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Le blog de Frédéric Delorca

Notre guerre afghane... qui accroît les tensions indo-pakistanaises

31 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

C'est l'essayiste Michael Sheuer qui l'explique dans The diplomat.com dans un article qui mérite le détour : en encourageant l'Inde à investir en Afghanistan, les Occidentaux pourraient pousser Islamabad et New Dehli au seuil d'une guerre nucléaire.

 

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Sheuer explique pourquoi l'appareil militaire pakistanais a toujours vu dans l'Afghanistan sa zone de repli possible en cas d'invasion indienne et combien en favorisant l'alliance entre Karzai et l'Inde les Occidentaux ont vulnérabilisé la vision stratégique d'Islamabad. Or, comme le dit Sheuer, si l'OTAN se retire d'Afghanistan sans avoir rien gagné du tout, exactement comme en Irak (une hypothèse qui sera des plus plausibles à moyen terme), les troupes indiennes se retrouveront singulièrement démunies, sans pour autant pouvoir, pour des raisons de fierté nationale, quitter le pays aussi facilement que les Occidentaux.

 

La conclusion aussi est intéressante. Elle décrit un monde - le monde actuel quoi que les médias veulent nous faire croire - où les Occidentaux perdent les guerres d'Irak et d'Afghanistan, et les Russes celle du Caucase Nord.  Nos stratèges arrogants feraient mieux d'y réfléchir.

 

 

 

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MacKinnon prend des rides

31 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

P1000173On se souvient du travail considérable de la féministe MacKinnon pour attiser la haine anti-serbe pendant la guerre de Bosnie à propos des viols commis par les paramilitaires au cours de ce conflit (une campagne qu'a relayée en France Mme Elizabeth Badinter). On peut dire que, par delà le contexte balkanique, l'action de MacKinnon a ancré dans l'opinion publique une certaine vision de la condition féminine au milieu des guerres, ce qui a fait le délice des chercheurs en Gender Studies. Le conflit des Grands Lacs aussi a donné matière à réflexion dans ce sens.

 

Mais aujourd'hui ressortent des informations pour le moins intriguantes. "Une étude menée par des scientifiques américains parmi la population de l’Est du Congo remet en question l’image traditionnelle des violences sexuelles exercées par les hommes contre les femmes" apprenait-on le 9 août dernier sur le site IRIN.

 

Voici encore ce qu'on y lit :

 

"Selon l’article publié dans le Journal de l’Association médicale américaine (JAMA) le 4 août, les enquêteurs ont fait du porte à porte afin d’interroger près de 1 000 villageois au Nord et au Sud-Kivu et en Ituri en mars dernier. Contrairement aux études qui s’appuient sur des survivants de violences sexuelles bien identifiés, cette étude avait pour but d’évaluer les effets du problème sur l’ensemble de la population de l’Est du Congo.

Les résultats confirment que les violences sexuelles sont couramment utilisées contre les civils – y compris les hommes – depuis le début de la guerre dans la région, vers le milieu des années 1990. Près de 40 pour cent des femmes et plus de 23 pour cent des hommes interrogés ont signalé avoir été victimes d’agressions sexuelles, le viol principalement.

C’était la première fois qu’une étude demandait à des survivants le sexe de leur agresseur : 41 pour cent des femmes et 10 pour cent des hommes ayant survécu à des violences sexuelles liées au conflit ont dit que l’agresseur était une femme."

 

Les femmes ne sont donc pas les seules victimes des guerres, et les hommes ne sont pas les seuls agresseurs. Voilà qui donne à réfléchir. Cela me rappelle les propos très censés de de Nira Pancer qui dans son livre "Sans peur et sans vergogne : De l'honneur et des femmes aux premiers temps mérovingiens" rappelait que si le statut des femmes dans la noblesse franque était précaire, il fallait rappeler que c'est l'ensemble des statuts sociaux des deux genres qui étaient à l'époque instables et mal définis. Replacer les choses dans un contexte élargi a toujours du bon.

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Finkielkraut - Sollers

28 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Un dialogue entre Finkielkraut et Sollers à propos de Renaud Camus qui serait pain béni pour un bourdieusien qui s'intéresse aux déterminations scolaires des pensées, des oeuvres, et des rapports aux médias.

 

A 18 ans j'aimais bien Finkielkraut (mais à cet âge là on aime facilement ce qui vous tombe entre les mains), à 23 je lisais Sollers avec plaisir. Avec la guerre du Kosovo j'ai détesté l'un et l'autre pour leurs positions anti-serbes et leur irresponsabilité devant le danger de l'hégémonisme étatsunien, j'ai cru avec les bourdieusiens pouvoir les surplomber par la sociologie, je suis revenu de cette illusion. Aujourd'hui je tiens l'un et l'autre pour d'intéressants critiques littéraires à défaut d'autre chose. Je visite leurs univers respectifs comme des cathédrales ou plus modestement des églises romanes. Mon rapport à l'institution scolaire est plus proche de celui de Sollers que de celui de Finkielkraut, et donc (car il y a une forme de voie de conséquence) mon rapport aux médias aussi, même si je regrette sans doute plus que Sollers que les grands medias audiovisuels aient pris tant d'importance dans les rapports intersubjectifs de nos jours. Voilà donc pour préciser en deux mots ce que m'inspire cet échange.

 

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Flânerie

27 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

"femmes aphrodites -  hardeuse  - femmes noires et séduction  google  - paysan béarnais  - hassina 35 ans facebook  google -blog massage chinois paris -onfray freud blog  google - attirance sexuelle homme blanc femme noire  - freudo marxisme - femmes abkhazes " voilà les mots clés qui attirent à moi une moitié de mon lectorat. Cela me dispense un peu de parler de politique, vous ne trouvez pas ? Ceux qui veulent de la politique n'ont qu'à lire le blog d'Edgar juste à côté de celui-ci, il vient de rentrer de vacances.

 

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Bon allez, peut-être juste un mot de politique quand même (pour ceux qui ont tapé "politique france identitarisme" et "le parti communiste et la décolonisation" hier pour arriver à mon blog) : la personne avec qui je déjeunais hier - et qui a bien connu les arcanes du pouvoir - disait que Sarkozy ne se représenterait pas à la présidence de la République : "C'est un jouisseur pas un bosseur, les charges publiques ne l'intéressent pas. Il voulait être un people c'est tout. Il peut finir sa vie tranquille récompensé de ses bons et loyaux services par une multinationale américaine comme l'a fait John Major après avoir fait avaler Maastricht aux Anglais. Le système a besoin de Strauss-Kahn comme président avec une extrême gauche affaiblie par la montée d'Eva Joly des Verts et une UMP affaiblie par le FN, ce parti d'extrême droite qui a déjà tant fait pour le triomphe des atlantistes en France." Il est vrai que Ségolène Royal témoignait en 2008 que 12 ans plus tôt Sarkozy lui avait dit : "Je fais de la politique, je suis donc à un poste de ministre, mais je pourrais faire autre chose".

 

Bon, voilà, je vous laisse avec cette prédiction.

 

Sortons donc de la politique. Deux maximes chinoises que je dois vous livrer aujourd'hui. "Même la plus forte des armées a encore une faiblesse : son général". Et encore celle-ci qui est ma préférée : "Celui qui vient est gentil, celui qui ne vient pas n'est pas gentil". Il ne faut pas entendre ici "venir" dans un sens sexuel, je le précise pour les moins de vingt ans qui liraient ce blog et dont l'univers mental est peuplé de fesses féminines. Moi à qui on reproche si souvent de n'être pas assez présent là ou l'attend, je ne puis qu'applaudir à ce proverbe que je trouve mieux formulé que "le absents ont toujours tort". Car c'est bien un problème de gentillesse plus que de tort. Pourquoi l'humain crédite-t-il toujour d'une forme de gentillesse celui qui vient vers lui, alors que celui qui ne vient pas, celui qui ne mendie pas son attention est souvent bien plus "gentil" et utile à son prochain que le vendeur de boniments qui frappe à sa porte ?

 

Bon en parlant de Chine je voudrais encore vous évoquer Yi, mais ce n'est peut-être pas trop le moment. Donc je continue plutôt dans la veine des citations. Je trouve ceci dans Julien Gracq (qui par ailleurs m'assomme) à propos de Don Quichotte : "L'arriération africaine des steppes de la Castille dote les exploits du Chevalier de la Manche d'une crédibiité que n'obtient pas au même degré Picrochole, fourvoyé sans vraisemblance dans l'économie de marché réaliste et roublarde des campagnes du Chinonais" (En lisant, en écrivant p. 209). Illusion d'un écrivain du XXème siècle qui projète à tort sur le 16ème siècle en un temps où elles étaient prononcées les différences économiques entre la France et l'Ibérie des années 1970 ? Peut-être bien, je ne sais pas. Mais l'argument selon lequel les ânes et les jarres à huile créent une ambiance africaine chez Cervantès, et que la métaphysique du Quijote n'aurait pas de sens sans cela est juste.

 

Tout n'est pas nul chez Gracq. Par exemple quand il souligne que Gide n'avait pas d'orgueil intellectuel solitaire (une chance rare pour un écrivain) ou quand il recense les différentes visions de Paris que portent les grands auteurs du 19ème siècle. Paris étant une des trois ou quatre malédictions qui pèsent sur ma vie (et qui peut-être pèsent aussi sur toute la France), je ne puis qu'y être sensible.

 

Bon voilà. Toutes mes excuses à vous tous qui lisez des blogs pour des raisons utilitaristes (c'est le cas, je crois, de 90 % des Internautes : on ne flâne plus, ni sur Internet ni ailleurs). Dans ce billet il ne pouvait rien y avoir d'utile.

 

 

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Lueurs

25 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis

Je lisais tantôt un témoignage de Chirac dans Le Point, qui disait qu'à l'occasion d'une élection, à Saint Denis, comme le Parti communiste avait envoyé des militants pour l'empêcher de parler Malraux lança aux trublions, profitant d'un instant de silence : "Je vous ai attendus sur le Guadalquivir et  je ne vous y ai pas vu". Un souvenir qui rappelle certaines pages de "Chien blanc" de Gary, et qui fait réfléchir au problème de la responsabilité historique des spécialistes de la vocifération.

 

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Il y a ceux qui vocifèrent, et ceux qui prennent leurs responsabilités à l'égard de l'humanité (ou à l'égard de leur pays), et ce sont rarement les mêmes. Cela vaut aussi pour les donneurs de leçon d'aujourd'hui.

 

A part ça, toujours soucieux de ne pas me dérober à mes responsabilités de citoyen éduqué, je rencontre demain le leader d'un petit mouvement politique émergeant. Je ne dirai rien de cette rencontre sur ce blog mais j'espère une conversation détendue et fructueuse. De même, je vais contribuer à un ouvrage collectif dont je ne puis rien dire non plus mais qui peut-être va me permettre de mieux connaître certains milieux et d'évaluer les chances qu'il y a encore de sortir de la stupidité euratlantiste actuelle.

 

J'ai aussi lu des choses navrantes ces derniers temps sur le divorce entre Poutine et Medvedev. Ma méfiance à l'égard de la Russie, dont l'intuition est née en Abkhazie l'hiver dernier mais aussi du nouveau climat russo-américain depuis l'élection d'Obama, se justifierait donc au delà même de mes craintes. Rien de très encourageant dans l'évolution du monde actuel. Si seulement nos compatriotes français pouvaient se retrousser les manches pour redonner de l'espoir au monde...

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Mélenchon sur l'Union européenne et le FMI

24 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Encore des paroles fortes de M. Mélenchon sur l'Union européenne et le FMI........ Mais en tire-t-il les conséquences ? Que fait-il pour avoir "une autre Europe" ? Quelle est la stratégie ? Va-t-il continuer à attirer à lui le vote de millions de Français sans rien proposer de concret pour restaurer la souveraineté populaire française ou va-t-il enfin prôner la sortie de l'Union européenne ? S'il ne franchit pas le Rubicon pour proposer une rupture claire avec l'UE, il sera complice du système qu'il dénonce et disqualifié pour le critiquer.

 

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Les Argonautes, Régis Debray, les incendies russes et Chrysippe

21 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Il y avait hier soir sur une chaîne de la TNT un navet, énième version de l'épopée des Argonautes, version 2000 ou 2001, mais qui avait le mérite de m'en rappeler une autre, plus ancienne, de 1980, qui celle-là m'avait fait rêver. Cela m'a fait penser au Médée de Pasolini évidemment, et à l'Abkhazie, ancienne Colchide où j'étais l'hiver dernier. Les variations sur un même thème ont toujours du bon. Qu'on nous resserve donc l'Iliade et l'Odyssée, et le cycle thébain, et la malédiction des Atrides. J'ai lu dans Carlo Ginzburg il y a peu qu'en Colchide, encore au IVème siècle avant Jésus-Christ, on faisait sêcher les cadavres des gens pendus aux arbres dans des peaux d'animaux et que ce fut sans doute la première vision que Jason eut de ce pays. Je pense que Pasolini l'ignorait quand il a mis en scène les sacrifices humains du royaume de Médée. La réalité dépasse toujours la fiction.

 

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A midi la chaîne parlementaire diffusait ou rediffusait une interview de Régis Debay (que j'ai bien connu),  toujours égal à lui-même : mélancolique, désabusé, disant un peu tout et son contraire, amoureux des belles formules. Il m'a donné envie de lire Julien Gracq. J'ai acheté de lui La Forme d'une Cité cet après-midi. J'espère y retrouver le sens de l'inutilité littéraire, du luxe des mots qui ne sont plus qu'une musique.

 

Debray a eu une phrase juste dans son interview, sans doute une phrase extraite de son dernier livre : "De nos jours seule la nature fait événement". C'est très juste. Les feux de forêt en Russie, les inondations au Pakistan. Etrange fascination pour les cataclysme planétaires, envers de notre découragement devant l'humain. Pauvre humanité qui ne nous inspire plus que des petites compassions rose-bonbon comme dans "Belle toute nue" que je regardais cet après-midi pour tuer le temps.

 

Dans Ria Novosti, un certain M. Hugo Natowicz s'enflamme contre le traitement des incendies russes par la presse française. Je voudrais bien partager votre indignation, cher monsieur, mais à aucun moment votre article n'affronte la raison pour laquelle les médias français imputent à M. Poutine la responsabilité des dégâts : la loi de privatisation de la forêt russe en 2007. C'est le coeur du problème et vous n'en parlez pas. Voilà qui ôte tout crédit à votre texte. Pour le reste rassurez vous : en France aussi nous imputons aux politiques les causes des dégâts naturels provoqués par les incendies et les ras de marée. Il n'y a donc pas, me semble-t-il, d'antirussisme particulier dans cette affaire.

 

Au fait : Michel Onfray fait dans le BD maintenant. Une sur Nietzsche. Je vais l'acheter je crois. A mon avis il doit être un bon vulgarisateur dans l'espace des cadres et des bulles.

 

Un peu loin de la vulgarisation j'ai lu hier des analyses universitaires remarquables sur le commentaire que le deuxième chef de l'école stoïcienne d'Athènes Chrysippe (vers 210 av JC) faisait d'un tableau pornographique représentant Héra qui offrait une fellation à Zeus. Je vous fais grâce du détail de l'explication et des théories physiques sur la création du monde qui soustendent tout cela. Mais décidément les stoïciens me plaisent de plus en plus.

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Limoges la socialiste et le nouveau paysage politique

20 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

J'étais lundi soir à Limoges, une ville que je ne connaissais que vaguement pour y avoir fait mes "trois jours" en 1992. Une ville amusante où l'on peut se retrouver au carrefour de rues qui n'ont que des noms républicains : boulevard Carnot, boulevard Garibaldi, cours Camille Jullian. Pas étonnant que le Front de gauche y réalise ses meilleurs scores.

 

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Limoges porte en elle le temps où la politique française était organisée suivant un axe gauche-droite assez simple : la grande bourgeoisie de droite (orléaniste ou plus légitimiste) s'appuyant sur une petite bourgeoisie entrepreneuriale et une paysannerie elle aussi largement conservatrice (avec éventuellement des tendances bonapartistes). Une petite bourgeoisie d'Etat (bureaucrates, enseignants) socialiste. Une classe ouvrière qui, quand elle n'était pas apolitique était communiste ("guidée" par quelques petits bourgeois de même orientation).

 

Je relisais des textes de 1981-82. Tout ce mépris de la bourgeosie de droite pour la petite bourgeoisie socialiste censée être inapte à gouverner. J'avais oublié qu'un dirigeant socialiste (Mermaz ou Mexandeau, je ne sais plus) avait même cru devoir préciser que les socialistes n'étaient pas des barbares et qu'ils savaient utiliser les couteaux à poisson (ce que moi qui suis un barbare ne sais pas faire, je précise).

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On n'imagine plus ce genre de hiérarchie de nos jours, ni même la possibilité de clivages aussi rigides. Et cependant notre vie politique reste très structurée sur ce modèle, de l'échelon muncipal à l'échelon national. Tout juste a-t-on accepté que la gauche puisse s'enrichir d'une tendance supplémentaire (les Verts), que la mouvance communiste se recompose en courants pluriels qui vont du trotskisme à l'écolo-altermondialisme, et que le centre droit (Modem) s'éloigne un peu de l'orléanisme classique, mais grosso modo, le paysage reste à peu près le même... alors que la société, elle, ne s'y retrouve plus guère...

 

Je regarde avec curiosité les mouvements qui essaient de sortir du vieux cadre politique. Des groupes de toutes sortes apparaissent un peu partout : ça va des ex-refondateurs du PC qui refusent de rejoindre le Front de Gauche aux souverainistes de droite qui tendent la main aux patriotes de gauche pour préparer la sortie de l'Union européenne. Des volontés plus ou moins sincères de subvertir les vieux schémas. Beaucoup s'enferment dans un esprit groupusculaire bien adapté à l'individualisme de notre temps. Par exemple je regardais hier la galaxie souverainiste sur Facebook. Je crois qu'aucun mouvement de cette galaxie n'a une vision complète des partis, clubs et associations qui évoluent dans cette mouvance. La voie lactée à côté de ça est une structure très simple !

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Ceux qui m'amusent sont ceux qui réclament un "Chavez français". Comme si cela pouvait se décréter. Chavez est l'enfant d'une tragédie nationale : le Caracazo, comme Caton d'Utique fut en un sens l'enfant des guerres civiles romaines. Les situations extrêmes font naître des comportements extrêmes. Dans le cas de Chavez, ce fut l'extrême moralité de son discours télévisé à l'issue de la tentative de coup d'Etat avorté. Le personnage est né là, il s'est forgé dans cet instant. N'en déplaise à Mélenchon qui rêve d'une révolution bolivarienne par les urnes, il n'y a pas eu de Caracazo en France, pas d'insurrection populaire, pas de répression brutale. Certains petits intellectuels de gauche du fin fond de leur piaule, confortablement emmitouflés dans leur couette en rêvent, mais cela n'a pas eu lieu et nul ne sait si cela a la moindre chance de se produire. Tant que le capitalisme sauve sa peau dans les pays riches sans complètement liquider le système de redistribution (prélèvements obligatoires 44 % en France contre 43 % en 1990), il y a de fortes chances pour que, à gauche comme à droite, les clubs et les groupuscules continuent de proliférer sans que le système politique n'éclate. On peut encore tranquillement voguer d'élections en élections avec 50 % d'abstention, des gens qui croient de moins en moins à la chose publique, et un Chavez français qui continuera de cultiver son jardin dans le fin fond du Limousin.

 

Pour finir, une petite phrase entendue hier soir. Comme je disais à un ami (assez peu politisé) : "Je n'aime pas que la France appartienne à un empire occidental - l'OTAN - opposé à tout le reste du monde, il faut que la France soit moins occidentale, plus non-alignée", il a répondu : "Pour que ton idée marche, il faudrait découper la France, la sortir du reste de l'Europe et la placer au milieu de l'Océan au niveau de l'équateur". Peut-être une réponse de bon sens... On regrette le temps où Staline détournait le cours des fleuves...

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Rome, la Germanie et les particularismes francs

18 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Vous savez que Nietzsche a beaucoup inspiré Max Weber et sa conception de l'Idealtype.

 

Nietzsche a posé certaines questions indispensables à la compréhension du monde moderne sur la longue durée, autour du clivage Rome contre la Judée ou Rome contre la Germanie. Bien sûr, victime des clichés du romantisme de son époque, il était souvent très loin de pouvoir apporter les bonnes réponses aux questions qu'il posait. Par exemple quand il a trop facilement identifié judaïsme et christianisme à la condition de esclaves, là où au contraire Paul Veyne montre que cette religion a très vite touché toutes les classe sociales.

 

Il faut aujourd'hui reprendre ces interrogations à nouveaux frais. Je pense en particulier à l'opposition Rome-Germanie qui est stucturante des cultures européennes depuis deux millénaires.

 

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Il y a en Europe, et spécialement en France, des vagues de germanisation et de romanisation successives.

 

Je crois par exemple que, si l'on se demande pourquoi beaucoup de "souchiens" européens voient d'un mauvais oeil le voile musulman (alors que, comme je le rappelais dans un billet précédent, les Grecs traitaient leurs femmes comme les musulmans traditionnalistes le font aujourd'hui), il faut penser à la condition de la femme germanique, et son extension partielle à l'Europe romaine à la faveur de la "germanisation" des 6ème et 7ème siècle. Je renvoie le lecteur intéressé par ce processus aux travaux de Dominique Barthélémy sur la chevalerie médiévale.

 

Je dois dire que j'aime beaucoup le livre de Nira Pancer sur les femmes de l'époque mérovingienne qui a plusieurs mérites dont celui de thématiser un pan de l'histoire des femme sans tomber dans les excès des Gender studies, notamment quand elle analyse la précarité du statut social des femmes de la noblesse mérovingienne à l'aune de l'instabilité générale des hiérarchies introduite par le nouveau régime germanique en Gaule (face aux pesanteurs du système impérial romain classique). Ce livre très riche fait bien comprendre la cohabitation de deux systèmes de valeur, l'un romain, presque bureaucratique, et l'autre germanique, fondé sur des rapports personnels et des émulations familiales, le premier étant entretenu par la noblesse ecclésiastique et les lettrés issus de ses rangs, l'autre tenant les rênes du pouvoir politique. Le système de prestige romain du Bas-Empire fondé sur le verbe et sur le positionnement dans la sphère curiale impériale est étonnamment proche de ce que l'Etat français a produit à partir de la Renaissance. Pencer le rend très vivant à travers de longues citations de Sidoine Apollinaire dans des pages d'analyse très inspirées par Bourdieu (le livre est de 2001, une époque où les historiens citaient plus ce sociologue qu'aujourd'hui). Le système germanique, lui, bien qu'il ait beaucoup travaillé notre histoire, est largement à redécouvrir et il faut se défaire de beaucoup de catégories mentales préconstruites (et romaines) de notre culture pour l'appréhender.

 

Barthélémy montrait déjà que les Germains (qui ignoraient le voile !) accordaient plus de libertés à leurs femmes que les peuples méditerranéens (les Celtes aussi du reste). Avec Pancer, on a même l'impression qu'au sein de cette "exception germanique", les Francs eux-mêmes font exception. A partir d'une étude fine de la loi salique, elle montre que par exemple aucune idéologie de la perversité lubrique des femmes ne soustend sa législation sur le viol (à la différence d'autres codes germaniques plus christianisés) et que la virginité n'y est guère associée à la notion de pureté mais qu'elle y constitue simplement un atout économique pour la famille qui doit marier les filles. Est-ce dû au fait que les Francs furent le dernier peuple germanique à être christianisé (par le baptême de Clovis) ? Pancer ne fait pas le lien. En tout cas il y a quelque chose de troublant à se dire que la France fut dominée par le peuple qui parmi les Germains était le moins répressif à l'égard des femmes. Le particularisme libertin de l'aristocratie française à partir du 16ème siècle peut-il avoir quelque rapport avec cela ? A suivre...

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Kosovo Pridnestrovie Abkhazie Catalogne

14 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Merci à ceux qui continuent à consulter les pages de ce blog (aussi nombreux que pendant l'hiver, c'est encourageant). Je continue à conjecturer sur quelques initiatives possibles pour la rentrée. Même si j'ai beaucoup moins de cartes dans mon jeu qu'il y a un an (paradoxalement publier des bouquins dans des domaines variés n'ouvre guère de portes)...

 

Pour ceux qui s'intéressent aux implications du récent arrêt de la Cour internationale de Justice sur l'indépenance du Kosovo dans divers "conflits gelés" d'Europe de l'Est, je vous conseille la lectire de cet article. Mais je ne suis pas du tout convaincu par l'interprétation que les Transnistriens et les Abkhazes du jugement de la CIJ. Je n'ai pas lu cet arrêt mais si j'en crois les comptes-rendus de juillet il me semble qu'il se bornait à dire que la résolution du conseil de sécurité de 1999 n'interdisait pas une évolution unilatérale du statut. Il est clair en tout cas que beaucoup de pays demeurés dans l'expectative jusqu'ici vont tirer prétexte de cet arrêt pour reconnaître le Kosovo. Voilà pourquoi à juste titre la Serbie engage aujourd'hui le combat juridique devant l'assemblée générale et le conseil de sécurité de l'ONU. Le droit est un enjeu de propagande trop important de nos jours pour le laisser aux ennemis.

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Etant d'origine catalane à 25 %, je ne puis m'empêcher aussi de songer aussi cet été aux manifestations de soutien au statut de 2006 dans les rues de Barcelone cet été après la censure partielle du tribunal suprême. J'ai déjà écrit sur la Catalogne dans ce blog. Le prolongement des controverses castillano-catalanes dans le domaine de tauromachie (même s'il y a beaucoup d'abolitionnistes à Madrid aussi) m'interroge. Conscient du nouveau rapport aux animaux que la mort de Dieu doit nécessairement dicter à nos comportements, je suis néanmoins triste de voir disparaître un spectacle aux racines très anciennes dans le monde méditerranéen, et qui créait une ambiance extraordinaire dans les arènes. A force d'interdire les mises à mort, ne va-t-on pas mettre la vie sous cellophane ? Bon allez je ne vous ressortirai pas Hemingway et Girard. Mais bon quand même...

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Aphrodite's Tortoise, le voile féminin en Grèce

2 Août 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Je me réjouis de voir ce blog continuer à attirer des lecteurs alors même que nous sommes censés nous trouver en période estivale.

 

Je lisais hier Aphrodite's Tortoise : The Veiled Woman Of Ancient Greece de Lloyd Llewellyn-Jones. Décidément d'excellents livres anglosaxon gagneraient à être traduits en Français. Il s'agit d'un ouvrage universitaire magnifique qui analyse sous toutes les coutures les usages que les femmes grecques faisaient de leur voile ans l'Antiquité et les significations sociales que cela revêtait.

 

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On y apprend notamment que le voile dans la période archaïque est un attribut de la noblesse qui va ensuite se démocratiser pour toucher les classes inférieures. Il est même possible qu’il ait concerné les esclaves (sur les représentations, les différences vestimentaires entre esclaves et femmes libres ne sont jamais visibles, seules les occupations les distinguent). Le tegidion, voile du visage, apparaît au IVème siècle en même temps que les statues d’Aphrodite nue et au moment où la présence de la femme dans l’espace public (mais toujours dans une logique patriarcale comme représentante de la famille de l’homme) est de plus en plus attestée. Dans un monde où, comme dans la culture musulmane (à laquelle le livre fait beaucoup référence), les univers entre hommes et femmes sont strictement séparés (ce qui ne veut pas dire que les femmes sont recluses puisqu’elles font beaucoup de choses entre elles), le voile devient un moyen pour les femmes d’être présentes dans l’univers extérieur des hommes tout en en étant symboliquement absente. A noter que l’aidos (équivalent de la qaida arabe) impose des normes de regard et de comportement aussi très sévères aux hommes.

 

Après cette lecture, je voudrais trouver des ouvrages sur la place des femmes dans les cultures celtiques et germaniques, car il est certain que celle-ci a influencé beaucoup la culture occidentale. J'ai donc commandé "Sans peur et sans vergogne : De l'honneur et des femmes aux premiers temps mérovingiens" de Nira Pancer. Je vous en reparlerai si le livre mérite le détour.

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