je suis particulièrement content de prendre l'avion Paris-Varsovie (nous retrouverons Bruno Drweski en Pologne avant de rejoindre Odessa) avec le dramaturge états-unien Mick Collins. C'est un homme formidable, résistant anti-impérialiste de toujours qui rend en ce moment des services inestimables à l'Atlas alternatif et, à 63 ans, fait preuve d'un dynamisme que ses cadets français n'ont pas. J'espère que nos témoignages sur la vie à Tiraspol aideront à comprendre des aspects méconnus de la réalité européenne.

Affaire à suivre...
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Publié dans : Billets divers de Delorca - Par Frédéric Delorca

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