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Le blog de Frédéric Delorca

Une soirée gauche de la gauche

29 Mai 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Assisté cette semaine à une projection en province du film de Mermet sur le travail de Zinn sur l'histoire des USA, avec ensuite débat avec la salle. Zinn toujours captivant dans ce documentaire - lui et Chomsky restent des types très impressionnants, des hommes qui ont la flamme sacrée. Zinn est mort en 2010 (j'en avais parlé dans ce blog), Chomsky heureusement vit encore (je vous renvoie à mon article sur lui et Bourdieu dans le Cahier de l'Herne qui lui est consacré). La France n'a pas d'intellectuels dotés d'un pareil charisme. Nos universitaires sont trop bureaucrates et petits bourgeois. Les questions dans la salle après la projection étaient affligeantes. Tel sort un article qu'il a lu la veille et qui pourtant n'a rien à voir avec l'histoire populaire des Etats-Unis, un autre croit que le film parlait de la seconde guerre mondiale (il n'a pas compris qu'il s'agissait de la première), un troisième évoque les jardins populaires de son quartier, un quatrième Angela Davis (alors que le film porte sur une période antérieure à 1918), chacun y va de sa marotte et montre ainsi sa faible sensibilité aux thèmes de la soirée, et donc aux autres, les militants de gauche ont-ils encore le sens du contact avec le réel ? Tous ceux qui empoignent le micro ont un âge certain - mais ils ne sont pas représentatifs de la diversité des 200 spectateurs dans la salle. Ca tourne à la psychanalyse de groupe. Mermet fait le poseur comme d'habitude. Dans le docu comme devant ce public auquel il répond il "crée des ambiances", plutôt que d'aligner des faits précis. En France les journalistes, opposants ou dissidents, jouent aux philosophes de supérette plutôt que d'apporter des infos ciselées. Pour des gens qui ont un temps de parole limité, ce n'est pas très efficace.

Certains qui ont connu le mouvement syndical d'il y a 30 ans trouvent le niveau de connaissance de l'histoire ouvrière du public de la soirée très faible. La gauche à travers ce genre de happening ne cesse de contempler son propre déclin culturel. Et puis on mesure le gouffre qui sépare le combat pour les 8 heures de travail par jour dont parle le film, il y a cent ans, du vague-à-l'âme de nos jeunes précaires (le cheval de bataille de la gauche contemporaine) qui ne veulent simplement pas devenir plombiers ou électriciens et préfèrent être d'éternels étudiants, des musiciens professionnels etc. Ce genre de soirée n'est pas encourageant, on y retrouve surtout la difficulté d'être des causes révolutionnaires. La dissidence est légitime à déterrer les vérités oubliées ou censurées sur le passé. Mais sur l'avenir, quid ? Le vrai combat qu'il nous reste est celui pour la sauvegarde des services publics : les transports, l'éducation nationale, tout ce qui charpente une société. Mais ce combat est-il l'apanage de la gauche ? Et est-il en soi encore révolutionnaire ?

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