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Le blog de Frédéric Delorca

Sarko au Congo

31 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

A noter ceci dans la presse :

"Sarkozy veut dépecer la RDC
(Courrier International 22/01/2009)


Le président français a jeté un pavé dans la mare en proposant une restructuration de la région des Grands Lacs en faveur du Rwanda et au détriment de la république démocratique du Congo. Celle-ci n'apprécie guère." (http://www.africatime.com/Rdc/nouvelle.asp?no_nouvelle=442352 - http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=93652). L'article a été publié dans Le Potentiel (quotidien de Kinshasa - http://www.lepotentiel.com)

Pendant ce temps L'oeil du Patriote écrit :

"Au moment où la classe politique congolaise est divisée  par la succession des événements à l’Est de notre pays, nos envahisseurs, eux, accélèrent l’exécution du schéma d’occupation et d’annexion de la partie Est de notre pays, la République Démocratique du Congo. En l’espace d’un mois seulement, les Congolais ont assisté, hébétés, à l’exécution rapide des  scenarii de la fin d’un processus savamment conçu par Kagamé à Kigali, et soigneusement exécutés en RDC par son digne représentant, «Joseph Kabila»: dissidence de Ntaganda, destitution de Nkundabatware de la présidence du CNDP, annonce de la fin de la rébellion par le nouveau patron du CNDP, Bosco Ntaganda, normalisation des relations entre Kinshasa et Kigali et amorce d’une négociation pour mettre fin à la présence des rebelles hutus rwandais de FDRL, signature d’un accord (secret ?) entre la RDC et le Rwanda autorisant l’entrée de l’armée rwandaise en RDC, d’abord comme «simple observateur» (dixit ministre Tambwe Mwamba, relayé par son collègue Mende), ensuite comme « forces amies pour combattre le FDRL et les milices locales » , et enfin, annonce pompeuse de l’arrestation de Nkundabatware au…Rwanda. Ouf ! Les Congolais n’y ont vu que du feu! Certains, comme des automates, ont même applaudi et remercié le maître de Kigali (et de Kinshasa ?). Les pauvres! Heureusement qu’il y a aujourd’hui des patriotes congolais qui se sont débarrassés des effets soporifiques de cette morphine ! La grogne gagne du terrain. Dieu merci !"

Le Potentiel laisse entendre qu'Obama ne serait pas sur la ligne de Sarkozy sur la balkanisation de la RDC (http://www.africatime.com/rdc/nouvelle.asp?no_nouvelle=443313&no_categorie=). Du wishful thinking ?

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Le retour des options nucléaires

31 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Je lis aujourd'hui dans RIA-Novosti sous la plume d'Ilya Kramnik :

"La déclaration sur le déploiement éventuel de cette arme (les missiles iskander) dans la région de Kaliningrad s'explique très facilement : l'implantation du système de défense antimissile américain en Pologne et en République tchèque constitue une menace directe pour le potentiel nucléaire russe. Certes, 10 missiles intercepteurs GBI qu'il est prévu d'installer en Pologne à la première étape, et même 50 de ces missiles, ne pourront parer une attaque de grande envergure des Troupes de missiles stratégiques russes (RVSN) et de porte-missiles sous-marins, mais l'importance de ces missiles intercepteurs s'accroîtra incommensurablement après le premier coup nucléaire éventuel porté par les Etats-Unis à la Russie. Dans ce cas, les intercepteurs d'ABM feront face à un nombre très réduit de missiles russes restés intacts après le premier coup, ce qui permettra aux Etats-Unis de compter sur un succès et de remporter, pour la première fois après les années 50, la victoire dans une guerre nucléaire. " (http://fr.rian.ru/analysis/20090130/119896009.html)

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L'Europe, les Sudètes, les enjeux mémoriels

30 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

J'ai écrit ceci ce matin sur le blog d'Edgar, qui se plaignait de ce que l'Union européenne ouvre la voie au retour des Sudètes en République tchèque :

"Est-ce l'Europe ou la loi du plus fort ? En décembre 1989, le responsable des amitiés franco-tchécoslovaques avait publié une tribune dans Le Monde qui disait en gros "Français investissez en Tchécoslovaquie et épousez des tchécoslovaques, ne laissez pas l'Allemagne occuper seule le terrain dans ce pays". Aujourd'hui je me demande quelle est  la part respective de l'Allemagne et de la France dans les investissements en République tchèque.

D'un point de vue géopolitique, il y a deux visions de l'Europe centrale : une vision française qui y soutient les peuples slaves, et la formation de fédérations respectables sous leur égide (la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie), et la vision allemande selon laquelle tout ce qu'il y a entre l'Adriatique et les Carapathes constitue une sorte de "Galilée des nations" dans laquelle les Allemands ont leur place (et qui soutient aussi les revendications des non-slaves Hongrois, des Turcs, des Albanais).

Evidemment le souvenir du nazisme permet de dénigrer le point de vue allemand mais plus pour très longtemps. Mais sur la question de l'Europe centrale je ne suis pas convaincu que le souverainisme "classique" (c'est à dire la défense de l'héritage de 1945 qui reproduisait celui de 1918 favorable à la France) soit complètement réaliste, sauf à considérer qu'un peuple déraciné (les Alllemands des sudètes) doit faire le deuil de sa mémoire et se recréer une identité ailleurs.

Il y a autour de ces questions mémorielles des difficultés considérables : les Sudètes veulent revenir en Tchéquie, les Juifs sionistes en Palestine, les Pieds-noirs en Algérie. Des tas d'enjeux coloniaux se greffent là dessus (car Pieds noirs et Sudètes par exemple étaient des colonisateurs là où ils vivaient). Le progressisme du 20 ème siècle (la foi en l'avenir), justifiait que les peuples opprimés expulsent les colons pour créer un avenir meilleur. Le pessimisme écolo-conservateur de notre époque qui fétichise le passé, valorise le droit au souvenir et ouvre la voie au retour des colons partout".
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Pimprenelle, la laïcité, et le racisme

29 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Je vous ai déjà parlé hier de ma chef, que nous appellerons dorénavant Pimprenelle, et dont je vous ai dit que, bien qu'athée et anticléricale (ou peut-être faut-il enlever le "bien que") elle est issue de la RPR (la "religion prétendument réformée"). Je ne sais pas grand chose d'elle, sinon qu'elle vient d'une petite bourgeoisie d'Etat de province, qu'elle a fait Sciences Po dans les années 1970, et qu'elle fait partie aujourd'hui des cadres du service public qui s'alignent sur les normes du privé à force de culpabilisation.

Pimprenelle est de gauche. Enfant elle fut marquée, disait-elle, par une image où l'on voyait des têtes de géants coupées sur lesquelles montaient des nains, image de la révolution française qu'elle avait adorée. Proche des jeunesses communistes en 1990, elle ne sait plus trop quoi faire de ses idées de jeunesse, sauf se faire la défenseuses des valeurs républicaines dans le domaine juridique, c'est-à-dire de l'égalité formelle.

Cette dame s'étranglait ce matin, en compagnie d'une mienne collègue, parce qu'elle avait reçu un courrier d'une femme noire en quête de logement qui demandait à ce que son dossier de demande de HLM "soit réexaminé par une fonctionnaire noire comme elle, et non par une blanche (sic)". Pimprenelle était outrée : "Que fait-on de la République, bon sang ! il faut dénoncer cette dame au procureur ! elle fait du racisme ! et de la diffamation !".

Pendant quelques minutes j'ai failli adhérer à son indignation, me laisser emporter par son mouvement si sincère, et rempli de bonnes intentions. Je la suivais d'autant plus que j'ai une petite estime pour cette dame qui a dû se battre contre le sexisme et le conservatisme, et dont l'ascension sociale fut moins confortable, pour des questions de génération, que celle d'une Caroline Fourest par exemple. Mais j'ai rapidement arrêté mon élan.

J'ai bien compris quel raisonnement tenait Pimprenelle pour crier à la diffamation : "Cette personne noire diffame la fonctionnaire blanche parce qu'elle l'accuse d'être raciste. Et ce faisant c'est la dame noire qui devient raciste. Inversons les termes : si la dame avait été blanche, et la fonctionnaire noire, nul n'aurait hésité à défendre la fonctionnaire noire et taxer la dame de racisme et de diffamation."

Mais il y a un problème. D'abord est-ce qu'accuser quelqu'un de racisme est diffamatoire ? Soit le racisme consiste à ne pas aimer les différences, et si j'en crois notamment Pascal Boyer "Et l'homme créa les dieux" dont je relisais ce soir des pages (excellentes, je vous recommande ce livre), le mouvement qui tend à fédérer les hommes contre d'autres sur la base similtudes réelles ou supposées (donc contre les différences des autres) est assez naturel (ce qui ne signifie pas, heureusement, irréversible). Donc dire de quelqu'un qu'il est raciste en tant qu'il n'aime pas les différences n'est pas nécessairement diffamatoire et donc la dame noire n'a pas nécessairement diffamé la blanche en la soupçonnant de ne pas aimer sa couleur de peau. Elle lui a peut-être juste prêté un trait primitif de psychologie, qui, certes, n'est pas flatteur, mais n'est pas non plus insultant puisqu'il est dans les gènes de tout le monde (avant que le processus d'éducation ne vienne heureusement à le neutraliser). Ou bien alors faut-il entendre par "racisme" une théorie selon laquelle il existe une hiérarchie des races. Se peut-il alors que la dame noire qui a prêté à la blanche des nouvelles intentions à son égard ait voulu signifier que celle-ci, comme au 19 ème siècle, se plaçait au sommet d'une échelle civilisationnelle, et la méprisait du haut de son piédestal ? Si tel est le cas, je ne suis pas du tout certain qu'on puisse dire que, de ce fait, le "racisme" qu'elle prêtait à la fonctionnaire blanche lui retombe dessus, car, même si quelques très rares intellectuels noirs défendent des thèses sur la supériorité des noirs sur les blancs, ces thèses de toute façon ont un côté un peu revanchard, et personne ne les prend pour des constructions dogmatiques construites avce la même certitude que celles que les Blancs hélas, avec une arrogance terrible n'ont cessé d'asséner.

Autrement dit, il y avait un profond contresens à prêter à la dame noire un "racisme" au même sens où la dame noire le prêtait à la fonctionnaire blanche. Et ce contresens tenait à l'histoire : le racisme comme idéologie est une construction blanche, qui s'est adossée à une domination économique blanche, et donc les gens qui aujourd'hui ont des réflexes peut-être communautaristes de penser qu'un noir peut mieux comprendre leurs problèmes qu'un blanc, ne sont pas "racistes" au même sens que les blancs ont pu l'être avec eux : ils sont d'abord sur une position défensive.

Du coup, arborer le drapeau tricolore avec des airs de Liberté au sein nu sur les barricades, dans un contexte comme celui-là, n'est rien d'autre qu'une manière de prolonger le geste colonialiste, comme autrefois on imposait un "code indigène" tout en se réclamant de la République.

J'ai beaucoup repensé au protestantisme de Pimprenelle. A ce qui fit la grandeur révolutionnaire de ce courant de pensée (voir la Révolution des Saints de Waltzer), une grandeur encore réelle, par exemple dans l'extrême gauche américaine (voir modestement mes 10 ans sur le planète résistante), ce qui fit l'horreur intégriste aussi de ce mouvement (voir les pages très éloquentes de Meyssan là dessus à propos de Cromwell, du May Flower, Meyssan, qui, en bon bordelais, deviendrait un aussi fort avocat de la papauté que Sollers, s'il n'était radical-socialiste ! et là dessus il me fait rire). Meyssan dit que la République était au départ une idée presque exclusivement protestante, ce qui explique la ferveur de cette tendance pour la Révolution française, puis pourle combat laïque de la III ème République. Chez Pimprenelle, comme chez Charlie Hebdo, mais pour des raisons que je comprends mieux que dans le cas de Charlie Hebdo, c'est au fond l'intégrisme du laïcisme, directement héritier de l'intégrisme anti-papiste des calviniste, qui l'emporte sur la générosité du républicanisme. Voilà le grand dévoiement de nos institutions. Peut-être aussi ce dévoiement est-il un peu dû à de l'inculture : Pimprenelle a beaucoup de boulot, peu de temps de lire, pas le temps notamment de lire les bons auteurs anti-impérialistes, ceux qui remettent de l'historicité dans notre juridisme égalitariste qui pose des symétries là où elles n'existent pas. Face à Pimprenelle, ce sont peut-être les Indigènes de la République (MIR) qui défendent un républicanisme utile, intelligent. Je dis cela sous réserve car beaucoup de mes amis restent méfiants à l'égard de ce mouvement, et je n'arrive pas à établir un réel dialogue avec eux. Mais on voit en tout cas comment les idées s'incarnent dans des situations, et comment des idées justes se dévoient dans des parcours individuels. Aujourd'hui, sans le savoir, Pimprenelle, écharpe tricolore en bandoulière, enterrait la République.
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Le roman, le blog d'Edgar

28 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Programme pour une gauche décomplexée

Le quotidien suit son cours. Je demande pardon à mes lecteurs de ne plus trop écrire d'articles sur l'actualité en ce moment, ni sur ce blog, ni sur celui de l'Atlas alternatif. Je m'accorde une pause.

Comme tout un chacun je dois vouer le plus clair de mon temps au boulot - ma chef m'ayant d'ailleurs sonné les cloches lundi (j'ai appris par la même occasion qu'elle appartenait à la RPR, la "religion prétendument réformée" comme on disait jadis, ce qui explique que le travail sous son autorité ne soit pas du tout drôle - il faudrait faire une étude sociologique sur les protestants dans les professions juridiques).

Mon interview à Radio Pais a reçu des échos favorables d'amis dans le Sud-Ouest, mais mon roman est très loin de pouvoir faire son chemin en Béarn : il faut d'abord que les libraires le commandent et le mettent sur leurs étals. Ce n'est pas gagné d'avance quand on ne s'appuie pas sur un réseau de diffusion solide.

J'aurais encore beaucoup de choses à dire sur ce roman mais il est trop tard ce soir pour ce faire.

A défaut d'écrire sur ce blog, je traine souvent du côté du blog d'Edgar, La lettre volée (http://www.lalettrevolee.net/), un site sympathique où l'on trouve des gens qui à la fois lisent un peu des livres et ne sont pas dogmatiques. On peut y lancer quelques idées, expérimenter. Edgar a fait une recension plutôt sympa de mon "Programme pour une gauche" (http://www.lalettrevolee.net/article-27116505.html). Pas trop de réactions dans les commentaires (normal : les gens ne connaissent pas ce livre dont seul le mouvement de Nikonoff a signalé l''existence sur le Net), mais bon, peut-être auront-ils quand même jeté un coup d'oeil. Edgar m'a dit que sa feuille électronique avait l'audience d'un "journal paroissial". Ce n'est pas si mal.
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Interview sur Radio Païs-Pau

21 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La Révolution des Montagnes

Ci-joint une interview de Frédéric Delorca diffusée à 12 h 30 aujourd'hui sur Radio-Païs Pau (http://www.radio-pais.com/) à propos de La Révolution des Montagnes. A signaler aussi une recension de ce livre sur Le Mague (http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article5708) .



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Concours de vacuité médiatique

20 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

Difficile de dire ce qu'il y a eu de plus con dans les dépêches d'aujourd'hui.

Est-ce celle-ci de l'AFP "Obama induit en erreur en récitant son serment d'investiture" dans laquelle s'exprime toute la vacuité de cette non-information bruyante qui entoure l'investiture d'Obama ?

"Moi, Barack Hussein Obama, je jure solennellement de remplir les fonctions de président des États-Unis fidèlement, et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des États-Unis", a déclaré le 44e président, répétant petit à petit les mots prononcés par le président de la Cour suprême, John Roberts.
Mais ce dernier a commis une petite erreur en employant le mot "fidèlement" après "président des Etats-Unis", alors que ce terme doit précéder "les fonctions de président".

Constatant apparemment la bourde, Barack Obama s'est interrompu pendant un bref instant de gène, avant que M. Roberts ne répète le morceau de phrase, à nouveau dans le désordre. Le nouveau président a dû obtempérer et finir son serment tel qu'il l'avait entendu.

La foule de 2 millions de personnes rassemblée devant le Capitole a ressenti le malaise, une femme criant "Oh non, non, non, non!", couvrant le murmure des spectateurs.

Interrogé par l'AFP, le professeur de droit constitutionnel Jeffrey Rosen a toutefois assuré que le faux-pas du président de la Cour suprême n'entachait en rien la validité de l'investiture de M. Obama.

Durant le déjeuner qui a suivi la cérémonie, M. Roberts a paru s'excuser auprès de M. Obama qui a ri et lui a serré la main.

Ou encore celle-là, dans laquelle s'exprime une autre vacuité, celle de notre président bien aimé, qui n'a plus qu'un don : celui d'escamoter les négations de la langue française.

"Sarkozy: "J'écoute mais je tiens pas compte""

Nicolas Sarkozy s'est rendu mardi à Sourdun, près de Provins (Seine-et-Marne), commune durement touchée par le départ du 2e régiment de hussards. Les 900 hommes du régiment sont en voie de transfert à Haguenau (Bas-Rhin). En compensation, le site doit abriter dès la rentrée 2009 un internat d'excellence, accueillant quelque 150 élèves boursiers venus de la région parisienne dans le cadre du plan "espoir banlieue". Ils devraient être 500 en septembre 2010.

Doivent également s'y installer d'ici 2010 les 330 personnels du Service d'étude sur les transports, les routes et leurs aménagements (SETRA), actuellement basés à Bagneux (Hauts-de-Seine). Un transfert que contestent les intéressés.

"Ils ont tort", a rétorqué Nicolas Sarkozy lors d'une table ronde. "Ce transfert, il se fera. Et je suis désolé, c'est un magnifique cadre". "Dès que je veux changer quelque chose, toutes les forces du conservatisme se mobilisent pour l'empêcher", a-t-il déploré. "J'étais préparé à ça. J'écoute mais je tiens pas compte", a-t-il lancé.

Nicolas Sarkozy a plus largement défendu sa volonté de poursuivre les réformes en France. "Sur la ligne, sur la stratégie, sur la volonté d'aller de l'avant, on n'a pas d'états d'âme, parce qu'il n'y a pas d'autre stratégie", a-t-il affirmé. "En plus, je dois le faire en maintenant la cohésion sociale", a-t-il ajouté. "C'est très difficile. C'est pour ça que je verrai les banquiers cet après-midi. J'ai deux ou trois choses à leur dire".

La crise est "une opportunité pour en sortir plus forts" et "j'ai pas été élu pour subir", a martelé Nicolas Sarkozy. "Je veux changer les choses. Je ne suis pas là pour commenter les problèmes mais pour essayer de les résoudre".

La réforme de la justice? Elle fait "un petit peu débat", mais "y a-t-il une personne qui pense que ça va tellement bien qu'il faut rien changer?". La réforme de l'audiovisuel? "Tout le monde est content maintenant. On se demande qui a eu l'idée". Les radars? "Je l'ai fait deux ans et demi avant l'élection présidentielle" et "on a quasiment divisé par deux le nombre de morts sur les routes".

Dans le cadre de l'adoption du nouveau Livre blanc redéfinissant les objectifs de la défense française, le gouvernement a annoncé en juillet dernier la fermeture de 83 sites militaires, dont 11 dès 2009, le quart Nord-Est de la France subissant de véritables coupes claires.

Le départ des militaires a eu "une conséquence catastrophique sur les finances locales", avec la perte "d'un tiers du budget", a souligné le maire de Sourdun Eric Torpier. Il signifie aussi la "fermeture possible de deux classes". Et "pour nos commerçants, (c'est) une baisse en moyenne de 30% de leur chiffre d'affaire".

Le président PS du conseil général de Seine-et-Marne Vincent Eble a dénoncé la faiblesse de l'aide de l'Etat pour son bassin d'emploi, de 10 millions d'euros. "C'est la qualité des projets qui nous intéresse (...) Ca se fait pas au poids!", a rétorqué Nicolas sarkozy. "Et elle veut un rôti de combien, la petite dame? C'est pas ça!".

"Il fallait revoir la carte militaire", a martelé le chef de l'Etat, qui a rappelé que l'armée comptait 471 sites en France. "Il y avait des régiments français en charge de s'assurer que nous ne serions pas envahis par l'Italie", a-t-il ironisé. "Ils ont fait un boulot remarquable. On voulait pas l'armée italienne, on a eu Carla (Bruni-Sarkozy, NDLR). C'est quand même plus agréable, notamment pour moi". AP

Tout ce que l'on peut souhaiter à l'humanité, c'est qu'un jour elle retrouve suffisamment d'intelligence pour avoir le tournis devant la vacuité de notre époque, quand elle en étudiera les productions, et notamment les dépêches...

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Chomsky, Obama et la crise

20 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

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La Haine de l'Occident

13 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

Voici mon nouveau CR sur Parutions.com, un livre qui est assez proche des idées défendues dans ce blog : "La haine de l'Occident" de Jean Ziegler - cliquez sur http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=97&ida=10370.

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Les socialistes

11 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Le Parti socialiste français a refusé de participer aux manifestations de solidarité avec la Palestine hier. Le député socialiste M. Montebourg a justifié cette position de la sorte : "Si nous condamnons fermement l'attitude du gouvernement israélien qui a engagé cette offensive et qui ne semble pas vouloir la faire cesser et retirer ses troupes, nous ne pensons pas que aujourd'hui aller manifester et risquer des débordements, soit la meilleure méthode". Le député socialiste a mis en garde contre "toute forme d'instrumentalisation communautaire" du conflit au Proche-Orient. "Nous ne voulons pas, nous, que la France se mette à se déchirer sur des questions communautaristes ou religieuses", a-t-il dit (Associated Press).

Un des candidats potentiels du Parti socialiste à la présidence de la République, M. Strauss-Kahn, avait, pour sa part, déclaré en 1991 : "Je considère que tout Juif de la diaspora, et donc de France, doit, partout où il peut, apporter son aide à Israël. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est important que les Juifs prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l’ensemble de mes actions, j’essaie d’apporter ma modeste pierre à la construction d’Israël ». Déclaration sur « Europe 1 », reprise par le Magazine « La vie en France »,le 11 avril 2002 sous le titre « Trop Proche-Orient » (http://renenaba.blog.fr/2008/10/20/francedominique-strauss-kahn-dans-le-texte-piq-ucirc-re-de-rappel-4900071).
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Gaza, le courage et la lâcheté

10 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Des images semble t-il filmées par une télévision coréenne, montrent le courage d’une jeune palestinienne demandant pacifiquement à un soldat de Tsahal de ne pas tirer sur la foule.


Un mot de Roland Dumas à propos de la lâcheté française :






Un dessin de Charb dans L'Humanité dimanche du 29 janvier 2009 p. 65


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Mona Chollet sur Gaza

7 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Voilà un texte intéressant de Mona Chollet sur Gaza :
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"Qu’elle était naïve, décidément, cette idée selon laquelle, avec l’expansion des moyens de communication, il ne serait plus possible de commettre une exaction sans que l’opinion internationale, aussitôt alertée, réagisse par une protestation unanime… Alors que, pour compenser ce rétrécissement spectaculaire de la planète, il suffisait d’intensifier en proportion les efforts de propagande. Les bombardements israéliens sur Gaza en offrent la démonstration la plus achevée.

Vous croyez voir une population prise au piège, privée de tout par un blocus inhumain, se faire massacrer par un Etat qui, soutenu par la première puissance mondiale et assuré, quels que soient ses forfaits, de ne jamais être inquiété, occupe illégalement des territoires et opprime un peuple depuis quarante ans, en violant sans cesse ses engagements ? Abracadabra !


Mais non : vous voyez un pauvre petit Etat merveilleusement démocratique se défendre contre les méchants islamistes qui veulent sa perte. Et le pauvre petit Etat est vraiment désolé de devoir au passage réduire en charpie quelques gamins - les seuls Palestiniens que l’on daigne considérer comme « innocents », ce sont les enfants ; et encore… - pour parvenir à atteindre les fourbes activistes méritant mille fois la mort qui se cachent lâchement parmi eux.


« A partir du moment où l’autre est l’ennemi, il n’y a plus de problème. » On avait déjà eu l’occasion de citer ici cette phrase par laquelle, dans le roman de Stéphanie Benson Cavalier seul, un personnage explique comment on peut justifier les pires crimes. Croit-on vraiment qu’un seul massacre ait pu se commettre sans que ses auteurs se persuadent et persuadent les autres qu’ils y étaient obligés par le danger que représentaient leurs victimes ?


Dans son livre La peur des barbares (Robert Laffont, 2008), Tzvetan Todorov rappelle : « Quand on demande aux policiers et aux militaires sud-africains pourquoi, au temps de l’apartheid, ils ont tué ou infligé des souffrances indicibles, ils répondent : pour nous protéger de la menace que les Noirs (et les communistes) faisaient peser sur notre communauté. “Nous n’avons pris aucun plaisir à faire cela, nous n’en avions aucune envie, mais il fallait les empêcher de tuer des femmes et des enfants innocents (1).” »


Transformer le faible en fort et le fort en faible


Ainsi, le sort fait aujourd’hui aux Gazaouis a été permis par une longue et obstinée construction de l’ennemi. Depuis le mensonge fondateur d’Ehud Barak sur la prétendue « offre généreuse » qu’il aurait faite en 2000 à Camp David, et que les Palestiniens auraient refusée, les politiciens et les communicants israéliens s’y emploient avec zèle ; et, ces jours-ci, ils intensifient leurs efforts (lire par exemple « Internet, l’autre zone de guerre d’Israël », Le Figaro, 31 décembre 2008).


Mais le 11 septembre 2001, en poussant l’Occident à la frilosité grégaire et au repli identitaire, leur a offert un terrain favorable en leur permettant de jouer sur la nécessaire solidarité des « civilisés » face aux « barbares » : innocence inconditionnelle pour les premiers, culpabilité tout aussi inconditionnelle pour les seconds. Dans son éditorial de Libération du 29 décembre, Laurent Joffrin met ingénument en garde Israël contre le risque de perdre sa « supériorité morale » : en effet, on frémit à cette hypothèse. Quant à Gilad Shalit, il n’est pas le soldat d’une armée d’occupation capturé par l’ennemi, ce qui fait quand même partie des risques du métier, mais un « otage » (2).
  

La focalisation hypnotique, obsessionnelle, sur l’« intégrisme musulman », relayée avec zèle par d’innombrables éditorialistes et tâcherons médiatiques, tous ces « meilleurs spécialistes de l’islam de tout leur immeuble » qui, conformément au désormais bien connu « théorème de Finkielkraut » (moins tu en sais sur le sujet dont tu causes, plus on t’écoute), y ont trouvé un fonds de commerce providentiel et l’occasion d’une gloire facile, est parvenue à persuader l’opinion occidentale que celui-ci représentait aujourd’hui le plus grand danger menaçant le monde.
  

« Pour ma part, je soutiens Israël et les Etats-Unis. La menace islamiste est, à mes yeux, beaucoup plus terrifiante », ânonne ainsi un intervenant sur un forum - les forums constituant un témoignage accablant de l’ampleur et de la réussite du lavage de cerveau. Bassiner jour après jour des citoyens occidentaux désorientés par l’évolution du monde et peu sûrs d’eux-mêmes avec la « menace islamiste » a eu pour effet de faire disparaître tout le reste, et en particulier de gommer comme par magie tout rapport de forces objectif.

Le résultat, c’est qu’un type qui insulte une femme voilée dans le métro parisien n’a pas l’impression de s’en prendre à plus faible que lui, mais de poser un acte de résistance héroïque (« M’agresser est quasiment vécu par l’agresseur comme de la légitime défense », observe Malika Latrèche dans Les filles voilées parlent). Et qu’Israël passe non pas pour l’agresseur, mais pour la victime : « Les Israéliens ont toute ma sympathie dans cette épreuve », lit-on sur les forums du Nouvel Observateur, alors que les Gazaouis pataugent dans le sang et les gravats.

Massacrer les Palestiniens pour libérer leurs femmes

Le matraquage sur l’« islamisme » a été si efficace que l’occupation israélienne, qui constitue pourtant la donnée première de la situation au Proche-Orient, a tout simplement disparu des radars. Au mieux, quand on reste un peu sensible au malheur palestinien, on fait comme s’il était symétrique au malheur israélien - toujours cette « fausse symétrie » que pointaient Denis Sieffert et Joss Dray dans La guerre israélienne de l’information. Si d’aventure l’opinion occidentale est quand même prise d’un doute passager, « euh, vous êtes sûrs que vous n’y allez pas un peu fort, là, quand même ? », elle est aussitôt invitée à se rappeler que, de toute façon, ces gens-là ne sont que des bêtes malfaisantes qui détestent les juifs par pure méchanceté d’âme (eh bien oui, pour quelle autre raison cela pourrait-il bien être ?) et qui oppriment leurs femmes - on espère que les femmes palestiniennes seront au moins reconnaissantes à Israël de les débarrasser de tels monstres en tuant leurs maris, leurs pères, leurs frères, leurs fils. Faut-il en déduire que le machisme mérite la peine de mort ? Dans ce cas, suggérons que la sanction soit aussi appliquée en Occident : je sens qu’on va rigoler. Oh, mais pardon, bien sûr, j’oubliais : il n’y a pas de machos en Occident, où règne une égalité parfaite entre les sexes. Et il n’y a pas d’antisémitisme non plus. Six millions de morts, c’était avant le déluge, d’ailleurs nos grands-parents étaient tous résistants, et de plus ces salauds d’Arabes étaient pronazis, ce qui prouve quand même leur malfaisance foncière. Avoir été pronazi, c’est vachement plus grave que d’avoir été nazi ou collabo, non ?

Cette analyse faisant de l’intégrisme musulman le plus grand péril menaçant la planète est parfois posée au détriment du plus élémentaire bon sens, comme le montrait par exemple en 2004 Sadri Khiari dans sa lecture du livre de Caroline Fourest et Fiammetta Venner Tirs croisés. Il relevait la contradiction entre le tableau que peignaient les auteures de la puissance respective des différents intégrismes monothéistes et les conclusions qu’elles en tiraient, à savoir que l’islamisme était le plus redoutable : « Malgré ses bombes humaines, son argent sale, ses foules arabo-musulmanes fanatisées et impuissantes, l’islamisme semble bien inoffensif par rapport à la puissance des intégrismes chrétien et juifs, du moins tels qu’elles nous les présentent, influençant la politique des Etats les plus puissants du monde. Or, c’est à l’idée inverse qu’elles aboutissent : “A côté de l’intégrisme musulman, les intégrismes juifs et chrétien donnent l’impression de phénomènes marginaux plutôt folkloriques, en tous cas sans conséquences.” »

Israël fera la paix… « quand les Palestiniens seront finlandais »

Mais surtout, cette focalisation sur l’« islamisme » est désastreuse parce qu’elle s’en prend à un phénomène de nature essentiellement réactive et défensive, qu’elle ne fait qu’alimenter encore davantage. La prise de pouvoir du Hamas est présentée comme une preuve de l’arriération et du caractère belliqueux des Palestiniens, alors qu’elle résulte de l’exaspération d’une population qui a vu l’occupant poursuivre inexorablement sa politique de terreur et de spoliation. « On nettoie, et ensuite, peut-être qu’on verra enfin émerger un partenaire palestinien raisonnable », disent en substance les autorités israéliennes aujourd’hui - comme si elles ne s’étaient pas acharnées auparavant à discréditer, à diaboliser, à éradiquer les partenaires raisonnables qu’elles avaient en face d’elles, assiégeant le quartier général de Yasser Arafat tandis que les infrastructures du Hamas et du Djihad islamique restaient debout. Selon toute vraisemblance, c’est plutôt les Palestiniens qu’il s’agit de « nettoyer ». « Sharon fera la paix… quand les Palestiniens seront finlandais », prédisait à juste titre Charles Enderlin (Libération, 20 octobre 2004). C’est tout aussi vrai d’Ehud Olmert. Et cela risque malheureusement d’être encore plus vrai de celui ou celle qui lui succédera en février.

Comment pourrait-il en être autrement ? C’est l’existence même des Palestiniens qui gêne. Dans un texte publié le 30 décembre, « On Gaza », l’activiste altermondialiste américaine Starhawk écrit : « Je suis juive, de naissance et d’éducation, née six ans après la fin de l’Holocauste, élevée dans le mythe et l’espoir d’Israël. Le mythe dit ceci : “Pendant deux mille ans nous avons erré en exil, nulle part chez nous, persécutés, presque détruits jusqu’au dernier par les nazis. Mais de toute cette souffrance est sortie au moins une bonne chose : la patrie à laquelle nous sommes revenus, enfin notre propre pays, où nous pouvons être en sécurité, et fiers, et forts.” C’est une histoire puissante, émouvante. Elle ne présente qu’un seul défaut : elle oublie les Palestiniens. Elle doit les oublier, parce que, si nous devions admettre que notre patrie appartenait à un autre peuple, elle en serait gâchée. Le résultat est une sorte d’aveuglement psychique dès qu’il s’agit des Palestiniens. Si vous investissez réellement Israël comme la patrie des juifs, l’Etat juif, alors, vous ne pouvez pas laisser les Palestiniens avoir une réalité à vos yeux. Golda Meir disait : “Les Palestiniens, qui sont-ils ? Ils n’existent pas.” Nous entendons aujourd’hui : “Il n’y a pas de partenaire pour la paix. Il n’y a personne à qui parler.” » Face à cet aveuglement, une seule alternative s’offre à la communauté internationale, au sein de laquelle les leviers de décision sont encore occidentaux : soit obliger les Israéliens à voir les Palestiniens ; soit approuver cet aveuglement - « mais non, bien sûr, vous avez raison, ces gens n’existent pas, mais larguez donc encore quelques bombes pour vous en assurer, si cela peut vous soulager » - et cautionner, voire encourager, un sociocide. Il semble qu’elle ait fait son choix.

Se mettre à la place des dominés, c’est trop fatigant

Ce choix a été largement facilité par la résurgence du mépris colonial le plus cru - élément que Starhawk néglige quelque peu. Pouvoir déchaîner son inconscient colonial à l’abri du noble combat pour ceux que l’on a autrefois si allègrement génocidés, avouons que c’est quand même une formidable aubaine. La propagande pro-israélienne compte sur l’imprégnation persistante des cerveaux par les vieux clichés coloniaux, qui empêche toute appréhension réelle du malheur des Palestiniens. Ensevelis sous les représentations racistes, parlant une langue dont les accents ont été moqués par des générations de comiques troupiers, ceux-ci inspirent toujours la méfiance et le soupçon : quand Arafat avait reconnu Israël, on était persuadé qu’il s’agissait d’une ruse. Leur douleur est toujours suspectée d’être une mise en scène, une fourberie destinée à abuser l’Occidental trop naïf (une militante féministe, citée dans Les filles voilées parlent, à une femme voilée qu’elle vient d’agresser : « Arrêtez avec vos larmes de crocodile »). La propagande pro-israélienne parie sur l’impossibilité d’une identification du pékin occidental avec les Palestiniens, comme en témoigne le succès de l’argument que l’on voit copié-collé ad nauseam sur tous les forums : « D’accord, mais mettez-vous à la place des malheureux Israéliens qui vivent sous les tirs de roquettes, quel Etat au monde accepterait cela », etc. Ce n’est jamais à la place des Palestiniens qu’on est invité à se mettre. Le fait de vivre sous la menace d’une mort violente, menace qui se concrétise rarement, est considéré comme plus intolérable que celui de vivre avec l’omniprésence de la mort effective, qui plus est dans des conditions matérielles et morales infernales, et de subir une occupation depuis des décennies.

L’obsession de l’islamisme et l’effacement du rapport de forces réel - son inversion, même - ont été d’autant plus faciles à installer qu’ils permettent de faire l’économie de toute identification aux dominés. Et cela tombe bien, parce que justement, de toute façon, en France ou ailleurs, on ne meurt pas d’envie de se mettre à la place des dominés, d’essayer de comprendre ce qu’ils vivent ou comment ils voient les choses. On laisse désormais cet exercice pénible à ceux qui ont, dit-on, la « haine de soi ». A propos d’Amira Hass, rare journaliste israélienne à travailler dans les territoires palestiniens, un intervenant ricane sur un forum : « Plutôt qu’Amira Hass, c’est Amira Selbsthass [« haine de soi » en allemand] qu’elle devrait se nommer ! » L’opinion majoritaire, c’est que les victimes nous emmerdent avec leurs pleurnicheries, qu’elles font un drame de tout - à preuve, les dénonciations très en vogue de la « victimisation ».

Cette profonde réticence, le refus de fournir cet effort d’identification - car cela demande bien un effort -, cet enfermement dans le confort de ses certitudes et de sa position dominante, produisent une sous-estimation permanente des souffrances de l’autre. On reste sans voix, par exemple, en entendant certains, en France, affirmer leur incrédulité quant au fait que l’histoire coloniale continuerait de produire des effets dans notre réalité présente : « C’était il y a longtemps », arguent-ils… Sous-estimation, aussi, dans tous ces discours qui affirment que l’ancien tiers-monde ne doit sa piètre situation qu’à lui-même, et non à l’héritage colonial.

Pire : la possibilité même de l’existence d’un point de vue sur le monde autre que le point de vue blanc et occidental suscite le scepticisme. C’est peut-être bien cela que signifient les accusations de « relativisme culturel », si fréquentes ces dernières années à l’égard de tous ceux qui défendent encore la nécessité d’un décentrage : il n’y a au monde qu’un seul point de vue valide et respectable, c’est le point de vue occidental ; et la seule alternative offerte aux autres est soit de l’embrasser, soit de rester dans les ténèbres de leur sauvagerie.

« Les commentateurs occidentaux, qui évoquent les “sanglants attentats-suicides”, ne parlent jamais de la “sanglante occupation” »

Cette sous-estimation du préjudice causé à l’autre, le journaliste néerlandais Joris Luyendijk la pointait en 2007 dans un article du Monde diplomatique intitulé « Les mots biaisés du Proche-Orient » : « Le mot “occupation” peut-il être, lui aussi, vide de sens pour les lecteurs et les téléspectateurs occidentaux ? Un tel vide expliquerait pourquoi on multiplie les pressions sur l’Autorité palestinienne pour qu’elle prouve qu’elle “en fait assez contre la violence” alors qu’on ne demande presque jamais aux porte-parole du gouvernement israélien s’ils “en font assez contre l’occupation”. Nul doute qu’en Occident le citoyen sait ce qu’est la menace terroriste, ne serait-ce que parce que les responsables politiques le lui rappellent régulièrement. Mais qui explique aux publics occidentaux la terreur qui se cache derrière le mot “occupation” ? Quelle que soit l’année à laquelle on se réfère, le nombre de civils palestiniens tués en raison de l’occupation israélienne est au moins trois fois supérieur à celui des civils israéliens morts à la suite d’attentats. Mais les correspondants et les commentateurs occidentaux, qui évoquent les “sanglants attentats-suicides”, ne parlent jamais de la “sanglante occupation”. » Et pourtant, imaginons un seul instant l’impact qu’aurait, par exemple, l’instauration d’un check-point tenu par des soldats hostiles dans les rues de Paris ou de New York…

Non seulement l’occupation reste une abstraction, mais on sent aussi percer l’idée qu’après tout, des métèques, semblables à ces colonisés et à ces immigrés que l’on tutoie avec mépris, ne devraient pas être aussi chatouilleux sur leur dignité ou sur les conditions de vie qu’on leur impose. N’est-ce pas leur destin naturel, après tout ? On détruit leur société ? Oui, bon, pour ce qu’elle vaut, leur société… De là à estimer que leur oppression par un peuple « civilisé » représente pour eux une chance, il n’y a qu’un pas - que Bernard-Henri Lévy, dialoguant en mars 2008 avec l’écrivain arabe israélien Sayed Kashua à l’occasion du Salon du livre de Paris, franchissait joyeusement : « Vous ne parleriez pas l’hébreu, et vous ne le parleriez pas si bien et avec tant de grâce et de talent, si l’Etat d’Israël n’existait pas », avait-il le culot prodigieux de lui dire (3)…

Non seulement la majorité des gens, biberonnés à la propagande télévisuelle, cramponnés à leurs « principes » comme à des bouées de sauvetage, ne veulent même plus essayer de comprendre ce que vivent et ressentent des non-Blancs ou des non-Occidentaux, ne veulent plus essayer de se mettre à leur place ne serait-ce qu’un instant, mais ceux qui en ont encore le désir deviennent suspects, comme si, ce faisant, ils choisissaient leur camp, ou posaient un acte criminel. Déplacer un tant soit peu la perspective revient à trahir sa communauté, à se ranger du côté des barbares, des terroristes. Lorsqu’on a rendu compte, sur ce site, du livre Les filles voilées parlent, les quelques mails scandalisés qu’on a reçus en retour ne disaient pas simplement, comme c’était encore le cas en 2003, quand le « débat » sur le sujet a été lancé : « Je ne suis pas d’accord avec vous. » Cette fois, ils disaient : « Je suis atterré, je suis abasourdi, moi qui aimais tant vos livres… » Autrement dit : « Je vous croyais du côté de la culture, et vous étiez du côté de la barbarie. »

La divergence des points de vue, s’agissant du Proche-Orient, est particulièrement exacerbée. D’un côté, des Occidentaux, profondément marqués par le génocide des juifs d’Europe, et que le double ressort d’une mauvaise conscience mal placée et d’un vieux complexe de supériorité raciste conduit à accorder à Israël un chèque en blanc moral. De l’autre, des pays, des communautés, des individus épars, marqués, ou non, par une tout autre histoire, qui ne comprennent pas pourquoi c’est aux Palestiniens de payer les crimes commis par des Européens ; qui sentent bien, pour certains d’entre eux, que, à travers l’abandon et l’écrasement de ce peuple, c’est leur vie à eux aussi que l’on insulte, que l’on traite pour rien ; et qui, voyant l’étau de la propagande se refermer sur eux, perdent peu à peu tout espoir de voir une issue à l’injustice. On leur souhaite de ne pas se laisser défigurer par la haine, de résister à ce que l’on veut faire d’eux. Mais il faut avouer qu’on a vu des années commencer sous des augures moins sinistres.

Par Mona Chollet

Titre original : Construire l’ennemi

(1) Phrase citée par Desmond Tutu dans son livre Il n’y a pas d’avenir sans pardon, Albin Michel, 2000.
(2) Lire aussi, dans Le Monde diplomatique de janvier 2009, « La mémoire refoulée de l’Occident », par Alain Gresh.
(3) « L’appel au boycott du Salon du livre est une prise d’otages », Libération, 13 mars 2008.

Source : http://www.michelcollon.info/articles.php ?dateaccess=2009-01-05%2010:47:00&log=invites

 

 

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Gaza

5 Janvier 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Tout d'abord un communiqué du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) daté du 4

"FPLP : L'occupant commence l'invasion terrestre de Gaza, la résistance s'engage à vaincre
 
Les forces d'occupation ont commencé leur invasion terrestre de Gaza le 3 janvier 2009. Les forces d'occupation sont entrées dans Gaza à partir de différents endroits vers 21h, tout en continuant leur bombardements sur les Palestiniens depuis les airs et la mer, en tuant et en blessant encore davantage nos compatriotes, alors que leurs forces terrestres empêchent les ambulances et le personnel médical d'aller au devant des victimes. 

Toutes les armes israéliennes (de fabrication US) sont utilisées dans cette invasion, y compris des bombes de forte puissance. Les forces d'occupation ont bombardé les quelques dépôts de pétrole restant, utilisés pour générer l'électricité dans Gaza, ce qui a coupé 85 % de l'électricité à Gaza et a créé de gros nuages de fumée épaisse et toxique.

Ce pétrole servait à faire marcher les hôpitaux, les ambulances et d'autres services d'urgence pour notre peuple. Le caractère criminel de l'occupant ne connaît pas de bornes et continue son escalade après une semaine d'assaut brutal contre notre peuple assiégé de Gaza.
 
Le Front Populaire pour la Libération de la Palestine, l'ensemble de la résistance palestinienne et le peuple palestinien tout entier est engagé à affronter l'occupant face aux massacres israéliens, aux invasions terrestres et aux crimes. Nous appelons les peuples du monde à occuper et à prendre les ambassades et consulats Israéliens, Nord-américains et Egyptiens tout autour du monde.

Nous avons confiance en la fermeté de notre résistance et en les masses de notre peuple. Pas un seul Palestinien ne sera vaincu à Gaza. 
  
Nous sommes tous ensemble dans cette bataille, hommes, femmes, personnes âgées, enfants, jeunes gens, résistance populaire, travailleurs médicaux, combattants et dirigeants, nous nous dressons ensemble, pleins d'acharnement, de défi et de confiance dans cet affrontement avec l'occupant et ses crimes, certains que nous marchons vers la victoire."


Et puis on peut aussi jeter un oeil sur l'analyse militaire que le terroriste incarcéré Carlos fait à propos du Hamas - cf http://www.alterinfo.net/Depuis-sa-prison-francaise,-le-commandant-Carlos-analyse-la-situation-en-Palestine-Ce-qu-est-en-train-de-faire-le-Hamas,_a28009.html?voir_commentaire=oui#comments.


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