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Le blog de Frédéric Delorca

Saint-Malo et Chateaubriand, Jersey et Aphrodite

29 Mai 2017 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #XIXe siècle - Auteurs et personnalités, #Le quotidien

J'étais à St Malo vendredi par un temps caniculaire. Moi qui ai souvent dans ces pages vanté la mémoire de Chateaubriand, j'avais oublié combien cette ville lui était associée. Dans le musée historique se trouve d'ailleurs son célèbre portrait de 1807, rescapé des bombes de 1944. Mais ce musée est trop muet. Il faut assister à la fantastique présentation de la Demeure du Corsaire par M. Olivier de la Rivière pour y entendre parler des célèbres dogues de Saint-Malo (célèbres, mais dont, dans mon inculture crasse, j'ignorais tout). Chateaubriand dans les Mémoires d'Outre-tombe rattache ces dogues (des mastiffs) aux chiens de la Gaule antique.

Du coup, hier soir je parcourais les Mémoires pour y découvrir à nouveau combien le grand homme savait tout mieux que moi et en rendait compte en quelques mots élégants et denses (y compris sur la forêt sacrée de Marseille chantée par Lucain qu'il évoque en quelques mots cursifs et que je n'ai découverte qu'il y a trois ans). Bien ancré dans son christianisme, il évoque sans mépris mais avec la distance adéquate les échecs des médiums de son temps (dont le célèbre Saint-Martin dont Viatte vanta la hauteur spirituelle) et la fascination de Napoléon pour les astres qui transparaît dans les propos décousus du Premier consul lors de leur rencontre d'avril 1802, lequel voit dans l'Evangile une allégorie du mouvement des planètes... Chateaubriand aura tout vu, tout pensé, quoique toujours à travers cette trouble mélancolie solitaire dont on peut se demander si elle était vraiment chrétienne. Au gré de cette lecture, j'apprends que de La Harpe en 1800 avait qualifié Napoléon de "nouveau Cyrus", comme le font les évangéliques aujourd'hui à propos de Trump.

Juste apràs St Malo, les premiers mots que je lusse dans le paysage anglo-normand de Jersey avant hier furent "Hotel Pomme d'Or". Je repense à Atalante, au fait qu'Aphrodite lui avait lancé des pommes d'or pour ralentir sa course. A mon retour, j'apprends qu'Aristophane disait d'Hélène de Troie qu'elle avait refusé à Ménélas les "pommes de sa poitrine"... La guerre de Troie aussi avait débuté avec une pomme. La veille (jour de Vénus) à St Malo les poitrines féminines avaient un peu trop attiré mon regard, tandis qu' au même moment (mais je ne le savais pas) une journaliste suisse me demandait par mail si les femmes iraient torse nu demain comme aujourd'hui les hommes (un mail que je n'ai retrouvé dans ma boite hier). J'ignore si ce "concours de circonstances" explique pourquoi je lisais dans une librairie jersiaise que Victor Hugo sur son île d'exil faisait poser sa cuisinière Catherine nue pour des photos (sans doute à cause de ses pommes...). Mais on sent bien que dans cette affaire Aphrodite a outrepassé ses droits.

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