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Le blog de Frédéric Delorca

Le gouvernement de la France en ce début d'année, le débat sur l'ingérence

9 Février 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche, #Colonialisme-impérialisme

Il ne vous aura pas échappé que je demeure discret sur la situation actuelle, mais ceux qui connaissent mes ouvrages devinent sans doute ma position. Le gouvernement actuel n'a plus comme repère qu'une politique sécuritaire au nom de la défense de la République - j'ai entendu M. Le Drian il y a peu placer celle-ci à l'avant de son identité, bien au dessus de l'idée d'avoir un programme de gauche. Cela rappelle Clemenceau : "A l'intérieur, je fais la guerre etc".

Cette politique n'a pas une base électorale très large pour la soutenir (au sein même du parti socialiste elle est controversée comme l'a montré le débat sur la constitutionnalisation de l'état d'urgence hier), mais elle dispose d'une forte base sociologique susceptible de l'accepter - en gros toutes les classes moyennes de gauche et de droite.

Bien sûr cette politique ne mène nulle part puisqu'elle ne règle au fond aucun problème. Museler les moyens d'expression collective ne fait qu'aggraver les tensions, comme on l'a vu à Calais où les migrants en attente de leur passage en Angleterre font régner la crainte et le désordre.

Notre politique extérieure complètement alignée sur les Etats-Unis - comme on le voit avec notre réconciliation avec l'Iran et Cuba après les années de surenchère néo-conservatrices de nos "élites" politico-médiatiques - suit aujourd'hui la voie de la modération relative d'Obama (très relative car elle ne s'applique pas partout, notamment pas dans l'imposition des traités de libre échange transpacifique et transatlantique aux alliés des Etats-Unis), et peut reprendre des accents bellicistes si Mme Clinton ou quelqu'autre va-t-en-guerre arrive au pouvoir à Washington.

Après la politique atlantiste brouillonne de M. Sarkozy matinée de sympathie pour la Russie, après le vide intellectuel enrobé d'arrogance et de dogmatisme sécuritaire du tandem Valls-Hollande, notre pays se dirige tout doucement vers un quinquennat Juppé, tout aussi atlantiste et dépourvu d'idées pour l'avenir de la France et l'équilibre mondial. On comprendra que cela ne donne pas envie d'écrire trop dans ce domaine.

Cependant il faut bien savoir que ce règne du vide autoritaire est très largement accepté par les gens qui n'ont pas envie de constituer une alternative crédible. Il n'y a aucun mouvement social en France susceptible de s'opposer au consensus atlantiste actuel. Ni le Front de gauche (qui a de fait éclaté) ni le Front national ou DLF ne présentent un programme d'opposition sérieuse, et ne sont susceptibles de fournir le moindre espoir de réorientation du destin de la France et de l'Europe.

Pour finir je signale qu'un mouvement anti-intervention militaire s'est constitué sur les réseaux sociaux. Comme je l'ai précisé dans mon livre sur les mouvements anti-guerre, je suis anti-ingérence mais non anti-intervention militaire. Etre anti-ingérence c'est être contre l'intervention militaire NON VOULUE par le gouvernement légal du pays concerné en revanche le respect de l'amitié nous oblige d'aider les gouvernements amis à combattre le terrorisme ou lutter contre diverses catastrophes humanitaires (et nous aurait obligé en 1936 à agir en Espagne), lorsque ceux-ci nous le demandent, sauf les cas où l'on peut prouver que le gouvernement légal a été établi par nos soins pour valider nos ingérences. Rappelez vous le débat, je soutenais l'action militaire française,malgré les efforts de certains anti-impérialistes pour démontrer que le gouvernement légal malien était issu du putsch pro-américain et que l'action militaire n'avait pour finalité que le contrôle des ressources. Selon moi même le gouvernement démocratique malien renversé et ses soutiens souhaitaient l'opération française, qui n'était pas plus illégale que l'intervention russe en Syrie aujourd'hui. Toute intervention militaire n'est pas par définition nocive et illégitime, même si, comme toute initiative humaine, elle recèle en elle-même les principes de sa perversion.

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