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Le blog de Frédéric Delorca

Palmyre et le pessimisme politique

20 Mai 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca

Palmyre et le pessimisme politique

C'est donc confirmé : les troupes d'Assad se battent contre celles d'Etat Islamique dans les ruines de Palmyre. Autant dire, que ce site archéologique est condamné. Il faut se faire à l'idée sans doute que beaucoup d'autres sites encore vont être détruits par ces cinglés d'EI, peut-être un jour tout le Proche-Orient sera privé des signes visibles de son passé antique.

Moi qui étais à Ephèse en Turquie récemment je ne suis plus du tout enclin à faire preuve d'optimisme.

Si dans les années 2000 je modérais les craintes de mes amis anti-impérialistes qui craignaient que Bush ne bombarde les centrales nucléaires iraniennes ou qu'un coup-d'Etat d'extrême droite n'ait lieu à Washington (certains le croyaient sur la foi d'un article de Paul Craig Roberts), en cette nouvelle décennie, je crois qu'il faut se préparer de plus en plus à des choses graves, tant de la part de nos dirigeants (dans leur politique pyromane à l'égard de la Russie par exemple, surtout si c'est Mme Clinton qui est élue à Washington) que de la part des divers groupes extrémistes qui ne peuvent plus voir l'Occident en peinture. Nous n'en avons pas fini avec le complexe de la forteresse assiégée.

Et comme le niveau culturel de la société ne monte pas (la réforme des collèges en ce moment pour niveler à un degré inférieur les connaissances est une reconnaissance institutionnelle de l'échec en la matière), on ne peut pas compter sur la capacité des gens à résister.

Bien sûr ça ne veut pas dire qu'il faille baisser les bras, et notamment il ne faut pas renoncer à aider les gens qui dans le monde ne se résolvent pas à être gouvernées par des cinglés.

Mais il faut vraiment se préparer au pire.

D'autant que les opposants à l'ordre actuel n'ont pas une grande carrure. J'ai dénoncé il y a quelques mois la grandiloquence de Mélenchon quand il parle de l'Allemagne (et d'autres sujets aussi) : il avait qualifié Merkel de "danger pour la civilisation" ce qui est tout de même fort de café. Son dernier livre est dans la même veine, et même si Duflot a tort de mon point de vue de défendre une "république verte sans frontières", sa façon de tirer la sonnette d'alarme est juste. J'ai moi-même souvent plaidé pour la lucidité et un discours de vérité sur l'Histoire (cachée par de nombreux médias, Arte en particulier) par exemple sur la responsabilité de l'Allemagne dans le déclenchement de la guerre de 14-18. Mais multiplier les pamphlets contre notre voisin quand on est un dirigeant politique de premier plan n'est pas une stratégie très recommandable. Il y a d'un côté le devoir des intellectuels de dire le vrai, de l'autre celui des politiques qui est de savoir prévenir l'utilisation des vérités à des fins haineuses.

Le climat est devenu franchement détestable sur l'ensemble de notre continent. A part la peur (souvent ouvertement raciste) de l'Islam, plus rien ne soude les peuples d'Europe. Voyez la situation du Royaume-Uni : il envisage de sortir de l'Union européenne par référendum, mais les Ecossais en son sein rêvent eux aussi d'organiser un référendum (le second en deux ans), mais pour le quitter... Et des gens à Liverpool et Manchester demandent à rejoindre le sécessionnisme écossais - car bien sûr le nationalisme n'a jamais de limite, rappelons nous ces Basques qui plantaient un drapeau de leur nation sur le Pic du midi d'Ossau en Béarn.

On ne peut pas dire que tout cela soit très réjouissant. Et la décennie suivante, qui sera peut-être celle des grandes pénuries énergétiques, donc des plus grands égoïsmes, nationaux ou tribaux, des plus grandes tentations guerrières, des plus grands fichages des "ennemis de l'intérieur" et de tous les citoyens, pourrait s'avérer bien plus noire encore. Il va falloir s'habituer à l'obscurité...

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