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Le blog de Frédéric Delorca

Chomsky et Zunes contre Meyssan et Golinger ?

28 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Les polémiques dans les milieux résistants font partie du paysage depuis longtemps. Cela fait partie du jeu démocratique. Je trouve par exemple une critique amusante de l'évolution de José Bové et Clémentine Autain sur le site de la section du PCF du 15ème arrondissement de Paris (située à l'aile gauche de ce parti) sur http://vivelepcf.over-blog.fr/article-22284430.html, et un échange vif et instructif entre cette même section et le collectif trotskiste du PCF "La Riposte" sur http://www.lariposte.com/La-demarche-et-les-objectifs-de-La-Riposte-Reponse-1064.html. Je ne suis pas membre du PCF mais il est intéressant de connaître les débats qui traversent ce parti, dont une fraction au moins constitue une composante importante et utile du mouvement anti-impérialiste en Europe.

Plus ésotérique pour les Français, mais instructif aussi, peut apparaître le papier que Thierry Meyssan vient de signer contre une pétition signée par Chomsky, qui défend l’Albert Einstein Institution. Meyssan se place aux côtés de Golinger - associant d'une façon inattendue radicalisme et bolivarisme - contre cette pétition dont hélas Meyssan ne donne pas le lien.

J'ai déjà sur ce blog dit un mot d'Eva Golinger (http://delorca.over-blog.com/article-21339393.html) et j'avais signalé il y a  plus d'un an la publicité faite par Chavez aux thèses de Meyssan sur l’Albert Einstein Institution  (http://delorca.over-blog.com/article-6764817.html). Je ne m'attendais pas à voir Chomsky dans un camp différent de celui de Golinger dans cette affaire. Meyssan en profite pour ressortir les articles de Blankfort (bien connus dans la mouvance anti-impérialiste) sur le "sionisme" de Chomsky.

Mondialisation.ca, le site de Chossudovsky (dont on connaît les nombreux textes, depuis la guerre de Yougoslavie) reproduit l'article de Meyssan.

La position de l’Albert Einstein Institution sur Meyssan est disponible sur http://www.aeinstein.org/organizations_attack_responses.html. Je trouve particulièrement utile l'échange entre George Ciccariello-Maher et Stephen Zunes dans les pages du magazine marxiste américain Monthly Review  (http://mrzine.monthlyreview.org/cmg050808.html). L'impression qu'on retire de toutes ces lectures est que, peut-être, Meyssan force le trait une fois de plus. Quant à cette polémique sur l'attitude de l’Albert Einstein Institution à l'égard de l'opposition à Chavez, elle pose la question, de nouveau, de la place d'une certaine gauche "alternative" anti-autoritaire, dans un conflit entre une puissance impérialiste et un gouvernement encerclé qui résiste. Un problème que j'avais connu de près pendant la guerre de Yougoslavie (j'en parle dans mon livre à paraître "10 ans sur la planète résistante"). Ce n'est pas une question facile.

A part ça, je vous signale que j'ai signé la pétition en faveur du journaliste de RFI Richard Labévière (http://www.ipetitions.com/petition/Labeviere2008?e), qui m'avait interviewé en 2006 lors de la publication de l'Atlas alternatif. Le licenciement de Labévière n'est guère une surprise sachant comment fonctionnent nos médias, mais il est souhaitable en effet de manifester notre désaccord devant la réduction du pluralisme dans le service public. Le bloggueur Bernard Fischer consacre au dossier Labévière plusieurs pages sur http://fischer02003.over-blog.com/, y compris au début d'une controverse (si j'ai bien compris) sur ses propos tenus récemment au Liban... en présence de Meyssan... 

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Géorgie : Je l'ai vu comme si j'y étais

27 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

Comme prévu, non seulement les intellectuels médiatiques français ne se bousculent pas pour dénoncer les massacres massifs commis par l'armée géorgienne dans la nuit du 7 au 8 août 2008 (2000 personnes en une nuit sur une population de 98 000, on voit ce que cela aurait donné sur une semaine si la Russie n'était pas intervenue...), mais en plus ils versent comme d'habitude dans le n'importe quoi pour discréditer l'adversaire russe. A preuve cette enquête sur les propos d'un intellectuel connu publiée par Rue89 :

"www.rue89.com
 
 
Contrairement à ce qu’il a écrit dans Le Monde, le philosophe n’a pu se rendre dans la ville de Gori. Ce n’est pas la seule affabulation.

Qu’on l’apprécie ou non, il faut reconnaître que Bernard-Henri Lévy, qui s’est rendu la semaine dernière en Géorgie, ne manque ni de courage, ni de convictions. Mais BHL n’est pas un journaliste, et le récit qu’il a rapporté pour Le Monde <http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/08/19/choses-vues-dans-la-georgie-en-guerre-par-bernard-henri-levy_1085547_3214_1.html> , titré « Choses vues dans la Géorgie en guerre », est à prendre avec des pincettes. Ainsi, lorsque BHL déclare qu’il est arrivé à Gori mercredi 13 août et qu’il a vu une ville « brûlée », il affabule. Il n’a pas réussi à entrer dans la ville.
 
Rue89 a entrepris de faire ce que les confrères anglo-saxons appellent un « fact-checking », une vérification des informations livrées par un reporter. Ce que BHL n’est pas : il est présenté dans le quotidien comme « philosophe et essayiste » et son récit a été prudemment rangé sous l’étiquette de « témoignage ». Il n’en reste pas moins que ce récit occupe deux pages au centre d’un journal jouissant d’une autorité certaine en matière d’information internationale.
 
Deux jours et demi de balade, dans la confusion de la guerre
 
Commençons par ce que ne raconte pas le « témoignage » de BHL : les conditions de la balade. Mercredi 13 août, rendez-vous est pris à l’aéroport du Bourget devant l’aérogare de Darta, une compagnie d’aviation privée. Le philosophe a loué un jet pour rallier Tbilissi, qui n’est plus desservie.
 
Il est accompagné par son vieux complice, l’éditeur Gilles Hertzog, le documentariste Raphaël Glucksmann et un journaliste de France Culture, Omar Ouamane. Plus un garde du corps. Le jet se pose vers midi en Géorgie, « juste pour le déjeuner », précise Raphaël Glucksmann. Prévenue par son ambassadeur à Paris, la présidence géorgienne a dépêché l’un de ses traducteurs pour accompagner BHL durant tout son séjour.
 
Celui-ci sera court, puisque Bernard-Henri Lévy repartira samedi matin, à 8 heures, de Tbilissi. Il aura donc passé deux jours et demi en Géorgie. L’équipage descend au Marriot Tbilissi, un hôtel cinq étoiles fréquenté par les journalistes et les diplomates.
 
Plusieurs journalistes français, surpris par sa présence, interrogent dès son arrivée l’intellectuel qui ne cache pas les motifs de son voyage : défendre la liberté en Géorgie contre l’ogre russe. Plusieurs radios, comme France Inter, France Info ou RFI, diffuseront des extraits de ces interviews.
 
La multiplication des chars
 
Dans un minibus blanc climatisé, direction Gori, l’une des villes occupées par les troupes russes. Première « chose vue », sur la route :
 
« Le fait est que la première présence militaire significative à laquelle nous nous heurtons est un long convoi russe, cent véhicules au moins, venu tranquillement faire de l’essence en direction de Tbilissi. »
 
L’envoyé spécial du Nouvel Observateur, Christophe Boltanski, qui emprunte la même route, le même jour, a compté les véhicules de cette colonne. Il en a recensé trente: six camions de troupes, six camions citernes, sept blindés APC, trois camions essence, six chars, deux ambulances.
 
Encore quelques kilomètres et l’équipage retrouve un groupe de journalistes, bloqués à un barrage tenu par la police géorgienne. Les journalistes ont suivi Alexandre Lomaia, le conseiller géorgien pour la sécurité nationale, qui avait décidé courageusement de se rendre à Gori, accompagné de l’ambassadeur d’Estonie. Le convoi est bloqué à quelques kilomètres au sud de la ville. BHL descend alors de sa camionnette blanche.
 
Vincent Hugeux, grand reporter à L’Express <http://www.lexpress.fr/actualite/monde/gori-ville-fantome-et-cite-interdite_550120.html> , s’étonne :
 
« J’ai reconnu sa silhouette. Il était accompagné de Gilles Hertzog et Raphaël Glucksmann. BHL a même lancé à un journaliste français : ‘Ah, mais nous sommes confrères !’ »
 
Ne pas voir Gori, mais en parler quand même
 
BHL franchit le barrage, dans des conditions sur lesquelles nous reviendrons, et racontera dans Le Monde la scène suivante :
 
« Nous arrivons à Gori. Nous ne sommes pas au centre-ville. Mais, du point où Lomaia nous a laissés avant de repartir, seul, dans l’Audi, récupérer ses blessés, de ce carrefour que contrôle un char énorme et haut comme un bunker roulant, nous pouvons constater les incendies à perte de vue. Les fusées éclairantes qui, à intervalles réguliers, illuminent le ciel et sont suivies de détonations brèves. Le vide encore. L’odeur, légère, de putréfaction et de mort.
 
« Et puis, surtout, le bourdonnement incessant des véhicules blindés et, une fois sur deux à peu près, des voitures banalisées remplies de miliciens reconnaissables à leurs brassards blancs et à leurs cheveux retenus par des bandanas.
 
« Gori n’appartient pas à cette Ossétie que les Russes prétendent être venus « libérer ». C’est une ville géorgienne. Or ils l’ont brûlée. Pillée. Réduite à l’état de ville fantôme. Vidée. »
 
Problème : BHL n’est jamais « arrivé à Gori », et les Russes n’ont pas « brûlé » la ville.
 
Que s’est-il passé ? Avec son équipe, il s’est débrouillé pour passer ce premier barrage en compagnie d’Alexander Lomaia et de quelques autres personnes (l’ambassadeur estonien, la députée européenne Marie-Anne Isler-Béguin et la journaliste du Washington Post Tara Bahrampour).
 
Deux heures plus tard, vers 22h30, dans la nuit noire, BHL est de retour au premier barrage où attend la presse. Il sort du véhicule, le visage grave, et avec sa voix de Malraux, il témoigne devant les journalistes:
 
« La ville est nettoyée, Gori est une ville fantôme, il y a des flammes partout ; apparemment pas âme qui vive, Gori a été vidée de sa population. C’est ce que les Russes appellent la pacification. »
 
L’eurodéputée Marie-Anne Isler-Béguin intervient alors pour démentir : « mais non, on n’était pas à Gori », dit-elle aux journalistes, « on a été bloqués à un barrage à 1,5 kilomètre de la ville ». Elle connaît cette région depuis huit ans. Seuls les champs brûlaient, ajoute-t-elle. Les armées brûlent parfois les champs pour éviter le risque des snipers embusqués.
 
Plusieurs témoins confirment : BHL n’était pas à Gori
 
Déléguée du Parlement européen pour le Caucase Sud, Marie-Anne Isler-Béguin revient sur l’épisode pour Rue89:
 
« Je viens de découvrir son témoignage. Je suis un peu surprise qu’il n’ait pas tout à fait dit comment ça c’était réellement passé. Mais il a peut-être oublié… J’ai vu Bernard-Henri Lévy pour la première fois lors de ce voyage au check-point où étaient bloqué tous les journalistes, à cinq kilomètres de Gori.
 
« Si Bernard-Henri Lévy est monté avec Lomaia et moi, c’est parce que j’ai intercédé en sa faveur. C’est lui qui m’a demandé : « Madame la députée, je voudrais me joindre à la délégation. » Et c’est moi qui ait obtenu l’accord de l’ambassadeur d’Estonie. Dommage qu’il ait oublié ce petit détail… En plus, c’est le seul qui soit monté dans la voiture avec son garde du corps.
 
« Et il y a d’autres approximations. S’il arrive à distinguer les militaires des paramilitaires, il est plus doué que moi. S’il a senti une odeur de putréfaction, moi pas. Il écrit aussi que Gori a été brûlée, pillée et réduite à l’état de ville fantôme, mais à ce moment-là, on ne pouvait pas le dire, tout simplement parce que personne n’y était encore allé. Enfin, nous nous sommes arrêtés à 1,5 kilomètre de Gori. »
 
Gilles Hertzog, fidèle compagnon de route de BHL, confirme lui aussi la version de l’élue :
 
« Non, on n’est pas rentrés dans la ville, on est resté à l’orée de la ville, je ne sais pas à combien de kilomètres de Gori. Il faisait nuit, on apercevait vaguement des bâtiments quand il y avait des fusées éclairantes, mais on n’était que sur le bas-côté d’une route. Il y avait des champs qui brûlaient autour de nous, on nous a dit que c’était du ‘farming’ [des feux allumés par des cultivateurs, ndlr], mais je ne l’ai pas cru. »
 
Et même divergence avec BHL sur l’odeur de putréfaction :
 
« Personnellement, je n’ai rien ressenti, mais peut-être que mon ami Bernard-Henri Lévy lui l’a ressentie. »
 
Dans son reportage, la journaliste du Washington Post raconte elle aussi cette virée <http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/08/13/AR2008081303759.html> , mais en précisant bien clairement, en début de l’article, qu’elle n’a pas vu la ville. Le « byline », l’indication du lieu et de la date du reportage placée au début du texte, est très clair : « OUTSIDE GORI, Georgia, Aug. 13 » [« En dehors de Gori, en Géorgie, le 13 août »].
 
Vendredi 15 : un « braquage » qu’il n’a pas vu
 
Et que penser de la seconde tentative pour se rendre à Gori le vendredi ? BHL écrit dans Le Monde :
 
« Vendredi matin. Nous décidons, avec Raphaël Glucksmann, Gilles Hertzog et la députée européenne, de revenir à Gori que, suite à l’accord de cessez-le-feu rédigé par Sarkozy et Medvedev, les Russes auraient commencé d’évacuer et où nous sommes censés rejoindre le patriarche orthodoxe de Tbilissi en partance, lui-même, pour Shrinvali, où des cadavres géorgiens seraient livrés aux porcs et aux chiens.
 
« Mais le patriarche est introuvable. Les Russes n’ont rien évacué. Et nous sommes même, cette fois, bloqués vingt kilomètres avant Gori quand une voiture, devant nous, se fait braquer par un escadron d’irréguliers qui, sous l’œil placide d’un officier russe, fait descendre les journalistes et leur arrache caméras, argent, objets personnels et, finalement, leur véhicule.
 
« Fausse nouvelle, donc. L’habituel ballet des fausses nouvelles dans l’art duquel les artisans de la propagande russe semblent décidément passés maîtres. Alors, direction Kaspi, à mi-chemin entre Gori et Tbilissi, où l’interprète de la députée a de la famille et où la situation est, en principe, plus calme. »
 
Le documentariste Raphaël Glucksmann conserve un souvenir différent de ce « braquage ». Le convoi de trois voitures est stoppé au dernier barrage de la police géorgienne où on leur déconseille fortement de continuer :
 
« Les policiers nous ont raconté qu’une voiture de l’UNHCR [le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies, ndlr] venait de se faire dépouiller au barrage russe. Nous avons donc rebroussé chemin. Je n’ai pas vu cette scène. C’est simple, la route fait un coude et juste après, à 500 mètres environ de là où nous sommes, il y a le barrage russe, mais on ne le voit pas. »
 
La version de l’eurodéputée sonne, elle aussi, bien différemment de celle de BHL. Contrairement à ce qu’affirme l’intellectuel, elle n’était pas à ses côtés à ce moment précis :
 
« Le jeudi, les autorités géorgiennes m’ont assuré que je pourrais aller le lendemain à Gori avec un convoi humanitaire. Mais, le vendredi, on attend une heure, deux heures, et on n’obtient toujours pas d’accord des Russes pour faire partir le convoi humanitaire.
 
« Je n’ai donc pas pris de voiture en direction de Gori avec Bernard-Henri Lévy. Je n’ai pas non plus cherché le patriarche, qui a eu l’autorisation de se rendre à Shrinvali pour aller récupérer des corps de Géorgiens, car je savais où il était, mais j’ai seulement regretté de ne pas l’avoir contacté avant.
 
« Je n’avais toujours pas bougé de Tbilissi quand, avec mon assistante géorgienne, on décide alors de se rendre au village de Kaspi, qui n’est pas en zone occupée. Et c’est là que Bernard-Henri Lévy revient vers moi et me dit : « On a fait équipe hier, est-ce qu’on continue à faire équipe ? »
 
Gilles Hertzog, n’était pas non plus avec BHL :
 
« Moi, je ne sais pas, je n’étais pas dans la même voiture que lui. Je ne sais plus exactement… Vous savez, on laisse faire nos chauffeurs, ce sont eux qui décident, qui savent où on peut aller. »
 
Les autos partent en fait à Kaspi pour constater la destruction d’une usine électrique que filmera Glucksmann.
 
Dernière soirée à Tbilissi, Sartre et la pureté dangereuse
 
Vendredi, seconde rencontre du philosophe avec le président géorgien Mikheïl Saakachvili. Bloqué depuis plusieurs jours dans sa résidence, le chef d’Etat interroge BHL et Raphaël Glucksmann :
 
« Il nous a demandé comment c’était à Gori et Kaspi. Puis, ils ont un échange sur le thème : « Pourquoi l’Occident ne répond pas ? »
 
Dans le récit qu’il a rapporté pour VSD, Hertzog raconte :
 
« Bernard-Henri Lévy tente de leur remonter le moral. Pourquoi ne pas inciter les pays de l’Otan qui ont appuyé la demande de la Géorgie à se prononcer solennellement ? Pourquoi ne pas tenir vos conseils des ministres dans une ville menacée ? Saakachvili retrouve un instant le sourire. ‘Très bonnes idées !’, lance-t-il. »
 
Ensuite, selon Glucksmann, les deux hommes parlent philosophie :
 
« Saakachvili a lu ‘La Pureté dangereuse’ et puis il a eu une prof de philo, ancienne correspondante de Sartre, et comme BHL a écrit sur Sartre… »
 
Retour à l’hôtel à l’aube, fin de l’escapade, tout le monde reprend l’avion vers 8h du matin. Direction Nice, où BHL a un rendez-vous. La folle vie continue.
 
Le journal britannique The Independant <http://www.independent.co.uk/opinion/columnists/pandora/pandora-bernardhenri-lvy-french-gift-to-georgia-900650.html> ne s’est pas trompé sur la leçon à tirer de toute l’histoire. Dès lundi 18 août, ils écrivait:
 
« Les Américains ont envoyé des couvertures, les Estoniens des médecins, mais ce sont les Français qui, assurément, sont venus au secours des gens de l’Ossétie du Sud en proposant d’envoyer leur ‘nouveau philosophe’ [en français dans le texte, ndlr] Bernard-Henri Lévy. »
 
Julien Martin, Pascal Riché et David Servenay"

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Reconnaissances unilatérales : les réactions en chaîne

26 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Voilà l'engenage lancé, le Rubicon franchi. Après la téméraire reconnaissance du Kosovo par les Occidentaux et leurs non moins téméraires encouragements prodigués à la Géorgie pour qu'elle récupère manu militari l'Ossétie du Sud (alors que la pression militaire géorgienne sur l'Abkhazie voisine ne se relache pas), Moscou réplique en reconnaissant l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. La Russie appelle d'autres pays à faire de même.

Quid de la Transnistrie/Pridnestrovie me direz-vous ?

Les autorités transnistriennes ont manifesté leur solidarité avec l'Ossétie du Sud (http://www.hastasiempre.info/article.php?lang=francais&article=2039). Mais le président moldave Voronine, qui n'est pas un ami des néo-conservateurs étatsuniens, à la différence de son homologue géorgien, s'est hâté de se rendre à Moscou pour éviter tout effet domino sur les bords du Dniestr (http://www.fr.rian.ru/world/20080825/116254602.html).

Voyons maintenant quels pays reconnaissent les deux nouveaux Etats caucasiens. Pour ce qui concerne le Kosovo toujours moins d'un quart la communauté internationale ont franchi le pas. Il se peut que, certains pays du Tiers-Monde, sous la pression des Etats-Unis, acceptent de reconnaître le gouvernement de Pristina... et équilibrent leur décision dans le sens plus non-alignement, en reconnaissant aussi l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie. Ce faisant la réaction en chaîne des sécessions et des reconnaissances unilatérales de toutes sortes de provinces à travers le monde ne ferait que commencer...

FD

cf images : http://www.russiatoday.com/news/news/29504/video
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Une interview de Zizek

24 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je voyais aujourd'hui une interview de Slavoj Zizek. Il manque à Zizek une analyse anti-impérialiste (qui, à mon sens, est plus présente chez Badiou). Je pense que cela est dû à une psychologisation de son approche philosophique (une psychologisation qu'on retrouve aussi chez Peter Sloterdijk, lequel à ce que je vois, rejoint de plus en plus Finkielkraut, c'est dommage). Néanmoins il y a une certaine fraîcheur, une originaité dans le zizekisme, qui est de plus en plus rare de nos jours où le conformisme est devenu la loi d'airain de l'intellectualité. Voici donc un bref passage de Zizek chez Taddei.

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Gauche européenne/gauche du Tiers Monde

22 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je parlais avec M. Rachid hier - j'ai déjà cité M. Rachid sur http://delorca.over-blog.com/article-18696883.html et sur http://delorca.over-blog.com/article-21371765.html.

Je lui montrais les mémoires de guerre (1936-1939) d'un garde civil républicain espagnol que j'ai terminé de traduire. Bizarrement (car c'est un homme qui a fait  des études) il m'a avoué ne rien connaître à cette guerre. Une réponse étrange à au moins trois titres : 1) cette guerre a joué un rôle très important dans l'histoire de l'Europe au XXème siècle, 2) l'Espagne fut une des puissances tutélaires du pays de M. Rachid, le Maroc, à l'époque de la colonisation, 3) M. Rachid est un homme de gauche, et la guerre d'Espagne est importante pour l'histoire mondiale de la gauche (même un mien ami péruvien me décrivain en 2000 son impact sur l'imaginaire latino-américain).

Ainsi donc la guerre civile espagnole n'a pas touché les imaginaires marocains. Signe de l'existence d'un fossé. Mais le fossé est à double sens : quand le garde civil, de gauche, pacifiste et antimilitariste, parle dans ses mémoires de la guerre de Cuba (1898) et de celle du Rif (dans les années 1920) il ne les aborde pas du point de vue des colonisés. Et je lisais récemment je ne sais plus où un article indiquant que les Républicains espagnols parqués dans les camps français avaient été indignés d'être gardés par des tirailleurs sénégalais, ce qu'ils trouvaient particulièrement humiliant. L'article disait qu'il y avait peut-être dans cette indignation une sorte de racisme soft, et aussi le souvenir de ce que les troupes indigènes (les "Maures") avaient servi dans les armées de droite (franquistes) et s'étaient montrées particulièrement féroces (je crois qu'Orwell dans L'Hommage à la Catalogne reproche à la République espagnole de n'avoir pas joué la carte de l'émancipation des colonies ce qui lui aurait permis de prendre les franquistes en tenaille, lui-même était né en Birmanie et était visionnaire sur ce point).

Manifestement la guerre civile espagnole ne parle pas aux imaginaires maghrébins (et pourtant des guérilleros républicains espagnols se sont battus aux côtés du FLN en Algérie dans les années 1950). Et le Maghreb n'a jamais trop parlé aux imaginaires républicains, sauf sous l'angle des troupes coloniales. Le lien entre les deux injustices infligées par les grandes puissances européennes (la colonisation aux Marocains, l'abandon aux Républicains espagnols), M. Rachid l'a fait spontanément hier soir quand je lui ai dit que les Républicains avaient été désarmés et parqués dans des camps en France : "Ah la France n'a pas fait que du bien" a-t-il conclu, après mon histoire de guerre civile, en songeant sans doute à son pays. Mais on voyait bien que c'était la première fois qu'il créait ce genre de connexion.

Ce n'est pas la première fois que j'observe le fossé entre l'imaginaire de la gauche européenne (française ou autre) et celle du tiers-monde, notamment sur des thèmes qui touchent des enjeux plus récents que  fr. Je vois parmi les militants du PS, du PC, de la LCR, beaucoup d'indifférence face aux aspirations des peuples du Sud à la souveraineté et à la liberté (une indifférence que supplée hélas parfois une forme de misérabilisme de mauvais aloi, et de triste paternalisme, ce qui est encore pire). Un fossé qui tourne à l'incompréhension quand Chavez s'allie au président iranien, ou quand les marxistes palestiniens s'associent au Hamas. Sur les relations avec les peuples du Sud, la gauche européenne (y compris l'extrême gauche) a toujours été, et demeure, plus européenne que de gauche.

FD

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Censures sur les crimes de guerre géorgiens

17 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Voyez sur la vidéo (en langue anglaise) ci dessous comme le journaliste de Fox News empêche la tante d'une jeune Américano-Ossète du Sud de dire que le régime de Saakachvili a attaqué l'Ossétie du Sud le 7 août et est responsable de la guerre et de la mort de 2 000 civils :



Voir aussi plus largement sur la censure des crimes de guerre géorgiens Russia Today TV
http://www.russiatoday.com/news/news/29104/video
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Ce que le PC pouvait faire, jadis...

14 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Selon des témoins de premier plan, De Gaulle quitta Paris pour Baden Baden en mai 68 (au départ pour Sainte Odile) parce qu'il redoutait que l'Elysée soit encerclée par le Parti communiste.

Je ne suis pas historien et ma vue, comme celle de nos contemporains, est encore plus partielle et inadéquate que celles de ceux qui ont vécu les événements. On voit bien que le Parti communiste français a eu deux occasions de prendre le pouvoir : fin 1944 alors que ses soldats (les résistants) tenaient l'essentiel du territoire libéré, et en mai 68.

En mai 68 deux forces pouvaient représenter l'alternance : le centre-gauche, soutenu par les courants modérés de toute l'Europe (et les Etats-Unis), récupéré par Mitterrand à Charlety, et le parti communiste, fort de la grève générale lancée dans le pays. Deux forces seulement car évidemment les étudiants bourgeois rêvant de Wilhem Reich, eux ne pouvaient prétendre à rien.

Le PC n'a pas voulu "encercler l"Elysée". Peut-être même n'y a-t-il même pas songé. Quelqu'un l'en a-t-il dissuadé ? à Moscou ? Samir Amin dit quelque part à juste titre que l'Internationale communiste a beaucoup pâti d'avoir voulu défendre en priorité l'URSS. Si telle n'avait pas été son obsession, elle aurait pu conquérir la Grèce, France et l'Italie en 1945, et installer une forte guérilla en Aragon qui aurait affaibli le franquisme. Est-ce un bien pour l'Europe ? ces "démocraties populaires" installées à Paris et à Rome auraient-elles été de plates copies du modèle russe comme partiut ailleurs ? Je me souviens de Bourdieu écrivant en 1981 à propos de la Pologne que l'avis du Parti communiste français compte plus que les autres parce qu'il est "la fille ainée" du mouvement communiste (comme la France "fille ainée de l'Eglise" depuis Clovis), à cause de l'héritage de la Révolution française, de la Commune, de la place des intellectuels français dans le monde de l'époque. Le PCF au pouvoir aurait-il imposé un "socialisme à la Française" en 1968 comme c'était son ambition officielle ?

Ou bien le refus de prendre le pouvoir avait-il des causes intérieures ? La déstalinisation n'avait-elle pas affaibli la religiosité communiste, et donc son aptitude à se saisir du pouvoir ? N'y avait-il pas un mouvement de crainte devant la réaction prévisible des forces conservatrices, et notamment de l'état-major militaire, et donc le bain de sang possible, inutile, pour la classe ouvrière ? Au lieu de cela le PCF et la CGT se contentèrent d'une augmentation du pouvoir d'achat.

Le PCF avait une chance au "rattrappage" : en récupérant la jeunesse, en la soviétisant. Les gaullistes en avaient peur. Dans un film sur Vincennes qui sortira l'an prochain, on voit un député UDR demander à Edgar Faure, ministre de l'enseignement supérieur, ce qu'il fera si toutes les universités deviennent communistes. Edgar Faure lui répond que si toute la jeunesse française devient communiste et le reste, la France de 1980 sera République populaire et personne ne pourra rien y faire. Le PC s'est fait griller la priorité par les maoïstes. Et par les gaullistes aussi, qui, en créant Vincennes, placée sous la direction d'un de ses membres, a circonscrit le "péril rouge"...

Un mien ami chomskyen me disait il y a un an ou deux après une de ces "Fêtes de l'Humanité" où les rues portent des noms moralisateurs et cathos ("rue de la paix", "rue de la fraternité") : "Le PC a enfin aligné son discours sur ses actes. Car ses actes, depuis 1945, vont dans constamment le sens du refus du pouvoir, et du refus de la révolution. Il est piquant de voir qu'ils célèbrent 1936, le Front populaire, la Guerre d'Espagne, qui était le seul où ils agissaient réellement pour la révolution, à l'heure même où ils en font leur deuil". Pas si étonnant, on célèbre toujours ce qui ne menace plus nos nuits présentes et à venir.

Cela me fait penser à une autre révolution soudain, celle du Vénézuela. Cette petite révolution qui avance pas à pas, effrayée de devoir s'attaquer aux capitaux privés. Il y a 10 jours Chavez est allé voir Juan Carlos, comme pour s'excuser des diatribes de l'an dernier. Un pas en avant un pas en arrière, le petit courant républivcain renaissant en Espagne lui en a voulu ouvertement. Tous les anti-impérialistes du monde lui en ont voulu secrètement. Mais on ne peut pas élever la voix contre des révolutions fragiles. Ce ne serait pas décent. On ne fera les comptes qu'après. Quand elles auront disparu, ou quand elles se seront définitivement installées (pour autant que l'expression de révolution "installée" ait un sens). Il faut que j'interviewe un jeune français qui revient du Vénézuela cet été.
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L'Atlas alternatif en Anglais

14 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Atlas alternatif

Après un très long combat dans lequel j'ai investi beaucoup de temps, d'énergie, et de l'argent, auprès d'éditeurs qui vous promettent la lune et finalement se rétractent (les livres collectifs sont difficiles à publier, surtout quand ils sont d'origine française), l'Atlas alternatif existe désormais en anglais sous le titre The alternative atlas.

Il peut être téléchargé ou acheté et commandé sur http://www.lulu.com/content/3600002. Le prix affiché (36 euros) n'est pas celui que l'on paye quand on commande via lulu.com (c'est moitié prix). Si vous avez aimé la version française du livre, faites connaître la version anglaise auprès de vos amis anglicistes et anglophones !
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Une émission sur de Gaulle sur France culture

12 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La droite

Ce matin une émission sur De Gaulle sur France Culture (d'autant plus facile à faire que l'option gaulliste en France est morte et reléguée au registre de la nostalgie).

Ce que ces productions apologétiques nous font oublier, c'est que De Gaulle, en tant que possibilité sociologique, est un phénomène banal dans n'importe quel pays doté d'une certaine tradition étatique, et même dans ceux qui n'en ont pas. Le phénomène De Gaulle, au départ, à la racine, c'est la figure de l'officier rebelle, idéaliste, qui, au nom d'une vision patriotique différente de celle que cultive le reste de l'armée, prend une initiative personnelle.

Je le répète, le phénomène est banal, et c'est l'absence du phénomène qui est presque anormale  - on notera que le monde anglosaxon a été relativement épargné, transformant plutôt ses militaires en politiciens civils (Dwight David Eisenhower, Westley Clark) à cause de sans doute du fait qu eces pays n'ont jamais été véritablement vaincus ni humiliés sur leur propre territoire.

Les pays arabes, les Japonais, les latino-américains ont eu des De Gaulle. En 1941 quand la Serbie attaquée par les Allemands fut prête à signer l'Armistice, un groupe d'officier a pris le pouvoir à Belgrade pour l'en empêcher. Ces gens étaient des De Gaulle. J'ai même appris que la République espagnole, humiliée par les fascistes et les libéraux occidentaux, a eu son propre De Gaulle, le général José Riquelme, gouverneur de la place de Barcelone en 1939, qu, en octobre 1944,i appela, sans le feu vert gouvernemental à la reconquête de l'Espagne par le Val d'Aran (un épisode vite enterré par les Occidentaux et le PC pour cause de logique des blocs).

Ces généraux sont dits "visionnaires" quand ils gagnent, et "fêlons" quand ils perdent. Mais toutes les armées en produisent. Ils sont le produit même de l'ethos militaire comme disent les sociologues. Si De Gaulle n'avait pas existé, peut-être la France en eût elle produit d'autres, en 1942, en 1944, pourvu que l'Angleterre et les Etats-Unis encouragent un peu le mouvement. De Gaulle était surtout et avant tout cela, au début, une des réalisations parmi tant d'autres de la figure de l'officier idéaliste rebelle. Le hasard a fait aussi que c'était par ailleurs un homme de culture, assez intelligent pour saisir les occasions offertes, et assez constant dans sa vision politique (sauf sur les colonies, et quelques autres sujets). Mais le 18 juin 1940 n'est pas un phénomène si exceptionnel qu'on le pense.

Plus étrange (et cela surprend les Anglosaxons) est justement la propension française à idéaliser l'événement, puis à idéaliser son auteur, comme ils l'avaient fait avec Jeanne d'Arc. Ce besoin du sauveur. La France a toujours été un pays étrange, prompt à diviniser son chef (le roi ou l'empereur) comme à le renverser au nom de l'Egalité. Voyez même le silence respectueux du peuple parisien (si révolutionnaire pourtant) au passage de la charette de Marie-Antoinette vers l'échaffaud (un silence qui embarrassa tant Robespierre). La France fut toujours ainsi : à la fois la Commune de Paris, et le Sacré Coeur expiatoire, non pas tant "deux Frances" juxtaposées que deux Frances entremêlées, plus entremêlées qu'on n'a pu le croire, au coeur même de chaque Français. Je parle bien sûr de la France historique, celle d'avant les journaux télévisés et les supermarchés, la France où les gens se parlaient encore et avaient l'impression de partager une réalité commune.

De la France d'aujourd'hui j'ai du mal à penser quoi que ce soit. Ce matin je voyais dans la vitrine d'un libraire un livre co-écrit par Ségolène Royal et Alain Touraine. Savez-vous qu'Alain Touraine fut l'homme qui soutint tous les interventionnismes dans les années 1980-90 : en 1989 il appelait à l'envoi de troupes françaises en Roumanie (mais oui !), en 1991 il approuvait la guerre américaine contre l'Irak, comme guerre pour la défense de la "société civilie" (sic - on voit quelle société civile l'interventionnisme a produit à parti de 2003 !). Mme Royal amie d'Alain Touraine, ou Nicolas Sarkozy ami de George W. Bush, choisissez votre camp !

Pour revenir à nos généraux fêlons, il semble qu'il n'y en ait plus en France, non seulement en acte, mais même en pensée ou en intention, la lettre du groupe Solon publiée contre Sarkozy et le reformatage des armées n'étant qu'un embryon de fêlonnerie qui ne mérite guère qu'on s'y attarde. Le premier militaire qui s'efforcerait de penser quelque chose contre l'état actuel de son pays serait immédiatement désavoué par son épouse, ses enfants, ses amis, ses collègues, si bien qu'il n'ose plus guère le faire, même s'il est à la retraite (les officiers à la "général Gallois" sont bien rares). Il préféra se faire historien des temps anciens. Il y a peu un général (je crois le gouverneur militaire de la place de Paris) expliquait dans Paris Match que les militaires français sont de grands sentimentaux qui ont besoin de sentir qu'on les aime. Telle est la victoire de la société (c'est-à-dire du libéralisme) sur la "Grande Muette".

FD
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Encore une guerre qui tourne mal pour Washington ?

11 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis

On voit la haine anti-russe enfler dans les journaux, comme la haine anti-chinoise à la veille des JO. Toujours la même aversion des Occidentaux contre tout ce qui s'oppose à leurs intérêts économiques et militaires. Toujours la même mauvaise foi de la propagande : on veut nous faire croire que les Russes ont attaqué, alors que la chronologie des événements montre les provocations géorgiennes en juillet, et l'invasion GEORGIENNE dans la nuit du 7 au 8 août. Mais les médias se foutent des faits. Nous nageons dans un totalitarisme mou bien écoeurant.

Un ami m'envoie un article " Israel backs Georgia in Caspian Oil Pipeline Battle with Russia‏". Je ne crois pas du tout que le sionisme ait joué un rôle important dans cette affaire (même si les radars géorgiens viennent d'Israël). Nous n'avons pas besoin du sionisme pour chercher querelle à la Russie : les grandes puissances eurasiatiques gênent nos intérêts, nous faisons donc tout ce que nous pouvons pour les gêner, provoquer des guerres en leur sein, les discréditer. C'est tout. Quand  je dis "nous" évidemment, il y a des nuances. Franco Frattini, le ministre italien des Affaires étrangères dans La Stampa aujourd'hui met en garde contre une "coalition anti-russe". "Nous" ce sont les Occidentaux dirigés par les Anglo-saxons, comme toujours. Mais des puissances comme l'Italie et l'Allemagne, qui ont moins intérêt au bras de fer avec les Russes (pas seulement pour le gaz), renâclent. La fête anti-serbe il y a dix ans leur plaisait. La fête anti-russe aujourd'hui les inquiète.

Une amie russe évoquait hier dans un mail les atrocités commises par les soldats géorgiens : "one woman saw how a Georgian tank killed an old woman with two little children by weels, another saw how a Georgian solder cut a 1,5 years old boy with a knife and so on" (une femme a vu un tank géorgien tuer une vieille dame et deux enfants sous ses chenilles, une autre a vu un soldat géorgien découper un enfant d'un an et demi avec un couteau). Vrai ou faux, allez savoir. Il est vrai que les atrocités se déchaînent pendant les guerres. Rien de nouveau à ce sujet. Et, dans le Caucase, les moeurs ne sont pas tendres, tout le monde le sait également. Mais bon, allez, gageons que de toute façon Bernard-Henry Lévy, Glucksman, et les autres intellectuels à gage ne feront pas campagne pour qu'on connaisse les crimes de guerre commis par l'armée géorgienne (les Ossètes du Sud parlent de 1 600 civils tués en 24 h, sur une population de 99 400 habitants, dont un tiers avaient d'ailleurs été évacués !).

Les Etats-unis aident les Géorgiens : leurs avions de transport de troupes ont rapatrié les 2 000 soldats géorgiens stationnés en Irak (http://fr.rian.ru/world/20080811/115952146.html).

Selon le cabinet de conseil Stratfor Washington avait sous-estimé l'armée russe (http://www.stratfor.com/memberships/121623). Le conflit en Ossétie du Sud a démontré la capacité de Moscou à mener des opérations militaires et à s'imposer face aux troupes formées par des instructeurs américains, ce que les Etats-Unis n'avaient pas cru possible. C. J. Chivers  du New-York Times parle aujourd'hui d'une possible catastrophe pour les USA et fait état des doutes de certains spécialistes sur le soutien apporté à Saakachvili (http://www.iht.com/articles/2008/08/11/europe/11ticktock.php?page=1). Si tel était le cas, au moins ce conflit pourrait jouer un rôle dissuasif pour l'avenir. En tout cas il y aurait tout lieu de se réjouir si le régime de la "révolution des Roses" s'effondrait dans l'offensive qu'il a provoquée. Plus les têtes-brûlées qui se croient tout permis du fait du soutien que leur accorde Washington se briseront les ailes plus nous aurons des chances de pouvoir rétablir des ponts entre les peuples et faire reculer la logique du "choc des civilisations".

FD

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Ossétie du Sud

9 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Je viens d'envoyer l'article suivant à un site russe :

Effets des doubles standards occidentaux dans le Caucase

Les gouvernements occidentaux, prompts à soutenir les sécessionnistes contre les pays qu’ils n’aiment pas (celui du Kosovo contre la Serbie, celui du Tibet contre la Chine) se sont bien gardés depuis 1991 d’approuver l’indépendance des minorités opprimées de Géorgie comme les Abkhazes, et les Ossètes du Sud, et ce, bien que ceux-ci se soient constitués en Républiques autoproclamées. Certaines caricatures de ces Républiques les décrivent comme des constructions artificielles entre les mains de la Russie. Pourtant dans chacune d’entre elles (l’Ossétie du Sud en 1992 et 2006, l’Abkhazie en 1999), des référendums ont été organisés, dans le cadre desquels une forte proportion de la population s’est prononcée pour l’indépendance ou pour la constitution de l’Etat autoproclamé. Le seul tort de ces Républiques est d’être situées dans un pays – la Géorgie – dont les Occidentaux ont toujours espéré se faire un allié stratégique, notamment pour le contrôle des voies d’accès au gaz d’Asie centrale.

Non contents de ne pas reconnaître les droits des peuples sécessionnistes en Géorgie, les pays occidentaux ont organisé le renversement du gouvernement d’Edouard Chevarnadze en 2003, au terme d’une opération financée par des ONG liées à l’administration américaine, la Révolution des Roses, sur le modèle de ce qui avait été fait en Serbie en 2000. Ils l’ont ainsi remplacé par un régime autoritaire, celui de Mikheil Saakhachvili, qui réprime l’opposition (voir par exemple l'arrestation de l'ex-ministre Irakli Okrouachvili en septembre 2007) et fut soupçonné à plusieurs reprises de malversations électorales.

Ce régime est aujourd’hui lourdement armé par les Etats-Unis et Israël (qui lui a livré récemment un nouveau système lance-roquettes). Tout comme Israël au Proche-Orient, la Géorgie dans le Caucase se sent en position d’imposer ses prétentions à ceux-là même qui la financent et qui l’arment. Comme le notait récemment Alain Badie, professeur à l’institut d’Etudes politiques de Paris, dans son dernier livre Le diplomate et l'intrus, "N'ayant aucune raison de craindre une défection américaine et n'ayant plus à faire face à la menace soviétique, Tel-Aviv est en mesure désormais d'imposer certains de ses choix stratégiques régionaux à la Maison Blanche. La Géorgie de Saakachvili ou l'Ukraine de Iouchtchenko disposent de la même asymétrie tournant à leur profit : sachant pertinemment que les Etats-Unis n'ont aucun intérêt à les lâcher, quels que soient leurs choix, elles se laissent l'une et l'autre convaincre que l'hégémon américain est désormais privé, par l'évolution même du système international, de tout argument les contraignant à l'obéissance".

En vertu de ce principe le président Saakachvili s’est répandu en menaces contre les républiques sécessionnistes depuis plusieurs mois, et a favorisé les incidents frontaliers. Loin de chercher à modérer ses prétentions, les Etats-Unis ont multiplié les déclarations au cours de l’été pour pousser au remplacement de la force d’interposition russe par des forces armées plus favorables aux intérêts des occidentaux et de la Géorgie.

Ce comportement pyromane a encouragé Tbilissi à envahir la République d’Ossétie, dans la nuit du 7 au 8 août dernier.

Là encore, la politique des double-standards occidentaux a joué à plein. Si la République de Serbie avait attaqué le gouvernement autoproclamé du Kosovo (reconnu par moins d’un quart des pays membres de l’Organisation des Nations-Unies), les grands médias occidentaux n’auraient pas manqué de faire leur « une » sur ce sujet pour dénoncer cette agression. Au lieu de cela, ils ont traité l’attaque géorgienne contre l’Ossétie de Sud avec un mépris souverain, la décrivant comme un « mauvais tour » joué par Tbilissi au premier ministre Vladimir Poutine (lequel est depuis longtemps déjà voué aux Gémonies par ces mêmes médias). Ainsi parviennent-ils à rendre bénigne, voire populaire aux yeux de leur opinion publique, une politique d’agression caractérisée de la part des autorités géorgiennes.

Parallèlement le soir même de l’attaque géorgienne, au Conseil de sécurité des Nations-Unies, les Occidentaux faisaient opposition à un projet de résolution russe demandant l’arrêt des combats dans la zone.

La connivence avec les agresseurs est allée très loin. L’évacuation des civils a été ignorée et la destruction de la capitale Tskhinvali, fut imputée principalement aux troupes russes qui ripostaient à l’agression géorgienne (alors pourtant que les Géorgiens l’avaient massivement pilonnée, provoquant la mort de 1500 civils).

Ce soutien systématique à l’agression vise une fois de plus, dans le Caucase comme dans les Balkans et au Proche-Orient, à faire prévaloir la force, placée au service des seuls intérêts occidentaux, contre la stabilité, la sécurité, et l’amitié entre les peuples. Il s’agit là non seulement d’une politique injuste, mais encore d’un choix dangereux, qui ne fera qu’accroître les tensions dans tout le continent eurasiatique, au lieu d’une nécessaire coopération pacifique. Une fois de plus, les pouvoirs occidentaux jouent avec le feu, et leurs déclarations de bonnes intentions hypocrites produites après-coup ne peuvent masquer leur rôle concret dans les crises qu’ils provoquent.


Frédéric Delorca

Docteur en sociologie
Directeur de l’Atlas alternatif -
http://atlasalternatif.over-blog.com/ .

9 août 2008
Copyright exclusif : Frédéric Delorca


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Quand l'Occident ne dominera plus le monde

7 Août 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

L’émergence progressive (même si elle est encore balbutiante) de pays comme la Chine et l’Inde, commence à nous faire entrevoir la possibilité d’un profond déclin de l’Occident, un déclin qui peut prendre diverses proportions – l’Occident peut rester dynamique, tout en étant « un peu moins riche » que l’Asie ou au contraire devenir une terre de désolation durablement marginalisée, comme l’Italie après la conquête ostrogothe.

Ce déclin de l’Occident, s’il se réalise véritablement, et dans des proportions importantes, libèrera-t-il des possibilités nouvelles pour des continents qui furent longtemps victimes de son exploitation économique comme l’Amérique du Sud ou l’Afrique ? C’est ce qu’espèrent nombre de leurs gouvernants qui déjà réorganisent leurs flux d’échange en direction de l’Extrême-Orient. Il est très difficile de savoir si la mort de l’impérialisme occidental, à la supposer inéluctable (ce qui à mon avis est loin d’être le cas) laissera la place à de nouveaux impérialismes, aussi féroces ou aussi pervers que celui que les  Européens, puis les Euro-états-uniens ont imposé pendant plusieurs générations.

Il ne fait aucun doute en tout cas qu’après la mort politique et culturelle de l’Occident, les chercheurs ou les penseurs qui viendront auront à évaluer son rôle d’une manière assez différente de celle dont nous le faisons nous, en situation, lorsqu’il s’agit de dénoncer les guerres du Pentagone ou les traités inégaux qu’impose l’Europe.

Dans la mesure où l’Occident sera devenu inoffensif, l’humanité, affranchie de sa menace, sera peut-être encline à plus d’indulgence à l’égard de l’Ouest.

Toutefois, je crois que, sauf si la Chine ou l’Inde se muent en des puissances terroristes assoiffées de sang comme le fut l’empire aztèque, ce qui relativiserait, par effet de contraste la violence des conquêtes occidentales (mais on ne voit pas pourquoi cette hypothèse se réaliserait), ce que l’on retiendra de l’expérience occidentale sera son extrémisme, l’absence totale de concession qui aura présidé à son développement, pour le meilleur et pour le pire.

Le meilleur, ç’aura été sans doute la reprise de l’héritage rationaliste grec et une manière de le faire triompher contre les us et coutumes traditionnels jusqu’à le placer au cœur même du système économique et de toutes les relations interpersonnelles. Et ce meilleur aura été aussi le pire, puisque, en permettant un développement des technologies, il aura poussé leur détenteur à conquérir l’ensemble de la planète sans aucune considération pour les voix des peuples qu’ils asservissaient.

La source de cette intransigeance occidentale résidait-elle précisément dans les fondements de sa pensée (métaphysiques, grecs, radicalisés par le christianisme, lequel, sur le volet de l’intransigeance, était le revers de la même pièce que l’athéisme militant) ou résulta-t-elle de la force économique que lui conféraient son avance technologique ? Il est possible que ces deux facteurs se soient mutuellement renforcés. Le caractère maritime de l'Europe, simple péninsule de l'Eurasie est aussi un facteur qui explique sinon l'intransigeance, du moins la démesure de sa politique de conquête (la Chine lorsqu'elle eut les moyens maritimes d'une conquête des Océans, au 12 ème-13 ème siècle s'est bien gardée d'en faire usage, pour des raisons qui mélangent géographie et idéologie).

Il est assez peu probable que les peuples du monde puissent être un jour reconnaissants au rationalisme occidental d’avoir détruit toutes les cultures traditionnelles pour les remplacer par un système d’optimisation des profits et d’absolutisation de l’individu-consommateur. Car même s’ils admettent que ce déracinement a entraîné des progrès alimentaires, hygiéniques ou dans la connaissance objective de la matière et des perspectives collectives de l’humanité, ils reprocheront sans doute à la culture occidentale d’avoir mené cette révolution planétaire tambour battant, sans aucun souci de la discussion et du partage équitable des bienfaits du progrès (car si l’on nous parle aujourd’hui, en Occident, des « bienfaits de la colonisation », ou des « bienfaits » actuels du néo-impérialisme en terme de niveau de vie pour les populations du Sud, on oublie toujours que ce sont là des « bienfaits » inéquitables, arrachés par les colonisés, ou qui leur retombent dessus d’une manière collatérale, avec un temps de retard, mais sans aucun souci de justice et de respect réel de leur point de vue). Les voix d'intellectuels qui s'élevèrent à chaque étape des crimes commis de suffisant pas à exonérer les systèmes occidentaux de leur responsabilité en la matière.

L’épopée occidentale apparaîtra ainsi comme une entreprise collective un peu folle, qui n’aura véritablement profité à tout le monde que par une « ruse de la raison » (et notamment par la ruse des peuples opprimés qui auront retourné contre l’Occident ses propres armes).

Ce qui atténuera sans doute principalement la sévérité collective de l’humanité à l’égard de l’expérience occidentale (et qui déjà l’atténue), est que son héritage est à la charge de tout le monde (autrement dit les crimes de l'Occident sont présents en filligrane dans la culture commune que le monde entier partage désormais, et donc dans cette mesure, tout le monde hérite  de ses crimes), et que c’est un héritage irréversible. La possibilité de fonder un système économique sur le seul profit commercial, la négation des dettes morales familiales, la relativisation de l’affect au profit de la rationalité pragmatique et de la pulsion de consommation ont été tant et si bien semés sur les cinq continents (même si les peuples dominés n’excellent pas autant que leurs oppresseurs dans ces domaines) qu’il est vain de rêver au retour des « valeurs traditionnelles ». Tout ce que peuvent faire les peuples du Sud, c’est « bricoler » des mix de valeurs traditionnelles (à travers l’Islam, les « valeurs africaines », ou les « valeurs asiatiques ») et de modernité occidentale, mais qui, dans tous les cas, doivent malgré tout « quelque chose » à la folle aventure occidentale.

Etrangement il semble que le jugement le plus radical que l’humanité pourrait porter sur l’Occident à l’avenir serait un jugement construit sur les bases d’un cataclysme (une guerre nucléaire ou un désastre écologique). L’anéantissement total du système capitaliste dans ce genre de catastrophe, s’il faisait renaître des sociétés à base traditionnelle, pousserait sans doute celles-ci à reconnaître dans l’expérience occidentale une aberration complète au sein de l’aventure humaine, une aberration telle qu’elles la trouveraient complètement étrangère à la condition « normale » de notre espèce (à supposer d’ailleurs que ces peuples aient suffisamment de sens historique pour pouvoir s’intéresser à cette expérience qui sera enfouie très loin dans leur passé).

FD

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