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Le blog de Frédéric Delorca

Diffusion des oeuvres et des idées

30 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

Dans le domaine de l'édition, comme dans celui du militantisme politique, je suis un outsider : je ne connais pas les personnes influentes, je n'ai jamais cherché à les courtiser, je fonctionne "au feeling", ce qui me conduit à sympathiser plutôt avec d'autres outsiders, des francs-tireurs de l'université, des petits éditeurs mal diffusés etc. Je ne m'en plains pas du reste, car au moins je n'ai pas le sentiment d'avoir "forcé mon naturel" pour obtenir plus que ce qui devait me revenir dans l'état actuel de la société (je vous renvoie d'ailleurs à mon "10 ans sur la planète" pour le récit de la seule fois où j'ai failli réellement plaire à des insiders en me forçant, du temps où la Serbie était au bord de la guerre civile).

Installé dans ma petite marge, j'en apprends et j'en découvre chaque jour sur les mécanismes de production (comment on fabrique un livre, comment il est bien ou mal relu) et de diffusion des oeuvres (comment le livre atteint-il ou n'atteint-il jamais les étagères des libraires, les bureaux des journalistes). Au début c'est toujours une source d'agacements (on croit avoir écrit un livre iimportant, et on se rend compte qu'il reste inconnu parce qu'une attachée de presse "amateur" n'a pas daigné l'envoyer au journal que vous lui aviez indiqué, ou parce qu'au moment de son exposition à la vente dans un salon important il est resté au fond des cartons). C'est ainsi que j'ai passé tout l'année 2007 à pester contre toutes les entraves que je décelais à la notoriété de l'Atlas alternatif dont je pensais qu'il était un ouvrage important (parce que certains lecteurs le qualifiaient comme tel). La semaine dernière, dans la même veine, le Dissident internationaliste se plaignait aussi de ce que son éditeur ait refusé d'informer les 40 librairies musulmanes de la région parisienne de la publication d'un livre sur l'Irak.

Aujourd'hui, je suis beaucoup plus fataliste. Je ne sais plus trop si ce que je publie est important ou non. J'observe des réactions très contrastées face à mes textes. Une réfugiée serbe du Kosovo recommande mon livre à un type à Moscou, et, le même mois, un anti-OTAN crache sur le livre dans une revue qui pourtant était censée être un peu proche de certaines de mes positions. Untel a trouvé mon roman très bon, un autre s'est ennuyé à sa lecture... Les goûts et les couleurs... Et quand bien même ce que j'écris serait bon, quel mal y aurait-il à ce que personne ne sache que cela existe ? Je n'ai pas le génie suffisant pour écrire une Critique de la Raison pure ou des Nourritures terrestres. Qu'un livre mineur, bon ou mauvais, soit connu ou inconnu n'a donc en soi guère d'importance. Par conséquent je me borne à parler de mes activités sur ce blog, pour nouer quelques sympathies autour d'elles, et faire avancer une ou deux idées, mais sans autre prétention. Cet état d'esprit me fait du coup considérer avec beaucoup de sérénité, et un brin de curiosité, disons une curiosité d'entomologiste, tout ce que je découvre au jour le jour sur les mécanismes de la diffusion des idées dans les marges éditoriales où je me trouve.

Voici ma dernière découverte en date. Jusqu'ici tous mes éditeurs m'avaient dit qu'il était plus facile de défendre un essai qu'un roman. Plus personne n'achète plus de roman - et surtout plus les jeunes filles en attente d'un mari - sauf les superproductions consacrées par les grands médias ou les romans de gare préformatés (Arlequin, San Antonio). Quand vous écrivez sur la Transnistrie, vous pouvez espérer que quelques personnes en France aient envie de connaître ce pays. Et donc on leur dit "déboursez 15 euros et votre soif de connaissance sur ce sujet sera en partie étanchée". Le même discours est difficile à tenir en ce qui concerne les romans. "Sortez 15 euros de votre porte-monnaie et vous découvrirez l'univers d'un auteur qui vous séduira", c'est un peu comme demander de signer un chèque en blanc. Il n'y a pas de garantie que cet univers vaille vraiment le détour, et les gens ont d'autres chats à fouetter que d'entrer dans la fantasmagorie d'autrui. A tout prendre ils préfèrent encore une tranche de savoir positif pêchée dans un essai sur un sujet précis.

Voilà ce que j'avais cru comprende jusqu'ici. Mais il y a aussi un autre versant de cette réalité. C'est que les institutions, du moins certaines d'entre elles, mettent un point d'honneur à soutenir la création romanesque. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être quelqu'un quelque part pense-t-il qu'un pays qui perd son art de la fiction perd un peu de son âme. Et donc ce matin mon éditeur a reçu un courriel d'une fonctionnaire de la mairie de Paris, qui lui expliquait que depuis 1997, les bibliothèques de la Ville de Paris par l’intermédiaire de 7 bibliothèques "constituent des fonds riches en premiers romans et entraînent les 46 autres bibliothèques du réseau et leurs lecteurs à s'intéresser aux textes de ces nouveaux auteurs, particulièrement ceux qu'ils ont remarqués. Le groupe acquiert systématiquement un exemplaire de tous les premiers romans qui paraissent, mais pour multiplier lectures et avis nous avons besoin d’un second exemplaire. Cette année 10 des 30 lauréats ont été reçus au Salon du Livre, sur le stand de la Ville de Paris, pour un échange enrichissant et très suivi des lecteurs." Aussi lui demandait-elle de lui adresser un "service de presse" de trois premiers romans qu'il a publiés récemment dont La Révolution des Montagnes.

J'ai été un peu surpris car jusqu'ici les bibliothèques parisiennes n'ont jamais commandé mes essais, à la différence de celles de Lille, Nantes, Lyon et Marseille, ce qui était une anomalie à mes yeux. Ainsi donc il se peut que ce soit par l'intermédiaire de mon roman que les abonnés de ces bibliothèques auront les moyens de connaître d'autres aspects de mes productions. Voilà un cas où le volontarisme public inverse un déséquilibre : celui qui persiste entre romans et essais. C'est une bonne nouvelle pour ce petit roman que la région qui l'a inspiré (le Béarn) continue de bouder ostensiblement (son principal journal local a refusé de publier un article à son sujet la semaine dernière, seul le site Internet Alternatives Paloises, a bien voulu en dire un mot). Espérons qu'il y en aura d'autres.

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La France et l'esprit partisan

29 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

"A mon entrée à l'Ecole alsacienne, j'avais appris que j'étais protestant ; dès la première récréation, les élèves m'entourant, m'avaient demandé :
- T'es catholique, toi ? ou protescul ?
Parfaitement interloqué, entendant pour la première fois de ma vie ces mots baroques - car mes parents s'étaient gardés de me laisser connaître que la foi de tous les Français pouvait ne pas être la même, et l'entente qui régnait à Rouen entre mes parents m'aveuglait sur leurs divergences confessionnelles - je répondis que je ne savais pas ce que tout cela voulait dire. Il y eut un camarade obligeant qui se chargea de m'expliquer :
- Les catholiques sont ceux qui croient à la sainte Vierge.
Sur quoi je m'écriai qu'alors j'étais sûrement protestant. Il n'y avait pas de juifs parmi nous, par miracle ; mais un petit gringalet, qui n'avait pas encore parlé, s'écria soudain :
- Mon père, lui, est athée. Ceci dit d'un ton supérieur qui laissa les autres perplexes.(...)
S'étonnera-t-on que des mioches de dix ou douze ans se préoccupassent déjà de ces choses ? Mais non ; il n'y avait là que ce besoin inné du Français de prendre parti, d'être d'un parti, qui se retrouve à tous les âges et du haut en bas de la société française"


André Gide, Si le grain ne meurt, Folio p 105-106.
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Mike Davis : A propos de la grippe porcine

29 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Un article avec des mots justes et forts sur les systèmes de santé de notre planète, celui de Mike Davis dans le Guardian lundi intitulé "The swine flu crisis lays bare the meat industry's monstrous power". Il faut lire et relire le livre de Mike Davis "Génocides tropicaux", et l'on peut aussi jeter un oeil à la recension de son dernier ouvrage publié en France.
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L'approche littéraire de la politique

28 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Bon, je suis bien conscient que la petite visite de mon salon de juin 1997 n'aura fait sourire personne, et que tout cela est bien dérisoire, mais je me disais ce matin qu'il était plus que nécessaire de mêler de l'humour à son engagement, et même, pour tout dire, d'avoir une approche littéraire de la politique. Littéraire ne veut pas dire destructurée, mais fluide, pouvant situer son angle d'attaque à divers niveaux (humain, individuel-collectif, pratique- théorique), en se nourrissant d'une tournure d'esprit littéraire. Le fait que les partis soient disloqués (sauf pour la conquête du pouvoir, mais un pouvoir de plus ne plus factice), que la politique est affaire de réseaux d'individus, rend les situations fluides, instables, et il les faut appréhender avec une sorte de souplesse littéraire qui fasse place aussi à sa propre subjectivité, et ses petites marottes individuelles.

Sans cela tout devient trop dogmatique, trop hystérique. Je songe par exemple à cette liste anti-sioniste qui se constitue et qui, en se focalisant sur un seul aspect de la politique, devient le symétrique des monomaniaques de l'autre bord qui voudraient qu'on bombarde l'Iran et le Soudan. Il faut desserrer l'étau de la rigidité mentale, ne pas répondre à des tendances totalitaires réelles de notre société par un autre totalitarisme symétrique (allez, si Kundera n'était pas tant récupéré par la pensée dominante, j'oserais une référence à son premier roman La Plaisanterie - il faut encore plaisanter un peu, encore un peu faire le mariole en ayant conscience qu'on le fait).

Au fait, ce matin j'étais en Seine-Saint-Denis pour y préparer mon projet d'anti-impérialisme municipal. J'y ai trouvé un ami membre du staff d'un maire de gauche, dans un rôle que je ne lui connaissais pas : celui du chargé de mission qui va remonter les bretelles d'une directrice de centre culturel qui fait de la rétention d'information à l'égard du maire. Lui qui est si doux pourtant d'ordinaire, il semblait fort impliqué dans ce conflit où se jouaient la crédibilité et l'autorité du chef de l'exécutif local. Puis j'ai déjeuné avec le directeur des services dans un restaurant sympathique, traditionnel, à 22 euros le repas. L'intéressé, un quinquagénaire communiste (ou proche du PC) en entrant dans le resto a tout de suite reconnu des élus (je suppose que c'étaient des élus) d'une ville voisine, sans doute des gens du même bord que lui. On ne se croyait d'ailleurs plus du tout en banlieue dans ce petit restaurant qui donnait sur la place d'une église médiévale. C'aurait pu être en Aveyron. Tout ce petit staff municipal qui mange bien à midi constitue un monde inconnu de moi. J'en ignore tous les codes sociaux, les tics de langage, les automatismes. Tout cela est complètement nouveau à mes yeux - et d'ailleurs certains me trouvent bien fou de m'essayer à ce genre de découverte au seuil de la quarantaine, mais que voulez-vous, j'aime la diversité et les expériences insolites.

Je suis toujours très étonné de voir des êtres humains prendre très au sérieux des pratiques quotidiennes au service de fonctions dont la plupart des gens se foutent éperdument. Ce fut vrai dans les professions juridiques où j'ai officié, c'est vrai aujourd'hui de ce petit monde de notables de banlieues. Je suis bien conscient que leur travail est utile, mais est-il légitime qu'il soit assuré par ces gens, qui en fait consacrent la moitié de leur énergie à défendre un groupe contre un autre (le PS contre le PC, la gauche contre la droite, tel député PC contre tel maire du même parti, le staff du maire contre celui du centre culturel etc). Ne serait-il pas plus simple que l'Etat prenne en charge tout ça ? - adieu les libertés municipales ! Ce seraient les services de la culture de l'Etat contre ceux du préfet, mais sans les luttes partisanes, c'est déjà ça. Mais on dit que l'empire romain n'a tenu que grâce à la richesse de sa vie municipale ponctuée par des campagnes électorales. Donc peut-être le théâtre d'ombres dont je fus témoin en banlieue ce matin, et serai sans doute encore témoin à l'avenir, sert-il quand même à quelque chose. Toutefois combien d'énergie absorbée dans ce qui, de l'extérieur, ressemble à de la pure comédie. Mais bon, je sais, je suis trop extérieur. Rentrons un peu plus dans les rouages de la vie sociale.
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De generatione

26 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Ils se nomment Aurélien, Ornella, Audrey, Giuseppina. Ils ont entre 20 et 30 ans. Ils ont connu la guerre du Kosovo principalement à travers les médias, depuis leur lycée ou leur fac. Elle est à leur itinéraire ce qu'étaient pour nous la mort de l'ayatollah Khomeiny ou la chute du Mur de Berlin. Un événement qui, sans les avoir précédés, n'était pas encore tout à fait inscrit dans leur vie d'adultes. Ils n'ont pas connu les batailles d'idées ou d'égos de 2002-2003 à la Bourse du Travail, à Espace Marx ou sur Internet. Ils ne savent pas encore "qui déteste qui" (pour reprendre une expression de Graeber), ni en vertu de quelles stratégies ou quel concours de circonstances Untel a vendu des milliers de livres, et un autre a été marginalisé au point de cesser complètement d'écrire. Ils arrivent dans un monde où il n'y a plus de Pierre Bourdieu, ni de Vidal-Naquet, ni de Deleuze, ni de Castoriadis, ni de Rebérioux, ni d'Edern-Hallier (je cite ici pèle-mêle des gens qui nous ont plu totalement, certains qui ne nous ont plu qu'à moitié, et d'autres qui pour une raison ou une autre, on eu un effet repoussoir, car tous avaient une place dans la topographie semi-consciente de nos esprits et tous y faisaient fonction de balises). Ils débarquent dans un monde où Facebook existe, où l'on y discute plus que dans les cafés. Dans le monde où ils arrivent, il y a des gens qu'ils découvrent, certains bien installés dans les revues, les colloques et les librairies comme Corcuff, d'autres qui vivotent dans les interstices d'Internet comme le camarade Delorca. Comme les structures militantes sont passablement disloquées, et comme les journaux en papier ne se vendent plus, ces jeunes gens se trouvent dans un jeu intellectuel plus ouvert, plus fluide qu'il y a dix ans (mais aussi peut-être plus compliqué, parce que chacun y joue sa partition plus librement), conviés à se faire leur opinion par eux-mêmes, à partir d'un regard frais et vierge, plus désintéressé (moins impliqué dans les bras de fer) que celui des anciens.

Je ne puis m'empêcher de songer que nous avons, nous qui avons vécu certains débats, certaines luttes du début des années 2000, une certaine responsabilité à l'égard de ces "nouveaux entrants" (comme on dit chez les bourdieusiens), la responsabilité du témoin du passé, qui doit tenter de faire profiter de ce qu'il a cru savoir et comprendre, et c'est pourquoi j'ai publié avant d'être gâteux 10 ans sur la planète résistante. Peut-être est-ce l'approche de la quarantaine qui me fait raisonner de la sorte : je tends peut-être subrepticement à devenir plus père que fils, mais qu'y puis-je ? c'est le lot de tout humain qui vieillit.

Il y a 9 ans, je me tenais à l'écoute attentive du fils de l'avocat connu, qui avait grandi dans le Quartier latin dans les années 60 et me contait par le menu les débats entre maoïstes, au début des années 1970 (les July, les Glucksman). Son histoire n'était pas la mienne, et à certains égards elle m'ennuyait. Cela m'ennuyait d'entrer dans un monde héritier de leurs histoires à eux, les gens de sa génération. Ca m'ennuyait de ne pas pouvoir parler du point de vue de Chomsky sur le Kosovo à une table de quinquagénaires, sans qu'on me balance le débat sur Chomsky et Faurisson qui était vieux de 20 ans, comme si nous étions prisonniers de ce passé-là. Aurélien, Ornella, Audrey, Giuseppina ressentent peut-être la même chose quand ils me lisent. Ca les emmerde peut-être de devoir se positionner par rapport au vécu de ceux qui sont nés 10, 20, 30 ans avant eux, allez savoir. La malédiction de la succession des générations, du devoir d'héritage et de transmission. De generatione et corruptione.

Au fait, à propos de l'avocat connu (un vieux bonhomme) il était présent la semaine dernière à une réunion de VIP organisée la semaine dernière à Paris à l'occasion de la venue d'une délégation officielle soudanaise. Je tiens l'info du Dissident internationaliste qui y était. Les Soudanais ont tenu un discours très anti-impérialiste, ils sont très remontés depuis que la Cour pénale internationale a mis en accusation leur président (c'est souvent lorsqu'ils sont placés sous embargos ou mis à l'index que les pays du Sud et de l'Est se souviennent qu'il faut combattre le néo-colonialisme européen et états-unien). Il faudra que je vous en reparle à l'occasion.

F.

PS : en parlant de Facebook : une vidéo rigolote - si la réalité était comme Facebook


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La Transnistrie sur Radio France Internationale

24 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

A noter que Radio France Internationale diffuse une émission sur la Moldavie, l'Ukraine et la Biélorussie dimanche prochain. L'article de présentation de l'émission signale mon carnet de voyage en Transnistrie - http://www.rfi.fr/radiofr/editions/075/edition_70_20090426.asp.
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Ce n'est pas parce que les médias n'en parlent pas...

22 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Ce n'est pas parce que les médias ne disent rien qu'il ne se passe rien. Béatrice Guelpa au téléphone ce matin me signalait que les F16 israéliens bombardent encore régulièrement des tunels et divers autres objectifs à Gaza.

Plus près de chez nous, pour ceux qui croiraient qu'il ne se passe rien au Kosovo, je vous encourage à lire le dernier rapport du secrétaire général des Nations-Unies sur la situation de cette province (devenue République autoproclamée). C'est à peine plus calme qu'en 2000...
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Deux femmes

21 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

En surfant sur le net hier, je trouve des nouvelles d'une camarade sociologue connue naguère, du temps où elle était jeune. Une fille étrange, issue de la France rurale, petite bourgeoise, convaincue d'avoir une mission : celle de libérer les individus de son sexe. Au nom de cela elle se trouvait beaucoup de droits, comme celui d'avoir deux amants en même temps, et de dénoncer l'un des deux aux flics pour harcèlement quand il lui reprocha de l'avoir plaqué trop abruptement. Ambition et "judiciarisation des rapports" vont de pair chez ce genre de personnage, le tout enrobé de beaucoup d'autosuggestion romanesque. Une gentille fille pourtant, pleine de bonnes intentions (comme les pavés de l'enfer). Sa carrière a décollé : bon choix de labo, bon choix de directeur de thèse, doctorat, qualif, entrée royale dans un grand centre de recherche. Et surtout bon sujet : la banlieue. Le genre de sujet qui rapporte gros : on peut s'y montrer "de gôche", féministe à souhait, épris d'émancipation, et en même temps, en tirer beaucoup de profits. Plus que mon petit camarade normalien hyper brillant qui moisit dans son lycée de province à 39 ans et termine à peine sa thèse en histoire plein d'aigreur. Cette môme pourtant a dix fois moins de culture et de jugeotte que mon camarade. Mais elle a une plus grande endurance à la bêtise de ses pairs, et des jurys auxquels elle sait plaire. Une très grande endurance aussi à la logomachie sur les "dominants dominés", les "rapports de genre", and so on and so forth. Dans ce microcosme moins on en sait sur le monde et sur la culture, et mieux on s'adapte à ce qu'on attend de nous (il y a d'ailleurs quelque chose de soviétique dans sa photo officielle sur le site de son centre de recherche, soviétique, et pourtant bien moins sympathique que les portraits des députés du Soviet suprême de Transnistrie). J'ai quand même bien ri, parce que sur Internet si tous ses collègues (coulés dans le même moule) et les associations féministes (façon "ni pute ni soumise - journée de la jupe - amis de Julien Dray") portent ses travaux au pinacle... il n'en va pas de même du lecteur ordinaire. Un site qui a eu le malheur d'ouvrir sa page aux commentaires (tout en annonçant qu'il filtrait) n'a reçu que des appréciations négatives de jeunes qui disaient que son livre ne leur apprenait rien et exhalait l'ennui par tous les pores. Normal : du carriérisme au milieu de gens ennuyeux ne peut sortir que sortir l'ennui pour tout le monde. Cette femme ne fait que participer à l'esprit de caste insipide qui coupe de plus en plus non seulement la sociologie, mais aussi toute la recherche en sciences humaines, et  toute la petite bourgeoisie de gauche du monde réel, et de ses vrais enjeux. Oh bien sûr on me dira que le recours à la vox populi n'est pas le meilleur des arguments pour juger de la validité d'une recherche. Mais quand ladite recherche prétend étudier le peuple, il est bon que celui-ci lui renvoie sa vacuité en boomerang.

Heureusement cette personne, dont j'ai simplement croisé le nom sur Internet après des années d'oubli, n'était pas LA femme de la journée. Celle qui mériterait ce titre (s'il y avait un sens à l'attribuer), serait sans doute Béatrice Guelpa, journaliste freelance suisse. J'ai eu des réticences devant la quatrième de couverture de son dernier livre "Gaza : debout face à la mer".  Mais les échanges d'emails que nous avons eus aujourd'hui me persuadent que je me suis trompé. C'est une femme qui fait corps avec sa cause, celle de Gaza sous embargo, comme je l'ai fait moi-même jadis avec celle d'un autre pays sous embargo, la Serbie. Tout son travail, et même ses petits maladresses éparses, plaident pour elle : pour ce défi qu'elle se lance de dire dans le langage de l'Occident (d'un Occident sourd et autiste), la détresse et la noblesse de Gaza. J'espère pouvoir vous reparler d'elle et de son livre prochainement - j'en ferai une recension pour Parutions.com, car elle ne mène pas un combat facile.

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Le dossier Durban II

20 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Une fois n'est pas coutume, je me limiterai à verser au dossier "Durban II" une dépêche de l'AFP et une interview publiée par Bellaciao, sans trop me répandre en commentaires. Comme chacun sait, sans être un grand admirateur de la République islamique iranien, je trouve que le discours de son président, comme celui du pape, doivent être entendus pour ce qu'ils sont, dans leur logique intrinsèque,, et sans extrapolation.

Il y a peu un lecteur honnête ici a attiré mon attentation sur les relents d'extrême droite de la charte du Hamas, et je lui en ai donné acte en trouvant cela condamnable. Concernant le discours d'Ahmadinejad, il me semble à la lecture de la dépêche de l'AFP que ceui-ci faisait bien la distinction entre antisémitisme et antisionisme. Je m'étonne donc de cette surréaction européenne, sous réserve évidemment d'une lecture plus complète dudit discours. Je vois déjà sur Facebook des gens de la rive Sud de la Méditerranée s'indigner de cette nouvelle déformation du propos du représentant iranien, et de cette nouvelle polarisation en défense du sionisme.

Il semble en fait que l'Iran ne fasse que focaliser un malaise, déjà des défenseurs de la laïcité (la désagréable Mme Fourest sur son blog) et du féminisme avaient fait pression pour pousser la France à une stratégie de rupture, notamment à l'occasion du discours du président iranien.

Tout cela n'inspire rien de bon. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas le regain du machisme dans les sociétés du Sud, ou leur insistance à condamner le sionisme, les relations internationales impliquent qu'on négocie, c'est à dire qu'on reconnaisse à l'autre le droit de penser différemment, pour essayer d'arriver avec à quelques points d'entente magré tout. Tout indique depuis plusieurs semaines que la Russie, sur ce dossier, comme sur celui du nucéaire nord-coréen joue un rôle médiateur et pacificateur. Pourquoi la France, qui se veut humaniste et universaliste, ne pourrait-elle pas, elle aussi, un jour jouer ce rôle ?

nb : voir aussi dans le même sens que mon article, une réaction "à chaud" sur le site des Indigènes de la République

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Conférence sur le racisme: Ahmadinejad critique Israël, l'UE quitte la salle - AFP


Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a qualifié Israël de "gouvernement raciste" lundi à Genève lors du premier jour de la Conférence de l'ONU sur le racisme, provoquant le départ des Européens présents.


"Après la fin de la Seconde guerre mondiale, ils (les Alliés, ndlr) ont eu recours à l'agression militaire pour priver de terres une nation entière sous le prétexte de la souffrance juive", a expliqué M. Ahmadinejad.


"Ils ont envoyé des migrants d'Europe, des Etats-Unis et du monde de l'Holocauste pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée", a-t-il lancé dans une claire allusion à Israël.


"Des efforts doivent être fait pour mettre un terme aux abus des Sionistes et de (leurs) partisans", a poursuivi le président iranien, provoquant le départ de la salle du siège de l'ONU des 23 représentants européens présents sous les huées des participants.


"Dés lors qu'Israël était stigmatisé à la tribune par le président iranien, nous en avons tiré les conséquences en nous retirant de la salle pour bien marquer notre rejet absolu de tels propos", a expliqué l'ambassadeur de France Jean-Baptiste Mattéi.


"Nous devions être vigilants sur tout dérapage", a-t-il ajouté. "Cette conférence ne doit pas devenir une tribune anti-israélienne. Nous l'avons dit depuis le départ", a-t-il encore souligné.

A l'issue de ce discours de plus de 30 minutes, l'ONU a dénoncé "le langage" utilisé par le président iranien.


"Nous déplorons fortement le langage utilisé par le président iranien. De notre point de vue, le discours était totalement déplacé pour une conférence destinée à faire fleurir la diversité et la tolérance", a indiqué à l'AFP le porte-parole de la Haut commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, Navi Pillay.


Quelques heures avant, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait mis en garde M. Ahmadinejad contre tout amalgame entre sionisme et racisme, lors d'une rencontre en tête-à-tête.


Les pays européens présent avaient prévenu qu'ils quitteraient la salle si M. Ahmadinejad, connu pour ses diatribes anti-israéliennes, proférait "des accusations antisémites".


La Conférence de l'ONU sur le racisme qui doit assurer le suivi de celle organisée en 2001 à Durban en Afrique du Sud s'est ouverte lundi à Genève dans un climat tendu en l'absence d'une dizaine de poids lourds occidentaux dont les Etats-Unis, le Canada, Israël, l'Allemagne, l'Italie, l'Australie et la Pologne.


La plupart de ces pays ont expliqué renoncer à participer en raison de la présence du président iranien, craignant des dérapages similaires à ceux qui avaient entaché la réunion de 2001.


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Durban II : les espoirs du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme
dimanche 19 avril 2009 (10h05)


Alors que 103 Etats ont annoncé leur participation au sommet de Genève sur le suivi de Durban I, voilà que les Etats-Unis font volte-face après avoir clairement laissé entendre qu’ils seraient présents ! Ils estiment que "leurs craintes de parti pris anti anti-israëlien et anti occidental n’ont pas été prises en compte..." Ils disaient exactement le contraire, il y a quelques jours à propos des avancées du texte proposé. Du coup, on ne connaît toujours pas quels pays occidentaux décideront de se joindre à cette conférence qui s’ouvre lundi, au risque de se couper de l’ONU à travers l’une de ses composantes essentielles. Mais n’est-ce pas le but poursuivi par nombre d’Etats libéraux que de discréditer l’institution mondiale sous prétexte qu’ils n’y sont pas majoritaires ? Nous reproduisons ci-dessous l’interview de la Haut Commissaire aux Droits de l’Homme, madame Navanethem Pillay, réalisée le 2/4/09 par la "Tribune des Droits humains" de Genève. Ce point de vue n’a guère intéressé la plupart des médias français impliqués dans une campagne visant à faire échouer la conférence mondiale sur le racisme, les discriminations, la xénophobie et la tolérance. Nous avons seulement modifié le titre qui était :"Il serait salutaire que la Suisse préside Durban II". Comme quoi l’objectivité de l’information est une notion toute relative. On a le droit, dans un but de manipulation de l’opinion, de condamner un texte qu’on n’a pas lu, de caricaturer, de dénigrer ou de taire des points de vue -même les plus officiels- qui ne vous plaisent pas, et de jouer des affinités dont on dispose dans les "grands" médias. La campagne de dénigrement entreprise en France pour que cette conférence ne puisse se tenir a donné lieu à des excès verbaux dont certains n’étaient pas plus raffinés que ceux, indéfendables, entendus en 2001, hors séances officielles, à Durban, en Afrique du Sud.

Madame Pillay y était. Originaire de Durban, elle est devenue depuis juillet 2008, Haut Commissaire aux Droits de l’Homme. Elle fut la première avocate non blanche à ouvrir un cabinet à Durban en 1967 car elle ne pouvait espérer être embauchée par des blancs ! Elle défendit les militants de l’ANC engagés dans le combat contre l’apartheid. Après l’abolition, elle fit inclure dans la constitution d’Afrique du Sud une clause d’égalité qui interdit la discrimination fondée sur la race, la religion et l’orientation sexuelle. En 1995, elle devint juge à la Haute Cour d’Afrique du Sud, ainsi qu’au tribunal pénal international pour le Rwanda. En 1999, elle fut nommée par l’assemblée générale de l’ONU présidente du tribunal pénal international. Depuis 2003 , elle siège à la Cour pénale internationale, jusqu’à sa récente nomination comme Haut Commissaire où elle a remplacé la canadienne Louise Arbour.

Elle aborde ici les enjeux de cette conférence qui se tient à Genève et "la désinformation continue au sujet de Durban I" : R.F

La Conférence de suivi de Durban suscite des commentaires acerbes. Comment appréhendez-vous ce sommet ?

La Conférence revêt pour moi une importance majeure. Durban est ma ville d’origine et ayant souffert de l’apartheid, le racisme est une question essentielle à mes yeux. Il a fallu beaucoup de temps pour faire tomber ce régime, mais maintenant nous apprécions ce que signifie le plein respect de la dignité de chacun. Ma perception des enjeux de Durban II est donc très liée à mon histoire personnelle.

D’où vient la vive polémique autour du sommet de Genève ?

Beaucoup de monde m’a dit, quand je suis arrivée au Haut-Commissariat aux droits de l’homme, que la Conférence d’examen de Durban serait un désastre. J’ai fait alors mes propres recherches. Depuis huit ans, je constate une désinformation continue au sujet de Durban I. Je suis frappée de voir à quel point les médias de nombreux pays ont continué à répandre cette fausse image du sommet de 2001 qui aurait été orchestré contre les juifs et contre Israël. Beaucoup d’Etats européens et les Etats-Unis sont restés sur cette impression. Ils m’ont officiellement dit que la Conférence de suivi allait finir comme Durban I et qu’elle serait dominée par la haine d’Israël. Mais à bien regarder la déclaration et le programme d’action de Durban I, le document est très global et aborde toutes les formes de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérance. Il a été adopté par 189 Etats à l’exception des Etats-Unis et d’Israël. Ce qui m’a surpris, c’est de voir plusieurs pays occidentaux menacer de se retirer de Durban II alors qu’il n’y avait encore aucun projet de déclaration sur la table.

A trois semaines de la conférence, quel message souhaitez-vous transmettre à ces Etats occidentaux ?

Les gouvernements qui envisagent un retrait de la conférence ne devraient pas oublier qu’ils ont des comptes à rendre à leurs citoyens, surtout dans les pays démocratiques. Les discriminations existent dans tous les pays. Et les actes de racisme ne concernent pas que les pays du Sud, ils touchent le Nord également. Le phénomène des migrations est un bon exemple.

Où en est-on dans l’élaboration d’un projet de déclaration ?

Nous avons un bon texte que la plupart des Etats soutiennent. Je ne connais aucune objection à ce document à ce stade.

Que pensez-vous du concept controversé de diffamation des religions, cher à l’Organisation de la conférence islamique, mais qui ne figure plus dans le présent projet de déclaration ?

Je comprends la préoccupation liée à la diffamation des religions. Mais le droit international existant prévoit les instruments pour condamner l’incitation à la haine raciale et religieuse. Par ailleurs, la liberté d’expression est l’un des droits de l’homme les plus fondamentaux et doit être respecté. Voilà pour le principe général. Il y a toutefois des traités qui permettent de déroger à ce principe. Les Etats ont dû cadrer la liberté d’expression. Il y a des codes nationaux en Europe qui considèrent le blasphème comme un délit.

Qu’est-ce qui fera que Durban II sera un succès ou un échec ?

Une participation du plus grand nombre d’Etats sera un élément du succès de la conférence. Par ailleurs, il s’agit ici d’une conférence de suivi. Il importera de vérifier dans quelle mesure la Déclaration et le Plan d’action de Durban ont été mis en œuvre, quels ont été les meilleurs moyens utilisés pour combattre le racisme. A mon avis, ce plan d’action a été intégré par de nombreux Etats dans leurs propres plans d’action nationaux. Mais après les terribles attentats du 11 septembre 2001, quelques jours après Durban I, les défis auxquels nous sommes confrontés sont plus difficiles. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, il y a eu des violations des droits de l’homme, de l’islamophobie et des discriminations contre les gens de couleur. La mondialisation et les migrations de même que la crise économique et financière compliquent la mise en œuvre de Durban I.

Craignez-vous de subir le même feu de critiques que l’un de vos prédécesseurs, Mary Robinson ?

Je n’ai aucune peur. Il s’agit ici d’une conférence de suivi. C’est moins sensible. Je m’inscris en faux quant à Mary Robinson. A Durban en 2001, elle a au contraire été une vraie héroïne en s’opposant aux visions maximalistes des ONG.

Dans le processus de Durban, qu’attendez-vous de la Suisse ?

Il serait salutaire de voir la Suisse prendre l’initiative d’assurer le succès de la conférence en proposant d’assumer la présidence du sommet. Pour l’heure, cela n’est pas intervenu, bien que nous ayons exhorté le gouvernement suisse à agir dans ce sens. Mais nous comptons sur un large soutien de la Suisse qui nous a déjà beaucoup aidés.

Au sujet du Conseil des droits de l’homme, les Etats-Unis souhaitent faire acte de candidature.

Je salue la décision du président Barack Obama. Elle est en droite ligne avec sa décision de fermer la prison de Guantanamo. Même si je ne sais pas quelle sera leur attitude au Conseil s’ils sont élus, je pense que c’est une très bonne chose que les Etats-Unis deviennent membre.

Cette annonce peut-elle avoir un impact sur d’autres Etats ?

C’est triste à dire, mais les mauvaises pratiques en matière de respect des droits de l’homme dans le cadre de la lutte antiterroriste tel qu’on a pu le constater au cours des huit dernières années aux Etats-Unis, avec la détention sans procès par exemple, ont fait des émules auprès de pays moins respectueux des droits humains. J’espère que par leur nouvel engagement, les Etats-Unis auront une influence positive sur ces mêmes Etats.

La Conférence de suivi de Durban suscite des commentaires acerbes. Comment appréhendez-vous ce sommet ?

La Conférence revêt pour moi une importance majeure. Durban est ma ville d’origine et ayant souffert de l’apartheid, le racisme est une question essentielle à mes yeux. Il a fallu beaucoup de temps pour faire tomber ce régime, mais maintenant nous apprécions ce que signifie le plein respect de la dignité de chacun. Ma perception des enjeux de Durban II est donc très liée à mon histoire personnelle.

D’où vient la vive polémique autour du sommet de Genève ?

Beaucoup de monde m’a dit, quand je suis arrivée au Haut-Commissariat aux droits de l’homme, que la Conférence d’examen de Durban serait un désastre. J’ai fait alors mes propres recherches. Depuis huit ans, je constate une désinformation continue au sujet de Durban I. Je suis frappée de voir à quel point les médias de nombreux pays ont continué à répandre cette fausse image du sommet de 2001 qui aurait été orchestré contre les juifs et contre Israël. Beaucoup d’Etats européens et les Etats-Unis sont restés sur cette impression. Ils m’ont officiellement dit que la Conférence de suivi allait finir comme Durban I et qu’elle serait dominée par la haine d’Israël. Mais à bien regarder la déclaration et le programme d’action de Durban I, le document est très global et aborde toutes les formes de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérance. Il a été adopté par 189 Etats à l’exception des Etats-Unis et d’Israël. Ce qui m’a surpris, c’est de voir plusieurs pays occidentaux menacer de se retirer de Durban II alors qu’il n’y avait encore aucun projet de déclaration sur la table.

A trois semaines de la conférence, quel message souhaitez-vous transmettre à ces Etats occidentaux ?

Les gouvernements qui envisagent un retrait de la conférence ne devraient pas oublier qu’ils ont des comptes à rendre à leurs citoyens, surtout dans les pays démocratiques. Les discriminations existent dans tous les pays. Et les actes de racisme ne concernent pas que les pays du Sud, ils touchent le Nord également. Le phénomène des migrations est un bon exemple.

Où en est-on dans l’élaboration d’un projet de déclaration ?

Nous avons un bon texte que la plupart des Etats soutiennent. Je ne connais aucune objection à ce document à ce stade.

Que pensez-vous du concept controversé de diffamation des religions, cher à l’Organisation de la conférence islamique, mais qui ne figure plus dans le présent projet de déclaration ?

Je comprends la préoccupation liée à la diffamation des religions. Mais le droit international existant prévoit les instruments pour condamner l’incitation à la haine raciale et religieuse. Par ailleurs, la liberté d’expression est l’un des droits de l’homme les plus fondamentaux et doit être respecté. Voilà pour le principe général. Il y a toutefois des traités qui permettent de déroger à ce principe. Les Etats ont dû cadrer la liberté d’expression. Il y a des codes nationaux en Europe qui considèrent le blasphème comme un délit.

Qu’est-ce qui fera que Durban II sera un succès ou un échec ?

Une participation du plus grand nombre d’Etats sera un élément du succès de la conférence. Par ailleurs, il s’agit ici d’une conférence de suivi. Il importera de vérifier dans quelle mesure la Déclaration et le Plan d’action de Durban ont été mis en œuvre, quels ont été les meilleurs moyens utilisés pour combattre le racisme. A mon avis, ce plan d’action a été intégré par de nombreux Etats dans leurs propres plans d’action nationaux. Mais après les terribles attentats du 11 septembre 2001, quelques jours après Durban I, les défis auxquels nous sommes confrontés sont plus difficiles. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, il y a eu des violations des droits de l’homme, de l’islamophobie et des discriminations contre les gens de couleur. La mondialisation et les migrations de même que la crise économique et financière compliquent la mise en œuvre de Durban I.

Craignez-vous de subir le même feu de critiques que l’un de vos prédécesseurs, Mary Robinson ?

Je n’ai aucune peur. Il s’agit ici d’une conférence de suivi. C’est moins sensible. Je m’inscris en faux quant à Mary Robinson. A Durban en 2001, elle a au contraire été une vraie héroïne en s’opposant aux visions maximalistes des ONG.

Dans le processus de Durban, qu’attendez-vous de la Suisse ?

Il serait salutaire de voir la Suisse prendre l’initiative d’assurer le succès de la conférence en proposant d’assumer la présidence du sommet. Pour l’heure, cela n’est pas intervenu, bien que nous ayons exhorté le gouvernement suisse à agir dans ce sens. Mais nous comptons sur un large soutien de la Suisse qui nous a déjà beaucoup aidés.

Au sujet du Conseil des droits de l’homme, les Etats-Unis souhaitent faire acte de candidature.

Je salue la décision du président Barack Obama. Elle est en droite ligne avec sa décision de fermer la prison de Guantanamo. Même si je ne sais pas quelle sera leur attitude au Conseil s’ils sont élus, je pense que c’est une très bonne chose que les Etats-Unis deviennent membre.

Cette annonce peut-elle avoir un impact sur d’autres Etats ?

C’est triste à dire, mais les mauvaises pratiques en matière de respect des droits de l’homme dans le cadre de la lutte antiterroriste tel qu’on a pu le constater au cours des huit dernières années aux Etats-Unis, avec la détention sans procès par exemple, ont fait des émules auprès de pays moins respectueux des droits humains. J’espère que par leur nouvel engagement, les Etats-Unis auront une influence positive sur ces mêmes Etats.


De : Fredon René: Bellaciao
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Extrait de "Choses vues" de Victor Hugo

18 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

15 octobre 1852 - Algérie. Le général Le Flô me disait hier soir que, dans les razzias, il n'était pas rare de voir les soldats jeter à leurs camarades des enfants qu'ils recevaient sur la pointe de leurs baïonnetes. Ils arrachaient les boucles d'oreilles des femmes, les oreilles avec, et coupaient les doigts pour avoir les anneaux. Atrocités du général Négrier. Le colonel Pélissier. Les Arabes fumés vifs.
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L'ANC au pouvoir

18 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Il y a quelques jours sur Arte un bon documentaire sur l'histoire de l'ANC en Afrique du Sud. Toujours le spectacle douloureux, intriguant, d'hommes de gauche qui arrivent au pouvoir... et qui ne peuvent pas en disposer à leur guise. Comme ceux de France en 1981, à ceci près que les leaders de l'ANC eux étaient vraiment de gauche : ils avaient appris le socialisme dans la clandestinité, en risquant leur peau, celle de leur famille. Les hommes de gauche n'arrivent jamais vraiment au pouvoir, jamais complètement. Quelque chose leur échappe toujours plus qu'à ceux de la droite. Les pouvoirs financiers, militaires, le conservatisme des gens, la peur, les grandes puissances extérieures. Chavez et Morales en font aussi l'expérience en ce moment.
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Somalie : d'une piraterie à l'autre

18 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Je lis dans Democracy now ce matin un article intéressant sur la Somalie.

Le député du congrès des USA du New Jersey Donald Payne a fait une brève visite à Mogadiscio lundi et son avion a été visé par des tirs de mortier pendant qu'il quittait le pays. L'ancien ambassadeur des USA aux Nations Unies John Bolton a déclaré sur Fox News le week-end dernier que les USA devraient assembler une citation pour envahir la Somalie. En attendant, la pêche et le petit business local le long de la côte somalienne souffrent de la présence navale américaine et internationale accrue dans leurs eaux.

Surtout Democracy now interviewe Mohamed Abshir Waldo, analyste kenyan d'origine somalienne. Selon lui, la piraterie au large de la corne de l'Afrique est une réponse au pillage dont celle-ci a fait l'objet. Dans les annés 1990 les eaux somaliennes ont été envahies par des flotilles de pêche illégales espagnoles, italiennes, françaises, britaniques, grecques, puis russes et même maintenant norvégiennes, ainsi que des pays riverains de la Mer rouge. Les pêcheurs somaliens ont porté plainte et ont fait appel aux Nations Unies, et à l'Union européenne sans résultat. Les seigneurs de la guerre locaux et la mafia italienne étaient aussi de la partie. L'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture des Nations Unies (la FAO) a estimé que 700 navires d'appartenance étrangère se livraient à de la pêche non autorisée dans les eaux somaliennes en 2005. Mohamed Abshir Waldo dénonce aussi le déversement de déchets toxiques (y compris nucléaires) sur ces côtes. La piraterie somalienne est aujourd'hui le fruit de la destruction de l'écosystème le long de la côte somalienne et de l'appauvrissement des pêcheurs.

La logique répressive que le président américain Obama et ses alliés veulent aujourd'hui impulser est tout aussi néfaste à la survie des derniers pêcheurs locaux et des communautés villageoises côtières qui, tout en condamnant les actions des pirates, voient les patrouilles militaires compromettre encore plus leurs dernières chances de survie économique dans la zone, et pousser leurs propres enfants à faire le choix de la piraterie. Tous les ingrédients d'un cercle vicieux sont réunis. Merci le capitalisme et l'économie dérégulée !

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La complexité

17 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Pourquoi les gens n'aiment-ils pas la complexité, le sens des nuances, des nuances qui ne conduisent pas au relativisme, qui n'empêchent pas de choisir un camp, mais qui sont là, pour suivre le réel dans toutes ses dimensions ? Quand j'écrivais sur la Serbie on me reprochait de ne pas dépeindre ce pays comme une horrible société totalitaire (une "totalitarisme à plusieurs partis" comme disait l'inénarrable Alain Joxe). Maintenant on me reproche de donner la parole à un ami qui dépeint Cuba comme un précipité d'inventivité culturelle. Pourquoi est-ce qu'il y a toujours des gens agacés, quand on donne la parole aux 2 % de gens qui ne disent pas la même chose que 98 % de ce qu'on entend à longueur de journée ? Pourquoi le minoritaire, celui qui fait voir les choses différemment, est-il toujours objet d'invectives, de censures ? Nous avons la réponse, bien sûr : l'humanité ne progresse pas aussi vite que ses moyens d'information le lui permettraient. Dans l'ensemble même elle est peut-être sur une pente recul quant à sa capacité à saisir toutes les dimensions du réel. Pourquoi ce besoin de simplification, ce refus des nuances ? Un besoin de se rassurer ?

Je ne me suis jamais rendu à Cuba. J'ignore à quel point les gens y souffrent de la dictature ou, au contraire, voient dans leur gouvernement une structure honnête qui oeuvre à leur émancipation, à quel point la pauvreté écrase les gens, ou si les gens s'en accommodent. Je reçois des échos divergeants là dessus, je donne la parole à ceux qu'on entend le moins tout en restant assez agnostique sur l'ensemble du tableau (l'agnosticisme préserve du dogmatisme). Et je prends aussi en compte les hommages que l'Amérique latine, l'Afrique du Sud, le Sri Lanka, rendent à Cuba comme île résistante qui sert la défense de leur propre liberté. J'ai peut-être déjà raconté sur ce blog mon expérience de stagiaire d'ambassade voyant, dans un congrès d'Izquierda unida à Madrid en 1994, toutes les représentations diplomatiques du Tiers-Monde, y compris le représentant du président (si pro-occidental) gabonais Omar Bongo assis à côté de moi faire une standing ovation au nom du "Parti communiste de Cuba" (à la grande surprise des délégations occidentales un tantinet horrifiées) pour se rendre compte de ce que ce pays représente dans le mouvement des non-alignés. Tout cela est à prendre en compte. Mais pourquoi ces éléments sonnent-ils si désagréablement aux oreilles de certains ?
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Evo Morales à propos de Cuba (Vidéo)

17 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

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Forbidden paperelle

17 Avril 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

The mayor of Bologna (Italy) forbade the selling of this sex toys in a shopping mall because he think that's a  scandal, as the ducks look like kids toys... A group was created on Facebook in solidarity with those ducks. Some  suggest to contact the WWF to protect sexy ducks and maybe launch an adoption campaign for those tender creatures...
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