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Le blog de Frédéric Delorca

Les questions sociétales menacent le processus de paix en Colombie

12 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes, #La gauche, #Le monde autour de nous

Les questions sociétales menacent le processus de paix en Colombie

Voici un point qui devrait faire réfléchir la gauche sur sa trop grande polarisation sur les questions sociétales, non seulement au détriment des questions de classes, mais aussi au détriment de la paix.

Je lisais ce matin dans le journal espagnol "El Pais" intitulé "Le vote évangélique clé de la victoire du «non» lors du référendum en Colombie" qui expliquait que si le 2 Octobre dernier, le référendum n'a pas validé les accords de paix négociés pendant quatre ans avec les FARC à La Havane, ce n'est pas seulement à cause de l' ouragan Matthew qui a empêché de nombreux électeurs sont allés voter (ouragan dans lequel les croyants verront la main de Dieu), mais surtout parce que le président Juan Manuel Santos n'a pas réussi à convaincre les 10 millions de chrétiens évangéliques du pays (selon la estimations du ministère de l' Intérieur), que l'accord ne mettait pas « en danger la famille traditionnelle". Un peu plus de 12 millions de Colombiens se sont rendus aux urnes, plus de six étaient ont voté l'accord. «Je n'ai pas de chiffres officiels, mais si quatre millions de chrétiens évangéliques sont allés voter, peut-être la moitié d'entre eux ont rejeté les accords», déclare à El Pais Edgar Brown, président de la Confédération évangélique de Colombie. "99% de nos fidèles ont dit« non », surenchérit même Hector Pardo, membre du Conseil évangélique de Colombie et représentant de la Confédération de la liberté Interfaith (Confilerec). Deux jours après le référendum, ces deux pasteurs étaient à la table du président Santos.

La cause de cette dissidence : beaucoup de chrétiens en Colombie n'aiment pas la politique du gouvernement en matière sociétale tels que le mariage homosexuel, l'adoption pour les couples de même sexe, la loi de l'avortement et des initiatives d'éducation inclusive. Ils considèrent également que les accords avec la guérilla favorisent la communauté LGBTI (lesbiennes, gays, bi, trans, intersexués).

La puissance de ces croyants a été sous-estimée dans les enquêtes d'opinions qui prévoyaient la victoire du «oui» ajoute l'article. Or déjà en août dernier des milliers de croyants sont descendus dans les rues de plusieurs villes en Colombie contre"l'endoctrinement hégémonique sur l'identité de genre" exercée selon eux par le ministère de l'éducation nationale. L'Eglise catholique aurait même rejoint le pasteur.

L’accord a été rédigé avec les FARC en "langage inclusif"; selon la novlang actuelle : il parle « des guérilleros et des guérilleras », « des paysans et des paysannes », de « tous et toutes ». Il prévoit des mesures spécifiques pour les femmes et évoque les droits de la communauté LGBTI . Le 24 juillet, la communauté internationale avait célébré « le premier accord de paix au monde qui prend en compte la perspective de genre ». Il n'y a donc pas qu'en France que le Najat Vallaud-Belkacemisme pose problème... On sait que les thématiques sociétales prennent aussi une part croissante dans la rhétorique de la gauche kurde. Au lieu de s'en tenir au vocabulaire classique de la lutte contre les discriminations (sexisme, racisme etc), les organisations de gauche adoptent un vocabulaire qui évoque de plus en plus les excès de la théorie du genre de Judith Butler, et braquent les populations en plaçant de plus en plus souvent au coeur de leur identité la défense des minorités sexuelles au point de les faire parfois passer avant l'égalité économique et même avant la paix. Une forme d'intellectualisme, de scholastic view, qui contribue aussi, ensuite, à la montée des populismes de droite (et en Colombie le principal bénéficiaire en sera Uribe, comme Erdogan l'est au Kurdistan où les votes en sa faveur ont augmenté au cours des dernières années). On ne s'écriera pas "well done old mole !"

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G
"Gay is good for business!", je ne rappelle plus quel chef d'entreprise américain avait prononcé cette phrase. Quand on lit quels sont les sponsors mondiaux du lobbyisme LGBTQI :
http://www.hrc.org/hrc-story/corporate-partners

Il me semble, d'après des échos d'une discussion avec une amie, que les personnes qui ne sont pas hétérosexuelles, bien que subissant parfois des menaces liées à leur mode de sexualité, ne sont pas toutes forcément enchantées d'être prises en sandwich entre une société encore patriarcale et le lobbyisme LGBTQI. Après je ne sais pas, il faudrait peut-être plus qu'un écho d'une discussion entre une amie et une homosexuelle pour conclure.

Pour faire simple, la classe ouvrière défendait ses intérêts de classe, puis ce que l'on appelle la "gauche" défendit la classe ouvrière, puis ce que l'on appelle la "gauche" défendit le camp du Bien, de l'Universel, puis les think tank pro-capitalistes s'avisèrent de définir le Bien et ce que l'on appelle la "gauche" défendit le Bien non-défini par elle-même mais par les think-tank, puis ce que l'on appelle la "gauche" lâcha les sans-dents et défendit le capitalisme.

Il est d'ailleurs à remarquer que le terme inclusif employé par les galaxies LGBTQI n'inclut pas les chômeurs.
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F
Très juste Gilles, très juste. Mais je ne suis pas sûr que le terme "inclusif" n'inclue pas les chômeurs. Il est probable que ses inventeurs ne se soient simplement pas posé la question. Il n'inclut pas la question du chômage en tout cas, ça c'est certain...