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Le blog de Frédéric Delorca

La souffrance

5 Novembre 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie, #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités, #Lectures, #Philosophie et philosophes

On dit que Malaparte ment beaucoup dans ses écrits, comme Chateaubriand. Je ne sais. Son style parfois me donne un peu le tournis. Il ne m'apaise pas comme le faisaient jadis Stendhal ou Montaigne. Il a en tout cas un mérite étonnant : son art de parler de la souffrance humaine. J'évoquais il y a sept ans (sept ans déjà !) son récit (dans Kaputt) sur le bordel de Soroca en Moldavie, où les Allemands pendant la guerre réduisaient à la prostitution des filles de bonne famille juives avant de leur tirer une balle dans la tête. Un récit incroyablement juste et poignant, tout en sobriété. Récit extraordinaire sur la condition féminine (il se présente comme tel puisqu'il s'ouvre sur les plaintes de Victoria Louise de Hohenzorllern sur la situation des femmes).

Moins terrible, et pourtant tout aussi juste dans le style de la souffrance languissante, absurde, presque "atopos", tant elle déjoue tous les repères de la logique est le portrait dans Le Bal au Kremlin de ces aristocrates tsaristes déchus au marché aux puces de Moscou dans l'URSS de Staline en 1929 (dans laquelle Malaparte situe par erreur le prince Lvov)...

L'auteur pose souvent la question du sens de la souffrance, en mentionnant d'ailleurs beaucoup le Christ même si, comme je l'ai noté ailleurs, Dieu compte hélas assez peu dans le regard qu'il pose sur le monde.

La littérature est une école du regard. Apprendre à voir sa propre souffrance et celle des autres, avec ses différentes couleurs, ses diverses nuances, est une oeuvre utile qui s'accomplit plus justement à travers la plume des grands auteurs.

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