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Le blog de Frédéric Delorca

Front de gauche

31 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

J'ai dit un peu de mal du Front de gauche il y a quelques semaines, il faut que j'en dise un peu de bien avant les élections. Disons pour faire court que cette coalition a des mérites et que, si je jugeais ces élections utiles, c'est sans doute pour ses listes que je voterais. Le Front de gauche est un effet une des rares tendances qui, à mes yeux, s'inscrivent dans la lignée d'une histoire politique cohérente (celle du PCF et de la gauche du PS) tout en manifestant une certaine souplesse idéologique (parfois un peu trop même, mais bon), ce qui l'ouvre à de nécessaires actualisations de l' "agenda politique" (pour employer une expression empruntée aux anglo-saxons).

Quand je vois une liste comme celle des Verts réunir les ouiouistes et les nonistes d'autrefois sans le moindre état d'âme apparent, ou un mouvement comme le Modem s'immerger dans un imaginaire de "révolution orange" purement médiatique en rupture complète avec la tradition démocrate-chrétienne (bourgeoise et atlantiste) dont il est issu (qui plus est au nom d'un européisme béat présenté comme "subversif" alors que c'est par lui que le néo-libéralisme nous est imposé depuis 1984), je ne comprends pas la motivation des électeurs "antisystème" à se précipiter vers ces listes. Et je suis las de toutes ces logiques "stratégiques", cyniques, de "vote utile, selon lesquelles il faut voter Bayrou pour faire barrage à Sarkozy (comme hier Ségolène pour faire barrage à Strauss-Kahn et au même Sakozy). Je ne comprends pas non plus l'intérêt de voter pour le NPA, parti presque aussi piégé par les logiques médiatiques que le Modem et les Verts, et qui, au nom des bénédictions reçues par TF1 et France 2 a cru, depuis déjà le temps de la LCR en 2003, pouvoir se murer dans la surenchère.

Sur le plan de la résistance à l'Occidentalocentrisme et aux ingérences néo-coloniales qui est un de mes chevaux de bataille privilégiés, je trouve certes à redire sur de nombreuses positions du Front de gauche, et sur les votes de ses élus au Parlement européen : le vote de M. Wurtz pour le financement du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, l'enthousiasme des élus PC pour des résolutions contre la Chine et le Myanmar, le "ninisme" du PC pendant la guerre d'Osétie du Sud, certaines déclarations malheureuses de M. Mélenchon sur l'Iran (liées à un laïcisme un peu trop intégriste, qui, dans le même mouvement fait l'apologie du film "La journée de la jupe"), tout cela ne me plait guère. Mais je n'oublie pas par ailleurs que les élus PCF ont voté contre l'indépendance du Kosovo au Parlement européen, que M. Mélenchon a eu des paroles fortes sur le Dalaï Lama, que le PC, malgré parfois une approche un peu larmoyante et paternaliste de la question, reste un parti pro-Palestinien, donc résistant à un rouleau compresseur médiatique sur le sujet, et par ailleurs solidaire des mouvements progressistes en Afrique et en Amérique latine (des positions que je rencontre d'ailleurs souvent sur un mode encore plus clair chez les militants de base du PC et du PG).

Donc, si j'avais jugé utile de voter cette fois (c'est-à-dire si j'avais pensé que l'Union européenne pouvait encore être "refondée" sans une sortie préalable de la France de ses institutions) voilà sans doute pour quelle liste j'aurais voté.
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Tskhinvali

31 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Hegel a écrit quelque part je crois que la lecture quotidienne du journal est la prière du matin de l'homme moderne, c'est-à-dire sa façon de communier à une présence universelle, qui n'est plus la transcendance d'un Dieu, mais un absolu devenu immanent : l'Histoire humaine. Vous connaissez mon aversion pour l'hegelianisme, et aussi pour toute projection religieuse sur la politique (projection omniprésente chez les esprits idéalistes, qui explique leur amertume excessive ensuite à l'égard des régimes qui ne correspondent pas à leurs rêves initiaux, et même à l'égard de tout gouvernement en général). Mais cette citation de Hegel m'est venue à l'esprit quand je songeais au côté très abstrait des nouvelles qu'on nous livre, et qui est au fond bien plus abstrait encore que le Pater Noster d'autrefois (lequel avait le mérite de la concision - s'il n'y en a qu'une à retenir retenait celle-là dit en substance le Christ dans les Evangiles).

Ce côté abstrait m'avait touché au coeur quand mon correspond serbe il y a 10 ans voyait tous les soirs sa ville brûler, tandis que nos médias placides parlaient des "bavures de l'OTAN". Mais songez encore à une guerre plus proche de nous : celle d'Ossétie du Sud l'été dernier. Guerre aussi brève que sauvage, à laquelle fort heureusement les chars russes ont mis un terme (les leaders russes n'ont pas toujours de grandes vertus, mais en l'occurrence ils en eurent pour barrer la route à ce fou de Saakhachvili).

Je vous ai parlé dans 10 ans sur la planète résistante de Marina K, avec qui j'étais en Transnistrie en 2007. Elle m'écrivait hier que l'organe qu'a créé son mari, le Centre for Monitoring Democratic Processes (CMDP), est invité par l'Ombudsman d'Ossétie du Sud pour observer le respect des droits des minorités et des femmes. Chaque mot de cette phrase mérite un commentaire. L'existence du CMDP, auquel participent de fervents partisans de V. Poutine, reflète une particularité russe : un mélange d'adhésion tout à fait sincère à la démocratie formelle (leur site se réfère à Huntington sur ce point) et de méfiance à l'égard de ce que les Occidentaux font de cette démocratie à leurs frontières, de sortes qu'ils entendent mettre en oeuvre leurs propres techniques de garantie de la liberté d'expression et du droit de vote ("I did it my way" en quelque sorte). L'Ombudsman est une invention suédoise, que nous avons adoptée en France sous le nom de "Médiateur de la République", les Espagnols en ont fait le "Defensor del Pueblo", et les Russes (dont l'Etat a de vieilles origines viking comme la Normandie) ont importé cette institution sous son nom d'origine chez eux dans les années 1990. En Transnistrie, l'Ombudsman était un aimable officier de police dont j'ai un peu parlé dans mon dernier livre. Peut-être celui de Tskhinvali a-t-il le même profil, allez savoir.

Le mail de Marina K me rappelait une chose toute bête : l'Ossétie du Sud existe encore. Elle n'est pas seulement un rêve qui est entré dans nos radios et nos écrans de télé à l'été dernier pour en sortir ensuite. Et elle est une réalité particulièrement chère au coeur des Russes : une réalité par laquelle ils ont eu le sentiment d'élever leur conscience morale en mettant fin à un génocide. L'Ossétie du Sud est un peu pour eux (je suppose, j'essaie d'interpréter leur imaginaire) comme un enfant qu'ils auraient sauvé d'une noyade, quelque chose dans ce goût là.

Donc aujourd'hui Marina K est à Tskhinvali. Et en effet, quand on lit Ria Novosti, on découvre que dans ce tout petit pays de 100 000 habitants (5 fois moins encore que la Transnistrie) se tiennent aujourd'hui des élections législatives.70 observateurs étrangers, de Russie, du Kazakhstan, du Kirghizstan, d'Ukraine, de la République tchèque, de Pologne et d'Allemagne sont attendus là-bas, précise la dépêche. Quatre partis politiques - Parti de l'Unité, Parti communiste, Parti du peuple et Fydybasta (Parti de la Patrie) sont en lice pour briguer 34 sièges de députés (NB : le conseil général de la Creuse en France compte 27 sièges pour une population comparable). La présence d'observateurs étrangers à Tskhinvali est un enjeu de reconnaissance internationale de ce pays dans lequel seul (en dehors de la Russie) le Nicaragua "néo-sandiniste" a dépêché un ambassadeur.

Voyons si nos médias disent un mot de ces élections aujourd'hui...

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Quand la Transnistrie/Pridnestrovie frappe à la porte de l'Europe (1)

30 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

MAE.gifJ’ai déjà évoqué sur ce blog le texte du journaliste et juriste transnistrien Vladimir Stulov « Le Conseil de l’Europe vu par un journaliste ». J’ai souligné combien, à maints égards, ce texte paraissait « communier » à la religion officielle de l’Europe actuelle : le juridisme et les droits de l’homme. Comme je le soulignais, ce témoignage dans son adhésion à nos normes politiques reproduit largement une tournure d’esprit et un vocabulaire soviétiques, comme si les mots « Europe » et « droits de l’homme » avaient remplacé « Révolution » et « socialisme réel ». Mais s’en tenir en ce constat superficiel serait injuste pour ce texte, qui est bien plus riche qu’un simple ralliement aux valeurs dominantes du continent, et dans lequel on perçoit toute les particularités – et toute la respectabilité – de l’histoire d’un peuple et de sa sensibilité.

 

Il faut prêter ici une attention particulière aux digressions personnelles de l’auteur. Le fait même qu’en tant que journaliste il se les autorise, manifeste une liberté à l’égard des normes occidentales de la profession, et ouvre la voie à une construction littéraire du récit (mon éditeur a fait remarquer à juste titre que ce texte est d’une certaine manière le symétrique de mon récit de voyage en Transnitrie/Pridnestrovie). J’apprécie particulièrement le passage où l’auteur, qui a cinquante ans, parle des difficultés de la vieillesse dans son pays où les retraites sont menacées, et tire argument de cette fragilité des vieux jours pour prôner une éthique du bonheur qu’il identifie au respect du droit, par opposition à un mode de vie gouverné par l’argent et la lutte de tous contre tous, où même l’amitié et l’amour sont viciés par l’intérêt.

 

Je voudrais souligner aussi l’approche critique des normes occidentales qui perce sous l’adhésion aux valeurs communes, ou plus précisément de la manière dont ces normes sont mises en œuvre. Cela transparaît notamment dans la critique du misérabilisme qui sous-tend un reportage d’Arte sur la Moldavie. Il est significatif que V. Studov choisisse cet exemple : celui d’un pays avec lequel la Transnistrie a fait la guerre, et partage aussi un passé commun dense (celui de la République socialiste soviétique de Moldavie de 1939 à 1990). En répudiant le regard occidental condescendant et excessivement critique V. Studov recrée une solidarité inattendue et qui sonne pourtant juste. Au surplus il définit une éthique journalistique qu’il voudrait voir aussi appliquée à la Pridnestrovie : un journalisme qui ne se contente pas de dénigrer mais rende aussi justice aux efforts des gens et des institutions pour construire chaque jour un pays, une réalité sociale viable. C’est une règle que je fixe à mes propres narrations (sans pour autant sacrifier mon esprit critique) et à laquelle beaucoup d’Occidentaux adhèrent (combien de personnes ici se plaignent des clichés négatifs des journalistes, par exemple sur le banlieues), mais que le cadre économique mondial – le cadre capitaliste – rend impossible à réaliser, car le capitalisme, comme espace de concurrence et de lutte de tous contre tous, impose aux journaux de faire court et percutant. Or la brièveté efficace aujourd’hui conduit à valoriser ce qui effraie, ce qui suscite la compassion, et ce qui provoque chez le lecteur la sensation d’avoir atteint un regard désabusé sur tout, à l’abri des embrigadements (le regard de l’individu tout puissant triomphant). La presse ne peut qu’être le miroir de l’impératif de cynisme individualiste qui gouverne le capitalisme, et c’est précisément ce qui relègue cette « éthique juridique » de l’harmonie entre tous et du respect d’autrui que vante V. Studov au rang de vœu pieux religieux (souvent à deux doigts de pharisianisme).

 

Il y aurait sans doute d’autres dimensions à mettre à jour dans ce texte. Notamment cette justification permanente du discours pridnestrovien par référence aux intérêts universels de l’humanité (le partage des mêmes enjeux écologiques et culturels, le droit à parler la langue de son choix etc), une justification qui fut en 1991 au fondement du refus de ce pays de se séparer de l’URSS.

A l'arrière plan de cette visite on voit se dessiner un processus de réconciliation avec la Moldavie sous les auspices des juriste occidentaux qui en dessinent déjà le cadre institutionnel (celui d'une République fédérale, confédérale, ou d'une décentralisation comme celle dont bénéficient les Gagaouzes)... avec, comme corrolaire au processus, la conversion totale de la Transnitrie/Pridnestrovie à l'économie de marché. Certaines forces sociales dans ce minuscule pays ont-elle les moyens de proposer une alternative à cela ?

Voici en tout cas les principaux extraits de l'article (j'ai seulement supprimé les passages qui expliquent le fonctionnement des diverses assemblées que l'on retrouve dans les manuels sur les institutions européennes).

FD

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                 Le Conseil de l'Europe vu par un journaliste

                                 Introduction

La protection des droits de l’homme doit contribuer au développement progressif et à la mise en œuvre de nouvelles réalisations de l'humanité, apporter plus d’avantages pour les 800 millions d'Européens, contribuer à l’élimination des lacunes dans les législations nationales, à l'application effective des leviers d'influence des pouvoirs dans le règlement des rapports sociaux par les méthodes juridiques démocratiques, à la réduction des contradictions dans la pratique judiciaire.

La démocratie et la primauté du droit, l'autoréalisation de chaque personnalité, la prospérité économique, l'élargissement de la conception de la justice des citoyens et l'augmentation de leur niveau de culture juridique, le développement de la science juridique compte tenu des règles des procès modernes en droit international – ce sont les priorités de l'auteur de cette publication. Et je tiens beaucoup à ce que les normes du droit n'humilient pas l’homme, mais qu’elles l'aident. Que la justice soit la norme de la vie publique, et que le régime d'illégalité tombe dans l'oubli.


                                                              Un voyage à Strasbourg

Nuit du 30 novembre 2008. Le minibus bleu «Mercedes», envoyé par les collaborateurs du bureau du Conseil de l'Europe à Kichinev, a lentement démarré quittant les arbres brillants des alentours du club de billard «Arcady» et s'est immergé dans les ondes chaudes du brouillard envahissant, en emmenant à l'aéroport les cinq premiers membres de la délégation officielle de la RMP (République moldave de Pridnestrovie) invitée au Conseil de l'Europe - le rempart du droit européen, de la démocratie, de la sauvegarde des  droits de l’homme. Le contrôle méticuleux des passeports par les policiers moldaves au poste des forces de paix à Bender, l'aéroport vide de Kichinev, l'enregistrement des bagages, les gardes-frontières et, enfin, le vieux liner s'est dirigé vers Francfort-sur-le-Main.

Vadim Boulatovitch (ТSV), Аllа Gribinuk (service de presse du Président de la RMP), Ernest Vardanian («Nouvelle région»), Igor Chornikov (Ministère des affaires étrangères de la RMP), Vladimir Stulov (revue «L'État et la sécurité») ont agi en pionniers de  la mise en valeur du champ européen de la liberté, du droit, de l'information. Nous étions avec les cinq représentants des médias de la République de Moldavie: le très compétent,  correct, et laïque Oleg Cristal -  journaliste indépendant ayant travaillé autrefois au journal «Moldavie  Souveraine»; le calme, sage, et raisonnable Radu Benea, journaliste de la radio «L’Europe Libre»; Alina Raeţki, toujours organisée, cultivée, polie, pensive, coordinatrice d'information à la SSP «Аре» (Eaux); l'intellectuel doué Victor Draguţan, chef de la gestion de l'information et de l'analyse au Ministère de la réintégration de la République de Мoldavie; le perspicace, énergique et talentueux Vitali Krupenenkov, journaliste à la télévision de la filiale ТV-companie «Monde».

Les cinq jours passés ensemble m’ont permis de saisir ces caractéristiques des membres moldaves de cette mission d’information au centre de l'Europe.

 

La traversée tranquille en avion est restée dans ma mémoire grâce aux crêpes trop rôties servies pendant le vol, grâce à la réception rapide des bagages et au regard poli du garde-frontière allemand. Le car du matin Francfort-Strasbourg nous emmène dans la banlieue de Strasbourg – Lingolsheim, et à 11.30 nous nous installons déjà à l'hôtel «Ibis». Dès le 1er décembre nous rencontrons une foule énorme à Strasbourg: la ville se transforme en capitale de Noël, aux hôtels complets remplis par un million de touristes. La tradition médiévale d’organiser un marché de Noël a pris, de nos jours, la forme de diverses passions, le long des anciennes ruelles multicolores. Théâtres forains, boutiques de souvenirs, gâteaux, biscuit, glitwein…Une  heure et demie de repos, après le voyage en avion et en auto, et les organisateurs de la visite nous ont embarqués dans un autobus confortable … puis à la fin de la journée, traînant un peu les pieds, nous sommes enfin arrivés, fatigués et contents, à notre gîte de 5 jours à Strasbourg. C'était ma deuxième visite de Strasbourg, et de nouveau je marchais avec intérêt et vénération sur la Place de la Cathédrale. Je suis entré dans la Cathédrale Notre-Dame où j’ai touché la figurine du chien sur la chaire (on dit qu’elle porte bonheur), j’ai admiré la maison Каmmerzel, la pharmacie de Kerf, où Goethe, qui habitait la rue voisine, achetait des médicaments. Et quel plaisir d’observer, monté sur un pont, les bateaux mouches passant entre les arcs étroits de la rivière d'Ill, affluent du Rhin.

La Place de la Cathédrale est médiévale. De là part un flot de petites ruelles pour les piétons avec des magasins de souvenirs et de cafés minuscules. À Strasbourg on trouve beaucoup d’endroits confortables – ce sont eux qui créent l'exceptionnelle atmosphère mêlant design moderne et ancienne civilisation.

Comme la dernière fois, nous sommes restés charmés et interloqués par le poteau surmonté par les anges de la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, où nous avons eu l'occasion de voir le fonctionnement de l’immense horloge mise en marche pour la première fois en 1574. A chaque heure, apparaît la figurine de Christ chassant le squelette de la mort qui «fauche» le temps présent. Quatre figurine sonne les clochettes toutes les 15 minutes. A midi, les Apôtres passent devant le Christ, le coq chante et le Christ bénit la foule.

L’immense sapin, dont la hauteur égale celle d’une maison à quatre étages, était magnifique sur la place du général Kléber. Près de la bibliothèque Place de la République il y a toujours beaucoup de monde. Sur la Place du premier imprimeur Iohann Gutenberg, ayant fermé les yeux, mentalement je suis revenu en avril 2002. Après la visite de la Cour Européenne des  droits de l’homme, sur la place Gutenberg encombrée de centaines de petites tables, moi et Vasili Tarassenko, le président du barreau municipal de Samara, député du Conseil de fédération de la Douma d'État de la Russie, nous avions goûté le célèbre pâté de foie gras en croûte avec de la choucroute et du gruyère.

Je le dirai sans détour : l’actuelle visite de décembre s'est passée sans plats typiques de la cuisine alsacienne (coq en riesling, ragoût de lapin, estomac farci de porc) pour une raison simple: pour parvenir du centre de Strasbourg à notre hôtel provincial il fallait prendre deux tramways et l’autobus. La préparation  des plats exquis susnommés demande beaucoup de temps et notre loisir était exceptionnel. Il se bornait à la visite des anciennes ruelles de Strasbourg, les places, les foires de Noël bigarrées par les éclats des lumières. À ce propos, le vieux Strasbourg du soir  m'a paru plus convivial et plus en fête que le  centre  de Noël à Paris et les Champs Elysées. Et quand même nous n’avons pu nous passer du «veau de lait», du riz au lait ni de la «Presskopf» (tête de porc, et non pas la presse). Et certainement, le vin alsacien et les délicieuses confiseries, qui nous ont été aimablement offerts dans la salle bleu clair du restaurant du Conseil de l'Europe par son Directeur général M. Jean-Louis Laurent qui, à proprement parler, a fait office d'organisateur de notre visite.

Jean-Louis Laurent nous a fait l’impression d’un diplomate expérimenté, un organisateur excellent, et un hôte très aimable (littéralement en russe « un bon maître » NDT). À la première rencontre avec nous, il a désigné les priorités de l'Union Européenne: l'intérêt pour les changements démocratiques dans toutes les régions de l'Europe, conformément aux règles et standards du droit européen. Les experts du Conseil de l'Europe ont déjà fait une visite à Kichinev et Tiraspol, ils examinent déjà la question de la reconnaissance et de l'accréditation de l'Université de Pridnestrovie. Il faut attendre leur rapport. M. Laurent a spécialement souligné qu’il estime que la Convention sur les  droits de l’homme s’applique aussi en Pridnestrovie, où nous avons organisé des séminaires avec les organisations non gouvernementales, avec lesquelles, à son avis, il est plus facile de travailler. Maintenant le Conseil de l'Europe agit pour la réalisation du programme du renforcement des mesures de confiance entre la Moldavie  et la Pridnestrovie. Le Conseil de l'Europe souhaite réaliser toutes sortes de programmes dans le domaine culturel et d’éducation en Moldavie  et en Pridnestrovie, cependant le Conseil de l'Europe n'est pas rompu au processus des négociations, c'est pourquoi il ne s'en occupe pas directement. En répondant aux questions, Jean-Louis Laurent a souligné que le Conseil de l'Europe est une organisation intergouvernementale ayant des plans concrets jusqu'à 2008, mais qu’il n'a pas l'intention d’interrompre ses relations avec la Pridnestrovie et on prévoit la création d’une Maison Européenne à Tiraspol à la base du centre d'information. Pour cela il faut affermir la confiance par le biais de coopération dans le domaine culturel et d’éducation.

Nous avons aussi examiné le problème de la double nationalité à la lumière de la décision rendue par la Cour Européenne des  droits de l’homme  sur  plainte du maire de Kichinev  Dorin Chirtoacǎ et de l'avocat Alexandru Tǎnase, dont la teneur essentielle est que l'on ne peut pas interdire la participation aux élections parlementaires aux personnes titulaires d’une double nationalité. Mais si un représentant est élu, il est contraint de renoncer à la deuxième nationalité de l'autre pays. En RMP, cette question ne se pose pas en général, car le droit électoral de la Pridnestrovie ne prévoit,  sur ce plan, aucune restrictions et, selon le caractère démocratique des normes du droit électoral, Tiraspol a fait un grand pas en avant suivant la voie de libéralisation de la législation électorale dans la sphère de la nationalité. Jean-Louis Laurent nous a cité beaucoup d'exemples des normes de caractère démocratique du droit électoral européen. Par exemple, le leader du Parti Vert était dans les listes des candidats en Allemagne et en France, mais en France il est possible de devenir député des organismes locaux de la France sans se faire naturaliser. Cependant en France il existe aussi des problèmes dans le système pénitentiaire, en ce qui concerne les illégaux. A l’égard de la France la Cour Européenne des  droits de l’homme a rendu des décisions négatives, c'est pourquoi les autorités françaises prendront des mesures pour y remédier. Il y a aussi des problèmes en Belgique. Le congrès des pouvoirs locaux et régionaux va examiner les problèmes de la démocratie locale en Belgique - en particulier la désignation du bourgmestre. Notre collègue de la  partie moldave de la délégation a demandé si les représentants de la Pridnestrovie participeront aux séances du Congrès. J'expliquerai, à titre référentiel, que la Moldavie  a dans le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe 5 représentants et 5  assistants. C’est une représentation assez considérable, mais parmi eux il n’y a pas de représentants de la Pridnestrovi. Mais cette unité structurale du Conseil de l'Europe joue un très grand rôle, car, selon la Résolution Statutaire de 2001 du Comité des ministres du Conseil de l'Europe, le rôle du Congrès des pouvoirs régionaux et locaux est de représenter les intérêts des régions, discuter les problèmes et échanger  d'expérience, émettre ses opinions à l'intention des gouvernements. Et si le Conseil de l'Europe considère la région de Pridnestrovie comme partie intégrante de la Moldavie, alors pourquoi le représentant de la Pridnestrovie n'est-il pas invité aux séances du Congrès? En effet, c'est une discrimination évidente en ce qui concerne les organismes de l'autonomie locale et régionale de notre région. Qui portera à la connaissance de toute l'Europe nos problèmes et comment les résoudre, et surtout comment échanger les expériences? D'autant plus qu’à mon avis, la Pridnestrovie ne veut pas et ne voulait jamais s’isoler du monde, espérant constamment que sa voix serait, un jour, entendue aussi dans le Conseil de l'Europe. J'espère qu'après cette première visite officielle au Conseil de l'Europe, les représentants de notre région achèteront plus souvent des billets pour l'itinéraire Tiraspol-Kichinev-Francfort-Strasbourg.

 

Mais revenons à notre rencontre avec Jean-Louis Laurent, d'autant plus qu'il nous a communiqué une chose qui nous donne de l’espoir et confirme mon pronostic. Le Conseil de l'Europe ne sera pas hostile à la présence  des représentants de Pridnestrovie. C'est un pas positif et c’est la reconnaissance des réalités. Mais c’est à Kichinev qu’il faut résoudre ce problème et obtenir carte blanche. C’est la République de Moldavie qui désigne les représentants de sa délégation.

Le soir nous y avons eu une rencontre avec le bachkan (gouverneur) de la Gagaouzie - M. Formuzal, qui avait fait un rapport au Congrès des pouvoirs régional et local. Les problèmes des Gagaouzes intéressent le Conseil de l'Europe, mais dans quelle mesure?  Qui vivra verra.

Nous avons aussi assisté aux débats, des débats du reste assez émotionnels, sur le conflit russo-géorgien. Nous avons écouté non seulement l'intervention des Russes, celle des Géorgiens, mais aussi le président du parlement de l'Ossétie du Nord. L'Ossétie du Sud a plus de chance que la  Pridnestrovie: les frères du nord peuvent exprimer là leurs malheurs, leurs espoirs, leurs inquiétudes. Mais l'impression générale des débats est oppressante: positions diamétralement opposées, offenses mutuelles, exigences, incompatibilité des positions entre les parties. Pour la première fois deux pays -membres du Conseil de l'Europe – étaient en guerre l'un contre l'autre. Nous nous sommes croisés sur le champ des batailles verbales. Cela, certes, vaut mieux, que le tonnerre des canons. Mais je songeais à autre chose en regardant l’immense salle avec les représentants de presque tous les pays de la vieille l'Europe: la vie de l’homme  est si courte. Pourquoi l'humanité se crée-t-elle à elle-même des problèmes? Est-ce que les 47 branches d’un même arbre ne peuvent pas vivre en paix et en bon accord? L’arbre n’a qu’une seule racine – le continent européen. Quelle est la cause des conflits, comment les éliminer? Ensuite je suis revenu à moi: en effet, je ne suis ni président, ni député, je n’ai pas de pouvoir de coercition, pourquoi pensais-je à cela? Peut être  l'atmosphère dans la salle du Congrès du Conseil de l'Europe inspire-t-elle de telles idées? Ou bien c’est l’entretien avec la direction du Conseil de l'Europe qui m’a poussé à réfléchi à l’échelle nationale? Probablement chaque personne, à son niveau, doit-elle réfléchir au moyen de rendre le monde meilleur, comment utiliser raisonnablement le progrès de la puissance créative et  la création de la ressource humaine, comment la Communauté européenne doit avancer sans oppression et destruction, mais avec des connaissances, avec du savoir-faire et du savoir-être. Si nous oublions les leçons historiques du passé, cela se fera sentir, de la façon la plus lamentable, au niveau de la moralité des gens. Nous avons accepté, comme héritage du passé, plusieurs postulats juridiques du travail titanesque, journalier, au cours de plusieurs siècles, des juristes de tous les pays. Ils ont trouvé leur  réalisation dans la Convention Européenne sur la protection des  droits de l’homme  et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. Si toutes les personnes remplissaient consciencieusement leurs fonctions, ainsi que leur devoir social et moral, si elles créaient du bien en commun sur le fondement des prémices juridiques, alors notre maison européenne commune ne serait jamais devenue un château de cartes, prêt à se renverser et à se désagréger au moindre souffle de l’imprévisible vent de l’Histoire.

Revenons de nouveau au Conseil de l'Europe à Strasbourg, à son principal bâtiment - «Le Palais de l'Europe», dont l'auteur est l'architecte français Henri Bernard. Ce bâtiment n’est guère impressionnant tout simplement par ses dimensions et par les excellents plats bon marché dans quelques bars et restaurants au rez-de-chaussée, certains desquels j'ai surnommés «le resto universitaire ». Pourquoi? C’est que d'abord il faut prendre un plateau et ensuite, comme en  1970, pendant mes bonnes années d'études  à l'Université d'Odessa, l’avancer le long des stellages avec des plats bien préparés, payer à la caisse, et après le porter avec la vaisselle vide et le mettre sur le transporteur mobile. Je remercie le Conseil de l'Europe pour cette excursion dans l'atmosphère culinaire publique de masse du vieux bon socialisme super développé avec le slogan : «tu as mangé, merci, et dessers la table!»

Présentons un peu le bâtiment: il a été mis en exploitation en 1977, sa hauteur est de 38 mètres, 8 étages, la surface totale est de 64 000 м2, 17 salles d'audience, mille cabinets de travail. La salle d'audience du Comité des Ministres est de forme ronde, il y a ici une grande table ronde couverte de cuir (beaucoup plus grande que celle des chevaliers du roi Arthur) et les visiteurs n’y ont pas l’accès. La salle d'audience de l'Assemblée Parlementaire et du Congrès, disposée au centre du bâtiment, compte 600 places. 220 journalistes et spectateurs peuvent s’installer dans sa deuxième galerie d’en haut. Notamment dans cette salle nous avons écouté les débats de la délégation russe et géorgienne, les Ossètes et les Gagaouzes. Le bâtiment isolé de la Cour des droits de l’homme - l'organisme permanent, indépendant, personnalité juridique, contrôlant l'exécution de la Convention Européenne sur les droits de l’homme, fait partie de l'ensemble du Conseil de l'Europe. Cet immeuble est ultramoderne, en métal et verre, avec des éléments de grès rose de Vosges. Et en outre la façade du bâtiment rappelle par sa forme la balance de la justice, car la partie frontale du bâtiment est formée par deux cylindres asymétriques. Ce bâtiment isolé au style austère est le Centre Européen de jeunesse. L’auteur du projet du bâtiment de la Cour Européenne n’est pas Français, c’est l'architecte anglais Richard Rodgers.

Tous les bâtiments sont conçu dans un seul but: servir de forum pour la coopération, ils reflétent les soins et les espoirs de 800 millions d’Européens. Je souhaite ardemment que ce nombre inclue aussi les habitants de la Pridnestrovie, et que nous réalisions avec d'autres peuples l'appel du secrétaire général du Conseil de l'Europe Thierry Davis: «Travailler ensemble sur la construction d’une Europe fondée sur les idéaux de la justice, la liberté, le respect mutuel et la paix».

Je dois souligner qu'outre les 47 États - conseillers de l'Europe, il y a un pays - candidat à l’adhésion  - la Biélorussie, ainsi que des Etats observateurs: le Vatican, le Canada, le Mexique, les États-Unis, le Japon. La vie politique et juridique bat son plein à Strasbourg. Quels sont les problèmes au centre de ses intérêts? Le journaliste Ivan Nikoltchev, travaillant déjà 9 ans au Conseil de l'Europe dans le service des  droits de l’homme  dans la sphère des médias, a commencé à répondre à nos questions le 2 décembre 2008. Je propose au lecteur un court résumé de son intervention.

«L'article 10 de la Convention sur les  droits de l’homme c’est notre base pour l'activité. Le Conseil de l'Europe a élaboré des standards et recommandations approuvés par le Comité des ministres, mais les instructions portent un caractère de recommandation. Il est souhaitable cependant que les pays du CE accomplissent ces recommandations, puisque c’est le cadre juridique pour la garantie de la liberté de la presse. Les standards de la liberté des médias doivent être obligatoirement accomplis. Les lois sur les médias peuvent être excellentes, mais il faut les mettre en pratique. Aussi le Conseil de l'Europe organise-t-il des rencontres, des conférences et formations, des séminaires pour les juristes, juges, managers, il envoie des experts et accorde des consultations. En ce moment une mission en Arménie  étudie le code de la télévision et la radiodiffusion conformément aux standards du Conseil de l'Europe. En Bulgarie les experts ont eu quelques rencontres avec les députés. Le Conseil de l'Europe effectue des expertises, son budget est petit et en ce qui concerne le financement, c’est l'Union Européenne qui s’en charge. Les donneurs les plus généreux dans le domaine des médias sont l'Italie, l'Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas.

La base légale pour la liberté de l'expression des opinions et la diffusion de l'information a été établie avec l'aide de la société civile, par le biais des conférences sur les médias indépendants. Le Conseil de l'Europe accorde une attention particulière aux questions de l'impartialité des campagnes électorales, des séminaires spéciaux des journalistes ont été organisés dans ce but (ici, pour être franc, je me suis rappelé les journalistes Darenko de la chaîne  ОRТ, Kisséliov de la NTV et le proverbe connu «celui qui paie commande la musique»). A Strasbourg, on accorde une grande attention à la question de l'accès des journalistes à l'information, de laquelle disposent les autorités. Le problème est que la société doit savoir qui est le propriétaire du journal ou de la chaîne de télévision. (Pour l’Europe c’est un problème, tandis qu’en Pridnestrovie, où il n’y a qu’une seule chaîne de télévision privée - TSV - la télévision du libre choix, il n’y a aucun problème pour connaître son propriétaire). Quand une personne riche peut librement acheter tous les journaux dans la région, dans un sens c’est bien, car ils seront bien financés et en forme due, mais par ailleurs c’est une mauvaise chose car le contrôle des médias se trouve dans les mains d’une seule personne. Certains propriétaires de journaux n'aiment pas que les journalistes disent la vérité. Il ne faut pas offenser les journalistes honnêtes. Mais si le journaliste écrit un mensonge, il doit en répondre en vertu de la loi. Il faut soutenir ceux qui accomplissent honnêtement leur travail.

Le Conseil de l'Europe travaille étroitement avec l'OSCE et a conscience que chaque pays a ses problèmes. Scandale en Allemagne: les services secrets tiennent sous leur coupe les journalistes. En Grande-Bretagne les journalistes ont publié des documents confidentiels, et on voulait les mettre en prison, mais le juge s’est chargé de les défendre.

La liberté de l'expression est très importante. En Grande-Bretagne, par exemple, on veut interdire aux journalistes d’écrire sur les terroristes. On peut écrire, mais si quelqu'un appelle, dans ses articles, à la violence, il doit en répondre. Dans différents pays de l'Europe, les gouvernements souhaitent accroître le contrôle des médias, mais ce n’est pas approprié : dans de tels cas il faut protéger les médias, surtout si on introduit restrictions contre eux. Après tout si le journaliste dit: les terroristes sont des gens bien, ce n’est que son opinion personnelle. Mais si le journaliste appelle à la terreur, c’est un crime. Les décisions de la Cour Européenne des  droits de l’homme déclarent: les lois ne doivent pas contenir une interprétation équivoque, c'est la clarté qui est nécessaire. Il ne faut pas avoir à répondre de son opinion, mais des actions concrètes commises violation de la loi. Maintenant… voyons où finit la liberté de la parole et où commencent les offenses des sentiments religieux de différents peuples. Peut-on dessiner des caricatures des hommes religieux? Comme journaliste, je suis avec les défenseurs de la liberté de parole, mais en outre, sans offenser les sentiments religieux. On ne peut pas écrire: nous tuerons les musulmans. Les questions des appartenances nationales et religieuses sont très complexes. Nous avons reçu, à la fin de novembre 2008, un rapport approuvé par l'association française des journalistes, où étaient examinées les questions de l'éclaircissement, dans la presse, du holocauste et du carnage arménien. Nul ne peut interdire d'examiner ces problèmes, sans quoi ensuite on interdira d'autres sujets aussi. Dans certains pays il existe une responsabilité pénale pour ceux qui nient l’Holocauste. Selon moi, la liberté de parole est inébranlable. Il faut pouvoir exprimer son opinion sur n'importe quelle question.

Le Conseil de l'Europe a publié des recommandations: l’information sur le propriétaire des médias doit être divulguée, le lecteur doit savoir le propriétaire du journal et, en lisant l'article, il aura une attitude bien définie, si on sait que le propriétaire du journal a un passé sombre, par exemple. Il faut une volonté des gouvernements pour qu’à l'aide des normes du droit les gens connaissent le propriétaire. Mais ce n'est pas encore devenu une pratique européenne. Une loi sur le secret commercial y fait obstacle. En ce qui concerne les médias, il doit y avoir une combinaison raisonnable de divulgation de l'information.

A la question du chef du service de presse du Président de la RMP A.V. Gribinuk concernant la présentation du conflit russe-géorgien je dirai: l'interprétation était faite d'une manière très intéressante par les uns et les autres. J’ai en vue la presse russe et celle d’Occident. Aucun journal, aucune TV ne sont entièrement impartiaux. Les médias appartenant au gouvernement présentent les événements du point de vue du gouvernement. A Atlanta (État de Georgie), les journaux appartiennent au Parti républicain et là, la plupart des gens votent toujours pour les Républicains, tandis que dans un autre État où les journaux appartiennent aux démocrates les citoyens vote pour les démocrates aux élections.

Il n’y a pas de presse objective à cent pour cent, nous n'avons pas atteint un tel niveau. Si la presse est politique cela signifie qu’elle n’est pas indépendante. Une formation politique ne peut pas créer une presse indépendante. Je n’ai jamais rien vu de tel. Et les gens perdent parfois l'intérêt pour les revues politiques, qui deviennent tendancieuses et peu intéressantes. Les médias reflètent les tendances dans la société. Si la société n’est pas libre, les médias ne sont pas démocratiques.

L'essentiel c’est la compréhension par le journaliste de son rôle, l’observation de l'éthique du journaliste, le respect du cadre juridique, de la culture du peuple. Si la société elle-même n’est pas libre, la presse non plus n’est pas libre. Le plus important c’est que les diverses opinions se reflètent dans les médias. Nous devons être tolérants envers d'autres gens, envers ceux qui ne partagent pas notre point de vue, en cela consiste aussi la liberté de parole (je ne manquerai pas de citer ici à titre d’exemple la maxime du commentateur politique, présentateur et journaliste de la ТSV Vadim Boulatovitch: le reportage ne passera pas à l'antenne de la TSV, s’il n'y a pas deux points de vue, si on ne passe pas la parole à toutes les parties du conflit. Et cette règle nous place au niveau des standards européens de la presse libre).

Cependant, les médias doivent répondre de certaines choses. Si le journaliste a souillé la réputation de quelqu'un d’une manière déraisonnable, il doit en répondre. Il faut être honnête et responsable. Quand les interdictions ont disparu dans les pays de la CEI, tous se sont mis à écrire ce qu’ils veulent. Mais la liberté de parole ne signifie pas que tout est permis, il faut créer des associations de journalistes, où on puisse discuter du fait de savir si le journaliste a écrit la vérité, ou quelque chose de mal. Si le journaliste est reconnu par la justice coupable, il faut écrire un démenti, et indemniser la personne calomniée. (Ici j’approuve entièrement l’idée de traduire en justice – une option efficace – certains journalistes. La Liberté de parole c’est aussi le respect de l’honnêteté et de la bonne renommée des gens). A la question de A.V.Gribinuk M. Nikoltchev a répondu: «Je trouve que les pays scandinaves conviennent le plus comme pays-modèles de la démocratie et de la liberté de parole. Là les gens sont plus tolérants par rapport à l'opinion des autres. Je ne  connais pas assez la situation dans la Pridnestrovie. Les journalistes viennent maintenant chez nous et ils parlent de ce qui se passe  et cela est très positif».

Après ces mots j'ai remis à M. Nikoltchev le livre de l’historien parisien Bruno Drweski (en français) sur la Pridnestrovie, le film de Boris Hass «Pridnestrovie» et de différents journaux. Tiraspol est aussi une région de l'Europe, comme Paris, et si les Européens jettent des ponts entre les bords de Dniestr, ils doivent savoir la vérité sur nous. Comme disait I. Nikoltchev lui-même (docteur ès sciences, il a travaillé aux États-Unis, dans les Balkans, en Europe, il a élaboré de nombreux documents sur la protection des médias): «Il est impossible d’avoir une presse objective 100 %». Moi, comme journaliste et juriste, j’ai aussi ma conception des standards de la démocratie, des moyens de leur introduction et de la liberté de parole. Nous sommes tous des individus, et il y a autant d’opinions que d’individus.

Je suis réaliste,  je suis sûr d’expérience du triomphe de la vérité de la vie et je crois que les échecs et les difficultés sont seulement une étape à franchir vers le succès. J'ai surmonté l'envie des collègues avocats et de leur pusillanimité, ainsi que l'injustice et la flagornerie dans le milieu juridique. Maintenant, au milieu de l'esclandre de l'époque du capitalisme oligarchique, d’aucuns oublient l'honneur et la probité, la bonté et l'assistance mutuelle et on court, on court vers la richesse, en écartant les autres, en marchant sur eux, sans penser au sens d'une telle vie, qui n’est qu’une course aux profits. Il n’est pas prestigieux de vivre de son salaire, les mariages sont des mariages d’intérêt… Je me pose constamment la question: pourquoi de plus en plus ce n’est pas la loi qui s’impose, mais plutôt l’argent et l'immoralité qui remportent la victoire?

Il est difficile de raisonner sur l’équité, quand l'estomac est affamé, et il est beau d'être financièrement indépendant et s'occuper non seulement de son développement spirituel, mais aussi d’aider les autres. On ne peut pas être l'esclave de l'argent, qui vous dicte avec qui être ami, qui aimer, qui respecter, qui définit votre cercle de relations, à l'anniversaire de qui aller, et chez qui ne pas aller. C'est immoral. La vie d'aujourd'hui, avec sa crise financière, la chute des prix du pétrole, la baisse de la demande de marchandises, l’augmentation des prix des produits, nous pousse vers l’arrivisme effréné et l’esprit du pique-assiette, nous assigne pour but de dévaliser à tout prix notre voisin. Il faut s’y opposer au nom des valeurs humaines. On ne peut pas sacrifier les valeurs spirituelles et morales pour faire plaisir à la prospérité financière. L'amour, la bonté, la reconnaissance, le respect, l’amitié désintéressée - c’est ce qui fait notre bonheur

Ces bonnes idées me sont venues à l’esprit au cours de ma rencontre avec le directeur des relations publiques du Conseil de l'Europe Séda Pumpianski, qui nous parlait tranquillement, correctement, et avec assurance du rôle du Conseil de l'Europe comme d'un architecte, qui, à l'aide de l’élaboration des normes juridiques, comme des briques, construit le bâtiment de la sécurité européenne et qui se préoccupe des  droits de l’homme, de la santé, du sport et de la culture. Notre interlocutrice parle parfaitement russe, elle a travaillé dans l'ONU et depuis 3 ans officie au Conseil de l'Europe. Elle se rend parfaitement compte de l'importance de notre visite et de son utilité, en effet, selon elle, il y a un afflux de journalistes à Strasbourg seulement au moment des sessions et des séances. A titre de comparaison il faut dire qu’à Bruxelles, travaillent près de 2000 journalistes. Toute une armée de confrères y écrivent. Séda nous a parlé de la structure du Conseil de l'Europe.

Le Comité des Ministres est l'organisme de tutelle, où sont présents les ministres des affaires étrangères de 47 États-membres ou leurs représentants diplomatiques permanents.

L'Assemblée parlementaire est l'organisme consultatif qui comprend 318 membres (et 318 leurs assistants), représentant les 47 parlements nationaux et les délégations des États non membres du Conseil de l'Europe.

Le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe, comprend deux chambres - la Chambre des pouvoirs locaux et la Chambre des régions.

La Cour européenne des  droits de l’homme siège à Strasbourg en permanence et assume toutes les procédures: à partir de l'estimation de la recevabilité du dossier de l'affaire jusqu’à la prononciation du verdict définitif. Les juges de l'Assemblée Parlementaire sont élus pour une durée de six ans.

À présent le Secrétaire général est Thierry Davis, citoyen de la Grande-Bretagne élu en 2004 pour un mandat de cinq ans. Il dirige et coordonne l'activité du Conseil de l'Europe.

Le Secrétariat du Conseil de l'Europe comptant près de 2000 collaborateurs, se subdivise en directorats spécialisés (...)

Pour ma part, j'ai compris que la structure du Conseil de l'Europe est complexe, il y a beaucoup de juristes et d’experts, mais d'autre part, selon Séda Pumpianski, c’est seulement ce Comité qui est intéressant. C’est aussi l’avis de l’ex-journaliste, à présent le commissaire des  droits de l’homme Tomas Hammarberg. Son champ de compétences m’est particulièrement proche. Quand j'écrivais le livre sur la protection des  droits de l’homme  dans la RMP et dans le monde moderne, j’ai notamment pris connaissance de l'opinion de T. Hammarberg sur les questions suivantes : indépendance des juges, protection des journalistes procédant à une enquête, durée des délais de l'examen des affaires dans les cours, droit de l’homme au logement, protection des femmes et des enfants contre la violence,  lutte contre le terrorisme,  protection contre les tortures et plusieurs autres.

En ces temps difficile, quand une retraite aisée n’est pas garantie, l’homme doit éviter consciemment les échecs et les doutes, la douleur et les émotions, les stress et les crises pour embrasser le bonheur et l'amour, le plaisir et le calme, la santé et la quiétude. On peut être heureux grâce à son  travail, aux relations avec ses proches, ses collègues, on est heureux entouré de soins et d'amour.

Dans cette perpective, le destin de Séda Pumpianski est assez éloquent. Comme dans un conte de fée de Noël, elle a gagné le concours qui lui a permis de décrocher son poste actuel, simplement en ayant envoyé son curriculum vitae sur le site Web. Elle a passé consciencieusement le concours parmi 16 candidats. Séda connaît parfaitement la Russie, puisqu’elle a terminé la faculté des lettres de l'Université de Moscou, s’est spécialisée dans la littérature espagnole, ensuite - la carrière de journaliste, la télévision, l'Université de Harvard, la politique, l'éthique journalistique, la mission de l'ONU aux Balkans. Séda nous a cité un exemple: le livre le plus vendu du Conseil de l'Europe est celui sur les groupes sanguins et la transfusion du sang. Il est lié à la Convention sur la transfusion sanguine, d’actualité avec le problème du SIDA. Aujourd'hui tous les hôpitaux et toute les polycliniques d’Europe ont ce livre, parce que ce livre définit les standards. Au moment du choix de la localisation du le Conseil de l'Europe, une des options était Nice, mais Strasbourg était le symbole des relations franco-allemandes, des relations très complexes. L'Alsace est un territoire, qui est passé d’un pays à l’autre, et maintenant elle accueille l'organisme qui travaille à la définition ded consensus. Strasbourg est en France, mais c’est à dix minutes de l'Allemagne, à une heure de la Suisse. Le tramway de France circule jusqu’à Bâle. L'Europe a atteint l’unification des Etats.

Séda nous a parlé longtemps, d'une manière intéressante, elle nous invitait à la coopération. J’ai  promis de décrire honnêtement et sincèrement notre entretien ce que je fais maintenant. Il était agréable de voir l'intérêt pour la suite de nos  relations et entendre les promesses d'aide.

Puis on nous a invités à visiter la base technique d'information du Conseil de l'Europe. Que dire? La base d'archives est immense, il y a des pièces pour la presse, radiocommunications, retransmission en direct,  salles pour conférences de presse, le Web site  compte 150 000 pages, en 2008 on a publié 142 livres sous l'égide du СЕ. J'ai aimé le grand soin envers les véhicules d'information des années 40, que Alan Dreik nous a démontrées, nous faisant voir les vieux tourne-disques, mais qui marchent, d’immenses disques de vinyl avec les interventions de diverses personnes de tous les pays de l'Europe.

Et nous voilà  de nouveau dans la salle №10 (j’ai failli écrire salle d'étude). Je le dis honnêtement: du  haut de mes presque 50 ans de vie, je me suis plongé de nouveau, pour quelques jours, dans mes années estudiantines: le stylo à main, feuilles blanches de papier, information, discussions avec les collègues. La nouvelle de V. Boulatovitch m’a paru la plus intéressante, il nous a fait réfléchir à la force de l'amour pour les animaux. Rentré du centre de Strasbourg, où il avait préparé une série vidéo pour la TSV, il nous a révélé le contenu édifiant qu’une annonce qu’il avait vue en ville : un des habitants de Strasbourg offrait une récompense de 50 000 euros à qui retrouverait son chat disparu. Chers sont  les chats européens au centre de la liberté et de la démocratie, d’ailleurs le salaire à Strasbourg est sans aucun douteplus haut qu’en Pridnestrovie. Je pense que parfois l'aspect matériel dans la sphère de l'adoration des animaux domestiques préférés joue un rôle secondaire pour ceux qui les aiment.

Quelques mots, ou plus exactement quelques lignes sur l'activité de la télévision. Nous avons visité la chaîne française France 3 et la TV franco-allemande «ARTE». Nous acons  commencé par ARTE, où un cours détaillé nous a été délivré par le principal journaliste à la télévision, Tchèque d'origine - Vladimir Vazak qui travaille à ARTE depuis sa fondation, en 1992. C'est une structure franco-germanique, les programmes se font à Strasbourg et en Allemagne et la compagnie de télévision a gagné les cœurs des spectateurs par son approche graduée dans la présentation des évènements. ARTE est diffusée aussi  en Autriche, Suisse, Belgique, Afrique du Nord, via la télévision par câble. Elle s’efforce de soutenir l'image intellectuelle du paysage audiovisuel. Néanmoins l'audience de la  première chaîne privée française (TF1)  est 10 fois plus grande. En tant que TV publique,  ARTE est financée des moyens publics, mais la télévision verse aussi ses taxes.  En Europe, la  TV privée bénéficie d’une audience immense et parfois des débats se développent sur la nécessité de la télévision publique. Selon M. Vazak la télévision publique s'exprime plus librement par rapport à l'État qu’autrefois. Quand c’est un journaliste français qui présente l’émission, on fait une interprétation simultanée en Allemagne, et vice versa.

Chez nous en Pridnestrovie  nous parlons 3 langues: le russe, l’ukrainien, le moldave. Et en outre les émissions d'information du studio TV PMR sont présentées, pendant la journée, dans toutes les trois langues. M. Vazak fait des reportages dans de divers points du globe terrestre: Alaska, Ukraine, Russie, Biélorussie. Par exemple, à Khabarovsk il a réalisé une émission sur la situation des Chinois en Russie, en Ukraine sur le statut de Sébastopol. Il produit l’émission d'information «ARTE-Europe», «ARTE-Culture», «Zum-Europe», des émissions sur l'organisation et l'activité de l'Union Européenne, il s’est même rendu à Sakhaline. Nous l'avons invité chez nous à Tiraspol. ARTE nous a proposé un reportage sur la Moldavie, effectué par ses collègues en décembre 2007, qui m’a personnellement persuadé que non décidément les journaux ne sont pas  impartiaux. L'essentiel du reportage des correspondants ARTE tenait en ce message: Dorin Chirtoacǎ est le représentant de la nouvelle génération en Moldavie. Mais, à mon avis, il y a trop de casseroles cassées dans ces images, trop de linge sur des cordes près des vieilles maisons. Le journaliste donnait l’impression de rechercher surtout les aspects négatifs de la vie de la capitale moldave. Des manques existent dans tous les pays, mais cela ne doit pas affecter l’image du peuple moldave, un peuple si hospitalier et laborieux. Je ne voudrais pas d’un tel reportage sceptique sur la Pridnestrovie. Oui, nous avons des difficultés, nous les surmontons, mais nous avons dans la vie non seulement des problèmes, aussi des beaux jours et des réalisations appréciables. Il faut montrer cela aussi. La télévision forme l'humeur des gens, l’état d’âme et d’esprit, le désir d'être utile à la société. Mais chaque journaliste a son opinion, sa vision des évènements, et il faut respecter sa manière de voir les choses. Je suis tombé d’accord avec l'opinion de Vazak sur l'éloge du maire dans le reportage; quand tout est présenté positivement, on risque de glisser vers la propagande. Sur la chaîne ARTE il y avait des reportages les aspects critiques de la Roumanie - les problèmes des Bohémiens, des chiens, des vols; de la  Bulgarie avec la corruption, la prostitution. Comme a dit  M. Vazak «nos critères ce sont  l'honnêteté et l'objectivité, mais nous sommes subjectifs, car nous avons notre propre éducation et notre propre culture». Il n’a jamais été en Pridnestrovie et il se l'imagine  comme un territoire fermé avec une mauvaise image. Il a cité comme exemple, la fois où, pour obtenir le visa pour une année, la Fédération de Russie lui a demandé une analyse sur le VIH, ce qui est moralement inacceptable. Maintenant cela n'existe plus, mais, quand même, il n'oubliera jamais cela. M.Vazak a été en Géorgie, a fait une émission pendant la période des hostilités: 20 minutes en Abkhazie, 20 minutes en Géorgie. Ses impressions: en Géorgie les policiers sourient, les soldats russes sont agressifs, mais la Russie est un pays magnifique et il y va dans huit jours. Il espère visiter aussi la Pridnestrovie. La RMP a été visitée par les équipes de tournage grecque, polonaise et française. Les Français avaient comme interprète E.Vardanian, correspondant de la  «Nouvelle région», qui prenait part à cette conversation et qui nous a parlé de son  travail avec eux. Le sens général de la connaissance de l'activité de la compagnie de télévision franco-allemande était tel: nous travaillons ensemble, nous avons des styles différents et de différentes approches, mais nous trouvons un terrain d'entente malgré les différences. Les Allemands et les Français depuis 16 ans vivent et travaillent dans un bâtiment et sont un exemple pour la création de la télévision moldavo - pridnestrovienne.

Puis nous sommes partis à la France-3 TV-Alsace qui existe depuis 25 ans, où nous avons erré longtemps à travers les magnifiques studios de montage et cabinets. Tout est solide, sérieux. Les conditions sont onnes pour l’activité créatrice du collectif de 55 personnes: le rédacteur en chef, 6 adjoins, 5 rédacteurs selon les directions et les journalistes. La diffusion se fait en trois langues: allemand, français, alsacien. Tous ne possèdent pas deux langues, tous les jeunes journalistes n’ont pas eu nécessairement une formation journalistique. Ils ont des émissions comme celle de la ТSV - «Le meilleur matin», « Samedi matin ». Il y a un projet pilote - la télévision par Internet 24 heures, on nous l’a démontrée. Toutes les 15 minutes chez nous des émissions présentent les nouvelles régionales. Eux, ils ont eu des concurrents privés comme «Télé Alsace», «Alsatique», mais à présent un canal a été fermé,  et ce n’est que la presse régionale et la radio qui sont restées comme concurrents. Depuis le 5.01.2009, la publicité est interdite à la TV publique de 20.00. France 3 travaille dans 25 régions de la France, et fait des reportages sur l'Alsace et les pays européens. Le 1er janvier la République Tchèque a assumé la présidence de l'Union européenne et en décembre un reportage sera consacré cela. Au sein de la rédaction européenne travaillent 10 personnes, le correspondant spécial à Bruxelles transmet les nouvelles politiques actuelles. En ce moment France 3 Alsace prépare l’émission «L'avenue de l'Europe» sur la sécurité de la circulation en bicyclette et en motocyclette. L'opinion de nos interlocuteurs Jil Tchavanel et de Catherine Boteisl,  de Christophe Neidhart est celle-ci: il faut exposer mieux les évènements en Europe. Nous sommes «pour». Nous attendons votre visite. Les compagnies de télé allemandes étendent leurs programmes d'information et ont constamment à Bruxelles 5 ou 6 groupes de correspondants, il y a aussi  beaucoup de journalistes des États de l'Europe de l'Est qui ont récemment adhéré à l'Union européenne.

Je ne peux ne pas exprimer mon opinion en ce qui concerne la télévision. En  Pridnestrovie il est difficile de ne pas remarquer l'absence complète de l'information systématique, examinée par des spécialistes, sur le développement de différents domaines de la science. Les émissions  polémiques portent pratiquement toujours une nuance politique. La télévision civilisatrice unit la société civile, lui livre le système total de ses coordonnées. La télévision ne peut pas être socialement irresponsable, en effet, nous vivons dans un monde exceptionnellement compliqué, sur le plan de l’information, où ­ les connaissances et les ressources intellectuelles sont le capital humain le plus précieux­.

À mon avis, la discussion approfondie d’un problème, une innovation,­  une loi, une invention, une  discipline d'étude est possible seulement dans un bon studio spécialisé. Des programmes d’instruction ­ les plus sérieux doivent sortir à l’écran, au studio doivent se produire les professeurs du plus haut niveau. 

Certes certains peuvent consciemment ne pas vouloir­ de programmes scientifiques, juridiques, économiques ou­ civilisateurs dans des studios spécialisés. Il est plus facile de gouverner un pays d’imbéciles. Mais vivre dans un tel pays il est tout simplement inintéressant. De plus, le pays d’imbéciles n'ont pas d’avenir. Mon propos est peut-être un peu dur, mais c'est la vérité. Chaque semaine, à l’écran doivent sortir des didacticiels, des «tables rondes» sur les questions de l’avenir de l’­État, avec un échange d’opinions. Mais chez nous on crie: «allons vers la Russie», dans quelque temps: « allons vers l'Union européenne», ou encore «nous vivrons indépendamment». Est-il difficile d’inviter dans le studio spécialisé tous nos voyageurs étrangers - diplomates, députés, fonctionnaires, représentants de l'opinion publique pour expliquer à la société, de la hauteur de leurs fonctions, rangs, position sociale, leur vision de notre avenir? Qu’ils  s’exposent, discutent, argumentent. Et le peuple écoutera. En effet, la télévision n’est pas une boîte pour les imbéciles du type  «commentateur au lit» du programme de la  ТNТ «Notre Racha (Russie)», c’est un important  moyen  d'éducation, de formation d'opinion, source d'information et de connaissances. Il est bon de voir des films, émissions  sportives, concerts. Mais pour la Pridnestrovie­ la discussion des problèmes du mieux-être à travers la science, le droit, la production est très actuelle­. Evguéni Petrossian ou «La maison-2 » peuvent provisoirement amuser, mais ces émissions ne donnent pas de connaissances, ne relèvent ni l'intelligence, ni le moral. Dans les feuilletons télévisés quelqu'un tue constamment, bat, boit, fait des courses automobiles. Avons-nous besoin de ce qui est vulgaire et pomponné, nous est-elle nécessaire l'agression dans les rues, les fusillades des élèves par leurs collègues de classe aux écoles? Non. Mais la plupart des nouvelles émissions  sont orientées vers le gain de l'argent dans un show, vers le hasard et non pas vers le gain grâce à l'érudition. Qu’y a-t-il de  cognitif, par exemple­, dans l’émission «Étoile puissance trois» sur МТV avec S. Zvériev et son assistante qui copie Pamela Anderson? Un studio au milieu d’un supermarché est un phénomène à la mode, mais il ne résout aucun problème, on y parle de tout et de rien. De telles émissions et studios, transforment la vie de l’individu, pardonnez-moi ma franchise, dans un simple procès d’évacuation des besoins physiologiques et ne le rend pas spirituellement intelligent.

On peut et il faut gagner grâce à la création des divertissements, mais pour ma part ­je voudrais que le programmes instruisent, apprennent, aident. On peut contrôler par la volonté et la fonction du rédacteur en chef un canal privé de télévision en tenant compte seulement de sa vision subjective des tâches et fonctions de la télévision, mettre des barrières artificielles aux initiatives des journalistes, mais, très bientôt, la vie laissera de tels chefs et leurs maîtres sur le bord de la route.

Sans doute faut-il présenter les nouvelles sur les incendies, les avaries, les accidents. Mais est-ce qu'une information sur les erreurs dans l'économie et la jurisprudence s’avère moins nécessaire ? Dans un cas comme dans l’autre il s’agit des destins humains, mais prévenir l'accident ou la catastrophe nous ne pouvons pas, mais arrêter la chute de l'unité monétaire ou la privation illégale de la liberté, cela nous sommes en état de le faire. //suite plus bas//

 

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Quand la Transnistrie/Pridnestrovie frappe à la porte de l'Europe (2)

30 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie

/// suite de l'article ci-dessus/// institution.jpgLe goût de la société pour le jeu a pénétré la télévision elle-même, mais chaque chaîne  doit y avoir des intellectuels, qui augmenteraient le niveau cognitif des programmes de divertissement. Le style administratif et de la communication autoritaire à la télévision na pas de perspective, la création a besoin de liberté et d’envergure. Il faut encourager les créateurs des meilleurs programmes à la télévision, et pas seulement d'une manière financière. Une fois par an, un jury compétent doit faire les bilans et remettre des prix comme «Teffi» en Russie. Qu’il porte un autre nom en Pridnestrovie, mais le sens doit être le même. Et alors il y aura des nominés intéressants dans le domaine d'information, dans le domaine des shows, des nominés pour des projets spéciaux, pour l’apport personnels à la création des émissions. Je rendrais la palme de priorité dans ­ le domaine d'information à la TV RMP, dans le domaine du divertissement et de la connaissance à la TSV, ­ ayant spécialement mis en relief ­ S. Soliankina, qui cherche depuis de longues années des érudits dans notre pays.

C’est alors que nous découvrirons les talents des Pridnestroviens à la  télévision, et créerons des programmes nécessaires, bons et clairs. Il faut renoncer aux shows ordinaires comme «question-réponse» et accorder plus d'interviews aux premières personnes de l'État. Et ce non pas dans leurs cabinets, mais dans une situation informelle. Plus de conversations avec les oligarques pridnestroviens qui ont atteint l’Olympe financier. En effet, il est pour nous tous intéressant, de savoir comment on atteint, en peu de temps, la prospérité financière et comment investir l'argent dans une production fructueuse, avec un bénéfice stable­. Il y aura ainsi moins de faillites, l'économie y gagnera, car l'expérience précieuse des pionniers de la gestion de marché a une grande importance. Il faut se persuader du sens du proverbe connu «pourquoi es-tu si pauvre, si tu es tellement sage».

Eprouvons-nous en Pridnestrovie une pénurie d'information? Probablement pas. Grâce à la présence d’une quantité suffisante d'agences d’information, parmi lesquelles se distinguent «­Nouvelle région» et «Olvia-presse». La télévision donne assez d'information sur les évènements dans la société, à l'étranger. Et en outre, des sujets identiques sur le même évènement, sujets accordés par le service de presse du Soviet Suprême sont présentés même par les deux chaînes. La propagande des actions du groupe parlementaire prédominant dans le Soviet  Suprême sautent aux yeux. Mais les chaînes de télévision doivent être plus indépendantes des conjectures des formations et des mouvements politiques, de quelques opinions convenables et nécessaires à quelqu’un, de l'imposition de la vision des évènements sous l'angle de la compréhension des leaders des groupes financiers et industriels. Tous peuvent se tromper, mais la vérité est unique.

Je vois assez d’émissions sur des sujets quotidiens, notamment «Un pas à la rencontre» et la «Verticale». Mais il y a peu d’émissions économiques et juridiques, il n'y a pas de reportages en direct des  enceintes du tribunal, des lieux de détention (là les gens ont aussi des problèmes, ­ particulièrement les mineurs). Nous n’avons pas de bons analystes, des analystes qui ne fassent pas un show, mais tranquilles, en studio, accessibles et faciles à comprendre.

La Pridnestrovie a besoin d’une télévision honnête, objective, solide, bien payée et moderne, d’un terrain original, élargi et accessible au public pour des discussions publiques, approchant toute la société des besoins de chaque citoyen.

Maintenant je voudrais exprimer mes impressions sur la visite de la résidence de l'ambassadeur de la Moldavie au Conseil de l'Europe, qui n’est qu’à environ deux cents mètres de l'entrée centrale du Palais de l'Europe. Andreï Neguţa, un homme cultivé, poli, calme, passait probablement ses derniers jours dans son  bureau avant le départ à Moscou où il sera l’ambassadeur de son pays. Il nous a accordé autant de temps que les journalistes en ont demandé et il a réussi à nous parler en détail de l'activité, du rôle du Conseil de l'Europe, de la Cour Européenne des  droits de l’homme, et a eu encore le temps de donner une interview aux journalistes moldaves.

 Le rôle de l'ambassadeur l’empêche de s'impliquer dans l'examen par la Cour européenne des affaires contre la Moldavie ou d’influencer la prise de décision. Il apprend l’issue des plaintes seulement quand le jugement est rendu. Les décisions principales de la Cour Européenne des  droits de l’homme concernent l'affaire de Ilaşcu, de ses complices, la plainte du maire de Kichinev  Dorin Chirtoacǎ et de son avocat Tǎnase en ce qui concerne la possibilité pour les titulaires d’une double nationalité de se présenter comme candidat aux élections législatives. Quant à la plainte de Goussar, de «Interdnestrcom» à Kichinev il n’en savait rien. Moi personnellement, je trouvais que quelqu’un comme Andreï Neguţa correspondait exactement à l’image que je me faisais d'un ambassadeur. Je pense que la Russie a de la chance, car il s’exprimait avec une grande chaleur et des émotions positives sur les Russes et ce grand pays. Nous lui avons souhaité de grands succès, nous l’avons remercié pour l'accueil court et chaleureux  et sommes partis à une autre rencontre, et le chef de la commission de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (la PACE selon les initiales en anglais) sur la culture, science et formation Rudiguer Dossou. Chemin faisant je pensais que si tous les diplomates étaient autant aimables, érudits et polis que Andreï Neguţa, il n’y aurait pas de  conflits sur la terre. Bien que les conflits soient allumés par les chefs, ce sont les diplomates qui les éteignent et en éliminent les conséquences.

Eh bien, qu’est-ce  l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (PACE)? 

Les parlementaires, qui font partie de la PACE, représentent les parlements de 47 États-membres de l'Organisation. Ils se réunissent 4 fois par an pour examiner les questions d'actualité, proposer aux gouvernements des pays européens certaines initiatives ou rendre compte sur leurs actions. Ces parlementaires parlent au nom des 800 millions d'Européens qui les ont élus. Ils examinent les questions de leur choix et les gouvernements des pays européens - représentés au Conseil de l'Europe dans le Comité des Ministres – se sont engagés à leur répondre. Ils représentent la conscience démocratique de la Grande Europe.

La PACE, qui parfois est qualifiée de moteur du Conseil de l'Europe, a été, depuis 1949, l'initiateur de plusieurs actions parmi les plus grandes du СЕ (par exemple, la Convention Européenne pour la protection des  droits de l’homme). L'Assemblée est consultée sur les accords internationaux, qui sont élaborés dans le cadre du Conseil de l'Europe. Elle élit les juges de la Cour Européenne des  droits de l’homme  et le Commissaire des  droits de l’homme. L'Assemblée élit aussi le secrétaire général du Conseil de l'Europe et l'assistant du secrétaire général du Conseil de l'Europe, et son propre secrétaire général.

Dans quelle mesure les États accomplissent-ils leurs obligations? L'Assemblée contrôle la situation et aspire à aider les États dans l'exécution par ceux-ci de leurs obligations. En cas des violations prolongées de la part de l'État, l'Assemblée peut refuser de confirmer - ou elle peut annuler- les pouvoirs de la délégation nationale de cet État. À titre de mesure extrême l'Assemblée peut recommander de mettre fin à l'appartenance de cet État à l'Organisation.

Les documents adoptés par la PACE - recommandations, résolutions et conclusions - sont des repères pour le Comité des Ministres, les gouvernements nationaux, les parlements et les formations politiques; en général ces documents, contribuent, par la législation et la pratique législative, aux changements et à l'amélioration de la vie des Européens.
La PACE se réunit 4 fois par an en sessions plénières d’une semaine au Palais de l'Europe à Strasbourg. Les parlements des pays membres désignent 318 représentants et 318 assistants, élus en fonction du nombre de leurs membres. Chaque pays a de 2 à 18 représentants,  selon la population du pays, présentant l’équilibre des forces politiques, élues au parlement national.

En dehors de l'anglais et du français, qui sont les langues officielles du Conseil de l'Europe, à titre de langues de travail dans la PACE sont utilisées également l'allemand, l’italien et le russe.

Au dire de R. Dossou, les politiciens des pays PACE expriment  leur point de vue, critiquent le gouvernement, ouvrent des débats actifs. Dans l'Assemblée Parlementaire, les députés votent par boutons, comme ils jugent nécessaire. Dоssоu lui-même pose la question de la sécurité des journalistes, souvent attaqués et menacés, au sein du sous-comité du travail des médias. Ce sont les affaires de Van Dinc, Politkovski, Gongadzé, Ion Robu de Moldavie. L'État doit soigneusement enquêter sur ces affaires et réagir. Sont adoptées des résolutions pour la garantie du principe de l'indépendance des médias. L'Assemblée parlementaire, important organisme, utilise le mécanisme du monitoring et Andrew Mackintosh a dressé un exposé sur la liberté des médias dans divers pays avec des exemples, comme lorsqu’en, en Biélorussie, il y a eu des attaques des journalistes, ou quand en Croatie, on a fait sauter un journaliste. La résolution adoptée à l'initiative de M. Vodak contient 27 principes selon lesquels on peut juger si les médias sont libres. Le jour, quand notre délégation partait de Kichinev  pour l'Allemagne, M. Vodak donnait une conférence à Kichinev  devant les députés et les journalistes. En 2005 la résolution sur la liberté de la presse et sur les conditions de travail des journalistes dans les zones conflictuelles a été adoptée. En Irak, les journalistes ont des problèmes particuliers, des journalistes roumains y ont disparu, plusieurs sont devenus otages. Les journalistes doivent se sentir soutenus par les organisations internationales. L'Assemblée parlementaire a appelé à instruire les procureurs et les policiers pour la garantie la plus complète de l'accès des journalistes au travail.

L'Assemblée parlementaire a reconnu le conflit entre la Russie et la Géorgie comme une guerre, a examiné les relations entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. En Moldavie aussi nous avons une situation de conflit. Mais quand il s'agissait des recommandations sur une situation liée à la religion, après des débats et discussions a été adoptée la recommandation sur le refus des offenses des objets du culte religieux, (entraînant des désordres de masse), sur le refus de l'attisement de la haine et de l'intolérance religieuse. On ne peut pas rappeler à la haine, par rapport à une autre personne, pour les signes d'appartenance raciale, de langue, de nationalité, d'appartenance sexuelle. On peut critiquer. Mais il ne faut pas offenser. Nous avons entendu maintes fois, dans les murs du Conseil de l'Europe, ces postulats par rapport aux  journalistes. Selon Dossоu, il est important de respecter l'ordre public dans l'État, les professeurs doivent expliquer à la jeune génération les justes positions civiques, mais les journalistes peuvent critiquer. Les croyants doivent comprendre que la critique c'est normal. Mais il ne faut pas blesser leurs sentiments religieux. Nul peut pas tuer quelqu'un parce qu’il a émis une critique. En ce qui concerne les principaux standards, ils sont élaborés après des débats et discussions au sein de l'Assemblée Parlementaire. Si les parties ne peuvent pas s'asseoir à la table de négociations, il faut chercher un cadre, dans lequel ils puissent s'entendre.

Être un journaliste professionnel, à l'avis de Dossou, c'est continuer constamment ses études, et l'Assemblée Parlementaire a adopté en 2007 une résolution «Sur la formation professionnelle des journalistes». Une opinion eut que la liberté des médias permette tout, la possibilité de publier tout ce qu’on veut et de photographier qui on veut. C’est faux.  Les journalistes aussi, ils doivent suivre une formation spéciale. L'État doit comprendre l'importance d'avoir des journalistes respectant une déontologie professionnelle. Cela doit être compris et par les parlements des États.

Un journaliste ne doit pas être un instrument dans les mains d’un parti ou d’un parlement, mais il peut et doit exprimer librement son point de vue. M. Dossou a raison, mais j'ajouterais encore que non seulement le journaliste, mais aussi le chauffeur du taxi, le scientifique, le médecin, n'importe quelle personne doit pouvoir exprimer librement ses idées, et protéger ses intérêts par des moyens légaux.  

En parlant de son travail dans le comité sur les questions politiques, Roudiger Dossou nous a fait savoir qu'il existait un rapport sur le rôle des médias dans la zone de conflit du Haut Karabakh. Là bas des nettoyages ethniques sévissaient, ainsi que la haine entre les gens ordinaires. Il fallait réduire la tension. Dans une telle situation, les médias peuvent verser de l'huile sur le feu, mais ils peuvent aussi affermir la confiance entre les personnes. C'est pourquoi il faut interrompre les appels des médias à la violence et à la haine. Le journaliste doit analyser la situation, la comprendre et l’expliquer aux gens. Et les politiques doivent comprendre l'importance du rôle des médias.

Quant à l’Internet, pratiquement il n'est pas réglé. Sur les forums chacun écrit ce qu’il veut et c'est un problème. Internet est populaire et ce sont des  non professionnels et des gens sans normes morales qui y écrivent. Les lois doivent être appliquées de la même manière envers la télévision, envers la presse  et envers Internet. On ne peut pas offenser, mais on peut critiquer les politiques tant qu’on veut. Par exemple, M. Haider a été fortement critiqué en Autriche, mais la Cour Européenne des  droits de l’homme, à laquelle il s'est adressé, lui a dit clairement: si vous êtes personne politique, soyez prêt à la critique. Par exemple, si dans la presse se trouve un appel à tuer tous les politiciens, c’est une mauvaise chose, mais ce ne peut être interprété comme un appel concret. En revanche si un appel définit un cercle de personnes à tuer cela constitue déjà un crime de droit commun. En 2001, le Conseil de l'Europe a adopté la Convention sur les cybercrimes, les crimes informatiques, et a déterminé les pays dont les organismes doivent mener des enquêtes. Car tout le problème consiste en ce que l’individu  peut vivre dans un pays  donné et de là appeler à la violence sur le territoire d'un autre pays. Cette Convention a été signée par le Canada, les États-Unis et d'autres Etats.

La partie  pridnestrovienne de la délégation a posé des questions à nos vis-à-vis européens. La principale fut: pourquoi la Cour Européenne des  droits de l’homme n'a pas pris en considération le fait que le condamné en Pridnestrovie M. Ilaşcu appelait à tuer des gens concrets? En bon diplomate, M. Dossou a répondu: on ne peut pas se limiter aux principes généraux, il y a des détails définis dans chaque affaire. Comme juriste de formation, M. Dossou a ajouté que chacun peut juger lui-même si la décision sur Ilaşcu est bonne ou mauvaise. Moi, comme l'auteur de ce récit sur le Conseil de l'Europe, je veux exprimer ici mon opinion. La Cour européenne a vu dans l'affaire d’Ilaşcu seulement la partie politique de l'iceberg: la condamnation d’un individu par le tribunal d’un État non reconnu. Mais la partie criminelle de cet iceberg est restée enfouie sous les vagues de la justice européenne: les appels à la violence, les meurtres du Goussar, Ostapenko … Et c’est parce que les journalistes n'ont pas encore mis en lumière la vérité sur l'affaire d’Ilaşcu, c'est-à-dire porté cela la lumière européenne. Autrement le budget de la République de Moldavie  n’aurait pas perdu une somme considérable. Concernant cette affaire il existe une très intéressante opinion particulière du juge de la même Cour Européenne A. Kovler: on ne peut pas se faire une opinion, sur le niveau de protection des droits des citoyens sur un territoire concret selon une seule affaire de droit commun.

Nos rencontres intéressantes avec la direction du Conseil de l'Europe ont continué avec un entretien avec le Secrétaire général du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux Ulrich Bonner et Dmitri Martchenkov.

(...) Cet organisme a été institué en 1994 et comprend deux chambres: la Chambre des pouvoirs locaux et la Chambre des régions  avec  313 membres et 313 leurs suppléants au total. Ils sont les représentants élus de plus de 200 000 organismes du pouvoir local et régional des États-membres du Conseil de l'Europe. Le Président du Congrès est élu pour 2 ans, issu alternativement de chaque chambre. La session du Congrès a lieu une fois par an à Strasbourg. Pendant cette période nous avons eu la chance de visiter le Conseil de l'Europe et assister personnellement à des débats, interventions, discussions, exclamations, entendre la sonnerie avisant la fin du temps de l'exposé du rapporteur et l’ignorance de la sonnerie par certains rapporteurs.
En 1957 le Conseil a engagé les premiers pas pour le réglage des contacts avec les pouvoirs locaux. A partir de là, son activité en ce sens s’est étendue sur un territoire allant de l'Islande jusqu’à la Russie et de la Norvège jusqu’aux Balkans.
En 1994 le Conseil de l'Europe a institué le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux de l'Europe qui, à titre d’organisme consultatif, a remplacé la Conférence Européenne permanente des pouvoirs locaux et régionaux de l'Europe. Son activité s’est élaborée sur la base de la Résolution statutaire (2000) du premier Comité  des Ministres du Conseil de l'Europe. (...)

Ulrich Bonner nous a appris beaucoup de choses  intéressantes sur le monitoring des élections en Gagaouzie, au mois mars 2008; le rapport en a été fait par le représentant du Saint-Marin qui avait fait état de quelques problèmes. Monsieur Bonner a remarqué que dans la République de Moldavie  il existait des difficultés lors du procès électoral; le maire de Kichinev avait porté plainte. Il a aussi remarqué que les pouvoirs nationaux interviennent trop dans le travail des pouvoirs régionaux. Il a loué le travail de M. Vrabie, qui s’était montré très actif dans la défense des intérêts des pouvoirs régionaux, et il nous a parlé de la création de la région «Mer Noire» par analogie avec l’euro-région «Mer Adriatique». Trois conférences ont eu lieu dans les pays de la Mer Noire: en Roumanie, Turquie, Bulgarie. Le projet a été financé par l'Union européenne. La tâche du Congrès est d’aider la population par l'intermédiaire des autorités locales. À titre d'exemple en Moldavie M. Bonner a cité l'autonomie gagaouze. Dmitri Martchenkov, excellent russophone, responsable des relations publiques, aidait M. Boner, en désignant le but des projets: la création des conditions favorables pour les parties contractantes. Naturellement, nous n’avons pas pu apprendre des responsables d’un tel niveau pourquoi toute une région de la Moldavie est ainsi négligée.  Répondant à notre question M. Boner a commencé par des éléments de sa biographie: «Moi, citoyen de l'Allemagne, je travaille depuis 36 années dans le Conseil de l'Europe, mais en 1972, quand je  travaillais avec Willi Brandt, je ne pouvais même pas m’imaginer un dialogue entre les Allemands occidentaux et orientaux. L'essentiel est de ne jamais dire jamais. En 1974 il y avait une crise en Chypre et tous disaient que la Chypre du Nord ne s'accordera jamais avec la Chypre du Sud. Mais hier, le 3 décembre 2008, les représentants de la Chypre du Nord sont arrivés au Congrès dans le cadre d’une délégation unifiée de la Chypre». Quant à la Pridnestrovie, le Conseil de l'Europe ne peut pas avoir des rapports directs  avec la région pridnestrovienne. «Oui, il y a eu des élections en Pridnestrovie, mais nous n’y avons pas participé à titre d’observateur. Nous avions reçu une invitation, mais nous ne pouvons pas violer le principe de l'intégrité territoriale moldave. Nous ne sommes pas contre les contacts avec la Pridnestrovie, mais cette question dépend de la volonté des pouvoirs moldaves. Le principe de l'intégrité territoriale et la souveraineté de la République de Moldavie supposent  que les élections doivent se dérouler conformément aux lois de la République de Moldavie. A Chypre du Nord nous n'observons pas non plus les élections».

Les journalistes pridnestroviens continuaient à poser des questions: et pourquoi ne pas surveiller les élections en Pridnestrovie pour voir si elles correspondent aux principes démocratiques, en effet, cette simple observation nous intéresse, et nous ne demandons pas qu’elles soient reconnues comme légitimes.

Et Monsieur U. Boner: «Prenez l’exemple de la Chypre: les Turcs ont voté pour l'unification, les maires des villes turques représentent leur population, mais dans le cadre de la délégation de la Chypre. Les représentants de la Chypre du Nord n’auront pas de statut particulier au sien du Congrès. L'intégrité territoriale de la Moldavie  est inébranlable».

Ici le journaliste de la télévision de Kichinev  V. Kroupenenkov a demandé directement, si le Président de la RMP peut participer aux séances du Congrès. La réponse du chef à cheveux blancs, le plus expérimenté, a été aussi directe et sincère: «Nous ne pouvons pas officiellement accorder aux représentants de la Pridnestrovie de sièges dans le Congrès. Mais nous sommes publics, et cela signifie que n'importe quelle personne peut visiter le Congrès. On peut venir et observer, mais sans officialisation. La visite du Congrès ne signifie pas non plus que l'assistant puisse prendre la parole. Le Congrès soutient les régions s'il y a des différends entre le pouvoir national et la région. Nous ne soutenons pas la Pridnestrovie, puisqu'elle ne reconnaît pas le pouvoir à Kichinev. Mais dans le cas du conflit entre la région d'Istrie, en Croatie, et le pouvoir national - nous les aidons. Nous travaillons avec la Gagaouzie et avec Kichinev. Nous sommes pour la progression la  plus haute, pour le meilleur statut de la région dans l'État, mais contre le séparatisme. C'est pourquoi nous ne soutenons pas la décision de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. Prenons la région de la Géorgie - l'Adjarie. Le président du parlement de l'Adjarie n'est pas élu par la population et nous venons d’adopter une résolution condamnant la désignation de ce président pr la Géorgie. Dans certains pays les maires sont directement nommés. Le Congrès trouve cela incorrect, mais il est difficile d’y remédier, car cela suppose parfois de réviser la Constitution. Et c'est cela qui est très difficile».

J'écoutais attentivement U. Bonner et je suis tout simplement obligé de faire part aux lecteurs des idées et sentiments, qui m’envahissaient pendant ma présence et ma promenade entre les tables et les fauteuils de l’immense salle du Congrès. Nous nous sommes faits photographier près de la tribune et de la de table du Présidium. Je me trouvais dans la salle ronde, entourée de lignes uniformes demi-circulaires de chaises pour les séances. Regardant la tribune je réfléchissais involontairement à ce que je dirais, s’il m’arrivait un jour de m’exprimer devant les centaines d’yeux, curieux et pénétrants, expérimentés par les batailles verbales internationales des Européens.

Probablement, j’aurais commencé ainsi.

«L'acquisition d’un  véritable  progrès dans la lutte pour les droits de l’homme consiste non seulement en l'adoption de lois progressistes, mais aussi la réalisation de leurs normes dans la réalité, l'observation des droits de l’homme dans la vie quotidienne, non pas au coup par coup, mais constamment, compte tenant de tout ce qui est positif dans la jurisprudence mondiale et européenne.

Il ne doit y avoir aucunes ­ restrictions économiques, politiques, civiles, ­ sociales, raciales, d'âge, territoriales et autres contredisant la Déclaration Universelle des droits de l’homme, la Convention Européenne pour la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Nous avons des dizaines de problèmes globaux, qu'il ne faut pas oublier et qu’il faut résoudre. Je vais en citer quelques uns. Le problème de la balance commerciale globale,­  l’endettement public (par exemple, pour le gaz à l'Ukraine, à la Russie), les faillites financières, les rudes fluctuations de change des principales devises du monde. Ensuie, le problème de l’équilibre global écologique, la pollution de l'atmosphère aérienne, la réduction du nombre de bassins où l’on puisse prendre  l'eau sans nettoyage préalable, la transformation des millions d'hectares de terre en dépotoirs et déserts, la pollution de radiation, les «miracles» de la nature en forme des sécheresses, les produits, alimentaires empoisonnés­ par les engrais chimiques­. Et le problème de l’équilibre global démographique, particulièrement la croissance du nombre de personnes seules, de familles sans enfants ou ayant un seul enfant? Enfin, le problème ­ de l’équilibre énergétique global. En effet, chaque année la production et la consommation de l'énergie doublent, mais à quel prix? Au prix des réserves de charbon, de pétrole, de gaz. Mais pour combien de temps en restera-t-il ? Et où stocker la montagne grandissante de déchets radioactifs du nucléaire civil ? Il y a encore l’équilibre global financier, des cours des matières premières dépendant directement de celui  de l’énergie. Prenons ­ l’équilibre global d'approvisionnement: ­ est-ce que ceux qui souffrent de  faim  ne sont pas nombreux chez nous? Et le problème du transport, - chaque année un quart de million de tués et blessés dans les accidents auto? Et les problèmes globaux ­ de la santé publique? N’y a-t-il pas beaucoup d’enfants aujourd’hui dont le système nerveux risque de déboucher sur des troubles psychiques ? Et les allergies, les problèmes de vue, ou de colonne vertébrale ? Ils transmettront cela génétiquement à leurs descendants les plus lointains. Cela ne va-t-il pas conduire à la dégénérérescence de l'humanité? Et la corruption, la toxicomanie, la violence, la pornographie, l’hyperurbanisation? Comment lutter effectivement ensemble contre les tremblements de terre, les inondations, les épidémies, le tsunami et les ouragans emportant mille victimes? Avons-nous besoin en Europe d'un organisme international coordonnant, analysant, conseillant, dans la lutte contre les problèmes énumérés au niveau des pays et des régions concrets­? Oui, et encore une fois OUI. Seuls les efforts communs des Européens sont capables de mobiliser les forces saines de la société civile dans chaque État pour la compréhension et la solution des tâches et des problèmes que j'ai désignés. Nous n’avons pas besoin d’une simple discussion, mais de la compréhension par chaque Européen de toute cette masse de problèmes, de systématisation, d’analyse,  de diagnostic et de pronostic.

Et pour cela le Conseil de l'Europe doit accorder plus d'attention à l'édition d’une littérature spécialisée reflétant les principaux aspects et voies de solution des problèmes apparus, l'utiliser dans les séminaires et les rencontres des différents pays, fixer un agenda d’échange d'expériences entre journalistes, juristes, médecins, députés sur ­ les idées les plus avancées pour résoudre les problèmes publics.

Comme journaliste - juriste, je veux spécialement souligner le rôle dans chaque État ­ du Médiateur des droits de l’homme, qui outre sa grande expérience dans la défense des droits de l'homme, doit être compétent dans toutes les branches du droit, indépendant politiquement et financièrement, accessible, chaque jour, pour les gens simples. Il doit réagir effectivement et d’une manière productive à chaque violation des droits des invalides, mineurs,  vieillards,   femmes, détenus,  malades... Il doit être  responsable, consciencieux, ouvert au public.

Les structures du maintien de l'ordre ne doivent pas admettre de tortures et ou de violences dans leur activité,­ la législation de tous les États européens doit prévoir la possibilité de l'octroi de l'aide juridique qualifiée aux personnes arrêtées et détenue en régime répressif. Le système ­ judiciaire doit réduire à zéro le risque de l'erreur judiciaire, exclure la condamnation de l'innocent. Les valeurs humaines doivent se trouver constamment au centre d'intérêt de l'État.

Je sais que j'appelle ainsi les Européens à la création d’une société presque idéale, mais je fais cela consciemment. Je veux que mes petits-fils et petites-filles, et tous les habitants de notre continent et de la planète n'aient besoin de rien, qu’ils puissent vivre où ils voudraient, parler la langue de leur choix. Et bien sûr, qu’ils respectent tous les normes du droit, élaborées au cours des siècles par les meilleurs esprits de l'humanité, c'est-à-dire qu’il existe un équilibre juridique et moral entre les droits et les devoirs de l’homme comme personnalité et individu.

Transformons l'Europe en un modèle d’une véritable démocratie: sans pauvreté, sans discrimination, sans homophobie, sans terrorisme, sans xénophobie, sans tortures, sans violence. Nous créerons toutes les conditions pour le développement sûr et fructueux de la personnalité humaine.

Pour la réalisation de ce rêve il vaut travailler comme juriste et journaliste, arriver au Conseil de l'Europe, et peut-être prendre un jour la parole.

Cela vaut la peine d’être impliqué dans la création des systèmes avancés de protection des droits de l’homme, de leur perfectionnement.»

Voilà ce que seraient, probablement, les grands axes de mon intervention à une tribune si honorable. Certes, ce sont des rêves, mais de telles idées me viennent après les rencontres avec Jean-Louis Laurent, Seda Pumpianski, Ulrich Bonner. Les gens doivent s’aider, et ne pas faire la guerre. Coopérer, et ne pas être en conflit. La vie est si courte, pourquoi la gâcher à se créer des problèmes, et non à rechercher leur solution? Je veux que tous pensent de la même façon, peut-être, alors le progrès ne sera pas de l'autre côté des montagnes.

A la fin de la rencontre, j'ai offert à Ulrich Bonner, comme d’ailleurs à tous les officiels du Conseil de l'Europe, des livres sur la Pridnestrovie et mon premier livre d'auteur, juriste - défenseur des droits de l'homme, intitulé «Les problèmes de la garantie de sécurité de l’homme, de la protection de ses droits et libertés dans la RMP et dans le monde», où, sur le fondement des lois et des normes du droit pénal, électoral, civil, de travail, ainsi que sur la base de l'analyse des nombreuses décisions de la Cour Européenne des  droits de l’homme,  j’ai exprimé ma vision de l’état actuel de l’équilibre juridique des droits et devoirs de la personnalité. Je suis fier d’avoir j’ai remis mes premiers livres à Jean Louis Laurent et à Ulrich Bonner. Comment un journaliste - juriste pridnestrovien pouvait-il exprimer sa reconnaissance pour l’invitation de visiter le Conseil de l'Europe? Bien sûr que par ses livres publiés.

Nos rencontres se sont poursuivies par une conversation en russe avec le citoyen de la Russie Artiom Karpenko, responsable des questions du monitoring. La commission du monitoring contrôle l'exécution des obligations statutaires par tous les membres du СЕ, et les obligations spécifiques de ceux qui ont récemment adhéré au СЕ ou qui sont en cours d'adhésion. La dernière affaire concernait le Monténégro, les questions à régler lui ont été indiquées. Des exposés ont été élaborés sur 33 pays: trois groupes de 11 pays. Deux rapporteurs y travaillent, qui ne peuvent pas être citoyens du pays concerné ni même citoyen des pays voisins. Dans un but d'objectivité, un Ukrainien ne peut pas être rapporteur sur la Moldavie. Le rapport reflète l’opinion du rapporteur, sur laquelle s’engagent ensuite des débats. Le rapporteur propose une résolution comportant des recommandations et un plan d’actions pour 2 années. La recommandation  est un document juridiquement important et le Parlement de la Moldavie y a réagi  par l'adoption d’un ensemble de lois visant à son exécution. L'Assemblée Parlementaire peut recommander au Comité des ministres la décharge du mandat du pays violant les obligations assumées. Concernant la  Pridnestrovie, il faudrait trouver une telle solution qui garantisse la sauvegarde des intérêts et des  droits de l’homme. Le monitoring le plus long est celui qui a été consacré à la Moldavie  puisqu’il est en cours depuis 1995. Il ne suffit pas d'adopter des lois, il faut les mettre en œuvre, trouver leur juste application. Les élections de 2009 seront le moment clé en Moldavie. En ce moment, c’est la Turquie qui est sous le monitoring, après les débats extraordinaires dans l'Assemblée Parlementaire au sujet de l’interdiction d’une série de partis politiques. Les exposés ont été durs sur l'Italie, concernant les médias, qui ont débouché sur une résolution sévère sur la radiodiffusion publique. Un rapport positif sur les élections indique le degré de légitimité des élections, c’est à dire l’absence d’irrégularités. Mais les rapports sont écrits par deux rapporteurs et ceux-ci peuvent avoir des opinions qui ne coïncident pas. Ils arrivent dans le pays avant la procédure de vote pour étudier préalablement le fonctionnement du système électoral.

On pouvait raisonner longuement au sujet du droit électoral, la situation dans différentes régions, mais le temps de l’entretien était limité. Deux beaux hommes, d’un aspect très présentable, qui m'ont rappelé les protagonistes du film «Les aventures des Italiens en Russie» nous attendaient. Ce n’étaient pas des stars de Hollywood, mais des connaisseurs du fondement juridique de la Commission de Venise: l'assistant du Secrétaire Tomas Markert et le chef de la direction des élections et référendums Pierre Garron.

La Commission de Venise du Conseil de l'Europe est un organisme comprenant  des experts indépendants sur les questions constitutionnelles, qui contribue au développement de la démocratie par l’intermédiaire  du droit.

Pour atteindre ce  but, la Commission élabore des conclusions juridiques et aide les États-membres à la mise de leurs bases juridiques et institutionnelles en conformité avec les standards du Conseil de l'Europe, dans le domaine de la démocratie, des  droits de l’homme  et de  la prééminence de la loi.

La Commission de Venise contribue aussi à l'enrichissement et au développement de l'héritage constitutionnel et joue un rôle spécial dans le règlement des crises par le biais de recommandations juridiques.

La Commission a été créée en 1990 et comprend des membres - experts indépendants dans le domaine du droit constitutionnel et international de tous les États - membres du Conseil de l'Europe et d’une série de pays extérieurs à l’Europe - d'Afrique, d’Amérique, d’Asie. La CE et l’OSCE sont aussi des partenaires permanents  de la Commission.

(...)

La Commission de Venise tient séance à Venise quatre fois par an et travaille en 4 directions: aide dans la solution des problèmes constitutionnels,  développement de la justice constitutionnelle, coopération dans le domaine des élections et tenue d’investigations multinationales.

Le secrétariat permanent de la Commission se trouve à Strasbourg (France) dans le quartier général du Conseil de l'Europe.

La Commission Européenne pour la démocratie par l’intermédiaire du droit est plus connue sous l’appellation Commission de Venise du Conseil de l'Europe. Elle a été créée le 10 mai 1990 au terme d’un compromis entre 18 États-membres du Conseil de l'Europe.

En février 2002, quand se sont joints à cette commission tous les États-membres du Conseil de l'Europe, elle a été transformée en une convention élargie ce qui a permis aux États non européens de devenir ses membres à part entière. Plus tard le Kirghizstan, le Chili et la République de Corée sont devenus membres de la Commission. La Biélorussie est un membre associé. L'Argentine, le Canada, le Vatican, Israël, le Japon, le Kazakhstan, le Mexique, les États Unis et l'Uruguay sont des observateurs. L'Afrique du Sud a un statut spécial de coopération, analogue au statut des observateurs.

Lorsndes séances plénières de la Commission de Venise, la Commission Européenne et l’OSCE/BDIPCH. participent et coopèrent étroitement avec celle-ci sur des questions particulières.

La Commission de Venise comprend «des experts indépendants, qui ont acquis une renommée grâce à l'expérience de travail dans des instituts démocratiques ou grâce à leur apport au développement du droit et des sciences politiques» (l'article 2 du statut révisé).

Chaque État-membre choisit un membre et son suppléant au sein la Commission pour un mandat renouvelable de quatre ans. Les membres de la Commission doivent être indépendants et agir à titre personnel.

Les membres de la Commission sont, pour l'essentiel, des spécialistes connus dans la sphère du droit constitutionnel et international et des juges des Cours Suprêmes et Constitutionnelles.

Initialement, la Commission de Venise a été conçue comme un organisme européen  «d’assistance juridique d’urgence» pour les pays se trouvant à l'étape de transition. Depuis lors elle s’est transformée en un «centre juridique cérébral» indépendant, internationalement reconnu.  Elle continue à accorder à certains États «un secours constitutionnel d'urgence». Simultanément, la Commission de Venise contribue à la diffusion de l'héritage constitutionnel commun fondé sur les principes de la démocratie, le respect des droits de l'homme et de la prééminence de la loi - les bases angulaires du Conseil de l'Europe.

(...)

Tomas Markert et Pierre Garron sont des travailleurs expérimentés de la Commission de Venise. Dans sa composition il y a des professeurs de droit, des  juges. La Commission travaille ensemble avec l'OSCE et souhaite jouer un rôle actif dans le règlement des conflits en Europe. Le représentant de la Moldavie au sein de la Commission est le vice-ministre de la justice M. Eşanu. Les pouvoirs moldaves s'adressent au Conseil de l'Europe pour le renforcement des mesures de confiance avec la Pridnestrovie ce qui est  salué par Tomas Markert. Il y a selon lui un projet de Constitution fédérale, de confédération, ou d’autonomie. Mais tout cela a été examiné abstraitement, sans parler de la structure concrète de l'État. Travailler directement avec la Pridnestrovie, pour le moment ne peut e faire,  mais il savent que dans le cadre de négociations, il faut faire des concessions. Quant au travail de la Commission de Venise en Moldavie, celle-ci a été impliquée lors du conflit entre le Président Lucinschi et le parlement, quand ce dernier n'a pas adopté l’amendement à la Constitution.

Aux dires de Pierre Garron, le premier sur la Moldavie en 1993. Leur dernier séminaire eut lieu en octobre 2008, et une formation des juges s’est déroulée en novembre 2008. Les modifications récentes du Code électoral de la Moldavie  augmentent, de 4 à 6 pour-cent, le seuil d'accès des partis au parlement. La législation moldave embarrasse les blocs et les alliances. Nous sommes critiques à cet égard, 6 pour-cent - c’est beaucoup, bien qu'en Turquie cela soit 10 %. Il existe aussi le problème de la double nationalité, mais le maire de Kichinev  D. Chirtoacǎ a gagné le procès devant la Cour Européenne en matière de la discrimination à l’encontre des candidats aux législatives dotés d’une double nationalité L’arsenal légal sur ce point contredisait contredit l’article 3 de la Convention Européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales  - sur le droit d’éligibilité.

Le représentant du Ministère des Affaires étrangères  de la RMP  Igor Chornikov a évoqué les pouvoirs de  la Pridnestrovie qui avaient perçu avec une grande satisfaction la visite e de la Commission de Venise et qui voudraient le renouvellement des contacts. Ce sur quoi Tomas Markert a expliqué que lors du renouvellement du processus d’entretiens il y aura du travail, y compris pour la Commission de Venise. Dans la plupart des cas, les institutions de la Moldavie respectent leurs recommandations. A l’heure actuelle, ce sont les modifications parlementaires qui focalisent l’attention. Selon les principes démocratiques, il faut accomplir en général près de 100 conditions de la tenue des élections. Par exemple, si les élections se passent par Internet, chaque voix doit être garantie techniquement, pour que tous soient sûrs que la personne a voté volontairement, pour qu’on  n'y ait pas d’arrangements. 

Vadim Bulatovitch a posé la question la plus intéressante pour tous les habitants de la Pridnestrovie concernant la nationalité ukrainienne, qui sont au nombre de 40 000 personnes en RMP. En raison de l'absence des bureaux de vote en RMP, seulement 5 000 d’entre eux se sont rendus à Kichinev  pour voter au consulat ukrainien, et  seulement 2000 personnes ont pu voter par manque de temps, et 3 000 n'ont pas eu accès à ce droit. Pourquoi la Commission de Venise n’a-t-elle pas réagi ?

Pierre Garron a répondu: «Personne ne nous a soumis ce problème. Il n'y a pas de standards de temps de vote. Et si la population de Pridnestrovie avait fait appel à la Commission de Venise, cela  n’aurait pas été  examiné. Nous réagissons seulement à la demande de l'États reconnus ». Tomas Markert a ajouté: «Nous répondons aux demandes des pouvoirs officiels, et non aux demandes des citoyens. C’eût été différent si l'Ukraine s'était adressée à nous en ce qui concerne ses citoyens vivant à l'étranger». J’ai remis à Tomas Markert et à Pierre Garron des livres et le film sur la Pridnestrovie, ainsi que mon  livre sur la sauvegarde des droits de l’homme, d'autant plus que j’y ai consacré un chapitre à la protection du  droit électoral et à l’analyse des décisions de la Cour Constitutionnelle sur les droits de l’homme dans ce domaine.

Je trouve que M. Boulatovtich a soulevé un problème très intéressant pour la Commission de Venise, notre rencontre n’a pas été vaine, en effet, c'est très intéressant du point de vue de la jurisprudence européenne: pourquoi est-il impossible de voter non pas 12 heures, mais disons 20 heures ou même pendant trois jours, pour que tous les citoyens d’un pays donné vivant à l'étranger puissent exprimer leur opinion sur les candidatures et les partis. C’est un sujet pour de sérieuses thèses de doctorat sur le droit électoral européen. Sur l'observation des  droits de l’homme, la protection du droit à l'acte de volonté.

J’ai trouvé très intéressant d'écouter et d’observer le style et la conduite des fonctionnaires pendant leur entretien avec les journalistes. Artiom Karpenko s’est permis de s'asseoir démocratiquement, comme un ami, sur la table, laisser les pieds pendre et répondre de biais à la question posée. Roudiger Dossou, souriant et sociable, a forcé à attendre Ulrich Bonner qui s’approchait déjà de nous dans la salle. Après avoir reçu la possibilité de commencer la conversation, il a exposé gravement et tranquillement, avec un savoir-faire, ses pensées en une langue simple, accessible. Jean-Louis Laurent était démocratique et hospitalier nous accueillant dans la salle d’étude ainsi que lors de la réception en notre honneur avec de belles confiseries françaises et des coupes de vin fin alsacien. Dans la salle bleue du Conseil de l'Europe, en voyant l'atmosphère détendue et amicale, je me suis permis une petite publicité pour notre bon cognac de l'usine «KVINT», en remettant une bouteille de collection à titre de souvenir. Et maintenant je peux le dire avec plaisir à Oleg Baev, directeur général de l’usine: votre cognac est connu aussi au Conseil de l'Europe. Tout comme notre revue «L'État et la sécurité», que j'ai offerte aux collaborateurs et aux membres des délégations du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux. L'échange d'information, la coopération, les idéaux de la justice et le respect mutuel – qu’est-ce qui peut être mieux que la réalisation, non en paroles, mais en actes, de ces beaux slogans dans la vie ?

Il m’est impossible ne pas exprimer l'admiration pour le travail d’Olena Petsun et de Flaurence  Marchal, nos les deux fées qui nous ont conduit par les salles, et nous ont accompagné dans les rues de Strasbourg. Le travail professionnel de l'interprète Serge Bouftiak, sans qui je n’aurais pas pu écrire tout ce texte sur notre visite, était parfait. C’était sa traduction que je fixais sur des feuillets du papier blanc comme un étudiant aux conférences d’avant l'examen. Si j'ai réussi cet examen journalistique - c’est à vous d’en juger, mes chers lecteurs.

Ce travail de journaliste n’est qu’une goutte dans l'immense océan du travail d'intérêt public de l'humanité. Merci à vous, les Européens, pour votre travail, pour l’attention accordée pendant ces 5 jours - conte de fée, de Noël,  de Strasbourg. Merci pour leur politesse et leur savoir-faire aux collaborateurs du bureau СЕ à Kichinev: Lilia Sneguriac et Vladimir Ristovschi.

Malgré les litiges, discussions, différences de points de vue et opinions, différentes voies de solution des problèmes, nous nous sommes rencontrés avec les professionnels les plus expérimentés et avec des connaisseurs experts en la matière dans le domaine de la télévision, du journalisme, du droit et de la gestion.  Je garderai les meilleurs souvenirs de toutes nos rencontres.

Que voudrais-je encore souligner? Pour ne pas vous susciter l’idée fausse que nos rencontres se seraient déroulées dans la monotonie, comme certains cours universitaires, je déclare au contraire que tous nos interlocuteurs européens ont construit nos entretiens sous la forme de dialogues mutuellement avantageux. C'était une conversation sérieuse et détaillée, assez sincère et substantielle entre spécialistes. Notre auditoire était professionnel, capable de manifester ses idées et projets les plus hardis, c'est pourquoi nous ne contournions pas les angles aigus des problèmes. Je veux souligner spécialement le caractère démocratique et ouvert de Seda Pumpianski au cours de notre conversation à la table ronde de son bureau.

Que les gardiens européens des normes de la liberté de parole me pardonnent quelques critiques – j’ai suivi leurs postulats et critères, les conseils de I.Nikoltchev et de R. Dossou. En effet, ils voient eux-mêmes l’insuffisance de démocratie dans  la vieille Europe, et ne peuvent donc pas le reprocher à un journaliste des bords du vieux Dniestr.

Des années, des décennies s’écouleront après notre visite à Strasbourg, plusieurs d’entre nous se perdront dans la fourmilière bigarrée des êtres humains, aussi impersonnels et inconnus, comme des millions de nos confrères qui ont vécu avant nous. C'est la vérité de la vie, c'est la vérité de l'histoire. Il n'y a rien nulle part où aller. Les générations changent,  les époques s’envolent. Mais, de tout mon cœur, je souhaite  que ne changent nullement les belles valeurs humaines et les repères. Selon moi la destination du Conseil de l'Europe est celle-là: unir, réconcilier, aider, écouter et respecter.

 

Tiraspol-Kichinev- Francfort - Strasbourg.


Vladimir Stulov

Traduction du russe: G. Azemco

Editeur: Centre juridique d’information SRL «PRAVO», 2009. Tirage 100 exemplaires

 

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L'ambassadeur du Venezuela contre Le Monde

27 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous


Reçu tantôt de l'ambassade du Venezuela :

A Paris, le 22 mai 2009,

Monsieur Eric Fottorino
Directeur du Monde

 

 

 

Monsieur le Directeur,

 

 

C’est avec un grand respect que je souhaite vous exprimer, au nom du peuple vénézuélien et de notre gouvernement, mon sincère étonnement face à l’article selon moi tendancieux de votre correspondant, Monsieur Jean-Pierre Langellier, que j’ai eu l’opportunité de découvrir en parcourant les pages de votre quotidien daté du 19 mai dernier.

 

Cet article, dont j’ai constaté avec surprise qu’on le qualifie « d’analyse », reprend à son compte les plus incroyables stéréotypes et contrevérités colportés depuis dix ans par ceux qui ne comprennent pas la volonté souveraine des vénézuéliens – démontrée à maintes reprises dans les urnes – de se choisir un modèle original et alternatif de développement.

 

Retranché derrière sa supposée objectivité journalistique, Monsieur Langellier dresse au fil des lignes un portrait de notre pays digne d’une parodie de Tintin et les Picaros : plusieurs  chiffres et discours sont utilisés hors de leur contexte et les sources sont occultées. De ce fait,  Monsieur Langellier  trompe sciemment vos lecteurs, en contribuant à forger une vision de l’Amérique Latine simpliste et heureusement contraire à la réalité.

 

On peut ainsi lire, au fil des lignes, que le Venezuela est gouverné par un « régime » « autoritaire et étatiste », « centralisé et militarisé », qui n’honore pas ses engagements internationaux, qui transforme en « traîtres » les « camarades » critiques, « exerce une vendetta contre ses opposants », les « harcèle » et réduit « chaque jour un peu plus l’espace de la démocratie », tout cela grâce à « un Parlement à sa dévotion », une compagnie pétrolière qui est un « Etat dans l’Etat » et au fait que « les médias privés sont dans le collimateur ».

 

Dans son « analyse », Monsieur Langellier juge tout de même utile de retranscrire l’opinion de membres du Gouvernement qu’il décrie, en expliquant que « récemment », notre Ministre des Finances déclarait « qu’au Venezuela ressurgit le rêve de l’Union Soviétique » : une phrase là aussi sortie de son contexte, mais qui sert son dessein de donner l’image d’un pays archaïque, aux antipodes de notre volonté affirmée de construire un modèle novateur et moderne de réelle redistribution de la richesse, participatif et démocratique.

 

Alors que si peu se sont émus, pendant les années 80 et 90, de la terrible expérimentation des politiques ultra-libérales sur notre continent et de leurs conséquences désastreuses sur le niveau de vie des latino-américains, certains commentateurs démontrent aujourd’hui un aveuglement idéologique lorsqu’ils attaquent notre politique de reconstruction de l’Etat, de services publics forts et efficaces à lutter contre les effets sociaux de la crise économique et financière actuelle.

 

Par ailleurs, il n’est pas juste de dénoncer une faiblesse grandissante de la démocratie au Venezuela, alors que depuis 1998, il est le pays à avoir connu le plus grand nombre de consultations électorales, que parallèlement à ces consultations se sont consolidés les mécanismes de participation citoyenne et populaire, et que notre pays à été pionnier dans la mise en place du référendum révocatoire qui permet aux électeurs de mettre librement fin au mandat de tout élu : un processus auquel le Président Hugo Chavez s’est courageusement soumis, chose que beaucoup omettent de mentionner lorsqu’ils l’accusent d’autoritarisme ou de persécution des opposants.

 

Je tiens à vous réaffirmer, Monsieur le Directeur, notre réelle disposition à apporter des compléments d’information à vos lecteurs qui puissent leur permettre de mieux connaître la réalité de notre pays. Nous serions honorés de pouvoir nous exprimer dans votre quotidien, si vous le souhaitiez, par exemple au sein de sa rubrique d’opinions.

 

En espérant que vous comprendrez nos motivations, je vous prie, Monsieur le Directeur, d’agréer l’expression de notre très haute considération.

  

 

Jesús Arnaldo Pérez

 

Ambassadeur
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Venezuela : la fuite en avant d'Hugo Chavez, par Jean-Pierre Langellier

Le Monde 18.05.09 

 

Depuis deux mois, Hugo Chavez a déclenché la "troisième phase" de sa "révolution bolivarienne". Fort de son succès au référendum du 15 février, qui lui permettra de se représenter indéfiniment, le président vénézuélien a choisi d'accélérer l'Histoire. Mais le "socialisme du XXIe siècle", qu'il affirme vouloir enfanter, ressemble beaucoup à celui, autoritaire et étatiste, qui, rappelle le philosophe et opposant Antonio Pasquali, "a échoué au XXe siècle dans 46 pays". Les lois qu'il fait voter à tour de bras par un Parlement à sa dévotion et la vendetta qu'il exerce contre ses opposants, élus du suffrage universel, réduisent chaque jour un peu plus l'espace de la démocratie.

L'activisme de M. Chavez est d'abord "pétrolier", dans un pays où 94 % des devises proviennent de la vente du brut. En vertu d'une loi octroyant à l'Etat le contrôle des hydrocarbures, le gouvernement a nationalisé une quarantaine d'entreprises du secteur qui opéraient sur le lac de Maracaibo, la principale région productrice. Quelques jours plus tôt, M. Chavez avait présidé sur place une cérémonie, baptisée "bataille navale de libération", marquant "la récupération par le peuple" de quelque 400 embarcations, remorqueurs, docks et terminaux pétroliers. Les installations ont été occupées par l'armée, et les biens expropriés, transférés à la compagnie d'Etat PDVSA, qui devra absorber 8 000 nouveaux salariés.


Ces mesures sont une fuite en avant. Le prix du baril vénézuélien avoisine 40 dollars au lieu des 60 inscrits au budget. Selon l'OPEP, la production est inférieure de 30 % au chiffre officiel. Sorte d'Etat dans l'Etat, PDVSA est le bailleur de fonds du "chavisme". Son pactole finance la politique sociale du régime, des médecins cubains aux denrées de base subventionnées dans les magasins publics, de l'alphabétisation des adultes à la consommation d'essence, quasi gratuite.


L'effondrement de ses recettes l'a plongée dans le rouge. Sa dette envers ses fournisseurs dépasse 7 milliards de dollars. Certaines entreprises étrangères, impayées depuis de longs mois, ont menacé de mettre la clé sous la porte. En expropriant ses créanciers, l'Etat évite de les rembourser. Il les indemnisera, un jour, peut-être, et comme il l'entendra. Car la nouvelle loi interdit aux spoliés de recourir à un arbitrage international. Le dernier mot appartiendra aux juges vénézuéliens aux ordres du régime.


Ainsi M. Chavez poursuit-il, à un rythme désormais plus rapide, l'étatisation de l'économie. Au fil des ans, il a nationalisé l'électricité, les télécommunications, le principal aciériste, une grande banque et l'industrie du ciment. Il a contraint les compagnies étrangères à devenir actionnaires minoritaires dans l'exploration et la production du brut de l'Orénoque.


Transition vers le socialisme ou "capitalisme d'Etat" ? Les dirigeants vénézuéliens récusent ce terme, qu'ils jugent offensant. "Nous allons enterrer le capitalisme !", annonce M. Chavez. Le Venezuela serait-il le premier pays à concilier socialisme, efficacité et liberté ? "Les autres pays ont échoué, répond l'économiste Jesus Faria, parce qu'ils n'ont jamais appliqué un vrai programme socialiste."


Empruntant à un langage néomarxiste où il est question de "propriété sociale" et d'"homme nouveau", M. Chavez établit un chaînon d'équivalences où gouvernement = Etat = société = peuple. Au-delà de ce court-circuit commode, son modèle économique ne frappe ni par sa réussite ni par son originalité. Un oeil sur La Havane, l'autre sur Moscou, M. Chavez continue d'y puiser son inspiration. "L'Amérique latine sera ce que la Russie n'a pas pu être", prédisait-il en 2005. Son ministre des finances, Ali Rodriguez, déclarait récemment : "Au Venezuela resurgit le rêve de l'Union soviétique."


De plus en plus centralisé et militarisé, le régime harcèle ses opposants. "Ce sont tous des bandits", clame M. Chavez. Le maire de Maracaibo, Manuel Rosales, contraint de choisir entre la prison ou l'exil, s'est réfugié au Pérou. Celui de Caracas, Antonio Ledezma, n'a jamais vraiment pris ses fonctions : des nervis ont occupé ses bureaux ; une loi l'a dépossédé de ses pouvoirs et de son budget. Les gouverneurs des Etats ont été privés des revenus des ports et des aéroports.


Dès qu'ils émettent la moindre critique, les "camarades" deviennent des "traîtres", comme le général Raul Baduel, ex-ministre de la défense, emprisonné début avril. Les médias privés sont dans le collimateur du régime. Deux ans après avoir interdit la plus ancienne chaîne télévisée, RCTV, M. Chavez menace du même sort une autre chaîne, Globovision. Pour contrer "le terrorisme médiatique" des télévisions d'opposition, M. Chavez dispose de son interminable programme dominical, "Allô président". Il s'invite aussi en prime time sur tous les écrans, en vertu d'une réquisition d'antenne dont il use et abuse : au total, plus de 2 800 heures de présence télévisée en dix ans.


Tout cela inquiète l'Eglise, pour qui "la démocratie est en danger". En réponse, M. Chavez fustige "ces évêques impudents" qui défendent "les escrocs". Sûr de son bon droit et convaincu d'incarner seul la révolution qu'il a déclenchée, le champion du socialisme bolivarien supporte de moins en moins la contrariété.

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Libéralisme (suite)

27 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire


"Les Constitutions fondamentales des Carolines avaient été rédigées dans les années 1660 par John Locke, généralement considéré comme l'inspirateur philosophique des Pères Fondateurs et du système américain. La constitution de Locke met en place une aristocratie de type féodal, au sein de laquelle huit "barons" possèderont 40 % des terres de la colonie, que seul un baron pourra gouverner. Lorsque la Couronne administra directement la Caroline du Nord, après un soulèvement contre le système de propriété dans cette colonie, de riches spéculateurs se saisirent de près de 200 000 hectares des meilleures terres"

Howard Zinn, Une histoire populaire des Etats-Unis, De 1492 à nos jours, Agone, 2003 (p. 60)

Cet épisode, lié aux origines de libéralisme "politique" que certains opposent au libéralisme économique doit nous faire réfléchir... Je crois que Rousseau (qui écrivit une constitution aussi) n'aurait jamais créé un système aussi criminel que celui que Locke osa instaurer dans les Carolines.

Au passage, je conseille la lecture du livre de Zinn (qu'un mien ami serbe enseignait dans une école privée à Belgrade en 2003, ce qui lui valut son licenciement). J'évoquerai plus longuement ce livre ultérieurement.

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Libéralisme

26 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

L'age venant je ne cesse de me demander : qu'eût été ma vie si j'étais retourné vivre en Béarn en 1995, comme il en avait été question, ou si, comme une mienne amie le fit, je m'étais installé à belgrade en 2003?  Kundera remarque dans l'Insoutenable légèreté de l'Etre qu'on ne sait jamais la valeur de ses choix car il faudrait connaitre toutes les conséquences des autres choix possibles pour fixer les échelles de valeur. On se situe ainsi aux antipodes de l'économie néo-classique qui présuppose l'omnisciense des agents. Or cette liberté de choix de vie dont nous autres petits et moyens bourgeois bénéicions résulte en grande partie de l' application du liberalisme aux moeurs. Une fois de plus Polanyi a raison : le liberalisme ne marche pas, ni en économie, ni dans les choix de vie, et mon ami Edgar de la Lettre volée ne le sauvera pas en tentant d' opposer le libéralisme classique à celui dé néo- libéraux.

A propos du premier d'ailleurs je viens de lire six lignes drôles d'Howard Zinn sur une constitution que Locke fit pour une colonie anglaise d'Amérique. Il faudra que je vous reparle de tout cela plus tard.
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Armée et société

25 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Un ami m'écrit aujourd'hui :

"Le mois dernier mon fils ainé qui vient d'avoir 18 ans a participé à la journée d'appel de préparation à la défense. Instituée il y a quelques années, cette journée (à laquelle sont tenus de participer filles et garçons) a officiellement pour but de « sensibiliser les jeunes [français] au devoir de défense ». Dans le cadre d'une présentation des « enjeux et objectifs généraux dela défense nationale », voici les propos qui auraient été tenus par unofficier et que mon fils m'a rapportés : « Le Président iranien a plusieurs fois menacé d'attaquer Israël ET LA FRANCE.(...) L'Iran est une dictature qui veut acquérir l'armenucléaire. (...) Seules les puissances membres du conseil de sécurité de l'ONU ont le droit de disposer d'une telle arme. » J'ai demandé à mon fils s'il était bien sûr que cet officier avait évoqué des menaces iraniennes contre la France (pas seulement contre Israël) et il m'a répondu qu'il en était absolument certain et que cela l'avait quelque peu étonné, n'en ayant jamais entendu parler. Le détournement de cette journée d'appel à des fins propagandistes où l'Iran est explicitement désigné comme un pays ennemi de la France est particulièrement grave dans un contexte où Israël a choisi de mettresystématiquement en avant la « menace iranienne »."

Si l'anecdote est véridique, je suppose que c'est le résultat de la conversion de la Défense nationale française aux crédos atlantistes.

A côté de ça dans le film Indigènes (diffusé sur nos écrans de TV hertzienne la semaine dernière) le réalisateur est incapable d'introduire les bonnes appellations des grades militaires dans les dialogues (un personnage appelle son supérieur "capitaine" au lieu de "mon capitaine" comme dans l'armée américaine, et les rapports entre officiers et militaires du rang sonnent complètement faux). La France ne sait plus quel langage parlaient ses militaires il y a 60 ans, et ses militaires, eux, parlent maintenant le langage de l'OTAN...

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Le songe d’une nuit pyrénéenne

25 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

Pour un écrivain ou un philosophe, la distinction vie privée/vie publique n’existe pas. Tout ce qui nous est donné, c’est un flux de réalités humaines, que l’on éprouve en soi, et qui toutes, au fond, participent d’un même monde, simplement nuancées par les particularités culturelles et physiologiques de chaque Ego. Toutes ont également leur place dans l’écriture, et toutes sont justiciables d’une même évocation, voire, parfois, d’une même volonté d’analyse.

 

J’étais ce week-end en Béarn, dans un univers où tout vieillit : les parents, les oncles et tantes. Partout surgissent des vestiges de l’enfance dont la subsistance paraît aussi incongrue que des ruines romaines au milieu des gratte-ciels. Ici le mur familier d’une vieille bâtisse, là le toit d’une épicerie qui est devenue une banque, mais dont on sait qu’un jour, dans un autre monde, il y a trente ans, elle assurait une autre fonction. La question, la seule question que suscitent ces émergences insolites, est de savoir si cet autre monde, l’univers du passé, a réellement existé.

 

Au cœur d’une nuit d’insomnie, hier, je me suis rappelé une femme. Tous mes choix affectifs ont toujours été désastreux, et ma manière de les gérer encore pire. Mon histoire avec elle n’a pas fait exception, et cependant, n’étaient les circonstances particulièrement odieuses dans lesquelles notre relation s’est achevée, je lui eusse volontiers consacrée un livre.

 

C’était une Belge de père serbe. Elle était née près des Grands lacs, juste avant l’indépendance du Congo. Femme instable, grande voyageuse, les yeux rivés sur la mappemonde depuis l’enfance, elle avait néanmoins élevé consciencieusement, et pratiquement seule, trois enfants, et gardé Bruxelles comme point d’ancrage, où elle revenait presque tous les ans, voir notamment ses nombreux frères et sœurs, tout en s’arrangeant pour vivre en Afrique le reste du temps, au Rwanda, en Ouganda, en Guinée.

 

J’ai été mille fois fasciné par ce personnage, par son potentiel, ses limites, son côté petite bourgeoise autodidacte éblouie par les passeports diplomatiques, et sa capacité à se fondre dans la société africaine où elle avait vécu intensément une enfance semble-t-il heureuse. Elle éprouvait véritablement ce continent dans sa chair, et se sentait plus noire que blanche malgré la couleur de sa peau. En même temps celle-ci, ainsi que sa culture, la renvoyaient en permanence à son appartenance au monde des colonisateurs. Elle se vantait d’avoir porté la mention « apatride » sur sa carte d’identité pendant ses premières années de scolarisation en Belgique, retour de Kinshasa, et d’en avoir souffert.

 

Cette femme n’était jamais en repos. Elle portait une sorte de deuil en elle, et, en même temps que le deuil, un perpétuel dépassement, ou du moins l’énergie du dépassement. Je n’ai jamais su si cette énergie la portait réellement vers une Aufhäbung véritable ou si elle se dispersait dans sa vaine folie douce, qui, par souvent, me terrifiait. Elle méprisait et admirait, indissociablement, mon goût pour l’écriture. Moi je tentais de l’encourager chez elle pour qu’elle pût mieux faire partager son expérience, en même temps que d’y mettre de l’ordre. Mais avais-je le droit de souhaiter sa conversion à un ordre quelconque ?

 

Elle avait ce franc parler des femmes très émotives non formatées par l’hypocrisie académique. Elle pouvait avoir des propos et surtout des intonations terribles sur la bêtise d’une contrôleuse de métro flamande, la perfidie d’une fondée de pouvoir tutsie qui l’avait spoliée de son entreprise à Kigali, la bêtise de certains militant anti-impérialistes inconditionnels de Jean Bricmont dans la vieille Belgique catholique. Elle fut de ceux qui me firent aimer son plat pays, parce que son amour-haine pour cette terre dans son regard se conjuguait sans cesse aux temps de l’ailleurs dont elle provenait, et où elle retournerait, inexorablement. La dernière fois que je la vis, elle m’amena à une audience d’un petit tribunal de quartier bruxellois qui devait statuer sur le droit d’une sienne amie congolaise à la naturalisation de ses enfants ou quelque chose dans ce genre-là. Je n’ai pas gardé un souvenir extrêmement précis de cette affaire. Seulement des images de mon attente de l’audience dans une antichambre glauque, avec elle, son amie requérante, une pléthore de petits enfants congolais qui attendaient sagement, et des juges belges bedonnants aux accents lourds qui arboraient de grosses médailles, comme chez nous les conseillers des Prud’hommes, sur fond de drapeau tricolore noir-jaune-rouge et de portrait royal.

 

Elle aimait la famille royale et Michel Collon, tout à la fois, dans un même mouvement. Elle traînait son spleen dans la solitude des cimetières, sur la tombe de sa maman, et son besoin de défoulement dans les boutiques colorées de Matongué, le quartier congolais de Bruxelles. Elle était tout et son contraire. Elle voulait partager avec moi son besoin de retour à ses racines serbes.

 

Un jour de 1940 où le gouvernement de la Yougoslavie s’était déclaré prêt à céder à l’ultimatum d’Hitler comme l’avait fait le maréchal Pétain en France, un groupe d’officiers serbes s’était emparé du pouvoir dans un sursaut de dignité nationale. Son père, colonel de l’aviation, en avait fait partie. Elle ne l’a su que très tard car celui-ci n’en a jamais rien dit à sa famille. Pour elle, il était seulement un aventurier balkanique qui vendait des aspirateurs dans les colonies belges d’Afrique après la seconde guerre mondiale. Hélas son envie de rechercher avec moi le passé de sa famille n’était pas d’une grande pertinence. C’était à une époque où je ne songeais qu’à me débarrasser de l’Europe du Sud-Est.

 

Je pensais à elle, en Béarn, ce week-end, au creux d’une de ces nuits orageuses où tout espoir de donner un sens aux choses se volatilise brusquement. Je me demandais si, de son côté, la moindre bribe de sens l’avait, d’une manière ou d’une autre, rattrapée. Et je faisais le pari que non. A un certain niveau, elle et moi partagions une même inaptitude viscérale à donner un sens définitif à quoi que ce fût.

 

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L'individualisme et la gauche

20 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Les grands esprits se rencontrent. Aujourd'hui je repensais à cette discipline, cette soumission collective des ex-peuples soviétiques (Transnistriens en tête, les Russes de Russie font peut-être exception aujourd'hui, mais parce que notre arrogance les y a forcés), aux abonnés des briefings de l'ambassade d'Ouzbékistan qui reprochaient au Dissident internationaliste et au patron du Samizdat leur turbulence.

Et je trouve sur le blog La lettre volée sous la plume d'Edgar (mais quand Diable prendra-t-il un pseudo plus présentable pour signer des livres ?) une article qui pourfend la dérive bismarckienne de Pierre Rosanvallon (Edgar n'emploie pas ce terme, mais je le trouve assez adéquat pour résumer son propos) et appelle l'extrême-gauche (so to speak) à se faire le chantre de la démocratie formelle face à une droite et un centre-gauche qui la bafouent.

Apparemment cela n'a rien à voir, et pourtant je prétends que si. Dans les deux cas, c'est la question de l'individualisme qui se pose là. Mes petits camarades anciens de l'aile gauche du PC, tout défenseurs du "centralisme démocratique" qu'ils fussent autrefois, et chantres de la souveraineté des Etats-nations et de leurs structures verticales aujourd'hui, sont des rebelles avant tout, c'est-à-dire des gens qui font passer instinctivement l'individualité de leur esprit critique avant les convenances diplomatiques et les rapports d'autorité.

Et Edgar qui demande à l'extrême-gauche de se réconcilier avec la démocratie formelle rejoint l'héritage de la Révolution des Saints, de cette filiation entre individualisme puritain et démocratie anglosaxonne que Michael Waltzer a fort bien identifiée.

L'histoire de l'Occident est faite de cela, c'est une de ses singularités (qu'il partage peut-être avec d'autres cultures, mais sans doute pas si nombreuses). Il la faut assumer, elle fait sa richesse. C'est pourquoi dans un article de la revue Commune de septembre dernier, je m'étais fait l'avocat d'une conciliation intime entre socialismes "autoritaire" et "libertaire".

Toute la difficulté est que l'individualisme fasse de nous des Bertrand Russell et pas des Bernard Kouchner.
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Fascisme, vertu, pesanteurs

19 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Je songeais ce soir à l'indignation vertueuse du journaliste Paul Amar contre Dieudonné. Je hais l'indignation vertueuse. C'est une posture insupportable. Une liste de candidats à des élections se combat sur un terrain politique. Voilà tout, sans cris d'orfraie et sans condescendance.

Je songeais aussi au fascisme. Il a dû à ses débuts, dans les années 20, en Italie, faire le même effet que la liste Dieudonné aux yeux des "antisystèmes" : mélange de cathos réacs, de révolutionnaires combattants, autour d'idées à la fois nouvelles et traditionnelles, mêlant futurisme et conservatisme, dans un mouvementisme perpétuel, très médiatique, au delà du socialisme, et de la démocratie parlementaire, balançant des coups de pieds dans la fourmilière. Tous ces mouvements qui misent sur la nouveauté, le dépassement, autour de slogans publicitaires m'inspirent beaucoup de crainte. Ils peuvent être facilement récupérés par un leader charismatique (plus charismatique que Dieudonné et Soral) sans pour autant remettre en cause les classes dominantes qui peuvent se servir d'eux (car ce mouvement n'est pas socialiste, et compte en son sein tout un tas de petits bourgeois nationalistes qui ne veulent pas remettre en cause la hiérarchie des classes). Tout cela est trop déstructuré pour ne pas être récupérable par des oligarchies. En plus cette "fixette" antisioniste est assez absurde. Le sionisme doit être combattu comme sous-produit du néo-colonialisme occidental, de la culture impérialiste des classes dirigeantes européennes. Mais ce n'est pas du tout une "pieuvre" tentaculaire que nous décrit cette liste.

Bah, tout ça n'est vraiment pas bon. Et je suis triste de voir que l'existence de cette liste suscite toute sorte de règlements de comptes dans les milieux anti impérialistes. Peut-être de vieux abscès que j'ai décrits dans 10 ans sur la planète résistante sont-ils en train de se crever. Mais je ne suis pas sûr que l'unité des anti-impérialistes et la clarté de leurs idées en sortiront renforcés.

A part ça ce soir une fonctionnaire transnistrienne me transmet par email un article qu'elle a traduit en français bien en phase avec le nouvel état d'esprit des classes lettrées de Tiraspol : un article qui fait l'éloge du Conseil de l'Europe et de la convention européenne des droits de l'homme avec le même enthouisasme insipide, institutionnel, et si ça se trouve même pas forcé (en fait la même langue de bois) qu'il eût vanté le socialisme réel. D'ailleurs ses mots sont souvent les mêmes qu'à l'époque soviétique : "nos diplomates se sont rendus en pionniers au Conseil de l'Europe", "les droits de l'homme contribuent au progrès et à la réalisation de la créativité humaine" bla bla bla. Un diplomate français y est même qualifié de "bon maître" (j'ai suggéré à la fonctionnaire de changer cette traduction maladroite, mais peut-être n'est-elle pas si maladroite que ça au fond, peut-être cerne-t-elle au plus près l'intentio auctoris). L'ardeur des élites d'Europe de l'Est à chanter la gloire des nouveaux maîtres (ceux de l'Ouest) a déjà fait perdre tellement de temps aux résistants occidentaux depuis 20 ans, et notamment à cette "Europe sociale" dont nous rêvions ! Peut-être même l'ont-ils définitivement coulée !

Epuisé par tant de pesanteurs, je n'ai plus comme exutoire en ce moment que d'effeuiller les listes de concours du "premier roman" pour me changer les idées. Une association de Sainte Anne du Castellet, un village varois qui baigne dans les parfums de lavande je suppose, a demandé à mon éditeur deux exemplaires de mon roman pour une compétition de ce genre qui se soldera par une remise de prix en mai 2010, ai-je appris aujourd'hui. Ces micro-opérations pleines de fraîcheur nous éloignent pour un temps des vices de ce monde;

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"L'Europe sociale n'aura pas lieu"

19 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Parcouru hier "L'Europe sociale n'aura pas lieu" du camarade Denord (que j'ai un peu connu naguère) et de François Schwartz (chez Raisons d'agir). Un bouquin pas terrible, journalistique (Bourdieu ne doit plus trop reconnaître les siens). Mais le titre à lui seul rejoint ma thèse : il faut envisager une sortie de l'UE si l'on veut pouvoir construire quelque chose sur ses ruines ...
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Fin de journée

18 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

Une journée de plus à avoir bossé sur un ordinateur, avec tout ce que ça comporte de malsain. Les allers-retours, d'une fenêtre l'autre, entre les dossiers et Facebook... Facebook.... Encore une invention dont l'humanité se serait bien passée. Indigestion de toutes ces considérations des gens qui pêchent, ici et là, qui un article, qui une vidéo, et en abreuvent leur "réseau". A quoi bon ?

En fin d'après-midi j'ai fait un saut au magasin de photocopies de mon quartier. Je suis un bon client : je passe du temps à imprimer de vieux textes et les faire relier pour pouvoir les relire et les retravailler stylo rouge à la main. Un type comme moi qui n'est inséré ni dans les réseaux universitaires, ni dans les milieux militants, ni dans des dispositifs éditoriaux solides, est contraint de prouver le mouvement en marchant, c'est-à-dire composer des livres, expliciter le plus possible sa pensée dans des bouquins, en priant pour que ça ne finisse pas à compte d'auteur.

A vrai dire tout ce que j'avais d'important à écrire est déjà publié, ce pourquoi je suis assez serein au seuil de la quarantaine. Mais je voudrais encore faire paraître deux ou trois trucs avant de me lancer dans ma mission dionisienne (en Seine Saint Denis). Tout d'abord le récit d'une histoire incongrue qui m'est arrivée il y a 10 ans, histoire de m'en débarrasser. Le texte est déjà bien nourri, il me faudra l'amincir un peu, les weekends, ou cet été. Je voudrais aussi publier un petit bilan de mon itinéraire intellectuel, pour mieux faire sentir l'arrière plan de mes témoignages. Mais c'est un peu plus compliqué à faire. Enfin, en troisième lieu, je suis tenté par la reprise d'un roman que j'écrivais en septembre dernier. Un roman qui pourrait être plus surprenant encore que la Révolution des Montagnes.

Il m'est arrivé souvent, quand le réel m'exaspérait, de rédiger trois ou quatre pages qui faisaient office d'amorce d'un roman, puis je les abandonnais. Le test de la viabilité d'une oeuvre de fiction, c'est, je crois, le nombre de fois où l'on revient vers elle. Or je traverse en ce moment la troisième période d'envie d'écrire cette histoire. Signe qu'elle fait résonner quelque chose de profond en moi. Peut-être y a-t-il une chance que je la mène à son terme. Trois livres "in the making". A défaut d'attirer l'attention du public, il faut continuer d'avancer. "Fais ce que dois", comme disait l'autre.
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Ioulia Timochenko

17 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Bon, les stats de fréquentation de ce blog étant en chute libre, je peux enfin écrire sur n'importe quel sujet sans crainte de décevoir mes lecteurs.

Alors voilà, je commence pas un scoop : la tresse de la première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko (Yulia Tymoshenko pour les anglosaxons) est fausse, selon le blog "Au poil". Pour des infos plus croustillantes vous pouvez chercher "Naked Yulia Tymoshenko" ou "MILF Yulia Tymoshenko" sur Google. Et pour plus romantique (et kitsch comme la musique de l'aéroport d'Odessa), il y a le diaporama ci dessous :

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Mols oreillers

16 Mai 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Ma vie psychologique était mille fois plus confortable il y a 20 ans qu'aujourd'hui, et ce notamment parce que je cultivais alors trois croyances toutes plus futiles et plus puériles les unes que les autres, mais qui avaient encore droit de cité dans la France de l'époque.

1) Je croyais en la Providence. Je n'avais plus le mauvais goût de croire au Dieu chrétien et en ses Evangiles, mais en la Providence oui, une force, quelque chose, qui se préoccupait de l'humanité et de ma propre vie, qui ne me laisserait pas crever de la manière la plus sordide et la plus absurde. Croyance d'enfant gâté habitué à ce qu'un regard bienveillant soit posé sur lui depuis la naissance. Avec ce genre de croyance, on est loin de penser que notre espèce est animale "comme les autres" évidemment, et l'on fait confiance à l'avenir, quelles que soient les difficultés du moment.

2) Je croyais en la Femme. C'est à dire en la transcendance du sexe opposé, ou du moins de certaines de ses composantes. Je croyais que quelqu'une quelque part pouvait réunir en elle toutes ces qualités idéales qu'on nous avait conditionnés, nous autres mâles, depuis l'enfance, à grand coups de films hollywoodiens, à prêter aux êtres femelles. Qualités idéales bien typées, sans doute pas aussi "passives" que ne l'ont dénoncé les féministes, mais susceptibles, certainement, d'enfermer les personnes réelles. Sans doute fallait-il bien qu'un jour cet idéal fût renversé, mais à l'époque il transformait l'itinéraire des jeunes gens ambitieux en une quête onirique du Graal.

3) Je croyais au Génie, et aux Oeuvres culturelles. Une croyance sans doute dérivée de l'imaginaire scolaire. Je pensais qu'un bon Livre, un grand Livre, valait toutes les existences, et qu'un tel livre s'il venait à être produit s'imposerait de lui-même comme une Lumière, veritas index sui. Qu'un tel livre s'écrivait par la magie du Génie, et que le Génie, partiellement inné, se travaillait et se perfectionnait dans l'écriture. Voilà pourquoi je pouvais passer des soirées d'été à écrire un roman et d'autres choses plutôt qu'à tenter d'exister autrement (par exemple en me faisant des amis). Et j'étais certain qu'en produisant un grand Livre, un jour, j'aurais ma revanche sur les abrutis que j'avais dû supporter pendant des années.

Si j'avais gardé cette dernière croyance, je ne supporterais tout simplement pas maintenant les imbéciles qui, en particulier dans mon milieu professionnel, à longueur d'année me détournent de l'écriture de mes essais et de mes romans, et surtout, j'en voudrais à mort à tous ceux qui par leur négligence, leur indifférence, ou leur hostilité, m'empêchent d'accéder à une reconnaissance sociale par laquelle je pourrais plus aisément trouver le temps et la force d'écrire. Car ils sont légions en ce moment, par leurs actions ou par leur inaction, à me contraindre à reporter indéfiniment mon travail sur des livres que j'ai commencé à écrire il y a un an, il y a cinq ans. Mais aujourd'hui je suis bien loin de penser pouvoir tenir ces gens à distance, ni même avoir le droit d'espérer prendre une revanche un jour sur eux, car je sais que les livres, tous, même les meilleurs, ne valent presque rien dans le monde actuel, et que les oeuvres sont vouées, même si elles sont bonnes (ce que ne sont pas encore les miennes), à ne plus éblouir personne.

C'est ainsi qu'en vingt ans cette mythologie qui avait sa place partout, naguère, chez les esprits lettrés a été évincée de son piédestal et qu'il m'a fallu, qu'il nous a fallu (car je me souviens d'amis qui la partageaient peu ou prou) apprendre à vivre sans elle, à vivre dans l'ombre, dans la froidure, loin de toute la chaleur qu'elle nous procurait. Certains disent qu'en perdant cela notre époque s'est enfoncée dans la barbarie, d'autres qu'elle s'est libérée et a acquis une vision plus noble du combat : un combat sans filet, et sans récompense à attendre. Je ne sais. Le prix du deuil fut élevé. C'est ma seule certitude.
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