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Mardi 11 mars 2008
Pas beaucoup de bonnes nouvelles à se mettre sous la dent ces derniers temps.

Je participe toujours à diverses initiatives fédératives autour de l'idée de souveraineté des peuples face à l'impérialisme. Mais les fédérateurs n'ont pas bonne presse, par les temps qui courent. Chacun préfère se replier sur ses certitudes communautaristes .A  preuve ce jeune militant anti-impérialiste arabe, qui tient un site aux idées proches du mien, mais qui a refusé tout dialogue avec moi et avec Bruno Drweski sur la question des Balkans, parce que les Serbes y auraient commis un "génocide". undefinedCe n'est pas la première fois que l'on se heurte à ce type de dogmatisme de la part  de gens issus de pays de culture musulmane, ainsi que je le raconte dans un livre à paraître.

Les conseillers de Bill Clinton qui dans les années 1990 ont soutenu les islamistes de Tchétchénie, de Bosnie et du Kosovo, à grand renfort de propagande dans ces trois guerres, ont réussi une belle opération : empêcher une alliance entre les peuples de culture chrétienne orthodoxe et ceux de culture musulmane. Il en résulte dans la vie de tous les jours que les gens qui ne sont ni orthodoxes ni musulmans comme moi et qui s 'efforcent simplement d'encourager les énergies à s'unir contre des logiques planétaires perverses n'arrivent absolument à rien (sauf à pondre de temps à autre des articles sans influence sur le cours effectif des choses). Les responsables du système politique mondial peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

Je l'avais dit aux lobbyistes serbes récemment : votre cause avancera le jour où dans vos manifs, non seulement il n'y aura plus qu'une minorité de drapeaux serbes, mais aussi quand vous aurez à vos côtés des Algériens, des Palestiniens, tous les non-alignés.

Autre mauvaise nouvelle pour l'anti-impérialisme en ce moment : ce salon du livre parisien consacré à Israël - une confiscation de la culture au service d'un projet idéologique qui maintient le Proche-Orient dans une triste situation depuis maintenant 60 ans... Quels éditeurs, quels auteurs se rendront à ce salon alors que les organisations pro-palestiniennes appellent au boycott ?

A part cela vous aurez noté que Chavez, Uribe et Correa se sont réconciliés. Ceux qui se sont empressés de hurler au projet de renversement de Chavez en sont pour leurs frais. Il y a toujours trop d'alarmisme autour de la question venezuelienne. Cela se retourne toujours contre ceux qui s'investissent corps et âme dans la défense de Caracas. Chavez, comme Uribe, sont des impulsifs. Il faut prendre en compte le côté imprévisible de ce genre de dirigeant et ne pas foncer tête baissée au premier froncement de sourcil. Si un jour le Venezuela est attaqué, je serai le premier à être solidaire contre l'agression. Mais il ne sert à rien de s'agiter à l'unisson de son bouillant président.
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Jeudi 6 mars 2008

Voici un article de Zivorad Stojkovic paru en 1989, qui témoigne du point de vue d'André Malraux sur le Kosovo en 1975. Malraux est loin d'avoir toujours eu raison sur tout. Mais sur le Kosovo il pourrait donner bien des leçons aux actuels soi-disants spécialistes français de l'ex-Yougoslavie...

FD

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L’histoire a condamné la Yougoslavie à mort et c’est aux fils albanais du Kosovo que revient l’honneur de lui porter le coup de grâce”, a déclaré, il y a quatre ans déjà, un des accusés, au tribunal de Belgrade où se déroulait le procès d’un “groupe d’irrédentistes albanais” composé en majorité de jeunes gens. A ces paroles proférées devant l’opinion publique yougoslave, je voudrais ajouter comme témoignage mes notes sur deux rencontres avec André Malraux, non seulement à cause des prédictions de l’écrivain, “légende de ce siècle”, mais aussi à cause des questions qui surgissent sans cesse des deux côtés de la barre des tribunaux et dans les destins des deux peuples, Serbe et Albanais. On peut penser qu’au-delà de l’hostilité exprimée par l’étudiant Kurtesi, il y a une certaine honnêteté dans sa révolte. Son attitude face au tribunal est émouvante, elle témoigne de l’aveuglement dans La condition humaine d’un endroit trouble, de plus en plus sombre. malraux-copie-1.jpg

André Malraux avait appris qu’Isidora Sekulic (1877-1958 - “une grande dame de la littérature serbe”) avait publié une critique de la Voie royale dans une revue de Belgrade en 1931, l’année même de la parution du roman. Et c’est avec enthousiasme qu’il parlait de ce texte dont il venait de recevoir la traduction : “C’est incroyable ! Ici ce roman était passé presque inaperçu et moi-même j’étais presque inconnu. Et voilà qu’une femme, à Belgrade, réfléchit à ce que je voulais dire par ce livre et sait le faire mieux que moi. J’aurais été heureux de lire cette critique, il y a une quarantaine d’années. C’est pour moi aujourd’hui une révélation a posteriori sur mon livre. Hélas, le temps me manque pour étudier votre littérature. Ce serait bien si j’arrivais à mieux connaître votre Moyen Age pour la Métamorphose des Dieux. La peinture murale en Serbie au XIIIe siècle est un grand moment de l’art médiéval européen. Il faudrait que j’aille dans votre pays. Byzance est un univers spirituel, mais ses styles, je n’aime pas ce mot, ses espaces plastiques sont divers”. Cependant, ce voyage posait un problème à Malraux. Il lui semblait impossible d’aller en Yougoslavie à titre d’écrivain et d’y être l’hôte de son éditeur de Zagreb ou de Belgrade, au nom duquel j’étais venu lui parler de la publication en serbo-croate de la Métamorphose. “Si je n’y vais que pour ce qui m’intéresse, on risque de mal comprendre que j’évite les rencontres. Et j’ai trop perdu de temps en réceptions protocolaires.”

Lorsque j’observais que Lamartine, traversant la Serbie à son retour d’Orient, avait refusé l’invitation du prince Milos, bien qu’il ait écrit par la suite des pages inspirées sur la Serbie et sa lutte de libération, Malraux, avec une étonnante rapidité, répliqua : “Lamartine a traversé la Serbie en poète, il n’est devenu ministre que beaucoup plus tard. Moi, j’ai été ministre d’État pendant dix ans.” Il me rappela que certaines obligations liées à la fonction ministérielle ne cessent pas avec elle et il ajouta quelques mots que je n’ai pas bien saisis. Soudain, l’homme d’État émergea de l’écrivain : “De toute manière, à ce qu’il me semble, les choses ne vont pas pour le mieux dans votre pays. Vous avez beaucoup de vaines dissensions, mais le vrai danger vient des Albanais. Prenez garde ! C’est de ce côté-là que peut venir le pire. Toutes les combinaisons associant l’Albanie sont possibles. Elle est contre tout et elle est isolée, mais elle est, actuellement, plus indépendante que les Grecs et que vous. Les deux blocs comptent sur elle, mais les Albanais, qui ont besoin de tout, survivent sans rien. A quel prix ? C’est une question que le communisme orthodoxe ne se pose pas. La tyrannie de Tirana n’est pas originale, mais elle est tout de même exceptionnelle. Il me semble que l’Albanie actuelle est une absurdité concertée et bien troublante ! Son orgueil forcené dans la pauvreté ne sera pas altéré par la condition que vous faites aux Albanais de chez vous. Je suis étonné que vous autres Yougoslaves ne compreniez rien de tout cela. Savez-vous que la seule frontière ouverte en Europe est la frontière albano-yougoslave ? Vous êtes fous ! Entre deux États qui ont les plus mauvais rapports du continent, on circule comme s’il n’y avait pas de frontière. Et ne me dites pas que c’est parce que là-bas vous êtes émancipés ! Non. Votre pays poursuit une politique nationale qui se joue de l’État. Les sentiments nationaux doivent se réduire à une appartenance simple et claire. Mais vous, vous prenez au sérieux, ce qui, chez les Soviétiques — hypercentralisés — n’est que de pure forme: “l’Union des Républiques”. Vous considérez votre État, ethniquement hétérogène, comme un État plurinational. Où cela mène-t-il ? Tous les État européens sont, en gros, centralisés, sauf la Yougoslavie. Ça ne vous dit donc rien ? La citoyenneté peut se substituer à la nationalité, sans menacer un sentiment humain aussi valable que le sentiment national. J’ai beaucoup de sympathie pour votre pays : j’ai admiré la Serbie durant la Grande Guerre ; j’ai été impressionné par l’organisation et la force de votre Résistance pendant la dernière guerre ; j’ai gardé le souvenir de la Yougoslavie d’avant-guerre, bien qu’elle fût une monarchie, pour son opposition au fascisme, pour avoir refusé de s’allier à L’Axe. Au prix d’une guerre ! Votre conflit avec Staline en 1948 est historique. Mais comment pouvez-vous relever le défi de votre indépendance, si vous n’êtes pas un pays fort et uni. Toutes ces divisions à bases nationales ne me disent rien de bon. Quel pays ne connaît pas de rivalités ni d’antagonismes régionaux, fût-ce au sein d’un même peuple ? S’ils ne le sont pas déjà, vos nationalismes peuvent être manipulés, pour vous affaiblir. La minuscule Albanie les exploite déjà et, je le crains, pour le pire. Qu’en sera-t-il des grandes puissances qui se mêlent partout de tout. J’entends parler de supputations liées aux accords de Yalta : on dit que toutes ces divisions administratives et les prérogatives données aux unités territoriales seraient une façon de jouer la carte du partage à fifty-fifty. Comme si Yalta avait été un partage, et non une tromperie de Staline à l’égard des deux autres “grands”. D’ailleurs, des trois “grands” d’alors, il ne reste plus que deux aujourd’hui. Voilà. Vous comprenez maintenant qu’en allant en Yougoslavie, je ne pourrais pas m’intéresser uniquement à votre Moyen-Age et à mes livres. Je regrette de souhaiter plutôt que de croire, pouvoir faire ce voyage. Pourtant, j’aimerais voir la Métamorphose publiée dans la langue d’une femme qui a si bien compris la Voie royale. “ Malraux parlait avec plus de difficulté apparente que dans la série télévisée, la Légende du siècle, projetée à l’époque ; mais sans énervement : il attendait que les mots se frayent une voie jusqu’à sa bouche, aiguisant, du coup, l’attention de son interlocuteur. La participation de son regard à son effort d’articulation donnait plus de force à ses opinions qu’à ses arguments. Dans un entretien précédent, il avait soutenu que la Chine et la Yougoslavie étaient indépendantes des Soviétiques parce que le guide de la Grande Marche et le chef du P.C. yougoslave n’avaient pas été des hommes de la Maison grise (le siège du Komintern à Moscou). “On m’a dit que je me trompais, mais, vous savez, l’exactitude et la vérité sont parfois deux choses différentes.” — Un biographe de Malraux a écrit à propos de sa manière de parler politique : “II y a là un mélange de vues pénétrantes et d’approximations aventureuses”. De nombreux historiens de l’art partagent, à peu près, la même opinion sur son Musée imaginaire ; mais d’autres considèrent que les improvisations de Malraux, voire même ses mystifications, sont plus intéressantes que certaines œuvres rédigées avec plus de compétences et de minutie.

Quelques mois plus tard, en été 1975, Malraux téléphona au Grand Palais et demanda qu’on vînt chercher le manuscrit qu’il voulait offrir à la Bibliothèque nationale de Belgrade. J’arrivai à Verrières-le-Buisson où il habitait, le soir, après les cours, au moment où il s’apprêtait à sortir. J’avais apporté un ouvrage sur les Fresques byzantines en Yougoslavie, publié à Belgrade en cyrillique. Il apprécia la richesse et la qualité des reproductions. Il ouvrit le livre au hasard et tomba sur le portrait du roi Milutin, fondateur de Gracanica. Malraux dit, sur le champ, comme s’il pariait : “Quatorzième !” Il se sentait si sûr de lui qu’il lui paraissait normal d’avoir deviné juste. Lorsque je lui traduisis la légende, il me demanda où se trouvait Gracanica, car ce nom semblait lui dire quelque chose. Je lui montrai le lieu sur la carte jointe au livre en précisant que l’église est située au Kosovo, le Champ des Merles. Il me demanda de lui répéter le nom de la région en serbe, soudain, sursautant presque, il s’écria : “Mais c’est déjà l’Albanie… mais oui, je vous le dis et vous verrez bien”, poursuivit-il sans chercher d’explication à mon étonnement. “Vous êtes inconscients, vous avez permis à votre peuple et aux Albanais de créer un enfer. On vous a joué un mauvais tour, mais tout le mal ne vient pas de là. Vous devez regarder en face la tragédie qui s’annonce. La haine n’est pas seulement un aveuglement, elle peut aussi être un chantage. Le sens des réalités peut la refréner à condition de rester ferme et plus sûr de soi que de la répression. Je souhaite à votre pays beaucoup de bien, mais je n’en vois pas venir, car je ne vous comprends pas, je l’avoue. Une guerre d’Algérie ne profiterait à personne et il ne faut pas garder rancune aux Yougoslaves de n’avoir pas compris nos difficultés. Vous êtes dans une situation néfaste. Vous avez raison, votre Algérie n’est pas outre-mer, sur un autre continent, elle est dans votre Orléanais. Si le Kosovo n’était que le pays de votre histoire, ce ne serait pas l’essentiel, mais il est au cœur de votre culture, et la culture, puisque c’est le bien le plus précieux que l’on possède, n’appartient jamais au passé. Je pressens plus que je ne comprends l’ensemble de la question. En plus de la détermination, il faut avoir le courage d’aborder toutes les possibilités de solutions raisonnables, ce qui ne veut pas dire des solutions molles. C’est absurde, j’ai l’air de vous donner des conseils, alors que je ne fais que parler sincèrement, en ami…”

En raison de ses difficultés d’élocution, Malraux articulait ses phrases mot à mot, comme s’il dictait ses monologues. Lorsque je notais ces rencontres, il m’était plus aisé de transcrire ses paroles, qu’il me semble encore entendre, que de les interpréter.

Après m’avoir remis le manuscrit, Malraux s’avisa qu’il n’avait pas rédigé la lettre de donation. Il me promit de l’envoyer. Elle parvint à Belgrade, quelques jours plus tard.

Monsieur l’Administrateur
de la Bibliothèque Nationale
de Serbie à Belgrade

le 29 Juin 1975

« Monsieur l’Administrateur,

Pour répondre à l’appel du comité de liaison créé en Sorbonne, j’ai remis à Monsieur Zivorad Stojkovic, le manuscrit de La Tête d’Obsidienne, qui doit vous être déjà parvenu.

Je voudrais en quelques mots vous donner les raisons de ce don. Tandis qu’aux heures les plus sombres de la dernière guerre, après Varsovie, Rotterdam et Dunkerque, des nations encore épargnées remettaient aux puissances du Pacte à trois leur destin et leur territoire, Belgrade, un matin du printemps 1941, s’est soulevée. Avec tout son peuple, elle choisissait la liberté alors que le continent tout entier s’était soumis. Les représailles qui suivirent furent à la mesure de la rage que son insoumission avait suscitée. Dès les premières heures du bombardement de la ville, commencé sans déclaration de guerre, des dizaines de milliers de vies humaines étaient anéanties et, avec elles, la Bibliothèque, institution fondamentale de toute culture nationale.

C’est en mémoire de ces événements que j’ai décidé de confier mon manuscrit à la Bibliothèque nationale de Serbie, aujourd’hui reconstruite. Je vois dans le destin de votre Bibliothèque le destin d’un peuple pour qui culture et liberté ne font qu’un. La dignité humaine, qui a toujours coûté cher à votre pays, inspire encore son indépendance.

Je vous prie de croire, Monsieur l’Administrateur, à tous les vœux que je forme pour celle-ci, pour le développement de la Bibliothèque, et pour vous même,
André Malraux »

Au cours de son Assemblée annuelle qui eut lieu le 27 mars 1988 à Belgrade, l’Association des écrivains de Serbie adopta à l’unanimité, entre autres, la décision suivante :

“L’Assemblée des écrivains de Serbie adressera une pétition aux organes juridiques compétents et à l’opinion publique yougoslaves les invitant à réclamer la mise en liberté de tous les détenus coupables de ce qu’on appelle “délit d’opinion” sur le territoire du pays tout entier et, en particulier, de ceux du Kosovo, qui sont les plus nombreux en Yougoslavie et dont la majorité est constituée par des jeunes et des mineurs. ”

Ce sont les entretiens annoncés entre la Société des écrivains du Kosovo et l’Association des écrivains de Serbie qui ont motivé cette pétition. La mise en liberté de ceux qui ne sont
“coupables” que d’exprimer une opinion différente, fût-elle erronée, créerait des conditions préliminaires considérablement plus favorables à des entretiens ouverts, réfléchis et tolérants, les seuls qu’il soit prudent de mener aujourd’hui, dans cet instant plus que grave.

La rencontre des écrivains albanais du Kosovo avec leurs confrères serbes fut organisée à Belgrade fin avril 1988 : les différences y prédominèrent et cela pas seulement en matière d’opinions. Des discours qui n’étaient au fond que des monologues rendirent impossible tout échange et confirmèrent que, sur les bancs des accusés et dans les prisons du Kosovo et de la Metohija se trouvent de nombreux jeunes Albanais à la place des véritables ennemis. Ils s’imaginent lutter pour une libération, alors qu’ils achèvent l’élimination de compatriotes d’une autre ethnie. Les peines sévères qui leur sont infligées retombent sur leurs victimes : des Serbes qui, chaque jour, reçoivent au Kosovo “le coup de grâce”.

Il est de plus en plus tard pour espérer que les défenseurs d’une foi qu’on leur a inculquée fassent preuve d’un autre courage, celui d’affronter la vérité de leur haine dans toutes ses significations, jusque dans ses intentions.

La rencontre des écrivains serbes et albanais à Belgrade n’a pas apporté de réponse à la question de savoir si l’on verra se réaliser le défi que le jeune Kurtesi avait jeté à la face du tribunal et qui est cité au début de cet exposé. Mais, des deux côtés, les écrivains ne peuvent pas nier que dans les régions centrales des Balkans, dans le sud de la République de Serbie, ne soit déclenchée une “Troisième guerre balkanique pour la création d’un second Etat albanais en Europe”. La poursuite des entretiens prévue pour la mi-mai(l) de cette même année, est peut-être le seul résultat favorable de cette première rencontre. En effet, la franchise en matière de divergences, fussent-elles diamétralement opposées, peut s’avérer plus fructueuse que les efforts pour les passer sous silence. Les écrivains albanais et serbes ont au moins éclairé les vrais problèmes de leurs nations, et aplani en même temps les voies menant à la compréhension mutuelle qui ne sera pas facile à atteindre. Une première tentative a été faite et son échec est plutôt un défi qu’une perspective décourageante.

(1) Sur proposition des écrivains albanais, la rencontre avait été fixée au 23 mai 1988 à Pristina. Les Belgradois acceptèrent cette invitation, mais leurs hôtes la retirèrent par la suite, si bien que la poursuite des entretiens n’a pas eu lieu.

Le récit des deux rencontres avec A. Malraux a paru dans Revue des Etudes slaves, fascicule 1, Paris 1984.

Zivorad Stojkovic, “Si le Kosovo est au coeur de la culture serbe. Deux rencontres avec André Malraux”, L’aventure humaine, hivers, n° 10, 1989, pp. 50-52.

 

par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Mercredi 5 mars 2008
Il y a trente ans, on attribuait à Marx, Freud, et Nietzsche, la vertu d'avoir introduit le soupçon dans l'ordre du discours. Notre époque, avec notamment le développement des sciences de la nature, est revenue à une certaine foi dans les énoncés assertoriques, et dans la légitimité du sujet à y accéder - notamment à la légitimité du sujet humain comme produit de la nature à produire un discours sur elle.

Et en même temps l'on nourrit désormais un plus grand scepticisme sur chacun de ces trois auteurs. De Nietzsche on n'est prêt qu'à garder un sens de l'exaltation de la volonté, et une critique du ressentiment, de Freud l'idée d'une activité inconsciente du cerveau (mais je crois que de moins en moins de gens adhèrent aux théories psychanalytiques construites sur du sable, et je m'en réjouis). Qu'a-t-on gardé de Marx ?

Toute l'eschatalogie philosophique empruntée à Hegel me paraît périmée. L'idée de dialectique ne relève plus que d'un snobisme rhétorique. Beaucoup de marxistes que je connais ne se réclament de Marx que par pur fétichisme, et bien peu ont mené une réflexion philosophique indépendante (je veux dire une réflexion qui prenne en compte tout ce que l'on peut savoir de nos jours), aux termes de laquelle ils pourraient dire en toute connaissance de cause ce qui est encore pertinent chez Marx. A mon avis, ce qu'il faut garder de Marx, c'est cette idée que les discours dominants protègent des avantages de classe, que des rapports de classe existent, et qu'il faut les organiser en luttes (mais non pas que ces luttes puissent s'organiser effocacement d'elles-mêmes) si l'on veut que les classes inférieures accèdent à un plus grand niveau de partage des pouvoirs et d'égalité. Cela étant, même si j'ai pris mes distances par rapport aux théories de Bourdieu, je pense tout de même que Marx doit être "filtré" au travers d'analyses comme celle de ce sociologue qui réintroduisent une meilleure approche de l'autonomie de certaines sphères intellectuelles, et même aller plus loin que Bourdieu, en reconnaissant que certaines activités intellectuelles - comme les sciences ou le droit - ont une force de contrainte intérieure, cognitive, si forte qu'elles sont absolument, dans leurs mécanismes profonds, largement indépendantes des rapports de classe (et des rapports de domination au sein des "champs" de professionnels qui en vivent).

Mais laissons ce point de côté pour l'instant.

Le grand mérite de Marx en son temps fut de rompre avec les dernières vieilles lunes idéalistes, queues de comète du christianisme, dont Hegel avait été l'exemple le plus éclatant (et la synthèse la plus remarquable). Marx prolongeant le geste libertin et les théories du XVIII ème siècle français replaçait l'humain dans sa naturalité matérielle.galaxy-copie-1.jpg

Aujourd'hui, plusieurs décennies après la "mort de Dieu" - qui ne subsiste que sous forme d'une fixation fétichiste identitaire chez les pratiquants des diverses religions -, nous pouvons considérer avec une lucidité particulière et sans aucun romantisme la question de la naturalité de l'humain (dont les théories de l'évolution ont éclairé tant de dimensions obscures), naturalité que l'humain connaît si bien qu'il en est même venu à pouvoir la manipuler par la technique, et façonner presque pleinement, dans les gènes, toute la nature à l'image de la sienne propre.

La naturalité humaine, comme sous-ensemble de la naturalité animale, elle-même sous-ensemble de la naturalité biologique prise en général est un phénomène que la science nous révèle avec une telle précision que la plupart des idéalisations mystiques ou esthétiques sur son compte relèvent plutôt du conte pour enfant, de la fable consolatrice, que du discours digne de foi. L'humain n'est qu'un sous-ensemble d'un règne biologique, né sur le Terre il y a 4 milliards d'années, et qui évolue en vase clos, perdu dans une galaxie minérale qui n'a rien produit d'équivalent et aux yeux de laquelle le vivant n'est qu'une forme parasite de l'étant - le bios est un parasite de l'oxygène apparu par erreur sur la planète Terre.

Par conséquent, sub specie absolutis, le règne biologique n'est qu'une absurdité, qui évolue en cercle fermé - les êtres vivants naissant, mourant, se nourrissant d'autres vivants selon les règles de la chaîne alimentaire, L'humain en tant qu'espèce n'est intéressant que pour lui-même, et le règne vivant ne l'intéresse que pour autant qu'il lui permet de survivre (ou pour autant que sa présence l'aide à soulager une culpabilité diffuse, comme c'est le cas chez de nombreux écologistes). L'ensemble du règne vivant est donc un processus complètement vain, et l'humain en son sein participe de cette vanité, même si les chimères qui naissent de son instinct d'animal social le soustraient la plupart du temps à ce rude constat.

Il me semble qu'il faut se tenir à cette frontière de la non-humanité, et même de la non-appartenance au règne biologique (ce que nous permet de faire le travail intellectuel), pour considérer en toute lucidité ce que sont nos vies et leur sens. Pour autant ce constat nous conduit-il au nihilisme quand il s'agit de morale et de politique ?

Sans doute pas. Car l'humain ne franchit jamais la fontière du non-biologique. Il est toujours, quoi qu'il fasse, dans le domaine de la vie - même le suicide, en tant qu'élimination de sa vie propre, ne lui permet pas de voir le monde du point de vue de la non-vie. Même à cette frontière - qui est le seul lieu de lucidité possible - l'humain ne peut pas vouloir autre chose que le bien de sa propre espèce, et du règne vivant en général, car il doit, s'il est rationnel, vouloir persister à être dans un monde vivable pour lui et pour ses proches.

Or la définition de ce bien - et c'est une leçon des derniers siècles, même si peu de gens encore la comprennent - ne peut être entendue que comme un bien global pour son espèce, c'est à dire en terme d'équilibres universels, qui accordent à chacun la plus grande part de liberté et de dignité, ce qui passe par un renforcement autant que possible (et là dessus on revient à Marx) de l'égalité. Ce bien ne peut être obtenu par des règles spirituelles que prônent les religions monothéistes ou le bouddhisme dans lesquelles à raison les marxistes ont vu des impasses, si elles ne se doublent d'une action concrète (au besoin, dans certains cas, d'une action violente). C'est en ce sens que, en vertu d'un paradoxe qui n'est qu'apparent, le combat contre les inégalités, contre les injustices planétaires, contre les logiques impériales, est le corrélat nécessaire du constat de l'isolement du règne vivant dans une galaxie minérale et du non-sens de son développement.

FD
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Lundi 3 mars 2008
P1000207.JPGJ'ai reçu ce weekend les épreuves de ma contribution au Cahier de L'Herne sur Chomsky traduite en anglais. J'ai repéré une petite erreur de mon traducteur, mais aussi une grosse bourde que j'ai probablement laissée dans la version française publiée en 2006. Je vous laisse le soin de la découvrir, je n'en suis pas fier... 

J'espère que ce livre aura une meilleure carrière outre-Atlantique qu'en France où très peu de gens ont pris la peine de le lire, de le commenter, le Centre National du Livre ayant même refusé de le subventionner, ce qui est rare pour les livres de  cette collection. En France il vaut toujours mieux être dans le camp de BHL que dans celui de Chomsky...
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Dimanche 2 mars 2008

Voici des témoignages sur la situation à Gaza trouvés sur http://www.france-palestine.org/. "Plus les tirs de roquettes Qassam s'intensifieront, plus les roquettes augmenteront de portée, plus la shoah à laquelle ils s'exposeront sera importante, parce que nous emploierons toute notre puissance pour nous défendre", a déclaré, vendredi 29 février, Matan Vilnaï, le vice-ministre de la défense israélien à propos des Palestiniens.  Chacun appréciera le choix du terme...

Restons solidaires avec la Palestine résistante !

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Ici c est la boucherie
publié le dimanche 2 mars 2008

Zacharia

 
je vous écris vite fait, j ai pas le net à portée de main, c ’est chaud de sortir, le café net est juste à côté du bureau de Hanyie, on préfère éviter
Ils ont tué plus d’une centaine , 80 civils beacoup d ’enfants, une petite fille de deux jours, un autre de six mois, c’ est l’ horreur totale, on ne dort plus on se fait bombarder sans discontinuer.

Je n’ ai jamais vu de gens aussi haineux,ce qui se passe ici est terrible, indescriptible et ils comptent bien continuer.

Hier c’était la journe la plus sanglante depuis le début de l intifada, c’ est à dire depuis 2000.

Tuer est systématique, sans limites, et ils savent très bien qui ils tuent, tout cela est calculé.

Ici tout le monde est à bout, les gens sont extenués, et personne ne sait quoi faire.

On se protège comme on peu, il n y a plus de place dans les hopitaux, il n y a pas de ciment pour construire les tombes, même les morts subissent l embargo.

Tout à l’ heure à Jabalia l’ armée a torturé trois hommes dans la rue et a laissé les corps inanimés, les ambulances ne sont pas arrrivé à les récupérer.

Ils tuent des familles entières, bombardent sans retenue, je suis incapable de vous décrire toutes les boucheries qui se passent ici, toutes les deux minutes il y a de nouveaux massacres, toutes les deux minutes les f16 qui tournent au dessus de nos têtes nous lachent un missile,

Je dois partir, j’ enverrai un texte plus détaillé aux missions civiles.

salamat

Zac

Massacre à huis clos
publié le dimanche 2 mars 2008

T. Hocine

 
Israël a poursuivi hier 1er mars sa politique de terreur. Voilà quatre jours que la bande de Ghaza fait face à un déluge de feu. Tous les bilans sontprovisoires tant les victimes sont nombreuses, et certains sites inaccessibles car les secouristes n’échappent pas eux aussi à la folie destructrice d’Israël, tandis que le silence de la communauté internationale devient pesant.
Pas un mot en effet pour condamner la répression israélienne, encore moins arrêter son bras assassin. Pis, certains ont même osé établir une symétrie – le terme étant à la mode – entre Palestiniens et Israéliens, autrement dit, mettre sur un même pied occupant et occupé. Parler de cette crise, comme s’il s’agissait d’une guerre classique, tout juste pour prendre fait et cause pour l’agresseur et culpabiliser les Palestiniens. Ou encore entreprendre un travail de falsification de la question palestinienne et ensuite accréditer la thèse israélienne de légitime défense.

Ahurissant quand on sait que les Palestiniens résistent à l’une des plus puissantes machines de guerre du monde et que c’est leur seule manière de rappeler leur existence à un monde qui voulait nier un tel fait. Et pourtant, l’histoire du Proche-Orient ne s’est pas arrêtée à la résolution 242 du Conseil de sécurité qui ne parle des Palestiniens qu’en termes de réfugiés qui ont besoin d’un foyer.

Dépossédés de leurs terres et de leurs droits, ils demandent justice, rien d’autre. Pas celle que certains veulent leur imposer, du genre homeland ou ce qu’on désigne sous l’étiquette de « droits politiques » qu’Israël accepterait de leur concéder quand il n’y a plus rien à prendre. C’est justement ce qui est en train de se dérouler avec une complaisance sinon une complicité souvent affichée, mais à peine avouée pour ne pas heurter les consciences. Ou du moins pour se donner bonne conscience. Ou plus simplement pour ces Etats, ne pas mettre en danger leurs intérêts.

Les Palestiniens n’occupent aucun territoire étranger et ne demandent qu’à recouvrer leur liberté. Ce qu’Israël leur refuse, avec une certaine complicité d’une partie de l’opinion internationale qui ferme les yeux justement sur cette question, s’agissant précisément de justice. Bien au contraire, cette dernière a donné de fausses illusions aux Palestiniens, accentuant leur amertume et leur désespoir.

C’était cela Olso en 1993 jusqu’à ce qu’Israël entreprenne de réécrire cet accord et de décréter sa mort, alors qu’on disait de lui que c’était un accord international et qu’aucune partie n’avait le droit de s’en retirer. C’est également cela la Feuille de route, un plan international que ses promoteurs n’ont pu appliquer en raison de l’obstination d’Israël à le vider de son contenu, principalement l’échéance de la création d’un Etat palestinien en 2005.

Et dire que de nombreux pays prompts à s’ériger en défenseurs de morale et de droit international tentent de trouver des circonstances atténuantes à Israël et à justifier ses crimes. Leur silence actuel est éloquent.


Publié par el-Watan http://www.elwatan.com/spip.php ?page=article&id_article=88554

 

par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Samedi 1 mars 2008

Les conservateurs de Sciences Po blâment ce qu’ils appellent la « passion égalitaire » des Français (peut-être l’expression est-elle de Tocqueville, je ne sais pas). A mon avis il ne faut pas avoir de « passion » égalitaire, car ce serait une passion déçue. Comme me le disait un ami, une jolie femme intelligente voudra toujours être au dessus du laideron idiot, un homme bien portant au dessus d’un handicapé, un riche au dessus d’un pauvre. C’est un besoin presque existentiel : celui de sauver sa peau, son confort de vie, au détriment de ceux d’autrui en essayant de se placer toujours "dans le haut du panier". C’est aussi inscrit dans l’instinct hiérarchique de tous les grands singes (lisez De Waal à ce sujet).

Il ne faut pas avoir la « passion » de l’égalité, mais il faut avoir une volonté égalitaire. C’est-à-dire vouloir rationnellement qu’il y ait le moins possible d’inégalités.  kmgd.JPG

Et au nom de cela il faut refuser notamment les inégalités entre les peuples.

Un ami me lisait hier le message de solidarité du souverainiste villiériste Paul-Marie Coûteaux adressé aux manifestants anti-sécession du Kosovo pour demain.

Le message n’est pas mal, sauf une petite fausse note :

« Chers amis, le peuple serbe est libre de son destin: mais il doit aussi être libre de choisir l'Europe qui lui convient; soit il choisit l'Europe libre, l'Europe des peuples souverains, celle qui n'a pas peur des peuples, qui s'appuie sur eux , et qui fait d'eux la première de ses forces. Soit il choisit l'Europe de Bruxelles, une fausse Europe, supranationale, quelquefois dictatoriale, soumise sur de très nombreux sujets à l'influence de Washington, qui parle anglais, ou plutôt américain, une fausse Europe de plus en plus hostile à la Russie tout en étant bienveillante vis à vis de la Turquie ! »

Certaines personnes me demandent quelles différences peuvent exister entre la gauche et la droite. Il y a dans ce « bienveillante vis-à-vis de la Turquie » une rancœur évidente à l’égard de ce pays qui ne cadre pas avec une idée qu’un homme de gauche peut se faire à ce sujet.

Pour un homme de gauche, qu’il soit souverainiste ou non, l’égalité entre les peuples prévaut, il n’y a pas des peuples « plus égaux que d’autres », et il n’y a ni croisade, ni « choc des civilisations » à organiser. La Turquie, l’Albanie, les Musulmans de Bosnie, ont autant leur place géographique et historique en Europe que les Serbes et les Ukrainiens. La Turquie a gagné sa place en Europe à partir du moment où les Européens ont perdu tout espoir raisonnable d’éradiquer sa culture des Balkans – c'est-à-dire le XVII ème siècle environ. On peut pour des raisons tactiques juger utile de tenir la Turquie ou même (si l'on et conséquent) les Pays-Bas hors de Union européenne parce qu’ils sont trop proches des Etats-Unis, mais on ne peut poser comme principe l’exclusion d’un pays quelconque et encore moins son exclusion sur une base purement religieuse, ce qui est la tendance souvent déclarée du souverainisme de droite.

Par ailleurs, la position de M. Coûteau s’appuie sans doute sur des rumeurs entendues récemment  - je crois que Paul Craig Roberts, un homme de droite lui aussi, les reprend à son compte - selon lesquelles l’indépendance du Kosovo serait un gage de Washington à la Turquie. Il semble plutôt que cette indépendance est un cadeau que Washington se fait à lui-même. En fait de « bienveillance » à l’égard de la Turquie, il y a surtout eu une promesse rompue (la promesse d’adhésion à l'UE) à l’égard d’Ankara, ce qui n’est pas tellement bienveillant… Toutes ces allusions anti-turques sont particulièrement absurdes quand on sait tout ce qu’il y a de turc dans la culture balkanique, qu’elle soit orthodoxe ou musulmane. J'ai peur que le message subliminal qu'entendront les Serbes dans cette manif parisienne demain c'est "la perte du Kosovo, c'est à cause des Turcs". Les Balkans n'ont vraiment pas besoin de cela. A quand, dans ce genre de manif, des messages de solidarité d'hommes ou d'organisations de gauche (Mélenchon ? voire le MRAP ?) pour ne pas laisser les esprits glisser sur cette pente négative ?

Mais revenons à cette affaire d’égalité. En dehors de l’utopie infantile gauchiste, deux grands courants au XX ème siècle ont voulu l’égalité rationnellement. La socialdémocratie, qui s’est aujourd’hui pratiquement effacée devant la version moderne de la charité chrétienne qu’on nomme le social-libéralisme, et le communisme bureaucratique, qui survit encore sur des îlots (Cuba, la Corée du Nord). Ces deux options méritent une analyse froide, équilibrée, loin des caricatures que les adversaires de l’égalité ont construites sur leur compte. C’est un sujet sur lequel il nous faudra revenir prochainement.

 

par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Dimanche 24 février 2008
Trop de blogs tuent les blogs. Je vois surgir de toute part des blogs de géopolitique alternative comparables à celui de l'Atlas alternatif. Comme dans le domaine des petits journaux, chacun lance son projet sans s'enquérir de ce qui existe déjà, sans rechercher des convergences. Et tout cela s'atomise à n'en plus finir. Triste constat. Cela fait presque dix ans que cela dure. O l'heureux temps où des partis politiques forts, et des Etats solides donnaient forme aux énergies individuelles !

Mais ce n'est pas de cela que je voulais parler aujourd'hui. Je songeais à cette phrase d'un mien ami alors que nous discutions de la Palestine : "mieux vaut la paix que la justice et que la vérité". En effet, selon le principe de justice et de vérité tout Palestinien exproprié en 1947 devrait récupérer ses terres au coeur même d'Israël - ce qui signifie abolir l'Etat sioniste -, mais alors il y aurait un risque qu'aucun apaisement n'intervienne entre les Israëliens qui devraient rendre leurs terres et les Arabes. Donc oublions la vérité et la justice, disait-il, et préférons la paix : deux Etats séparés. Option d'Oslo à laquelle même Bush prétend croire.

Transposons ce principe à nos combats : nous nous battons pour la paix. C'est à dire non pas en faisant preuve d'un pacifisme béat qui rejette toute idée de guerre, mais en faisant la guerre aux structures qui provoquent les guerres : l'OTAN, et toutes les institutions occidentales ralliées à l'interventionnisme (ce que nous appelons les "structures impériales" ou "impérialistes").
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Ce combat justifie-t-il que l'on se dise à soi-même et que l'on dise aux autres toute la vérité ? C'est une question très compliquée, que j'aborde dans un livre qui sera bientôt publié. Pendant la crise des Balkans de 1999-2000 certains pensaient : "nous pouvons nous dire en petit comité ce que nous pensons de Milosevic, ne pas nous raconter d'histoires sur son compte, mais en public nous devrions éviter de trop le critiquer". Il faut dire que la presse occidentale à l'époque inventait les pires absurdités sur son compte, le dépeignant à tort comme un "dictateur", voire un "boucher des Balkans". Devait-on pour autant reproduire la distinction instaurée par les philosophes antiques entre enseignements ésotérique (pour les initiés) et exotérique (pour le plus grand nombre) ? - cf aussi la distinction chez Trotsky entre agitation et propagande.

D'aucuns reprenaient l'idée de Chomsky de 1975 selon laquelle critiquer le gouvernement vietnamien dans la grande presse américaine c'eut été du même goût qu'attaquer la Résistance française dans la presse national-socialiste.

Voire... Le dilemme était cornélien (comme tout dilemme chez les lettrés) parce que, à ce moment là (spécialement au printemps 2000) la répression à Belgrade devenait très dure.

Comme j'ai la chance de ne pas être un leader d'opinion, et puisque mon blog n'est lu que par 30 personnes, je puis éviter une certaine langue de bois, et miser sur l'intelligence des gens en estimant que je puis dire du mal de Milosevic ou aujourd'hui de Poutine sans pour autant souscrire aux sottises proférées par la presse occidentale sur leur compte et sans perdre de vue que l'ennemi principal, la source des problèmes (et de la guerre), ce sont les structures impériales occidentales, bien trop puissantes et trop aveugles (pas Milosevic, ni Poutine).

Pourquoi vous raconté-je cela ? Parce que je vois bien qu'en ce moment la question russe devient une question fondamentale pour l'Europe : que faut-il penser de la Russie, comment faut-il la voir ?

Cela devient notamment une question cruciale pour les Serbes, qui sont embarrassés aujourd'hui d'avoir été jetés dans les bras de Moscou. Je comprends leur gène. En 1998, le père (libéral, pro-occidental) d'un mien ami serbe à Belgrade fut évincé de son poste administratif à l'université par un professeur de russe proche du Parti radical. On voit bien à quoi ressemble le milieu pro-russe à Belgrade : un monde de vieux patriotes tournés vers le passé. Et l'on comprend que cela n'emballait pas certains jeunes serbes qui avaient plutôt envie d'écouter les chansons d'Amy Winehouse ou de voyager à Paris. Tout ce traditionnalisme slavisant était très pesant, notamment pour les jeunes femmes (car il est très patriarcal), et pour les minorités. Je comprends tout à fait que lorsque la TV russe hier se réjouit de l'assassinat du premier ministre pro-occidental Djindjic en 2003, beaucoup de Serbes, même patriotes (et il y en a pljus qu'on ne croit, même dans les rangs du parti de Djindjic) aient ressenti un malaise et voient poindre au dessus d'eux l'ombre d'une Russie despotique qui les menace.

Je les comprends, comme je comprends les Polonais : j'étais à Varsovie en juillet dernier. Aucun Polonais même parmi les plus lucides sur l'impérialisme occidental n'a envie de tomber sous la coupe de Poutine. "Déjà, me disait un politicien de gauche, je ne peux pas faire confiance à un pays qui consacre toutes ses ressources au luxe de sa capitale - à Moscou tout est beau et cher, c'est une vitrine, alors que le reste du pays est pauvre". Vladimir_Putin.jpg

Je suis très conscient de tout ce qui ne va pas dans ce système russe. La corruption, l'autorisme. Il y a peu je conversais avec une jeune femme russe qui est dans les affaires à Paris. Elle me parlait des entrepreneurs arrêtés arbitrairement, des gens enlevés sans raison par la police. "Je me sens plus en sécurité en France" disait-elle. Je cotoie aussi des marxistes français qui s'inquiètent des persécutions que le régime inflige à une certaine extrême gauche russe (même si par ailleurs beaucoup de gens sincèrement de gauche à Moscou soutiennent Poutine)

En même temps, comme beaucoup d'opposants au régime euro-états-unien, je ne peux pas ne pas être admiratif devant ce système poutinien, cette vaste entreprise de restauration nationale autour des ressources énergétiques (un appareil d'Etat largement adossé à Gazprom, et ce même si cela n'est pas pleinement recommandable du point de vue de l'intégrité financière). Tout cela est tellement plus noble que la déchéance eltsinienne, que la "grande braderie", la "grande prostitution" des années 1990. L'an dernier à Tiraspol je discutais avec une jeune Russe qui me disait "lors de la dernière allocution télévisée de Poutine, nous avions les larmes aux yeux et nous avons sorti notre meilleur champagne pour fêter ça". Comment ne pas voir que cet Etat russe fort est une bonne chose, pour le peuple russe (y compris les plus pauvres, moins soumis aux caprices des multinationales), et pour l'équilibre planétaire ? Comment ne pas voir que sans la force de l'Etat russe, Chavez au Venezuela serait fragilisé, les Balkans plus balkanisés, l'Europe encore plus américanisée ?

Voilà des choses qui doivent se dire et qui doivent se faire comprendre. Il n'y a pas de choix aisé en politique. Je ne suis pas très heureux de savoir que certains de mes amis belgradois devront subir à nouveau le poids de vieilles lunes sous l'influence des pro-russes, mais je suis satisfait que Poutine défende l'intérêt des minorités harcelées au Kosovo, et une vision du pluriethnicisme balkanique auquel les Occidentaux, avec leur folie pro-UCK, ont de fait renoncé. Et l'un ne va pas sans l'autre, cela il faut bien l'admettre.

A ce propos, j'indique à ceux que ça intéresse un débat sur le thème de l'élection présidentielle russe qui réunira demain à Paris M. Vladimir Tchourov, président de la Commission centrale électorale de la Fédération de Russie, M. Michel Lesage, professeur émérite à l'Université de Paris 1, M. Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre. Les références de ce débat sont indiquées sur le blog de ce dernier (http://www.chevenement.fr/). Je crois qu'il faut s'inscrire un petit peu avant par email.

Frédéric Delorca

par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Samedi 23 février 2008
Intéressant de lire B92 et Ria Novosti en ce moment. Un journal Koweitien accuse l'OTAN de répandre l' "épidémie séparatiste" à travers le monde. Un journaliste russe à la TV se félicite du fait que le premier ministre serbe Djindjic ait été liquidé en 2003 - du coup vague d'émoi chez les lecteurs de B92 http://www.b92.net/eng/news/society-article.php?yyyy=2008&mm=02&dd=23&nav_id=47912, et la question surgit : la Russie est-elle vraiment un bon allié ? Poutine a  menacé d'intervenir militairement si la KFOR outrepassait les résolutions de l'ONU au Kosovo (notamment après son action au service des poseurs de postes de douanes) et si l'UE reconnaissait unanimement le Kosovo.
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Côté occidental la bêtise reste de rigueur. A preuve cette déclaration de l'ex-député suédois Bo Inge Andersson (rapportée par un serbe, il faudra quand même vérifier http://www.b92.net/eng/news/your_comment.php?nav_id=47889) sur SVT (ma chaîne de TV publique): “by attacking the US embassy and other embassies, Serbia is declaring war.... even Hitler gave time for embassies to evacuate before he declared war” . Une de mes correspondantes se demande s'il faut y voir une réhabilitation plus ou moins consciente du nazisme...

En tout cas personne ne parle de la victime morte dans l'incendie de l'ambassade états-unienne, et pour cause : c'était un Serbe du Kosovo victime du nettoyage ethnique en 1999 - http://www.b92.net/eng/news/politics-article.php?yyyy=2008&mm=02&dd=23&nav_id=47924. Si ç'avait été un citoyen américain, ça aurait fait le "une" de vos journaux préférés.

En Serbie le perdant est le président Tadic, réélu avec la promesse que les Serbes auraient et le Kosovo et l'entrée dans l'UE il a déserté piteusement les manifestations de cette semaine. L'opinion publique lui en veut. Si les élections législatives se tiennent bientôt son parti reculera sans doute.

Beaucoup de gens lorgnent vers la Republika Srpska de Bosnie : qu'attend-elle pour faire sécession ? Le proconsul de l'ONU s'est inquiété d'un vote du parlement pour l'autodétermination la nuit dernière - http://www.b92.net/eng/news/region-article.php?yyyy=2008&mm=02&dd=23&nav_id=47929.
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Samedi 23 février 2008
En regardant ce clip, on est frappé par la beauté des images, l'idéal de liberté qu'elles évoquent. Et, en même temps, on ne peut pas s'empêcher de songer que ce type qui skate et qui va rayer les portes du musée d'Orsay (de toute façon, il s'en fout, quelque immigré africain ira nettoyer ça pour lui, ou le contribuable - celui qui bosse sous un ciel gris, celui qui n'a pas de skate - paiera) fait partie des gens qui ont voté pour Sarkolène et qui veulent donner des leçons de démocratie - au besoin par la force - aux Soudanais, aux Irakiens, aux Cubains et aux Serbes. Ce skater n'est au fond qu'une des multiples images du consommateur idéal. L'homme qui consomme sa ville, le patrimoine architectural qu'elle recèle (et plus qu'un patrimoine - tous les sacrifices d'un pays, et toutes les gloires d'une cultures qui ont fait exister cette architecture), sa propre vie, la vie des gens autour de lui, réduits au rang de simple décor, son monde. Le consommateur criminel.

Au paradis du totalitarisme bobo, le meilleur côtoie toujours le pire.

par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Vendredi 22 février 2008

Un article de l'agence russe Ria Novosti :


" Kosovo: la solidarité musulmane va-t-elle fonctionner?

Par Maria Appakova, RIA Novosti  OCI-copie-1.jpg

La liste des pays prêts à reconnaître le Kosovo indépendant s'accroît progressivement. Mais de nombreux pays, dont des Etats arabes et musulmans, hésitent encore, bien que Washington les pousse à faire preuve de solidarité avec les musulmans du Kosovo. Quelle en est la cause?

Au cours d'un point de presse qui a suivi la proclamation de l'indépendance du Kosovo, le sous-secrétaire d'Etat américain pour les affaires politiques Nicholas Burns a salué la reconnaissance de cette démarche par l'Organisation de la conférence islamique (OCI) et donc par les gouvernements des Etats faisant partie de cette structure: "Nous considérons comme très positif le fait qu'un Etat musulman, un Etat à majorité musulmane, ait été créé aujourd'hui".

C'est aux Européens de décider si M. Burns a raison ou pas. Même sans cela, les médias occidentaux, y compris américains, débordent de préoccupations liées à la création d'une enclave musulmane au sein de l'Europe, qui pour l'instant demeure majoritairement chrétienne. La question de l'identité européenne est des plus douloureuses. Elle se pose sans cesse, tantôt lors de l'examen de la Constitution européenne et des perspectives d'adhésion de la Turquie à l'UE, tantôt lors du règlement des problèmes des immigrés, ou bien encore pendant les troubles qui ont suivi la publication de caricatures de Mahomet dans la presse européenne. Mais, répétons-le, cette discussion est l'affaire des Européens. De même que les nouvelles tentatives de Washington de jouer sur le facteur islamique.

A l'heure actuelle, la question la plus importante est de savoir si le cas du Kosovo constituera un précédent pour d'autres territoires. C'est là que réside la cause de l'incertitude de nombreux pays, dont des Etats musulmans, quant à l'opportunité de reconnaître l'indépendance du Kosovo, du moins, ils ne s'empressent pas de figurer parmi les premiers à le faire. Le simple facteur de la solidarité islamique, sur lequel comptaient les Etats-Unis, n'est pour l'instant pas "opérationnel".

Parmi les premiers pays membres de l'OCI à avoir reconnu, presque immédiatement, l'indépendance du Kosovo, on trouve la Turquie, l'Afghanistan et le Sénégal. Trois Etats sur les presque soixante membres de cette organisation. Les autres attendent, en premier lieu à cause de la menace potentielle d'une scission intérieure et/ou d'une éventuelle déstabilisation de la situation chez leurs voisins. Citons simplement quelques zones potentiellement dangereuses: l'Iran, avec des enclaves kurdes et azerbaïdjanaises, le Maroc, avec son problème du Sahara occidental et les troubles réguliers au sein de la population berbère. Le même problème berbère se pose en Algérie. Ajoutez-y d'importantes communautés chiites installées sur les territoires des monarchies du golfe Persique. Les chiites constituent près des deux tiers de la population du Bahreïn, environ 15% en Arabie Saoudite, 11% au Qatar, et 17% aux Emirats arabes unis. Les relations entre ces communautés et le pouvoir central sont loin d'être faciles. La situation en Syrie est, elle aussi, potentiellement explosive. Bien qu'apparemment, la situation soit stable, il suffirait pour le pouvoir central de fléchir quelque peu pour que les conflits intercommunautaires deviennent manifestes. Nul ne doute cependant que la situation dans ce pays est loin d'être aussi difficile qu'au Liban et en Irak.

D'ailleurs, aucun habitant de ces zones explosives n'a encore eu le courage de se déclarer prêt à suivre l'exemple kosovar. Et ce, pas seulement parce que, du point de vue juridique et politique, il ne serait pas tout à fait justifié de comparer ces situations avec celle du Kosovo. Le danger de l'indépendance du Kosovo réside en premier lieu dans le fait que cette décision a été prise sans l'aval des Nations unies, grâce uniquement au soutien des Etats-Unis et de certains Etats européens. C'est-à-dire que la conjoncture politique l'a emporté sur le droit international. Par conséquent, tous ceux qui souhaiteront suivre l'exemple des Albanais du Kosovo pourront jouer le même jeu. Tout dépend de ce qui est le plus avantageux pour Washington. Et c'est justement ce que cherchent à comprendre ceux qui pourraient éventuellement suivre la voie kosovare et ceux qui redoutent la réalisation d'un tel scénario dans leurs pays.

Ce n'est pas un hasard si, quelques jours après la proclamation de l'indépendance du Kosovo, les Kurdes ne se sont toujours pas décidés à suivre cet exemple. Et ce, bien que le problème kurde soit le plus souvent cité par analystes et médias, notamment aux Etats-Unis et en Turquie, dans ce contexte. La question est de savoir comment dire "non" aux Kurdes en ayant dit "oui" au Kosovo.

La situation kurde rappelle beaucoup celle du Kosovo. Mais la donne politique n'est pas favorable aux Kurdes. La plus grande part des territoires majoritairement kurdes se trouvent répartis dans quatre pays: Turquie, Irak, Iran et Syrie. Aussi grand que soit le désir de Washington de piquer au vif Damas et Téhéran, il ne sapera jamais les intérêts d'Ankara, son partenaire et allié de longue date. Qui plus est, les Américains ne se mêlent pas des opérations militaires menées par la Turquie contre les "séparatistes kurdes". En ce qui concerne les Kurdes irakiens, ils ont eux-mêmes besoin du soutien des Etats-Unis, qui leur garantit la sécurité et de considérables dividendes politiques et économiques. C'est pour cette raison que les Kurdes ne se jettent pas sur l'occasion d'être les premiers à emboîter le pas aux Albanais du Kosovo, et qu'Ankara peut déclarer sans crainte qu'il reconnaît l'indépendance du Kosovo.

A la différence des Kurdes, les Palestiniens, eux, ne sont pas restés muets. Yasser Abd Rabbo, l'un des conseillers du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, vient de déclarer que les Palestiniens pourraient suivre l'exemple du Kosovo et proclamer unilatéralement la création d'un Etat indépendant si le dialogue avec Israël ne donnait pas les résultats escomptés. Ceci a, il est vrai, été aussitôt démenti par d'autres hommes politiques palestiniens de haut rang, dont Mahmoud Abbas, qui préconise la poursuite des négociations. Encore une fois, la question n'est pas de savoir si la situation ici ressemble ou non à celle du Kosovo, aussi grande que soit l'aspiration de Washington à tout réduire à cela, quand il prétend que la proclamation de l'indépendance du Kosovo est un cas unique. Tout est beaucoup plus simple: pour l'instant, les Etats-Unis soutiennent par tous les moyens, et même promeuvent, la poursuite des négociations palestino-israéliennes et insistent sur une proclamation rapide de l'indépendance de la Palestine. Si la donne change, les Palestiniens se souviendront sans aucun doute de l'exemple du Kosovo. Et ils seront soutenus dans cette voie par d'autres forces dans le monde musulman.

En attendant, la majorité des gouvernements continuent à calculer ce qui leur reviendra le plus cher, reconnaître l'indépendance du Kosovo ou bien conserver la neutralité sur cette question.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur."  http://fr.rian.ru/analysis/20080222/99861431.html

PS : ci-dessous la carte des reconnaissances du Kosovo publiée par RIA Novosti (pas très actualisée, il y manque le joli "non" de Chavez. Une version plus grande est sur http://fr.rian.ru/img/99870800_free.html. Notez que parmi les Etats non reconnus, Chypre du Nord a reconnu le Kosovo http://www.tiraspoltimes.com/news/kosovo_recognized_by_northern_cyprus_no_people_can_be_forced_to_live_under_the_rule_of_another.html

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par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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