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Le blog de Frédéric Delorca

La posture de l'intellectuel

30 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Bader Lejmi a bien voulu écrire ceci sur ce blog :

"Je découvre votre blog.... je discutais récemment avec un ami et on est arrivé à la conclusion, qu'on peut dire à peu près tout ce qu'on veut en France, du moment qu'on prends la posture d'intellectuel et que le jargon est assez obscur pour ne pas déboucher de façon explicite sur une prise de position politique. ce culte de l'intello a ses bons cotés... mais bon de l'autre coté, on ne retient que ce que l'on veut de vous. tout comme barthes et bourdieu sont recyclés pour enrichir le panthéon de la gloire de la france... récemment j'ai entendu citer bourdieu pour contrer ceux qui parlaient de discriminations. pour celui qui citait bourdieu il s'agissait de dire que non, les gens n'étaient pas discriminés, ils partaient juste avec un trop gros handicap... histoire de dire que ça vient d'eux et qu'on peut rien y faire... c'est le revers de la médaille del 'intello qui peut être manipulé pour dire exactement l'inverse de ce qu'il entendait..."

Je dois dire tout d'abord que je ne me considère pas comme un intellectuel. Je suis juriste de profession comme je pourrais être marchand de t-shirts. Ensuite je n'adopte pas de posture. J'ai fait de la philo, je suis docteur en sociologie, j'ai toujours aimé lire, écrire, réfléchir au sens des choses, et j'ai publié des bouquins. Je ne vois pas pourquoi je devrais m'excuser de ça. Ce n'est pas une posture. C'est ce que j'aime faire.

Je ne crois pas du tout qu'il faille avoir un style intellectuel pour pouvoir s'exprimer. Prenons par exemple le blog d'Eva, ou celui d'Hadria, pour n'en citer que deux, il n'y a pas de posture intellectuelle dans ces blogs, et cependan nul ne les censure. La censure légale ne peut porter que sur les crimes (pédophilie, appel au meurtre) ou certains délits d'opinion (apologie de la haine raciale, négationnisme), ce dernier point constituant une particularité française contestable, mais dont les juges font une application modérée.

Le problème concerne l'expression dans les grands medias. Ne sont autorisés à y parler que les gens qui ont le vocabulaire et les idée du journaliste moyen passé par ciences po - impérialisme droit-de-l'hommiste occidento-centré accompagné d'une solide foi en l'aptitude des classes dirigeantes à guider les masses "idiotes", le tout enveloppé dans un vocabulaire aussi chic que superficiel. C'est là le problème. Toute incartade par rapport à cette "doxa" journalistique quant au choix des thèmes (certain thèmes son tabous comme le 11 septembre, autrefois c'était la Serbie), ou quant à la manière de l'aborder (si par exemple vous décidez de dire que l'Iran est un pays assiégé ou que Chavez est un type bien), rique de vous identifier à un des fantômes qui hantent les placards de cette profession (les "staliniens", les "rouges-bruns", les "islamo-fascistes", les "populistes" toutes sortes de clichés dont les racines se trouvent dans la connaissance schématique que les gens ont construite autour de la seconde guerre mondiale). Et si j'ai une fenêtre d'opportunité en ce moment dans les grands médias sur l'anthropologie du corps, ce n'est pas parce que j'adopte une "posture intellectuelle", mais parce que c'est un thème qu'ils aiment et que ce que j'ai à dire n'est pas politique d'une façon parfaitement visible (même si ça le sera en partie d'une manière détournée, comme tout ce qui touche aux sciences sociales).

L'intellectuel, bien sûr, garde une place de prestige, même chez les journalistes peu cultivés, à cause d'une vieille tradition française. Mais cette posture bénéficie davantage à des intellectuels formatés comme Glucksman (qui pérorait encore sur un ton insupportable chez Taddei hier soir) qu'aux intellectuels contestataires.

Concernant Bourdieu, une enseignante lyonnaise me faisait remarquer naguère que les dominants l'aimaient de mieux en mieux pour "naturaliser" les inégalités car sa théorie permettait de culpabiliser les dominés et les décrire comme voués à subir la domination, ce que confirme le propos de Bader sur Bourdieu et la discrimination (j'ajoute cependant qu'il y a une dimension culturelle et pas seulement classiste à la discrimination postcoloniale actuelle que ni Marx ni Bourdieu ne permettent d'intégrer). Ce dévoiement est un effet prévisible (et déjà anticipé du vivant de Bourdieu) de son système. Notez aussi qu'hier Luc Ferry s'exclamait : "Marx avait raison : le capitalisme c'est la révolution permanente !". La tendance des libéraux à s'autoriser de Marx est également bien connue. Derrida (dans Otobiographie) disait que toute théorie est susceptible de faire l'objet d'une lecture de gauche et de droite à cause de l'ambivalence de l'écriture. Je ne suis pas d'accord avec sa conception relativiste de l'interprétation et de la vérité. Mais il est clair que l'invention (ou découverte) intellectuelle dérange toujours un ordre (et fait donc le jeu des contestataires) de sorte que les dominants chercheront toujous à en neutraliser les effets soit en récupérant cette invention, soit en en neutralisant la portée.

Pour ma part je pense qu'en sciences sociales il faut essayer de coller le plus possible aux faits, à la profondeur historique de leurs conditions d'émergence, et, si possible aussi, prendre en compte les acquis politiquement neutres des sciences naturelles. En ce sens les sciences sociales doivent clairement énoncer la partie de leur analyse qui peut être politiquement neutre de celle qui est plus engagée. Sur la partie la plus politiquement engagée l'autorité intellectuelle est nécessairement plus faible. Il n'y a pas de raison "intellectuelle" à être plutôt de gauche ou plutôt de droite, plutôt pour le Tiers-Monde ou plutôt pour l'Occident, plutôt pour les dominés ou plutôt pour les dominants. Chacun des choix politiques engage une vision de l'humanité, mais aucun savoir objectif ne permet, selon moi de dire qu'une vision est meilleure que l'autre. En ce sens mon engagement à gauche n'est pas lié à mes travaux intellectuels, tout comme ne l'étaient pas ceux de Bourdieu et de Marx (quoi que Marx et Bourdieu aient pu en penser). L'engagement est un choix affectif qui se nourrit d'un savoir intellectuel mais qui demeure distinct de ce savoir. C'est pourquoi, pour plus de clarté, j'ai opté pour un nom de plume spécifique pour tous mes textes politiques.
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Révolutionnaires montagnards

29 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Un lecteur de mon roman "La révolution des montagnes" qui m'avait déjà contacté en 1999 quand je tenais un site d'info sur la guerre du Kosovo et qui aujourd'hui a rejoint une communauté anarchiste connue du côté de Sisteron m'écrit ceci cet après-midi après avoir lu ce livre :

"Adessias lo Béarnais

J'y suis depuis 5 ans dans la montagne et le maquis; hote d'une petite communauté "Jansiac" qui essaye de s'y maintenir depuis 30 ans sur une base écolo-libertaire.

Je dois dire que les conditions d'hébergement sont sommaires et que la vie y est des plus frugale. Celà dit les alternatifs et les décroissant ne se bousculent pas pour rejoindre de tel lieux. J'ai l'impression que je vais passer l'hiver seul à la cabane avec les bêtes.

Pourtant 300 Hectares isolés c'est plus grand que la principauté de Monaco ; mais je ne me vois pas initier une lutte pour l'indépendance.

Ton bouquin m'intéresse au plus haut point.

Durant le grand "monome" de 1968 ; nous fumes une douzaines de gamins de 17 à 22 ans à prendre le maquis avec armes et bagages dans les hautes vallées du comté de Nice notre zone d'opération nous permetant de passer réguliérement en Italie pour échapper aux poursuites. Nous nous sommes ainsi "battu" jusqu'à fin Octobre 68. La neige, le froid, et le manque de vivre, nous ont obligés à déposer les "armes".

Il ne reste que la nostalgie d'avoir vécue une aventure dans une zone libérée avec l'appuis des populations locales.

Les montagnes sont certainement les derniers espaces de liberté que nous pouvons partager."


Ce mail sympathique me va droit au coeur. Evidemment pour tous les esprits de gauche désolés de voir les espoirs de changement social confisqués par telle ou telle caste, telle ou telle nomenklatura, le retour à des communautés villlageoises égalitaires façon Sparte est toujours une tentation. Il y a 5 ans, avant la naissance de mon gamin, un ancien pote de Sciences Po qui avait acheté une grande maison (un ancien établissement religieux) dans l'Ardèche pour y contituer une communauté avait tenté de me mettre sur cette voie là. J'avais découvert à travers lui toutes sortes d'expérimentations auxquelles des ingénieurs et toubibs écolos se livrent dans le désert français disons entre le Périgord et les Alpes. Evidemment, tout cela mérite l'attention de l'observateur politique, même si la limite de ce genre d'expérimentation est évidente (limitation géographique, à des franges très particulières de la société). Je pense que ces tentatives (sous réserve qu'elles soient menées honnêtement, et je vois sur certains blogs des critiques acerbes contre l'esprit des organisateurs de Jansiac), sont une sorte de poumon de l'esprit de gauche : des espaces où des choses s'inventent, se testent, des laboratoires.
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Pensées solidaires

29 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Je lis la presse israélienne ce matin, en quête d'infos sur un incident survenu sur l'esplanade des Mosquées dimanche (des extrémistes juifs aidés par la police ont frappé des arabes, la violence de l'occupant en Palestine reste omniprésente). Je trouve dans ses pages de nombreuses interrogations sur le moyen d'améliorer l'image d'Israël dans le monde, et notamment cet article d'Haaretz qui se demande si le porno gay peut sauver Israël. Un rapprochement entre communautarismes gay et sioniste qui peut plaire à Paris (où les deux sont soutenus), mais aussi peut-être l'occasion d'une réflexion encore une fois sur le rapport entre la politique et le corps. Sur Facebook un garçon proche des Indigènes de la République écrivait : "Les mêmes qui trouvent la burqa indécente (inhumaine etc) en France vont promener leurs gros culs dénudés sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem sans aucun espèce de complexe". Ce commentaire lui était inspiré par la dépêche de Reuters : "Mais la police a indiqué que les heurts ont été provoqués par des Palestiniens rendus furieux par la tenue vestimentaire, à leurs yeux indécente, de certains touristes étrangers sur le lieu saint. " Mais après discussion avec lui il m'a indiqué qu'en fait il est plus probable que ce soit une provocation des colons juifs qui ait conduit aux affrontements plutôt qu'une exhibition de nudité. En tout cas, nous savons bien que le rapport au corps est au centre désormais de beaucoup d'enjeux de "coexistence pacifique" en Europe comme en Occident. Et c'est un problème que nos politiques devraient prendre "à bras le corps" si j'ose dire, et sans ethnocentrisme.

A part cela je pense à l'OTAN chérie de notre centre-droit bien aimé. Va-t-elle mourir dans le piège afghan qu'elle avait initialement tendu aux Soviétiques (il y a trente ans) sous les armes de ceux qu'elle a armés telle l'arroseur arrosé (merci M. Brzezinski) ou, un jour sous les missiles de cette "OTAN des pays du sud" que le colonel Kadhafi a promis de promouvoir au dernier sommet afro-latino-américain de Margarita ? A moins que ce ne soit dans le cadre d'une apocalypse nucléaire avec la Chine ? Who knows. Nous avons semé la guerre, nous la semons encore (voyez notre discours irresponsable à l'égard de l'Iran). Nous ne pouvons que récolter le pire en retour.

Je suis d'accord avec ceux qui affirment que l'Occident n'est pas belliqueux uniquement parce qu'il est capitaliste. Il y a un colonialisme spécifique au judéo-christianisme européen, qui n'a pas eu d'équivalent ailleurs (notamment pas du côté de la Chine, qui, pourtant, au début du XIVeme siècle s'était  lancée dans une conquête des océans à laquelle elle a su mettre fin, à la différence des puissances européenne). La culture joue une rôle. Et tout ce qui peut nous guérir du bellicisme et de l'intégrisme de notre culture sera bon à prendre.

Après notre pensée pour le peuple palestinien, une pensée pour le peuple hondurien dont la dictature ferme les médias indépendants et qu'il soumet à l'état d'urgence. Le Honduras est une pièce de la reconquête réactionnaire de l'Amérique centrale. Ne comptez pas sur nos médias pour vous en parler.

Une pensée aussi pour les Guinéens. Après l'échec des démocraties fantoches issues du processus de La Baule initié il y a vingt ans, voici revenu le temps des dictatures en Afrique. A quand un processus "bolivarien" sur ce continent ?

Triste époque. En Europe obsession sécuritaire, xénophobie, paranoïa de la grippe A sont notre lot quotidien. Rien qui puisse aider nos concitoyens à réfléchir. Qui s'étonne ensuite que Sarkozy, Berlusconi et Merkel fassent de bons scores à chaque élection, tandis que des partis au service du néo-libéralisme comme le FDP en Allemagne, les Verts et le Modem en France récupèrent les décombres de l'effondrement des sociaux-démocrates ? Et n'est-il pas dérisoire de se consoler en disant que Die Linke passe de 8 à 12 % (dimanche dernier en Allemagne), que le bloc de gauche au Portugal progresse ou que la gauche de la gauche marque des points à Corbeil-Essonnes ?

Je trouve incroyable que le suicide des cadres de France Télécom dont on parle aujourd'hui ne donne pas lieu à un grand débat national sur le totalitarisme des nouvelles formes de management, que l'on tolère avec la même placidité que le recul des avantages sociaux des salariés et les cadeaux énormes faits aux entreprises et aux banques. Le déficit public français atteint les 8 % cette année, qu'attend-on pour mettre fin aux exonérations fiscales des entreprises, et contraindre celles-ci à cesser de détruire le tissu social ? Quand nationalisera-t-on les banques pour les empêcher de reconstituer leurs bulles spéculatives au lieu d'endetter nos enfants pour leur survie ? Quand ponctionnera-t-on sur leur bénéfice l'argent nécessaire alphabétiser les populations les plus pauvres du tiers-monde et leur donner les moyens de se nourrir ? (évidemment nous ne le ferons pas, si les opinions publiques européennes s'étaient réellement souciées un jour du tiers-monde cela se saurait et le FMI n'existerait pas). Tout le monde se résigne chaque jour davantage à voir nos sociétés glisser vers les logiques les plus destructrices. Il faut laisser le business faire son beurre, toujours, et que les Etats jouent les pompiers, à la marge.  Les européistes béats étaient ravis au colloque de l'école militaire  jeudi dernier de voir nos armées patrouiller au large des côtes de Somalie (l'opération Atalante). Aucun ne se demandait s'il n'eût pas été plus judicieux d'éviter la destruction par les multinationales du poisson au large des côtes somaliennes (et des autres pays du Sud) et d'aider à la reconstruction du tissu social somalien plutôt que de maintenir la population de ce pays dans la dépendance alimentaire et de la pousser vers la piraterie. Tant qu'il y a des gens pour payer leurs impôts à des Etats superflics nationaux et planétaires, pourquoi se gêner ?
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Expérimentations

28 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

J'étais censé aider une hardeuse dissidente à publier son autobiographie fin septembre. Mais elle est passée à Paris en "oubliant" de me contacter, et en ne répondant pas à mon SMS. Parallèlement comme je rencontrais une blogueuse très introduite dans la com' des multinationales qui veut bien contribuer un peu à donner de la "visibilité" à mes bouquins, du coup j'ai proposé à cette dame de l'aider à publier ses nouvelles érotiques, ce qui ne me permettra plus d'aider la hardeuse et éloigne la perspective (un peu folle, mais qui avait sa logique interne) que j'avais envisagée cet été de devenir le préfacier d'un livre d'une star du X. Ainsi va la vie.

Des "amis" remuent le couteau dans la plaie en me demandant en ce moment si je vais faire qualifier ma thèse devant le Conseil national des universités. Une fois de plus, la troisième depuis 2006, je reporte l'échéance. C'est peut-être suicidaire moi qui viens de passer mon 39ème anniversaire. Mais de toute façon n'ayant même plus de contact avec mon ex directeur de thèse, à quoi bon chercher la moindre reconnaissance de ce côté là ? Tous les universitaires que j'ai croisés, y compris les membres de mon jury de thèse, me voient comme un diplômé des grandes écoles qu'ils envient un peu, qui est venu s'amuser chez eux, mais dont la présence parmi eux les gènerait plutôt qu'autre chose, alors à quoi bon ? A quoi bon monter sur leur Titanic ? Ma nouvelle vie professionnelle en Seine Saint Denis ne sera peut-être pas rose, mais le choix est entre faire ça où aller candidater d'une fac à l'autre pour devenir maître de conf, être payé deux fois moins qu'aujourd'hui (avec tous les problèmes pour l'éducation du gamin) et enseigner Durkheim... Ce serait une forme de stabilité oui (alors que la Seine Saint Denis offre un avenir très précaire). Mais l'entrée à l'université présente un rapport coût/avantage bien plus défavorable encore, me semble-t-il.

Pour le moment, tout est suspendu à ma prise de fonctions dans le 9-3 jeudi prochain, y compris la publication de mon prochain livre "Incursion en classes lettrées" que mon éditeur adressera à l'imprimeur à ce moment-là. Je n'ai aucune visibilité sur mon emploi du temps au delà du 1er octobre (à part ma participation au salon du premier roman de Draveil et à une conférence universitaire sur la nudité à Cannes en novembre).

Je sais gré à certains lecteurs d'entretenir la flamme de ma réflexion par des suggestions de lecture comme les livres de Christian Arnsperger (dont je vais peut-être tenter de faire une recension pour Parutions.com, au moins pour le plus récent d'entre eux). Je suis voué, je crois, à rester dans l'expérimentation en free lance.

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Honduras : les putschistes, le droit international et l'argent

28 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

L'histoire hongroise a gardé le souvenir des tanks de Khrouchtchev tirant sur l'ambassade de Hongrie en 1956 où s'était réfugié le président légitime Imre Nagy. L'histoire latino-américaine retiendra celle du gouvernement putschiste de Tegucigalpa, probablement encouragé par les secteurs conservateurs de l'apareil d'Etat américain (ceux qui traitent Obama de "singe" en ce moment) balançant des gaz toxiques dans le locaux l'ambassade du Brésil où s'est réfugié le président légitime et Manuel Zelaya, et menaçant le Brésil de faire perdre à cette ambassade son immunité diplomatique "Si dans les dix jours le statut de Manuel Zelaya n'a pas été défini".

En Occident on n'entend toujours aucun appel au respect du droit international, ni à la mobilisation de la "communauté internationale" (qui pourtant à l'ONU la veille avait condamné l'usage des gaz à l'ambassade du Brésil). L'AFP ce jour intitule juste placidement sa dépêche "le gouvernement putschiste du Honduras hausse le ton face à l'opposition". Le mot de "provocation" qu'on emploie à tout bout de champ à propos de Kadhafi ou d'Ahmadinejad ne ressort jamais quand on parle de la droite hondurienne ?

Aux Etats-Unis le Miami Herald, relève que le président "de facto" Micheletti se sent "appelé par Dieu dans le cadre d'une mission divine". In God we trust. Pour le moment, ce sont surtout les milieux d'affaire qui soutiennent Marinetti. Les businessmen américain qui soutiennent Micheletti ont été privés de visas par le gouvernemen états-unien dit-on. Mais on ignore lesquels. On sait qu'au Honduras le coup d'Etat a été financé par dix grandes familles honduriennes recensées par la chercheuse Leticia Salomón.

Les soutiens aux Etats-Unis sont plus obscurs. Dans le champ académique, parmi les supporters de Micheletti, Susan Kaufman Purcell, directrice du Center for Hemispheric à l'université de Miami. Une enquête sur le Net situe ce centre dans le champ d'influence de Valero Energy Corporation, société texane, premier raffineur pétrole aux USA très en pointe dans les biocarburants. Elle contribue au financement de candidats des deux bords politiques aux Etats-Unis, mais penche plus du côté des républicains. Au Honduras, le pétrole est raffiné par Texaco mais Valero en 2006 était partie prenante d'un projet de création en consortium avec d'autres sociétés d'une nouvelle raffinerie dont le Honduras pouvait être un des sites d'accueil, et cette entreprise est aussi intéressée par l'investissement du Honduras dans les biocarburants.

FD
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Le spécialiste dans les médias

25 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

J'ai publié il y a un an un article Puppet on a string qui m'avait valu les foudres de JD à l'époque. J'ai déjeuné tantôt avec une fille qui présente les mêmes caractéristiques à quelques détails près que celle que je décrivais l'an dernier, dans le registre "femme d'influence, qui a fait sciences po" (quatre ans après celle de l'an dernier), qui se trouve à un noeud relationnel important au coeur du système capitaliste parisien et qui, mécontente de "faire la pute" au service de ce système dans la journée (ce sont ses propres mots), écrit des blog "dissidents" sous pseudos. La comparaison s'arrête là, car je crois que celle-ci a bien plus de valeur morale que la précédente. Je l'apprécie beaucoup en tout cas. Elle m'a donné des clés pour que je me vende aux grands médias comme spécialiste de l'anthropologie du corps. C'est étrange. Ca a l'air tout simple finalement. Tout simple, et en même temps cela fait un peu peur. On voit bien le truc : on devient un agent de communication comme un autre, dans un système où tout n'est que flux. On vend son image jusqu'à ce que le système s'en lasse et vous préfère d'autres "spécialistes". Entre temps vous aurez bénéficié de cette mélasse pour être publié par de plus grands éditeurs... dont les livres se distribuent par milliers.... et finissent au pilon... rien ne restera de cette aventure.

Je pourrais être tenté d'accepter, parce que je n'ai rien à perdre. J'ai mon statut de juriste, ma légitimité universitaire avec mes diplômes et mes livres qui dorment dans les réserves de Yale, Harvard, la Sorbonne. Le système peut se servir de moi comme d'un kleenex, je retrouverai toujours ma recherche personnelle in fine. C'est peut-être un coup à tenter pour comprendre mieux le monde où je vis...
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Missions dans le 7 ème

24 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Me voilà de retour de mes pérégrinations dans les beaux quartiers (des quartiers de plus en plus triste du reste).

La conférence qui durait de 9 h à 16 H fut particulièrement rébarbative. Je soupçonne que le patron de BRN a pu croire un instant que la Politique européenne de sécurité et de défense allait transformer l'Union en un aigle d'acier qui détruirait le monde. Mais il n'en est rien car à l'évidence l'UE reste assez divisée sur le militarisme, beaucoup préférant la protection de l'oncle Sam. Le ministre Hervé Morin ayant dit que l'Europe peut être "à la fois Vénus et Mars", j'ai voulu intituler mon papier "Aux armes Vénus européenne", on verra si ça passe.

Le ministre de la défense au début de la conférence était à tu et à toi avec tout le monde. On avait l'impression d'une réunion de famille. Les filles avaient des airs de bourgeoises coincées, les hommes bien élevés se lavaient longuement les mains aux toilettes. Tous sentaient le déodorant à 10 mètres. Un d'eux a remarqué qu'une des intervenantes du ministère (qui a un physique d'Inde du Sud) était "très bronzée mais avec un nom bien français", une remarque berlusconienne. C'est à ce genre de chose qu'on sait qu'on est au milieu des centristes chrétiens. Quel délice...

De l'école militaire je pourrais garder plutôt l'image des gradés qui faisaient tous deux têtes de plus que moi, qui se sont levés comme un seul homme quand le ministre et arrivé et qui se sont tous barrés quand il est parti, laissant le reste de la salle à ses ratiocinations - ça s'est carré. Mais non, j'ai préféré encore la toute première vision : celle de cette sous-off féminine (ou peut-être était un capo, je n'ai pas bien regardé) en treillis et béret qui faisait courir en rond autour d'elle un beau cheval au bout d'une corde. Je n'aurais pas pensé que quelqu'un quelque part avait ce genre de chose à faire à 9 h du matin chaque jour à Paris quand je prends mon petit dej'.

Puis j'ai filé à 18 h à l'Institut de la démocratie et de la coopération, dirigé par le très thatchérien M. Laughland et pourtant financé par M. Poutine... Deux vieilles dames égocentriques qui s'étaient distinguées il y a dix ans dans l'action contre le bombardement de la Serbie (de rares anti-OTAN de gauche à cette époque-là) trônaient au milieu de la salle. Il y avait aussi un vieux monsieur de l'Appel franco-arabe. S'il n'y avait pas eu deux ou trois jolies filles russes sur les bas-côtés, je crois que j'aurais vraiment déprimé. Comme je le disais hier, on parlait de Vassily Kononov. L'avocat russe s'est attaché à démontrer que le gouvernement letton veut criminaliser la résistance russe et blanchir les bourreaux nazis, en violation des attendus de Nüremberg. Il semble qu'un des noeuds factuels de cette affaire tienne dans le fait de savoir si les 9 personnes qu'a tuées M. Kononov étaient des miliciens pro-nazis comme le soutient l'avocat : il dit avoir les preuves, mais évidemment nous autres du public n'avons rien pu vérifier. J'ai repensé à la phrase d'Houria Bouteldja à propos du Hezbollah : "Il n'y a pas de résistance propre". Un des amis républicains espagnols de mon grand père, dans la résistance communiste dans le sud-ouest de la France en 44 a fait torturer à mort par erreur un pilote anglais qu'il croyait allemand. Suite à une enquête de la famille de la victime, il a dû retourner en Espagne où il fut tué par les franquistes. N'importe quel petit malin révisionniste poudré et cravaté aujourd'hui pourrait faire un procès posthume  pour crime contre l'humanité à ce brave résistant espagnol pas doué pour les langues étrangères. En Russie les autorités ont peur que les Lettons nous fassent avaler la thèse du "nazisme moindre mal face au communisme" et de "Staline fauteur de guerre". Elles ont bien raison de s'inquiéter. Cela me rappelle les débats autour de l'historien allemand Nolte qui, il y a trente ans, voulait à tout prix voir dans la montée de l'hitlérisme une légitime défense face au péril rouge. Un serpent de mer de la propagande.

Au fait, ça n'a rien à voir mais j'y pense maintenant : vous ai-je dit qu'Hugo Chavez dans les anées 1990 était blairiste ? C'est Collon qui le rapporte dans son dernier livre. On n'imagine plus aujourd'hui l'attrait que le "caniche de Bush", Antony Blair a pu exercer sur diverses personnalités en un temps. En 2000 (malgré son attitude criminelle dans les Balkans et en Irak qu'il bombardait déjà, but nobody cared) il était même chic de citer son conseiller Antony Giddens dans les facs de sociologie. Je ne crois plus que ce soit le cas. Heureusement.
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Au menu demain (24 septembre)

23 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Internet stérilise complètement. Au lieu de marcher sur le pont Mirabeau en cette belle journée ensoleillée ou de commencer à écrire un roman, j'ai passé mon temps à zapper d'un profil à l'autre sur Facebook.

Adolfo Ramirez a posé la bonne question concernant la reprise de mes vidéos. Mais j'hésite. Le lecteur Edgar les tourne en dérision. Et les anglophones n'y comprennent rien d'autant que le micro est faible.

Demain je passe ma journée en mission dans le 7 ème arrondissement de Paris. Je couvre un brainstorming sur la défense européenne pour le compte de BRN à l'école militaire (bonjour la déprime), puis j'assiste à une conférence sur l'affaire Kononov à l'Institut de la démocratie et de la coopération. Selon le carton d'invitation "Vassily Kononov, né en Lettonie en 1923, a adhéré à l’Armée rouge en 1941 pour combattre l’occupant nazi.  Il devint commandant d’un groupe de partisans.  Décoré pour héroïsme par l’Union soviétique, il est condamné pour crimes de guerre par la Lettonie en 2004. Ce jugement a été cassé par la Cour européenne des droits de l’homme en 2008.  La Lettonie a interjeté appel, soutenue par la Lituanie. Un second jugement est attendu avant la fin de l’année." Me Mikhail Ioffe, avocat de Vassily Kononov à la Cour européenne des droits de l’homme, vient présenter à Paris cette affaire très révélatrice du révisionnisme de notre époque.

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Un peu découragé

21 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Un historien spécialiste des réfugiés espagnols de 1939 m'a écrit hier pour encenser les mémoires de mon grand-ère que j'ai traduites et annotées. Il touve qu'elles éclairent sous un jour nouveau bien des événements, sur la chute de Barcelone notamment. Bien évidemment tout le monde se fout des mémoires de mon grand-père, tout comme tout le monde se fout éperdument de mes écrits anti-impérialistes. Ce qui fait le "buzz" en ce moment, c'est une interview que j'ai donnée sur la nudité, qui a été reprise par un blog très connu auquel une quarantaine d'autres blogs sont connectés. J'avais déjà remarqué cela en 2007. J'avais écrit sur la guerre du Kosovo, celle d'Irak, j'avais dirigé l'Atlas alternatif. Tout le monde s'en foutait. En revanche dès que j'ai signalé que j'écrivais en anthropologie du corps on a commencé à m'inviter à des conférences.

Autre facteur de découragement : l'impossibilité croissante de l'idée de nation (entendue dans un sens républicain progressiste) à servir d'alternative à l'Europe néo-libérale.

Un copain m'écrivait ce matin : "Nous attendons comme les nazis le moment favorable et le prétexte pour frapper, impitoyablement. (Voir l'Iraq et l'Afghanistan, qui me rappellent le Vietnam mais aussi la guerre coloniale de Napoléon III au Mexique. J'espère que nos troupes vont en baver. Comme dit Flaubert, le drapeau a servi à couvrir tant d'ignominies qu'il est couvert de merde et de sang et ne mérite aucun respect.)"

La dernière phrase m'a étonné dans sa bouche car ce type a sympathisé avec Debout la République pendant la campagne des européennes.

A la fête de l'Humanité je disais à un internationaliste au stand du Nicaragua : "Vous avez du Habana Club et pas du Bacardi, c'est bien, le Bacardi est le rhum de la mafia cubaine en exil". Il m'a répondu : "Oui. Le Bacardi est aux cocktails ce que la Marseillaise est à la fête de l'Huma".

Je n'ai pu m'empêcher de répondre : "Sauf que la Marsaillaise fut un chant révolutionnaire, et Bacardi n'a jamais été révolutionnaire"

Sur LCP il y a 15 jours, les gendarmes du GIGN dans un documentaire présentaient ainsi leur motivation : "on fait ce job parce qu'on aime notre famille, nos amis, et les gens qui sont morts pour qu'on soit ce qu'on est". La journaliste ajoutait, perspicace pour une fois : "Il leur manque un mot, ils n'osent pas prononcer le PATRIE". On est loin du slogan que je vois dans un congrès de l'Institut national de la Femme vénézuélien (Inamujer) : "Consciencia de clase /Consciencia de Patria /Consciencia de Género" (voyez la photo en p. 51 de la revue Debate abierto, n°33 vol XII-2008)

Je suis étonné de voir le drapeau, la Marseillaise, la patrie si discrédités chez tout le monde en France. Cela voue mon "Programme pour une gauche fraçaise décomplexée" à l'échec. Et du même coup toute rupture sérieuse avec l'Union européenne. Il n'y a aucune base sociale à ce niveau pour une alternative à l'UE néolibérale.

Moi qui suis franco-aragono-catalano-gascon je n'ai pas de dispositions particulières pour la patriotardise (pas plus que la plupart des gens de mon âge). Et donc en faire mon deuil ne me coûte pas. Mais, du coup, je perds une option intellectuelle, une base possible pour une alternative. Et je vois bien que personne n'en a d'autres de rechange.

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L'armée vue de gauche

20 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

A la suite d'un contact avec l'ARAC à la Fête de l'Humanité la semaine dernière, j'ai ramené un stock de revues utiles, Le Réveil (qui est le journal de leur association) bien sûr, mais aussi les cahiers de l'Institut de documentation et de recherche sur la Paix de juin 2009 dans lequel je trouve un bon article de Daniel Durand "Sécurité paneuropéenne : un mythe dépassé" à propos des débats sur l'avenir de l'OTAN, les ambiguités du concept de "sécurité paneuropéenne" telle que l'entendent les Russes, et les absurdités de la politique de M. Sarkozy (en revanche les lecteurs de cette brochure pourront s'abstenir de lire les pauvres analyses de Dérens et Samary sur les Balkans).

Je lis aussi le numéro 108 la revue "Défense et citoyen" (en ligne sur Internet, il exite aussi en version papier) de la Fédération des Officiers de Réseve  républicains et de la Fédération des Officiers Mariniers et Sous Officiers de Réserve Républicains (FORR-FOMSORR), des structures basées à Ivry et qui sont nées dans l'atmosphère anti-fasciste des années 1930. J'y trouve un très bon article de Jacques Sapir sur le livre du général Vincent Desportes "La guerre probable" qui nourrit une réflexion intéressante sur l'incapacité d'un Etat néo-libéral à consolider une conquête militaire (comme on l'a vu avec les Etats-Unis en Irak), sur la forte capacité d'apprentissage d'une armée citoyenne comme le Hezbollah et sur l'importance d'entourer les moyens militaires d'une stratégie politique de soutien aux populations (ce que les auteurs américains de la Révolution dans les affaires militaires, qui ne pensent qu'en termes de technologie, sont incapables de comprendre).

Parallèlement cette semaine, je reçois le bulletin trimestriel de l'association grenobloise "Initiatives Citoyenneté Défenses" (ICD) "L'arme et le paix" dont l'édito signé par Denis Anselmet (le responsable de l'association qui m'avait contacté à août) est consacré à l'alignement de la France sur les USA et à la privatisation de la torture, un sujet qu'ils avaient aussi examiné dans leur numéro de juillet 2005 téléchargeable ici.

Toutes ces revues baignent dans la dénonciation de l'alignement de la France sur la notion d' "Occident" et le projet de démantèlement de l'héritage du Conseil national de la Résistance.

Bien que je n'aie jamais été un passionné de stratégie ni de la chose militaire, je continue de penser que  ces revues qui touchent au coeur régalien du pouvoir français et veulent l'infléchir "à gauche", devraient être mieux diffiusées dans des cercles progressistes qui, de plus en plus coupés de l'armée, envisagent les relations internationales sous un angle anti-militariste assez abstrait (je pense aux cercles anticapitalistes, à diverses composantes du PC, aux associations d'immigrés). Le lien intellectuel entre ces diverses nébuleuses de la gauche n'est pas facile à faire. Mon Programme pour une gauche française décomplexée faisait un peu signe vers cela. On ne peut pas penser un monde pacifique sans réfléchir à l'usage que la France doit faire de son armée dans cette perspective.

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Le Parti communiste d'Inde marxiste (CPI-M) et la lutte des classes (suite)

19 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Un ami du bulletin dont je vous parlais me répond à propos du PCI (M)

"Les conflits au Bengale avec les naxalistes c'était, dans les années 1960 début 1970. Aujourd'hui les naxalistes sont surtout présents au Bihar, Orissa, jusqu'au sud de l'Inde. Au Bengale occidental beaucoup moins et, effectivement, ils ont été éliminés dans les années 1960-70, par l'armée centrale indienne, mais on ne peut pas dire que le CPI-M n'ait pas coopéré à cette élimination, ou tout au moins fait comme s'il ne voyait pas (à vérifier tant les opinions sont partagées). Cela étant, les élections donnent toujours le CPI-M gagnant depuis cette date, ce qui démontre son ancrage populaire.

Sur le plan international, le CPI-M a une position radicalement correcte, anti-impérialiste (et c'est la position des PC qui comptent en plus, ceux d'Afrique du Sud, du Brésil, de Chine, du Japon, du Viet-Nam, de Russie, de Grèce, etc), et de notre point de vue, c'est ce que nous devons me semble-t-il retenir. la question quels communistes soutenir est une question interne aux Indiens à laquelle nous ne pouvons pas nous mêler, d'autant plus que le CPI-M est le plus grand parti jusqu'à preuve du contraire. C'est aussi pour cela que notre bulletin a eu des contacts aussi avec le CPI, mais que ces contacts sont toujours passés par un accord avec le CPI-M. Si un jour les naxalistes prennent le dessus (comme au Népal où c'est exactement le contraire qui s'est passé, les maoïstes ayant dépassé en ancrage le PC local pro-CPI-M) alors on pourra revoir les choses. Si nous devions avoir des contacts privilégiés au Népal, cela devrait être avec les maoistes avant tout en revanche, pour cette même raison.

Pour avoir discuté avec les uns et les autres, mon impression est que les deux tendances ont leurs propres bases sociales très différentes, mais toutes deux populaires, les uns dans les villes et chez les salariés, les autres dans les campagnes et chez les sans terres les plus pauvres, et qu'ils sont objectivement complémentaires, même s'il y a eu des conflits entre eux, ce qui est regrettable, mais ce n'est pas la première fois dans l'histoire des mouvements révolutionnaires. C'est pour cela qu'on a soutenu le FLN algérien et pas le PCA en première ligne. Tu sais aussi comment cela s'est passé pendant la guerre d'Espagne mais ce n'était pas aux étrangers de choisir entre le PCE et le POUM ou d'autres (même si l'URSS l'a fait, ce qui fut sans doute une erreur)."


Ce mail est intéressant, mais il m'a semblé "à côté" du problème soulevé par  Jairus Banaji  qui est celui d'une leader syndical battu par des villageois selon lui à la demande de cadres du PCI(M) parce qu'il a défendu les employés d'un programme de développement géré par ce parti...

Après une nouvelle objection, voici les remarques complémentaires que je reçois :

"Tu as raison et je suppose qu'il y a autoritarisme. En revanche il n'y a pas de vrai recul du CPI-M électoral en terme de voix. En terme de siège oui, et pour ses alliés aussi en terme de voix, mais pour lui-même il a pratiquement le même pourcentage de voix que précédemment (à quelques, 0,xxx % de voix prêts) ...Ce qui ne veut pas pour autant dire que tout baigne ! A cet égard, il est intéressant de lire les communiqués de son dernier comité central post-électoral.

Il est clair que les naxalistes représentent une force réelle (quoique malheureusement divisés en plusieurs scissions) qui a choisi dès l'origine la voie de la lutte armée, accompagnant un combat syndical de masse en particulier parmi les travailleurs sans statuts et dispersés, ce qui est tout à fait compréhensible et répond à la terreur régnant dans certaines régions ou poches régionales de l'Inde de la part des propriétaires. On peut comprendre que la fraction moins terrorisée de la population préfère des moyens plus "classiques" et il est normal que les deux voies se heurtent parfois, d'autant plus qu'il y a des inimitiés anciennes et du sang.

Par ailleurs, le rapprochement avec l'autre frère ennemi du CPI (plus à droite dans les faits) et d'autres partis de gauche ne peut pas ne pas avoir d'effets sur les rapports avec les groupes plus à gauche, surtout les naxalitses. Donc bien entendu le navire tangue. C'est humain. Regrettable mais humain.

Et sans doute l'écho de ce qui se passe dans la Népal voisin du Bengale doit aussi éveiller certaines passions de part et d'autres. Imaginons ce que serait la gauche française s'il y avait une révolution armée du PTB en Belgique qui serait arrivé au pouvoir (on peut toujours rêver !) ?

Même si dans les faits la pratique des maos au Népal ne semble pas très différente de celle du CPI-M au Bengale depuis qu'ils sont au gouvernement. Mais il faudrait scruter cela plus précisément.

Au moins peut-on dire une chose, là-bas, il se passe des choses !!!
et les contradictions portent sur des enjeux réels, et les comportements sont à la hauteur de ces enjeux !!!
Effectivement, il faut les observer, les analyser, mais on ne peut pas faire plus. "
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Le Parti communiste d'Inde marxiste (CPI-M) et la lutte des classes

18 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Vous savez que je ne suis pas enclin à entrer dans les conflits internes de la gauche. Je cherche juste à savoir où je mets les pieds quand je vais quelque part. Et, comme à la Fête de l'humanité, j'ai promis à un ami communiste de collaborer à un bulletin qui est très soutenu par le Partido communista do Brazil, le Parti communiste sud-africain... et le Parti communiste d'Inde marxiste (CPI-M), il me fallait comprendre un peu mieux ce qui se joue autour de ce parti dont on a vu qu'il a un peu reculé aux dernières élections législatives indiennes mais qui administre l'Etat du Bengal occidentale (un Etat où sévit par ailleurs une rébellion maoïste - naxaliste - des exclus de la globalisation libérale).

Comme le collaborateur de l'Atlas alternatif qui enseigne à Trinity college (aux USA) Vijay Prashad faisait l'apologie sur Facebook ce matin du livre de Prabhat Patnaik "The Public and the Private" qui explique pourquoi les paysans indiens aujourd'hui se suicident plutôt que de se syndiquer, un certain Jairus Banaji s'est répandu en imprécations contre le CPI-M en ces termes : "If Prabhat’s article is an attack on the current policies of governments led by his party in states like West Bengal, why doesn’t he express that in a more transparent way? Wasn’t it a CPM-led government that came down against the agitation of the Kanoria Jute Mill workers in the middle Nineties? Did he say anything at the time? When Nandigram exploded, it was Prabhat who defended ‘revolutionary violence’ (!!) , i.e. state repression of a mass movement."

Comme je suis néophyte, j'ai appris ainsi que Prabhat Patnaik était un économiste très connu du CPI (M). Il dirige le comité de planification du Kerala qui est aussi administré par le CPI (M).

J'ai dans un premier temps songé que Jairus Banaji  devait être trotskiste. Malgré ce risque de parti pris je l'ai néanmoins contacté via Facebook et interrogé à la fois sur son appartenance partisane et sur les faits qu'il reprochait au CPI(M) ainsi que ses sources.

J'ai reçu cette réponse dans l'après-midi :

"Dear Frederic, The CPI(M) remains one of the most unreconstructed Stalinist parties anywhere in the world. Many of their leaders still admire Stalin and one of their two key leaders, Sitaram Yechury, has even written a long eulogy of Stalinn by way of introduction to someone else's book. The CPM-led government in Bengal has never encouraged worker action or the wider interests of the labour movement and when they feel threatened by independent movements, they react with ferocious sectaranism and violence. Here is an example of how they have almost murdered the leaders of an independent agricultural workers' union called the PBMKS.
Look up
http://www.mail-archive.com/jharkhand@yahoogroups.co.in/msg04339.html

About the Kanoria mills struggle, the best source would be journals or magazines like the Economic and Political Weekly and Frontier from that period (1994 on). EPW is available on line. You can also try googling 'Kanoria jute mills workers' or some combination like that to get more material.
I am of course a Trotskyist in the eyes of the CPM, I was in the International Socialism group till 1972 when I came to India after studying in the UK. Today I see myself simply as a revolutionary Marxist...
Hope this helps, in solidarity,
Jairus"


Je connais depuis longtemps les accusations de l'extrême gauche contre les communistes, accusations qui ne sont pas toujours dépourvues de fondements factuels. Je ne pouvais pas les ignorer dans le cadres de mes éventuels contacts avec le CPI (M) d'autant que je serai un peu confronté à une situation analogue en Seine-Saint-Denis (où le PC est une "middle class" au dessus des classes populaires). Evidemment en Inde (comme en Espagne en 1937-38), la situation est particulièrement grave puisqu'on accuse le CPI (M) d'avoir du sang de travailleurs sur les mains. Cette gravité particulière est presque "naturelle" dans le Tiers-monde où la violence des rapports de classes est plus accentuée qu'en Europe (certains disent même que ces rapports sont violents pour que les nôtres puissent être plus doux). Sans adhérer totalement aux thèses de cet accusateur du CPI(M), dont j'apprends d'ailleurs qu'il est l'auteur d'un livre Agrarian Change In Late Antiquity in India (Presses universitaires d'Oxford), je ne puis manquer de les prendre  en compte.
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Mes livres dans les milieux parisiens

18 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications

J'ai été interviewé hier par une revue parisienne branchée sur un livre d'anthropologie sur la nudité que j'ai publié sous mon nom d'état civil à l'automne 2008. Bien sûr la moitié de mes réponses (que j'ai essayé de faire courtes) ont été coupées et réduites de moitié, et le journaliste a déclaré qu'il intègrerait le reste dans son propre article sur la nudité à la TV (nul n'est propriétaire de ses idées), mais cela ne me gène guère. L'important était que le journaliste ait lu mon livre (ce qui était visiblement le cas), et qu'on parle de l'ouvrage pour mon éditeur (je ne cherche pas à en vendre de tonnes mais juste un minimum pour qu'il pense n'avoir pas eu tort de m'accepter dans son catalogue).

Il s'agit d'une troisième mention dans les milieux parisiens après une bonne recension de la revue Sciences Humaines au printemps, et une interview sur le blog de Lili Castille (je devrais peut-être aussi compter l'interview dans Le Mague dans ce registre, mais je crois que ce magazine est girondin).

Je ne pense pas que ce succès relatif auprès des médias nuise à mon image dans l'université (où je suis mal implanté, je n'ai même pas eu le courage de postuler pour la qualif). Celle-ci connaît une telle crise. L'étudiante (doctorante) qui m'invite à la conférence de Cannes paraissait trouver plus intéressants mes textes que ceux qu'elle avait lus sous la plume de certains universitaires sûr le même sujet. Beaucoup de profs ne croient plus en ce qu'ils font et la qualité de la recherche s'en ressent. Dès lors un outsider comme moi n'est plus aussi handicapé pour mener une recherche indépendante, d'autant que beaucoup de moyens d'information indépendants (notamment Internet), me permettent de constituer progressivement un public. J'attends néanmoins beaucoup de la conférence de Cannes où, d'après l'organisatrice, je serai devant un public de chercheurs qui ont besoin de cadres de pensée pour leurs travaux. Sera-ce la première et dernière fois où je serai conduit à infuencer de très près des chercheurs ?

En tout cas, je n'ai toujours pas trouvé le moyen de faire le lien entre mon livre sur la nudité et mes livres politiques. J'ai proposé avant la Fête de l'Humanité un opuscule sur socialisme et érotisme au Temps des Cerises, mais ceux-ci n'ont pas l'air chaud pour me répondre.
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Constructivisme cérébral

18 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

"Le cerveau humain fonctionne avec un programme de stimulation de premier choix. !nos yeux ne donnent pas à notre cerveau un photo fidèle de ce qui existe, ou un film exact de ce qui se passe en temps réel. Le cerveau se construit un modèle sans cesse mis à jour : mis à jour par des pulions qui bavardent le long du nerf optique, mais quand même construit. Les illusions optiques nous le rappellent bien. Une classe majeure d'illusions, dont le cube de Necker est un exemple, se produisent parce que les données sensorielles que reçoit le cerveau sont compatibles avec deux modèles alternatifs de la réalité. (...) Et c'est la même chose pour ce qu'on entend. Quand on entend un son, il n'est pas fidèlement transporté dans le nerf auditif et relayé dan le ceveau comme par une chaîne hi-fi haut de gamme. Comme pour la vision, le cerveau construit un modèle de son fondé sur des données nerveuses auditives continuellement mies à jour. Voilà pouruoi on entend un coup de trompette comme une note unique plutôt que comme un ensemble d'harmoniques de sons purs qui lui donnent ce rugissement cuivré. La même note jouée sur une clarinette aura un son "boisé" et "de roseau" sur un hautbois du fait de leurs différences d'équilibre des harmoniques. Si vous manipulez soigneusement un synthétiseur de sons pour produire une à une les différentes harmoniques, le cerveau les entend comme une combinaison de tons purs pendant un court intant, jusqu'à ce que son programme de stimulation "l'attrape", à la suite de quoi on n'entend plus qu'une seule note de trompette, hautbois ou autre."

Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Robert Laffont  2008 (p. 97-99)
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Sociologie du corps

16 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Malédiction de la pédagogie : à 17 h 30 je voyais une jeune doctorante qui travaille sur la nudité dans la danse pour préparer avec elle une conférence que je dois donner prochainement. Cette jeune femme avait de très jolis yeux. Elle récitait les grands axes d'un de mes livres qu'elle avait lu avec sérieux et ferveur, et évidemment comme c'était à craindre, d'un bout à l'autre de la conversation je mourrais d'envie de lui faire l'amour. C'est le lot, je pense, de beaucoup d'enseignants à l'université, et plus encore de ceux qui enseignent l'anthropologie ou la sociologie du corps (un d'entre eux dans le Sud a même écopé d'un procès pour harcèlement de la part d'une de ses étudiantes). J'ignore comment la plupart de ces pédagogues gèrent ce problème : franchissent-ils le pas du passage à l'acte? Que le pas soit franchi ou pas, je suppose que c'est un obstacle à la progression sereine de l'enseignement de cette discipline et une des raisons pour laquelle elle est si peu développée. J'avoue n'y avoir point songé auparavant moi qui suis toujours demeuré à l'écart de l'université.

Un journaliste d'une revue branchée veut m'interviewer sur la nudité, la même semaine qu'une blogueuse, elle aussi bien introduite dans les milieux journalistiques parisiens, publie une autre interview de moi.

Disons que c'est ma pause "a-politique" après le dernier weekend très intense à la Fête de l'humanité. D'ailleurs ce n'est pas si apolitique qu'il y paraît : rappeler, en réconciliant anthropologie naturelle et anthropologie culturelle, que l'homo sapiens est un animal, c'est faire signe vers une question nouvelle : que peut être une société qui fait le deuil complet du spirituel - qu'est-ce qu'une institution qui assume complètement la corporéité de ses composantes et de ceux qu'elle administre ? Voilà une question que l'humanité n'a jamais sérieusement affronté parce que notre cher cerveau, en grande partie protégé de par son anatomie-même, du reste du corps construisait ses images, ses religions censées "tirer notre espèce vers le haut", même dans les religions sécularisées du 20 ème siècle. Nous sommes la première génération à pouvoir assumer pleinement sa fraternité avec les singes... et à devoir en tirer des conclusions politiques. "Français, encore un effort", il faudra bien y parvenir.
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