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Le blog de Frédéric Delorca

Néocolonialisme sur France 2

5 Octobre 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Toutes nos félicitations au journaliste de France 2, pour le reportage qu'il a effectué aux frais du contribuable français, et pour la rédaction de France 2 qui l'a diffusé à 20h22m38s (selon le timing du site http://www.france2.fr/)  le 7 octobre 2007. Dans ce reportage tourné à Bulawayo (Zimbabwe), le journaliste fait l'apologie d'une famille de fermiers anglais blancs qui refusent de quitter leur ferme de 7 500 hectares. ""Ils voulaient construire un complexe hotelier", nous explique ce reportage, mais le parti du président Mugabe a envoyé des "squatteurs" sur leurs terres. Conclusion du reportage : "Bientôt si rien ne change il ne restera au Zimbabwe ni ferme ni fermier, que des terres en friche". 800px-Flag-of-Zimbabwe-svg.png

Jolie conclusion, n'est-ce pas, qui signifie que les paysans noirs installés sur les terres des blancs ne sont pas capables de les cultiver. "Des terres en friches", car le Noir ne sait rien planter... Un discours bien connu...

Nous voici de retour au XIX ème sècle. L'imagerie coloniale légitimée, banalisée, servie aux foules au journal télévisé de 20 h. Quel monde, messieurs les journalistes et les politiciens, souhaitez-vous construire sur cette base ?

Avec des reportages comme celui-là, on oublie la glorieuse lutte de Mugabe, du MPLA angolais, du Frelimo mozambicain, avec leurs alliés cubains, contre le régime de l'apartheid (Mandela lui-même a reconnu que sans eux l'apartheid existerait encore). Les blogs réactionnaires plastronnent et demandent " le jugement de Castro, Kim-Jong-Il, Poutine, Mugabe" par des cours à la solde des occidentaux (http://jcdurbant.blog.lemonde.fr/2006/12/12/pinochet-castro-quand-on-aime-on-compte-pas/). La dignité des paysans sans terre noirs du Zimbabwe compte pour du beurre. Triste époque vraiment.

Eteignons les postes de TV. Ecoutons plutôt de vieilles chansons progressistes. 
Par exemple "Radio Africa" de Latin Quarter 1986

"Mozambique and Mugabe
Still got Frelimo I hear them say
But 'Exchange' means.
'Recession' means." (cliquez sur http://fr.youtube.com/watch?v=Gl5JUfvcE7g)

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Impérialisme, structures étatiques, oppositions

4 Octobre 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Dans le débat sur la Birmanie autour de l'article de Jean Bricmont ressurgissent de vieilles discussions qui ont parcouru la gauche française au début des années 1980 sur la question de savoir si Solidarinosc était ou non une structure à la solde de l'impérialisme américain (j'ai d'ailleurs longuement parlé de cela avec Piotr Ikonowicz, une des figures de ce syndicat, qui soutient que celui-ci était profondément "bolchévique" dans son essence, avant que la CIA ne le récupère après l'état d'urgence).

Resituons le problème dans son ensemble. Il existe un phénomène global, qui est le déséquilibre mondial des richesses et des moyens de coercition (idéologiques, militaires). Ce déséquilibre est à l'origine de ce que l'on appelle l'impérialisme occidental (ou euro-états-unien).

Dans le monde se trouvent des Etats (comme la Russie ou la Chine - la France de De Gaulle à certains égards, quoique moins nettement) dont les intérêts pour des raisons historiques ne sont le plus souvent pas compatibles avec ceux de l'Empire euro-états-unien (je dis bien "le plus souvent" car il y a aussi des exceptions, la Russie ayant aidé les Etats-Unis contre l'islamisme en 2001, la Chine les aidant sur le plan financier). Ces Etats jouent un rôle de contre-pouvoir utile, dont profitent certains pays du tiers-monde comme le Venezuela par exemple. Des Etats plus petits dont les ressources ou les position stratégique sont convoitées par l'Empire euro-américain. Tel fut le cas de la République fédérale de Yougoslavie et du Congo naguère, ou aujourd'hui de la Birmanie et de l'Ouzbékistan.

Je ne dis pas d'ailleurs que l'Empire euro-états-unien a une vision toujours très précise des enjeux économiques et politiques autour de ces Etats. En leur sein, les "stratèges" (membres de thinks tanks, responsables de la planification militaire) en sont conscientes, mais les politiciens et leurs médias se laissent aussi emporter par une forme d'autopersuasion idéologique qui excède souvent l'importance de l'enjeu (cas des phénomènes de diabolisation autour de la Yougoslavie par exemple). Ceci d'ailleurs leur fait commettre beaucoup d'erreurs (comme par exemple de considérer comme des ennemis des régimes qui pourraient être leurs alliés).

Les structures étatiques des pays du tiers monde méritent d'être analysées froidement, avec leurs avantages et leurs inconvénients, sans sousestimer la diffucté qu'il y a de construire ou maintenir des Etats dans des nations jeunes, qui ont subi le poids du colonialisme et endurent encore tous les inconvenients du système économique et politique mondial dominé par l'Empire.

Les oppositions méritent notre intérêt aussi, on ne doit pas les considérer "a priori" comme vendues à l'Occident. Je suis pour ma part venu au combat anti-impérialiste à travers l'opposition yougoslave - des anarchistes qui n'étaient pas du tout pro-américains. On ne peut pas faire à l'opposition birmane, ou à l'opposition iranienne par exemple le procès d'être "par essence" pro-impérialiste (de même qu'on ne pouvait le faire à Solidarinosc). A force de trop réduire la politique à des données binaires, on encourra l'accusation qu'Orwell pendant la guerre d'Espagne adressait aux staliniens : de liquider les possibilités de "troisième voie" et renforcer ainsi, en définitive, un ordre des choses profondément réactionnaire.

Donc il faut éviter les procès trop "hâtifs" aux oppositions locales des pays dans la ligne de mire des forces impérialistes.

Mais à l'inverse on est en droit aussi, de demander à ces oppositions de faire preuve de responsabilité, et de faire preuve d'une licidité à l'échelon planétaire et non seulement nationale. Il est un temps pour la contestation, et un temps pour la résistance aux forces qui instrumentalisent les révolutions. Quand les dollars de l'étranger (et plus précisément des officines occidentales) pleuvent sur une révolution (ou lorsque les missiles de l'OTAN sont pointés sur vous), il vaut mieux l'interrompre et se rallier à une logique d'unité nationale quitte à reprendre la lutte nationale plus tard. C'est ce qu'une partie de l'opposition yougoslave avait compris à l'époque des bombardements. Mais il faudrait que les opposants le comprennent aussi quand les bombes se transforment en subsides. Et cette demande que l'on adresse aux oppositions nationales des "pays cibles" - tout en ayant peu de chances d'être entendue car ce genre de conseil "extérieur" est toujours trop facile à donner quand on vit dans des conditions bourgeoises en Occident - on est a fortiori fondé à l'adresser aux "internationalistes" occidentaux, qui, eux, sont beaucoup moins directement concernés par la situation des "peuples cibles" puisqu'ils n'en font justement pas partie. On est en droit de dire comme Bricmont, lorsque les dollars pleuvent : "Restez chez vous. Ne manifestez pas pour le National Endowment for Democracy".

Est-ce à dire que l'on se résigne à ce que les "pays cibles" soient à jamais soumis à des structures autoritaires ? Je ne le crois nullement. Au contraire, en ôtant à ces pays le complexe de la forteresse assiégée on leur donne des chances de s'assouplir progressivement (sans pour autant se rallier à l'Empire). Si les partisans des "révolutions oranges" en Occident, comprenaient cela plutôt que de céder aux émotions médiatiques, ce serait un grand bénéfice pour l'ensemble de la planète.

Les petits Etats (Brimanie, Syrie etc) comme les grands (Russie,Chine) sont des contrepoids régionaux parfois utiles. 

Ce sont des structures étatiques, donc nécessairement répressives à un certain degré comme l'est tout Etat, et d'autant plus répressives dans des pays où la tradition de la critique politique n'est pas très développée et repose sur une une base sociale très mince. D'autant plus répressive aussi, disons le, lorsque la base sociale qui soutient la critique est largement dépendante de la culture occidentale et de ses financements (les Alliances françaises, les ONG subventionnées par le National Endowment for Democracy ou USAID).

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Le débat sur le Myanmar (Birmanie)

3 Octobre 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

A huit ans d'intervalle, voici que se reproduit à gauche le débat qui avait eu lieu à propos de la République fédérale de Yougoslavie en 1999-2000, mais cette fois à propos de l'Union du Myanmar/Birmanie : faut-il ou non soutenir l'opposition dans ce pays ?  Shwedagon-pagoda.jpg

Les arguments avancés dans un sens et dans l'autre sont toujours les mêmes, les protagonistes aussi : on retrouve notamment Jean Bricmont (http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=5501) qui avait éclairé le débat sur ce thème dans son livre dont un article a aussi servi de préface à l'Atlas alternatif et qui est paru chez Aden l'an dernier ( pour les autres intervenants http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=5504, http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=5510).

Le débat est complexe. C'est un débat éthique et politique. Signe de cette complexité : la contributrice américaine "Népal" de l'Atlas alternatif, Lauren Leve, qui se dit tout aussi anti-impérialiste que moi ,m'a transmis pour signature une pétition de soutien à l'opposition birmane.

J'ai refusé de signer avant même que d'avoir lu l'article de Bricmont, sur la base de l'article que j'avais publié sur le blog de l'Atlas alternatif (http://atlasalternatif.over-blog.com/article-12585905.html) le 24 septembre (je crois que cet article a un peu inspiré Bricmont lui-même). J'ai exposé que, sachant que les USA (le National endowment for democracy) ont investi beaucoup d'argent dans l'opposition Birmane, que la Birmanie construit un oléoduc vers le Yunnan et est une alliée de la Chine, je ne signerai une telle pétition que si j'obtiens des garanties que l'opposition birmane est anti-impérialiste.

Ceux qui ont soutenu les nationalistes albanais au Kosovo en 1999 ont dû accepter de les voir en 2003 chanter la louange de Bush lorsqu'il a envahi l'Irak. Je n'ai aucune envie d'avoir dans le monde de demain une Birmanie alliée des USA qui privera la population du Yunnan de son accès au pétrole, fragilisera la Chine, et votera avec Washington pour le bombardement de l'Iran ou pour la partition de l'Irak. Les équilibres planétaires sont une réalité face à laquelle il faut faire preuve de prudence.

Je suis assez d'accord avec l'argument de Bricmont selon lequel notre ignorance sur les pays dont on nous parle doit nous inciter à refuser de manifester sur commande à l'appel de nos médias. Un article sur antiwar.com hier disait que si l'on avait moin isolé la Birmanie depuis quelques années (par des embargos), la population aurait connu une libéralisation progressive comme au Vietnam. En tout cas ce n'est pas au moment où de grandes insurrections éclatent, financées par Washington, qu'il faut soutenir une opposition, car c'est le meilleur moyen de devenir l' "idiot utile" d'une "révolution orange" supplémentaire. Il faut la soutenir bien avant, lorsque cette opposition n'est "pas encore" tombée dans l'escarcelle impérialiste. 

Je note que Meyssan aussi est  intervenu dans le débat sur le Réseau Voltaire. Etrangement Europalestine s'en fait l'écho alors que ce n'est pas son sujet (http://www.europalestine.com/spip.php?article2802). J'observe aussi qu'en Transnistrie (où j'étais en juillet), le groupe de jeunes guévaristes "Proriv" manifeste en solidarité avec les opposants birmans (http://www.tiraspoltimes.com/news/transdniestria_youth_in_solidarity_with_burmas_freedom_and_democracy_protesters.html). En juillet ils décoraient l'ambassadeur américain en Moldavie. Ne sont-ils pas les pions d'une future "révolution orange" à Tiraspol ?

En tout cas le "levier" médiatique des bonzes est assez bien trouvé. Ils sont l'image incarnée de la paix comme le Dalaï Lama. Pourtant la presse chinoise, elle, s'évertue à citer des cas de violences commises par ces jeunes moines. Mais cela n'intéresse pas les Européens.

La carte de la religion est une bonne carte pour l'impérialisme. Les Etats-Unis - dont le Département d'Etat publie chaque année un rapport sur l'état de la liberté de religion dans le monde - ne se privent pas de l'utiliser, notamment contre l'Ouzbékistan (je viens de terminer d'écrire un article sur ce sujet, je le mettrai bientôt en ligne).
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