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Le blog de Frédéric Delorca

Les Grands Hommes

29 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Divers histoire

Je vous recommande la revue Books de juillet-août qui propose des articles de grande revues intellectuelles anglosaxonnes sur de moments emblématiques de l'histoire de France du règne de Charlemagne à la seconde guerre mondiale. Le regard d'outre-Manche ou d'outre-Atantique sur notre pays a toujours quelque chose de décapant, pas forcément juste, mais jamais compètement faux.

 

En l'occurrence sur nos grands moments historiques, il a le mérite de souligner l'importance des hommes qui critallisent les antagonismes sociaux et/ou permettent de les dépasser, et de poser la question "pourquoi eux ?"

 

Pourquoi Mirabeau comme champion du Tiers-Etat au début de la révolution ? Pourquoi Robespierre au moment de la Terreur ? Que se serait-il passé si Mirabeau n'était pas mort prématurément ? quid de cet "empereur démocrate" voie plébéien, Napoléon, malgré sa manière risible de singer la noblesse, qui fait rois des garçons de café ou l'équivalent de l'époque...

 

Un homme avec ses défauts, sa médiocrité, joue des cartes, parfois dangereuses (Robespierre qui joue la carte des milices sans-culottes), et parvient à faire adhérer les gens au mythe qu'il construit autour de lui-même. Ma formation de sociologue m'a un peu fait perdre de vue le mystère qu'il y a dans ces fortunes et infortunes des individus.

 

Concernant la Révolution force est de constater aussi que les gens de ma génération ont été déformés par l'orientation marxisante de leur enseignement. Pour nous il est évident que sous la pression populaire la Révolution ne pouvait aller qu'en "s'approfondissant" (alors qu'elle fit l'inverse en 1848), et que la violence n'était qu'une réplique d'autodéfense aux agressions des monarchies européennes. Mais à y regarder de plus près (et le regard anglo-saxon est utile pour comprendre cela), le scénario était loin d'être écrit d'avance, et le choix fait de laisser peser la violence populaire sur les assemblées à chaque étape du processus avait quelque chose de véritablement vertigineux...

 

180px-Robespierre.jpgDonc oui, les hommes, leurs forces, leurs faiblesses. Oui, Robespierre a sans doute lui-même choisi Thermidor en s'enfermant dans sa déprime dans les derniers mois de son "règne" sur le Comité de Salut public, comme Mélenchon a choisi le suicide à partir du discours du Prado (et aujourd'hui il n'est plus qu'un marionnette, le "Mélenchon la grosse gueule que critiquaient ses adversaires, qui ose dire à la minute 10'34 du la vidéo ici qu'il s'abstiendra sur l'austérité plutôt que de voter contre, parce qu'il ne veut pas "faire tomber le gouvernement", alors que Bourdin lui fait remarquer à juste titre qu'il n'en a pas les moyens de toute façon !).

 

Car vous voyez où je veux en venir. Les hommes, quel est leur pouvoir aujourd'hui ? Y en a-t-il encore pour nous sortir de l'enlisement "systémique" dans lequel nous nous enlisons depuis 30 ans. La rouille a gagné tous les mécanismes de la société avec la bénédiction des médias. L'Allemagne a obtenu le contrôle des budgets des pays européens et la destruction de toute souveraineté populaire, PSA Aulnay va fermer ses portes tandis que le gouvernement se contente d' "attendre les propositions du groupe" (vous allez me dire, bien fait pour la population d'Aulnay qui a voté massivement socialiste dès le premier tour des deux élections, ils n'ont qu'à s'en prendre qu'à eux-mêmes...)...

 

A un moment donné les gens étaient presque 18 % à vouloir voter Front de Gauche  (FdG) - si l'on en croit les sondages -, puis plus que 6.... Un homme neuf (ou un Mélenchon rénové s'il daigne prendre quelques vacances d'ici là) va-t-il redonner du souffle à un mouvement vraiment alternatif pour les élections européennes ? Les plus optimistes du FdG veulent voir dans le signe que le courant "anti-capitaliste" du NPA (40 % à leur dernier congrès) va rejoindre le FdG. Allez savoir...

 

Aujourd'hui, dans ma mairie, une petite dame, black, est venue voir les élus. C'était une ouvrière, une vraie, qui construisait de ses mains des petites pièces à ressort dans une usine du coin pour la fabrication d'avions de guerre (cela ne s'invente pas). Je ne croyais plus qu'on exerçât encore ce genre de métier en France... La dame venait demander un travail dans une école (à la cantine, ou pour la surveillance des enfants) parce que le boulot à l'usine c'est "physiquement épuisant". Bah oui, quand on voit que sa voisine de pallier à qualification égale gagne autant en glandant dans l'animation scolaire... Commentaire d'un ami : "on peut tout délocaliser vers la Chine, plus personne en France ne veut se fatiguer au boulot"... Bon, on va me trouver un tantinet réac sur ce coup là. Disons c'est juste une de mes objections aux gens qui nous sortent du "c'est la faute à l'euro". Refermons cette parenthèse.

 

Alors quels grands hommes dans le marécage actuel ?

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"Le monde d'hier" de Stefan Zweig (1ère partie)

29 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

zweig.jpg L’existence humaine étant longue – à maints égards trop longue d’ailleurs, car beaucoup de choses s’y répètent, et ce qui ne se répète pas change à l’excès – j’ai croisé Stefan Zweig à plusieurs reprises : durant l’adolescence à travers son roman Le Joueur d’échecs, qui ne m’a laissé aucun souvenir, à 22 ans quand j’écrivais mon mémoire de maîtrise sur Nietzsche, je ne pouvais éviter de lire les écrits de Zweig sur cet auteur, et puis, à 39 ans (ce blog en porte la trace), quand je me suis intéressé à Romain Rolland.

Mes premières lectures (avant 30 ans), ne furent pas très intéressantes. Parce que dans les années 1980-90, nous lisions tous beaucoup d’auteurs des années 1920 et 1930. Par conséquent leur style ne nous surprenait pas, leurs affinités (par exemple pour le freudisme) non plus . D’une certaine façon ils parlaient notre langage, le même que nous,  ou en tout cas un langage familier dans lequel nous baignions. Du coup, je pense que nous ne les lisions pas très sérieusement.

Le personnage de Zweig n’a commencé à m’interroger vraiment, à m’intriguer, qu’après la lecture de Romain Rolland, parce que, confronté à leur amitié, que certains disent déséquilibrée (car Zweig aima plus Rolland que celui-ci ne le lui rendît), devant leur rupture, dans les années 30, au moment de la lutte contre le fascisme, je ne pus me demander « lequel eût raison et lequel eût tort », ou au moins m’abstenir d’essayer de comprendre. J’étais prêt à prendre pour argent comptant la thèse de Rolland selon laquelle Zweig fut trop indulgent à l’égard du nazisme. Plus précisément je veux bien croire que son côté esthète l’ait dissuadé de s’engager efficacement dans une lutte collective (une lutte avec ses égarements inévitables, notamment dans l’aveuglement stalinien comme ce fut par moments le cas chez Rolland). Je reviendrai sur tout cela, car il y a là une question fondamentale concernant l’individualisme en politique à laquelle je ne puis être tout à fait indifférent, compte tenu de mon propre parcours.

Il y a peu un ami m’a confié à la terrasse d’une crêperie : « Je suis peut-être  un peu trop dans la mode, mais j’ai lu récemment Le Monde d’hier de Zweig, il dit des choses admirables sur l’Autriche-Hongrie, un pays de tolérance et de paix, et sur l’univers foisonnant de cette époque, tous les artistes qu’il a rencontrés ». Dans un premier temps, j’ai exprimé mon scepticisme en rappelant ce que Musil disait de désagréable sur la Cacanie (Keiserlig und Königlig, k&k) d’avant-guerre… Je me disais que décidément Zweig faible à l’égard du nazisme, l’avait aussi été à l’égard de la monarchie conservatrice dont les élites de Sciences Po formées à la chute du mur de Berlin sont toutes nostalgiques.

J’ai néanmoins acheté le livre de Zweig, et je ne le lis pas tout à fait comme le fait mon ami. Ce livre est tout sauf un livre nostalgique, et il est tout sauf indulgent avec l’empire austro-hongrois.

En réalité tout y est exprimé avec beaucoup de nuances, loin de tout manichéisme, et pourtant avec beaucoup de clarté, une clarté tranchante et des plus convaincantes. Il y a, c’est vrai, les bons côtés de l’Autriche-Hongrie : ce monde où tous les bourgeois souscrivent des assurances qui couvrent tous les aspects de leur vie, monde de sécurité, placé sous le culte de la raison, du progrès, et de la maturité (les détails abondent sous la plume de Zweig pour montrer combien on méprisait la jeunesse, combien il fallait toujours faire vieux pour être respectable dans ce monde là, y compris et surtout quand on était écrivain). Il y avait aussi cette religion de l’art dans la Vienne des années 1900, où même une bonne pouvait s’émouvoir de la mort d’une grande actrice de théâtre, quoiqu’elle n’eût jamais mis les pieds dans ce temple de la représentation bourgeoise. Zweig montre comment jusqu’aux faubourgs prolétariens on est touché par ce culte du beau, et comment sa propre classe de lycée (en vertu d’une spécificité aléatoire plus encore que du goût de la ville pour la création), s’est entichée des beaux arts, comme d’autres avant elle de la politique, des collections de timbres ou du football… Tout ceci est admirablement décrit. Zweig montre à quel point la passion pour l’art l’a entretenu dans le mépris pour son propre corps, et pour toutes les conversations ordinaires et les plaisirs du quotidien. Ce volet « positif » de l’Autriche-Hongrie, on le  retrouve aussi au niveau politique. Le vent des révoltes sociales souffle sur les années 1890-1900, mais d’une manière fort civilisée : les socialistes portent une fleur rouge à leur boutonnière, leurs adversaires chrétiens sociaux, une fleur d’une autre couleur (j’ai oublié laquelle), mais le goût de la répression sanglante n’existe pas comme ce sera le cas 30 ans plus tard, et le maire antisémite de Vienne ne menace pas le mode de vie des Juifs (fort bien intégrés dans la culture allemande locale au demeurant). La violence ne vient que des nationalistes allemands, qui ont eux aussi leur fleur (la violette, je crois), et usent de méthodes de terreur, mais ils ne sont représentés que dans des cantons alpins reculés (dont un où naquit Adolf Hitler) et aux marches de la Bohème (les Sudètes).

Ces remarques me rappellent l’omniprésence des fleurs dans l’œuvre (contemporaine) de Gide et son témoignage sur le jour où Barrès lui fit livrer un bouquet (si je me souviens bien). Les fleurs sont-elles le signe d’un haut degré de civilisation ? Mao Zedong aimait la fleur de prunus particulièrement résistante au froid  expliquait une chaîne de télévision chinoise en français il y a peu.  Je vous laisse juges…

Le positif est exprimé, chez Zweig, avec nuances, sans illusions, souvent avec un brin d’ironie, mais le négatif n’est pas dissimulé non plus,  à commencer par l’éducation disciplinaire dans les lycées. Il y a quelque chose de surprenant dans les propos de cet auteur. Ecrivant en 1941, il fait comme si le temps des  cours du haut de l’estrade, du mépris et de la bêtise des enseignants, de l’enfermement carcéral des jeunes corps à l’école et au lycée, qui avait marqué sa jeunesse, était définitivement révolu. C’est pourtant celui que connurent encore mes parents, et même moi dans les années 1980. Je ne crois d’ailleurs pas que les élèves en soient sortis. Aujourd’hui l’enseignement prend des côtés plus conviviaux, mais seulement en surface, par derrière on flique les enfants dès l’âge de 4 ans : l’institutrice de maternelle m’envoie hier un fiche d’évaluation de mon fils, pourvue d’au moins 35 rubriques… et se terminant par une conclusion de trois lignes… avec une grosse faute d’orthographe (deux « r » à « intéresser », pour ma part j’évalue l’évaluatrice et l’envoie bosser dans une usine à Guangdong illico).

Je n’ai pas d’opinions tranchées sur l’enseignement. Pour moi toutes les méthodes d’éducation (autoritaires ou libérales) se valent, il n’y a pas de façon idéale d’apprendre. Mais on voit Zweig touché par la psychologie de son temps et le portait qu’il fait de ses professeurs sonne assez juste de ce point de vue. Ses propos sur la sexualité, influencés par le freudisme, sont aussi d’une grande exactitude. C’est le tableau du revers de l’idéalisme. Sous les roses du culte de la pureté et de la grandeur d’âme, le limon de la prostitution de masse, de l’incarcération morale des femmes de la bourgeoisie, d’une sexualité qui au fond n’est jamais très agréable. Car au fond à part l’espace conjugal (dans lequel la bourgeoisie viennoise n’entre que très tard), les jeunes privilégiés ne peuvent trouver leur bonheur qu’auprès des danseuses s’ils sont riches et plus souvent des petites servantes, des ouvrières en manque de supplément de revenus (et qui sont donc elles aussi dans la quasi-prostitution, quoique moins sordide que celle des « quartiers réservés » où s’entassent les professionnelles infortunées). Mais avec ces filles de peu fatiguées par une journée de travail ce ne sont que des passes courtes et frappées du sceau de la culpabilité. Si je m’attarde un peu sur cet détail c’est parce l’an dernier (je ne sais plus si j’en ai parlé dans ce blog) j’étais tombé sur un numéro de la Vie Parisienne des années 50 qui célébrait le souvenir du Montmartre des années 1910 à travers une petite histoire d’amour avec une secrétaire dactylographe. Le récit se voulait léger et cependant bien involontairement y transpirait sous des dehors toute la misère sociale et morale de la fille. Zweig ne dissimule pas ce côté sordide qui empêchait Eros de « s’envoler » – pour emprunter ici les mots de l’admirable Alexandra Kollontaï.

Très honnêtement je ne sais pas si les choses allaient mieux (au moins dans la bourgeoisie) du temps où Zweig écrivait ce texte. Ni non plus dans les années 70 (la libération des mœurs a produit aussi beaucoup de misère, notamment chez les femmes). Le retour des MST dont Zweig  célébrait la quasi-disparition dans les années 40 et le déplacement du sexe vers le virtuel, tandis que l’égalité des sexes vouent ceux-ci à une forme d’apartheid ont ramené dans nos villes les cohortes de prostituées que Zweig décrit à propos de la Vienne de son époque, et avec elles, probablement, la même sexualité bâclée et sans charme. On peut regretter qu’il n’y ait plus aujourd’hui sur ce sujet la même franchise, la même lucidité. J’attends toujours qu’un écrivain s’empare du sujet des salons de massage chinois qui fleurissent aux quatre coins de Paris, ou qu’un sociologue m’explique pourquoi les étudiantes qui offrent de la relaxation à domicile pour moins de deux cents euros sont presque toutes des blacks…  Mais il est vrai qu’au moins à a différence de l’Autriche des années 1900 la société occidentale actuelle ne prétend pas aller bien et donc tout le sordide qu’on peut repérer dans son fonctionnement n’a même plus à être dévoilé.  Chacun l’admet et reconnaît comme une évidence que plus on avance, plus tout se détraque : nous sommes une espèce animale qui a échoué.

Venons en maintenant aux rencontres qu’évoque Zweig, car il eût le privilège d’être précocement reconnu, et donc de croiser des célébrités sur sa route. Théodore Herzl, tout d’abord, « directeur du feuilleton » de la Neue Freie Presse. Zweig en fait un personnage sympathique. D’apparence royale (on le surnommait avec ironie le « roi de Sion » - peut-être est-ce Karl Kraus, l’idole actuelle de l’Acrimed, qui inventa l’expression), comme Empédocle (si je me souviens bien), il avait vocation à diriger les hommes et avait employé ce talent au départ à pousser des milliers de Juifs à se convertir au catholicisme en la cathédrale Saint Etienne, sur un mode très théâtral que décrit fort bien Zweig.  Puis, choqué par la dégradation de Dreyfus dont il fut témoin comme reporter de son journal à Paris, il épousa avec la même passion la cause de la séparation des Juifs, qui lui valut beaucoup de critiques parmi ses coreligionnaires à Vienne. Il allait trouver un écho inattendu dans le prolétariat juif de Russie et de Galicie, mais sans jamais parvenir à unifier les israélites disséminés en tant de différences culturelles et d’incompatibilités de classe.

A l’heure où sur Internet circulent beaucoup d’écrits antisionistes (et antisémites) contre Herzl, il est bon de relire le portrait impartial, subtil et finalement assez favorable que Zweig propose de lui. (A suivre...)


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Julian Assange, Tariq Ali et Noam Chomsky

26 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Dans cette émission de Russia Today, les trois contestataires mènent un débat intéressant, accessible en  anglais et en espagnol.

 

Je suis fort intéressé d'entendre Chomsky (qui a l'habitude de peser ses mots) dire (autour de la dixième minute) que Cuba est un pas qui a subi des pressions et même des attaques terroristes davantage que le reste du monde. Dommage que les propos de Chomsky soient coupés au moins deux fois.

 

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Guerres humanitaires, Assange, Qatar, "Ma part du gâteau", le Nord, Tutti frutti

25 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

Une association que je cite souvent ici a bien voulu  m'interviewer sur la Syrie. Ah la Syrie ! Les citoyens branchés sur Internet aiment à réfléchir sur les guerres "humanitaires", même si ensuite ils n'agissent guère pour les empêcher, et surtout sont tous bien incapables de définir un processus de sortie du monde des pôles militaires, qui est le monde qui nous attend, celui de demain, un monde où la démocratie logiquement ne pourrait avoir qu'une place des plus restreintes.

 

J'ai donc donné mon interview qui sera publiée bientôt. Et au passage, j'ai découvert les vidéos du collectif "Pas en notre nom" dont j'ai déjà signalé l'existence ici bien qu'il me laisse un peu sceptique, à propos de leur conférence de presse du 4 juin. En voici une, elles sont classées sur Youtube dans un ordre terriblement complexe. Ce collectif me semble un peu trop lié au POI.

 

 

Russia Today ne parle que de cela depuis hier : le renversement du président du Paraguay et le refuge trouvé par Julian Assange à l'ambassade d'Equateur à Londres. Je ne me suis pas fait d'opinion définitive sur Assange, faute d'avoir pu étudier sérieusement son dossier, donc je ne formule aucun jugement sur son compte. Mais je regrette que ces deux informations aient été tout simplement ignorées hier par des chaînes françaises spécialisées comme BFM TV et ITV qui préfèrent s'intéresser aux résultats désastreux de la France à l'Euro de foot 2012.

 

 

 

 

A noter aussi dans le Parisien de samedi 23 un bon double page sur le lobbying du Qatar auprès du gouvernement Hollande... Des articles qui oublient juste de dire que le Qatar finance les courants d'opinion les plus rétrogrades qui soient au Proche-Orient.

 

 

 

Voilà, mes amis, une fois de plus je suis conduit à parler de l'actualité internationale là où j'eusse préféré vous entretenir de mes projets littéraires (par exemple un "journal philosophique" de 1997 que l'Harmattan a refusé de publier) et du livre "Le monde d'hier" de Stefan Zweig sur lequel il y aurait tant à dire.

 

Tenez, et le cinéma, hein ? Le film "Le grand soir" que j'ai vu vendredi et que j'ai trouvé plutôt bien fait. "Ma part du gâteau" vu en DVD hier de Klapisch, qui eut été meilleur si le réalisateur n'avait choisi la très bourgeoise rouennaise Karin Viard pour jouer un rôle de prolote, et osé, comme Ken Loach, un vrai casting en milieu ouvrier. Le film montre bien la "force du collectif" des gens du Nord.

 

 

 

Des gens qui ont bossé dans ce coin m'ont dit que ce n'était pas un mythe. Pas un hasard si c'est le dernier département de France à compter 3 députés communistes. Je vous dirai aussi peut-être un mot du dernier film de Woody Allen sur Paris. Je ne suis pas fan de Woody Allen en général ni de ce film là en particulier (dont je n'ai regardé que le début pour le moment), mais il y aura peut-être quelque chose à en dire malgré tout.

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Adolescenteries

20 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #XVIIIe siècle - Auteurs et personnalités

Affligeant Pierre Carles dans son "Fin de concession", éternel ado qui se regarde le nombril, tombant sous le charme d'Elise Lucet, Michèle Cotta, Cavada même, toutes ces stars qui au fond le fascinent. Ado quadra déjà passéistte : "ah le temps où l'on distribuait PLPL avec Halimi, Bourdieu, Discepolo !"; revanchard : "je vais me venger de linterview que celui-là m'a refusée il y a 15 ans". Toute l'inconsistance du gauchisme. Aujourd'hui il séduit encore les jeunes barbus de 25 ans qui croient que c'est ça "le vrai courage", la "véritable indépendance". Qu'il continue encore comme ça pendant 20 ans et il ne sera plus qu'un vieux clodo qui n'aura même plus la jeunesse derrière lui. Un Choron en moins drôle, un Choron triste.

 

velazquez_los_borrachos.jpg

Je ne sais pas pourquoi je pense à Rousseau ce soir (peut-être à cause de la problématique de la dictature des émotions que j'évoquais il y a peu). On fête le tricentenaire de sa naissance. Rousseau, grand penseur comme Voltaire, car grand lecteur comme lui, homme de culture, qui connaissait sa Rome antique comme sa poche, et, en même temps, en tirait des problématiques radicalement nouvelles. Chevènement sur son blog dit de belles choses sur le Rousseau maître de la morale et précurseur de Kant. Il a peut-être raison. Il n'est pas douteux en tout cas que Kant se réclamait de lui. Des trois grands - Voltaire, Diderot, Rousseau - c'est Diderot que je préfère sur le plan de la personnalité, et donc sur divers plans de l'oeuvre aussi car l'homme se prolonge dans son style, dans son regard. Mais il faut reconnaître à Rousseau un sens de l'intransigeance qui, dans un sens, rend son programme politique inapplicable mais fait toute sa valeur sur le plan éthique.

 

Bon, évidemment, on peut lui reprocher de n'avoir point vécu selon ses théories. Par exemple, chantre de la cause de l'enfance, il a abandonné sa progéniture. Une des raisons pour lesquelles j'ai moins d'indulgence pour le personnage que pour son oeuvre. Peut-être un syndrôme d'adolescence prolongée comme chez Pierre Carles. "Qui n'a pas l'esprit de son âge / De son âge a tout le malheur " disait Schopenhauer citant Voltaire. J'ai mis cette citation en exergue d'un de mes livres. Je vous laisse trouver lequel. Il faut savoir vieillir à temps.

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Dictionnaire français-béarnais (d'un parler populaire mélangé)

19 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

P1000061Vous vous souvenez de "Ce que parler veut dire" de Bourdieu ? La langue. La langue concrète. Quand j'ai lu mon premier dictionnaire français-béarnais en 1990 j'y ai trouvé des tas de mots que ma famille ne connaissait pas. C'était de l'artificiel comme en produisent à tour de bras les milieux lettrés (surtout les milieux hors-sols comme les occitanistes qui parlent une langue essentiellement pratiquée dans les écoles et oubliée dans la vie réelle). Même quand ils ressortent des mots connus, les auteurs de dictionnaires ne savent pas forcément quelle signification ils avaient, dans quelle intention on les employait, et qui n'est pas la même d'une langue à l'autre, ni même d'un milieu à l'autre (voire d'une famille à l'autre).

 

Comme je sais que personne ne prendra la peine de le faire, jai envie de signaler ici quelques termes que j'ai beaucoup entendus dans la bouche de ma mère dans les années 1970 et qui étaient une survivance de mots qu'elle avait entendus dans la bouche de ses propres parents autour de 1945-50, parents qui eux faisaient des conversations entières en béarnais, alors que me mère n'en prononçait plus que des bouts de phrases en forme de clins d'oeils ou de signes de reconnaissance familiale. N'ayant pas appris l'orthographe occitane "rénovée" en vogue dans les milieux savants. Je restitue les mots dans une orthographe française approximative. Je pense que cela fait aussi partie de mon devoir de témoin de mon époque, s'agissant de réalités que les autres témoins (dans les milieux populaires) n'ont jamais été enclins à juger digne d'être transposée dans l'espace de l'écriture.

 

Voici la liste de mots :

 

drapeau-b-arn.png

Hèro : Foire. Terme extrèmement vague que j'ai beaucoup entendu dans l'expression "quino hèro aquo !" On pourrait être tenté de la traduire par "quel bazar" voire "quel bordel". Mais la notion me semble plus vaste que bazar. "Quino hèro" peut désigner aussi un pétrain, quand des gens se sont fourés dans une situation inextriquable, un imbroglio, un ensemble de problèmes liés à une série de fautes, et une position globalement coupable au vu des normes sociales.

Menin : petit enfant (comme les Ménines de Velazquez). Utilisé dans l'expression affectueuse : "Hé lou petit menin". Le petit enfant à sa maman. Sans aucune connotation ironique.

Hum : fumée - qu'ey partit a hum - il est parti à toute vitesse

Praubin : pauvret. S'utilise dans l'expression : "praubin des petit" qu'utilisait déjà la mère de ma mère. "Pauvre petit" est utilisé sans que cela signifie qu'on plaint l'enfant.

Camat : qui a des jambes. S'emploie pour dire qu'une fille a de jolies jambes : "Qu'ey pla camadola gouyato". Phrase un peu passe-partout qu'employaient les hommes pour montrer qu'ils avaient remarqué qu'une fille était belle.

Mascouyonatquanteybis (Tumascouillonnéquandjetaivu). Expression toute faite pour désigner quelqu'un qu'on ne connait pas : "Quin s'apero ? - Mascouyonatquanteybis" Comment il s'appelle ? - Mascouyonatquanteybis . Variante : Quin s'apero ? Capdestero" (comment s'appelle-t-il ? Premièrebûcheduntasdebois, en béarnais ça rime). L'équivalent se trouvait un peu dans l'armée française dans les années 1990 quand pour désigner un quidam on l'appelait "Machproduguidon" (promule toute faite que sortaient tous les soldats comme un automatisme). idem : Trucoli Labatmalo

Cabèco : chouette. Mot qu'on utilisait pour désigner une vieille dame usée, aigrie, pas sympathique, une vieille sorcière : uo bieillo cabeco.

Guito : canne. Se dit d'une dame ou d'une fille à qui l'on en veut, qu'on déteste. "Aquero guito". Le mot est moins insultant et haineux que "salope" (ou "connasse") en français et pourtant de nos jours dans ce genre de situation c'est le mot qui vient le plus à la bouche des gens, peuve que nous sommes dans une société où les sentiments sont plus violents que dans les provinces éloignées des années 50 (voir Renaud Camus là dessus)

Purnacho : punaise. Dans le même sens que Guito, mais avec la connotation d'une femme un peu libérée, qui s'affirme beaucoup (qui par exemple a une grosse voix et ne s'en laisse pas compter), et qu'on déteste à cause de ça.

Piguèto : chipie. Mais peut-être le mot est-il moins bien délimité que chipie en français.

Esparbè : maladroit. Mais dans les milieux populaires ça évoque surtout le fait d'être maladroit avec ses mains, ce qui inspire beaucoup d'exaspération et peut-être parfois un brin d'indulgence.

Coun : con. D'un usage aussi répandu qu'en français. "Quin coun aqueth" Quel con celui là. "Gran Coun de la Cana" (ça je n'ai jamais su ce que ça peut dire). Mais je ne sais pas pourquoi j'ai toujours trouvé "coun" moins froidement haineux que "con", ce pourquoi d'abord il fallait le combiner avec d'autres insultes pour lui donner du poids : "aqueth hilh de puto de gran coun", "aqueth hilh de puto de macareu de gran coun"...

Tarabastè : turbulent. Se dit d'un enfant qui fait le fou et casse tout. Mais c'est beaucoup moins recherché que turbulent..

Pèlo : pèle. Classique dans "qué hè un hret que pèlo" - il fait très froid ("un froid qui pèle"). En français les jeunes de mon collège en Béarn disaient "ça pèle".

Guit : canard. Spécialité du coin. Employé par exemple dans "Hé l'has hicat la camiso de mindia guit ?" (tu as mis ta chemise du dimanche - mot à mot "ta chemise pour manger du canard")

Arregoulic : frileux. Mais comme le mot est plus long qu'en français, ça lui donne plus de volume et d'importance. Etre arregoulic devient ainsi presque une faute morale.

Mico : restes. Entre dans l'expression "plouro mico" : pleurnichard (mais c'est moins laid que le suffixe en "ard" donc le mot est plus doux).

Lénièro : remise à bois. "A la lanièro tout aquo !" : "A la remise à bois tout ça". Expression toute faite poru dire qu'on va se débarrasser d'une série de vieilles choses qu'on a en trop (dans une armoire, sur la table).

Bugado : Lessive, lavage du linge. Se dit aussi du fait de boire de l'eau quand on a trop bu d'alcool "que cau ha la bugado adaro" (il faut faire la lessive, boire de l'eau maintenant)

Pelut : Pubis velu. S'utilise bizarrement entre hommes pour qualifier un bon vin "quey dou pelut aqueth".

Hart : repus (ou ivre). "Qué souy hart" j'en ai assez (ou encore "quen ey hartero" : j'en ai marre). Avec le proverbe "au harts la hartèro" (à ceux qui sont repus va la nourriture) équivalent de "l'argent va à l'argent".

Chichangue : dans maigre comme une chichange, esmagrat.

Lè : laid - qué canto lè : il chante mal. Lou lè sapou : l'affreux jojo (mot à mot : le crapaux laid)

"Toupi de habos é tistet de desos !" (pot de fèves et panier de petits pois) - pour évoquer quelque chose dont on se vante mais qui n'existe pas

"arrir tistet douman qué hérar beth" - ris panier demain il fera beau (dicton)

"qu'ey claro l'estelllo" "l'étoile est clair" quand on voit les étoiles la nuit et qu'il fait beau

"et hougna !' quand on doit pousser et bousculer (bully around)

Abisot : attention ! par exemple "abisot de cadé" ("attention tu vas tomber") quand quelqu'un trébuche.

Estadit : fatigué. "Qu'èro tout estadit"

Bourouys : dans "Qué plau a bourouys" (il pleut à verse) ou "né's harto pas de plabé" - ça n'arrête pas de pleuvoir"

Camaligos : des histoires des petits merdes, des petits problèmes - cercar camaligos, cherchez des histoires. "Camaligs toustem" : toujours des histoires ! "Camaligos, ven !"

Douçament : doucement "Paousoli douçament !" (pose le doucement) apostrophe ironique à quelqu'un qui travaille sans énergie

Prega (prier) : Paga etprega (payer et prier) se dit quand on doit demander trop longtemps quelque chose "oh hé paga e prega"

"Ben qué t'en prey" (bah, je t'en prie) expression de lassitude devant quelque chose qui ne tient pas debout

Saoumo : anesse - en has poupat leit de saumo (tu en as têté du lait d'ânesse - signifie : tu es un idiot)

>Per diu : par Dieu ! (juron) expression étonnante : "a la gim quoi per diu" ("n'importe comment" - "qu'ei heit a la gim quoi perdiu - c'est fait n'importe comment"

Pèc, pégot, pégoto. Idiots du village." Aqueth qu'ey drin pèc".

hestahagna : bourrer - qu'esthanho aqueth roustit. Il bourre ce rôti

pus : cuite ou derrière - aquth qu'a la pus (celui-là est saoul), la pus de Clèro (le derrière de Claire - expression consacrée)

attenté : attends ! (attenté drin - attend un peu)

é push qué mey ! : et puis quoi plus!

cabeillat - monté (une salade par exemple)

sanctous ("saint saint saint" cantique), se balancer sur sa chaise comme quand on dit "sanctus sanctus" à l'église, se dit des vieux

desbesar : vomir - qu ey bou ta ha desbesar lous cans

bestiesos : bêtises - bestiesos ben -bah des bêtises

qué t'en prey - je t'en prie (ex : ben que t'en prey que cau escouta tout - en traduction non mittérale mais juste on dirait bah, ne m'en parle pas, il vaut mieux laisser dire)

abisoth' : attention (abisot' dé cadé : fait attention à ne pas tomber - on dit souvent cela quand on a trébuché ou quand on est déjà tombé, ironiquement)

Matapipos : Machpro Duguidon (comme Mascouyonat cuan t'ey bis). Qui s'apèro, Matapipos de Laseubo ? (ou Matapipos Dus)

Estello : étoile : qu'ey claro l'estello - on voit bien des étoiles  (signe de beau temps)

"blous" : sans rien d'autre - "drin de pan tout blous". Pan qu'ey tousttem pan

mourgagna : marmoner : qué mourganos ? (se dit aussi d'un mal, qui taraude un membre)

esbrigaillèros : débris (par exemple des miettes de pain) - en has deishat esbrigaillèros asiu

biroulets : tournants - "tan qué biro ha lou tour" "tant que tu tournes fais le tour" disait mon grand père dans les tournants

poupous : lolos (vient de poupar sucer)

heit  : fait - plà heit - bien fait pour toi

gai :  joie - frotti lou cuu dap ai quem'héras gai

sapou : crapeau - ouh lou lè sapou ! : affreux jojo !

Toco : touche - dio de sainto toco. Jour de paie (en français du 19e siècle aussi on disait Sainte Touche, voir souvenirs d'un parisien de Coppée p. 19)

Estadit : fatigué - que souy tout estadit houey

cueilhar : chercher - qué souy anat cueilhar lou paa. Beth a cueilho (va te faire cuire un oeuf)

Des syndromes du comportement : pétèro, caguèro, tusidèro, esternudèro, desgulèro, grattèro - qu" t'ey uo pétère houey coucarè dé pla

Des états d'âme : lou tristè, lou curiousè, lou bieilhè

 

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Démagogie philosophique

19 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

platon.jpgDes nouvelles de ma nièce hier. Au bac de philo elle a pris un sujet sur le désir. Comme je lui avais passé l'abécédaire de Deleuze elle en a fait un certain usage dans sa  dissertation, elle était contente. "De mon temps", en 88, le désir n'était pas un sujet important en philo. N'ayant guère été traité que par Platon, Spinoza, Freud et Deleuze, qui seuls lui conférèrent un statut métaphysique (y compris Freud) on le traitait aux marges.

 

Mais hier j'entendais une prof de philo de lycée sur Radio france international : "La philo c'est très important parce que les jeunes découvrent que Socrate s'était déjà posé les questions que se posent les jeunes sur le désir, pourquoi le travail etc"... La phrase déjà m'écoeurait, car elle alignait  la philo sur les attentes des "djeuns" : tu te demandes pourquoi tu bandes, la philo va t'en parler ! Bah oui, la philo, c'est un truc à ton service, comme les institutions, c'est un truc qui se met au niveau de tes petites questions quotidiennes. Démagogie ! Je regrette déjà le temps où on entrait en classe de philo un peu inquiets, un peu prêts à faire de la résistance, mais quand même réceptifs parce que ça aillait causer de trucs pas habituels dans nos conversations. Et on commençait d'entrée de jeu avec la question reine :"Pourquoi quelque chose plutôt que rien ?" voire "Pourquoi l'être ?" et "Qu'est-ce que l'être ?" qui quand même avait plus de souffle que "qu'est-ce que mon désir veut dire ?".

 

Mais le pire du pire fut la chute de cette brave professorette de philo : "Se dire que Socrate s'est déjà posé les mêmes questions que nous, c'est une source d'émotions rares". La dictature de l'émotion, comme devant le journal TV de 20 H ou la page d'accueil de Yahoo. Mais oui ! La philo c'est fait pour vos petites émotions ! La jolie petite émotion de découvrir que vos interrogations sur votre vie quotidiennement "'achement importantes" parce que Socrate avait les mêmes ! Mais oui ! La philo ce n'est pas fait pour structurer votre esprit ni vous ouvrir à une autre dimension de la pensée que celle du quotidien. Nan nan nan ! C'est fait pour ajouter un petit vernis "sympa" à votre quotidien qui, déjà, est un truc sublime, plein d'émotions "géniales" et qu'il ne faut surtout pas dépasser, juste enjoliver.  Vous allez me dire que Raphaël Enthoven nous avait déjà habitués à cela sur Arte (tiens il invite la castastrophique Marzano dimanche), mais là ça ne touche pas que ses quelques milliers de spectateurs. Des centaines de milliers de lycéens sont otages de cette imposture institutionnelle !

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Souvenirs télévisuels...

18 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca

Voici le genre d'images que j'avais dans les yeux le soir à 11-12 ans quand je regardais la TV avec mes parents à 20 h qui me donnèrent envie de m'abonner au Monde à 13 ans.
 
Notez cet amusant reportage de propagande sur un voyage de Kim Il Sung
 
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André Gide sur les mérites de l'Islam en Afrique

18 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Tunisie-132.jpg"Au contact de l'Islam ce peuple [dans la région de Fort-Archambault] s'exalte et se spiritualise. La religion chrétienne, dont ils ne prennent trop souvent que la peur de l'enfer et la superstition, en fait trop souvent des pleutres et des sournois." (André Gide, Voyage au Congo Folio p. 223)

 

Notons que l'expression un peu généralisante de Gide qui aujourd'hui passerait pour raciste est à remettre dans la contexte des analyses du Voyage au Congo qui n'essentialisent pas les défauts des peuples que l'écrivain croise : il les attribue surtout à la surexploitation coloniale qui en fait comme il dit de "tristes troupeaux humains sans bergers". La christianisation participe à ses yeux à l'avilissement de l'Afrique là où l'islamisation la "tirait vers le haut", pour ainsi dire.

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L'Occident ne désarme pas

17 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Le leitmotiv de l'émission C dans l'Air du 14 juin 2012 où intervenaient Christophe Barbier, Frédéric Pons, Gérard Chaliand et Jean-Dominique Merchet: "L'Occident désarme, le reste du monde s'arme". Ce thème était accompagné de l'idée que nous serions devenus des sortes de chérubins pacifistes pour qui la mort de soldats serait devenue insupportable.

 

D'une part le budget militaire étatsunien (qui est notre "parapluie" auquel nous déléguons notre défense) a régulièrement augmenté depuis cinq ans.

 

D'autre part les appels à la guerre incessants de nos médias, en particulier à l'égard de la Syrie, montrent bien que nos sociétés sont demandeuses d'interventions militaires.

 

Il faut souligner qu'en revanche les investissements du Tiers-Monde ou de ays émergeants procèdent d'effets de rattrapage, voire s'inscrivent en réaction à l'interventionnisme occidental. Ces dépenses ne présentent pas le même degré de dangerosité que celles des Occidentaux. Les investissements occidentaux sont ciblés sur de la haute technologie sur le volet des armes nucléaires, chimiques, bactériologiques, et des armes destinées à neutraliser le potentiel des adversaires (boucliers anti-missiles, drones, armes de sabotage informatique etc), qui sont beaucoup plus efficaces que le simple entretien d'une présence armée défensive sur un territoire vaste qui absorbe une bonne part du budget militaire de pays comme la Chine ou l'Inde.

 

Enfin il faut noter que l'interventionnisme militaire occidental direc et indirect implique le recours massif à des supplétifs (les milices libyennes payées par le qatar, l'armée afghane face aux Talibans, les milices tutsies dans l'Est du Congo etc) qui permettent d'occuper le territoire en économisant les ressources humaines de sa propre armée, sans oublier bien sûr toutes les formes de mercenariat officiel ou officieux comme Blackwater en Irak (ce qui pose ensuite la question de la dépendance des gouvernements occidentaux à l'égard de ces "clients" auxquels ils sont ensuite redevables).

 

Voilà qui invalide totalement le schéma simpliste et angélique d'un soi-disant "désarmement occidental" que nous vendent les marchands d'armes pour tenter d'enrayer le déclin des budgets militaires.

 

Le vrai problème est justement que la course aux armements généralisée se poursuit bien qu'en Occident il ne se reflète pas dans les masses budgétaires. Une telle compétition fait émerger des pôles nucléaires (l'Occident, la Russie, la Chine, l'Inde, et peut-être deux ou trois autres dans les années qui viennent dont peut-être le Brésil ou l'Iran si elle échappe à un bombardement occidental) qui ont intérêt en permanence à destabiliser les autres (par la désinformation, le sabotage, l'infiltration d'alliés, et l'entretien de guerres secondaires dans les sources d'approvisionnement en matières premières (Afrique, Proche-Orient). Ces pôles pourront de moins en moins tolérer en leur sein la pluralité du débat démocratique sur la légitimité de leur existence, quiconque nourrissant ce genre de débat étant susceptible d'être accusé de travailler pour les pôles rivaux. La France peut-elle se soustraire au pôle occidental et faire entendre sa propre voix (avec son propre système d'autodéfense, ce qui suppose aussi ses alliances propres) ? Personnellement j'en doute, d'autant que cela pourrait la conduire à construire son propre pôle qui n'aurait alors pas nécessairement vocation à être plus juste et plus "démocratique" que les autres avec lesquels il serait de nouveau en compétition...

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Remarques économiques d'Edgar et prolongement géopolitique

12 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Je signale ici un intéressant article d'économie d'un des rares membres de la blogosphère qui parle parfois de mes travaux.

 

Je me garderai de commenter l'aspect économique de ce billet n'étant pas spécialiste. Sur le volet politique, le billet lance un appel à la préservation des espaces de discussion démocratiques, mais je doute que cet appel puisse avoir des effets. La mondialisation aurait pu être démocratique si le désarmement militaire avait eu lieu (comme c'était prévu dans la dynamique de discussion Est-Ouest sous Gorbatchev). Mais dans les années 1990 les USA n'ont cessé de s'armer et de s'inventer des ennemis-alibis, ce qui a provoqué les guerres (car l'armement doit servir comme l'a dit Mme Albright) ainsi que le réarmement des concurrents (russes, chinois, iraniens etc). Aujourd'hui l'heure est à la constitution de grand pôles militaires (occidental, russe, chinois etc) qui cohabitent dans un équilibre de la terreur (course à la conquête de l'espace, à la piraterie informatique etc) façon guerre froide, tempéré par l'échange commercial (un équilibre qui inclut le développement de guerres aux périphéries pourvoyeuses de matières premières - Proche Orient et Afrique en particulier). Dans ce dispositif, les pôles rivaux ne peuvent tolérer de débat démocratique que sur les sujets non vitaux, c'est-à-dire autres que les sujets qui sont les causes même de leur constitution et de leur surarmement. Ils peuvent débattre de "plus ou moins de social" "plus ou moins d'environnementalisme", mais pas sur la raison d'être de leur existence ni de leur rivalité avec les autres. C'est pourquoi même si l'Union européenne éclatait, elle serait remplacée par un autre système de hard ou soft power qui maintiendrait ses composantes sous le joug de l'idéologie occidentale et de ses principaux présupposés.

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Les aléas de l'histoire

11 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Dans les rangs des militants tout le monde s'en donne à coeur joie : contre l'insuffisante radicalité de Mélenchon l' "européiste socialtraître" (moi qui le lisais attentivement je l'avais pourtant trouvé sur bien des points plus radical que le PCF même si, c'est vrai, il avait des côtés mitterrandiens), contre la timidité de Syrisa en Grèce etc.

 

Tous ces gens là sont toujours prompts à refaire l'histoire avec des "si". Moi je ne sais pas du tout si dans une société aussi droitisée et souvent aussi paumée que la nôtre la stratégie de la radicalité est plus payante que celle du compromis. Je vois juste que Méluche a frôlé le nirvana après la manif de Bastille quand sa campagne "prenait" et tenait en respect même les journalistes les plus cyniques. Puis la descente aux enfers a commencé avec le discours du Prado où il s'est a commencé à se banaliser. J'ai l'impression que l'appareil du PCF prompt à négocier avec le PS (ce que je ne critique pas, car j'ignore quelle est la bonne stratégie en ce moment) l'a beaucoup poussé sur cette voie. Je continue de penser que Méluche avait un potentiel de radicalisation supérieur à ce qu'on croit, surtout s'il avait été en situation de bras de fer avec Merkel. Mais encore une fois il est aléatoire de refaire l'histoire (la "what if history" comme on dit).

 

Peut-être rebondira-t-il à nouveau l'an prochain si la crise européenne s'intensifie. Peut-être pas. Il est toujours dangereux de parier sur les crises car elles amènent souvent plus de souffrances que de résurrections, mais les esprits maladivement hostiles au cours réel des choses créditent toujours a priori les crises d'un potentiel d'évolution conforme à leurs attentes, sur la base du principe "rien ne peut être pire que le statu quo" et d'une bonne dose d'égocentrisme... L'humain a du mal à imaginer l'ampleur des difficultés qui peuvent se présenter. Quelque chose dans sa psyché l'immunise contre cela.

 

A part ça la campagne électorale d'Hénin-Beaumont a montré que le Front national usait de méthodes peu recommandables pour attaquer ses adversaires : les faux tracts. Je ne me fierais pas à un parti qui a recours à de tels expédients. Cela dit Mélenchon commettait une erreur grossière (mais qui participait de sa banalisation) en allant défier Mme Le Pen dans sa circonscription laissant entendre que l'antifascisme était l'alpha de ses propositions politiques... Ce n'est pas ce que les gens attendaient, il fallait prendre les problèmes des gens plus en amont, s'attaquer aux causes pas aux conséquences, je l'ai déjà dit sur ce blog.

 

Aujourd'hui il y a quelque chose de triste dans le fait que n'importe quel petit arriviste socialiste arrive devant des grands élus locaux communistes comme Braouzec et Brard dans le 93. Difficile de savoir si cette mouvance à terme s'en remettra. Peut-être des coups de pouces des socialistes (comme l'abaissement du seuil pour créer un groupe, ou 100 sièges à la proportionnelle promis par Hollande) les aideront-ils. Ce ne serait guère glorieux. 

 

En tout cas, la page des législatives d'une certaine façon est déjà tournée. L'heure est maintenant à la contemplation de ce que nos amis socialistes, après cinq ans d'opposition en demi-teinte, vont proposer pour faire face à la crise européenne. Vu la panne d'imagination qui a toujours caractérisé ce parti, il y a fort à craindre qu'ils n'inventeront rien, sauf quelques expédients, quelques entourloupes pour faire passer l'acceptation des injustices (dont un terrible mattracage fiscal des classes moyennes pour sauver l'apparence d'un presque équilibre budgétaire). Les économistes nous disent que l'austérité ne mènera à rien, mais qu'il n'y aura aucun levier pour relancer l'économie, sauf à ce que nous devenions tous d'ardents fédéralistes européens. Mais chacun sait que cela n'arrivera pas. Alors seront nous dans cinq ans tous hors de la zone euros, avec des dettes à la valeur nominale démultipliée et des monnaies affaiblies vouées à la dévaluation compétitive entre elles ? L'époque est inquiétante, c'est le moins qu'on puisse dire.

 

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Les Hibères caucasiens et le souvenir de Jason

9 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

P1020509gagra.JPGPlutôt que de vous perdre dans les méandres de la fiche Wikipédia sur l'histoire de l'Ibérie (que Pierre Grimal en 1990 orthographiait Hibérie) dans la Caucase, voici un extrait des Annales (livre VI, chapitre XXXIV) qui en dit long sur l'importance du souvenir de Jason et de l'épopée de la Toison d'Or dans l'image que les Hibères avaient d'eux-mêmes en 35 après JC.

 

"Enfin les Parthes, peu faits à souffrir l'outrage, entourent leur roi et lui demandent le combat. Toute leur force consistait en cavalerie. Pour Pharasmanès, il avait aussi des gens de pied. (2) Car les Ibériens et les Albaniens, habitant un pays de montagnes, supportent mieux une vie dure et des travaux pénibles. Ils se disent issus de ces Thessaliens qui suivirent Jason, lorsque après avoir enlevé Médée et en avoir eu des enfants il revint, à la mort d'Éétès, occuper son palais désert et donner un maître à Colchos. Le nom de ce héros se retrouve partout dans le pays, et l'oracle de Phrixus y est révéré. On n'oserait y sacrifier un bélier, animal sur lequel ils croient que Phrixus passa la mer, ou dont peut-être l'image décorait son vaisseau. (3) Les deux armées rangées en bataille, le Parthe vante à ses guerriers l'éclat des Arsacides, et demande ce que peuvent, contre une nation maîtresse de l'Orient, l'Ibérien sans gloire et ses vils mercenaires. Pharasmanès rappelle aux siens qu'ils n'ont jamais subi le joug des Parthes; que, plus leur entreprise est grande, plus elle offre de gloire au vainqueur, de honte et de péril au lâche qui fuirait. Et il leur montre, de son côté, des bataillons hérissés de fer, du côté de l'ennemi, des Mèdes chamarrés d'or; ici des soldats, là une proie à saisir. "

 

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Tacite

8 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

Vous vous souvenez sans doute que Nietzsche affirmait dans son style habituel que la seule grande figure de l'Evangile c'était Pilate. J'avoue que je prends plaisir, l'âge venant, à lire Tacite, en ouvrant les Annales au hasard. Ici je tombe sur la révolte de Boudicca, là sur la conquête de l'Arménie. A cet endroit  la querelle entre Smyrne et je ne sais plus quelle autre ville pour obtenir le droit d'ériger un temps à la famille impériale, là aux déboires d'un gouverneur de Cyrène ou d'un brigand espagnol, une campagne contre des Thraces. Tacite, c'est le regard aristocratique romain sur l'histoire de l'Empire au Ier siècle, comme Pilate est le regard aristocratique romain sur les querelles de la Judée. Il y a toujours chez Tacite cette sorte de pessimisme moral très romain qui ne s'étonne pas des égarements humains, et même y voit une fatalité. Du coup ils deviennent facilement l'explication de tous les malheurs. Les défaites militaires sont dues à la lâcheté, les insurrections dans les provinces au relâchement moral des gouverneurs corrompus. Il n'y aura jamais de critique systémique chez Tacite. Juste de l'indignation et du pessimisme qui dispensent de réfléchir. C'en est amusant, presque sympathique même, tant cela est simple. Simple et élégant, parce qu'il y a toujours cette volonté de n'idéaliser rien ni personne, et puis cette précision du style, resserré en quelques mots. Certes tout n'est pas pourri dans le monde de Tacite. Il y a encore beaucoup d'administrateurs romains et de généraux pleins de sagesse, de dignité et de courage qui tiennent leur rang. Le monde romain fonctionne grâce à eux. Mais il y a tout autour, c'est à dire chez les autres Romains, comme chez les Barbares, une déliquescence inévitable, inhérente à la nature humaine. Plus encore chez les Barbares d'ailleurs, bien sûr, les Barbares quels qu'ils soient, les Bretons comme les Parthes, parce qu'eux cèdent encore plus à la nature que les Romains, avec leurs rituels de combat bizarres, leurs initiatives désordonnées, leur promptitude à se diviser et à trahir... Un regard intéressant qui, en même temps, fait voyager aux quatre coins du monde méditerrannéen et dans les coutumes d'il y a deux mille ans. Je ne me lasse pas d'y retourner, de temps à autre, pour y picorer quelques pages.

 

ps : Il faudra que je vous parle aussi un jour de l'émission Métronome sur l'histoire de Paris (plusieurs épisodes, les deux premiers le 4 juin à regarder sur Pluzz.fr). Emission pleine de naÏveté notamment quand elle aborde l'Antiquité sous l'angle d'un parisianisme effreiné, mais qui a le mérite de restituer la richesse extraordinaire de ces hauts lieux de la capitale que l'on cotoie quotidiennement sans les comprendre, et donc sans les connaître.

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Revenus du 64

8 Juin 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

Pour les lecteurs du 64 uniquement - source ici
 
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