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Le blog de Frédéric Delorca

Cuba, desde el Sur

25 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Nous déjeunions à midi, le Dissident internationaliste (appelons le ainsi) et moi, avec une petite dame peut-être septuagénaire qui enseigne la philosophie à l'université de La Havane - elle était en partance pour un congrès à Séoul, et passait la nuit à l'ambassade (c'est une intellectuelle de très haut niveau, elle a présidé la fédération internationale des sociétés de philosophie). Elle nous a parlé du projet auquel elle participe avec d'autres chercheurs latino-émaricains pour dégager une vision "du Sud" ("desde el Sur politico") de toute la philosophie et de toute la science politique. Certaines subtilités de la démonstration en langue espagnole m'ont échappé (surtout le coeur des références à Marx) mais on voyait bien dans quelle mouvance (celle de la contestation de l'occidentalocentrisme), ô combien intéressante, son travail se situait. Nous avons aussi parlé de la situation politique de son île.

Depuis plusieurs mois, je compare Cuba et le Vénézuéla. Mon passage à l'ambassade de Cuba l'an dernier m'avait déjà inspiré quelques réflexions là dessus qui figurent sur ce blog. Bien sûr une individualité ne peut résumer un peuple, mais je trouvais chez cette théoricienne un mélange de modestie, de sérieux et de bonne volonté dont je ne pouvais m'empêcher de songer qu'il a quelque chose à voir avec le profil actuel de son pays, quelque chose de très différent de ce que je ressens quand je passe à l'ambassade du Vénézuéla. Il y a une sorte de profondeur cubaine qui est réellement très attachante.
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Pasdaran

24 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Mardi, France culture diffusait une émissions sur la guerre Iran-Irak, où on lisait des lettres de jeunes combattants au front, des missives enflammées, mystiques, qui parlaient beaucoup des astres, du soleil, de la lumière (peut-être une réminiscence du zoroastrisme ou de la religion d'Ahura-Mazda). Peut-être recopiaient-elles servilement des modèles culturels préétablis, mais sans doute pas toutes. Pour que, sans résistance, des milliers de jeunes fanatisés se jettent dans la fournaise de la guerre, il fallait bien que ce mysticisme du martyr fût sincère chez beaucoup d'entre eux. C'est d'ailleurs ce qui effraya tant l'Occident et l'URSS à cette époque là (du moins jusqu'à ce qu'ils fussent certains que le verrou "Saddam Hussein" ne sauterait pas, après quoi Washington put armer les deux camps jusqu'à épuisement complet des deux peuples).

Cette mobilisation des soldats iraniens restera comme une page importante de l'histoire des religions. Et il n'est pas étonnant qu'aujourd'hui les Pasdaran à la retraite soient le pilier du patriotisme iranien.

On peut se demander d'ailleurs si toute guerre n'est pas au fond une expérience sinon mystique (y compris éventuellement d'un mysticisme laïque) du moins existentielle, dans un sens très profond, parce que tous les paramètres vitaux sont remis en cause, et tout le raport à autrui bouleversé (à commencer par le "tu ne tueras point"). D'où le difficile retour à la vie civile après ça (voir le film "Le capitaine Conan" par exemple).  Le rôle des anciens combattants, sur cette base, devient ensuite, comme celui du clergé séculier, problématique, à la fois en dedans et en dehors, gardiens d'un souvenir dont les gens de "l'arrière" et encore plus les nouvelles générations n'ont pas eu l'expérience directe, et dont ils ne comprennent pas le sens. Sans qu'on sache vraiment qui, au fond, de l'ancien combattant ou du civil, détient la vérité sur le destin collectif de la société, qui est le mieux à même de dire quelque chose de pertinent sur son avenir. 

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Fragiles alternatives

23 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

J'entendais tantôt dans un train de la banlieue ouest de Paris une petite cheftaine (pour situer son profil sociologique : une maghrébine quadragénaire) narrer par le menu à ses petites camarades (des grosses dames africaines) la manière dont elle sanctionnait les retards de ses subordonnés, et les divers menus manquement à la discipline, comment elle en rendait compte à "sa hiérarchie", quelle rectitude elle mettait dans le blâme, car il y allait de la "crédibilité" de son "management". Elle parlait d'une fille : "Elle est très productive. La plus productive de toutes. Mais elle a le manque de ponctualité dans le sang - elle est même arrivée en retard le jour de son bac. Elle lutte contre ce naturel. Mais elle n'y arrive pas. Alors je la sanctionne".

Un petit parfum du micro-fascisme qui fait le quotidien exitentiel dans le monde capitaliste d'aujourd'hui. La nana a un moment s'est exclamé : "En plus je dois former des Marocains pour qu'ils appliquent nos procédures. Pendant 5 jours. Après ils rentrent au Maroc. S'ils n'ont pas compris au bout de 5 jours, j'irai les former sur place. Peut-être que quand ils seront formés l'activité sera délocalisée et je serai virée par ceux que j'aurai instruits. Ce serait marrant. Bon remarque sur le coup je ne me marrerai sûrement pas". Etrange tous ces gens qui travaillent avec l'épée de Damoclès de la disparition pure et simple de leur activité de l'horizon français.

Bien sûr tout le monde sait que ce système ne fonctionne pas. Qu'il broie les ressources de la planète, les vies humaines, tout ça pour pouvoir gaspiller toujours plus, s'abrutir toujours plus, et terminer sous Prozac ou Lexomil.

Mais personne en Europe n'a la force de rechercher autre chose, et sans doute personne ne l'aura sans grande catastrophe (tant que l'Etat  providence amortira les effets les plus immédiatement douloureux du capitalisme).

Et ne croyons pas (comme on le pense parfois) que les pays "non occidentaux" ou victimes de l'Occident sont plus assoiffés d'alternatives que nous. Je lisais un forum serbe hier sur l'arrestation de Karadzic. Les gens qui y dédendaient  le point de vue "occidental" y étaient aussi nombreux et aussi virulents que les tenants des arguments "patriotiques" (or le sens de l'opposition patriotique est le premier jalon du combat pour l'alternative dans ce genre de pays). C'est une loi sociale bien connue qui veut que le point de vue du plus riche fasse toujours beaucoup d'adeptes. Il se pare de mille vertus du seul fait qu'il émane des puissants.

Sur un autre continent, je lisais hier un bon texte de Znet sur l'avenir de la révolution bolivarienne. Très bon article éloigné des apologies creuses (je pense à une militante d'un cercle bolivarien qui, l'an dernier, me disait détester les intellectuels à cause de leur propension à la réflexion critique !). Znet n'est pas accessible ce soir, mais je crois que l'article était sur www.zmag.org/znet/viewArticle/18238. Il soulevait quelques problèmes réels : sur le risque qu'Obama séduise une partie des Latinos (alors que Bush était un utile repoussoir), sur les problèmes que le Pérou et la Colombie posent au bolivarisme, sur l'autonomie croissante de Correa face à son allié vénézuélien.

Les alternatives sont fragiles.
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Népal

20 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Je vous l'avais dit : cette révolution népalaise allait se heurter à des résistances. Nous y sommes. Mais la presse française n'explique rien : juste que les partis politiques se querellent. Il y avait une dépêche sur le site du Monde là dessus aujourd'hui. Je me suis dit qu'il fallait creuser. J'ai écumé les blogs et sites de presse népalais pour comprendre le rôle des puissances étrangères - l'Inde, l'Occident - dont tout le monde savait qu'elles n'ont pas intérêt à la victoire d'une révolution dans ce coin. Tout est devenu limpide à partir d'un commentaire sur le rôle de Sitaram Yachuri. Ca a donné l'article que je viens de publier sur http://atlasalternatif.over-blog.com/article-21380052.html. Merci Internet de nous aider à recomposer vite les puzzles !

215 abonnés ont reçu l'article. Voyons s'ils le lisent.

Au passage j'ai découvert toutes les haines que s'attire le Parti communiste indien depuis qu'il s'est retiré de la coalition gouvernementale de centre-gauche à cause de la coopération nucléaire avec les Etats-Unis. Il passe pour le parti de l'étranger en Inde, et même pour un parti "chinois" parce qu'en plus il s'oppose aux ingérences occidentales au Tibet. Sa résistance à la logique des peurs en Asie, si bien entretenue par M. Bush, est admirable.

Je passe la soirée à relire une partie des épreuves de mon livre pour Thélès... A force de relire des centaines de pages dans tous les sens, on finit par détester son ouvrage, et c'est juste à ce moment là qu'on vous demande d'être prêt à le défendre...
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Sahara occidental

20 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Je discutais il y a quelques semaines avec le progressiste marocain M. Rachid dont j'ai déjà parlé (http://delorca.over-blog.com/article-18696883.html).

Comme je regardais une carte du Maroc dans sa boutique tandis que nous sirotions une bière, j'eus envie de lui faire parler du Sahara occidental, mais prudemment (car je me doutais que ces questions de frontières et d'identité nationales sont difficiles à appréhender, dans les pays issus de la colonisation, comme dans les Balkans), en commençant simplement par lui demander s'il s'y était déjà rendu. De fil en aiguille, il finit par me dire le fond de sa pensée à ce sujet. Selon lui, le Sahara occidental a vocation à faire partie du Maroc qui a dépensé beaucoup d'argent pour cette région : "Comme vous pour la Corse, on a beaucoup investi pour qu'ils nous aiment". Pour lui il n'y avait pas de raison que le Sahara occidental ne fasse pas partie du Maroc qui est un Etat multiethnique et tolérant
 
Il ajoutait d'ailleurs que de toute façon dans le Maghreb, il n'y avait que le Maroc et la Tunisie qui soient de vrais Etats, tout le reste - le Sahara occidental, l'Algérie - , n'étaient des créations de colonisateurs : des Turcs, des Français, des Espagnols. "J'en parlais il y a quelques jours à un Algérien. Je lui ai dit : l'Algérie ça n'existe pas dans l'histoire. Cite moi le dernier nom du roi d'Algérie". "Mais tout de même, lui dis-je, les Saharaouis n'ont pas envie d'être Marocains. Ils sont exilés en Algérie dans des camps".

"La majorité en ont envie, me dit-il, mais les Algériens les empêchent de retourner au Maroc."

J'ai fait part de ces réflexions à un mien ami français qui m'écrit ce matin :

"Je connais la région et je peux te dire que les Saharaouis détestent la monarchie marocaine et ne veulent pas vivre sous un roi. Cela étant en Algérie ils reçoivent des pensions de l'Etat algérien et la population locale trouve qu'ils sont entretenus à ne rien faire et sont plus riches qu'eux.

Le problème est que les Saharouis ne veulent pas vivre sous le roi, même s'ils dépensent beaucoup d'argent "pour eux". Et les émeutes qui ont eu lieu récemment à El Aiun et dans les foyers étudiants saharaouis de Casa, le prouvent puisqu'il ne s'agit là plus seulement des réfugiés en Algérie, mais de ceux qui n'ont pas fui l'armée marocaine.

Je sais que les Marocains de gauche, à l'exception d'un groupuscule ultra gauchiste, refusent comme le roi l'idée même d'un référendum au Sahara. Le nationalisme marocain est fortement ancré . C'est un fait indéniable. Le rapprochement maroco-algérien sera difficile tant la culture politique des deux peuples diffère depuis la colonisation française qui fut radicalement différente dans les deux pays et surtout sa fin, avec une révolution d'un côté et une déférence envers le Roi de l'autre. Au Maroc, le rêve de tous, y compris des marxistes, est de pouvoir "manger à la table du roi". En Algérie, y compris les gens du système, aiment montrer qu'ils sont des rebelles, même envers le président qu'ils cooptent. Et les Saharaouis, n'ayant pas connu le système du Makhzen, mais la colonisation espagnole, la répression franquiste, sont évidemment plus proches de la culture algérienne.

Tu auras peut-être remarqué qu'il y a quelques mois, quand, finalement, les émeutes de la faim on atteint le Maroc, comme par hasard, elles ont commencé et se prolongent jusqu'à aujourd'hui dans une petite ville de la côté sud, qui est reconnue par tous comme Marocaine, y compris donc par le Polisario et l'Algérie, Ifni. Mais Ifni fut jusque dans les années 1970, une enclave espagnole entourée par le Maroc et rétrocédée au Maroc par Franco bien avant le départ du Sahara occidental. "Comme par hasard", cette petite ville est plus rebelle que les autres (grandes) villes du Maroc. On voit bien là, ce qu'est la culture politique "au-dessus" de la culture ethno-linguistique. Et cela vient de l'histoire politico-administrative d'un territoire, même microscopique.

On peut dès lors comprendre la réalité du Polisario, même si on peut regretter que cette situation prenne la forme de la revendication d'un n-ème Etat arabe et africain."

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Un truc vraiment idiot au Liban

18 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

"Le ministre libanais des Télécommunications, Gebrane Bassil, a accusé jeudi Israël d'avoir adressé des centaines d'appels téléphoniques menaçants à des individus ou des institutions au Liban. "Des centaines de personnes dans tout le Liban ont reçu sur leur ligne fixe  des coups de téléphone menaçants provenant d'Israël", a déclaré à l'AFP M. Bassil, membre du Mouvement patriotique libre, principale formation  chrétienne de l'opposition soutenue par Damas et Téhéran" (AFP)

Voilà qui semble trop absurde pour être vrai. En sont-ils vraiment réduits à des méthodes marketing aussi idiotes qui ne feront que mobiliser les gens CONTRE eux ?

Nous aussi nous devrions faire quelque chose comme ça : appeler les gens aux heures des repas et leur dire : "Nicolas Sarkozy vous demande de soutenir l'Union européenne et le rapprochement avec les Etats-unis", nul doute qu'avec ça le taux d'hostilité à Sarkozy monterait en flêche.
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Quart d'heure vénézuélien

18 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Pour se détendre ce soir, un petit quart d'heure vénézuélien. La première vidéo était sur le site du Monde avec sous-titres français. Hélas je ne la trouve sur You Tube qu'en VO. Désolé.

La deuxième vidéo, je l'ai découverte par hasard sur You Tube, c'est une interview d'Eva Golinger. Miss Golinger fait partie des gens qui ont construit leur existence sociale autour de la révolution bolivarienne. Le journaliste belge Michel Collon lui a fait une grosse publicité il y a quelques années en préfaçant son bouquin sur les plans de la CIA contre Chavez. Je ne suis pas convaincu que le personnage ait une réelle envergure, mais il est toujours bon de mettre des visages sur des noms de temps en temps. Tendez l'oreille, elle a un petit accent étatsunien quand elle parle espagnol.



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Conférence sur Union pour la Méditerranée le 8 juillet dernier

18 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Conférences vidéos de résistants

Le groupe anti-impérialiste marseillais COMAGUER (http://comaguermarseille.free.fr/) ayant émis le souhait de connaître le contenu de la conférence "Projet d'Union pour la Méditerranée : quels enjeux, quels dangers, quel avenir après le rejet du traité de Lisbonne ?" avec le Dissident & Pierre Lévy qui a eu lieu le 8 juillet 2008 au Centre culturel syrien de Paris, j'ai assisté à cette conférence dont voici les 56 premières minutes (il manque la dernière demi-heure, la coupure à la fin est un petit peu abrupte, j'en suis désolé).
FD

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La CPI contre le Soudan

18 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Dans toute la complexité de l'impérialisme occidental, il y a cette dimension particulière des initiatives personnelles ou collectives de certaines institutions - tel groupe de militaires, telle juridiction - qui, parfois, résistent à l'impérialisme, et parfois, "en rajoutent" alors que les Etats, eux, étaient dans une phase d'accalmie.

Je classe sans hésiter sous cette rubrique l'initiative étrange de Luis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour pénal internationale, d'inculper le  président soudanais Omar Al-Bachir pour génocide. L'affaire intervient alors qu'en Afrique de l'Est les appétits euro-américains (et même le lobby évangéliste) s'étaient légèrement calmés (surtout depuis que certains avaient découvert que les alliés du Soudan étaient en mesure de renverser le château de cartes tchadien).

Les soi-disant juridictions internationales ont parfois des poussées d'adrénaline de la sorte (cela fut le cas aussi du TPI pour l'ex-Yougoslavie qui gâcha ainsi de nombreux efforts de normalisation avec la Serbie). Ils y trouvent étrangement une justification de leur fonction, quitte à ajouter au désordre mondial.

L'embarras provoqué par le procureur de la CPI est tel aujourd'hui que même le très atlantiste journal Le Monde se sent obligé de donner a parole à un prof de Harvard, Jens Meierhenrich, lequel avoue d'emblée : "Les déclarations publiques de Luis Moreno-Ocampo ne fournissent que très peu de preuves d'un génocide au Darfour." "Si Luis Moreno-Ocampo se révélait incapable de prouver ses déclarations hyperboliques du 5 juin [devant les Nations unies, à New York], et du 14 juillet [à La Haye], sa démarche pourrait se révéler désastreuse. Cela pourrait en effet démontrer que ce dernier avait des motivations essentiellement politiques, et non fondées en droit. " poursit-il.

Jens Meierhenrich, est pourtant un penseur très mainstream, puisqu'il pense lui-même qu'il y a eu des génocides au Soudan pepétrés par les Janjawids. Mais il nuance beaucoup son propos "Le conflit au Darfour est extrêmement compliqué, et ce serait réducteur de le qualifier uniquement de génocide".

Son explication sur la définition technique du génocide par la CPI est intéressante : "La structure légale du crime de génocide, établie avec la Convention sur le génocide de 1948, permet d'inculper des individus, responsables d'actes très spécifiques. C'est donc toujours très problématique de définir un conflit dans son intégralité comme génocide. Par ailleurs, pour pouvoir inculper quelqu'un pour génocide, il faut prouver deux choses. Il faut non seulement prouver que l'individu a commis des crimes mais également qu'il les a commis avec l'intention malveillante de détruire un groupe national, ethnique ou religieux : c'est ce qu'on appelle le mens rea. Les actes ne suffisent pas à suggérer qu'un génocide a été commis, et c'est souvent là que les activistes et militants des droits de l'homme se trompent (...) Dans le cas du Rwanda, des listes de morts, qui incluaient les noms des victimes tutsies, étaient dressées. Elles ont permis de prouver l'intention génocidaire. Dans le cas de l'Holocauste, les nazis gardaient de nombreux dossiers qui ont permis de conclure au génocide. Mais même dans ces cas-là, le problème de l'authentification des documents s'est posé. Par ailleurs, il y a un problème supplémentaire au Soudan "

Mais je crois que ce qui donne le plus à penser tient dans cette phrase : "Les chercheurs et les hommes et femmes de terrain sont très divisés sur cette question. Cependant, il est clair qu'une majorité d'observateurs concluent au génocide au Darfour. Personnellement, je suis convaincu que des actes génocidaires y ont été commis".

Je dois dire que j'aime beaucoup cette phrase parce qu'elle révèle toute l'imposture intellectuelle du système dans lequel notre époque est enlisée. On fait "comme si" dans le monde se trouvaient 50 ou 100 chercheurs, indépendants, libres, courageux, intelligents, et l'on se dit donc qu'on peut faire confiance à l'avis de la "majorité" d'entre eux sur un sujet comme le Darfour.

Le problème, quand on connaît le fonctionnement des structures universitaires, c'est que ça ne se passe pas du tout ainsi. En 1999-2000, une majorité d'universitaires français et étrangers était prête à penser que plus de 10 000 Albanais étaient morts au Kosovo (même Mme Samary l'écrivait dans ses textes). Et aucun n'allait publiquement contester les chiffres gonflés des victimes de la guerre de Bosnie. Ces gens, à supposer même qu'il aient eu une lueur de lucidité et d'indépendance de jugement, devaient aller dans le sens du vent pour ne pas mettre en difficulté personnelle ou ternir l'image de leur labo. Par conséquent presque rien ne les inclinait à mener une recherche indépendante sur les Balkans. Sur la question du Darfour c'est la même chose. Quand le gouvernement américain et les lobbys évangélistes financent des instituts pour qu'ils disent qu'il y a eu un génocide au Darfour, cela mathématiquement produira une majorité de "chercheurs" qui défendent la thèse du génocide parce qu'ils en vivent. Si bien qu'avant de lire leurs textes nous sommes obligés à chaque fois de demander "qui finance leur structure ? dans quelle mouvance intellectuelle évoluent-ils ?". Et nous devons d'ailleurs nous demander la même chose en ce qui concerne ce Jens Meierhenrich et le juge Luis Moreno-Ocampo.
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Politique bureaucratique

17 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Avant hier je dînais avec un garçon qui travaille beaucoup - et très sérieusement - à la coordination de ce qu'il reste des ailes gauches des partis communistes de divers pays, notamment du Tiers-monde. Lui aussi introduit du "je" dans ce qu'il fait, comme tout le monde, mais d'une manière très différente de la mienne, évidemment. C'est un homme qui garde plus souvent que moi à l'esprit des intérêts d'appareils. Et je respecte infiniment cela : toutes les formes bureaucratiques - voire militaires - d'organisation de l'action humaine, quels que soient leurs inconvénients, recèlent aussi bien des vertus, dans l'administration des hommes comme dans l'engagement politique. En ce moment je traduis les mémoires de mon aïeul, garde civil à Barcelone en 1936. Ce texte est un éloge permanent de la discipline militaire face à la bordélocratie des milices anarchistes. Un bon contrepoids à une certaine historiographie libertaire. La bureaucratie mérite le respect. Même si bien sûr les libres inclinations de l'ego doivent aussi trouver leur respiration...

FD
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La forme "livre"

17 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

J'ai eu ce matin au téléphone la responsable des éditions Thélès. Ils ont fait un bon travail sur la couverture du livre "Dix ans sur la planète résistante", mais ont eu l'étrange idée de laisser trainer en haut à droite de cette couverture un drapeau serbe (parce que le livre parle en partie de la guerre du Kosovo). Je les ai priés d'effacer cette banière car je ne veux pas que cette image cautionne l'idée selon laquelle mon livre serait une apologie du nationalisme serbe. Il ne s'agit pas du tout de cela : je raconte mon combat contre l'OTAN en 1999-2000, mais c'est dans une optique de résistance aux mensonges dominants. Je ne fais l'apologie d'aucune nation en particulier, même pas de celles dont la résistance peut à maints égards me paraître des plus sympathiques : tel n'est tout simplement pas mon rôle.

De même j'avais des réserves à l'égard de la quatrième de couverture.

La responsable de Thélès a fait preuve d'une très grande compréhension, je pense que nous trouverons une solution satisfaisante. Je ne connais pas les gens de Thélès à part leur directrice  que j'ai eu au téléphone deux ou trois fois et dont je commence à cerner quelques traits. J'entrevois quelques forces et faiblesses de cette structure, mais grosso modo, je la considère encore comme un continent inconnu. Je l'aborde sans trop de préjugés, en mobilisant tout de même tout ce que j'ai appris sur le monde de l'édition parisienne, à travers mes lectures, mais aussi à travers mes pratiques (L'Harmattan, La Différence, Le Temps des Cerises). D'autant que, parallèlement à ce livre politique, je cherche à publier sous un autre nom, au même moment, auprès d'autres éditeurs un travail d'anthropologie, ce qui est aussi une source d'apprentissages intéressants. Si je survis à toutes ces épreuves j'en sortirai avec une connaissance encyclopédique de ces milieux.

Je suis très serein par rapport à l'avenir de ce livre. Je sais qu'il ne se vendra pas et n'intéressera pas grand monde. Je ferai juste ce que le service de presse me demandera, en leur conseillant quatre ou cinq journalistes. J'irai chez les médias qui me sollicitent, mais je ne consacrerai pas à la promotion de ce livre l'énergie investie, en pure perte, dans celle de l'Atlas alternatif. L'âge rend raisonnable. Je ne me fais plus d'illusion.

Pendant un temps j'ai cru que je cesserais d'écrire des livres après ces Dix ans sur la planète résistante, que ce serait mon testament. Mais je pense que tel ne sera pas le cas. Il y aura sans doute un tome 2, tout comme je continuerai à écrire des livres dans d'autres registres. La "forme livre" est nécessaire. Il y a 10 ans, on pensait qu'Internet abolirai le livre. Mais ça ne peut fonctionner ainsi. Je peux poster sur un blog des billets d'humeur. Sur un autre site des textes plus longs. Mais jamais des choses assez longues pour avoir la richesse et la cohérence d'un livre. D'ailleurs je trouve que la forme livre est elle-même parfois trop courte pour traiter certains sujets, notamment pour le bilan de mes dix ans de militantisme. Il faut s'y résigner : on ne peut éviter de continuer à écrire des livres. Même si tout le monde le fait, et même si ça ne touche presque personne. Si on atteint trois lecteurs, si on leur parle vraiment en profondeur par ce biais, cela fait déjà trois bonnes raisons de continuer.

Je pense que mes "Dix ans", qui ne seront lus que par vingt habitués des combats anti-impérialistes à Paris, passeront pour un livre assez égotique dans le milieu de ces lecteurs. On dira peut-être que je ne mets pas assez en valeur le "nous". Les gens qui ont relu livre ne me l'ont pas dit, mais c'est parce qu'ils sont très gentils. Le risque est là. En même temps on voit bien que le "je" a séduit l'évaluatrice et la directrice de Thélès, et séduira sans doute un ou deux autres esprits littéraires. Un éditeur d'extrême gauche a refusé de me publier en disant "ce livre est trop personnel" - alors pourtant que j'ai beaucoup "raboté" les spécificités de mon ego dans cet ouvrage -. Il a eu tort. Le "je" est une bonne porte d'entrée dans les combats politiques de nos jours. Je crois d'ailleurs que c'est un aspect qu'Edgar du blog La lettre volée a souligné sur son site, et aussi dans les colonnes du présent blog. Le "je" ne doit pas jouer contre le "nous", mais parfois l'honnêteté elle-même commande de rester à la première du singulier, afin d'éviter l'imposture du "on" ou de la fausse représentation collective du "au nom de...".

FD
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Votre autodéfense nous insupporte (suite)

9 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Encore une image du monde où nous vivons : une dépêche de Reuters d'aujourd'hui intitulée "L'ambassadeur de Chine convoqué par Kouchner au Quai d'Orsay" explique : "Selon le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Bernard Kouchner a indiqué à l'ambassadeur que la France "déterminait son attitude en toute indépendance et en rejetant les pressions d'où qu'elles viennent." "

Notez bien l'absurdité de cette affaire (qui est celle de notre monde colonialiste) : le Ministre français convoque un ambassadeur chinois pour le sermoner, lui signifier que lui, ministre des affaires étrangères français, a tous les droits de soutenir les séparatismes qui menacent la Chine, et qualifie de "pressions" le souci légitime dudit ambassadeur de défendre en retour l'intégrité territoriale de son pays.
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Aux amateurs de publications

9 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

Récemment, quelqu'un a tapé "Frédéric Delorca" "Editions Thélès" pour arriver sur mon blog. Je suppose que c'était une des dix personnes qui en France savent que je publierai à la rentrée "Dix ans sur la planète résistante" chez cette éditeur, et qu'elle croyait trouver sur Internet une trace de ce livre en gestation. L'éditeur vient de recevoir la maquette corrigée par mes soins. Le processus suit donc son cours. Je pense que lorsque ce livre sera publié je me sentirai plus libre. Je pourrai confier plus de choses, plus ouvertement sur ce blog, employer un ton plus familier, parce que je saurai que le lecteur qui veut en savoir plus peut se reporter au livre. D'une certaine façon si beaucoup d'éléments sur mon parcours sont dans le domaine public, les gens pourront lire ça tranquillement, il y aura moins de non-dit, de choses à expliciter, et du coup je pourrai, sur ce blog, expérimenter davantage, oser de nouvelles idées.
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Puppet on the string

9 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

La semaine dernière j'ai rencontré une nana de ma promo de Sciences Po (1991) qui bosse au siège d'une grosse société de services dans le 16 ème arrondissement (c'est là qu'on s'est retrouvés), comme chargée du marketing de la boîte (quelque chose dans ce goût là). Au bout d'une heure de langue de bois sur son boulot, elle a fini par avouer qu'en fait son job consiste surtout à organiser les délocalisations des activités vers l'Asie et que ça la faisait tellement gerber qu'elle balance toutes les saloperies qu'elle voit quotidiennement dans sa boîte totalitaire sur un blog dont tout le monde autour d'elle ignore l'existence même son mari. Cette fille fait partie de ces gens qui, issus d'une école où on apprenait quand même quelques trucs, ressentent une "pénurie culturelle" dans leur espace professionnel et sont ravis de m'entendre parler d'Epicure sur un mode plus interactif que France Culture. Elle s'est construit toute une mystique de la "rencontre" avec des gens "improbables" comme on l'aime à Paris. Elle se plait à raconter sa dernière conversation avec des types qui tiennent un squat rue de Rivoli. Elle collabore avec un des directeurs du Cac40. Elle vote Ségolène Royal. Bref, elle pédale dans le vide. Je lui ai dit qu'elle se donnait bonne conscience avec ses squats et son blog narcissique. Ca lui a fichu un coup de l'entendre, parce qu'elle croit un peu à ce que je dis (bizarrement elle admire les types qui comme moi ont publié chez L'Harmattan). Elle a répondu : "Que faire d'autre ? Je ne vais pas poser une bombe ou flinguer tout le monde dans ma boîte ? Tu fais quoi, toi, politiquement ?"  Ca m'aurait pris tellement de temps pour lui exposer ma vision des enjeux, des méthodes... Une sociologue qui forme des éducateurs sociaux m'a dit à propos de cette nana dont je lui contais les activités : "C'est une prostituée, une vendue. Bourdieu l'a dit. Toute cette élite est vendue. Ses plans squats sont l'équivalent des sorties en boîte SM pour se faire fouetter après avoir bien torturé le corps social à longueur d'années". Jugement trop sommaire sans doute. J'ai pensé à Diana Johnstone qui disait qu'en France à tout le moins par rapport aux Etats-Unis nous avons la chance d'avoir des dirigeants cultivés. Ca doit valoir aussi pour les entreprises. Mais j'aurai plus vite fait de tuer l'âne de cette reine du marketing à coups de figues pourries, comme ils disent dans Astérix en Corse, que de la faire sortir de son anarchisme d'opérette si utile au système qu'elle sert. A la prochaine révolution, les balayeurs de son bureau lui épargneront-ils le sort de la princesse de Lamballe ?

Je me suis mis à lire Beigbeder et relire Houellebecq (ses deux auteurs fétiches) pour mieux comprendre son univers mental.
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"Iran : nouvelle provocation"

9 Juillet 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

"Iran : nouvelle provocation Test d’un missile de longue portée Shahab 3" titre Yahoo!-la-voix-de-son-maître ce matin. Comme s'il n'était pas légitime qu'un pays assiégé, et menacé d'être bombardé, teste ses armes pour au moins savoir s'il pourra répliquer à l'agression. Selon la rhétorique journalistique il faut toujours accepter d'être anéanti. Se défendre est une provocation
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