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Lundi 21 avril 2008

Je continue de lire, quoique parfois en diagonale vu le nombre de textes parus sur la question, le débat sur la campagne de boycott des jeux olympiques chinois.



J'ai beaucoup d'estime pour l'action courageuse de Mélenchon qui, instruit par son expérience vénézuélienne, a eu la force de s'opposer à Reporter Sans Frontières, et aux robots du système médiatique français façon Jean-Pierre Elkabach.

Il y a beaucoup de points que je partage dans ce qu'il dit aujourd'hui du combat qu'il a pu mener depuis dix jours à ce sujet : voyez http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=588#more-588.

Evidemment il ne faut pas tomber dans la caricature. Beaucoup de gens à l'extrême-gauche veulent nous faire croire que le régime que le Dalaï-Lama veut imposer au Tibet est une sorte de théocratie médiévale. Voilà qui est évidemment faux.  Un certain Jean-Paul Ribes a rappelé que le Dalaï-Lama se définissait dans le Nouvel Obs 17 janvier 2008 comme “un marxiste en robe bouddhiste”. Qu'un homme se dise marxiste et aille mendier l'aide de George W.Bush, tout comme en 1999 l'UCK albanaise pouvait se dire héritière du communisme d'Enver Hodja tout en réclamant celle de Madeleine Albright est le signe pour le moins d'une grande confusion politique, à maints égards semblable à celle d'un Sarkozy invoquant les mânes de Jaurès. Mais cette confusion n'est pas nécessairement malhonnête, et il suffit de lire les biographies du Dalaï Lama pour reconnaître qu'il était depuis sa tendre enfance ouvert à une certaine modernité, au point d'ailleurs qu'il a partiellement collaboré avec le régime communiste chinois jadis, et pourrait bien le faire, selon moi, à l'avenir, tout comme Rugova en 1999 rencontrant Milosevic sous les bombes. N'ajoutons pas à la malhonnêteté des partisans de la déstabilisation de la Chine, la malhonnêteté de certains de ses opposants. De même n'entrons pas trop dans ces débats compliqués remplis d'anachronismes sur la question de savoir si le Tibet était ou non souverain au 16 ème siècle ou en 1910, débats qui n'ont guère de sens dès lors que la souveraineté n'avait pas en ce temps là la signification universelle qu'elle peut revêtir aujourd'hui.

Allons seulement à l'essentiel : le principe de non ingérence, de respect des histoires de chacun. Oui, la Chine évolue, la ramener à Mao est absurde. Et oui, les Occidentaux sont mal placés pour donner des leçons de droits de l'homme ou de quoi que ce soit d'autre. Les pays ont besoin de stabilité, l'ordre international a besoin de stabilité, pas d'aventurisme à la Bush-Kouchner. La paix, la stabilité des relations internationales est une priorité. Le droit à l'autodétermination de tel ou tel peuple peut se négocier dans ce cadre de stabilité et de confiance mutuelle que les grandes puissances ont le devoir d'instaurer, pas dans le "chaos créateur" que les extrémistes bienpensants stupides de Paris, de Londres, de Washington se plaisent à provoquer partout.
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Dimanche 20 avril 2008
J'ai lu le début des Années, hier soir, à la maternité. Très émouvant. Puis, de retour chez moi, la seconde moitié du livre, le récit de notre époque, après le 10 mai 1981 (qu'elle situe à tort au 8 mai). Et là ça ne va plus du tout. J'ai écrit mon compte rendu pour Parutions.com dans la foulée. Il sera un peu dur. Cela m'ennuie car j'ai eu de bonnes relations épistolaires avec Mme Ernaux, mais on ne peut pas cacher ce qu'on pense.

J'ai peur qu'au fond ce livre, son auteur, la littérature, toute une époque, ne tombent dans le Triangle des Bermudes du discours médiatique. Notez que je nourris un peu la même crainte à propos de mon ami Bricmont quand je le vois invité par Taddei sur "France 3" cette semaine pour jouer les utilités belges, tous comme un type (j'ai oublié son nom) jouait les utilités italiennes chez Meyer sur France Culture autrefois. Mais Jean Bricmont a des réserves de combattivité qui le soustrairont à ce danger, je n'en doute pas. Sa position ambiguë dans le champ intellectuel (celle du physicien rebelle, qui fréquente les "mauvais milieux") sera son garde-fou.

 Une dame hier a bien voulu écrire un commentaire sur A. Ernaux et Finkiekraut sur ce blog, et je l'en remercie. Mais je crains que son agacement à l'encontre de Finkielkraut ne sonne pas tout à fait juste. Elle s'énerve à propos de Bourdieu et de la sociologie, que Finkielkraut, dit-elle, déteste. Elle s'énerve, aurais-je envie de dire, à la manière de Bourdieu et des sociologues qui adhérent à son système (et dont j'ai fait partie, à quelques nuances près, au moins au début de ma thèse). C'est un piège. L'anti-finkielkrautisme, comme tous les "antismes", devient rapidement un alibi pour ne pas penser, pour cacher une défaite de sa propre combattivité, de sa propre créativité. Il faut reconnaître que dans l'émission Répliques, Finkielkraut a fourni de gros efforts de courtoisie, ce qui n'était sans doute pas facile compte tenu de la distance qui séparait les débatteurs. Je ne pense pas qu'il ait tenté un "rapt" de la pensée d'Annie Ernaux, ou confisqué le "débat démocratique". Son émission n'est pas un forum, c'est comme un blog, il y fait passer son point de vue, c'est parfaitement légitime. Bien sûr les points de vue des dominants à la Finkielkraut exaspèrent d'autant plus qu'on les entend partout et qu'on a le sentiment qu'ils étouffent une époque. Mais il est vain d'instruire un procès en totalitarisme à ceux qui le portent. Je pense que Finkielkraut a fait de son mieux, qu'il était dépourvu de mauvaises intentions, et ce que j'ai pointé dans mon mail à Annie Ernaux, ce n'est pas un assassinat programmé de sa pensée, mais tout simplement un problème "structural" (comme on dirait dans les cercles bourdieusiens) : l'impossibilité pour la littérature de débattre avec l'idéologie (car Alain Finkielkraut est un idéologue, c'est à dire un homme qui tente de construire un point de vue systématique sur le monde, ce que n'est pas Annie Ernaux).

Il existe dans la gauche contestataire un plaisir narcissique à se sentir "anti-" qu'on retrouve étrangement depuis le samizdat PLPL jusqu'à l'aile gauche du PS. "Anti-capitaliste", "anti-libéral" sont des mots qu'on avance pour se dispenser de penser quelque chose de positif, de fort, de constructif - et en ce sens je suis très heureux que le mois dernier la revue Commune m'ait invité à écrire sur le socialisme, et non sur l' "anti-capitalisme".

L'anti-finkielkrautisme est une déclinaison de cette forme d' "antisme" qui accuse en réalité la dépendance profonde de celui qui critique à l'égard de ce qu'il croit critiquer. L'anti-finkielkrautisme trahit une dépendance à l'égard des médias (ce qui est aussi le cas, hélas, de la seconde moitié du livre d'Annie Ernaux, et, en un sens, de son intention même de dire le mainstream collectif d'une époque).

Il faut sortir de ce petit jeu-là. Aller vers les gens qui n'ont pas besoin d'être "anti-" pour bouleverser le monde. Voyez les Serbes en 1999. Ils n'avaient pas besoin d'être "contre nous" pour être fascinants. Ils étaient juste eux-mêmes, fidèles à leur propre histoire. Et c'est leur fidélité à leur propre histoire qui nous était insupportable (notez qu'Annie Ernaux quand elle évoque les guerres de Yougoslavie en parle comme les médias, et le fait avec une gène telle qu'elle cite les Kosovars, et les Croates qui "s'entretuent" - dit-elle bizarrement -, sans oser prononcer le mot "serbe"). Idem aujourd'hui les Chinois qui, comme on pouvait s'y attendre, brûlent nos drapeaux après que nous ayons banni les leurs (mais ce ne sont pas les Chinois qui ont commencé par être "anti-français", ce sont les Français qui se sont posés en anti-chinois avec cette affaire des Jeux Olympiques).

Il y a cette vieille idée nietzschéenne que celui qui se définit en s'opposant est faible. Et qu'il faut affirmer quelque chose - commencer par cela. L'affirmation manque terriblement à la gauche d'aujourd'hui, comme elle manque au livre d'Annie Ernaux.

J'espère pouvoir interviewer prochainement pour ce blog Carlos Ouedrago. Je veux le faire parler de Sankara au Burkina Faso. Quelque chose me dit qu'il y aura mille fois plus d'affirmation dans cette évocation que dans les samizdat de l'intelligentsia parisienne.

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Nb : mon CR sur le livre d'A. Ernaux est sur http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=1&srid=304&ida=9353 
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Lundi 14 avril 2008
J'ai eu un petit échange de mails ce weekend avec l'écrivaine Annie  Ernaux (avec qui j'ai une petite correspondance occasionnelle depuis la mort de Pierre Bourdieu en 2002).


Je lui ai demandé hier l'autorisation de reproduire sur ce blog le mail que je lui ai adressé à la suite de l'émission "Répliques" d'Alain Finkielkraut sur France Culture samedi dernier (12 avril 2008), et elle me l'a accordée ce matin. Je n'ai pas sollicité en revanche auprès d'elle le droit de reproduire la réponse de onze lignes qu'elle m'a envoyée dimanche, dans la mesure où ce  blog n'a pas vocation à révéler la teneur de messages qui me sont adressés à titre privé.

Il me semble qu'une réflexion sur cette émission pourrait nourrir une longue discussion sur le rapport entre politique et littérature...

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Chère Annie Ernaux

Je dois confesser que je n'ai pas (encore) lu votre dernier livre, mais j'écoutais ce matin votre interview chez Alain
Finkielkraut. Je dois tout d'abord vous féliciter d'avoir participé à cette émission. D'une part parce qu'il est
toujours difficile de débattre avec quelqu'un qui n'a pas les mêmes opinions que soi, et, d'autre part, parce les
espaces de débats pluralistes deviennent très rares dans les médias - chacun n'invitant que des gens du même bord que soi-même ou n'acceptant les invitations que de gens de son propre bord.

Je me permets juste de vous livrer un point de vue d'auditeur ordinaire. A vrai dire, autant la démarche de votre ouvrage m'a paru juste, autant sa traduction dans l'espace d'un débat laisse l'auditeur sur sa faim. Peut-être au fond c'est le projet même d'Alain Finkielkraut, d'utiliser ce livre comme espace de comparaison de deux imaginaires, et des conditions historiques de leur émergence, qui vouait le débat à l'échec, puisque au fond il s'est agi d'un
non-débat, et d'une simple juxtaposition de deux héritages.

Ce projet n'était d'ailleurs peut-être pas le projet initial. Il semble qu'Alain Finkielkraut au début
nourrissait l'intention de vous faire débattre avec lui de la question de la transmission transgénérationnelle qui,
selon lui, aurait été sacrifiée sur l'autel de mai 68, et que d'une certaine façon, l'absence d'accord sur cette question
là (une absence d'accord dont on n'a d'ailleurs pas clairemen vu la cause) l'ait fait dériver vers cette
juxtaposition des imaginaires.

Au moins cette interview aura permis une chose : faire entendre le souvenir des bombardements étatsuniens sur la
Normandie. Comme je vous l'ai déjà indiqué dans une lettre jadis, depuis notre attaque contre Belgrade en 1999 j'ai un rapport très fort à la question des bombardements (peut-être aussi à cause de mes orgines républicaines espagnoles). Ma compagne normande et sa famille m'ont beaucoup parlé du bombardement du Havre, de Rouen et de Sotteville. J'ai bien ressenti dans votre témoignage que c'était un des aspects de votre propos dans lequel vous investissiez le plus d'émotion, peut-être parce que ce traumatisme reste très largement occulté dans l'histoire nationale, alors qu'il est fondateur d'un ressentiment régional très fort.

Le silence sur l'horreur du bombardement de la Normandie en recouvre un autre : celui sur le sacrifice de toute une jeune génération de soldats soviétiques. Car M. Finkielkraut citant M. Agulhon pour qui la mémoire du Débarquement interdirait l'hostilité à l'égar des Etats-Unis oublie une chose : les Etats-Unis se sont hâtés de débarquer en Normandie parce que l'URSS était en train de remporter la guerre à l'Est. Ce qui relativise beaucoup notre obligation de gratitude.

Cet aspect des choses : l'oubli des bombardements qui rejoint l'oubli du sacrifice russe, ne pouvait sans doute
pas être traité du point de vue où vous vous placiez, qui est un point de vue littéraire. Car la littérature comme
témoignage d'un je, d'un on, d'un nous, ne peut pas nécessairement tenir ensemble des choses dont le "je"
n'était pas témoin - les Normands n'ont connu le sacrifice des Russes que très indirectement, et le lien conceptuel
entre ce qu'ils subissaient et ce que subissaient les Russes s'établit dans le champ de l'analyse historique, et non de ce qui est éprouvé empiriquement, même sous un angle collectif.

En tout cas, je reste très intéressé par votre démarche évidemment, cherchant moi-même à donner de la chair à mon engagement - par delà les froids mécanismes de la géopolitique - à travers la littérature , et ne manquerai pas de lire votre livre à l'occasion.

Bien amicalement

FD
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Dimanche 13 avril 2008

Hier je revenais à pied de la maternité vers 22 h 15 où je vais voir ma compagne quotidiennement. Deux options s'offraient à moi sur le chemin du retour : suivre les boulevards, ou couper par les vieux quartiers. Il y a quinze jours à Paris un clodo m'a fichu une baffe parce que je mangeais un sandwich dans la rue. Comme le boulevard est mal fâmé by night, pour éviter de renouveler cette expérience, j'ai opté pour les vieux quartiers. Un itinéraire  que je connais bien de jour, mais pas du tout la nuit. Ce sont les quartiers populaires de ma ville de résidence : un quartier de sex shops et de bistrots. J'emprunte la rue principale. De prime abord elle était déserte. Je l'arpente d'un bon pas. Au bout de la rue des jeunes émêchés, puis de plus en plus de monde devant des fastfood turcs, des bars. Une population immigrée pour la plupart.



Moi, je ne songe qu'au travail qui m'attend à mon domicile (je dois terminer d'écrire un livre). Je marche vite. Soudain quelqu'un m'appelle par mon prénom. C'est monsieur Rachid, le gérant de la boîte de reprographie où je vais presque tous les mois imprimer ces satanés manuscrits que les éditeurs refusent un à un. Sans Monsieur Rachid j'aurais peut-être cessé d'écrire. Quand j'ai terminé ma thèse il y a deux ans, il avait effectué un travail de mise en page magnifique. Je lui avais offert un de mes livres (sur Nietzsche). Depuis lors, il lui arrive de m'appeler "mon Nietzsche", et il me compare à un sien ami, spécialiste de ce philosophe, qui est inspecteur d'académie au Maroc.

Je suis surpris de le voir là. Je le croyais plutôt avec sa femme et ses enfants. Il fume une cigarette devant un bistrot. Il a l'air content de me voir. Il m'offre un verre à l'intérieur du bar. Je ne peux décemment pas refuser. "Tu bois de l'alcool ?" lui demandé-je. Avec Monsieur Rachid je ne sais jamais jusqu'où va l'autorité de l'Islam. Un jour il m'a dit que le coran était un miracle littéraire, parce que c'est une oeuvre de prose considérable couchée du du papier par un analphabète. Je ne saisis pas toujours comment il concilie sa fidélité à la religion avec son respect pour Nietzsche et sa consommation d'alcool, mais je sais que beaucoup de gens de son univers s'accommodent de ces arrangements complexes.


Accoudés au bar, on parle d'accouchement, de politique et de philosophie. Ce que j'apprécie chez Monsieur Rachid c'est que c'est un homme honnête, dans toute la splendeur du terme. Ni un héros, ni un salaud. Un type qui tient sa boîte de photocopie depuis dix ans, un type qui stresse, qui se crève six jours sur sept, mais qui reste ouvert à tout, qui parle avec tout le monde, qui a fait de sa boîte un lieu de convivialité dans ce quartier déshérité, aux antipodes des froides boutiques de photocopies où vous n'êtes que des consommateurs de machines, des auxiliaires de la machine.

Avant hier une correspondante vendéenne me parlait d'un leader du PKK qui avait tenu en tôle en lisant Mallarmé avant de mener en France une vie de réfugié politique misérable. Monsieur Rachid, lui, n'est pas un grand chef politique. Mais quand il parle de ces choses là, cela sonne toujours vrai : "Au Maroc j'habitais à Rabat avec ma famille, mais j'ai décidé de prendre un appartement dans la ville avec des étudiants. On habitait les uns avec les autres. J'étais dans la mouvance progressiste. Mais je n'ai jamais eu d'ennuis avec la police. Sauf un jour j'ai failli. Il y a eu une grève à l'université. Les étudiants ont eu une correction sévère. Un de mes amis a été arrêté par la Sécurité nationale. Il est resté en prison une semaine. On a eu très peur que ce soit notre tour après lui. mais ils l'ont relâché. Il n'y a pas eu de suite."

Il a gardé de cette jeunesse de gauche un côté anti-autoritaire, qui l'a d'ailleurs mis en porte à faux avec son rôle quand, en France, à partir de 1985, il a dû faire des petits boulots de gardiennage. "J'étais le pire surveillant que tu puisses imaginer". Un côté éternel étudiant aussi. Il a fait des études de sociolinguistique à Paris, et exercé des responsabilités dans les associations estudiantines, encore au delà de la trentaine : "Je ne m'imaginais pas me mariant, ayant des enfants".

Je lui demande : "Est-ce que les progressistes sont encore poursuivis au Maroc ?". " - Non. On a même été au pouvoir. Mais aujourd'hui le pouvoir fait aux islamistes ce qu'il nous a fait à nous. Je ne suis pas de leur bord, mais je peux comprendre ce qu'ils ressentent." Les islamistes, justement, il faut qu'on en parle. Je l'assaille de questions : "Tu t'entends bien avec eux ?" "Sont-ils différents de ceux d'Irak par exemple ?" Il reconnaît sans trop d'hésitation que la gauche au sein du gouvernement marocain n'a rien fait pour les pauvres, et qu'il est donc normal, en un sens, que le peuple aujourd'hui se sente plus proche des islamistes (un discours que j'ai aussi entendu à propos du Liban). Et puis il me cite un drôle d'exemple qui montre à ses yeux que le peuple n'a pas tout à fait tort de reconnaître des mérites aux islamistes. "Un mariage homosexuel a été organisé près de Casablanca, tu te rends compte. Les islamistes sont arrivés, ils ont fait des dégâts.".

Je suis surpris qu'il pense à cela. "Le mariage homosexuel tu trouves ça anormal parce que ça choque tes convictions ou parce que ça risquait de choquer les autres ?" "- Parce que ça choquait les autres, me dit-il. Et puis parce que ce n'est pas naturel. Chacun fait ce qu'il veut avec son cul, mais il ne faut pas que l'homosexualité devienne une mode, les homosexuels ne doivent pas faire de la provoc' comme ça." Je comprends que cela signifie que cela le choque aussi. J'ai donc eu raison de poser la question de cette façon, prudente, diplomatique. Avec Rachid je sais que les points de convergence et de divergence ne se situent jamais nécessairement aux endroits où l'on pense. Il me fait songer à cette histoire à Belgrade et à Zagreb où les gay pride ont été réprimées manu militari par les nationalistes. "Dans les Balkans aussi, dis-je, la gauche s'est effondrée, et le peuple a une sensibilité plus proche des nationalistes, qui sont l'équivalent des islamistes dans le monde musulam, ils sont en phase avec sa mentalité." M. Rachid reconnaît que les nationalistes slaves et les islamistes dans le monde musulman sont la même chose. "L'islamisme c'est le nationalisme au niveau de l'Oumma". Il dit qu'en France aussi on a failli avoir ça à un moment quand les ouvriers se reconnaissaient plus dans le Front national. Il parle aussi de ces quartiers au Maroc où les hommes aux grands sabres, les islamistes, "font régner la loi" et où la police ne peut rien faire. "Je me demande si nous sommes faits pour la démocratie" ajoute-t-il. "On peut se demander aussi si les Français le sont", dis-je pour bien montrer qu'à mes yeux personne n'a de leçon à donner à personne.

Il me cite encore une anecdote qui le touche en tant que sociolinguiste. "Au moment de l'indépendance, les leaders de la lutte contre le colonialisme, c'étaient des gens comme Allal-al-Fazi, des gens de la grande bourgeoisie de Fez, des descendants des grandes familles qui avaient régné sur l'Espagne au Moyen-Age. Ces gens pour nous c'était la droite. Ils allaient voir les paysans pour leur dire 'insurgez vous contre le colonisateur' pendant que eux faisaient en sorte que leurs enfants étudient dans les bonnes universités et réussissent leur vie. La gauche au pouvoir, elle, elle a voulu valoriser les paysans. Mais d'une façon démagogique, en faisant qu'à la télé on parle les dialectes les plus vulgaires, comme si on te faisait une télé nationale avec divers patois locaux, de sorte que les gens ne se comprennent même plus d'une région à l'autre. Moi mes parents étaient paysans, mais ils ne se reconnaissaient pas du tout dans cette valorisation des dialectes". Cela me faisait penser à mes parents ouvriers, indignés de voir les bourgeois réintroduire l'occitan dans les écoles, et aussi à la démagogie à la Jack Lang qui jouait la culture populaire contre la culture classique. Une démarche bourgeoise populiste qui ne rencontre presque jamais les véritables aspirations des classes populaires. D'autres anecdotes suivent sur l'esprit de coterie des organisations marocaines de gauche en France.

Rachid m'offre un kir, deux kirs, trois kirs. Lui et ses amis - arabes eux aussi - insistent même pour que je reste avec eux manger de la paella. J'ai dû mal à refuser. Je tiens bon ; "je dois écrire ce soir" dis-je. "Ecrire, écrire, me dit Rachid, mais pense aussi à la page blanche. faut-il écrire ? Faut-il parler ?" Je songe à sa croyance en Dieu - elle va avec le fait qu'il ne veut pas écrire, qu'il ne s'isole pas pour écrire comme je le fais - au fait qu'il est dans la vie, dans la chair du monde, dans ce quartier, à des heures indues, à manger des paellas avec les autres. Son Dieu a quelque chose à voir avec ça, avec cet être en commun, l'oumma. C'est pourquoi Il est imperméable à Nietzsche, aux critiques, et compatible avec tout, et pourtant "avant et après tout". Je lui en parle d'ailleurs. Je le provoque en lui évoquant des travaux de Lichtenberg selon lesquels le Coran, loin d'être l'oeuvre d'un analphabète inspiré par Dieu, serait la reprise de vers chrétiens araméens de Syrie - selon cette hypothèse les "huri" (vierges du paradis d'Allah) seraient une mauvaise traduction du mot qui signifie "grappe de raisin" en araméen. Mais cela ne le choque pas : "l'Islam c'est la synthèse du christianisme, du judaïsme, tout ça c'est la même chose, on a les mêmes prophètes". L'Islam grande synthèse. Je m'y attendais un peu - pas complètement quand même. Tout y converge et tout s'y mêle parce que c'est la religion de la communauté, la religion universelle. Pas la religion de l'Empire, comme le christianisme. Celle de Tous, et celle de Tout.

Peut-être, si j'étais resté manger la paella avec eux, m'auraient-ils finalement converti. Je suis quand même rentré vers 23 h 15. De toute façon, je lui dois trois verres maintenant.
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Samedi 12 avril 2008
Sur le Dalai Lama, le sinologue Domenach disait ce matin à la radio qu'il était plus moderniste que son entourage, qu'il se définit comme un "socialdémocrate mystique ", admirateur des avancées sociales de la Chine (ce que j'avais aussi lu dans certaines de ses biographies) et qu'il n'est pas impossible qu'un accord soit atteint entre lui et le gouvernement chinois. A mon avis le Dalai lama, c'est comme Rugova au Kosovo à la fin des années 1990 (qui avait fini par négocier l'autonomie avec Milosevic) - un vieil homme en perte de vitesse. Ce serait une erreur de se focaliser sur lui. Le vrai problème, c'est cette jeunesse capitaliste tibétaine en exil qui l'instrumentalise et qui le renversera s'il s'allie à Pékin. En gros le ver dans le fruit n'est pas le bouddhisme tibétain lamaïque, mais le culte du Veau d'or qui le manipule.


Il y a aussi ce problème des Occidentaux qui transforment le Dalaï Lama en icône voyant en lui à la fois l'ennemi des dictatures, et l'antidote contre un matérialisme dont eux-mêmes - les Occidentaux - sont les vecteurs partout dans le monde.

Cependant les maoïste népalais, à la frontière Sud du Tibet, viennent de remporter les élections à l'assemblée constituantes. Comme le disait un mien ami, les Népalais ne doivent pas avoir l'immense chance qui est la nôtre de connaître ce glorieux avant poste de la civilisation et du respect d'autrui qu'est Reporter sans Frontières. Les maoïstes vont-ils se "social-démocratiser" dans le jeu parlementaire comme l'ont fait les communistes népalais avant eux ?
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Mardi 8 avril 2008

Je tombe ce soir sur un article de Mélenchon, posté sur son blog, dans lequel il laisse parler son indignation contre l'odieux coup-monté contre la Chine que constitue cette affaire tibétaine (http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=585). Si même M. Mélenchon trouve le courage de protester contre l'immense réserve de sauvagerie raciste et fanatique qui bout dans les cerveaux de nos interventionnistes droit-de-l'hommistes distingués, tous les espoirs sont permis.



Cela tombe bien. Mes amis collaborateurs de l'Atlas alternatifs, et d'autres, trépignent d'envie de monter un mouvement anti-impérialiste un peu solide. Mon petit doigt me dit que nous allons faire quelque chose !

Tout cela me met d'assez bonne humeur, d'autant que je viens de recevoir un mail d'invitation au spectacle de Carlos Ouedrago "Thomas Sankara : la lutte en marche" (cf ci-dessous). Je dois dire que j'étais triste pour l'Afrique en écrivant hier mon petit article sur le Zimbabwe pour le blog de l'Atlas alternatif - http://atlasalternatif.over-blog.com/article-18547655.html. La défaite de la ZANU-PF aux élections législatives du 31 mars dernier n'est pas une bonne nouvelle pour ce continent. Certes ce parti, et Mugabe, ont commis bien des erreurs, et même des fautes. Mais ils incarnent une dignité magnifique face à Bush, Rice, Blair and co. Leur disparition de la scène africaine est une triste nouvelle.


Alors tant mieux si les Burkinabe, et à travers eux beaucoup d'Africains se remémorent le souvenir du valeureux capitaine anti-colonialiste, lâchement assassiné en 1987, qui avait si vaillamment oeuvré à la liberté de son peuple : ils reprendront peut-être à leur manière le flambeau de Mugabe dans ce qu'il a pu avoir, à divers moments, de plus intègre et de plus noble.

Je compte interviewer Carlos Ouédrago prochainement. Affaire à suivre.

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Thomas Sankara :
la lutte en marche

THEATRE DU NORD > OUEST
13 rue du Faubourg Montmartre 75009 Paris
métro : Grands-Boulevards
réservations au 01 47 70 32 75

theatredunordouest.com
 
mardi 29 avril à 19h
jeudi 1er mai à 19h
mercredi 7 mai à 19h
samedi 10 mai à 12h30
mercredi 14 mai à 19h
vendredi 30 mai à 19h
mercredi 4 juin à 19h


Invitation

par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Lundi 7 avril 2008

Le lobby de l'ingérence humanitaire, et plus précisément ce qu'il compte de pire - "Reporters sans frontières" - a fait son show à Paris pour ternir l'image de la Chine, et le consensus international que peut incarner, une fois n'est pas coutume, la tradition des Jeux olympiques. Ce lobby de l'ingérence, allié pour l'occasion aux séparatistes tibétains qui ont semé la violence à Lhassa le mois dernier, avait déjà provoqué des troubles à Londres la veille sur le passage de la flamme. A Paris, on lit dans une dépêche AFP qu'ils n'ont pas hésité à s'en prendre à un courageux sympathisant de la Chine qui traversait le parvis des droits de l'Homme, au Trocadéro où avait lieu la manifestation, en brandissant un drapeau chinois. Le club de M. Ménard est sous le coup de poursuites judiciaires en Grèce et a déjà fait savoir qu'il ne purgerait pas la peine à laquelle ses membres pourraient être condamnés à Athènes.

Pour ceux qui gobent encore la désinformation occidentale sur la Chine je renvoie aux déclarations du sinologue Pierre Piquart sur http://www.casafree.com/modules/news/article.php?storyid=14018.

par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Mercredi 2 avril 2008

Débat intéressant sur l'Afghanistan hier à l'Assemblée nationale. L'éternel ennui est que la théatralisation parlementaire nuit à la rationalité des discussions.  Les arguments des opposants étaient bons (surtout sur l'alignement de la France sur l'OTAN), encore qu'il manque toujours une réflexion sur la souveraineté du peuple afghan, et sa liberté de choix politique : non nous n'avons pas le droit d'imposer aux Afghans leurs politiques d'alliance et de défense au nom de notre conception de notre propre sécurité occidentale. Les Afghans ont le droit de s'allier avec qui ils veulent. Cela aucun député ne l'a dit à la tribune, et c'est pourtant la base du refus de l'impérialisme.

L'UMP avait des arguments sur le développement économique et social de l'Afghanistan un peu faciles quand on sait de quel point l'Afghanistan partait en 2001. M. Kouchner comme à l'accoutumé baignait dans le confusionnisme (c'est à dire la confusion entretenue de mauvaise foi, à dessein), accordant au représentant communiste que la globalisation libérale est une mauvaise chose (on croit rêver ! cela dans la bouche d'un adjoint de M. Sarkozy), et faisant croire que nous devons envoyer des troupes en Afghanistan parce que les soldats allemands y sont plus nombreux que les nôtres (alors que les Allemands justement refusent d'être dans les zones de combat). Au moins ce débat aura montré que l'alignement de la France ne se fait pas sans résistance.

Notons que le gouvernement utilise son désaccord avec Washington sur l'entrée de l'Ukraine et de la Géorgie dans l'OTAN comme gage de son non-alignement. Ce qui sent un peu le désaccord artificiellement fabriqué (théatral lui aussi) pour mieux faire passer la pilule sur les dossiers où la France pouvait réellement exercer un poids.

par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Mardi 1 avril 2008
Décidément la lecture du journal Le Monde est toujours aussi exquise. Relevons notamment hier un billet de M. Redeker "philosophe" (car il revendique pour lui l'héritage de Socrate) contre l'actrice Marion Cotillard, avec les termes qu'emploient souvent les beaux quartiers parisiens pour attaquer leur adversaire : "insondable sottise", "vision délirante", "c'est ainsi qu'argumentent les négationnistes" - http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/03/29/marion-cotillard-et-les-complots-par-robert-redeker_1028772_3232.html. Comme de juste l'article s'achève en traitant Mme Cotillard et le petit nombre de gens qui mettent en doute la thèse officielle sur le 11 septembre d'antisémites. Evidemment ... 

Les gens qui écrivent ce genre de texte pensent qu'ils sont de grand démocrates, qu'ils sauvent la démocratie en danger. C'est sans doute là le plus triste. Leur complexe de la forteresse assiégée dans un océan de barbarie. Dans cette forteresse pas de pluralisme. La hantise de la cinquième colonne. On ne débat pas avec les opposants. On les calomnie.

Las on ne voit plus trop comment faire pour que les grands organes de presse et ceux qui en vivent reviennent au sens du débat rationnel...

Pourtant certains hommes de medias réfléchissent encore : "Nicolas Hulot condamne le libéralisme et se dit séduit par Besancenot" lit-on dans une dépêche après une interview de l'intéressé au Journal du Dimanche. Voilà quelqu'un qui essaie de penser par lui-même. Peut-être en faisant sauter encore une ou deux censures collectives dans sa tête se posera-t-il la question : "peut-être ce que nous voulons pour sauver l'environnement a-t-il quelque chose à voir avec ce courant de pensée alternatif pluraliste vieux de deux siècles qu'on appelle le courant socialiste ?" (rien à voir avec le parti du même nom, évidemment).

Ou peut-être son élan de lucidité, qui résulte d'une déception passagère, sera-t-il "rectifié" dans quelque temps, si ce monsieur retrouve quelques sources d'espoirs dans les milieux "respectables".

Ah j'oubliais ! parmi les absurdités des beaux quartiers, un auteur qui se disait ami de Sartre affirmait hier soir sur France Culture que le philosophe s'il vivait ajourd'hui condamnerait la répression chinoise anti-sécessionniste au Tibet.

Bin voyons...
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Dimanche 30 mars 2008
De toute évidence le recul de l'UMP aux élections municipales n'a en rien freiné la détermination de M. Sarkozy, notamment en politique étrangère, où celui-ci a fait la démonstration, une fois de plus, de son infini mépris pour la République française en allant servilement proposer l'envoi de troupes supplémentaires dans la sale guerre d'Afghanistan (alors que l'Allemagne, la Turquie et d'autres vassaux de Washington s'en retirent), et en le faisant de la manière la plus indécente possible - devant un parlement étranger, sans même oser le dire ouvertement à sa propre opinion publique. Petit, vraiment petit.


L'opposition parlementaire a haussé la voix, de M. Chevènement à M. Bianco, et obtenu... un temps de débat ridiculement court mardi prochain. M. Acoyer (je ne sais plus si son nom s'orthographie de la sorte) a ressorti le catéchisme bushiste pour justifier l'ardeur guerrière de son président - en Afghanistan il y a des talibans, des terroristes et de l'opium, les intérêts de la France y sont menacés. Il voulait dire, évidemment, les intérêts de la France comme succursale des Etats-Unis en Europe.

Les medias ont dissimulé le problème en braquant le projecteur sur le succès de Carla Bruni en Angleterre. Aucun d'entre ces nobles journalistes n'ira risquer sa peau en Afghanistan pour défendre les intérêts pétroliers étatsuniens. Il est donc tout à fait normal qu'ils aveuglent l'opinion publique avec de telles futilités et contribuent sereinement à l'engagement de la France dans les pires engrenages.

Et vous ? avez vous écrit à votre député à la veille du débat sur l'Afghanistan ? Les boîtes emails du Palais Bourbon sont ouvertes. Profitez en.

Tout cela pose la question inévitable : que faire ? Créer une fondation anti-impérialiste ? Un parti politique ? Une liste sans parti mais anti-système aux prochaines élections européennes ? Essayer de faire élire un député antisystème au Parlement comme l'ont fait les électeurs anglais de la circonscription qui a porté Galloway aux Communes ? Ce député aurait ensuite une tribune, des moyens financiers...

En attendant, certains opposants se perdent en initiatives inutiles, par exemple cette lettre au président du Conseil constitutionnel pour obtenir l'annulation de l'élection de Sarkozy : http://forums.france2.fr/france2/avousdejuger/nicolas-sarkozy-illegale-sujet_10102_1.htm. J'ignore qui a lancé cette pétition mais ils ont simplement oublié que le contrôle du Conseil s'exerce avant la proclamation des résultats, pas un an après... En outre l'argumentation de la pétition est si futile... On voudrait faire invalider l'élection d'un homme qui fut massivement élu par les Français sur le fait qu'il n'a pas décliné la totalité de son état civil !!! Ces braves internautes feraient mieux de tenter de guérir la bêtise de leurs concitoyens électeurs de l'UMP, dont Sarko n'est que l'épiphénomène... (que ces électeurs-là, s'ils se sentent de droite, votent plutôt pour Dupont-Aignan, le monde entier s'en portera mieux cf ci-dessous)

Cette pétition, comme les réactions à l'éviction du sous-préfet Guigue, montre que de nombreux opposants ne veulent pas comprendre la logique des institutions, mélangent tout, lâchent la proie pour l'ombre. Quand on leur dit qu'un souspréfet n'est pas, dans l'exercice de ses fonctions, soumis aux mêmes règles qu'un citoyen ordinaire, ou qu'une élection ne se conteste pas n'importe quand n'importe comment, ils ne veulent pas le croire. Parce que l'idée même qu'une règle puisse s'appliquer sérieusement, qu'un Etat ait une spécificité de fonctionnement par rapport à la société civile, leur est complètement étrangère. L'anti-étatisme qui travaille en profondeur l'internaute contestataire moyen le prive des instrument de réflexion et d'action qui donneraient une portée à ses actes. Les pouvoirs publics ont ensuite beau jeu de le renvoyer à la caricature du "radical " peu crédible et fantasque.

Ceci étant posé, encore une fois, il faut réfléchir au problème du "que faire ?". Selon moi, il faut partir de l'existant, analyser, dans le milieu de la contestation, les courants qui peuvent disposer de moyens humains et financiers, les groupes qui peuvent faire preuve d'efficacité, dans les partis politiques, les associations, en France, à l'étranger, voir ce qui peut être fédéré. Il faut éviter les pièges de toutes sortes : les soutiens des groupes d'extrême droite qui discréditent toute action politique, ceux d'autres personnes et groupes douteux (il en traîne toujours dans la résistance anti-impérialiste). Tout cela est compliqué à faire, mais nécessaire avant que notre monde ne bacule dans un chaos politique complet (il y est déjà largement engagé) avec la complicité active de l'establishment politique français.

A part cela, la revue Commune a bien voulu me demander récemment un article sur ce que je pensais de la notion de "socialisme" et de sa place dans le monde actuel. Je lui enverrai mon papier dès que possible, et ne manquerai pas de vous tenir au courant.

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Modèle de mail à envoyer à votre député avant mardi prochain (aménageable à votre guise, bien sûr)

Monsieur le député,

L'actuel président de la République, aux ordres des néo-conservateurs étatsuniens, veut engager davantage la France dans la guerre d'Afghanistan dont de nombreux pays cherchent plutôt à s'extraire. En soutenant inconditionnellement la position étatsunienne sur la Palestine, le Kosovo, en proposant l'entrée de la France dans l'OTAN et en arrimant toujours plus la position française à "l'Occident" contre les intérêts du Tiers-Monde, M. Sarkozy éloigne la France des velléités de non-alignement qui avaient caractérisé certains aspects de sa diplomatie depuis le général de Gaulle. Cette évolution n'est pas profitable à l'équilibre à long terme de notre planète ; elle ne l'est pas non plus, même à court terme, aux intérêts de notre pays qui en retirera plus d'inconvénients que d'avantages.

Je vous demande donc d'user de tous les moyens que vous confère votre fonction d'élu du peuple pour vous opposer à cette dérive de la politique étrangère française. Vos électeurs ne se désintéressent pas tant des relations internationales que les médias veulent le faire croire. En leur nom, et au nom de l'intérêt général dont vous êtes le mandataire, il vous appartient d'agir, et de rendre compte de ce que vous aurez fait pour éviter que notre pays ne participe à la logique du pire.

D'avance je vous remercie.






par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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