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Le blog de Frédéric Delorca

Les blogs, le Diplo, Nils Andersson

29 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

Danielle Bleitrach, ancienne membre du comité central du Parti communiste français, publie ceci sur son blog :

 

"Plus que jamais les raisons de la fermeture de ce blog sont là. Il suffit de cette activité narcissique où on se prend pour de grands stratèges alors que l’on n’a pas le moindre pouvoir sur son propre pays. Que face aux périls qui le menace on reste pétrifié chacun continuant sur sa lancée. Les seules choses d’intelligentes qui seraient à faire - c’est-àdire créer un grand mouvement de la paix, demander des comptes à NOTRE gouvernement sur la stratégie de l’OTAN sur les 3000 soldats en Afghanistan dans une débâcle totale et lui demander des comptes sur sa participation à l’ouverture d’ un nouveau front-  sont décidemment hors de notre portée. Alors il n’y a plus qu’à inventer n’importe quoi …que tout est la faute des juifs… Je dis bien les juifs et pas Israël, parce que s’il s’agissait d’Israël on placerait cet état voyou avec les Etats-Unis, et aussi et d’abord la France puisque c’est sur cet Etat là que nous pourrions et devrions agir en priorité. Il ne serait pas répété avec une jouissance suspecte cette connerie intégrale « Gaza c’est pareil qu’Auschwitz « mais on penserait au fait qu’un Hiroshima a été possible et que le renouvellement d’un tel crime est plus que possible y compris de la part d’Israël mais à la place des Etats-unis et avec l’appui de l’OTAN, donc de notre gouvernement, pendant qu’il nous amuse avec « l’honneur perdu des bleus ».

 

Mais comme tous les impuissants nous sommes dans le fantasme. Je le répète la seule chose qui aurait pu me faire continuer aurait été de participer à un grand mouvement de la paix pour protéger notre peuple et l’humanité, mais les fantasmes en politique très peu pour moi… Donc je vais voir ce que je peux faire hors virtuel.

 

Danielle Bleitrach

 

P.S par exemple cultiver mon jardin… A propos mon arbuste qui a survécu à Hiroshima s’appelle le Ginkgo biloba ou « arbre aux quarante écus » ou « arbre aux mille écus » (银杏 yínxìng en chinois, maidenhair tree en anglais), nous nous sommes enfin présentées l’une à l’autre. C’est une très vieille dame venue de Chine,   de la famille des Ginkgoaceae. C’est la plus ancienne famille d’arbres connue, puisqu’elle serait apparue il y a plus de 270 Ma. Elle existait déjà une quarantaine de millions d’années avant l’apparition des dinosaures. Et c’est la seule végétation qui a survécu à Hiroshima, elle a sûrement des choses à nous apprendre…"

 

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Je dois dire que je suis tout à fait d'accord avec ce billet, y compris d'ailleurs avec sa critique de la façon dont la question israélienne est traitée dans certains milieux. En tout cas je suis d'accord avec son constat sur l'inutilité des blogs. Je ne poursuis celui-ci qu'à titre d'exutoire, sans y attacher grande importance. Et notez bien que j'y aborde de moins en moins des sujets politiques. Je pourrais comme certains hurler à la guerre imminente parce que quelques navires israéliens et étatsuniens mouillent dans les eaux du détroit d'Ormuz depuis 48 heures (mais le scénario de l'initimidation se poursuit entre les Etats-Unis et l'Iran se poursuit depuis quatre ans - une fois qu'on en a dénoncé les mécanismes et les dangers une fois, à quoi bon y revenir ?), dépeindre sous un jour apocalyptique le monde à venir comme le font les esprits fragiles depuis des décennies les esprits fragiles. A quoi bon ?

 

Tous les jeunes gens qui ont lancé des grands blogs d'information alternative ont abandonné au bout de trois ans. Seuls ceux qui ont les moyens de collecter des fonds comme Antiwar.com, Coutenerpunch, Michel Collon ou le Réseau voltaire tiennent le coup. Les autres, comme le dit Danielle Bleitrach, se font croire qu'ils ont une influence sur le cours des choses mais ils n'en ont aucune.

 

Surtout ils arrivent rarement à trouver le ton juste, c'est-à-dire à la fois percutant et crédible, qu'on doit attendre d'une d'une bonne presse alternative.

 

Ce matin je lisais Le Monde diplomatique. J'ai souvent été critique à l'égard des prises de position de ce journal, pendant la guerre de Yougoslavie et celle d'Irak notamment. Mais aujourd'hui je dois dire qu'il est parmi les médias alternatifs français qui tiennent le mieux la route : du fait du spectre de sujet qu'il traite, et du sérieux des informations données. Schneidermann un jour a critiqué la longueur de ses articles qui lui donne un tour un peu académique et lourd. C'est assez vrai. Mais dans la galaxie antilibérale il reste au moins à l'abri de beaucoup de délires et de considérations inutiles dont la blogosphère nous abreuve.

 

Hier je prenais un verre avec un de ses contributeurs (et contributeur de l'Atlas alternatif), Nils Andersson, figure de la résistance intellectuelle à la guerre coloniale d'Algérie, et ancien chroniqueur à Radio Tirana, devenu un antiimpérialiste fort raisonnable, Coprésident de l'Association pour la défence du droit international humanitaire. Il faut absolument voir cette vidéo sur sa trajectoire : http://archives.tsr.ch/player/personnalite-andersson.

 

A part ça voici une autre vidéo interessante sur Vaulx en Velin et la Palestine :

 

 

 

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Je sécessionne, il sécessionne, nous sécessionnons

29 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

C'est beau le droit quand même. Voici ce qu'un député UMP (M. Yves Nicolin) a demandé au ministre de l'intérieur (question écrite du 6 avril 2010). Notez que je soutiens pour ma part que l'annexion du royaume de Navarre par la France en 1620 était illégale. La question de la légalité du traité d'annexion de la Savoie occupe quelques esprits oisifs dans le sud-est de la France. Des gens qui pensent qu'il serait bien de tenter des expériences politiques sur leur petit bout de terre, en s'affranchissant de la solidarité avec notre république fatiguée. "Ciao les mecs ! chacun pour soi et le FMI pour tous". Au fait la Savoie, elle fera comment pour échapper aux diktats du G20 ? En se mettant à l'école de l'Abkhazie ?

 

autruche-copie-1.jpg"M. Yves Nicolin attire l'attention de M. le secrétaire d'État à l'intérieur et aux collectivités territoriales sur les risques juridiques, politiques et institutionnels majeurs qu'entraîne le traité d'annexion de la Savoie. À l'occasion du 150e anniversaire de l'annexion de la Savoie par la France, des cérémonies et diverses festivités et visites officielles sont programmées durant toute l'année 2010 notamment à partir du 24 mars puisque c'est par un traité signé à Turin le 24 mars 1860 que les arrondissements de Nice et la Savoie (les deux départements 73 et 74 actuels) ont été rattachés à la France du second empire. Sa question se pose pour deux raisons juridiques précises : d'abord et avant tout à l'échelle nationale parce que se pose sans doute une question d'intégrité territoriale susceptible en conséquence d'entraîner des effets internes importants. En effet, la question brutale de savoir si ce traité du 24 mars 1860 est bien toujours en vigueur se pose or ce traité est la clef de voute de tout l'édifice juridique et administratif français en Savoie. Le problème est simple : la France a enregistré à l'ONU sous le n° I-747 le traité de paix du 10 février 1947 dont elle est signataire et dépositaire. Ce traité comportait un article 44 faisant obligation à la France de notifier à l'Italie les traités antérieurs suspendus par l'effet des hostilités de la Seconde Guerre mondiale (traités au rang capital desquels se trouvait naturellement le traité de rattachement territorial de la Savoie et Nice de 1860). Cet article 44 comportait un 2e alinéa emportant l'obligation formelle d'enregistrer cette notification et ce traité auprès du secrétariat général de l'ONU, organisation créée deux ans auparavant en 1945. Cet enregistrement n'a pas eu lieu. Le même article 44 prévoyait un alinéa 3 stipulant qu'à défaut, la sanction encourue est l'abrogation (dans le texte : « les traités qui n'auront pas fait l'objet d'une telle notification seront tenus pour abrogés »). Il lui demande si le traité d'annexion de la Savoie du 24 mars 1860 a été ou non enregistré auprès du secrétariat général de l'ONU et, si cela n'est pas le cas, quelles mesures sont prises par le Gouvernement pour traiter les problèmes subséquents au plan juridique interne ? La question se pose également à l'échelon international où elle rebondit sous l'angle de l'obligation de respect par la France des normes de droit international en vigueur et qu'il s'agit, en fait comme en droit, rien moins que de l'image et de la réputation de l'État français dans la communauté internationale. Il n'ignore pas que la charte de l'ONU de 1945, et notamment son article 1er, ainsi que de multiples résolutions adoptées par l'assemblée générale, ont enjoint les États à faire aboutir le processus général de décolonisation qu'avait initié dès 1941 la charte de l'Atlantique. Il se trouve que 2010 marque officiellement la dernière année de la deuxième décennie de la décolonisation onusienne. En 2010 pourtant, la plupart des ministères et des administrations projettent cependant de participer à des événements commémoratifs ou d'organiser des cérémonies officielles en Savoie ou à Nice. Cela apparaît paradoxal si ce traité d'annexion a été caché à l'ONU et qu'il est abrogé par l'effet d'un traité signé à Paris. Si le traité de 1860 est abrogé du fait de son non-enregistrement auprès de l'ONU, un processus de désengagement de la France aboutissant à un référendum local vis-à-vis de la Savoie et de Nice est inéluctable sauf à prendre le risque d'une condamnation de la France par la Cour internationale de justice de La Haye. Il ne s'agirait pas de voir la France internationalement sommée de fournir des explications qu'elle n'aurait pas ou aurait insuffisamment préparées, voire d'essuyer une grave condamnation puisque la zone territoriale concernée couvre deux départements et demi. Au lieu d'apparaître comme subissant une crise dans une affaire juridiquement délicate voire perdue d'avance et doublement aggravée par la découverte de la dissimulation grossière d'un territoire ayant fait l'objet d'une annexion et par des commémorations officielles défiant (au sens étymologique des termes) le droit international, ne pourrait-on imaginer une prise en compte immédiate et en amont de cette question mettant à l'abri la France de l'avalanche de questions juridiques et politiques internes et internationales délicates que ce défaut d'enregistrement risque d'engendrer et que l'annonce de festivités officielles durant toute l'année 2010 risquent de déclencher et d'aggraver encore ? Il souhaite donc connaître les mesures que le Gouvernement entend prendre pour faire face et anticiper à l'ONU le risque certain de reconnaissance internationale de la Savoie par un ou plusieurs États étrangers ravis de brandir le traité de Paris de 1947 et reconnaître un nouveau micro-état géopolitiquement stratégique et juridiquement détaché de la France sans aucune préparation ni concertation."

 

Réponse du ministre :
"L'honorable parlementaire se demande si le traité franco-italien signé à Turin, le 26 mars 1860, qui a rattaché les arrondissements de Nice et de Savoie à la France est toujours en vigueur, compte tenu des dispositions qui figurent dans le traité de paix du 10 février 1947 (art. 44), concernant l'enregistrement auprès du secrétariat général des Nations unies des traités bilatéraux conclus entre la France et l'Italie antérieurement à la Deuxième Guerre mondiale. Le ministère des affaires étrangères et européennes confirme que ce traité est toujours en vigueur. S'il est exact que le traité de Turin du 26 mars 1860 doit être enregistré au secrétariat de l'Organisation des Nations unies en vertu de l'article 44 du traité de Paris du 10 février 1947, l'absence d'un tel enregistrement n'a aucune incidence sur l'existence ou la validité de ce traité. En effet, selon l'article 102 de la charte des Nations unies, l'absence d'enregistrement d'un traité au secrétariat de l'ONU n'emporte qu'une seule conséquence, à savoir l'impossibilité pour les parties à un tel traité de l'invoquer devant un organe de l'organisation. La rédaction de cet article diverge à cet égard sensiblement de celle de l'article 18 du pacte de la Société des nations qui disposait qu'aucun traité ne serait obligatoire avant d'avoir été enregistré. Dans la pratique, la sanction prévue par l'article 102 n'a, d'ailleurs, pas eu l'occasion de jouer bien qu'aient été invoqués à plusieurs reprises, devant la Cour internationale de justice, des traités non enregistrés. Dans son arrêt du 1er juillet 1994 dans l'affaire Qatar/Bahreïn, la Cour internationale de justice a d'ailleurs tenu à souligner que « le défaut d'enregistrement ou l'enregistrement tardif est sans conséquence sur la validité même de l'accord, qui n'en lie pas moins les parties » (Rec. p. 122). L'article 44 du traité de paix signé à Paris, le 10 février 1947, ne prévoit pas de son côté un régime de sanction en cas d'absence d'enregistrement différent de celui de l'article 102 de la charte de l'ONU puisqu'il précise seulement que seront tenus pour abrogés les traités bilatéraux conclus avec l'Italie par chacune des puissances alliées antérieurement à la guerre qui n'auraient pas été notifiés à l'Italie dans un délai de six mois à partir de l'entrée en vigueur de ce traité (17 septembre 1947). En revanche, il ne tire aucune conséquence de l'absence d'enregistrement au secrétariat de l'ONU de tels traités, ce qui renvoie donc au régime de droit commun défini par l'article 102 de la charte. Il convient enfin de relever que le traité de Turin du 26 mars 1860 a été notifié à l'Italie conformément aux stipulations de l'article 44, 1er paragraphe, du traité de Paris du 10 février 1947. La liste des traités notifiés à l'Italie a été publiée au Journal officiel du 14 novembre 1948. Le ministère des affaires étrangères et européennes a néanmoins pris, d'ores et déjà, toutes les dispositions utiles pour que le traité de Turin du 24 mars 1860 soit bien enregistré dans les meilleurs délais auprès du secrétariat de l'Organisation des Nations unies."
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Philosophical memories

27 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Mon directeur de recherche en maîtrise  (j'ai trouvé cette vidéo par hasard sur You Tube, mais bon mes pédagogues à cette fac n'ont jamais été mes boussoles):

 

 

La Sorbonne en 1996 (4 ans - seulement ! - après ma maîtrise), filmée par mes soins (par le jeune homme que j'étais) :

 

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Le livre de Louis Mazuy

27 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

P1020389.jpgCi-joint mon compte-rendu du livre de Louis Mazuy, Alternative au capitalisme : http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=94&ida=12444

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Hic Rhodus, hic saltus !

26 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Je lis ceci sur Le Post :

 

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"C'est une idée qui fait son petit bonhomme de chemin en Grèce. Pour renflouer les caisses de l'Etat, quelques îles parmi ses 6 000 actuelles pourraient bien être vendues nous rapporte le Guardian.

 

C'est un député allemand qui avait proposé cette idée en mars, en déclarant dans un entretien accordé au tabloïd Blid: "La Grèce possède des bâtiments, des entreprises et des îles inhabitées qui pourraient tous être utilisés pour résorber la dette".

 

L'île de Mykonos, "l'une des destinations les plus touristiques du pays" pourrait faire partie du lot. La Grèce recherchant de sérieux investisseurs pour cette île afin de développer un tourisme de "luxe".

 

Toujours d'après Le Guardian repris par Lefigaro.fr, l'île de Rhodes, dans la mer Egée, attire les convoitises de milliardaires russes et chinois"


Si je me souviens bien l'île de Rhodes était déjà restée colonie britanique longtemps après l'indépendance grecque - colonie de l'Angleterre (du temps où le monde entier dépendait des financements de la city) ou colonie des banques mafieuses c'est du pareil au même...
 

Et nous, on vendra quoi pour renflouer nos banques et renforcer l'euro ? Antibes ? Collioure ? de toute façon nous leur avons déjà un peu vendu notre âme non ? Le pacte faustien de notre douce France signé en 1984-85.

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La bonne place du langage et la bonne action politique

25 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Je le confesse : depuis quelques années mes travaux anthropologiques très axés sur le corps négligent un peu le langage. C'est ma façon à moi d'échapper au structuralisme. Mais ensuite, il ne faut pas verser dans l'excès inverse : le mépris pour les mots.

 

En lisant Davoine et Gaudillière, je retombe dans un univers lacanien, c'est à dire ce qu'il y a de pire comme jeux de langage psychanalytique du point de vue des neurosciences. Je suis très loin de souscrire à leur propos quand je lis par exemple (p. 134) "un enfant au sein est à même de remarquer que le visage de sa mère, ou son odeur, ou le rythme de son coeur ont changé", je retrouve tout ce vocabulaire de Dolto qui fait de l'enfant un être hyperintuituf auquel il ne faut rien cacher, avec qui il faut dialoguer d'égal à égal etc. C'est en effet là le pire aspect de la psychanlyse qui culpabilise les parents, les étouffe avec des normes, les place dans une relation perfectionniste inquiète avec leurs enfants. C'est une machine à créer de a névrose.

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En revanche je trouve des phrases de  bon sens comme celle-ci : "Comme aujourd'hui la médecine médiévale se cantonnait à un point de vue rigoureusement somatique (...) la folie trouvait refuge dans la littérature" (p. 51). Ailleurs (je ne retrouve pas le passage) ils disent plu clairement encore qu'il y a toujours eu deux voies pour soigner : le somatique et le langage. Il font ce constat sur la base de leur confrontation avec la folie (comme Lacan).Peut-être, comme toute la pensée des années 60, valorisent-il trop la folie (et son rôle dans la philosophie et les sciences). Mais on ne peut pas nier qu'il y a des mots qui soignent, et que donc il faut faire un peu attention aux mots : notamment aux mots de notre époque, en politique, dans la vie quotidienne. Ces mots qui empêchent d'autres mots, qui empêchent les individus d'être sujets de leur histoire. Par exemple quand les médias appellent les gens de la flotille attaqués en haute mer des "pro-palestinien" (mais il y a 10 000 exemples de paroles interdites par d'autres paroles).

 

L'enjeu est délicat, dans le rapport à soi-même et aux autres ne pas survaloriser le langage, sans pour autant le dévaloriser. A  Brosseville, si je passais mon temps à tenter de comprendre ce que les connotations personnelles profondes que peuvent avoir les uns et les autres au regard de leurs univers symboliques respectifs, l'action politique n'avancerait jamais. Mais à l'inverse si je ne traite que d'une manière superficielle le sens que les gens donnent aux mots, non seulement je peux engager l'action sur le terrain de malentendus profonds, mais encore je vais les dissuader d'agir, je vais stériliser des possibilités d'action commune parce qu'ils sentiront que l'on ne se comprend pas vraiment.

 

Hier en pensant à la politique, je songeais à ceci : tout projet politique durable suppose une éthique. Cette éthique doit rechercher la justice, mais aussi la vérité, car on ne peut agir sur le réel si l'on se ment à soi même sur son compte, ni non plus entraîner durablement des gens avec soi sur la base du mensonge.

 

La vérité n'est pas téléologique (grand tort du marxisme d'avoir cru cela), mais factuellement objective. On ne peut la dissimuler ou déformer à des fins tactiques que dans un nombre très limité de cas.

 

L'action politique doit mêler d'une façon équilibrée confiance et méfiance en ceux avec qui l'on agit, en faisant en sorte que la confiance leur inspire de la fidélité, mais en sachant les trahisons et les insuffisances toujours possibles.

 

Tout projet politique doit reposer sur une écoute attentive et non déformante des propos et attentes des gens de la base. Mais elle doit mobiliser des schèmes de mise en forme de ces attentes selon des canons programmatiques, schèmes que les gens de la base ne portent pas en eux, et qui se nourrissent nécessairement d'une culture sur l'histoire politique de l'humanité et sur le sytème actuel.

 

Cette mise en forme doit toutefois être en permanence contrôlée par une écoute supplémentaire des jugements et des attentes des gens de la  base.

 

C'est au stade de cette écoute qu'une juste valorisation du langage doit être trouvée. Et ce n'est pas facile.

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République française

24 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Je comprends ceux qui ne veulent pas s'engager politiquement. Notre monde est si compliqué, les individus qui le composent y sont si complexes, gérant des héritages, des sentiments et des aspirations si contradictoires. Il faut pour s'engager aujourd'hui soit une bonne dose d'aveuglement, soit avoir une position de repli - un statut privilégié - qui permette périodiquement d'oublier tous les affects, toutes les impasses, auxquels la tentative d'agir sur le monde vous a exposés.

 

Il y a quelques jours je parlais avec une édile (de gauche) de Seine-Saint-Denis originaire du sud de la France, une femme qui se démène chaque jour pour sa commune. La veille un jeune black trentenaire lui avait donné un coup de bouteille en plastique sur la tête en lui disant "tu ne comprends pas ce que je veux, je vais te le dire en français". Le jour même où elle m'avait parlé, elle l'avait croisé devant sa mairie. Il adoptait encore un ton arrogant à son encontre, mais il avait un gamin avec lui car il était papa. L'édile lui a dit, sur ce putain de ton de défi qui est une spécialité des gens de ma région (ça ressemble à l' "inat" des Serbes) : "Je n'oublierai jamais votre geste d'hier avec votre bouteille. C'est ça l'éducation que vous donnez à votre enfant ? hé bien bravo". Elle me racontait ça, visiblement fatiguée par cette altercation. "Je les ai aidés, disait-elle, je les ai accompagnés parfois comme une mère. Et voilà comment ils me remercient. Et que vont-ils apprendre à leurs enfants ? ils vont en faire des délinquants". Son "comme une mère" m'a frappé, douloureusement frappé. C'était la vérité de son propos, et la vérité de son sacerdoce d'édile. On ne pouvait rien faire contre ça. Il fallait qu'elle fût une mater mundi, la mère de ces jeunes des quartiers comme on dit. Une mère amère et déçue, une mère effrayée. Ce n'était pas la bonne manière d'aborder le problème, mais c'était celle que lui dictaient ses veines.

 

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En 1993, le hasard des affectations administratives m'a fait faire mon service militaire dans le bureau d'information des troupes de marine (ex-troupes coloniales) à Versailles. Je n'étais pas sensibilisé à la question coloniale comme je le suis aujourd'hui, et heureusement, car je n'aurais jamais supporté l'ambiance de cette caserne (je n'aurais même pas supporté les clichés nostalgiques de l'Indochine et de l'Afrique placardés aux murs), mais je l'étais assez pour me rendre compte que j'étais dans une ambiance très à droite. On m'y faisait écrire des notes sur le Rwanda qui vantaient la grandeur d'Habyarimana.

 

L'officier supérieur pour lequel j'avais le plus d'estime était le Lieutenant-colonel Paille (pseudonyme), un type originaire du sud de la France comme l'édile que je citais plus haut. C'était un mec immense, très musclé, très rugueux dans le verbe, mais au regard franc. L'image de la bête de guerre par excellence, le baroudeur, qui tranchait avec les officiers intellos sortis de l'école de guerre ou de Saint Cyr qu'il méprisait. Lui était issu de la base. Parfois on recevait des soldats africains, des amis de la revue "Frère d'armes". Paille avait une drôle de façon de leur taper dans le dos en les appelant "mon ami !". Il avait des considérations très stéréotypées sur les Africains : "Delorca, tu sais, les Noirs, ils sont très sympas, ils font la fête avec toi, ils rigolent. Et puis un jour tu sais pas pourquoi ils deviennent dingues, et ils massacrent tout le monde." Lui, Paille, il en avait tué des Noirs, au Tchad. Toujours sur ordre, bien sûr. Et il avait vu un ambassadeur de France ramper sous son bureau pendant que lui tirait à la fenêtre. Paille avait risqué sa peau pour les mecs des bureaux qu'il méprisait. Je ne sais pas pourquoi, mais à nos yeux, les appelés du contingent, qui étions pourtant des bobos de gauche, ça rendait ses blagues racistes presque plus convenables que la langue de bois des officiers diplômés. Il était passionné de l'Afrique, et je ne peux pas m'empêcher de songer qu'il aimait sincèrement les Noirs... à sa manière.

 

Moi-même j'ai, parmi mes oncles du côté maternel, des lieutenant-colonels Paille. Pas aussi caricaturaux que Paille, pas aussi courageux ni hauts en couleur - aucun n'est devenu officier d'ailleurs - mais qui ont été militaires de carrière oui, qui ont fait la guerre en Indochine, en Algérie, et qui vibrent devant les images du défilé du 14 juillet à la télé.

 

L'édile de Seine-Saint-Denis, et le lieutenant-colonel Paille sont les vrais piliers de notre république. Ceux qu'on n'invite pas sur les plateaux télé, ceux qui ne sont pas politiquement corrects, et qui sont aux premières loges des conséquences de notre histoire sociale et de notre histoire coloniale. Ils n'ont pas les mots pour dire ce qu'ils vivent. Ils n'ont pas de lobbies universitaires pour en faire des héros ou des victimes. Ils existent juste à l'endroit où leur destin les a placés. Et notre histoire les oubliera.

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Grève et manif

24 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La droite

Bien sûr il faut faire grève aujourd'hui, et manifester (le gouvernement a dit qu'il ne se sentirait inquiété que si 2 millions de gens descendaient dans les rues), et dénoncer la malhonnêteté de nos gouvernants (épluchez les dernières affaires parues ces dernières semaines dans la presse, et qui, comme par hasard, touchent les plus libéraux de nos ministres). Il faut dénoncer cette réforme des retraite envisagée seulement pour rassurer les marchés financiers, et, ainsi, combattre à travers elle la dictature des banques et des traders sur nos sociétés.

 

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Je suis juste étonné de voir qu'après avoir expliqué à tout le monde combien cette réforme des retraites était inéluctable (refrain connu, seriné à propos de chaque réforme néo-libérale depuis 30 ans) la grande presse en viendrait presque à appeler les gens à manifester (voir par exemple les gros titres de lemonde.fr ce matin, qui fait comme s'il allait de soi qu'il y aura beaucoup de monde dans la rue aujourd'hui). Il est rare que des grands journaux cautionnent des manifs. J'ai vu cela en 2003 pour les manifs anti-guerre en Irak soutenues par Chirac, en 2006 avec les manifs anti-CPE (quand la presse jouait contre Villepin avec les applaudissements de Sarkozy), et aujourd'hui. Pourquoi ? est-ce juste par anti-sarkozysme primaire ? Quand je vois Le Point faire sa "une" sur une photo du président de la République avec pour sous-titre "Est-il nul ?" je me dis que les journalistes et lecteurs du Parti de la Presse et de l'Argent (comme disaient nos amis) se cherchent en effet un nouveau fondé de pouvoir pour garantir leurs placements en actions (qui dans le rôle du prochain fondé de pouvoir ? Villepin ? Strauss-Kahn ? Aubry ? qui sera leur Obama français ?).

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La décolonisation de l'Afrique noire

24 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

A Sciences Po (et au lycée) on apprenait dans les anées 80 que la décolonisation de l'Afrique noire s'était faite "en douceur" grâce à Gaston Defferre puis à De Gaulle, ce qu'on n'avait hélas pas su faire en Algérie. Un peu comme si les responsables français avaient été particulièrement lucides, sages et altruistes sur le dossier africain.

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Quand on lit l'ouvrage de Modibo Diagouraga sur Keita par exemple qu'apprend-on ? Qu'en 1945 les Français ont leur poulin : Fily Dabo Sissoko, instituteur, soutenu par l'administration et les chefs traditionnels (p. 22et sv). Aux élections du 21 octobre 1945 il devance de loin ses rivaux (10 406 voix contre 2 905 au candidat qui le suit, Keïta, lui, n'aura que 937 voix). Le 13 février 1946 Sissoko fonde le Parti soudanais progressite (PSP) soutenu par l'administration coloniale. Il gagne les élections. C'est grâce à une action de rassemblement d'Houphouët Boigny (l'ivoirien) que le PSP commence à être affaibli. Keïta dans le cadre du parti USRDA fait un travail de mobilisation des tirailleurs sénégalais en liaison avec le RDA (encadrée par le parti communiste). Le 11 février 1947 il est condamné à 6 mois de prison pour outrage écrit à un magistrat administratif par un tribunal colonial de Bamako. L'administration coloniale, qui n'a pu briser la grève des cheminots du Dakar-Niger fin 47, multiplie les brimades et les mutations pour les fonctionnaires membres de l'USRDA, une répression qui s'accroît en 1950. Elle persuade Houphouët-Boigny de se rapprocher de Mitterrand et Pleven en désaffiliant le RDA du PCF contre l'avis de la base (p. 32). Ce n'est qu'en 1956 que l'USRDA s'impose face au PSP au Mali. On ne peut pas nier il est vrai que dans la seconde moitié des années 1950, les socialistes et le centre-gauche, ayant arraché le RDA à l'orbite du PCF s'est engagée d'une façon pragmatique dans une collaboration avec ses élites pour mettre en place une sorte de self-government en Afrique de l'Ouest (et ce d'autant plus qu'ils avaient dans le pied l'épine de la rébellion algérienne) mais on sera quand même loin d'un respect sincère de l'indépendance africaine, comme l'a montré par la suite le maintien de la Françafrique sous De Gaulle, Giscard et Mitterrand.

 

Le rapport clientéliste aux "indigènes" profondément enraciné dans la colonisation - et qui en est même structurant, n'a jamais été remis en cause. François Ruffin (hey Ruffin, t'as vu je parle de ton petit livre, quand est-ce que tu parles de l'Atlas alternatif que je t'ai envoyé en 2006 ?) dans Quartier nord montre même combien il reste omniprésent dans les quartiers populaires des banlieues aujourd'hui.

 

Petite histoire. Hier nous recevions à Brosseville un conseiller de la présidence malienne. Au Buffalo Grill du coin nous discutions de choses et d'autres - j'ai par exemple appris que, dans le code foncier mlien, le principe selon lequel les terres appartiennent à l'Etat n'a jamais été remis en cause, même si des exceptions lui ont été ajoutées -. A un moment quelqu'un a prononcé le nom de la petite serveuse noire. Le conseiller malien s'est tourné vers elle et lui a dit : "Ah, tu es d'origine malienne ? tu sais que ton nom sigifie "la grande tente" en soninké ?" Elle ne le savait pas. Elle a répondu : "Oh, moi, je suis loin de tout ça vous savez ". Les tentes du désert, le Mali n'étaient pas dans son horizon.

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Bigeard, la gégène, notre histoire coloniale

23 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Bigeard est mort avant-hier. Les Indigènes de la République ont raison de dire que les indulgences à l'égard de ce "brave" général centriste qui avait les honneurs de la TV quand j'étais gosse sont parfaitement déplacées. Encore un symptôme en effet de la colonisation des imaginaires.

 

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Aujourd'hui je parlais avec Malika, l'adjointe au maire de Brosseville avec qui je travaille souvent.

 

Pas besoin de la pousser à parler de la guerre d'Algérie. Ca lui vient tout seul quand on est en tête à tête : "Frédéric je t'emmènerai dans mon village près de Tlemcen. Je te montrerai la maison de mon grand père : les soldats français l'avaient réquisitionné. Ils y faisaient des tortures. Quand ils sont partis on a retrouvé les chaines qui pendaient aux murs. Mon oncle y a été passé à la gégène." Dans ce coin-là où il y a eu beaucoup de résistance armée, les postes militaires français où l'on torturait sont nombreux. La plupart ont été rasés, remplacés par des maisons. Une volonté peut-être d'évacuer ces souvenirs douloureux. Ils sont nombreux les Algériens ou fils d'Algériens de Brosseville qui ont eu un oncle, un père, un grand père torturé, ou fusillé. Mais ils ne le disent pas, pour ne pas gêner les "Français". Moi je mets un point d'honneur à leur demander de le dire, de l'écrire. Il faut que ça se sache. Pourquoi les résistants français de 40-45 ont-ils droit au souvenir, et pas les moudjahidines algériens ?

 

Et pour ceux qui croient que l'extrême gauche a les mains plus propres que les autres dans ces histoires coloniales, jetez un oeil au texte ci-dessous. Il recèle certains détails que je ne connaissais pas. Les anecdotes les plus connues sont celles concernant les massacres de Sétif (où le PCF accusait les manifestants d'être des "doriotistes").

 

D'une manière générale le slogan du PCF pendant la guerre d'Algérie ("la Paix", sans oser soutenir ouvertement le FLN) fait penser aux positions qu'il a eues récemment encore sur la Yougoslavie, l'Irak, sur l'Afghanistan, sur la Palestine : devant tous ces conflits un parti qui essaie d'être un peu moins cynique que les autres partis de gouvernement, mais qui s'arrête à mi-chemin de peur d'être trop audacieux et qui, du coup, s'enlise dans des déclarations de principe hypocrites qui n'aident personne. Or c'est très grave : vouloir défendre des principes nobles et les trahir en empêchant ses partisans d'agir efficacement est une faute plus grave que d'être un parti cynique assumé comme tel. Voilà ce qui arrive à des partis enfermés dans l'idéologie, qui ne collent pas au réel, qui ne s'informent pas suffisamment sur lui, et qui ne mettent pas une certaine éthique au dessus de l'efficacité pragmatique.

 

Cela dit il est vrai quand même que c'est à l'extrême gauche qu'on a trouvé le plus de militants de base ouverts à l'anticolonialisme, notamment prêts à devenir des porteurs de valises. N'oublions pas leur action qui sauva (un peu) l'honneur de la France comme le rappelle le texte ci dessous à la fin.

 

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L'Histoire cachée du Pcf
 
CONTRIBUTION AU CONGRES DU PCF

Ici la relation de quelques évènements déterminants dans l’histoire du Pcf que de nombreux militants de ce Parti ne connaissent pas.

« Rien ne fait plus de mal aux travailleurs que la collaboration de classes. Elle les désarme dans la défense de leurs intérêts et provoque la division. La lutte de classes, au contraire, est la base de l'unité, son motif le plus puissant. C'est pour la mener avec succès en rassemblant l'ensemble des travailleurs que fut fondée la CGT. Or la lutte de classes n'est pas une invention, c'est un fait. Il ne suffit pas de la nier pour qu'elle cesse : renoncer à la mener équivaut pour la classe ouvrière à se livrer pieds et poings liés à l'exploitation et à l'écrasement. » H. Krasucki

Par Suzannah Horowitz* et Djamal Benmerad**

 

Dans un souci de rectification historique et par esprit internationaliste, nous avons décidé d’apporter, à notre manière, notre contribution au succès du prochain congrès du Pcf qui se tiendra dans quelques jours malgré les appels de nombreux militants à en différer la tenue. Loin de nous l’intention, ici, de donner un coup de pioche supplémentaire au processus de démolition du Pcf entamée de l’intérieur depuis plusieurs décennies.

Comme toute histoire a un début, nous allons commencer, par hasard et/ou par perfidie, par la création du Pcf, parti, rappelons-le, co-fondé par Ho Chi Minh - en vietnamien « Celui qui éclaire » - en éludant, au passage l’histoire de la colonisation française de régions telles que les Antilles ou la Provence puisque leurs populations se sont accommodées du colonialisme.

Il semblerait, à la lecture de ce qui suit, que Hô Chi Minh ait emporté dans son baluchon l’idéal communiste.

En 1920 au congrès à Tours, une majorité des militants socialistes de la SFIO décident de s'affilier à la Troisième Internationale, fondée à la suite de la Révolution d'octobre. Le Parti communiste français, qu'on appelle alors Section française de l'Internationale communiste (SFIC) est ainsi créé : il se proclame bolchevique et révolutionnaire,mais il ne vote pas les conditions formulées par la troisième internationale, dirigée par Lénine. Nous constatons, par là, l’attitude national-chauvine de ce Parti qui ne s'est jamais résolu à l'internationalisme . La SFIC s'engageait vaguement à construire un parti "révolutionnaire" ,. Le parti constitué devait être discipliné, suivant les règles étroites du centralisme démocratique : les minoritaires doivent suivre la ligne décidée majoritairement, et n'ont pas le droit de s'organiser pour défendre leur tendance. Internationaliste, enfin, un parti national, comme le Particommuniste français (PCF) est d'abord une section de la Troisième Internationale, d'où le nom de SFIC. On estime à 120 000 le nombre d'adhérents
qui avaient rejoint le nouveau parti, alors que la vieille SFIO n'en comptait plus que 40 000, tout en conservant néanmoins la majorité de ses députés et de ses élus locaux. La scission au sein de la SFIO devait entraîner un an plus tard une scission du syndicat CGT, mais cette fois, les partisans de l'Internationale communiste qui fondèrent la CGTU étaient minoritaires.

A partir de là, prenons un raccourci pour démontrer le caractère national-chauvin du Pcf qui, estimant l’Algérie trop éloignée de Paris, créa son avatar, le Parti Communiste Algérien (PCA), structuré de noyaux (cellules) composés surtout d'ouvriers expatriés, européens dont de nombreux français "indésirables" en métropole et autres repris de justice. Ce clone du Pcf s’alignait, bien entendu, sur les positions de son concepteur.

Le 8 mai 1945, alors que l’Europe célébrait dans la liesse la victoire sur le fascisme, acquise majoritairement grâce à la glorieuse Armée rouge et aux soldats Nord-Africains et sénégalais, les patriotes algériens sortaient dans les rues de Sétif, Guelma et Kherrata en des manifestations pacifiques, brandissant pour la première fois le drapeau algérien, pour réclamer l’indépendance de leur pays. Les généraux français, outrés par la vue du drapeau algérien et par cette revendication d’indépendance impensable dans leur esprit, donnèrent à leurs soldats l’ordre de tirer sur les foules. Nous nous permettons la longue citation de ce texte du Courant Communiste International : « (…) Mais surtout, la bourgeoisie se garde bien aujourd'hui encore de rappeler le fait que cette sanglante répression a été assumée par l'ensemble des forces politiques françaises au sein d'un gouvernement d'union nationale et en particulier par les
partis de gauche ; comme le "libérateur" de Gaulle, le parti socialiste (à l'époque SFIO) devait pleinement assumer, plus tard, la guerre d'Algérie.

 

D'ailleurs, le gouverneur général de l'Algérie en 1947, Chataigneau qui commandait sur place l'armée de tueurs était présenté comme un socialiste.Mais c'est le PCF qui a joué un rôle de premier plan dans les massacres. Dès le début, dans les colonnes de L'Humanité, le PCF déclarait, au même titre que Chataigneau, que "les auteurs des troubles étaient d'inspiration et de méthodes hitlériennes. " Il parlera aussi "de provocation fomentée par les grands trusts et par les fonctionnaires vichystes encore en place". Le porte-parole du PCF, Etienne Fajon, déclarait encore à la tribune de l'assemblée nationale le 11 juillet : "les tueries de Guelma et de Sétif sont la manifestation d'un complot fasciste qui a trouvé des agents dans les milieux nationalistes." Alors que de Gaulle avait demandé "de prendre toutes les mesures nécessaires pour réprimer les agissements d'une minorité d'agitateurs" , le bureau politique du PCF publiait un communiqué le 12 mai déclarant : "Il faut tout de suite châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l'émeute" au nom de la défense "de la république française, métropole et territoires d'outre-mer, une et indivisible. "

 

Dans un tract signé par cinq membres du comité central et distribué sur le sol algérien, il appelle à une chasse aux sorcières et lance de véritables appels au meurtre et aux pogroms en exigeant de "passer par les armes les instigateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l'émeute. Il ne s'agit pas de vengeance ni de représailles. Il s'agit de mesures de justice. Il s'agit de mesures de sécurité pour le pays". Ainsi une milice mise sur pied par le PCF et la CGT servit d'auxiliaire à la police et à l'armée. Ces appels au meurtre furent, bien entendu, relayés par le PCA, succursale du PCF. Et pour couronner le tout, c'est le ministre communiste de l'aviation Charles Tillon qui a directement ordonné le bombardement des régions "émeutières".

Mais cette répression à laquelle appelait le Pcf avait commencé plus tôt. La conquête de l’Algérie, à partir de 1830, est menée au moyen de pillages et de viols, de razzia et autres destructions systématiques pour contraindre les tribus à la soumission. Une cruauté à peine imaginable. Un officier, le colonel de Montagnac, décrit ces méthodes en 1843 :« Il faut anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens. » En 1845, le général Pélissier enfume un millier d’Algériens dans une grotte de Dahra (1). Quant aux « gens qui n’étaient pas massacrés », ils « mouraient de faim, de malnutrition et de maladies » (2).

 

Le Pcf avait donné le La quelques années auparavant : « Si quelques fous songeaient à dépouiller la France de son domaine colonial, toutes les énergies françaises et toutes les consciences droites dans le monde se révolteraient contre pareille tentative » (3), épousant ainsi ce credo de Léon Blum qui affirme, dans une déclaration à la Chambre des députés en 1925 : « Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture ».Le PCF devait d'ailleurs continuer à jouer ce rôle au début de la guerre d'Algérie, notamment lorsqu'il vota le 12 mars 1956 les "pouvoirs spéciaux" au gouvernement socialiste Guy Mollet qui allait donner les moyens financiers et humains (à travers l’envoi de contingents de jeunes appelés) à l'Etat
français d'intensifier la guerre sur le sol algérien.

 

Sur le plan idéologique, le Pcf eut « La Révélation » : il prônait, après les massacres que l’on vient de décrire, « l’union des classes ouvrières française et algérienne ». L’union dans la domination ! Par ailleurs, hormis quelques paysans expropriés par le colonialisme, et qui se prolétarisa à travers l’exode interne vers les villes, la classe ouvrière algérienne n’existait pas. Si les Pcf était un parti réellement communiste, il l’aurait tout de suite analysé grâce la grille marxiste.

 

Nous rappellerons, au passage, aux imbéciles qui encensent Mitterrand, l’homme qui a le plus dénationalisé d’entreprises dans toute l’histoire de France, qui n’a presque pas cessé d’être ministre sous la IVème République, en particulier pendant la guerre d’Algérie. En 1954, il interdit la manifestation du 14 juillet : chaque année, le 1er mai et le 14 juillet, des ouvriers algériens membres du MTLD (le Mouvementdes travailleurs pour les libertés démocratiques) manifestaient aux côtés des ouvriers français ; le 14 juillet 1953, la police avait tué six manifestants,ouvriers algériens. Lorsque commence la guerre d’indépendance algérienne, en novembre 1954, Mitterrand utilise, le 5 puis le 7 novembre, des formules devenues célèbres :« La seule négociation, c’est la guerre » ;« l’Algérie c’est la France et la France ne reconnaîtra pas chez elle d’autre autorité que la sienne ». Garde des Sceaux, il signe en mars 1956 un décret qui dessaisit considérablement la justice civile au profit des tribunaux militaires, pour faciliter la répression sommaire.

 

Malgré les premières révélations sur la torture pratiquée par l’armée française, Mitterrand reste jusqu’au bout dans le gouvernement Mollet. Les ignares sortent un argument pour idolâtrer Mitterrand : il a « aboli la peine de mort ». Ils feignent d’oublier qu’entant que Garde des Sceaux pendant la guerre d’Algérie, il avait fait guillotiner nombre de patriotes algériens ainsi qu'un jeune communiste français, Fernand Yveton, qui avait à peine 20 ans. Il a aboli la peine de mort en France parce que c’était une exigence de l’Histoire et il l’a fait sur proposition insistante de Robert Badinter. Mitterrand ne pouvait se permettre le luxe d’ignorer Badinter : il avait trop besoin de la réputation et du prestige de ce dernier. Il a fait mieux en matière d’infamie: dès 1966, il propose au Parlement une loi pour la « réintégration de plein droit dans les fonctions, emplois publics ou ministériels ainsi que les divers droits à pension » des membres de l’Organisation de l’armée secrète (OAS, groupe d’extrême droite dont les membres luttaient pour la préservation de « l’Algérie française »). En 1981, avant l’élection présidentielle, Mitterrand promet l’amnistie et la réhabilitation pour les membres de l’OAS et pour les généraux putschistes. Il s’agit de gagner des voix de rapatriés aux dépens de la droite. Les associations de pieds-noirs, et en particulier Jacques Roseau, négocient avec le candidat socialiste à la présidentielle de 1981 : en échange d’une promesse d’amnistie totale, elles ont appelé les rapatriés de voter pour lui. Le projet de loi accordant une amnistie générale est adopté le 23 novembre 1982, après que le gouvernement Mauroy eut engagé sa responsabilité sur cette question.

Mais revenons au Pcf qui n’en resta pas là dans son alliance, à priori contre-nature, avec ses compatriotes colonialistes. Nous allons emmener nos lecteurs à l’autre bout de l’Afrique : Madagascar.


Lors de la révolte anticoloniale des Malgaches en mars 1947, le Pcf qui participait au pouvoir en France participa également à la répression de ce peuple. Selon http://www.matierevolution.fr/ , « En juin 1947, au onzième congrès du Pcf à Strasbourg, Maurice Thorez conclut : « A Madagascar, comme dans d’autres parties de l’Union Française, certaines puissances étrangères ne se privent pas d’intriguer contre notre pays. » L’empire colonial français, hypocritement appelé « Union française », est défendu par le Pcf. Dans les « Cahiers du communisme » d’avril 1945, on peut lire : « A l’heure présente, la séparation des peuples coloniaux avec la France irait à l’encontre des intérêts de ces populations. » (!) Quant à François Mitterrand, il déclarait le 6 avril 1951, alors que des milliers de Malgaches pourrissaient dans les geôles de la France : « Les statistiques manquent de précision mais il semble que le nombre de victimes n’ait pas dépassé 15.000 (!). Mais à qui la faute si ce n’est aux instigateurs et aux chefs de la rébellion ».  

 

 Il faut signaler que celui qui ordonna la répression fut le communiste et non moins ministre de la Défense François Billoux.

Mais Pcf et le Pca eurent leurs "dissidents" , c'est-à-dire d'authentiques communistes, qui sauvèrent l'honneur du communisme français tels que notre camarade et ami Henri Alleg, Malika Amrane (de son vrai nom Daniel Minne), Maurice Audin, Henri Maillot, et d'autres héros qui furent plus tard connus sur le plan international comme "Les porteurs de valises".
 (...)
S. H. et Dj. B


*Suzannah Horowitz est journaliste
**Djamal Benmerad est journaliste et écrivain

1) Marc Ferro, « La conquête de l’Algérie », in Marc Ferro (dir.), Le livre noir du colonialisme XVIe-XXIe siècle : de l’extermination à la repentance,
Paris, Robert Laffont, 2003, p. 492.
2) Catherine Coquery-Vidrovitch, « Évolution démographique de l’Afrique coloniale », in Marc Ferro (dir.), Le livre noir du colonialisme, op. cit., p. 558.
3) Cité in Gilles Manceron, Marianne et les colonies, op. cit., p. 226

 

 
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Considérations asiatiques

22 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Un lecteur de Kumagaya, au Japon, a lu ce blog deux fois hier, à 19 h 15 et 20 h 58... quel mot clé l'y a conduit ? Deleuze ? Freud ? Je me souviens qu'une certaine intelligentsia japonaise des années 1990 était imbattable sur la philosophie française. Connaissez-vous L'Ecole de la chair de Mishima ? quel portrait extraordinaire de la jeunesse japonaise occidentalisée (sans être pour autant acculturée) ! C'était la génération des années 60, et cependant on ne peut s'empêcher d'y penser quand on songe à l'occidentalophilie japonaise contemporaine. Etrange pays qui aujourd'hui peut connaître des crises internes pour des affaires de bases miitaires étatsuniennes, et qui, cependant, ne secouera pas avant longtemps le joug washingtonien, en tout cas pas comme le font les Turcs aujourd'hui...

 

En parlant d'affaires asiatiques, avez-vous vu cette manifestation chinoise pour la sécurité à Belleville ? Moi qui m'intéresse au moyen de réinsérer les classes populaires immigrées dans le dispositif démocratique (une réinsertion sans laquelle la démocratie devient une coquille vide), je bute souvent sur ce rapport si différent aux institutions françaises qu'entretiennent Asiatiques et Africains (pour parler vite). Pour tout dire, cette différence est même ce que la droite nous envoie dans les dents pour culpabiliser les Africains. Il y a quelque chose d'attachant dans le "J'aime Belleville" des manifestants, et même dans leur geste de renverser une voiture de police du fait que la maraichaussée a refusé d'arrêter le voleur du sac d'une dame. Ces jeunes gens sont du bois dont on fait les reconstructeurs de l'Etat. Mais encore une fois au prix de combien de divisions et de récupérations ? Jouer la Chine contre l'Afrique à Paris pourrait être un jeu politique utile à nos dirigeants, comme on joue les Arabes laïques contre les Arabes religieux, les Kabyles contre les Arabes, le Slaves contre les Turcs etc. Un ami me faisait remarquer que le drapeau chinois flottait dans cette manifestation et que l'ambassade de Chine devait en contrôler certains aspects. Allez savoir.

 

Je vous parlerai bientôt d'Histoire et trauma de Davoine et Gaudillière, histoire de tempérer mon image antipsychanalytique. A vrai dire, je tempère mon propos à bon compte : le livre décrit des cas cliniques. On peut donc en faire son miel sans adhérer aux dogmes freudiens. Au fait, à propos de Freud, connaissez vous cette histoire de vautour qui inspira au père de la psychanalyse ses spéculations sur l'homosexualité de Léonard de Vinci ? Freud interpréta un rêve d'enfant de Léonard de Vinci sur la base de ce qu'il croyait savoir des vautours. Sauf que le rêve du génie de la Renaissance mettait en scène un milan. Une erreur de traduction du russe vers l'allemand fut à l'origine de la méprise. Freud en fut informé sur le tard, mais n'en tira jamais aucune conclusion pour remettre en cause son hypothèse. Le Livre noir de la psychanalyse fourmille de ce genre d'anecdotes sur la malhonnêteté intellectuelle des grands auteurs (Bettelheim par exemple). Mais soyons justes : ce n'est pas le seul fait de la psychanalyse. C'est tout une tournure de pensée de l'intelligentsia du 20ème siècle. Peut-être un corrélat de la bureaucratisation des universités. Un intellectuel capable de dire "j'ai eu tort" et de réorienter complètement ses théories ça n'existe pas. Ou alors, cela peut lui arriver une fois dans sa vie, comme à ces nombreux disciples du parti communiste tombés de cheval sur le chemin de Damas et convertis au conservatisme le plus agressif. Le grand mea culpa ostentatoire et radical, bien narcissique en somme, fait partie du bagage de tout intellectuel qui se respecte. Pas le sens de l'ajustement pragmatique. Mais je m'égare. Laissons ce sujet pour un autre billet.

 

 

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Performances artistiques, psychanalyse, sécessionnismes et autres créations de l'esprit

19 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

J'assistais hier soir en province à une performance artistique dans un petit théatre. Juste avant il y avait 40 personnes pour la projection vidéo, puis, quand la perfomance commença, nous n'étions plus que sept, aux premières loges si l'on peut dire, puisque le public était assis sur des chaises intallées sur la scène même.

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L'artiste participe à plusieurs festivals comme ça aux quatre coins de l'hexagone. Je l'ai interviewée il y a 3 jours. Une impression de sérieux et de modestie (ce qui est rare dans ce milieu) se dégageait de sa personnalité. J'ai un peu de mal à concevoir qu'on ne puisse travailler à chaque fois que pour six ou sept personnes. Cela me fait penser aux remarques de Paul Veyne sur les inscriptions de la colonne de Trajan à Rome, situées si haut dans l'édifice que personne de toute façon ne pouvait les lire. Bien sûr l'artiste fait des photos, des vidéos, ces images seront diffusées dans d'autres festivals, mais pour combien de personnes à chaque fois ?

 

Je me dis qu'aussi peu de gens connaissent les productions de cette artiste que les miennes (au fait : la bibliothèque de Sciences Po vient d'acheter mon bouquin sur l'Abkhazie - ils ont l'oeil les bougres !), mais que c'est elle qui a raison. Il faut avoir l'esprit d'un artisan dans tout ce que l'on fait.

 

Suivant les goût du temps, mais à contre-temps, j'ai acheté cette semaine le Livre noir de la psychanalyse, plutôt que le bouquin d'Onfray sur Freud. Je ne partage pas certains de ses plaidoyers pour les méthodes comportementalistes, mais le livre est utile. Je recommande notamment la contribution du psychiatre lyonnais Jean Cottraux qui a entre autre le mérite de montrer les effets des modes parisiennes en province (et les bienfaits relatifs du conservatisme de celle-ci à l'égard des délires de la capitale). L'ironie de Cottraux sur l'obséquiosité de Deleuze accueillant Lacan à la gare me touche évidemment. Ce sont les impostures de toute une époque dont il est fait le procès ici.

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Je suis encore frappé par l'arrogance avec laquelle les pontes de la psychanalyse ont répliqué à cet ouvrage, comme s'il s'agissait d'une sorte d'attaque "américaine" contre eux - les philosophes avaient usé du même argument contre le livre de Sokal et Bricmont dans les années 1990. Les ressorts du nationalisme fonctionnent toujours dans l'intelligentsia. Plus profondément, je ne comprends pas que des abus de pouvoir, dûment démystifiées, comme le cléricalisme  de la psychanalyse, ou l'aura de M. Kouchner, ou le système éditorial de Bernard-Henry Lévy, et tant d'autres tristes réalités de notre temps, survivent si facilement aux attaques dont ils font l'objet. Comme si au fond les critique n'avaient pas d'importance. Comme si l'opinion publique tenait à rester sous le joug de tant d'absurdité. On trouve toujours à ceux qui ont abusé de la confiance du monde des circonstances atténuantes et des raison de persister dans leur puissance. N'est-ce pas étrange quand même ? le peu de pouvoir qu'a l'intelligence en ce bas monde...

 

Je ne puis terminer ce billet sans dire un mot d'un reportage d'Arte ce soir sur la Papouasie. Le reportage déplore que l'Indonésie n'aide point les Papous qu'elle a colonisés et soutient leur indépendance. Issu d'une minorité gasconne méprisée, j'ai beaucoup de sympathie pour différents sécessionnismes (notamment celui des Sioux Lakota aux Etats-Unis), mais je suis allergique à l'ingérence du fort dans les affaires du faible. L'Occident étrangle l'Indonésie via le FMI, l'OMC. Comment ses journalistes peuvent-ils en prime soutenir les sécessionnismes en leur sein ? Si la Chine étranglait financièrement la France, accepterions nous qu'en prime un journaliste de Pékin explique que la région de Nice doit faire sécession parce que Paris ne l'aide pas ?

 

Je cite la région de Nice à dessein car elle a fêté cette semaine le 150ème anniversaire de son rattachement à la France. A ce propos un ami anarchiste m'écrit : "Le Comté de Nice a constitué pendant des siècles une confédération de communes librement associées entre-elle ; dont l’économie était essentiellement autosuffisante et localisée.
Malgré les dégradations (bétonnage de nos cotes et de nos montagnes, destruction d’écosystèmes importants); nous disposons encore d’atouts majeurs : Des terres peu polluées, de l’eau, une réserve de biomasse importante et un climat encore propice.Alors ! Pourquoi pas ? Pourquoi ne pas faire valoir notre droit et reprendre nos libertés afin de construire un autre modèle de développement pendant qu’il en est encore temps.Le traité de Turin de 1860 est caduc ( devant l’ONU depuis le 24 Mars 2010) , le Comté de Nice et la Savoie sont en droit de recouvrer leurs libertés confisquées une premiére fois de Septembre 1792 à 1814 puis de 1860 à nos jours."

 

Je vous laisse juges....

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L' appel d'il y a 70 ans

18 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Nous commémorons aujourd hui les 70 ans de l'appel du grand Charles sur fond de sondage indiquant que le gaullisme (largement trahis par les-soi disant disciples du général, M. Sarkozy notamment) ne dit plus grand chose à personne.

 

Je suis étonné pour ma part du fait qu'on ait imposé aux maires, notamment ceux de gauche, pendant des décennies de faire l'éloge à chaque 10 juin du chef d un parti (l'UDR) qu'ils affrontaient (lui ou son héritier) à chaque élection et auquel ils reprochaient même d'être revenu au pouvoir par les armes.

 

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On aurait pu tout aussi bien leur faire commémorer la création du conseil national de la résistance le 27 mai 1943 voire l'appel du 17 juin 1940 du communiste Charles Tillon qui commençait ainsi : « Les gouvernants bourgeois ont livré à Hitler et à Mussolini : l’Espagne, l’Autriche, l’Albanie et la Tchécoslovaquie... Et maintenant, ils livrent la France. Ils ont tout trahi. Après avoir livré les armées du Nord et de l’Est, après avoir livré Paris, ses usines, ses ouvriers, ils jugent pouvoir, avec le concours de Hitler, livrer le pays tout entier au fascisme. Mais le peuple français ne veut pas de l’esclavage, de la misère, du fascisme ». Il se terminait par un appel à l’insurrection : « Peuple des usines, des champs, des magasins et des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes, unissez vous dans l’action !».

 

Voici un regard africain sur notre histoire dans les années 40 et ses conséquences, regard largement caricatural (quoique pas seulement), mais sans doute révélateur d'un état d'esprit.

 

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L'Occident et le reste du monde

10 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Ce matin, je trouve un petit article sur la manière dont l'Occident fait du "lobbying" pour pousser des pays du Sud à reconnaître le Kosovo - lisez ici. Ce n'est pas très glorieux mais c'est quand même moins grossier que le chantage à l'aide économique qu'on a connu en d'autres temps (il est vrai qu'en ce moment, un pays que l'Occident n'aime pas peut se retourner vers la Chine).

 

Il y a décidément diverses choses que les pays riches ne peuvent pas comprendre. Sur les pirates au large de la Somalie par exemple : leur côté Robin des Bois. Vous n'y croyez pas ?

 

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Alors lisez ceci publié sur le site vénézuélien Aporrea le 21 janvier dernier :

 

"Des porte-parole de ceux qu'on appelle les « pirates somaliens » ont exprimé leur volonté de transférer une partie de ce qu'ils ont pris à des bateaux transnationaux et l'envoyer à Haïti. Les chefs de ces groupes ont déclaré avoir des liaisons dans divers endroits du monde qui les aideront à garantir l'envoi de l'aide, sans être détectés par les forces armées des gouvernements ennemis. Les « pirates » redistribuent normalement une partie considérable de leurs profits auprès des parents et de la population locale. Dans leur mode d'action, les « pirates » demandent aux entreprises transnationales propriétaires de la cargaison confisquée de payer son prix en liquide, puisque les banques ne peuvent pas opérer en Somalie. « L'aide humanitaire à Haïti ne peut pas être dirigée par les Etats-Unis et les pays européens, car ils n'ont pas d'autorité morale pour cela. Ce sont eux qui font de la piraterie sur le dos de l'humanité depuis de nombreuses années », a dit le porte-parole somalien."

 

A l'heure où l'on apprend que Monsanto veut faire main basse sur l'agriculture haïtienne, cette dépêche sur la Somalie, que vous ne lirez nulle part dans nos journaux, donne quand même à réfléchir.

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Le jeu des préférences idéologiques

9 Juin 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Il est un exercice auquel tout le monde devrait s'astreindre car c'est une bon test d'universalité de l'esprit, et de symbiose avec l'intérêt commun universel de l'humanité : il consiste à essayé de répérer dans les courants de pensée avec lesquels on n'est pas d'accord, la tendance qui nous semble la plus intéressante, ou la moins mauvaise, du point de vue de l'intérêt général de l'humanité. Dans les diverses idéologies que l'humanité a inventées, parfois sur les bases de croyances complètement fausses, quelle tendance était malgré tout la plus proche de l'intérêt universel de l'humanité.

 

Par exemple si vous me demandez dans les philosophies-religions asiatiques, laquelle me paraît la plus intéressante, je continuerais aujourd'hui à dire le bouddhisme (même si le taoïsme m'intrigue beaucoup et suscite de plus en plus mon intérêt). L'aptitude de cette doctrine (que pourtant sur le fond je n'approuve pas, pas plus d'ailleurs qu'aucune autre philosophie asiatique fondée sur des bases pré-scientifiques) à prendre en compte l'unité des espèces vivantes, à travailler sur une "sortie" de l'économie du plaisir et du déplaisir, et sa capacité de fonder des systèmes politiques durables à travers l'Extrême-Orient m'impressionne (même si je hais particulièrement celui des Tibétains).

 

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Si vous me parlez des monothéismes, je continuerai à dire que le judaïsme est celui qui m'impressionne le plus. Parce qu'il fut le premier, parce qu'il est devenu d'une très grande intransigeance aussi bien sur l'éthique que sur les rituels. L'Islam me plaît beaucoup aussi par son pragmatisme, sa capacité d'organiser des systèmes politiques sous des latitudes culturelles très différentes, et sa fidélité à l'esprit du judaïsme, plus grande à mes yeux que celle du christianisme. Mais je continuerais à trouver au judaïsme le mérite d'avoir été pionnier et une impressionnante subtilité.

 

Dans la philosophie grecque ancienne le courant le meilleur, je l'ai déjà dit, selon moi est le stoïcisme, malgré certains de ses égarements (encore que je continue à réserver aussi une tendresse particulière à Platon qui est une sorte de Staline de la révolution philosophique, avec toutes les vertus et tous les travers qu'on peut reconnaître à ce genre de figure).

 

Dans l'école de pensée marxiste (à laquelle je n'adhère pas, pas plus qu'aux précédentes que j'ai citées), le courant le plus intéressant est sans doute le maoïsme. Parce qu'il a cru aux paysans autant qu'aux ouvriers, parce qu'il a pensé le colonialisme bien mieux que le marxisme classique (ce n'est pas un hasard si parmi les meilleurs anti-impérialistes en ce moment, parmi les plus sincères, on trouve beaucoup d'ex-maos), sa prise de distance à l'égard d'un certain mécanisme marxiste (il y a de la poésie chinoise dans le maoïsme), son courage à affronter la question du pouvoir (et des trahisons) des intellectuels (la révolution culturelle).

 

Dans le libéralisme, la version la plus intéressante est celle qui se tient à la limite de l'anarchisme. Principalement les libertariens, parce qu'ils ont une sainte horreur des oligopoles, des oligarchies, et du pouvoir militaire auquel elles s'associent.

 

Nous pourrions étendre ce petit jeu à des tas de domaines qui n'occupent pas une place centrale dans nos manuels scolaires (par exemple les cultures africaines ou amérindiennes, les religions païennes antiques etc). Je trouve cet exercice très salutaire pour les neurones.

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