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Le blog de Frédéric Delorca

Un acte de piraterie maritime britannique pour provoquer la guerre ?

23 Juillet 2019 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient, #Colonialisme-impérialisme

Greth Porter, journaliste auteur de "Manufactured Crisis: The Untold Story of the Iran Nuclear Scare" l'explique aujourd'hui dans "The American Conservative" : l'arraisonnement du tanker iranien Grace 1 dans le détroit de Gibraltar n'était pas seulement un acte immoral participant d'une volonté d'asphyxier le peuple syrien, c'est aussi un acte illégal. Contrairement a ce qu'ont prétendu les autorités britanniques, elles n'ont pas agi conformément au règlement de l'UE de 2012 sur les sanctions contre le gouvernement Assad en Syrie. L' article 35 du règlement du Conseil de l'UE en question précise que les sanctions ne devaient s'appliquer que sur le territoire des États membres de l'UE, à une entité nationale ou commerciale ou à bord d'un aéronef ou d'un navire "relevant de la juridiction d'un État membre". Or à aucun moment il n'a été précisé à quel endroit le tanker a été intercepté, et ce pour la bonne et simple raison qu'il se soit trouvé dans les eaux territoriales de Gibraltar : alors que la souveraineté britannique s'arrêté à la moitié du détroit, le Grace 1 se trouvait dans la voie de navigation orientée vers l’est en direction de la Méditerranée, qui se trouve au sud de la voie pour les navires se dirigeant vers l’ouest vers l’Atlantique, et donc nettement plus proche de la côte marocaine que de la côte de Gibraltar. En outre, même si le navire était passé dans la zone sous contrôle britannique la convention de l'ONU sur le droit de la mer interdit explicitement aux États riverains du détroit d'interférer dans le passage en transit d'un navire marchand, à quelques exceptions près très étroitement définies.  Il s'agit donc purement et simplement d'un acte de piraterie qui méconnaît la liberté de circulation dans les détroits, de sorte que l'Iran a été parfaitement fondée à prendre une mesure similaire contre un tanker similaire dans le détroit d'Ormuz afin d'obtenir plus rapidement la libération de son équipage immobilisé.

En outre, selon Porter, cette opération aurait été inspirée par le sinistre conseiller néo-conservateur de Donald Trump John Bolton. Selon la déclaration du ministre en chef de Gibraltar, la décision de saisir le navire a été prise après la réception "d'informations" qui fournissaient "des motifs raisonnables" de soupçonner qu'il transportait du pétrole destiné à la raffinerie syrienne de Banyas. Le correspondant de la BBC Jonathan Beale a déclaré: «Il semblerait que les renseignements viennent des États-Unis». Le ministre espagnol des Affaires étrangères par intérim, Joseph Borrell, a déclaré le 4 juillet que la saisie britannique avait fait suite à «une demande des États-Unis au Royaume-Uni». Le 19 juillet, Guy Falconbridge , correspondant de Reuters à Londres , a rapporté que «plusieurs sources diplomatiques ont déclaré que les États-Unis avaient demandé au Royaume-Uni de saisir le navire». En outre le 29 mai 2019, juste au moment où le tanker entamait son voyage pour approvisionner la Syrie, le conseil national de sécurité du Panama lui a retiré son pavillon - ce qui le prive d'accès aux assurances - alors que ce pays avait reçu pour instruction de cesser d'accorder des pavillons aux navires iraniens dès 2018. Cette décision précisément axée sur le déplacement du Grace 1, selon toute vraisemblance, a été prise sur ordre de Washington qui dès la fin mai avait ce pétrolier dans son collimateur.

«Aujourd'hui, nous le proclamons fièrement: la doctrine Monroe est bien vivante», avait déclaré Bolton, en avril dernier en Floride, réaffirmant ainsi le droit séculaire que s'arrogeaient les Etats-Unis de limiter la souveraineté des Etats dans l'hémisphère occidental. Rien d'étonnant donc à ce qu'il ait ainsi instrumentalisé le Panama, à quelques semaines de l'entrée en fonction comme nouveau président de la République du social-démocrate patriote Laurentino Cortizo qui s'était distingué dans les années 2000 par son opposition à un traité de libre-échange avec Washington. Avant hier, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohamad Yavad Zarif, a estimé que le conseiller américain à la Sécurité nationale, dirigeait "son poison contre le Royaume-Uni dans l'espoir de l'entraîner dans un bourbier". S'agit-il pour lui de pousser Londres à mener une guerre que Trump rechigne à lancer contre Téhéran ?

Dans le même sens que Porter, l'ex-sénateur, leader des libertariens anti-guerre Ron Paul souligne sur le site de son Institut que Bolton sur Twitter s'était dit "surpris - mais ravi - par l'action britannique contre le pétrolier iranien" au moment-même où Washington envoie 500 soldats en Arabie Saoudite, une première depuis le retrait officier des troupes américaines de ce pays en 2003. En tout cas, comme le note Patrick Cockburn, cet action du gouvernement britannique comme simple valet des néo-conservateurs américains alors que Londres est censée rester officiellement sur la ligne européenne qui est en faveur du maintien de l'Iran dans l'accord nucléaire et la condamnation des sanctions unilatérales adoptées par Washington augure mal de ce que sera la politique étrangère britannique après l'achèvement du Brexit.

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