Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Frédéric Delorca

"L'énigme de Jurançon"

14 Décembre 2018 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Une histoire qui fait la "une" du journal national "Le Journal" du 20 mars 1932 sous le titre "L'ÉNIGME de Jurançon reste impénétrable malgré toutes les enquêtes sur le mort mystérieux"

- DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL -

PAU, 19 mars. — Depuis ce matin, il y a des gendarmes au cimetière, car, de guerre lasse, M. Pedemenjou, maire de Jurançon, s'est finalement résolu, vendredi soir, à aviser le parquet de Pau en la personne de M. Bogue, substitut de M. Reynaud, procureur de la République.

D'un seul coup, l'apparition des gendarmes a fait passer l'affaire du domaine de la fantaisie à celui des choses sérieuses.

« Diable ! cela devient grave », se sont dit les habitants de Jurançon en apercevant les képis galonnés d'argent des représentants de l'autorité; et ceux qui avaient, jusqu'ici, bavardé en toute liberté, sont maintenant rentrés chez eux.

Pour les faire parler, ce ne sera pas facile. Au reste, que diraient-ils ?

Les plus anciens du bourg, parmi ceux qui l'habitaient en 1917. lorsque la macabre supercherie — s'il y a eu supercherie — fut commise, ne savent rien.

C'est ainsi que la chaisière de l'église, Mlle Iboz, qui, depuis 1916, a assisté à tous les enterrements, se perd en conjectures. Le vieux cantonnier, le père Fontebie, qui, malgré ses 80 ans, connaît son Jurançon sur le bout du doigt, et qui, de plus, avait un parent enterré près de la tombe mystérieuse, n'en connaît pas davantage ; M. Goore, qui était maire à cette époque, est mort. Le fossoyeur est mort également ; les menuisiers qui fournissaient d'ordinaire les cercueils étaient au front. Quant au vieux curé, l'abbé Hourcade, qui habite Jurançon depuis 28 ans et qui a pourtant vu passer par son église tous ceux qui sont enterrés dans le cimetière, il n'est pas mieux renseigné que les autres.

''Après tant d'années écoulées et tant de morts qu'il a pieusement conduits à leur dernière demeure depuis 28 Mis, il a quelque excuse de n'avoir que des souvenirs assez vagues. Paisible et calme, il a ouvert tout grands ses registres pour ces messieurs de la gendarmerie qui les ont longuement consultés. Après quoi, escortés de M. Pedemenjou, qui n'était pas mécontent de n'être plus qu'un curieux, les représentants de l'autorité sont aillés questionner le brave Eyto, lequel n'a pu que leur répéter, avec farce gestes et explications, ce qu'il avait déjà dit cent fois.
D'un grand trou. où elles étaient encore enfouies, le fossoyeur a retiré quelques planches et deux poignées garnies d'une couche de glaise noirâtre: puis il a montré les plumes et la croix.

— Vous êtes absolument certain, lui ont demandé les gendarmes, que le cercueil était vide ?

— Sûr comme Je suis là.

Et. à moins que lui-même et son beau-père n'aient été en même temps victimes d'une hallucination invraisemblable, on ne voit pas pourquoi on pourrait mettre en doute ce qu'ils affirment.

Pour le reste, on en est toujours réduit aux hypothèses, et Dieu sait si l'on peut en faire !. Un point, cependant, semble établi.

"C'est bien une bière du pays". a constaté un vieux menuisier de Jurançon. le père Loustolot, après avoir vu les débris du cercueil. Et-à l'état, il y a longtemps qu'il devait être en terre.

Puis, ayant réfléchi, il a ajouté :

— Un cercueil de chêne, tout de même, il n'y en avait pas tellement. D'habitude, ceux qui sont enterrés dans la fosse commune, ce sont de pauvres gens, et on leur fait des bières en bols blanc.

Peut-être, est-ce là la seule réflexion importante qu'il convient de retenir de cette journée où, du maire au dernier des habitants, tout le monde s'est acharné à Jurançon à mettre un nom sur la tombe anonyme. -

Ce cercueil de chêne, aux poignées nickelées, n'était pas celui d'un pauvre. Et. pourtant, on l'a enfoui là où seuls les indigents sont enterrés. Pourquoi ?

Mais que de questions ne pourrait-on pas poser sans leur donner de réponse?

Jusque très tard dans la nuit, les gendarmes ont enquêté à Jurançon : ils sont allés de porte en porte et se sont efforcés de recueillir quelques indices pour alimenter le rapport qu'ils remettront aujourd'hui sans doute au substitut du procureur de la République.

Le parquet de Pau, qui a pris l'affaire en mains, réussira-t-il à tirer au clair cette histoire que tout semble à plaisir rendre indéchiffrable ? N'assurait-on pas, ce soir, que la croix qu'on avait trouvée sur la tombe avait fort bien pu appartenir à une autre sépulture, et qu'il était aussi vraisemblable qu'elle avait pu être grattée pour qu'un autre nom y fût inscrit.

J. PÉDRON.

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article