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Vendredi 15 février 2008
Quand Deleuze disait "il faut écrire pour les animaux", il ne voulait pas dire qu'il fallait écrire à l'intention des animaux, mais à leur place. On peut trouver difficile à comprendre mes références à Deleuze au milieu de considérations sur le combat anti-impérialiste ou sur Sarkozy. C'est que je ne peux pas encore trop me permettre de tout expliciter. Il faudrait d'abord poser des jalons, c'est-à-dire publier des livres. Car les deux livres déjà publiés ne suffiront jamais à faire comprendre où j'aimerais en venir. monastere-copie-1.jpg

Or écrire des livres prend du temps, beaucoup trop de temps. C'est pourquoi je me suis limité à deux autres ouvrages sous le pseudo Delorca, en plus des deux déjà publiés. Reste maintenant à trouver les éditeurs, trouver des éditeurs sérieux, qui n'ont pas trop mauvaise réputation (ce qui est fort difficile quand on s'inscrit dans une certaine "dissidence"). Quand les livres seront publiés, je pourrai m'appuyer sur eux pour expliciter un peu mes référence, préciser un peu mieux mon point de vue. Pour le moment c'est difficile.

Essayons un peu par exemple sur cette citation de Deleuze. Deleuze pensait que l'artiste et le philosophe devaient exprimer la vie dans leur écriture, avec le même degré de vérité que pourrait le faire un animal s'il savait écrire. Pour lui, l'écriture et l'art se résumaient à cela. C'était une lutte pour libérer dans l'expression une vie que l'humanité cherche toujours à figer, à refouler.

Avant hier je prenais un verre avec mon camarade X., qui depuis des semaines me reproche de ne pas laisser suffisamment passer la vie dans un des deux ouvrages que je souhaite publier. Et pour cause : ce livre je n'ai cessé de l'expurger au cours des six années passées, d'une version à l'autre. En un sens l'éditrice Colette Lambrichs à qui j'avais passé mon manuscrit en 2004 m'avait déjà adressé la même critique. Evidemment depuis 2004, au fil des remaniement et des autocensures, cela n'a fait qu'empirer. Mais je dois dire que cela ne me dérange nullement. J'accepte tout à fait que ce livre soit à l'état de ruine partielle, comme Rome après la mise à sac par les barbares. Les ruines sont parfois belles, par ce qui a disparu d'elles autant que par ce qui en demeure.

X. m'a encore fait aujourd'hui le procès de m'écarter de la vie, non pas dans l'ordre de l'écriture, mais dans celui de l'action politique, parce que j'ai refusé de me rendre à la manifestation sur le Kosovo dimanche prochain. En réalité je crois avoir de bonnes raisons de ne pas m'y rendre : je trouve que depuis plusieurs années les organisations serbes de France ne fournissent pas assez d'efforts pour créer des "fronts communs" avec d'autres groupes qui ont des intérêts communs avec eux, et grâce auxquels ils pourraient conférer une dimension universelle à leur message. Au lieu de collectionner les drapeaux serbes dans leurs manifs, ils devraient choisir des slogans larges comme "respect du droit international" "sécurité collective en Europe" et s'allier à des groupes qui ont les mêmes intérêts qu'eux. Dans leurs manifs je voudrais voir des associations de défense des Roms (qui sont aussi, comme eux, des victimes de l'intolérance de l'UCK albanaise), ou de protection des femmes victimes du commerce sexuel (souvenez vous que le proxénétisme a explosé au Kosovo après le retrait de l'armée serbe en 1999). Je l'ai déjà dit, du reste, à des organisateurs de précédentes manifs. Sans succès : le repli sur soi l'emporte toujours hélas, cela va avec le communautarisme de notre époque. Et évidemment ce n'est pas à la veille de l'organisation d'une manif qu'il faut se réveiller et penser aux autres groupes qu'on aurait dû lui associer. Ces choses se pensent et se négocient sur le long terme. Du coup ce qu'ils font devient contre-productif au regard même des idées qu'ils veulent défendre.

X., disais-je donc, me reprochait, plus ou moins à mots couverts, ai-je cru comprendre à travers ses mails de cet après midi, d'être "hors de la vie" en refusant d'aller manifester dimanche. A travers cela je décèle toute une critique profonde de ma façon de me positionner politiquement, de trop rester derrière mon ordinateur par exemple. On pourrait en effet soutenir que si je parlais plus souvent et plus directement avec des organisateurs serbes qu'en pondant une fois tous les trois ans un message sur leurs forums communautaires, j'aurais peut-être convaincu, et contribué à faire évoluer certaines choses (mais on peut aussi à l'inverse en douter, je suspends mon jugement à ce propos). On peut refaire l'histoire dans tous les sens avec des "si". On peut aussi se rappeler combien un certain retrait peut être utile à la préservation d'une liberté, d'une énergie, d'une flamme toujours difficile à entretenir. L'important en tout cas - et X. a raison sur ce point - c'est de ne pas perdre de vue la vie. Ne pas être hors d'elle, notamment dans le travail d'écriture. Ou du moins ne pas l'être trop. Je ne détaillerai pas davantage tout cela. Quand les bouquins sortiront (s'ils sortent un jour !) je m'expliquerai davantage. Et j'en dirai un peu plus aussi (si toutefois j'en ai le temps, le goût et l'énergie) sur des sujets complexes esquissés sur ce blog comme la question de la place du fameux "projet de gauche" ou, pourrait-t-on même dire, du "geste de gauche" dans le monde actuel.

Affaire à suivre.

par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Vendredi 15 février 2008
"Ecrire c'est toujours écrire pour les animaux"

Gilles Deleuze
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Vendredi 15 février 2008
J'ai reçu ceci hier ceci : "RASSEMBLEMENT CE DIMANCHE A 15 H, PLACE DE LA REPUBLIQUE, PARIS 11EME EN PROTESTATION CONTRE LA DECLARATION D'INDEPENDANCE DU KOSOVO QUI EST ILLEGALE. PREVENEZ TOUS VOS AMIS, VOS PROCHES."

D'aucuns m'incitent chaudement à y assister. Evidemment je suis archi-hostile à l'indépendance du Kosovo de la manière dont elle s'est faite (alors que, sans la pression des Etats-Unis, une solution plus juste, basée sur une large autonomie de la province, ou sur une partition, aurait été possible). Une fois de plus, comme en 1991, on ouvre la boîte de Pandore du redécoupage des frontières en Europe. L'Occident joue avec le feu, fait le jeu des extrémistes, ce n'est pas nouveau hélas. Aujourd'hui une bombe a explosé dans les quartiers nord de Mitrovica. Certains agités albanais sont déjà prêts à parachever le nettoyage ethnique antislave et antirom de 1999.

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Rien de nouveau sous le soleil, en effet. Et les menaces contre la Russie avec nos sombres manoeuvres en Ukraine vont dans le même sens hélas.

Evidemment, quelles qu'aient été les erreurs des dirigeants serbes ou de leurs supporters à tel ou tel moment de l'histoire (et, quand on parle des Balkans, il faut parfois remonter à des dates très anciennes), et quels qu'aient été les crimes de guerres commis (mais il y en eut dans tous les camps), je crois que notre devoir est de nous tenir aux côtés de ceux qui, aujourd'hui, défendent le droit international, l'intégrité des Etats, la paix en Europe, contre les apprentis sorciers. Or les garants du droit international en ce moment, les remparts contre les folies impérialistes, ce sont les Serbes.

Pour autant les manifestations comme celle de dimanche sont elles la meilleure façon d'exprimer son refus de cette politique irresponsable ? Je n'en sais rien, et même, pour tout dire, j'en doute, mais je conçois toutefois que certains y décèlent une arme politique efficace. Affaire de sensibilité.

En parlant de paix, je lisais ce matin cet extrait d'un discours de Barack Obama que citaient les libertariens d'Antiwar.com :

"I think the pundits have it wrong. I think the American people have had enough of politicians who go out of their way to look tough, who say one thing in a caucus and another in a general election. When I am the nominee of our party, the choice will be clear. My Republican opponent won't be able to say that we both supported this war in Iraq. He won't be able to say that we really agree about using the war in Iraq to justify military action against Iran, or about the diplomacy of not talking and saber-rattling. He won't be able to say that I haven't been open and straight with the American people, or that I've changed my positions. And you know what? The American people want that choice. Because I believe that's what we need in our next President.

"We've had enough of a misguided war in Iraq that never should have been fought – a war that needs to end." - http://www.antiwar.com/justin/?articleid=12366-

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Justin Raimundo sur ce site fait l'éloge d'Obama et voit en lui le nouveau candidat du camp anti-guerre après le retrait de Ron Paul. Il y a un mois pourtant on nous expliquait ailleurs qu'un Obama avec Brzezinski  parmi ses conseillers(le "père" de la guerre d'Afghanistan version 1979) c'était la même chose qu'une Hillary Clinton avec son Holbrooke (http://www.divergences.net/spip/spip.php?article230). L'antisioniste Alan Dershowitz et l'ex reaganien Paul Craig Roberts soutenaient cette thèse. Qui croire ? J'observe que les opposants iraniens sont très remontés contre Obama et Brzezinski, en qui ils voient des empêcheurs de faire la guerre aux mollahs - http://www.iran-resist.org/article3963. Brzezinski l'auteur d'un mode d'emploi pour démanteler la Russie rallié au camp des colombes de la paix ? Ce serait quand même assez étrange...

par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Samedi 9 février 2008
Depuis longtemps déjà la politique médiatique française se perdait en futilités, ignorant le plus souvent ce qu'il se passe au delà des frontières, et les vrais problèmes de ce monde. Un nouveau pas fut franchi avec la "people-isation" de la politique sous la houlette de Mme Royal et M. Sarkozy en 2006-2007. Les effets sur les institutions sont assez désastreux, notamment pour la fonction présidentielle : une compagnie d'aviation croit pouvoir utiliser le président et sa nouvelle épouse pour une publicité, le Nouvel Obs révèle un envoi de SMS du président à son ex-femme... undefined

Le président, attaqué, à défaut d'imposer une autorité naturelle qu'il n'a pas, fait donner les canons de la justice, et porte plainte au pénal, contre les journalistes. Une manoeuvre peu respectueuse de la profession comme l'a souligné Reporter sans frontières, parce que les employés du Nouvel obs vont être contraints de révéler leurs sources. La violation du secret professionnel des journalistes est d'ailleurs de plus en plus répandue. Un journaliste d'un blog en avait fait les frais récemment dans une affaire concernant les services secrets. Comme les journalistes sont très dociles à l'égard du pouvoir politique pour tout ce qui touche aux enjeux importants de l'humanité (les manoeuvres au Proche Orient ou contre la Russie par exemple), ils n'inquiétent nos dirigeants que pour leurs histoires sentimentales. Mitterrand avait déjà montré son hypersensibilité sur ce thème, en installant une pitoyable cellule d'écoutes à l'Elysée pour espionner des gens au fait de ses secrets (à propos de l'existence de sa fille cachée). Sarkozy tout aussi susceptible, préfère utiliser la justice pour inquiéter les chasseurs de scoop. Rien de très glorieux.

Pendant ce temps, le totalitarisme soft continue de gagner du terrain. Les normes sécuritaires ou hygiénistes se multiplient. "Le tabac est déclaré hors la loi" titre le journal de ma mutuelle ce mois-ci - grâce à la loi interdisant la fumée sur le lieu de travail, dans les cafés, les lieux publics, ce sont désormais les trottoirs, dernier refuge des fumeurs, qui empestent l'odeur du tabac : impossible de marcher dans la rue sans avoir un fumeur devant soi. Impossible aussi de rester 10 minutes sur un quai de gare sans entendre 25 consignes, sur la cigarette, l'étiquetage des bagages, la nécessité de ne pas se tenir trop près de la bordure du quai... Pour vous tous, mes chers compatriotes, qui êtes de gros bébés incapables de vous imposer même face à un nouveau-né de 3 mois, le gouvernement met à votre disposition un "numéro vert" que vous pouvez appeler gratuitement si votre bébé pleure de trop... Vous en avez de la chance !

Et comme vous n'êtes tous que des enfants écervelés, le gouvernement, avec l'aide du Parti socialiste, a fait ratifier par le Congrès, à votre place, le traité de Lisbonne, qui valide ce que vous aviez rejeté par référendum il y a peu. Mais avouez le : vous n'êtes pas descendus dans la rue pour dénoncer cette "confiscation de souveraineté". Vous n'avez pas constitué des comités de quartiers. Vous n'êtes pas allés sonner chez votre voisin pour lui demander ce qu'il en pensait. Vous l'avez laissé regarder TF1, qui appelait cela un "mini-traité" (combien de pages déjà dans ce mini-traité ?). Jean-Luc Mélenchon sur son blog peut jouer les vieux politiciens à la tribune d'un meeting, ses accents très "Troisième République" ne vous émeuvent manifestement plus.

debray-copie-1.jpgRégis Debray, qui n'est pas toujours très pertinent dans ses remarques, dit parfois quand même de belles choses sur notre société. Je vous recommande son dernier papier dans le journal Le Monde, à propos de l'utilitarisme de notre temps, cette manie abrutissante qu'ont les gens de s'affairer, de se faire croire qu'ils ont des projets importants, cette obsession de rentabiliser chaque minute, chaque rencontre avec autrui, et ce en croyant valoriser de la sorte une image de soi comme homo faber (ça il ne le dit pas, c'est moi qui le rajoute). Cette tentation, j'y ai moi-même cédé en écrivant toutes sortes de livres, et toutes sortes de blogs, lus par moins de dix personnes.

Je me suis promis d'arrêter cette année. Je termine la rédaction de mon dernier ouvrage (le huitième). Après cela je (re)deviens insouciant : ouvert aux possibilités de l'instant.

Au fait, je salue les journalistes transdniestriens, qui ont jeté un coup d'oeil sur mon blog cette semaine. Ce sont des privilégiés qui s'ignorent. Ils habitent un très joli pays.
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Mercredi 30 janvier 2008
Un bon article dans les pages "Rebonds" de Libé du 29 mars qui ne mâche pas ses mots. Les derniers sondages ne donnent qu'une très légère avance au candidat pro-européen Tadic (que l'Europe n'a aucunement aidé par ses choix désastreux). On a le sentiment que la machine à exclure la Serbie du concert européen et à la transformer en mouton noir fonctionne à plein rendement malgré les énormes efforts fournis par les Serbes depuis 8 ans pour satisfaire les attentes occidentales. Cette machine, qui repose entièrement sur la stupidité de nos gouvernants, risque, en prime, de déstabiliser tous les Balkans, l'ex-URSS, et renforcer les logiques de guerre.

Citoyens français quand cesserez vous de voter bêtement Sarkozy, Royal, et Carla Bruni ? quand commencerez-vous à agir pour changer la politique étrangère de votre pays ?

F. Delorca

ps : un lecteur du blog de l'Atlas, hier, me faisait remarquer que ce n'est pas si grave. Si la Serbie échappe aux griffes de l'UE pour se rapprocher de la Russie ce n'est pas si mal, me  disait-il. Comme je le raconte dans un bouquin que j'espère arriver à publier cette année, les militants anti-OTAN raisonnait de la même manière en mars 2000, en plein ambargo, quand il n'y avait plus un litre de lait dans les magasins de Belgrade. Ces militants oublient que la population civile, si les pro-Russes l'emportent, paiera un prix très lourd, comme elle le faisait pendant l'embargo. Même si politiquement cela affaiblit l'Empire, je dois aussi penser aux prix que paieront les populations. Un prix qui devrait aussi intéresser les "activistes" chaudement installés dans une situation professionnelle stable en Occident.

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Rebonds
 
Fatale erreur dans les Balkans
Par Bernard Guetta
mardi 29 janvier 2008
      
 

Par bêtise, par lâcheté, l’Europe a programmé une crise imminente.  Avec sa bénédiction, les Albanais du Kosovo s’apprêtent à proclamer leur indépendance.  Leur décision est annoncée. Ils n’attendent plus que les jours, les semaines au plus, qui suivront l’élection présidentielle serbe de dimanche car ils savent - c’est dit - que l’Europe et les Etats-Unis reconnaîtront leur Etat.

Cela semblera normal aux opinions occidentales.  Elles se féliciteront que les Kosovars puissent exaucer leur vœu de se séparer de la Serbie, mais un précédent va se créer, formidablement inquiétant et dangereux.   Il le sera d’abord pour les Balkans, car, lorsque les puissances occidentales auront avalisé cette modification des frontières d’un Etat membre de l’ONU, c’est toutes celles de la région qui seront menacées.

Si les Kosovars peuvent faire approuver la sécession de leur province parce qu’ils la souhaitent et qu’ils sont à 90 % albanais et non pas serbes, pourquoi les Serbes et les Croates de Bosnie-Herzégovine ne pourraient-ils pas se prévaloir, demain, du même droit et souhaiter se rattacher, les uns à la Serbie, les autres à la Croatie ?

Pourquoi les Albanais de Macédoine ne se sentiraient-ils pas encouragés à reprendre les armes pour sortir de ce pays où ils sont trop minoritaires à leur goût ?   Et pourquoi la minorité serbe du Kosovo n’invoquerait-elle pas, à son tour, son «droit à l’autodétermination» ?  Les Occidentaux jouent avec le feu.

L’Europe risque de susciter là de nouveaux conflits qu’elle aurait à résoudre puisque les Balkans ont vocation à l’intégrer.  Non seulement l’Union se tire dans le pied, mais elle se contredit elle-même, dans la plus totale incohérence.

Elle s’était attachée, durant toutes les guerres de Yougoslavie, à faire respecter les anciennes frontières intérieures de la Fédération, devenues frontières internationales. Elle s’était battue pour que soit maintenu le pluralisme ethnique des Etats nés de l’éclatement yougoslave.  Elle en avait fait un absolu, une exigence morale si essentielle que c’est au nom de cet idéal qu’elle avait prolongé le conflit bosniaque par son refus d’une Grande Serbie et aujourd’hui… les Etats-nations ?

La cohésion ethnique ?  C’est alors par là qu’il aurait fallu commencer.  Ce n’eût pas été si scandaleux, absolument pas, mais il y a, en revanche, une stupéfiante légèreté dans ce tête-à-queue si porteur d’une renaissance des tensions, dans ce manquement, aussi, à la parole donnée puisque les Occidentaux s’étaient engagés à Dayton à ne pas rouvrir la question kosovare.

Et ce n’est pas tout, car au nom de quoi, deuxièmement, l’Europe condamnerait-elle maintenant un sécessionnisme flamand, lombard ou catalan ?  Sur quelles bases les Occidentaux refuseraient-ils, demain, d’approuver l’indépendance de Taiwan ou de toutes ces régions qui ont d’excellentes raisons d’aspirer, sur tous les continents, à voguer seules ?

En favorisant la multiplication de micro-Etats, c’est sa stabilité et celle du monde que l’Europe ébranle, et du même coup, de surcroît, elle offre à la Russie le plus grand pays des Balkans : la Serbie.

Elle est si consciente de ce danger supplémentaire qu’elle a convaincu les Kosovars de ne pas proclamer leur indépendance avant que les Serbes n’aient voté.  Elle a tenté de préserver les chances du président sortant et proeuropéen, Boris Tadic, de ne pas rendre inévitable le triomphe de son adversaire nationaliste et prorusse, Tomislav Nikolic, mais la Serbie est tellement humiliée par l’Union que c’est aux investissements russes qu’elle s’est d’ores et déjà ouverte.

Quel que soit le résultat de dimanche, la Russie s’est acquis une tête de pont à Belgrade, dans une région où l’Europe a tant accru les défis qui l’attendent, et pourquoi l’Union lui a-t-elle tant prêté la main ?

Parce que l’Amérique considérait que l’indépendance du Kosovo était inéluctable, qu’elle l’encourageait, et que les Européens - au lieu de clairement dire qu’ils auraient toutes les raisons de ne pas la reconnaître - ont cru habile d’agiter ce spectre pour amener la Serbie à proposer aux Kosovars une autonomie si large qu’ils ne puissent pas la refuser.  Inquiets, les Européens croyaient favoriser une négociation, mais ils n’ont réussi qu’à la rendre impossible car, dès lors que le Kosovo avait la certitude qu’il n’avait qu’à rejeter tout compromis avec Belgrade pour réaliser son rêve, sa route était tracée.  Les Kosovars ont repoussé tout maintien d’un lien avec la Serbie. Ils ont tenu bon, gagné, et l’Europe a perdu - par bêtise et lâcheté.

 

par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Samedi 26 janvier 2008
Si vous souhaitez entendre le "sage" Edouard Balladur dans le rôle de l'extrémiste occidentaliste proclamer, aux côtés d'Alain Finkielkraut, que l'Occident aujourd'hui ne commet plus de crimes dans le monde, et redouter que les barbares nous imposent leur loi, écoutez en podcast : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/repliques/index.php?emission_id=14.

Test : Si vous supportez d'écouter cela pendant plus de deux minutes, c'est que vous n'avez peut-être pas tout compris au monde dans lequel nous vivons.
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Vendredi 25 janvier 2008
"La Traite des Noirs ayant été abolie, et les esclaves émancipés, le moyen le plus facile d'exploiter le travail des nègres était d'occuper les régions où ils vivaient ; or il se trouva qu'en outre, ces pays contenaient diverses matières premières précieuses. La cupidité ne fut qu'un des mobiles, le plus important d'ailleurs, de l'impérialisme africain ; mais il y eut un cas, celui de l'Etat "libre du Congo, où il semble avoir été le seul.(...) Les autorités ordonnaient à chaque village de récolter et apporter une certaine quantité de caoutchouc, autant que les indigènes pouvaient récolter et apporter, en négligeant tout travail pour leur propre subsistance. S'ils n'apportaient pas la quantité requise, on emmenait leurs femmes comme otages dans les habitations ou harems des employés du gouvernement. Si cette méthode échouait, on envoyait des troupes d'indigènes, dont beaucoup étaient cannibales, dans le village, pour répandre la terreur, en tuant quelques hommes s'il le fallait ; mais afin d'empêcher le gaspillage des cartouches, ils devaient ramener une main droite pour toute cartouche employée. S'ils visaient mal, ou employaient la cartouche pour du gros gibier, ils coupaient la main de personnes vivantes, pour arriver au chiffre nécessaire. La conséquence fut que, d'après l'estimation de Sir H. H. Johnston, confirmé par les autres sources impartiales, en quinze ans la population indigène fut réduite d'environ 20 millions à 9 millions à peine. Il est vrai que la maladie du sommeil contribua un peu à cette diminution ; mais la propagation de cette maladie fut fort accélérée par la façon dont le roi Léopold transportait les otages d'un bout à l'autre de la colonie.

On se donna énormément de peine pour garder secret le meurtre systématique, dont usait le royal capitaliste pour obtenir des bénéfices."


Bertand Russell, Histoire des idées au XIX ème siècle, Gallimard, Paris, 6 ème édition 1951 p. 347-350

N'oublions pas que le pillage des ressources du Congo au profit du système de consommation occidental continue de nos jours. La guerre encouragée par les Etats-Unis dans l'Est de ce pays depuis 1998 a fait plus de 4 millions de morts. Chiffre qui - comme les 1 millions de morts en Irak depuis 2003 - laisse de marbre les bonnes âmes prêtes à toutes les croisades contre les ennemis de l'Occident (au Darfour ou ailleurs).


genocide_congo
envoyé par caidland
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Vendredi 25 janvier 2008
Il y a peu (http://delorca.over-blog.com/article-13501368.html) nous mettions en doute l'optimisme de ceux qui anticipent une revanche prochaine du Tiers-Monde sur l'Occident, compte tenu notamment des aléas des batailles technologiques. Voici un document qui ne peut que renforcer notre scepticisme : http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/Com8788SpecialPNanoMar-Jun05FR.pdf.
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Vendredi 25 janvier 2008
valmy_.jpg Encore un exemple de "pari conservateur" de gens de gauche, le Comité Valmy qui, dans un texte récent - sur http://www.comite-valmy.org/spip.php?article19 - retraçait l'historique instructif des initiatives d' "union sacrées" sur des bases patriotiques et nationales, émanant du Parti communiste français, des années 1940 à nos jours. 

On a le sentiment que, alors qu'Alain Soral mise sur le Front national, le Comité Valmy parie sur les gaullistes.

Point commun entre les deux : un égal ressentiment à l'encontre de l' "altermondialisme" plus ou moins identifié au trotskisme.

Là encore, je suspends mon jugement.
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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Vendredi 25 janvier 2008
Transnistria_State_Flagsvg-copie-2.png Un exemple de la propension des gens de gauche à davantage compter sur la droite conservatrice pour défendre leurs intérêts que sur les partis de gauche ou de centre-gauche, cet article paru dans le Tiraspol Times du 4 janvier 2008 : Ron Paul wins in Transdniestria (http://www.tiraspoltimes.com/news/ron_paul_wins_in_freedom_loving_transdniestria.html). La Transnistrie comptait plus sur la victoire à l'élection présidentielle américaine du candidat républicain anti-néo-cons Ron Paul pour pouvoir défendre son particularisme (y compris ses acquis sociaux hérités de l'URSS) que sur celle du Parti démocrate. Jean Bricmont dans le dernier film de Béatrice Pignède dit aussi beaucoup de bien de Ron Paul.
par Frédéric Delorca publié dans : delorca
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