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Le blog de Frédéric Delorca

Condition féminine et toilettes publiques

11 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Les mots clés "massages chinois", "'viols de femmes allemandes par les Russes à Berlin", "homme blanc qui aime des femmes noires" etc continuent à attirer pas mal de lecteurs vers ce blog, sans doute parce que ces sujets sont peu traités sur le Net français.

 

Continuons dans nos remarques sur la condition féminine avec ce petit billet, en abordant encore un sujet peu traité : les toilettes publiques.

 

Entre octobre 2003 et janvier 2004, dans le cadre de l'élaboration du schéma départemental des collèges, le Conseil général de la Seine Saint denis a largement consulté les collégiens eux-mêmes. Une des conclusions de l'étude concernait les toilettes :

 

"Un bon nombre d'élèves n'osent pas utiliser les toilettes de leur collège faute d'intimité et de confort" (p. 8).

 

Cet élément a surpris paraît-il. Les planificateurs n'auraient pas spontanément pensé à travailler sur cet aspect des choses.

 

J'ai repensé à ce détail quand j'ai vu la semaine dernière ce reportage à la BBC à propos du Kenya intitulé "Fears of rape in Kenya's slums 'trap women'"

 

"Fear of sexual violence is keeping poor Kenyan women away from communal toilets, and increasing the risk of disease, Amnesty International says." 'La peur des violences sexuelle maintient les femmes kenyanes pauvres à l'écart des toilettes communales, ce qui augmente les risques de maladie" disait le reportage dont on peut retrouver le texte sur le Net. Les dames de Nairobi qui vivent dans les bidonvilles (plus de la moitié de la population de Nairobi) disait l'article, n'osant pas aller jusqu'aux toilettes la nuit, font leurs besoins dans des sacs plastiques qu'elles balancent ensuite aux ordures.

 

J'ai repensé aussi à un propos de Patricia Latour, auteure d'un bouquin sur les femmes en 1936. Un ami m'a rapporté ses propos selon lesquels à l'époque du Front populaire une des revendications majeures des ouvrières était de disposer de toilettes qui ferment à clés pour que les contremaîtres n'aillent pas se rincer l'oeil.

 

Si la condition maternelle entretient souvent les femmes dans pipi-caca, il faut songer qu'à cela s'ajoute pour beaucoup d'entre elles, filles, mères, et grand-mères que les toilettes sont lieu d'un risque de violence spécifique, de violence "de genre" comme disent les Anglo-saxons, dont un homme bourgeois ne peut même pas soupçonner l'existence. La Grande-Bretagne s'oriente vers une solution originale : la vidéo-surveillance. En Grande-Bretagne 10 % des lycées vidéo-surveillent leurs toilettes, apprenait-on en avril dernier. Une violence institutionnelle qui n'est pas du goût de tout le monde et qui en tout cas ne renforcera pas, le sentiment d'intimité.

 

 

 

 

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La contingence, Bruckner, Pau,l'Occident

8 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

L'athéisme contemporain donne beaucoup de force au sentiment de hasard et de contingence, qui est des plus angoissants : à chaque instant on pressent que beaucoup de choses pourraient être différentes, et en même temps, on ne sait pas bien comment. Tout est contingent, sans pour autant qu'on puisse avoir le moindre pouvoir sur cette contingence.

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Bruckner faisait remarquer récemment que traiter quelqu'un de "fils de pute" était une façon de souligner la contingence de sa naissance, ce qui ne m'avait jamais sauté aux yeux.

 

Après avoir écrit sur la contingence de ma vie au nord de la Loire plutôt qu'auprès de mes parents dont la dernière heure approche dans le Sud, j'ai aussi songé à la contingence de ma ville natale : Pau.

 

Beaucoup de gens s'étonnent souvent qu'une ville au milieu du désert gascon compte plus de 80 000 âmes.

 

En réalité Pau, selon toute logique, ne devrait compter que 10 000 ou 15 000 habitants comme Auch.

 

Elle a dû son succès démographique à 3 coups du sort successifs parfaitement contingents : d'abord la volonté des rois de Navarre d'en faire leur capitale, parce qu'elle était au centre presque géométrique de ce qu'il leur restait de territoire (ce qui en a fait une ville de robins, y compris ensuite sous la monarchie française), une lubie des anglais d'en faire un lieu de cure au19ème siècle (ils l'équipèrent alors d'hôtels, d'une gare etc), et enfin la découverte du gaz à Lacq au 20ème siècle. En principe après chacun de ces facteurs contingents, Pau aurait dû pérécliter, mais un autre a pris le relais d'une façon assez improbable. La fin du gaz aujourd'hui angoisse les élus locaux car ils savent que plus rien ne peut rendre leur ville attractive en comparaison de Biarritz et de Toulouse, sauf à unir leur destin à Lourdes et ses miracles (une autre contingence dans le désert gascon).

 

Le libéralisme économique dévoile encore plus crument la contingence, car il prohibe à l'Etat de verser des subventions pour camoufler et soulager la misère d'un lieu (c'est ce qu'on appelle "l'aménagement du territoire"). Cette crudité, cette violence, n'échappe à personne. Mais personne n'ose plus envisager de remède draconien (la fin du libéralisme).

 

D'une certaine façon tout le monde occidental est frappé par la prise de conscience de la contingence de son bien-être. Il ignore s'il le doit aux crimes coloniaux ou à sa dynamique intrinsèque (moi-même je n'ai pas d'avis là-dessus et diffère en cela de Chomsky), mais il sait qu'il peut tout perdre. Récemment un supplément d'une revue pour riches (peut-être les Echos ?) était consacré aux civilisations du passé anéanties. En arrière plan l'idée que nous sommes la prochaine sur la liste. Ici contingence et mort vont de pair. Et c'est assez paralysant. On cherche des voies d'actions, mais on pressent que le trop plein de contingence rendra l'action vaine quoi qu'il advienne.

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Quand J. Bricmont manque un peu de distance à propos du patriotisme français

8 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

bricmont-photo-copie-1.jpgUne faiblesse dans le dernier article très "johnstonien" de Jean Bricmont publié aujourd'hui même http://www.legrandsoir.info/Quelques-remarques-sur-le-nationalisme-francais.html : il oublie que la France fut un vassal d'une logique "occidentale" dès De Gaulle (par exemple dans les complots co-organisés par la DGSE, la CIA et les services secrets allemands contre la Guinée de Sékou Touré). Il surestime le potentiel de non alignement du nationalisme français, un potentiel qui ne peut s'obtenir qu'en dépassant le colonialisme, en fusionnant l'héritage occidentaliste, impérialiste, "souchien" et l'héritage anticolonial des immigrés du Sud dans une pensée postcoloniale commune. Un projet stimulant, mais qui ne peut se réaliser à n'importe quel prix.

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L'Etat, et quelques autres circonstances qui m'éloignèrent de Pau

7 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

A 40 ans, on ne peut pas s'empêcher de faire l'inventaire de tout ce qui aurait pu se passer "autrement" dans une vie, et vous conduire ailleurs...

 

Quand je vois ces jeunes gens, grâce à la grande braderie des diplômes, ont leur bac avec 20 sur 20 de moyenne (j'ai eu le mien avec 17,5 en 1988), je me dis qu'ils n'imaginent pas les obstacles qui les attendent. Ils disent "je serai ambssadeur", comme je le disais aussi, sans avoir lu sans doute l'appel désespéré de Védrine et Juppé pour sauver le Quai d'Orsay en pleine décrépitude.

 

Je suis sorti de l'ENA en 1996 à une époque où l'Etat occupait une place plus centrale dans la société qu'aujourd'hui. D'ailleurs les meilleurs élèves des lycées essayaient de faire Sciences Po pour être hauts fonctionnaires ou Normale Sup pour être agrégé de philo, plutôt qu'HEC ou le droit des affaires comme aujoud'hui. L'Etat, plus puissant (quoique déjà sur le déclin) exigeait aussi davantage de ses agents.

 

J'ai eu le malheur (ou la chance) d'avoir dans ma promo un Béarnais, ancien inspecteur des impôts entré à l'ENA par la voie interne, qui m'a piqué le seul poste de juriste qu'il y avait à Pau. A l"époque l'Etat exigeait des anciens élèves de l'ENA qu'ils restent 4 ans à leur premier poste. J'ai donc pris un poste près de Paris et y suis demeuré en sachant que je ne pourrais pas bouger avant 2000. Puis en 1997 j'ai rencontré ma compagne, en 1998 mon correspondant serbe, tout en reprenant contact avec Bourdieu à Paris. L'engrenage était lancé pour me tenir éloigné de Pau.

 

Qu'aurait été ma vie si j'étais retourné en Béarn dès l'âge de 26 ans ? aurais-je milité dans un mouvement occitaniste comme l'air du temps de l'époque m'y poussait ? me serais-je rapproché de l'Espagne ? Je suppose que j'eusse investi beaucoup moins dans l'intellect. Il n'y aurait pas eu de Régis Debray ni de Jean Bricmont sur mon chemin. Internet m'aurait moins attiré. J'aurais cultivé mes petites croyances de jeunesse, mon nietzschéisme de pacotille, sans m'intéresser à Chomsky, ni à la Yougoslavie. J'aurais continué à voter socialiste sans trop me poser de questions, ou peut-être même pour les Verts, en vitupérant bêtement contre les chasseurs d'ours. J'aurais peut-être essayé de faire une thèse à la fac, en lettres sans doute. Tout aurait été plus paisible. Peut-être plus aporétique aussi, car j'aurais subi davantage le poids de la vie familiale, la routine entre le pont du 14 juillet et le pont d'Espagne. Je n'aurais peut-être pas eu la grande sagesse de vivre ça sereinement. J'aurais rêvé de nouveaux départs, sans peut-être trouver la force de les tenter. Je me serais marié avec une sudiste. J'aurais eu des gosses plus tôt. Je serais divorcé ou cocu, amer, alcoolique, plus immature que je ne le suis, plus positif quand même. Allez savoir. Plus con, plus intelligent, je ne sais pas. Avec plus ou moins de regrets, allez savoir.

 

Tout cela parce qu'à l'époque, l'Etat plus inflexible, affectait en fonction de classements, et n'offrait pas de mutation avant quatre années. Ca fait drôle de penser à ça. Tenez, voici une petite vidéo de ma demeure à Jurançon (Béarn) il y a 14 ans.

 

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Bon qu'est-ce qu'on fait ?

7 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Etat des lieux de l'opinion publique :

- un dégoût à l'égard de la classe politique

- doublé d'une grande résignation sur les chances (et même sur l'opprotunité) de changer le système, résignation qui se transformer en grand enthousiasme médiatique façon 2007 pour Ségolène, Strauss-Kahn, Villepin etc.

 

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Etat des lieux à gauche - Une gauche de la gauche qui ne va pas au bout des analyses sur

- l'impossibilité de redevenir keynésien (a fortiori socialiste) si on ne sort pas de l'Union européenne

- la nécessité de soutenir des combats postcoloniaux justes pour la Palestine, contre l'islamophobie

Des petit intellos qui se sont trouvés des niches et des toutes petites rentes de situation morales (chomskysme, bourdieusisme) qui ne débouchent sur aucune action réelle

- des groupuscules dans les milieux populaires remplis de petits chefs qui se font croire qu'ils ont un grand potentiel mais n'arrivent à aucune unité, encore moins à un sens de la discipline qui puisse les rendre efficaces (au pire ils iront à la soupe quand ils se seront bien épuisés en rivalités intestines)

- une absence complète de souffle pour proposer autre chose, des voies de changements sociaux concrets (dans les rapports entre les personnes, les rapports de production etc) qui prépareraient véritablement une éthique anticapitaliste.

 

Une droite (y compris le centre-gauche d'ailleurs) de plus en plus effrayée par le reste du monde, la crainte du déclin de l'Occident, qui accepte le culte du veau d'or, la marchandisation de tout, en se disant que, de toute façon, on s'en sortira avec l'héritage de papa-maman, qui permet de se soigner dans des cliniques et d'inscrire le petit dernier à l'école privée, tandis que les pauvres, eux, s'englueront dans leur marasme à rêver de gagner des millions devant la TV. Et au sein de cette droite, une tendance, la plus intéressante : celle qui veut du gaullisme, de la refondation républicaine, du non-alignement sur les Etats-Unis. Mais a-t-elle la moindre chance d'être entendue par une opinion publique de plus en plus américanisée, qui fonctionne à l'émotion et qui ne sait même plus si Napoléon est né avant Vercingétorix ou après ?

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Sex and Art, Dirty Diaries

5 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Ayant écrit un roman dont l'héroïne est une star du X, je ne puis m'abstenir de m'intéresser aux évolutions de ce genre cinématographique. Je suis donc allé voir ce soir Dirty Diaries, projet collectif suédois dirigé par Mia Engberg (cf la bande annonce ci dessous).

 

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Je ne comprends pas du tout les critiques sur Internet qui trouvent ces courts-métrages "peu excitants". Faut-il que les gens peinent à aimer le sexe pour réagir de la sorte ! Comme le disent certains commentaires sur le Net, "Skin" est le plus surprenant et le plus excitant : c'est une façon magnifique de filmer le sexe. Mais la scène SM avec la policière et la délinquante n'est pas mal non plus dans le genre, le dessin animé aussi. Bref on est vraiment dans une série d'ambiances originales qui rendent bien hommage au corps.

 

Certains courts métrages dans la veine des performances artistiques contemporaines (à la manière de Masha Sha) laissent plus perplexe. Il y a une forme d'académisme dans la façon de référer la nudité aux plantes, aux fruits, à la nature que je réprouve.

 

Au fait, pour ceux qui vivent dans le Sud et souhaitent participer à une oeuvre esthétique, l'artiste Enna Chaton, que j'ai interviewée il y a peu, cherche à rencontrer les 14 et 15 juillet du côté du Cap d'Agde "des hommes et des femmes pour échanger des points de vues sur le corps, la nudité, la sexualité, leurs images et leurs pratiques aujourd'hui, au quotidien". "Nous souhaitons faire des prises de sons, et peut-être des images" dit-elle sur son blog.

 

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La pétrification des rôles

4 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Marrant ce dernier commentaire d'actualité (http://www.dailymotion.com/video/xdnr50_alain-soral-actu-de-mai-2010-partie_news) où Soral inclut à deux reprises l'Iran et la Turquie parmi les pays arabes. Ca me rappelle ses imprécisions sur le cas Onfray. Bah, notre société est trop tolérante à l'égard du flou artistique.

 

A part ça une nouvelle : si vous voulez acheter des livres pas cher dans le quartier latin, allez chez Ishtar ils liquident tout jusqu'au 11 juillet - les pôôvres, ils n'avaient pas voulu parler de l'Atlas alternatif parce qu'il y avait dedans un article de Diana Johnstone sur la Serbie, ça ne leur a pas porté chance...

 

Au fait en parlant de Diana Johnstone, vous avez peut-être remarqué son récent exercice d'admiration de Noam Chomsky qui se termine en forme de clin d'oeil à Dominique de Villepin. Je crois savoir qu'elle s'est rapprochée récemment de la mouvance du parti de François Asselineau. Ce qui me frappe dans cette article, comme dans le livre de Pinto que je citais hier, c'est que rien ne me surprend en lui. Il se déroule comme un programme d'un logiciel informatique après quon ait cliqué deux fois sur "enter". C'est le problème de beaucoup de journalistes et d'essayistes : quand leurs idées sont fixées, ils peuvent pendant 10 ans répéter la même chose. Et c'est d'ailleurs souvent ce que leur public attend d'eux.

 

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Je pense que mes propos sur ce blog présentent le même défaut dans la mesure où ils répètent trop souvent les mêmes considérations, sur le bourdieusisme, le chomskysme etc. Mais cela tient aussi au ciblage initial du blog : il est conçu comme un prolongement des livres publiés, et donc il se trouve nécessairement enfermé dans leurs problématiques. Ce n'est que lorsqu'un nouveau livre sort que je puis normalement écrire quelque chose de vraiment nouveau dans son sillage. Sauf que le livre lui-même doit toujours être cohérent avec ce qui a précédé, donner l'impression de poursuivre une démarche. C'est là aussi un des pièges de la notion d' "oeuvre", qui fait qu'un Sartre a toujours fait du Sartre, un Finkielkraut a toujours fait du Finkielkraut. BHL n'écrira pas sur les films pornos ou sur la gastronomie sibérienne, Elisabeth Badinter ne s'intéressera jamais à la composition sociologique des légions romaines sous Trajan, Alain Badiou n'écrira pas une biographie de Kylie Minogue. Le piège de l'oeuvre, le piège du "rôle" social aussi, dans un sens. Plus on vieillit, plus cela se marque. Et c'est dommage, au fond. Cette incapacité à se renouveler qui finalement marque tout individu, mais plus encore l'intellectuel comme produit du marché littéraire, et fait qu'il devient aisément labellisable et caricaturable (quand il ne se caricature pas lui-même), quel piège effrayant. De sorte que les oeuvres, les articles et les blogs ne sont au fond que de mornes épitaphes tout juste bonnes à identifier nos futures tombes dans les cimetières.

 

Rimbaud avait résolu le problème par la fuite, en se faisant traficant d'armes. Mais la fuite aujourd'hui est identifiée à de la facilité. En plus il n'y a même plus d'ailleurs où fuir.

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Louis Pinto, Nathalie Heinich, DSK et "la gauche Marrakech"

3 Juillet 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Ne lisez pas le dernier livre de Louis Pinto, Le café du commerce des penseurs. Vous y trouveriez tout ce qu'il y a de pire dans le bourdieusisme des années 2010. Un livre dont dès les premières pages on sait quel sera le contenu, quelles seront ses cibles (les néo-libéraux, le centre-gauche, les postmodernes), un livre qui manque d'honnêteté intellectuelle en ce sens que, prétendant analyser la pensée d'aujourd'hui sous un angle critique, il omet bien sûr d'auto-analyser son propre courant (comme si celui-ci était au dessus du lot, au delà de toute critique possible - ça me rappelle le temps où mes profs de socio notaient que les déconstuctions de la sociologie contemporaine par les bourdieusiens omettaient leur propre autodéconstruction). Surtout ce n'est même pas un travail sociologique, en ce sens qu'on n'y retrouve même pas une tentative d'enquête, d'exploitation statistique du sujet, ce n'est plus qu'un essai parmi 10 000 autres. Je trouve qu'une bourdieusienne dissidente comme Nathalie Heinich rend aujourd'hui mieux compte dans ses travaux de ce qu'a été la grandeur du bourdieusisme, des outils innovants qu'elle a par exemple apportés à la sociologie de l'art (son domaine). Preuve qu'on n'est vraiment fidèle aux grands héritages intellectuels qu'en les trahissant un peu, c'est à dire en les évaluant dans toutes leur dimensions, sous un regard critique, pour en faire autre chose, plutôt qu'en érigeant en dogme les écrits du maûtre. En ce sens Mahomet est le meilleur disciple du Christ.

 

Un ami attire mon attention sur l'expression "la gauche Marrakech" inventée récemment par le choniqueur Guy Carlier (cf ci-dessous) à propos de Strauss-Kahn. Il note à juste titre que le terme peut aussi s'appliquer à Bertrand Delanoë, Bernard Henry-Lévy, tous ces grands amis du roi du Maroc, porteurs des mêmes imaginaires, porteurs de la même vision des relations internationales à l'ONU et interculturelles en France, tous sociaux-libéraux of course, blairistes.

 

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