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Le blog de Frédéric Delorca

Que garder de Pasolini ?

15 Février 2021 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Avortement, #Les rapports hommes-femmes, #Béarn, #Cinéma, #coronavirus-vaccination-big pharma, #Philosophie et philosophes, #Grundlegung zur Metaphysik

Mes 20 ans, malgré tout ce qu'ils comportaient de concessions à l'hédonisme, au cynisme et à l'athéisme, ont été marqués par Pasolini, par son inactualité, par sa façon de filmer les paysans, de filmer Dieu. Encore à 42 ans, perdu dans mon aveuglement spirituel, je saluais quand même la position originale de ce cinéaste révolutionnaire sur l'avortement - voyez ici.

Je pourrais encore citer des phrases fortes dans Ecrits corsaires comme "le résultat d'une liberté sexuelle 'offerte' par le pouvoir est une véritable névrose générale. La facilité a créé l'obsession".

Le publiciste catholique américain E. Michael Jones rappelait encore que "Salo ou les 120 jours de sodome" montrait mieux qu'un sermon que la sexualité libre était un instrument du fascisme et qu'elle conduisait au meurtre.

Mais ce message moral n'est pas l'atout majeur de Pasolini selon moi (notamment parce qu'il n'est pas adossé à une orthodoxie spirituelle, mais c'est une autre affaire). Le centre de sa production est plus sociologique : c'est sa critique de la destruction du monde rural italien par la société de consommation (bourgeoise). "L'univers paysan (auquel se rattachent les cultures sous-prolétariennes urbaines et, jusqu'à il y a quelques années, celles des minorités ouvrières, comme dans la Russie de 1917) est un univers transnational qui ne reconnaît tout bonnement pas les nations (...) Les hommes qui peuplaient cet univers... étaient des consommateurs de biens de toute première nécessité. C'est sans doute cela qui rendait leur vie pauvre et précaire extrêmement nécessaire, tandis qu'il est clair que les biens superflus rendent la vie superflue(...) Du point de vue du langage verbal, on assiste à la réduction de toute langue à une langue communicative, avec un énorme appauvrissement de l'expressivité (...) Aucun gosse des bourgades des environs de Rome ne serait capable, par exemple, de comprendre l'argot de mes romans d'il y a dix-quinze ans et, ironie du sort ! il lui faudrait consulter le glossaire comme un bon bourgeois du Nord !" (article du 8 juillet 1974 p. 87).

En ce moment beaucoup d'esprits qui résistent à la dictature sanitaire mondiale demandent qu'on rende aux nations leur indépendance pour que des expérimentations à la suédoise ou à la biélorusse puissent être menées, loin de la corruption de Big Pharma. Même parmi les religieux j'entendais hier le Rav Dynovisz déclarer en tandem avec un sien interlocuteur que le mondialisme du Veau d'Or cherchait à détruire l'humanité en détruisant les 70 nations...

Certes les nations sont peut-être maintenant le dernier outil pragmatique pour échapper à la réduction mondiale en esclavage, mais il faut voir que les nationalismes "défensifs" d'aujourd'hui sont sur le point d'être laminés et annexés par l'Empire de Nemrod uniquement parce qu'ils ont, dans un premier temps, été les niveleurs du monde paysan primitif, les auteurs de son asservissement à travers le processus d'industrialisation et de consommation. Bref : le nationalisme n'a été qu'une étape du chemin de l'enfer qui mène aujourd'hui à la Nouvelle Babylone unificatrice hygiéniste, dématérialisatrice et transhumaniste.

Il y a peu, une lectrice de ce blog d'origine béarnaise me disait tout le bien qu'elle pensait de cet article que j'ai écrit il y a neuf ans à propos des mots gascons que ma mère glisse dans sa conversation en français (un article qui est encore parmi les plus lus de ce blog tous les mois). Mais le langage de ma mère - et dans une certaine mesure aussi celui de mon grand père - ne portait déjà plus, dans la seconde moitié du XXe siècle, son dialecte ancestral dans ses locutions quotidiennes qu'à l'état de vestige fantomatique, peut-être dans un effort désespéré de conserver quelque chose du réel, dans un monde déjà envahi par les émissions de Michel Drücker et la présence obligatoire devant l'écran du JT de 20 heures.

Ce que je garde donc du cinéma de Pasolini c'est surtout cela. Cette ultime tentative de porter à l'écran le réel de la Terre, à travers les regards des paysans, qu'il filme la Colchide de Médée, la Judée de l'Evangile selon Saint Mathieu, ou les Mille et Une nuits au Maroc. Il est si difficile aujourd'hui de percevoir ce qu'était ce monde là. Dans son article de 1974 que je citais plus haut, Pasolini disait en trouver encore des traces dans le Tiers-Monde, mais sur un mode là encore de plus en plus évanescent. Je ne suis même plus sûr qu'on puisse l'y trouver aujourd'hui. Et je ne vois plus ce qu'il peut rester de l'humanité, lorsque la Terre en elle a été aussi systématiquement éliminée, pour n'être réduite qu'au statut de slogan totalitaire, alibi de sa destruction complète.

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