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Le blog de Frédéric Delorca

Le culte de Nemesis à Italica

25 Septembre 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik

Le culte de Nemesis à Italica

Le 22 mai 2015, lorsque j'avais écrit sur la double Némésis anatolienne que j'avais vue dans un musée turc, un lecteur (ou une lectrice) de ce blog sous le pseudonyme Raphaël, m'avait demandé le nom du musée. Pour les lecteurs qui, dissimulés sous des pseudonymes, ou calfeutrés dans un silence confortable (quoique parfois un peu lâche mais bon...), s'intéressent aux lectures sur l'Antiquité, aux recherches d'anthropologie ou d'histoire des religions dont je me fais parfois un peu l'écho ici, je souhaiterais parler aujourd'hui du culte de Némésis à Italica, près de Séville (Andalousie). Je voudrais m'appuyer pour ce faire sur un article de 1984 d'Alicia M. Canto, aujourd'hui enseignante au département de préhistoire et archéologie de l'université autonome de Madrid, intitulé Les plaques votives avec plantae pedum d'Italica qui a été publié dans la revue scientifique Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, Bd. 54 (1984), pp. 183-194 et que vous pouvez retrouver in extenso en français ici.

Je tiens à préciser que, pour moi, ce genre de lecture n'est pas un travail intellectuel : cela a un enjeu existentiel. Le divin met sur notre route des gens et des œuvres qui, lorsqu'on cherche leur cohérence, nous instruisent sur les forces qui nourrissent et orientent notre vie. La déesse "Némésis" a été placée sur ma route en 2013 et je m'efforce d'en comprendre les significations, pas à pas. Pendant plusieurs mois, j'ai pensé qu'elle n'était que la déesse de la colère divine, déesse vengeresse, pleine de ressentiment. La semaine dernière, j'ai appris en tombant "par hasard" sur un texte relatif à des trouvailles sur Italica (comme j'étais tombé "par hasard" sur la double Némésis en Turquie) qu'on pouvait confondre certains éléments de son culte avec celui de Mithra (et vous savez que Mithra me poursuit aussi à travers mon soutien aux Yazidi). Et cette semaine, en travaillant sur la nudité antique, je découvre qu'elle était l'objet d'un culte très particulier en Afrique du Nord et en Espagne (d'où je suis en partie originaire) lié à Tanit (or, je connais une dame qui est aujourd'hui prêtresse de Tanit, mais c'est une autre histoire).

Italica en Andalousie est la plus ancienne fondation romaine hors d'Italie. C'est la raison pour laquelle les deux premiers empereurs non italiens, Trajan et Hadrien, sont issus de cette colonie.

Une douzaine de plaques en marbre du IIe siècle de notre ère y ont été retrouvées au milieu du XXe siècle dans les ruines de l'amphithéâtre au niveau de l'entrée orientale. Elles sont dédiées à Némésis ou Caelestis (la Céleste). Plusieurs d'entre elles représentent des plantes de pieds.

Némésis et Caelestis sont souvent invoquées ensemble ou dans les mêmes termes. Caelestis est une hellénisation puis latinisation (Rome n'étant qu'un sous-produit de l'hellénisme comme dit P. Veyne) de la déesse carthaginoise de l'amour Tanit (qui transpose l'assyrienne Ishtar). Némésis est une déesse de la rétribution et de la justice, de la fortune et de la chance. A la fin de l'époque classique son nom fut d'ailleurs associé à Artemis agrotera, déesse de la chance à la chasse. Ceci explique qu'elle soit souvent associée à un amphithéâtre (où se trouvait un Nemesion, un temple de Nemesis) et à des auteurs de dédicaces qui sont des esclaves ou affranchis devenus gladiateurs. Mais les dédicaces d'Italica sont principalement le fait d'homme libres. Les pieds signifient entrer ou sortir du bon pied et peuvent avoir été aussi gravés par des personnes riches, probablement des prêtres, à titre d'ex-voto pour l'exercice d'une charge.

L'article révèle donc une Némésis liée à Tanit qui serait une déesse de chance et de justice associée aux amphithéâtres et aux combats militaires (elle est aussi présente dans la région du Danube le long du Limes). A suivre...

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