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Samedi 22 novembre 2008 6 22 /11 /Nov /2008 22:37

Je voulais vous parler de Tikkun (ou Tiqqun), ce groupe d'anarchistes arrêté pour sabotage terroriste contre la SNCF... Parce qu'un ex journaliste de Libération qui était dans ma promo à Sciences po et qui a gardé une fibre de gauche (c'est rare) a attiré mon attention sur cette organisation en disant : "Leur leader a fait son DEA sous la direction de Boltanski" - ainsi donc Boltanski n'était pas seulement un révisionniste droitier comme le croyaient les bourdieusiens, il était aussi un fabriquant de terroristes. Un des membres de ce groupe habite pas loin d'ici. "France 3" est allée enquêter à la librairie anarchiste du coin - celle qui est ouverte un jour par semaine et où des papys boivent du café au milieu des vieux livres. Ils ont dit : "Nous on ne saboterait pas la SNCF, mais on comprend que des jeunes puissent en venir à ça". En fait il est bien peu probable que ces jeunes situationnistes soient coupables des faits qu'on leur reproche. La ficelle "on a trouvé les coupables, ce sont les philosophes gauchos" est trop grosse pour être crédible. En tout cas ça leur fait une belle pub. Même Agamben les défend. Pourtant le responsable du comité de soutien, qui se dit "républicain" et parle de lutte des classes, n'a pas une très belle plume.  Il signe en qualité de "chercheur et journaliste". J'espère que les "terroristes", eux, écrivent mieux. Un journal local ici a interviewé un des types arrêtés : "Je suis papa d'un gamin de 9 mois, je n'ai rien fait. Les policiers ont débarqué, ils ont renversé le lit, m'ont mis nu contre le mur, moi et ma compagne, ils ont vidé les pots de confiture de ma grand mère" (je cite l'interview de mémoire, mais le passage sur le pot de confiture est authentique, je l'ai lu hier soir).

 

Je voulais écrire là-dessus, un vrai beau petit billet, plein de références précises, mais après tout on me dit assez que je suis un intello - on me l'a répété sur un ton agressif cette semaine. Et c'est vrai. Cessons donc de nous focaliser sur les philosophes bourgeois. Combien d'innocents ont été arrêtés, la même semaine que les gars de Tikkun, à Ramallah, à Bagdad ? Qui connaît leur nom ? qui s'intéresse à leurs pots de confiture ? Et combien de gens sont morts de faim à cause du système capitaliste au même moment ? La Bolivie vient d'être déclarée "libre d'analphabétisme" grâce à la méthode cubaine "Moi aussi je peux". Voilà une nouvelle bien plus importante.

 

Une mienne amie moscovite m'écrit que Mme Dmitrienko d'Europa  (un éditeur dont je ne sais rien, peut-être est-ce Europe publishing house) ne renonce pas à me voir publier chez eux un petit livre sur les suites de la guerre du Caucase. C'est me faire trop d'honneur. Un mien camarade qui a travaillé sur le Nicaragua parle lui de créer près de Paris une "Maison du monde" ou quelque chose dans ce goût là, pour promouvoir le monde multipolaire, la diversité, les échanges alternatifs. Un autre, Vladimir, que les lecteurs de mon dernier livre connaissent, veut lancer un "Appel de Bruxelles n°2".  Les idées foisonnent. Il ne manque que le temps, et l'argent pour en faire de bons projets qui touchent vraiment les gens (car la plupart des initiatives restent confinées dans les cercles militants).

 

Au fait : ça n'a rien à voir mais mon roman a enfin trouvé un éditeur. "Chaque pot a son couvercle", comme disent les grand-mères.

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Publié dans : La gauche - Par Frédéric Delorca - Ecrire un commentaire

Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /Nov /2008 22:30
Au moment où les clients de Paul Kagamé ont les coudées franches au Congo, il semble que les parrains du nationalisme tutsi soient sur le point de l'abandonner... L'avocat au Tribunal pénal international sur le Rwanda (un tribunal à la légalité fort contestable imposé à l'ONU par l'administration Clinton, comme le TPI-Yougoslavie), Chris Black, m'écrivait ce matin (en anglais) :

"C'est un secret de de Polichinelle ici au TPIR qu'il existe un acte d'accusation contre le président rwandais Paul Kagamé, et qu'ils attendent avant de le lancer publiquement que la puissance tutélaire - les Etats-Unis - décident de se débarrasser de lui. Je l'ai mentionné devant le tribunal plusieurs fois, et encore aujourd'hui. J'ai dit que je voulais avoir accès au dossier sur lequel se fonde l'acte d'accusation contre Paul Kagame. Le procureur a dit qu'il ferait une recherche. Récemment Kagame est allé parler au Massachsuset Institute of Technology. J'ai écrit une lettre de protestation au directeur de cette université et je lui ai dit d'informer leur hôte qu'un acte d'accusation existait au TPIR contre lui".

Les Occidentaux (surtout les puissances anglo-saxonnes) semblent penser maintenant (après les avoir lourdement armés) que les nationalistes tutsis au Congo poussés par le gouvernement rwandais vont trop loin...
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Publié dans : Billets divers de Delorca - Par Frédéric Delorca - Ecrire un commentaire

Vendredi 14 novembre 2008 5 14 /11 /Nov /2008 09:15

Je ne crois pas du tout en cet exercice stérile qui consiste à tenir un blog pour le soi-disant bénéfice des 15 lecteurs qu'on peut avoir chaque jour (dont la moitié sont tombés dessus par hasard). J'ai lancé ce blog en 2006 comme le blog de l'Atlas alternatif, parce que je savais que les grands médias (y compris les médias "apparatchik" de gauche), feraient ce qu'il faut pour empêcher que l'Atlas soit connu. Mais je n'ai jamais cru en l'utilité réelle de ce genre d'initiative. Au mieux on rencontre quelques personnes intéressantes qui feuillettent vos pages (rarement plus de trois, car Internet fatigue vite) et vous identifient comme une référence possible dans la "blogosphère" qu'ils iront consulter une fois par mois pour se délasser. Rien de très exaltant : et d'ailleurs que peut-on écrire de vraiment utile dans les 30 ou 50 lignes que comporte au mieux un billet de blog ?

Je ne crois pas non plus au "terrain" que me vantait une correspondante il y a peu, une correspondante qui va aider des gens dans les quartiers difficiles, écouter ce qu'ils ont à dire (d'autres correspondantes - ce sont souvent des femmes - l'an dernier et d'autres années disaient le même chose des rencontres avec les gens dans des pays du Tiers-Monde). C'est à dire aller se plonger dans le tumulte de passions  contradictoires auquel on va mêler les siennes, y faire du tourisme social et politique (ou de la charité, voire de la charité professionnelle comme les assistantes sociales). Je ne pense pas que cette démarche (qui rappelle celle d'une certaine bourgeoisie russe du 19 ème siècle) soit féconde non plus.

De même que je ne crois pas trop au nouveau parti de Mélenchon depuis que je le vois singer le Die Linke allemand jusque dans son appellation, mais refermons cette parenthèse trop hâtivement ouverte.

Il serait trop long d'énumérer toutes les choses auxquelles je ne crois pas.

Je crois seulement au travail solitaire d'accumulation du savoir et en sa synthèse patiente sous forme de livres qui un jour peut-être témoigneront pour une époque aux yeux de quelques esprits curieux, rien de plus. Le blog dans cette perspective devient un simple bloc-note, un aide mémoire, accessible au public, mais sans illusion sur l'écho qu'il rencontre.

Sur mon aide mémoire je note aujourd'hui cet extrait du site Rebelion.org (site espagnol) qui dit :

"Le Forum International pour la Vérité et la Justice dans l'Afrique de Grands Lacs a dénoncé hier à Madrid le fait que les milices du général rebelle congolais Laurent Nkunda agissaient comme « gendarmes » de grands intérêts internationaux qui, à travers le Rwanda, s'opposent à l'entrée de la Chine dans la République Démocratique du Congo (RDC) pour l'exploitation des ressources minières de l'Est du pays africain, indique Europa Press. Le Forum International pour la Vérité et la Justice dans l'Afrique de Grands Lacs est formé par des personnalités comme le Prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez Esquivel, la congressiste américain Cynthia McKinney, le président de la fondation S’Olivar Joan Carrero et la Fédération des Comités de Solidarité avec l'Afrique Noire. D'autre part, selon les déclarations faites la semaine dernière par un  témoin « qualifié » de l'instruction ouverte par le juge espagnol Fernando Andreu contre le régime rwandais pour génocide, l'ex président Laurent Désiré Kabila, père de l'actuel mandataire congolais, a été assassiné sur ordre du président rwandais Paul Kagame, pour empêcher son rapprochement avec la Chine et le Venezuela." (http://www.rebelion.org/noticia.php?id=75897).

J'ai soudain une pensée pour les avocats Tiphaine Dickson et Chris Black qui se battaient, un code de procédure pénale dans une main, un tube de comprimés antimalaria dans l'autre, il y a peu, pour faire prévaloir la vérité au TPI Rwanda d'Arusha sur les crimes du FPR, pendant que certains agités parisiens influencés par la propagande de l'association Survie croyaient plus intelligent d'asperger Védrine (un des derniers politiciens non atlantistes de ce pays) de colorant rouge (http://www.europalestine.com/spip.php?article3420). Loin de moi l'idée de défendre la Françafrique et les massacres qu'elle a favorisés contre les Tutsis. Mais, 14 ans plus tard, le problème n'est plus du tout celui là. Certains écervelés français d'extrême-gauche devraient tenter de le comprendre... Au fait, l'Humanité dimanche donne la parole cette semaine à Colette Braeckman, une des amies du Monde Diplo qui a soutenu longtemps des positions pro-FPR. Aujourd'hui (enfin) consciente de l'action de Paul Kagamé dans les Grands Lacs, elle se fait le chantre d'une intervention européenne plutôt que d'une interposition de l'Union africaine qui déchirerait l'Afrique selon elle (car l'Angola viendrait affronter le Rwanda au Congo comme à l'époque de Kabila-père). Impérialisme quand tu nous tiens.

Sur mon bloc-note aussi ce message du syndicaliste polonais Dariusz Zalega hier : "Chers amis  Je vous envois linformation d'actuel protestation organise par le syndicat libre Aout 80 a Varsovie en defence de droit au retraite anticipe. Lech Walesa soutien l'utililisation de force contre nos syndicalistes."  Avant hier le président tchèque V. Klaus n'a pas hésité à comparer l'eurosceptique irlandais M. Ganley aux dissidents de son propre pays à l'époque soviétique, notamment son prédécesseur Vaclav Havel. "Je pense que M. Ganley est un dissident, une sorte de dissident dans le dispositif européen actuel", a-t-il déclaré. Les totalitarismes ne sont plus où on croit.

FD

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Publié dans : Billets divers de Delorca - Par Frédéric Delorca - Ecrire un commentaire

Samedi 8 novembre 2008 6 08 /11 /Nov /2008 22:18

Un des protagonistes du livre "10 ans sur la planète résistante" m'écrivait  il y a peu :

"Il y a en gros trois théories sur le bilan de l'impérialisme :
- celle des maos pour qui l'impérialisme crée un bénéfice global pour l'Occident
- celle de Marx, Hobson etc. jeu à somme nulle, mais profits privés etc.
- celui d'Antiwar.com, Buchanan etc (un peu Hobson et Marx); perte pour l'Occident, mais gains pour une toute petite minorité ici - dont les idéologues etc.aussi le complexe militaro-industriel etc.

J'ai tendance a me rapprocher de la 3ème théorie - en tout cas ce serait la plus efficace-mais je ne crois pas aux pieux mensonges."

Cette typologie, par delà son intérêt propre, me faisait songer à l'importance de l'héritage maoïste dans les milieux militants qui ont lutté contre les guerres et ingérences impériales depuis dix ans. Ceux que, dans le bouquin précité, j'appelle "Le Fils de l'avocat connu" et "Le Missionnaire", par exemple, se réclamaient de leur formation maoïste. Il en est de même de l'économiste Samir Amin dont les analyses sont souvent reprises dans la presse de gauche et sur le Net. De même un numéro de la revue Commune de 2006 intitulé "M... le maudit" était consacré à Mao...

Vendredi dernier un mien ami m'a surpris en m'expliquant que lui aussi était de formation maoïste. Il me l'a écrit en ces termes :

"Dans les années 1970, j'étais mao mais non encarté, car j'étais dans un pays du bloc soviétique, et je diffusais à l'intérieur des organisations officielles dont j'étais membre la propagande des maos de ce pays ou autres, qui bien entendu étaient clandestins. Mais, à partir de 1976-78 (élimination de la "bande des quatre", montée de Deng Xiao Ping, rupture sino-albanaise, question cambodgienne, etc.), le "maoisme" s'est de fait désagrégé, donc je restais et reste fidèle à certaines idées, mais bien évidemment pas à une ligne qui de toute façon n'existe plus, si jamais elle a vraiment existé. De Mao en fait, j'ai retenu l'idée que la lutte des classes se déroule aussi dans le socialisme et à l'intérieur du parti, à l'intérieur de chaque individu aussi. ...ce que les musulmans appellent le "grand djihad" ou djihad intérieur. Avec les Chinois je n'ai en revanche jamais été d'accord sur le fait, qui était d'ailleurs contradictoire avec leur philosophie de départ, qu'il fallait rompre avec les communistes "révisionnistes" pour créer des organisations 100% révolutionnaires. J'ai toujours milité dans ce pays du bloc soviétique au sein des organisations "pro-soviétiques", à la marge. J'ai toujours pensé qu'il fallait être là où se trouvaient "les masses". "

J'espère d'ailleurs que cet ami publiera un jour ses mémoires sur cette activité maoïste "clandestine" dans un pays d'Europe de l'Est.

Je ne m'inscris pas dans le courant de pensée maoïste, ni dans aucune école de pensée issue du marxisme-léninisme, mais je trouve intéressant du point de vue de l'histoire des idées que le maoïsme résonne encore au coeur des années 2000, malgré la diabolisation dont il a fait l'objet dans la culture dominante. Et d'ailleurs n'est-il pas aujourd'hui encore en train d'inspirer des mouvements importants, au Népal, en Inde ?

Voilà encore un aspect de la réalité ignoré par la culture officielle et qu'il faut prendre au sérieux, me semble-t-il.

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Publié dans : Philosophie et philosophes - Par Frédéric Delorca - Ecrire un commentaire

Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /Nov /2008 11:49

Qu'un Noir devienne président de la première puissance, et en plus un type apparemment équilibré comme Obama, c'est une bonne nouvelle pour l'humanité. Même si on sait que cette victoire, soutenue par Wallstreet qui l'a financée, contribuera surtout à affaiblir les résistances à l'impérialisme dans le monde (d'ailleurs elle a été voulue pour cela) sans pour autant, vraisemblablement, à court terme, diminuer la dimension prédatrice des Etats-Unis d'Amérique (mais peut-être celle-ci sera-t-elle affaiblie d'elle-même par les problèmes sociaux et économiques que rencontre ce pays). Je n'en dirai pas plus sur ce sujet, beaucoup de bruit ayant été fait ces derniers jours un peu partout. Les enthousiasmes grégaires et totalitaires de notre époque ne sont pas mon fort.

Un autre événement ne fait pas la "une" ce matin : le départ de Mélenchon du PS, et c'est dommage . Alors que "yahoo" titrait sur la défaite de Delanoë face à Royal (au jeu de la Star academy médiatique), c'est par un email dans ma boîte aux lettres que j'apprends que le sénateur et ses amis quittent le parti socialiste... Choix difficile, choix courageux, même si beaucoup d'arguments peuvent conduire à le juger logique. Mélenchon et ses amis, c'est-à-dire une groupe de gens criticables à maints égards mais assez sérieux, qui essaient de penser la notion de "gauche" sur le long terme, sans se laisser emballer par les modes médiatiques. Des "dinosaures" aux yeux de ceux qui croient devoir voler dans le vent libéral (ou social-libéral).

Sans eux, le parti socialiste est bien parti pour devenir une machine idéologiquement inconsistante, une boîte à fric, comme le parti démocrate étatsunien.

Qu'est-ce que les mélenchonistes vont construire ? Et avec qui ? Car, par delà le courage, reste le problème de la stratégie. Il y a un risque que Mélenchon et ses amis finissent marginalisés comme tous ceux qui tentèrent de construire des partis et mouvements hors des partis de la gauche classiques : Juquin après son départ du PC, Chevènement avec son MDC. Quel horizon peut bien s'offrir à Mélenchon ?

Je ne vois pas d'espace politique se dessiner pour lui. Le PC ne se sabordera pas - sauf s'il trouve une garantie de garder ses maires et ses députés, mais comment donc dans un système majoritaire ? Supposons même, par hypothèse, qu'il le fasse (après une scission avec son aile gauche qui tient à le préserver) pour se fondre dans un Die Linke (éventellement même en gardant une sorte d'identité propre comme dans Izquierda Unida en Espagne), il représentera les effectifs militants les plus nombreux - même à supposer que les 20 % de l'aile gauche du PS le rejoignent. Cela pourrait donc n'être qu'un PCbis. A supposer que communistes et socialistes s'y équilibrent, en quoi ce noyau dur peut-il présenter une force attractive face à la surenchère du NPA de Besancenot ? Mélenchon semble miser sur la crise financière pour lui donner des ailes. Mais elle peut aussi profiter avant tout au NPA, c'est à dire à une impasse totale sur le plan politique.

Ainsi, au mieux, si le "Die Linke" de Mélenchon voit le jour, la vie politique sera éclatée entre 5 familles politiques de poids : de droite à gauche le FN, l'UMP et son allié Nouveau centre, le parti social-libéral (PS) et son allié Modem avec ou sans les Verts, le nouveau Die Linke, et le NPA. Mélenchon faisant le constat que plus personne ne l'écoutait au sein du PS se dit peut être qu'en pesant 15 % dans l'électorat avec son propre parti il peut condamner le PS à faire alliance avec lui (et donc à négocier) surtout si le Modem s'effondre. Mais un autre risque pour lui serait que ce soit le PS qui s'effondre au profit du Modem, ce qui vouerait la vie politique française à s'organiser autour d'une alternance Modem/UMP dans laquelle Die Linke ne servirait à rien, même avec 15 %.

L'avenir de ces configurations dépendra évidemment de l'évolution sociologique en profondeur du pays. Notamment des effectifs et de l'état d'esprit de sa fonction publique qui fournit les gros bataillons des syndicats, des associations et des partis de gauche. Elle fut depuis 15 ans le rempart face au néo-libéralisme, mais sa précarisation progressive pourrait aussi entraîner sa "modémisation" sur le plan politique.

Dans tous les cas la partie qui se joue dans la gauche française est une partie bien difficile.

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Publié dans : La gauche - Par Frédéric Delorca - Ecrire un commentaire

Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /Nov /2008 09:30
Je voudrais citer aujourd'hui deux textes, de deux époques différentes, qui en disent autant sur l'histoire de notre continent que sur le monde actuel.

Le premier est extrait de La démence coloniale sous Napoléon d'Yves Benot (Paris, La Découverte Poche, 2006, p. 7-9) - un livre que je vous recommande :

""Le brutal retour au système d'avant 1789 imposé par le premier consul (Napoléon), la réapparition officielle de l'esclavage et de la traite ne soulignent-ils pas, par contrecoup, que des avancées avaient été accomplies par la Convention (...) La politique impériale - et impérialiste - s'apparente dans ce court espace de temps à une sorte de démence, dans la mesure même où on ne peut qu'être frappé par l'incapacité permanente à mesurer le rapport des forces, sur mer comme sur terre, à mesurer les obstacles et les résistances prévisibles des peuples".

Le second est extrait des Mémoires du dirigeant communiste Jacques Duclos (tome 1, 1896-1934, "Le chemin que j'ai choisi", Paris, Fayard, 1969 p. 266) où il raconte une réunion en Corse en 1927 :

"Mes auditeurs étaient visiblement d'accord avec moi lorsque je rappelai que dans les Cours d'Europe on traitait Napoléon "d'Empereur républicain" . Mais cet "Empereur républicain" prisonnier d'intérêts de classe en était arrivé à se méfier davantage du peuple que des monarques représentant la vieille Europe féodale.
Cela explique pourquoi Napoléon se garda bien de proclamer l'affranchissement des serfs lors de la campagne de Russie, ce qui pourtant aurait servi ses objectifs militaires"


Un des arguments du livre de Benot est que, si Napoléon avait aboli définitivement l'esclavage dans ses colonies plutôt que de le restaurer, il aurait suscité une insurrection des Noirs dans les colonies anglaises et provoqué ainsi l'affaiblissement maritime durable du pays qui lui imposait le blocus.

L'argument de Duclos est que, en libérant les serfs, Napoléon aurait pu gagner la campagne de Russie.

Ces remarques me paraissent tout-à-fait judicieuses. Ce qui m'étonne c'est qu'aujourd'hui on entende surtout l'argument de Benot, et non celui de Duclos. Je veux dire que le travail mémoriel sur le colonialisme a très justement fait connaître récemment aux Français l'histoire de l'esclavage, mais le servage en Europe de l'Est, sa place dans l'économie mondiale jusqu'au 19 ème siècle (car elle en avait une, ce n'était pas un phénomène purement local), le rôle de la révolution française, et de Bonaparte à son égard demeurent pour leur part un point aveugle de notre conscience collective - alors que la révolution russe de 1917 avait contribué à les rendre plus présents dans l'opinion publique des années 1920.

C'est peut-être à cause de cette amnésie que nous peinons à établir un rapport entre les aspirations patriotiques des Russes (ou des Biélorusses) et les revendications anti-impérialistes du Tiers-Monde. Et c'est peut-être pour cela aussi que certaines associations sensibles à la cause du tiers-monde, à Paris notamment, ont refusé la démarche de l'Atlas alternatif qui faisait le lien entre Europe de l'Est et pays du Sud.  Je ne sais si la visite de Kadhafi chez Loukachenko cette semaine peut les aider à réfléchir à cela...

FD
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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 18:11
Comme je l'indique souvent, je suis né dans le Sud-Ouest de la France, une région au statut culturel assez incertain dans l'ensemble français, et d'autant plus incertain qu'elle est systématiquement dissuadée de se penser elle-même en dehors de clichés absurdes. C'est un sujet que je n'ai thématisé pour l'heure que dans des écrits privés (j'y fais seulement publiquement allusion dans ma contribution au Cahier de l'Herne sur Chomsky dans ma comparaison entre Bourdieu, qui était aussi issu de ce terroir, et le linguiste américain, mais sans m'étendre). Il y faudrait un livre entier.

Je soumets au lecteur que cela intéresse le regard d'une lectrice "venue d'ailleurs" (mais qui y vit) sur cette région. Elle m'a adressé ce texte cet après-midi et je vous le livre tel quel, sans commentaire... à méditer...

FD
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"Voici schématisé un des  arguments qui, me font affirmer l'existence de nombreuses similitudes  entre les cultures : Espagnole, du Sud-Ouest, Arabe : la place, le rôle de la femme dans la cellule familiale mais surtout  dans la perception et, dans ce qui est attendu d'elle par les membres extérieurs de la communauté :

Il est sommé de se soumettre, ou plutôt d'illusinoner sur : sa  soumission à l'autorité du pater-familias - face aux regards exterieurs  et, dans la réalité des faits, c'est elle qui, détient le pouvoir au  sein de la famille, c'est bien le pére qui, lui juré allegance...

De cette état de fait, découle -dans la grande majorité des cas observés  - des comportements, pathogènes :

L'obsession du phallus - et ses dérapages conduisent à privilégier -  dans la cellule familiale le fils au détriment de la fille et, ce  injustice est perpétrer par la mère, Démission du père - absence psychique voire physique (fuite dans le  travail etc) du père - le fils se trouve "livré à la mère" d'où -pour  faire court ici, le culte du rugby-sport violent, physique et  destructurant etc il est étonnant de constater le nombre de femmes fans  de ce sport de brutes -

Ici, existe une forte communauté de "pieds-noirs", cette communauté,  dans ses comportements, sa construction de "réseau", avec bakchich et  cie, les femmes qui, vont jusqu'à se teindre les cheveux en rouge -  trés proche de la couleur du henné, les mots utilisés, la gestuelle  organisée pour entrer en contact avec L'Autre etc... sont autant de  similitudes avec les indigènes qui, ont dominés pendant des siècles tout  en les méprisant et, en organisant leur exlusion... Ce qui, s'explique :  dans le refus ou l'impossibilité d'assumer "cette ressemblance" avec justement des hommes et des femmes qu'ils se sont éreintés à chosifier...

Ne grimpez pas sur l'arbre de la modération - oui, je sais cela vous  semble caricatural et n'en disconviens pas - Mais expliquer des  phénomènes psychologiques et ce, même si c'est mon domaine de compétence  - cela reste compliqué - les plus comme Reich, Jung, Fromm etc, l'ont  dit et réputé.. Fromm : affirmait que, 30 longues années n'ont lui ont  pas suffit pour expliquer ses travaux- Fromm, l'a mieux exprimé que, moi...Mais, bon - pour être plus précise  il faudrait que je sorte son livre de la bibliothèque et, vous recopie,  sa phrase exacte..Aucun intérêt !

Pour terminer, j'ajoute : le culte de la force, de la puissance  musculaire, le cynisme, la violence etc.. - au détriment des neurones  -le culte de la domination/Force/Mépris des qualités telles courtoisie,  gentillesse....
- aboutissent forcément sur une société, une culture  fascisante..

Raciste, parce présupposant le diktat suivant : Pour être reconnu et  respecté par les femmes de cette région il est indispensable de remplir,  certains des critères suivants :

Les hommes doivent mesurer, pas moins de 1m80 - d'ailleurs les femmes, ici n'ont d'yeux que pour ces grands dadais - Ils ont pour obligation d'être "fort" - sinon mépris- car ne doit régner  que, la loi du cynisme, de la domination, du mépris de la pauvreté, de  la faiblesse, les rêveur, les artistes, les créatives, les sensibles  sont immédiatement rejetés.

Ces cultures ou sociétés fonctionnent beaucoup voire que, sur  "l'avoir", "j'exhibe" ce que je possède : voiture, vêtement, force,  réseau - le sport régional, est de "faire les poches des non-natifs de  la régions et avec le sourire - dans le but de "gagner plus tout en  travaillant moins" etc.- la loi du plus fort ! Du plus puissant ! Du  plus en vu !
l'être- l'esprit- l'intellect sont sacrifiés, disqualifiés -

Sont, de fait méprisés les nombreux métiers manuels etc...

Je ne sais, si j'ai réussi à bien synthétiser ma pensée...Mais, ce  sont ces valeurs qui, dominent dans ces sociétés et, c'est à ce niveau  que, je situe les similitudes...
 
Pour éviter, à ma fille "une possible contamination de l'hypocrisie  ambiante, la pauvreté intellectuelle et surtout affective qui, règnent, ici : elle voyage, souvent à l'étranger : l'Allemagne- grande  culture, Irlande, l'Espagne et, apprend les langues et cultures de ses  pays; L'année prochaine elle s'attellera au Russe et au Chinois."
 
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Post scriptum du 13 novembre 2008 : Pour éviter certains malentendus, je préciserai juste qu'en fait l'auteur des lignes ci-dessus était  originaire du continent africain. Il ne s'agissait donc pas d'une banale caricature parisienne comme certains ont pu le croire. L'origine même de ce portrait en fait ajoute quelque chose, me semble-t-il. Mais encore une fois il faudrait vraiment un livre entier pour traiter convenablement le sujet. FD

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Publié dans : Béarn - Par Frédéric Delorca - Ecrire un commentaire

Samedi 1 novembre 2008 6 01 /11 /Nov /2008 23:33

Un mien ami me transmettait tantôt le texte suivant extrait d'un livre d'Hubert Védrine :

""Paradoxalement, du moins en apparence, certains militants altermondialistes et certains partisans de la "gouvernance" se rejoignent lorsqu'ils vont jusqu'à caresser l'idée d'un gouvernement mondial. On ne peut que s'étonner qu'un concept qui recèle un potentiel totalitaire aussi évident puisse séduire qui que ce soit dans les rangs de la gauche précisément antitotalitaire! Quel gouvernement mondial, pour faire quoi, désigné par qui, composé de qui, contrôlé par qui? Et s'il devenait répressif , sur quelle Lune se réfugieraient ses opposants? Ces questions ne sont pas posées. A moins qu'il ne s'agisse, synarchie réinventée, du secrétariat général de l'ONU et des directeurs généraux de  l'OMC et du FMI? Ou de ce G8 dans lequel les altermondialistes, cherchant un lieu où se rassembler pour manifester, avaient feint de voir, dans un hommage aussi paradoxal qu'erroné, les directoire du monde?" ("Continuer l'Histoire", Fayard, 2007)

Dans l'échange de mail qui s'en est suivi j'ai formulé la remarque suivante :

Védrine a raison de souligner les dangers d'un gouvernement mondial.
 
En même temps, on voit mal comment l'espèce humaine y échappera à terme (la technologie a beaucoup uniformisé et rapproché les êtres), sauf si l'épuisement du pétrole nous fait "revenir en arrière" sur le plan des mentalités (et des rapports internationaux)
 
Les humains, à mesure qu'ils prennent conscience de leurs ressemblances, et des dangers communs qui les guêtent, peuvent être de plus en plus tentés d'abolir les Etats.
 
Le problème c'est qu'un gouvernement mondial aujourd'hui, s'il avait une structure de démocratie formelle (avec un "sénat" qui serait l'assemblée générale des Nations-Unies représentant les anciens Etats, et une chambre basse composée de députés élus au suffrage universel direct mondial) fonctionnerait comme l'Afrique du Sud. La chambre basse et le gouvernement officiels seraient contrôlés par les élites chinoises et les indiennes (les élites des peuples les plus nombreux, ponctuellement appuyés par les Indonésiens, et quelques autres peuples denses) comme elle est aujourd'hui,en Afrique du Sud, entre les mains des élites khosas et zouloues, tandis que le pouvoir économique serait entre les mains de la bourgeoisie euro-états-unienne comme il est dans les mains aujourd'hui de la bourgeoisie anglosaxonne et afrikaner en Afrique du Sud. Rien n'indique que cet équilibre ferait les affaires du Transnistrien ou du Peul moyen, ni de l'intérêt général humain...

Je livre ces considérations spontanées et sans prétention à votre réflexion, et au débat sur l'avenir de notre espèce...

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Publié dans : Débats chez les "résistants" - Par Frédéric Delorca - Ecrire un commentaire

Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /Oct /2008 11:43

Difficile de ne pas céder au flot de l'actualité et de prendre du recul. Peu de blogs et sites y parviennent.

Voyez par exemple le phénomène "Sarah Palin". Il y a un mois elle fascinait les médias, et beaucoup, comme Julia Kristeva dans Libération, y allaient de leurs critiques contre cette forme d'idolâtrie de la "mère conservatrice", crépuscule de la virilité en même temps que du féminisme authentique. On se croyait revenu à Çatalhöyük au 7 ème millénaire avant JC. Et puis, l'adjointe de McCain a révélé son incompétence, elle est devenue un "boulet" pour le candidat républicain, Hustler a fait un film X sur elle, et la voici revenue au statut d'une Edith Cresson ordinaire. L'ordre règne à Varsovie. 

Même chose pour l'essor de la Russie, que l'on a cru entrevoir avec certitude quand le Kremlin résistait à l'aventurisme de Saakachvili en août. Maintenant que la bourse de Moscou s'est effondrée, et avec elle le prix du baril du brut, les doutes sont à nouveau permis.

La crise financière elle-même, personne ne sait trop qu'en faire. Après avoir pressenti l'effondrement imminent du système, on se rabat sur l'hypothèse d'une simple "récession". Le Grand Soir n'est peut-être pas pour demain.

Revenons encore à la politique intérieure étatsunienne. En 2007 Paul Craig Robert pronostiquait sans rire la possibilité pour Bush - ou quelque coterie derrière lui - de déclarer l'état d'urgence, celle d'un coup d'Etat militaire. Puis on a dit que, même si les démocrates gagnaient, ce serait Hillary Clinton, parce qu'elle avait l'argent des multinationales. Même quand elle était au coude à coude avec Obama on pronostiquait qu'elle pourrait être élue comme candidate, même avec moins de délégués qu'Obama à la convention démocrate. Puis quand Obama a pris les devants, au lieu de souffler un peu, beaucoup se sont exclamés qu'il ne le devait qu'à son virage à droite, et que donc rien ne changerait.

Je ne suis pas hostile à chacune de ces analyses prises isolément. Mais ce qui me gène, c'est l'enchaînement : cette façon que tout le monde a d'enchaîner un propos, puis un autre qui le contredit, au fil de l'actualité et de ses rebondissements. C'est une marque de dépendance à l'égard d'un flux dont le rythme reste dicté par les grands médias. La forme même d'Internet, et du blog, favorise cette absence de recul. C'est pourquoi je crois judicieux de se détacher de l'actualité de temps à autre, se pencher sur l'histoire ancienne, sur la littérature, reconstruire dans ce périmètre l'espace d'une pensée à soi qui évitera ensuite de voler au vent comme les feuilles et d'embrasser les credos en vogue ou leur démenti sans la moindre constance. Nous avons tout à gagner à nous éloigner de l'actualité - même s'il est vrai qu'hélas nul ne peut se payer le luxe de l'ignorer complètement.

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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 09:43
Voici une info que je n'ai pas encore eu le temps d'exploiter dans le cadre du blog de l'Atlas alternatif : selon l'AFP du 10 octobre, la Russie réclame une enquête contre le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, après la signature d'un accord qui reconnaîtrait l'Alliance atlantique comme une organisation "de maintien de la paix", a dit l'ambassadeur russe à l'Otan. L'accord aurait été signé sans information des membres du Conseil de sécurité Le secrétaire général de l'ONU "risque de subir une destitution. Ses actions sont honteuses", s'est emporté M. Rogozine. Selon lui, ce document "réhabilite" l'Otan pour ses bombardements en Serbie lors de la guerre du Kosovo, et juge que l'accord a été signé pour que "l'ONU partage le fiasco en cours en Afghanistan", où l'Otan commande la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf), sous mandat des Nations unies (AFP http://groups.google.fr/group/fr.soc.politique/browse_thread/thread/0af82f76b7916022, également repris par L'Humanité http://www.humanite.fr/-+2008-10-11_International+-) . En fait les premiers remous contre la manoeuvre de Ban Ki-Moon remontent au début du mois d'octobre. L'accord entre Ban Ki-Moon et le Général Jaap de Hoop Scheffer aurait été signé en secret le 23 septembre. Le ministre des affaires étrangères russes s'en est indigné le 9 octobre (http://en.rian.ru/russia/20081009/117635210.html).

J'avais déjà évoqué dans un article sur le Darfour les liens entre Ban Ki-Moon et l'administration Bush (http://atlasalternatif.over-blog.com/article-6756462.html). Voilà un bon sujet d'investigation pour les journalistes professionnels, mais, pour l'heure, la grande presse semble se désintéresser complètement du sujet. De même on ne sent pas un grand enthousiasme des journalistes à aller enquêter sur les rumeurs de corruption par la mafia albanaise (http://www.svd.se/nyheter/utrikes/artikel_1863409.svd) de M. Martti Ahtisaari, émissaire de l'ONU appointé par M. Ban Ki-Moon, qui, l'an dernier, valida la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo et depuis lors a été brillamment récompensé pour ce geste par en obtenant le prix Nobel de la Paix (ce n'est pas la première fois que ce prix revient aux semeurs de désordre et de guerre).

Ce qui est aussi désagréable en ce moment dans cette affaire de police de l'OTAN au Kosovo, c'est qu'on voit se mettre en oeuvre  le rêve d'Edouard Balladur, à savoir une "Euramérique" fusionnée. Quelque 80 Américains - essentiellement des policiers, plus quelques juges et procureurs - contribueront à la mission européenne (illégale car non avalisée par l'ONU) de police et de justice au Kosovo, marquant ainsi la première participation des Etats-Unis à une opération de l'Union européenne (UE), aux termes d'un accord signé mercredi à Bruxelles (source AFP 22 octobre http://www.france24.com/fr/20081022-kosovo-quelque-80-americains-vont-participer-a-mission-lunion-europeenne). Mais là encore, grand silence de nos chers médias "professionnels" sur le sujet.

Pour mémoire, rappelons que, pour l’année 2008, 282 millions d’euros ont été prélevés sur vos impôts pour être distribués à la grande presse sous forme de subventions diverses, sans parler des exonérations fiscales à ces groupes  (http://danielegiazzi.typepad.fr/ump/files/septembre_2008rapport_giazzicomplet.pdf). Vous pouvez demander des comptes sur l'usage qui est fait de votre argent.

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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /Oct /2008 06:07
Sur les conseils d'un lecteur de ce blog, j'ai lu "Le crime de Jean Genet". L'ouvrage est moins intéressant par ce qu'il dit de Genet que par ce qu'il révèle, en filigrane, de son auteur, une bourgeoise libanaise maronite amie de la Palestinienne Leïla Shahid. On voit bien quel genre de femme elle fut, modèle de la lettrée des seventies, de ces "nouvelles entrantes" comme on dit en sociologie qui s'émancipaient (un peu) du machisme et du conservatisme de leur milieu par l'université (je vous conseille cependant le film documentaire sur Vincennes qui parle des nanas devenues MLF à cause du machisme des maoïstes, le choix des cercles militants tenait à peu de choses). Une sorte de femme archétypale, qui commence sa carrière comme attachée de presse et la finit comme "écrivain", c'est-à-dire la débute en fumant des cigarettes dans les bistrots auprès des "grands hommes" en se gargarisant de leurs mots, de leurs références (Freud, Kafka, Proust), et la finit dans la case "auteur" d'un Galligrasseuil déclinant en couchant par écrit les choses vues et entendues.

Sont-elles vraiment les meilleurs témoins possibles de ce qui s'est joué à leur époque ? Je ne sais.

Ce qui est sûr c'est que le moule historique est cassé. Ce genre de femme n'existe plus. Les lettrées d'aujourd'hui, à supposer qu'elles puissent être encore "groopies" de quelque homme célèbre que ce soit (beaucoup sont déjà écrivaines à 30 ans ou font semblant de l'être), ne fument plus en sa compagnie (d'ailleurs elles ne fument plus du tout) et ne citent plus Freud. Elles échangent des photos X avec lui par email, et lui font ensuite un procès pour harcèlement en estimant que cela fait partie de leur combat pour la civilisation. Enfin, je suppose que ce doit être quelque chose dans ce goût là.

Je vais lire Genet d'un peu près (m'étant contenté de le parcourir d'un regard distrait à vingt ans). Ce qu'il dit des Palestiniens des années 70-80, de la dérive d'Arafat (il semble rejoindre à ce sujet le point de vue du docteur Habache dont j'ai cité le bouquin il y a peu), du général Tlass en Syrie m'intrigue.
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Samedi 25 octobre 2008 6 25 /10 /Oct /2008 13:01
"Si la justice est embarrassée avec le «délit d’offense au chef de l’Etat» c’est justement parce qu’il renvoie directement à l’ancien «crime de lèse majesté». Cette incrimination est très ancienne puisqu’elle remonte à l’antiquité romaine. Les empereurs Auguste et Pompée l’utilisèrent notamment pour réprimer des opinions insolentes ou critiques à leur égard."  écrit le sénateur Mélenchon sur son blog (http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=633).

Comme je l'ai écrit en réponse à son texte : "Pompée n’a jamais été empereur. Cneius Pompeius fut général du temps de la République finissante, grand vainqueur des batailles d’Orient il fut finalement surclassé par le jeune Caius Iulius Caesar (Jules César) au terme d’une douloureuse guerre civile durant laquelle Pompée était étrangement devenu la dernière chance du parti conservateur (républicain). Je suis étonné qu’un vieux républicain comme le sénateur Mélenchon ignore à ce point l’histoire de la République romaine. Tout fout le camp."

Le sénateur Mélenchon est pourtant un défenseur des manières classiques d'enseigner, de raisonner, de faire de la politique. Il fut un temps où les Républicains s'étrillaient sur la question de savoir si, autour de 60-50 av. JC, Pompée jouait un rôle progressiste au service de la République romaine, ou si le progrès était du côté de César (rappelez vous aussi les écrit de Louis Napoléon Bonaparte au soutien de César, et l'admiration de Montaigne pour les pompéiens). Aucun élève de l'école d'antan n'aurait commis la bévue de placer Pompée dans le lignage d'Auguste dans la liste des empereurs romains... Voilà qui fait penser aux écrits de Sloterdijk sur la fin de l'humanisme (et des humanités) en politique et ailleurs.

On objectera que la République romaine  n'a plus rien à apprendre à notre époque. Or précisément tel n'est pas du tout mon avis. Il faut relire Aristophane et La vie de Périclès de Plutarque pour comprendre Athènes, et les textes de Lucain (un pompéien repenti) sur les guerres civiles romaines, et aussi, comme l'a fait il y a peu un auteur qui n'est pas parmi mes favoris, les essais républicains des protestants anglais, français, américains. Il faut s'intéresser à ce qu'ont été les républiques aristocratiques et les républiques plus démocratiques pour mieux comprendre ce qu'on peut ou non attendre d'un peuple et des institutions. Plutôt que de passer son temps à guêter sur Internet les sottises de Sarkozy ou de tel ou tel de ses ministres, il faut retrouver l'épaisseur de l'histoire humaine sur la longue durée.

FD

ps : A ceux de mes lecteurs qui blâmeraient la faute grammaticale dans le titre de ce billet, je signale juste qu'il imite un titre de Paula Cole, qui lui-même comportait cette tournure semble-t-il populaire aux USA... et adaptée, je trouve, au propos de notre sénateur...

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Mercredi 22 octobre 2008 3 22 /10 /Oct /2008 09:34
Je me suis souvenu, ce matin, en lisant le papier de mon ami Edgar sur son blog "La lettre volée" (http://www.lalettrevolee.net/), du livre de Derrida "Nietzsche et la politique du nom propre". Quand j'ai commencé mon engagement politique il y avait eu un débat avec certains de mes amis (par exemple celui que j'appelle Marc-Aurèle dans "10 ans sur la planète résistante") sur l'intérêt d'user ou pas d'un pseudo. Et encore aujourd'hui des discussions ressortent là-dessus à l'occasion de la publication de mon livre. Je pense qu'Edgar, qui n'est pas un journaliste professionnel (lesquels sont à peu près les seuls, avec les politiciens et certains profs, à ne pas devoir user de pseudos quand ils entrent en dissidence) connaît assez bien les contraintes de la vie sociale actuelle. Il décrit les choses fort justement. J'approuve complètement son propos ci-dessous.

FD

Lu ailleurs une bonne petite querelle (en commentaires) comme la blogosphère aime à en mener (cf. chez Toréador aussi, avec qui je suis entièrement d'accord).

Je ressors quelques idées que j'avais notées sur le sujet, pour l'occasion.

D'une part, les anti-anonymats attaquent les blogs anonymes en avançant l'idée que l'anonymat est synonyme de contenu banal. C'est idiot. Et quand bien même ce serait le cas, personne encore n'oblige quiconque à lire un blog anonyme.

L'anonymat marquerait des blogs lâches et de piètre qualité. Je crois que cette remarque est vraie pour un commentateur épisodique qui viendrait lâcher quelques injures sur le blog d'un autre, qu'il n'oserait pas signer de son nom. Mais ce qui est vrai pour un commentaire isolé devient faux pour un blog installé et pérenne.

L'anonymat n'est pas l'absence ni l'irresponsabilité

Sur la durée, l'anonymat s'efface. Peu importe qui signe ici du nom d'Edgar. Il se trouve que, sur ce blog, je réponds de ce que j'écris. Et les quelques commentateurs et lecteurs réguliers me lisent non pour ce que je suis "dans la vie" mais parce qu'ils apprécient ce qu'ils lisent ici, que cela prenne leurs idées à rebrousse-poil ou vienne conforter leurs propres opinions. Et les échanges parfois vifs montrent qu'à défaut de nous connaître en vrai nous sommes capables de discussions approfondies.

L'anonymat est relatif

De fait, ce blog est anonyme parce que je n'ai pas envie que n'importe quel client/fournisseur/relation de travail puisse tomber sur mes opinions poitiques en tapant sur Google, et ce pour les cinquante années à venir. Pour autant, il m'est arrivé de rencontrer les quelques commentateurs avec qui j'ai prolongé des échanges par mail, lorsqu'ils le souhaitaient ou à ma suggestion. Et plus question d'anonymat dans ce cas, bien évidemment. L'anonymat est donc une protection relative et de premier degré.

Le non-anonymat pèse et entrave


Je pense même, en sens inverse, que certains blogs signés de leur auteur perdent en qualité de ce fait. Comment ne pas penser que le fait de travailler pour une boite de publicité, une société de service ou autre n'incite pas forcément à une certaine réserve... Au moins le blogueur anonyme n'a-t-il rien à vendre, sinon la mince gloire de figurer à telle ou telle place du classement x ou Y... Encore ne peut-il même pas en profiter "dans la vraie vie".

Mon pseudo est une personne

Sur la durée donc, je ne crois pas qu'un blog anonyme qui se respecte (qui répond de ses positions, qui engage une discussion avec ses lecteurs) soit de moindre qualité qu'un autre - car c'est bien de qualité qu'il s'agit dans les reproches qui nous sont faits. Le pseudo devient unepersonne, à laquelle on s'attache et que l'on défend. S'il me venait à l'idée de traîner ici Balmeyer dans la boue (ce qu'à dieu ne plaise s'agissant d'un de mes blogs préférés), nul doute que ledit Balmeyer engagerait immédiatement une défense de son pseudonyme, auquel il tient certainement presque autant qu'à son nom réel.

Il y a donc, même sur un blog anonyme, une personnalité qui, pour être virtuelle en apparence, est bien réelle et mérite de ne pas être a priori ramenée à l'insignifiance.

Edgar
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Vendredi 17 octobre 2008 5 17 /10 /Oct /2008 20:22
La revue Commune, qui m'avait demandé il y a quelques mois un article sur le socialisme vient de le publier (n°51, septembre 2008). C'est un texte dans le prolongement de mon "Programme pour une gauche française décomplexée".

La revue est en vente sur http://www.letempsdescerises.net/noyau/index.php?menu_id=20&type=livre&idLivre=720.

Mon article est ci-dessous :

Le socialisme derechef et de plus fort

 

Le mot faisait l'unanimité il y a trente ans, des libertaires à l’aile gauche des sociaux-démocrates en passant bien sûr par les communistes. Il est aujourd'hui banni : on parle de créer des partis « anticapitalistes », « anti-libéraux » (comme si une définition oppositionnelle pouvait seule fédérer les adhésions). En cause la peur des idées (auxquelles on préfère les personnes, les petites affaires d’égos, la « peoplisation », même dans les milieux de gauche). La peur des rêves aussi. On nous a si souvent appris que le rêve débouche sur un cauchemar…

 

Certaines voix contemporaines pourtant énoncent encore le mot : Wallerstein par exemple[1]. Pour lui trois options s'offrent au monde d'aujourd'hui : le socialisme, le libéralisme ou le conservatisme. Trois possibilités seulement. Comme au XIXe siècle. Au fond, ce siècle fondateur se prolonge. « Socialisme ou barbarie » disait-on dans les années 1950. « Socialisme ou darwinisme social », entend-on aujourd’hui. Pour l’humanité, sur le long terme, c’est toujours la même alternative qui se pose : le socialisme ou la catastrophe.

 

Le mot est nécessaire. L'abandonner signifie que la gauche accepte de n'être qu'une atténuation de l'hégémonie libérale, un correctif à la marge, ou une voix dans le désert, un cri d'indignation, stérile et lâche, qui n'offre pas d'avenir.

 

Au contraire, assumer le mot, c'est vouloir la sortie véritable du libéralisme, et parier sur cette possibilité, croire que le réel peut être vraiment de gauche.

 

Certes, l'éthologie animale nous en apprend plus que nous ne voudrions en savoir sur ces instincts hiérarchiques, inégalitaires, qui taraudent les grands singes (y compris les humains) au plus profond de leurs gènes. Et il n'est plus possible de croire qu'un abîme nous sépare du chimpanzé. Toujours une belle femme se voudra au-dessus du laideron, toujours le jeune homme vigoureux éprouvera quelque joie à comparer son énergie à la vitalité déclinante du vieillard, et, réciproquement, l'homme mûr valorisera sa sagesse face à la naïveté du jouvenceau, l'esprit subtil son habileté face aux pesanteurs d'un cerveau plus lent, le riche son confort face à la détresse du pauvre.

 

L'esprit de compétition est dans l'homme… mais l'instinct de coopération aussi, nous rappelle Chomsky[2]. Le communisme des chasseurs-cueilleurs n'est pas une légende et l'invention de l'agriculture n'a pas voué l'humanité à la loi de l'accumulation des richesses au profit d’un petit nombre sur le dos des masses asservies. Aujourd'hui l'instinct de compétition plonge des peuples entiers, des continents même, dans le pire dénuement, tandis qu'une oligarchie s'enrichit, manipule, censure, et prétend livrer le monde à la guerre permanente. Il faut donc sans hésiter miser sur la solidarité, davantage que sur la concurrence, le faire avec le plus de clarté, et de courage possible, le faire résolument et avec cohérence.

 

Dans cette recherche de cohérence, le socialisme a le mérite de décrire clairement son objet. Son système de valeurs est parfaitement identifiable, parfaitement logique, et il se charge d'une histoire foisonnante qu'il convient d'avoir à l'esprit pour aborder l'avenir. Bien sûr, rien ne se répète jamais à l’identique. Mais il est vain de croire que chaque nouvelle génération s'engendre elle-même, ex nihilo, ou que les progrès technologiques modifient à ce point l’humain que rien dans le passé n'aiderait à comprendre le présent. Au contraire, les combats menés au nom du socialisme, dans leurs échecs comme dans leurs réussites, sont riches d'enseignements, utiles à la définition des luttes contemporaines, et qu'on peut résumer en trois axes majeurs :

 

1°) Il n'y a pas de socialisme sans limitation de la propriété privée.

 

On peut discuter longuement des modalités de cette limitation. Faut-il une complète nationalisation étatique de tous les biens, une collectivisation de ceux-ci par des communautés de base, ou une simple action redistributrice forte qui, tout en laissant à chacun le plaisir égoïste de posséder quelque chose, aboutit tout de même à une égalisation des revenus ?

 

En tout cas il est important de voir que la limitation de l'accumulation privée des biens doit se penser au niveau planétaire. Autrement dit, les peuples du Sud ont, par principe, tous les droits d'obtenir une bonne part de la propriété des peuples du Nord, et pas seulement au titre de la réparation des crimes du colonialisme. « Si vous voulez que l'Amazonie devienne patrimoine commun de l'humanité, alors transformez aussi Wall Street et les grands musées des pays riches en bien commun de tous les hommes sur toute la planète » avait répondu en substance, il y a peu, un ministre brésilien au lobby démocrate étatsunien toujours prompt à internationaliser les biens de Sud sous couvert d'écologie (ce qui n'est qu'une variante de la voracité capitaliste qui, du côté républicain, emprunte d'autres alibis). C’était là une proposition socialiste honorable sur laquelle l'Organisation des Nations Unies ferait sans doute bien de se pencher.

 

Les ressources collectivisées (ou redistribuées via les impôts et les cotisations sociales) sont, dans la tradition socialiste, affectées prioritairement aux besoins des plus pauvres, et aux domaines les plus nécessaires à la dignité humaine : la médecine et l’éducation pour tous (ce fut une constante dans les régimes communistes notamment, et dans les variantes socialdémocrates avant que celles-ci ne soient emportées par la tempête néolibérale). Un monde soumis aux principes socialistes ne gaspillerait en aucun cas des sommes considérables en budget d’armement comme le font les Etats-Unis (les pays socialistes qui ont dû investir dans la guerre l’ont fait la plupart du temps dans une logique défensive, entraînés par d’autres dans la course aux armements) et ne laisserait pas des pays pauvres se ruiner dans des achats d’armements sophistiqués. Bien plus, un phénomène purement capitaliste comme celui du brevetage des médicaments, qui fait mourir des millions de déshérités en Afrique, serait proprement impossible dans un système socialiste.

 

Parce que la socialisation de la propriété est tournée vers des biens non commercialisables, qui touchent à ce qui en l’homme ne se monnaye pas, ses bénéfices ne sont pas chiffrables en termes de Produits national brut (ce pourquoi le niveau de vie réel d’un pays socialiste est toujours sousestimé par les statistiques de la Banque mondiale). De même la restriction du coût économique et social de la pauvreté (les dégâts physiques et psychologiques qu’elle occasionne et leurs répercutions à long terme sur la productivité et le fonctionnement général des sociétés) ne sont pas directement chiffrables (alors que divers méfaits de la société capitaliste peuvent paradoxalement apparaître en positif dans les statistiques de la production).

 

La grande difficulté que pose le système socialiste est le risque de stérilisation complète de l’innovation, et de négligence généralisée que peut induire une trop grande prise en charge des individus. Le risque est particulièrement avéré quand les gestionnaires du système se constituent en une « surclasse » inamovible et inattaquable. Ce problème auquel les expériences du passé ne paraissent guère avoir apporté de solution, semble plaider pour qu’une petite part de propriété privée reste attribuée aux individus (ce qui fut le cas à diverses occasions, même dans des régimes de type soviétique – on songe à la Nouvelle politique économique de Lénine en URSS, ou au maintien d’une petite propriété agricole en Pologne). Il convient aussi de prendre en compte le fait que les progrès technologiques peuvent pallier les effets négatifs des négligences humaines : un pays socialiste aujourd’hui, équipé d’ordinateurs modernes (c’est-à-dire de machine qui travaillent à la place de l’humain, souvent mieux que lui, et qui subsidiairement permettent aussi de mieux contrôler le travail de chacun à partir des postes de direction) n’obtiendrait-il pas des résultats de production bien supérieurs à ce qu’on imagine ? (c’était du reste l’intuition de ceux qui dès le début du XX ème siècle, misaient sur l’apport de productivité des machines pour défendre le « droit à la paresse »). Par ailleurs il ne fait aucun doute qu’un certain pluralisme politique (qui fit défaut dans les régimes de type soviétique, et qui ne passe pas nécessairement par un système de pluralisme des partis, facilement instrumentalisé par les puissances capitalistes[3]), en faisant que l’individu se sente plus reconnu dans l’ensemble social, le conduirait à donner le meilleur de lui-même, et le meilleur de sa force de travail (c’est un point sur lequel nous reviendrons un peu plus loin).

 

L’inconvénient de la sous-productivité que peut impliquer le socialisme, à supposer même qu’il subsiste malgré tous les correctifs que l’on vient de mentionner, doit être cependant mis en balance avec le non-sens existentiel que représente pour une bonne partie de l’humanité l’excès inverse, c’est-à-dire l’hyper-exploitation à laquelle la livre en ce moment le système capitaliste, qui réduit à néant la possibilité même de chercher un sens à la vie de ceux qui en sont victimes (qu’on pense aux ouvriers des « ateliers de la sueur » dans les pays du sud, aux travailleurs migrants dépourvus de tout droit etc). De même le gaspillage (souvent dénoncé dans le système socialiste) qui peut être éventuellement lié au fait que, dans une économie administrée, l’allocation des ressources ne suit pas un équilibre de l’offre et de la demande sanctionné par un prix, est à mettre en balance avec les gâchis encore plus grands qu’impose un système capitaliste travaillé par des tendances oligopolistiques (et tout système capitaliste est voué à cela, sauf présence d’un Etat très puissant, c’est-à-dire d’un Etat socialiste pour le réguler), où le système de fixation des prix est faussé par toutes sortes de mécanismes (dont la spéculation) et où des milliards de dollars partent régulièrement en fumée dans des faillites spectaculaires ou des krach boursiers. L’inconvénient économique de la limitation de la propriété doit surtout être mis en balance avec le danger formidable pour la survie même de l’humanité que constitue aujourd’hui la possibilité technologique de manipuler le vivant (y compris le vivant humain) et qui revient, dans le système libéral, à donner, sans pratiquement aucun contrôle étatique (donc sans contrôle des citoyens) à quelques multinationales le pouvoir sur ce que nous mangeons… demain sur notre capital génétique, sur notre cerveau, bref sur ce que nous serons…

 

Au regard de ces dangers, le choix du socialisme n’apparaît pas comme un choix idéaliste, utopique (un certain romantisme politique lié au fantasme du « grand soir » ayant d’ailleurs naguère à tort obscurci l’intérêt rationnel qu’il y avait à opter pour cette voie), mais un choix de survie rationnel, peut-être même le seul choix qui permette d’éviter à terme l’instauration d’un nouveau type de totalitarisme, que le système libéral porte aujourd’hui en germe.

 

2°) La limitation de la propriété n'est pas tout.

 

C'est la grande leçon de la deuxième moitié du XXe siècle. La collectivisation (forme complète) ou la redistribution (forme atténuée du socialisme) ne traitent que le volet le plus matériel du projet. Reste la dimension symbolique, l'ordre des représentations qui ne suit pas parfaitement celui de l'économie. La collectivisation soviétique n'est pas venue à bout des reliquats paternalistes, machistes, obscurantistes de la société russe, lesquels sont revenus en boomerang avec l'effondrement de l'URSS. De même à Cuba et ailleurs.

 

Mais que peut être le socialisme dans l'ordre du symbolique ?

 

Fouriéristes, « naturiens », freudo-marxistes et autres, en insistant chacun en leur temps sur la liberté sexuelle (un domaine où tout reste à faire, et qu'il faut soigneusement distinguer du consumérisme sexuel, de la marchandisation sexuelle de l'ordre capitaliste contemporain) ont dégagé une piste. Les courants féministes, ou défenseurs des minorités sexuelles (gays, lesbiennes) dans la mouvance socialiste en ont exploré d'autres (sur le versant du renversement de la pulsion phallocratique, combat intéressant à condition toutefois qu'il ne se perde pas dans un anti-naturalisme absurde).

 

Un des grands enjeux de la définition du socialisme contemporain dans le registre symbolique touche aujourd'hui aux multiples interrogations qui travaillent l'humain dans sa relation à son environnement culturel et naturel.

 

Sur la culture tout d’abord, le socialisme doit être un moyen, pour tout un chacun, de penser l’identité collective à laquelle il se rattache. Trop souvent, le socialisme (peut-être à cause de l'héritage la Révolution française) s'est articulé à une définition universelle abstraite de l'humanité qui faisait table rase des singularités ethniques et religieuses (ce qui a permis aux libéraux et conservateurs, chacun à leur manière, d'accaparer ce terrain-là). Il faut faire une histoire socialiste (ce qui implique à maints égards, une histoire non-académique, voire anti-académique) des nations et des religions. Il faut que le socialisme puisse être aussi bien rationaliste athée (ce qui est nécessaire sur le plan épistémique, mais insuffisant aux yeux de beaucoup pour définir une esthétique et une éthique au quotidien) que chrétien, hindouiste, musulmans, bouddhiste, juif, vaudou, taoïste, shintoïste, zoroastrien etc. (ce qui suppose aussi de savoir déceler dans chacune de ces traditions, et dans chaque grand texte fondateur des grandes civilisations son versant socialiste, ou potentiellement complémentaire du socialisme).

 

Le socialisme doit aussi être un principe directeur pour nourrir un certain rapport au milieu naturel, très loin de la folie prédatrice capitaliste. Le socialisme est non seulement le seul fondement possible d'une écologie véritable - car le productivisme, à la source de la destruction de la planète, ne peut-être enrayé sans un fort encadrement collectif de l'entreprise privée - mais encore il peut cristalliser toute une symbiose avec le cadre environnemental. A la différence d’une écologie « bobo » qui, en profondeur, fonde son amour de la nature sur une haine de l’humain (ce qui explique qu’elle s’accommode si bien des inégalités et de l’impérialisme), le socialisme et ses valeurs égalitaires peuvent plus harmonieusement réinscrire notre espèce dans son biotope, dans une harmonie authentique qui n’ait pas le chaos comme arrière-plan.

 

Le socialisme, comme le libéralisme et le conservatisme, peut fonctionner, à sa manière, et pour son propre compte, dans l’ordre symbolique, comme un « fait politique total » (au sens où Marcel Mauss parlait de « fait social total »). C’est-à-dire une matrice complète du rapport à soi, aux autres, au cosmos, qui peut ainsi se définir en rupture avec les hiérarchies et la marchandisation du monde, tout en intégrant les transmissions intergénérationnelles et le patrimoine humain et écologique de notre planète – une intégration qui n’est pas artificielle, mais qui donne à la fois une consistance au projet socialiste, et un sens nouveau à ces héritages qu’il intègre.

 

3°) Le troisième axe de réflexion touche à la conciliation des deux précédents.

 

Comment un système économique fortement socialisé s'articule-t-il à un socialisme des imaginaires ? Faut-il faire du socialisme par en haut ou par en bas ? bureaucratique ou spontanéiste ? dans un seul pays, dans un bloc de pays alliés, dans des communautés dissidentes ou à l'échelle mondiale ?

 

Ces questions qui traversent les combats de la gauche depuis six générations ne peuvent recevoir qu’une réponse historique et pragmatique, au vu des rapports de forces du moment. L'essoufflement du mouvement altermondialiste, l'émergence d'expériences révolutionnaires latino-américaines, ou le rôle de contrepoids à l'hégémonie étatsunienne que jouent des pays comme la Chine, plaident en ce moment pour la défense des Etats pour desserrer l'emprise du capitalisme mondialisé sur les peuples – avec cependant, en parallèle, toute une réflexion à mener sur les procédures de désignation méritocratique, d’élection (ou de désignation par tirage au sort) et de contrôle des leaders politiques, des administrateurs, des juges etc[4]. Mais la promotion du socialisme étatique, dans un seul État ou plusieurs, n'est pas incompatible avec l'encouragement de mouvements sociaux populaires transnationaux, de même qu'une certaine discipline des individus (devant des impératifs comme la Défense nationale, importants à l'heure où Washington menace en permanence le reste du monde) n'exclut pas nécessairement leur spontanéité et leur épanouissement personnel en symbiose avec une société plus juste et plus fraternelle. On renverra sur ce point à ce qu’écrivait Oscar Wilde en 1891 : «La propriété privée a écrasé l'individualisme véritable, et a installé un individualisme qui est faux. Elle a prohibé qu’une part des membres de la communauté soient individuels en les faisant mourir de faim. Elle a prohibé que l'autre partie des membres de la communauté soient individuels en les plaçant sur la mauvaise route, et en les entravant (...) Ce que [le socialisme] vise, c’est un individualisme qui s'exprime par la joie. »[5]. (Et Gide, par la voix de Malraux, transmit un message à consonance très voisine au Ier Congrès des Ecrivains Soviétiques de janvier 1934[6]). Le cadre politique socialiste et la variété des aspirations individuelles se nourrissent nécessairement l’un de l’autre, se structurent l’un l’autre, définissent mutuellement leur sens commun, et ne peuvent exister réellement, profondément, d’une manière significative, que par leur interaction réciproque.

 

Ainsi les contradictions apparentes qui traversent l'idéal socialiste depuis son origine requièrent seulement de tous des efforts d'imagination pour être dépassées. Elles ne sont aucunement, en tout cas, des raisons d'abandonner le concept lui-même. De ce point de vue là tout reste à faire, et dans des conditions qui ne sont pas faciles : car la précarisation des vies humaines dans le monde capitaliste actuel rend difficile, chez les « intellectuels » (pour employer un terme simplificateur) comme chez les autres, la libération des esprits, indispensable à la transformation du geste socialiste en programme de pensée et d’action effectif. Le défi mérite pourtant d’être relevé, avant que nous ne devenions tous de simples machines à produire, exploiter, consommer, détruire et mentir…

 

 

Frédéric Delorca



[1] Immanuel Wallerstein, L'Après-Libéralisme : Essai sur un système-Monde à réinventer, Paris, Ed. La Tour d'Aigues : Éditions de l'Aube, 1999.

[2] Noam Chomsky, De l'espoir en l'avenir : entretiens sur l'anarchisme et le socialisme, Marseille, Agone, 2001.

[3] Un système sans parti ferait peut-être mieux l’affaire.

[4] C’est en ce sens que j'ai défendu l'idée d’une « gauchisation » de l’Etat français – voir Frédéric Delorca, Programme pour une gauche française décomplexée, Pantin, Le Temps des Cerises, 2007.

[5] “Private property has crushed true Individualism, and set up an Individualism that is false. It has debarred one part of the community from being individual by starving them. It has debarred the other part of the community from being individual by putting them on the wrong road, and encumbering them (…) What [socialism] aims at is an Individualism expressing itself through joy.” Oscar Wilde, The soul of man under Socialism, publié dans la Fortnightly Review, février 1891. (C’est nous qui traduisons).

[6] André Malraux, Carnet d'URSS. 1934, Paris, Gallimard – NRF, 2007

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Publié dans : La gauche - Par Frédéric Delorca - Ecrire un commentaire

Vendredi 17 octobre 2008 5 17 /10 /Oct /2008 05:50
Un film de Vesna Bejic que j'ai vu en 2000 ou 2001 (je ne sais plus). Je me suis toujours demandé quelle était la musique de ce film - important la musique, comme je l'ai déjà écrit, pour moi, les bombardements sont plus associés à la musique de Blondie, mais c'est parce que mes amis yougos avaient  une oreille musicale très "occidentale" (l'opposition jouait Forgive and forget dans les manifs)... Pour mémoire donc...






L'écho à la guerre (Partie 5)

PS : un lecteur (trop indulgent à mon égard, et que je ne connais pas) d'un forum serbe a écrit aujourd'hui ceci à propos de mon bouquin (je trouve que ça fera une belle épitaphe) :

"DELORCA, quelqu'un de TRES bien qui a beaucoup servi l'intérêt des peuples contre la barbarie de l'OTAN, comme Michel COLLON, c'est quelqu'un que je porte TRES HAUT dans mon estime !

Un rassembleur, un éclairé, un Homme Debout.

Donc , son livre est un must."
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Publié dans : Divers histoire - Par Frédéric Delorca

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