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Le blog de Frédéric Delorca

Le goudron et les plumes

22 Décembre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi, #Le quotidien

On paye souvent ses dons d'une manière ou d'une autre. Moi, depuis mon enfance, je paye les miens par le fait d'avoir une tête à me faire rouler dans la farine en permanence par les gens que je croise. Une médium algérienne avait dit à une mienne amie ivoirienne en 2015 : "les gens le trahissent tout le temps". C'est peu dire. Ils me prennent pour un abruti, me marchent dessus avec la meilleure conscience du monde comme ce vieux crétin à l'aéroport avant hier qui, lorsque je lui fis remarquer qu'il faisait rouler sa valise sur mon pied, me rétorqua avec une suffisance parfaite : "Votre pied fonctionne très bien". Dans ce beau pays où la malveillance règne qu'est la France, tout cela est monnaie courante pour moi. Plus les gens sont minables, stupides et puants, plus ils pensent pouvoir me traiter avec mépris, se poser en souverains sur ma personne. Et il ne sert à rien que je cherche à les rabrouer : ils resteront toujours convaincus que tout leur est permis à mon égard, depuis cette employée de mon éditeur en 2006 qui s'est autorisée (sans m'en avertir et en me faisant croire au contraire qu'elle l'avait fait) à ne pas envoyer par la poste les 40 exemplaires de l'Atlas alternatif que j'étais allé spécialement mettre sous enveloppe dans son bureau, en rédigeant les adresses pour chacun des contributeurs (ce qui a complètement gâché la dynamique collective autour du livre), jusqu'à mon ancienne secrétaire qui, en novembre, s'engageait à me recontacter pour aider les Yézidis, puis a depuis lors fait la morte, en passant par les abrutis qui se sont répandus en insultes anonymes sur le Net (bon, ça vous allez me dire que c'est normal), mes chefs qui me collent des permanences aux dates qui m'arrangent le moins au mépris des règles qu'ils avaient initialement fixées etc. Et, bien sûr, l'offense à mon égard n'est pas l'apanage des nuls. Pour les deux ouvrages collectifs que j'ai dirigés, j'ai trouvé le moyen de choisir des préfaciers qui jamais n'ont soutenu ces livres bien que leur nom figurât sur la couverture (je me demande qui dans le monde éditorial a débusqué des préfaciers aussi indifférents que les miens), et récemment encore un contributeur d'un de ces  deux livres collectifs, Nils Andersson, omet de le mentionner alors qu'il cite les autres ouvrages auxquels il a participé. Damnatio memoriae, railleries, entourloupes les plus fourbes sont mon lot depuis des décennies, au point qu'à mon âge on finit par ployer sous le souvenir de toutes ces méchancetés gratuites et marques de mépris en tout genre, et à fuir toute compagnie humaine.

Les chrétiens d'autrefois se consolaient de ce genre de malédiction en attendant une récompense dans l'au-delà. Tel n'est pas du tout mon cas. Je suis certain que tout cela est absolument sans remède. C'est pourquoi je répugne désormais à m'engager pour des causes, et à entreprendre quoi que ce soit. Je sais que mon appui n'est d'aucune utilité à personne car il attirera plutôt aux idées ou aux gens que je défendrai un surcroît d'opprobre et de dénigrement. Rester dans la position d'un commentateur désabusé et peu lu est encore la meilleure chose à laquelle je puisse aspirer dans une telle configuration.

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