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Le blog de Frédéric Delorca

Palabre africaine sur le socialisme

30 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

Parutions.com vient de publier mon dernier compte-rendu du livre Palabre africaine sur le socialisme de Manga Kuoh - pour le lire cliquez ici.
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Les internationalistes du PCF, le positionnement des projets

30 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

"Quelle horrible saison que l'été, m'écrit un correspondant. Avec ces jupes qui raccourcissent, ce désir suscité en vain. La loi de la jungle dans toute sa tristesse. Une vraie torture." je l'approuve tout à fait.

Le Dissident internationaliste est revenu de Sao Paulo. Mais il n'y était pas pour se rincer l'oeil sur les minijupes et les strings. Accompagné de trois ou quatre autres délégués, il représentait la France dans une conférence organisée par le Partido communista do Brasil et le Parti du Travail brésilien, une sorte de congrès de tous les organes qui dans l'ancienne mouvance communiste se veulent encore anti-impérialiste. A ma grande surprise j'ai appris que mon nom figurait dans la liste de la délégation mais qu'il serait passé à la trappe au dernier moment comme celui d'un ancien leader syndical. En revanche une étudiante que j'ai présentée au Dissident internationaliste l'an dernier y était.

Je fus surpris car je n'ai plus de rapport depuis un an avec le Temps des Cerises ni avec aucun membre de la gauche du PC à part le Dissient, et, comme je passe mon temps à me dire marxien et non marxiste, je m'étonne qu'ils soient prêts à m'inclure dans leurs délégations.

Je m'étonne mais ne m'en plains pas car je leur reconnais deux mérites que n'ont pas les autres mouvements de gauche.

Premièrement ils sont internationalistes c'est à dire qu'ils ne renoncent pas à concevoir une amélioration du monde à partir d'un combat coordonné de forces résistantes sur divers continents (très peu de mouvements dans la gauche française font de même). Deuxièmement leur vision repose sur autre chose que sur des slogans creux comme "un autre monde est possible" ou "démocratie pour les iraniens/les chinois" leitmotiv qui convient à M. Strauss-Kahn et au club de Davos (au passage je dois dire que je trouve risible le texte alambiqué sur l'Iran signé par toute une intelligentsia qui va des crypto-néo-conservateurs français aux anarchistes égocentriques).

Je dois aussi mettre à leur actif un certain réalisme (au contraire de la religiosité de leurs parents sous Thorez ou Marchais), même s'ils conservent parfois quelques rigidités inopportunes. Ils considèrent la bureaucratie comme un mal nécessaire au développement des peuples (à la différence des libertaires dont l'imaginaire envahit la gauche, qui ne veulent même pas comprendre ce qu'est un Etat). Ils ont aussi, souvent, l'intelligence d'intégrer à leur pensée l'histoire concrète des peuples et d'en évaluer sérieusement le potentiel, ce qui les pousse par exemple à vouloir réfléchi (comme Frantz Fanon naguère) au potentiel révolutionnaire de l'Islam ou à ne pas considérer d'emblée  comme vides de contenu les slogans (encore) socialistes du Vietnam ou de la Chine. Un réalisme dans l'approche qui m'intéresse quoiqu'ensuite les conclusions de l'analyse puissent diverger

Je pense donc que les occasions de travailler avec eux ne manqueront pas dans les années qui viennent.

A part cela, je me dis que plutôt que de compter les bibliothèques qui achètent mes livres (Beaubourg vient d'acheter celui sur la Transnistrie), je devrais sortir de la logique de publication de textes courts (qui explique en partie non seulement l'indifférence de beaucoup à mon égard, mais aussi les incompréhensions) et me lancer dans l'écriture d'un livre un peu difficile qui couvrirait plusieurs aspects de la conditions humaine (politique, philosophie, religion, affects divers et variés). Peut-être un livre sur la croyance. La lecture récente de David Stove (si injustement inconnu en France) m'y incite. Encore faudrait-il que cet été me laisse un peu de temps pour ce faire, ce qui n'est pas gagné d'avance. Et puis y aura-t-il un éditeur au bout ? (je ne peux me payer le luxe d'écrire sans débouché éditorial).
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Honduras

30 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Visiblement il est aussi difficile de faire un coup d'Etat en 2009 en Amérique latine qu'en 1991 en URSS : le renversement du président Zelaya au Honduras suscite une grande mobilisation populaire et l'armée ne semble rien contrôler. Voilà qui, comme le coup d'Etat avorté contre Chavez, pourrait renforcer le président déchu. Il faut s'en réjouir.

Il me faut l'indiquer ici parce que tous ceux qui ici en France se sont mobilisés - sous l'influence de grands médias - contre une "fraude" aux élections iraniennes (fraude dont l'ampleur n'est pas si évidente que cela et sur ce point j'en reste à l'avis de Robert Fisk) n'ont pas l'air trop genés de voir les vieux démons antidémocratiques continuer de travailler l'Amérique latine.  Vérité en deça de l'Atlantique, mensonge au delà, les médias et l'opinion publique européenne vivent éternellement dans la guerre froide.

Notez que dans notre sphère d'influence, au Niger, il s'est produit, au moment même où le président du Honduras était renversé pour avoir organisé un référendum en vue de pouvoir renouveler son mandat, exactement l'inverse : dans ce pays c'est le président de la République qui provoque un coup d'Etat en prononçant mardi la dissolution du parlement, vingt-quatre heures après avoir été désavoué par la Cour constitutionnelle sur la tenue d'un référendum institutionnel qui permettrait au chef de l'Etat de tenter de briguer un troisième mandat.

Le coup d'Etat nigérien est-il un événement grave pour le peuple de ce pays ? Difficile à savoir. Celui du Honduras en tout cas l'était, car il s'incrivait à contre-courant d'un grand mouvement d'émancipation populaire qui touche l'Amérique latine depuis 20 ans, et dans un Etat qui souffre beaucoup du pouvoir de l'oligarchie de droite. C'était une mauvaise nouvelle pour tous les pauvres du continent et il est heureux que cette action militaire commence à avoir du plomb dans l'aile.

 
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Conférence de Michel Collon à la librairie Résistance

26 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

J'étais hier à la librairie Résistance, 4, villa Compoint à Paris (vous trouverez quelques images de cette librairie dans une vidéo publicitaire ci dessous), pour une conférence de Michel Collon sur son livre. Je ne veux pas jouer les anciens combattants, mais chacun (parmi mes 5 lecteurs assidus !) sait que je suis presque un habitué des conférences de Collon, la première étant celle dont j'avais fait le compte rendu en 2000 pour le site Résistance (c'était avant la naissance de la librairie homonyme), j'ai aussi filmé une de ses interventions en janvier 2002 cf sur ce blog).

Comme je m'y attendais, cette conférence fut l'occasion d'un retour vers le passé : à peine avais je franchi la porte que je tombai sur le jeune serbe que j'avais interviewé en septembre 2000, un habitué de ces conférences lui aussi. J'ai aussi pu brièvement saluer Nicolas Shahshahani, un des patrons d'Europalestine et de cette librairie (c'est lui qui parle sur le clip ci-dessous). C'est immersions ne sont pas toujours bonnes. Elles rappellent ce qui a pu être fait, et ce qui ne l'a pas été (qui s'est peut-être reflété dans la brièveté de cet échange avec Shahshahani, that's life. J'ai quand même pu vérifier que la librairie Résistance a encore un exemplaire de l'Atlas alternatif dans ses rayons, mais un vieux, avec la première jaquette... Juste avant qu'il s'installe à sa table pour signer son livre "Les 7 péchés d'Hugo Chavez", j ai rappelé à Michel Collon le temps où il parlait de créer un "portail anti impérialiste", il y a neuf ans. Il m'a dit qu'il faudrait qu'on en reparle le lendemain (c'est à dire aujourd'hui). Mais de toute façon à quoi bon ? ce projet est comme un serpent du Loch Ness.

Mais cette conférence, c'était aussi le présent, malgré tout. J'étais venu avec le Sandiniste pour lui montrer les lieux - cette librairie/salle de conférence souvent cible de la LDJ. Cétait aussi la première fois que j'y mettais les pieds, mais je connaissais la réputation de l'endroit.

Il y avait beaucoup de monde, comme souvent quand Collon se déplace. Il faut dire que ses exposés sont toujours efficaces, bien charpentés. Il aligne argument sur argument, avec des chiffres. Les meilleurs moments sont quand il parle des stratégies des multinationales, par exemple pour le contrôle de l'eau en Amérique du Sud, ou la course au brevetage des plantes d'Amazonie. Les mots sont clairs, percutants, ils incitent au combat. En plus il y a toujours ensuite la phase des "questions du public" qui a une dimension psychothérapeutique pour beaucoup- les gens se loncent dans de longues tirades d'un quart d'heure sur la situation internationale (en ce moment on voit bien que l'Iran a la côte dans les sujets abordés). Bien sûr on peut faire la fine bouche. Le Sandiniste, qui connait bien le sujet, a noté que Michel est souvent schématique sur le Venezuela, adepte de raccourcis, allusif sur de nombreux points. Beaucoup de facteurs politiques et économiques sont gommés dans ses analyses. Les nuances font souvent défaut. C'est cela aussi que nous lui reprochions un peu sur la Yougoslavie. Mais il y a toujours à y prendre. Par exemple c'est grâce à son exposé hier que j'ai pris conscience que la répression du Caracazo par les sociauxdémocrates le 27 février 1989 avait fait jusqu'à 3 000 morts. Jusque là les divers articles que j'avais lus sur le sujet (dans le Monde Diplomatique notamment) ne m'avaient pas fait "tilter". Dans Wikipedia ce matin je lis que 3 000 est la fourchette "haute" de l'estimation, mais tout de même cela donne à penser, et cela a donné à penser parce que c'était amené dans la rhétorique de combat de Michel, qui traçait un parallèle entre les faux charniers de Timisoara et les vrais charniers de Caracas ignorés en Europe. Quand Ramonet parle sur un ton très intellectualisant de l'événement, cela frappe moins les neurones. Donc les topos de Michel Collon restent utiles.

Juste avant le début de la conférence, Olivia Zémor avait fait savoir que Michel Collon avait témoigné en faveur d'Europalestine à la 17ème Chambre Correctionnelle du Palais de Justice de Paris dans le cadre des poursuites judiciaires engagées contre l’association CAPJPO-EuroPalestine, en raison de ses écrits sur la guerre d’Afghanistan. Olivia Zémor a expliqué qu'ils étaient accusés "d'injure à l'armée" et d' "apologie du crime terroriste" parce qu'ils auraient dit que la France en Afghanistan menait une "sale guerre". Mon camarade d'origine serbe a sursauté sur sa chaise : "Quoi ? en France on peut être poursuivi en justice pour ça ?" J'ai quand même dit qu'en règle générale je me méfiais un peu de la façon dont les accusés rendaient compte des griefs qu'on leur adresse (rappelez vous l'affaire Bishara que j'évoque dans 10 ans sur la planète). En tout cas Europalestine va y perdre des sous - les procès sont des moyens de couler les mouvements, rapelez vous Living Marxism. Michel Collon a souligné que les débats sur l'Afghanistan au procès étaient passionnants et qu'il était dommage que l'on n'ait pas eu les mêmes dans les médias. Je veux bien le croire - les procès politiques sont toujours instructifs : j'avais moi même fait un compte rendu détaillé  le 27 mars 2000 pour le site Résistance du procès de l'Avocats sans frontières contre Le Monde sur les propos anti-serbes publiés dans ses colonnes. Malheureusement il ne reste de ce procès que le résumé du verdict final après appel sur StopUSA. Il faudrait peut-être que je remette mon texte de Résistance en ligne à l'occasion...


Comprendre la guerre en Irak à la Librairie Résistance

Post scriptum : Quelques jours après cet article, le 3 juillet, la librairie a été à nouveau ataquée (cf vidéo ci-dessous), suscitant une condamnation formelle et un appel à manifester des partis de gauche (NPA, PG, Verts, Indigènes de la République)

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Paris ad nauseam

25 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

L'ambiance parisienne est réellement infecte. Elle l'était il y a 20 ans, elle le demeure. Toute cette insoutenable légèreté : parce que M. X connaît M. Y ou déjeune avec Mme Z, M. X n'est plus lui-même, M. X est pris dans le jeu, ne vous écoute pas, n'écoute personne, n'écoute qu'à moitié. Le jeu, il n'y a plus que cela qui compte : le jeu entre quelques personnes, ce que Machin pense de Bidule, comment on se positionne. Comme la cour de Louis XIV disséquée par Norbert Elias, la notion de champ de Bourdieu. A Paris il n'y a que cela, et c'est très conscient. Même chez les militants. J'ai décrit ce phénomène à propos du salon de l'Ecrivain engagé. Je le découvre partout. Et cela m'exaspère, cette satisfaction de soi-même, ce sentiment d'être arrivé à quelque chose parce qu'on est dans un jeu avec X et Y, la surdité à l'égard du réel qui en découle. On croit pouvoir juger de tout, on croit avoir assez lu même si l'on a pas le temps de lire. Ce n'est pas telle ou telle personne en particulier que je vise ici, c'est un trait constant que je trouve chez tout le monde à Paris. C'est Paris, en tant que telle, pourrait-on dire, cette chienne de ville. Les gens y sont plus sympa qu'il y a 20 ans, mais en profondeur c'est la même ronde des vanités qui les entraîne.

Pourtant ceux qui travaillent ou militent dans cette ville, en raison de la proximité particulière qu'ils ont à l'égard des médias et de tous les pouvoirs nationaux concentrés en quelques quartiers, devraient être pétri d'un esprit de sérieux, et même de modestie, presque monacale. Tous devraient trembler à l'idée qu'ils sont peut-être en position d'influer par leurs faits et gestes sur le destin de 60 millions de leurs compatriotes, et peut-être au delà, sur l'Europe et le monde. Mais non, c'est tout le contraire. C'est une indifférence complète à l'égard de la lourdeur des enjeux qui l'emporte, une absence totale de sens de l'analyse, et même, bien plus, d'esprit philosophique, c'est à dire de goût pour l'interrogation, le taumazein. Tout va de soi pour qui milite à Paris. Les certitudes sont de mises. Et même lorsque chacun s'inscrit en faut contre la superficialité des médias, ce n'est que pour y substituer la vacuité de ses dogmes propres. Des dogmes qu'on n'interroge guère, puisque seul le jeu compte... seul compte le fait de savoir qui j'ai vu avant-hier, qui je verrai demain, où j'irai parlé, où l'on m'a entendu...

On voudrait pouvoir ignorer Paris, et pourtant on ne le peut pas : ce n'est pas en Franche-Comté, ce n'est pas en Charente que l'on peut monter des partis politiques qui pèseront sur la politique étrangère de la France. Il faut donc faire avec Paris tout en sachant que tout ce que l'on y dit, tout ce que l'on y fait, tombera dans le biais de la frivolité intrinsèque de cette ville. Misère de la concentration des pouvoirs, misère de la délégation, du système représentatif. Dans ces moments on se sent anarchiste. On eût voulu que l'Europe ne fût qu'une fédération de petites communautés qui ne délégât jamais le pouvoir à des représentants, des partis politiques constitués dans les grandes villes. Le ver est dans le fruit dès que l'action politique est déléguée.

 

 

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Le 24 juin rive gauche...

24 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Au coeur des mouvements anti-guerre

Vu la dame du groupe politique dont je vous parlais ce matin (nous pourrions l'appeler Zénobia)... Aïe, aïe, comment parler de cela ? Je le voudrais, dans l'intention de faire connaître à tout un chacun les gens qui combattent dans les milieux dissidents, et pour que l'information ne soit point cantonée aux milieux parisiens. C'est dans cet esprit d'ailleurs que j'avais publié mon 10 ans sur la planète... Oui, mais voilà, éventer la confidentialité de nos conversations, ce serait compromettre nos possibilités d'action conjointe ultérieure... Et pourtant l'envie me brûle les lèvres tant cette entrevue, le lieu où elle se déroula, la manière dont chacun de nous deux se positionna, ce que chacun de nous dit ou ne dit pas, demanda ou ne demanda pas, me paraissent instructifs pour la connaissance des milieux militants. Mais non allons. Motus et bouche cousue, nous garderons cela pour nos mémoires.

Beaucoup de gens aujourd'hui ont lu mon article sur l'arrestation de Ceku sur le blog de l'Atlas alternatif, des connexions de Grèce, de Russie, de Suède, du Sénégal, d'Oman, de Californie... et même (mais oui !) de Bethléem en Palestine occupée... Des recherches par mots clés qui ne fidélisent pas le lecteur je suppose. Un correspondant mulhousois réfléchit à l'idée de créer un forum antiimpérialiste en appendice du blog de l'Atlas, ce qui me paraît être une excellente idée, toujours dans l'esprit de fédérer les énergies.

Au fait, pour ceux qui s'intéressent encore à l'Iran, un article de Meyssan qui satisfait en partie le voeu que j'avais formé de voir naître une analyse sociologique des révolutions colorées : disons qu'ici on peut trouver un historique et un inventaire des organismes, c'est déjà bien.



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Ceku menotté

24 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Toutes les journées ne peuvent pas être mauvaises, et les alliés de MM. Kouchner et Sarkozy ne peuvent pas gagner à tous les coups.

Aujourd'hui on apprend l'arrestation d'un criminel de guerre d'ex-Yougoslavie, et, pour une fois, ce n'est pas un Serbe (non sans blague ?) : il s'agit de l'ancien premier ministre albanokosovar Agim Ceku, accusé de crimes de guerre commis lorsqu’il était colonel des forces croates en 1993, puis lorsqu’il était chef d’état-major des forces kosovares (UÇK) en 1998-99, et encore à nouveau lors des pogroms anti-Serbes au Kosovo en 2004. Il a été placé en garde à vue au point de passage frontalier de Giuechevo alors qu'il pénétrait en Bulgarie depuis la Macédoine voisine dans la nuit de mardi à mercredi. M. Ceku, c'est le monsieur dégarni sur la photo là à gauche, qui pose avec notre adorable ministre des affaires étrangères ancien gouverneur du mandat néo-colonial de l'ONU à Pristina, Kouchner-de-la-guerre.


Selon des sources diplomatiques, les autorités de Belgrade avaient demandé en vain début mai à leurs homologues colombiens de procéder à son extradition de la Colombie vers Belgrade. Ce n’était pas la première fois qu’Agim Ceku échappait à la justice, mais cette fois ci, l’échec aurait été dû à l’intervention directe de Bernard Kouchner. Prenons les paris : qui va être le premier à faire pression sur la Bulgarie pour obtenir sa libération ? notre ministre bien aimé, ou bien M. Richard Holbrooke autrefois émissaire de Clinton au Kosovo, hérault de M. Obama en Afghanistan, ou M. Solana secrétaire général de l'OTAN du temp où il fallait casser du Serbe, aujourd'hui responsable des affaires étrangères de l'Union européenne ?

Bon à part ça Michel Collon donne une conférence sur Hugo Chavez et le Proche Orient à Paris demain soir (librairie de la Résistance), il faut y aller ! et cet après midi je rencontre une responsable d'un groupe d' immigrés anticolonialistes. Que des choses positives.

 

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Fin de journée au milieu du choc des civilisations

22 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Je pourrais, pour terminer cette journée, synthétiser tous les arguments qui ont été échangés à propos de l'intéressant débat sur la burqa - débat qui rejoint le non moins intéressant débat sur l'Iran - mais l'énergie me fait défaut et je trouve que l'intéressante ouverture sur Robespierre qu'esquisse Mme C de Belgique, dans son récent commentaire (cf cid-dessous), après avoir approuvé mon point de vue sur la burqa constitue, au fond, la meilleure des conclusions possibles pour aujourd'hui (même si je ne partage pas complètement son adhésion aux références qu'elle avance sur l'Iran ni certaines connotations un peu "complotistes" de son vocabulaire).

Plutôt que de longues analyses (et il y en a eu de nombreuses dans nos commentaires) que les lecteurs d'Internet lisent souvent de façon sélective, partiale, en fonction de leurs propres préjugés sur les questions qu'ils abordent, je pense que l'heure est à l'action (ce gros mot que la gauche de la gauche privilégie de moins en moins ainsi qu'elle l'a montré après la victoire du "non" au référendum sur le Traité constitutionnel européen). L'action, c'est à dire la stratégie, et la tactique, sur le terrain politique, en prenant les forces et les faiblesses des groupes réellement existants ou susceptibles de se constituer en peu de temps. J'ai quelques idées derrière la tête que j'espère pouvoir "tester" en situation dans quelques mois. Bien sûr un blog n'est pas un espace où les stratégies peuvent se dévoiler, mais j'entends terminer cette journée par le mot "stratégie" afin que les lecteurs de bonne foi n'aillent point s'imaginer qu'il ne s'agit que de décorticage de concepts.

J'espère que les jeunes issus de l'immigration, et notamment ceux d'origine musulmane, en France, en Belgique, et dans le reste de l'Europe, auront la force de ne pas se laisser impressionner par le discours des donneurs de leçons anti-burqa, et de ne pas non plus s'engouffrer dans des impasses comme le vote Dieudonné ou la démission devant le combat politique. Car c'est par eux que passera le succès de stratégies contre le projet de choc des civilisations mené par les élites euro-étatsuniennes (et qui est en réalité un projet d'asservissement du Moyen-Orient comme de toutes les régions remettent en cause leur hégémonie), projet dont sont solidaires, objectivement quoique souvent à leur insu, ceux qui veulent utiliser Voltaire contre les cultures de nos anciennes colonies. Ces jeunes sont une composante importante des dispositifs qui pourront se mettre en place pour faire pièce à la loi du cynisme et de l'intolérance à laquelle adhère une si grande part de notre classe politique. Un point à ne pas perdre de vue.
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Islam et philosophie

22 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Je lisais tantôt sur http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-06-22/vous-l-avez-dit-port-de-la-burqa-entre-emotions-et-convictions/920/0/354706

"caroline_chaïma demande la parole : "Laissez parler les premières concernées ! Je suis Française née en France, en pleine campagne picarde, de parents, grands-parents, arrière-grands-parents français et je suis musulmane, je porte le voile intégral et j'ai envie de dire : et alors ? Ce que j'aimerais dire, c'est que je suis heureuse derrière mon voile, j'ai juste décidé de me préserver des regards pervers. Ce n'est ni mon père, ni mon frère, ni mon mari qui m'ont forcée à porter le voile intégral, c'est un choix personnel.""

Voilà encore un exemple en Occident de ce qu'un ami, après avoir reçu le texte sur Foucault et l'Iran dont je parlais dans un commentaire, appelle un "mouvement plus général d'intérêt pour l'islam comme alternative au rationalisme". Je tiens à préciser que cet ami est heideggerien et que certains théologiens musulmans utilisent Heidegger.

 

Je dois dire ici que si sur le plan politique, je suis pour un dialogue ouvert avec la culture musulmane, sur le plan de l'interrogation ontologique (je n'ose pas dire de la philosophie), je ne vois pas du tout ce que l'islam peut apporter (ni d'ailleurs l'heideggerianisme). A mon sens, une seule question est légitime : pourquoi l'être ? (c'est à dire pourquoi la matière, je précise cela pour éviter les dérives spiritualistes qui étranglent la philosophie occidentale quand elle se confronte à cette question). Or cette question ne peut recevoir la moindre réponsedu point de vue de la rationalité humaine, laquelle pour répondre devrait avoir la faculté d'englober la possibilité du non-être autrement que comme limitation de l'étant, ce dont elle est incapable. Toutes les autres questions posées par la philosophie (qu'est ce que le beau, le bien, pourquoi l'art, pourquoi le politique etc) pouvant être par ailleurs "désamorcées" et renvoyées à leur illégitimité profonde par une approche adéquate sur le mode du "comment" (par exemple "qu'est ce que le beau" est une question qui se désamorce avec "comment le beau", "comment la naissance de l'art", "comment l'aspiration esthétique chez le primate humain", "comment le désir des formes dans le fonctionnement biologique des animaux soumis au mouvement et à la reproduction sexuée) .

 

Pour moi le rapprochement avec l'Islam en vue de "respiritualiser l'Occident " est un thème hors ontologie, ce n'est que de la construction doctrinale littéraire comme le sont les trois quarts de la philosophie depuis Platon et ce pourquoi je ne me reconnais plus dans la philosophie, sauf à la nommer littérature (et un genre mineur de la littérature, un genre saturé d'idéologie).

 

On me trouvera bien sévère avec la philosophie, et justement ce petit billet est l'occasion de faire le bilan. Que doit-on à la philosophie ? Son seul mérite à mes yeux aura été d'essayer de construire comme des problèmes universels (donc faiblement engagé dans des croyances, des pratiques, ou des conflits locaux) des dilemmes qui se présentaient en situation de façon "aigüe" : par exemple, qu'est ce que le bon gouvernement des hommes (Platon), quand Athènes se déchirait sur la question de la démocratie, ou qu'est ce que l'homme peut savoir et doit croire (Kant) quand l'Europe était secouée par la crise de l'Auflärung. Ces questions n'ont d'intérêt que comme effort de situer un propos sur un plan universel, sachant que les philosophes européens se sont toujours hâtés d'y trouver des réponses qui n'avaient rien d'universel (un peu comme Descartes qui dans les Médiations métaphysiques révoque en doute toutes les croyances locales qui l'habitaient pour finalement, à l'appui de  démonstration sur le cogito, réintroduire une croyance aussi locale que le "malin génie", et finalement la preuve ontologique de Dieu de Saint Anselme).

Le meilleur de la philosophie est le geste vers l'universalité, et c'est la seule partie que, pour ma part, j'en sauverais. Mais en rien l'ouverture à l'Islam, ni à aucune autre croyance ne peut la rendre plus universelle ni plus légitime. L'universalité véritable la philosophie ne la trouve in fine que dans la reconnaissance de sa propre impossibilité comme discours sur l'être et dans son humble effacement devant l'étude attentive du "comment" selon le règles universelles de la logique, c'est-à-dire selon une méthode scientifique.

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Robert Fisk à propos de l'Iran

21 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Je veux juste signaler ici l'article de Robert Fisk sur http://www.independent.co.uk/opinion/commentators/fisk/robert-fiskrsquos-world-in-tehran-fantasy-and-reality-make-uneasy-bedfellows-1710762.html qui me paraît assez équilibré sur l'Iran. Fisk n'aime ni la République islamique ni Ahmadinejad, mais reconnaît que les quartiers pauvres ont voté pour lui. D'après lui Ahmadinejad a sans doute recueilli 51 ou 52 % mais la bureaucratie de la République islamique aurait cru, maladroitement, rendre sa victoire moins contestable en rajoutant une louche de fraudes pour dépasser les 60 %, sciant ainsi la branche sur laquelle elle était assise. Une ironie de l'histoire en somme.
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La journée de la burqa

20 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Je regrette, infiniment (euphémisme) que la gauche de la gauche en la personne de M. Gérin, main dans la main avec la sarkozyste Mme Amara, se mettent en tête maintenant d'interdire le port de la burqa et du voile intégral dans notre pays. Quand le sociétal remplace le social, quand la Journée de la jupe devient un film culte, le néocolonialisme et le choc des civilisations ont de beaux jours devant eux.

Ce sinistre projet est clairement islamophobe, c'est le projet des petits bourgeois donneurs de leçons occupés par leur "mission civilisatrice".  C'est dramatique.

Je n'ignore pas que beaucoup de femmes sont victimes du machisme dans les pays musulmans, et que la burqa fonctionne comme une prison pour beaucoup d'entre elles.

Cependant je reste libéral en matière vestimentaire. Tout ce qui ne conduit pas à l'incitation au viol et à la corruption des mineurs doit être autorisé. La burqa ne relève pas de ce registre.

En outre je ne peux pas ignorer que 1) le port de la burqa ou du voile intégral est très minoritaire en France, même parmi les musulmanes ; 2) certaines femmes musulmanes souhaitent sincèrement porter ce vêtement qu'elles rattachent à leur tradition.

Si l'on veut libérer les femmes musulmanes, attachons nous à les instruire, elles et leurs frères, leurs maris, et à leur faire une place dans notre société, plutôt que de leur imposer la violence de la loi. Et avant même que de les libérer, commençons par les entendre. Le "projet civilisateur" n'est pas à sens unique, et nous avons aussi à nous laisser "civiliser". Entendons notamment ce qu'ont à nous dire les peuples musulmans. Quand certaines de leurs autorités cultuelles expliquent que les femmes occidentales ploient sous la dictature de la séduction, de l'apparence, du corps mince, du maquillage, du narcissisme et de la volonté de plaire, n'ont-elles pas raison ? Si une loi veut règlementer la "dictature" de la burqa, ne doit-elle pas aussi alors règlementer celle de l'industrie de l'habillement, et celle de l'industrie de la nudité, qui créent tant de frustrations et tant d'inégalités entre femmes jeunes et vieilles, belles et laides ? N'y a-t-il point là un enfer pour les femmes qui n'a peut-être rien à envier à l'enfer de la burqa ? Si le voile, intégral ou non, est pour certains un moyen de soustraire les femmes à la loi de leur marchandisation, c'est un argument que l'on doit entendre, autant que celui des féministes occidentales qui y voient un instrument d'aliénation sans trouver pourtant à redire à la dictature du string. Et faisons preuve de la plus grande circonspection devant ces projets législatifs remplis de bonnes intentions, dont le fondement réel est le refus de comprendre l'autre, la volonté aveugle de lui imposer notre morale, nos valeurs, notre propre aliénation. Il est vrai qu'on oublie si bien ses propres chaines en prétendant libérer autrui...

Un ami me disait que nous devrions créer un mouvement "Pas en notre nom" comme le mouvement anti-guerre de 2002 qui s'exprimerait à chaque aberration de nos gouvernants en matière de politique étrangère ou de relation avec le cultures que leurs erreurs n'engagent pas les citoyens qu'ils entendent représenter. Le thème de la loi sur la burqa serait un bon sujet pour ce genre d'action. Et si demain la burqa venait à être interdite, nous devrions tous, hommes et femmes, sortir dans cette tenue en signe de refus de ce totalitarisme de la political correctness.

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Nouveau tracker

19 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Atlas alternatif

J'ai installé un nouveau compteur "tracker" (http://tracker.icerocket.com/) sur le blog de l'Atlas alternatif, et sur le présent blog.

Bilan mitigé pour l'heure. C'était un mauvais jour pour mon blog parce que je n'ai posté aucun article d'intérêt général depuis 48 heures. Le compteur affiche un piètre chiffre de 10 visites pour la journée de vendredi alors que d'ordinaire nos chiffres tournent autour de 30-40 selon les statistiques d'overblog. Près de la moitié de ces lecteurs sont des belges (Diest, Bruxelles, Namur), le reste des français (Boulogne-Billancourt, Lyon, Hyères, La Rochelle), je ne sais qu'en conclure.

Une des difficultés du décompte sur le blog de Delorca est que ce chiffre de 10 visiteurs est très inférieur à celui que fournit pour la même journée le compteur d'overblog qui, lui, compte 28 visites, dont seulement 29 % viendraient en accès direct. On a le sentiment que le décompte du tracker exclut tout ce qui arrive au blog via des mots clés.

Un hiatus existe aussi pour le blog de l'Atlas alternatif, mais dans l'autre sens puisqu'overblog recense 37 visiteurs alors que le tracker en compte 43 en 24 h. Ces deux chiffres rejoignent les statistiques habitiuelles, le blog étant encore boosté notamment par mon article sur l'Iran qui avait déjà attiré 120 visiteurs la première journée, et qui représente encore la moitié des motifs de visite aujourd'hui (bien que cet article ne soit repris par aucun blog, les gens le font circuler par email). Par nationalité, les visiteurs sont aux 2/3 français, avec cependant 5 belges, 3 suisses, 2 canadiens et 2 lecteurs du Maghreb (Tunisie et Maroc) ainsi qu'un ouzbek (qui a lu l'article Ouzbékistan). Côté français on relève une assez grande dispersion sur le territoire (dont j'ignore si elle reflète la diffusion de l'Atlas alternatif). 4 connexions dans le nord-ouest (Bretagne-Normandie) 2 dans le grand sud-ouest (1 dans le Limousin, 1 en Roussillon), 2 dans l'Est (Dijon, Strasbourg), 2 à Bourges (on ne sait pas pourquoi), 3 dans le Rhône-Alpes, 6 en Ile de France (dont 2 à Paris), 1 à Toulon, 1 dans le Nord-PDC. Ce qui est très satisfaisant, c'est de toucher des petites villes comme Noisiel (15 000 habitants Ile de France), Viry (3 000 Rhone Alpes), Bihorel (9 000 Normandie),Voiron (19 000 Rhone Alpes), Hennebont (13 000 Bretagne), Tremblay (1 400 Bretagne), Collioure (2 700 Roussillon), Ste Foy lès Lyon (21 000 Rhone Alpes), Montigny-en-Gohelle (10 000, Pas de Calais, où l'on s'intéresse visiblement au Myanmar). Compter presqu'un quart de ses lecteurs dans des communes de moins de 30 000 habitants, cela signifie que l'on compense via Internet les concentrations de bibliothèques et de points de presse dans les grandes villes.

Bon pour le moment je m'en tiendrai là, et réessaierai un décompte un jour où j'aurai un peu plus de lecteurs. Je sais ce que vous allez dire : que 40 lecteurs ce n'est pas terrible. Mais notez que mes blogs de présetent ni filles nues, ni recettes de cuisine, ni propos bateaux sur l'avenir du PS ou de Barroso comme tant d'autres, vu la spécificité de mes problématiques, je ne peux pas prétendre attirer les foules.
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L'Islam au resto pakistanais

18 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Délaissant les débats enflammés sur l'avenir de l'Iran (Paul Veyne a bien raion : aujourd'hui tout le monde cherche à avoir un avis sur le relations internationales comme au temps de Sénèque tout le monde devait avoir un avis sur les dipositions de l'âme, une scène de Bridget Jones dit aussi cela je crois), j'ai dîné hier en célibataire au Pakistanais près de chez moi. J'avais amené le livre "Histoire du Bouddhisme tibétain : La Compassion des Puissants" d'Elisabeth Martens, un ouvrage pas terrible qui part d'un bon sentiment (dénoncer notre engouement pour le Dalaï Lama) mais qui se perd trop dans des rappels "neutres" de l'histoire antique, et, sur des points essentiels de l'époque contemporaine, renvoie à d'autres livres sans les résumer, comme si nous avions le temps de nous y reporter, sans parler des familiarités de langage assez déplacées que le livre s'autorise.

Le chef a repéré ce livre dans mes mains. Le dialogue s'est engagé :

"C'est quoi que vous lisez ? le bouddhisme ?
- Oui.
- Vous êtes bouddhiste ?
- Non, je le lis par curiosité.
- C'est de quelle époque le bouddhisme ?
- Il y a 2 500 ans.
- Ah oui ?"


A ce moment là j'avais oublié que le patron était pakistanais, je pensais qu'il allait comparer le bouddhisme à l'hindouïsme. Mais il est juste resté là pensif; puis il a enchaîné :

"Et Adam, quand il a quitté le Paradis terrestre, c'était quand ?"

J'ai songé qu'il était peut-être un chrétien d'Inde. J'ai juste dit
"Oh ça, Adam c'est la religion chrétienne"

Il s'est exclamé "Oh oui, oui, mais pour moi toutes les religions me conviennent !".
Et il a poursuivi : "J'ai un livre à la maison : toute l'histoire depuis Adam au dernier président Musharaf. Mais j'ai toujours du mal à dater les choses.A chaque fois je me dis ' c'était quand ?' "

Je n'ai pas voulu heurter sa foi. J'ai seulement répondu "Adam on ne peut pas savoir quand il  existé"
Ma réponse a eu l'air de le satisfaire. La réflexion de ce type "toutes les religions me conviennent" m'a rappelé M. Rachid. Toujour scet Islam englobant qui peut s'accomoder de tout puisqu'il est censé avoir le dernier mot sur tout, être le dernier mot de tout. N'empêche que les petits commerçants orientaux m'étonnent toujours : l'endroit où ils placent leur curiosité, la façon dont ils l'expriment.

A propos de l'Islam, le Dissident internationaliste hier m'a sorti toute une théorie politique : "La notion de pouvoir de droit divin, m'a-t-il dit, est une notion chrétienne, pas musulmane . Les musulmans ne peuvent pas considérer qu'un pouvoir vient de Dieu, c'est de la mécréance à leurs yeux. Ils pensent que les hommes doivent construire un pouvoir s'appuyant sur les règles divines, ce qui est autre chose, puisque les règles divines sont établies en principe à partir d'une libre discussion des textes divins et les non musulmans sont censés pouvoir se gouverner selon leurs propres lois au sein d'une société musulmane. (cette liberté est dans les faits entravée très souvent certes, et pour les musulmans et pour les non musulmans !!!) 

On peut évidemment discuter ces principes aussi, mais ce n'est quand même pas la même chose que le pouvoir de droit divin, puisque le droit à la révolte contre un souverain injuste est censée être la base de l'islam (certains disent que c'est la raison des dictatures, car aucun musulman ne peut accepter longtemps de se soumettre à un pouvoir, alors il doit être doublement autoritaire pour imposer la peur puisqu'il ne peut pas imposer la servitude volontaire).

Il y a un hadith qui dit :
 
' Quand tu te trouves devant un souverain injuste, lève ta main contre lui, et Dieu sera de ton côté
Si tu ne peux pas le faire, alors lève la parole contre lui, et Dieu sera de ton côté
 Si tu ne peux pas le faire, alors pense contre lui, et Dieu sera de ton côté (mais cela sera compté comme le plus petit degré de la foi).'

La différence fondamentale avec le christianisme, un peu comme dans les pays de l'Est avant 1989, est qu'on apprenait aux gens qu'ils sont libres et ne doivent aucune soumission au pouvoir humain ...après quoi on verrouille. Mais le point de départ reste quelque part le droit à la révolte.

Chez les chrétiens traditionnels (pauliniens disons) on verrouille au niveau du surmoi (et ensuite de la police), chez les autres on verrouille au niveau de la police.

C'est même une des thèses des évolutions dictatoriales de ces sociétés musulmanes (ou bolchéviques ?). Puisqu'au départ on annonce aux gens leur droit à une liberté totale, de peur qu'ils en profitent, on verrouille totalement le pouvoir, encore plus durement. 

C'est un argument qu'on retrouve par exemple presque clairement chez Saddam Hussein qui parlait de ce peuple libre d'Irak qu'il es difficile de canaliser sans réprimer ...Et Rafsjandjani il y a quelques années dans une interview assez franche portant sur l'Irak en guerre civile avait dit quelque chose du genre : avec un peuple libre comme les Irakiens, pour qu'il marche à peu près droit, il n'y a que des dirigeants comme Saddam Hussein qui en sont capables..."


J'ai fait remarquer que la question restait de savoir si cette "philosophie" de Saddam hussein ou de Rafsandjani puise vraiment ses racines dans la conception musulmane de l'homme, ou s'il ne s'agit pas d'une croyance de café du commerce comme quand Pétain disait qu'avec un peuple querelleur (et donc libre) comme les gaulois/français il fallait une main de fer pour les encadrer (et j'ai entendu ça aussi chez les Serbes).

Mon pote que nous appellerons dorénavant "le Sandiniste" est revenu de Savoie où il a passé le weekend avec l'Octogénaire révolutionnaire (un type qui a combattu aux côtés de Castro et du Che et qui bosse encore pour la société venezuélienne Petrocaribe). Il m'a passé un coup de fil. L'Octogénaire lui a donné plein d'idées sur ce que nous pouvons faire pour notre mouvement anti-impérialiste, et le Sandiniste en est revenu requinqué.


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Le débat sur Téhéran

17 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Hé voilà, ça n'a pas raté : la gauche antiimpérialiste s'offre une nouvelle fois un débat bien pourri sur ce qu'il faut penser de la "révolution colorée" de Téhéran. Tous les ingrédients sont là, y compris l'accusation - formulée à demi mots, avec un petit sourire entendu en coin de lèvre, comme d'hab - de "rouge-brunisme" pour quiconque ne saute pas au plafond de joie devant le spectacle des jeunes femmes des quartiers riches de Téhéran qui descendent dans la rue maquillées comme des carrés d'as avec un foulard vert sur le visage.

Certains comme le Scientifique belge, allergique à la religion, veulent croire que Moussavi n'est pas le valet d'une nouvelle Fondation Soros, et qu'il incarne une troisième voie entre les partisans de la capitulation devant l'Oncle Sam et les partisans d'Ahmadinejad, comme naguère en Serbie Kostunica entre Milosevic et Djindjic. Who would believe it ?

Des questions intéressantes surnagent au milieu de tout ça comme celle de savoir si une femme est plus libre en string, exposée au regard concupiscent ou dépréciatif des hommes, ou en tchador soustraite au jeu de la séduction. Un ami a rappelé que les Iraniennes ont imposé le tchador en 1979 alors qu'il était interdit sous le shah. Pour elles c'était à l'époque une libération d'une mode que la plupart ne pouvaient pas atteindre quand bien même elles l'auraient voulu. La police du shah tirait sur les millions de manifestantes portant le tchador interdit ...

Mais une fois de plus le débat en France est plombé par les procès d'intentions, les donneurs de leçons de pureté "démocratique" à gauche sont à la fête, et tout le monde est sommé de prendre le parti de Moussavi (soutenu par les grands médias de nos contrées) sans chercher à problématiser quoi que ce soit.

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Chavez, la critique et le commandement

16 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Puisque je faisais avant-hier une remarque sur la psychologie de Mahmoud Ahmadinejad, voici une vidéo qui reflète celle d'Hugo Chavez, avec ses bons côtés et les mauvais. Toujours utile à regarder, pour avoir un jugement nuancé...


Chávez responde a intelectuales de izquierda que critican su


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