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Le blog de Frédéric Delorca

Croatie : les mésaventures d'un projet de référendum

9 Décembre 2020 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE, #La droite

En Croatie comme en France, la démocratie directe peine à s'imposer. En juin 2018, un mouvement conservateur croate, "Les gens décident"(GI Narod odlučuje) a tenté d'introduire un projet de référendum pour modifier le système électoral et empêcher que la minorité serbe se voit réserver 8 sièges au parlement et réduire le nombre de députés (en fait c'était un projet double). L'initiative a recueilli plus de 397 000 signatures. Mais dès fin 2018, le mouvement, qui échappait au contrôle des grands partis politiques, a commencé à subir des persécutions. Ivan Vrdoljak, président du parti populaire (libéral), a porté plainte, affirmant que les membres de l'initiative avaient falsifié des signatures dans leur campagne de pétition. Des responsables ont été entendus pas la police et la Commission électorale d'État a refusé d'examiner et vérifier le décompte des signatures, comme c'est la pratique normale, mais plutôt la tâche a été confiée à une agence privée APIS IT (une société qui travaille aussi, d'ailleurs sur le fichage des malades du covid et des vaccinés). Cet organisme privé a déclaré dès 2018 40 000 signatures invalides, de sorte qu'il a été estimé que le nombre de signataires requis (10 % du corps électoral) n'était pas atteint, sans qu'il y ait eu la moindre transparence sur les signatures refusées qui ont été détruites (tandis que par contre le gouvernement reconnaissait la validité de la proposition de référendum émanant de la gauche contre une réforme des retraites et en tirait toutes les leçons en retirant de lui-même cette réforme).

L'affaire du rejet du projet de Narod odlučuje a fait grand bruit en Croatie depuis deux ans, car les Croates sont très attachés à leur système référendaire : en novembre dernier un député du parti "Les Douverainiste croates" a indiqué qu'il avancera une proposition de référendum sur l'adhésion de la Croatie à l'euro.Le ministère de la Justice et de l'Administration a proposé samedi dernier une proposition de nouvelle loi sur le référendum visant à assouplir les condition de collecte des signatures, mais ce projet suscite déjà des réticences car il ne change pas le seuil des 10 % et prévoit que le parlement pourra faire une contre-proposition de loi référendaire à la suite des initiatives citoyennes pour les neutraliser.

On observera que, comme en France, le seuil de déclenchement du référendum d'initiative citoyenne en Croatie est fixé à 10 %. Pourtant les Croates en font un usage plus fréquent que les Français qui, depuis son entrée en vigueur en 2015, n'ont pas réussi à déclencher la procédure jusqu'ici notamment avec l'échec de sa mise en oeuvre sur la privatisation d'Aéroports de Paris. Le référendum croate sur les députés serbes posait une question délicate car, si l'on ne peut nier à la population le droit de refuser un système de représentation qui lui a été en réalité imposé par le Conseil de l'Europe et l'Union européenne, on ne peut pas voir d'un bon oeil cette façon qu'aurait la population de valider le nettoyage ethnique dont les Serbes furent victimes en 1995 avec l'opération "Tempête". Pour autant la façon peu glorieuse dont les autorités croates, sans doute sous des influences extérieures, ont enterré le projet émanant de la population (en éliminant les preuves) en dit long sur la difficulté des élites d'admettre "sans tabou" les demandes émanant du peuple.  L'effet pour la prise de conscience collective est désastreux et ne peut que renforcer la méfiance entre les communautés du pays. C'est une arnaque pure et simple et une illustration supplémentaire du divorce entre la majorité et les élites.

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