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Le blog de Frédéric Delorca

"Georges-Guy Lamotte, Le dernier des socialistes" de Fernand Bloch-Ladurie

28 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

chreibenUn peu de détente : voici mon compte-rendu d'un livre amusant publié par les éditions  "Aux Forges de Vulcain", pour le lire, cliquez ici.

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Ce que nous pouvons savoir (un peu d'ontologie)

27 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

 Après avoir lu mon billet sur la fin de l’apeiron, un lecteur me demande si, au terme de mes lectures philosophiques, je suis relativiste sur le plan « ontologique ».

 

Ceux qui connaissent bien mes écrits ont déjà la réponse mais il n’est pas inutile de la résumer pour les nouveaux visiteurs de ce blog (toujours plus nombreux au vu des statistiques de mon compteur), d’autant que tout résumé, par le choix-même de ses termes, peut apporter par lui-même des éléments nouveaux.

 

Du point de vue de l’ontologie, je pense que nous ne pouvons connaître de l’être que ce que l’évolution darwinienne nous a déterminé à en connaître. Et cette connaissance est de deux ordres :

 - la connaissance sensible, qui tire sa validité de son utilité pour la survie des individus et de l’espèce (je sais qu’il y a une table devant moi parce qu’elle résiste à mes doigts, lorsque je la touche, parce que mes yeux la rencontrent quand j’ouvre mes paupières etc, un savoir utile à ma conservation sans quoi je risquerais de me fracasser le crâne en tombant dessus si je ne savais pas qu’elle était là)

- la connaissance intellectuelle, qui naît d’une réflexion sur les données sensibles, permet d’optimiser la connaissance que l’on en a  (en rectifiant certaines erreurs des sens) et d’aller au-delà (grâce à elle nous connaissons par exemple les lois de la physique quantique qu’aucune perception par les sens ne pourrait nous donner)

 

La connaissance intellectuelle bien qu’elle permette d’aller plus loin que les sens reste partiellement tributaire de notre évolution darwinienne, et de certains schèmes qui, dans notre cerveau, sont issus de l’expérience sensible, par exemple celui qui nous porte à penser qu’une chose ne peut pas être et ne pas être en même temps.

 

Je ne crois pas faire preuve d’occidentalocentrisme en disant cela. Car, bien que la pensée logique ait été poussée très loin par les Occidentaux à la faveur de diverses révolutions sociales et politiques (l’invention du logos grec), le logique intellectuelle en lien avec l’expérience sensible existe dans toutes les cultures, même si beaucoup de pensées magiques en Orient notamment se sont ingéniées à former des systèmes intellectuels contre-intuitifs (et, à vrai dire, à mes yeux dépourvus de validité épistémique) dans lesquels justement des énoncés comme « une chose ne peut pas à la fois être et ne pas être » sont réfutés (on a aussi, bien sûr, connu ce genre de pensée en Occident).

 

Le lien entre la pensée intellectuelle logique et l’empreinte de l’évolution darwinienne sur nos corps fait que, selon moi, nos cerveaux ne parviendront pas aux niveaux d’abstraction suffisants pour progresser dans la connaissance de l’être au point de pouvoir apporter des réponses à des questions comme « qu’est-ce qu’il y avait avant le Big Bang » ou « existe-t-il des univers parallèles au nôtre ? » (ou encore les nombreuses questions relatives à la définition du temps, de l’espace etc). Reconnaître cette clôture des possibilités du savoir fait partie incontestablement de la fin de l’apeiron que j’évoquais il y a quelques jours. De ce point de vue là je suis kantien, bien que, sur le plan épistémique, je réfute le constructivisme de Kant (nous ne « construisons pas » les objets de notre savoir).

 

galaxy-copie-1.jpgEt je ne crois pas en l’hypothèse des transhumanistes selon laquelle en déléguant la tâche de comprendre à des machines (supposées être capables de traiter abstraitement plus d’informations que nos cerveaux, à supposer que nous parvenions à en construire de pareilles), nous progresserons significativement dans la compréhension de l’être.

 

Car, à supposer même qu’une machine à fonctionnement accéléré parvienne à une découverte de lois sur les questions que je posais précédemment (à propos du Bigbang ou des univers parallèles pour reprendre ces exemples) ou a fortiori d’hypothétiques méta-lois susceptibles de rendre compte du fait que la matière ait des lois (ou que la matière existe) , encore faut-il qu’ensuite elle trouve ensuite les formules pour rendre ce savoir accessible à un cerveau aux capacités d’abstraction limitées comme le cerveau humain.

 

L’autre hypothèse à laquelle souscrivent les transhumanistes est la liquidation de l’humanité dans son devenir-machine. Mais il faut bien reconnaître alors que cette espèce mécanique qui succèdera à la nôtre nous sera à ce point étrangère que peu importe au fond ce qu’elle parviendra à comprendre ou à ne plus comprendre de ce monde et de l’être en général .

 

Je crois donc, en dernière analyse, que nos schèmes cognitifs sont surtout destinés à favoriser le développement des individus, des groupes humaines, et de l’espèce en général (à travers la médiation des sous-groupes qui la composent, ce qui ne veut pas dire que cette utilité fondatrice ex ante doive être la finalité de la connaissance ex post), qu’à l’intérieur de cet espace de contrainte, ces schèmes cognitifs sont tout à fait valables pour connaître la part de l’être qu’il nous est imparti de pouvoir connaître et qu’il faut travailler à les améliorer. Améliorer nos schèmes cognitifs à l’intérieur du périmètre de savoir légitime possible, cela suppose d’affiner nos modes de discrimination du vrai et du non-vrai, de hiérarchisation et de mise en rapport des savoirs, et aussi de travailler sur l’aspect pratique de ces schèmes, c’est-à-dire sur la mise en œuvre éthique, politique et esthétique de ces schèmes, aux lois qui dans ces diverses sphères pratiques doivent gouverner notre action. Ce qui suppose notamment de refuser la facilité du relativisme.

 

Il est difficile de garder une volonté de connaissance dans un périmètre de savoir identifié comme limité et de ne pas céder à la paresse intellectuelle du relativisme ou du nihilisme. Car l’humain est un animal profondément mu par la mégalomanie et particulièrement stérile quand on le prive de son horizon de conquête (ce qu’avait bien vu Nietzsche). Il faut donc trouver un horizon de conquête pour briser la clôture de l’apeiron. On sent bien que cette rupture ne sera pas possible sans la conservation de certaines catégories esthétiques hérités du temps où l’esprit de conquête prédominait. C’est pourquoi le présent blog accorde une telle place à la relecture d’auteurs anciens et à l’évocation d’époques révolues, non pas par fétichisme passéiste mais dans l’espoir d’en préserver des traits utiles à la définition d’un ethos de rupture.

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La fin de l'apeiron

25 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Tout le monde peut être d'accord sur ce diagnostic, bien que celan'implique hélas rien quant aux solutions à apporter (car les solutions sont absentes). La tristesse de notre monde tient à ce que nous avons liquidé l'apeiron, cette notion qui travaillait (et angoissait) tant les présocratiques. L'apeiron : l'infini, ce qui reste ouvert.

 

Avec cette vision du "village-monde" qui a travaillé la globalisation, cette obsession d'exploiter intensivement et rationnellement chaque millimètre carré jusqu'à ruiner l'écosystème, et de réduire (par le réductionisme biologique) les dernières formes de résistance (comme la dépression, grande résistance du début des années 2000, voyez "Tomber sept fois, se relever huit" de Labro), l'espace est aujourd'hui complètement clôturé : il n'y a plus d'Odyssée possible. Dans ce huis clos dont les issues ont été soigneusement bouchées, toutes les rancoeurs et les méchancetés peuvent se déchaîner : elles seules même peuvent donner une raison de vivre. C'est pourquoi dans ce monde sans fenêtre Bernard-Henri Lévy et Caroline Fourest sont rois.

 

C'est aussi, par la force des choses, un monde où les femmes, habituées à gouverner des espaces clos, respirent mieux que les hommes, autrefois éduqués au don quichottisme. Tout notre passéisme se nourrit de cela du reste : il n'est plus d'horizon de conquête que dans le temps écoulé, celui qui vient ne promettant que toujours plus de paralysie de nos gestes.

 

grille.JPGDans ce monde fini où tout est quantifié (même les séries TV : il suffit d'aller voir sur wikipedia à chaque fois qu'on souhaite savoir combien d'épisodes il nous reste à voir) l'instant manqué est une fraction du quantum d'instants de même nature qui nous étaient alloués (par exemple, le nombre de fois où je vois mes parents est un nombe de fois fini), et donc chaque instant se vit comme un arbitrage entre diverses pertes possibles, ce qui de toute façon le prive de toute saveur.

 

Bien sûr on est là à l'opposé de tout ce qui fut la culture des enfants gâtés des années 60-70, culture dont je suis héritier (je m'en rendais compte encore ce soir en lisant un séminaire de Castoriadis sur Platon daté de 1986). Le livre de Tobie Nathan dont j'ai déjà dit beaucoup de bien ici est très sincère sur l'esprit de conquête qui présida à cette époque. Il dit notamment des choses très belles sur ce qu'était la conquête sexuelle à ce moment-là qui était vécue come un réel horizon métaphysique et pas du tout comme aujourd'hui comme un simple enjeu d'optimisation du bien-être.

 

Je sais bien que, de nos jours, beaucoup de jeunes gens sont prêts à se saisir d'Internet et des outils de leur environnement pour "réussir des coups" ainsi que je l'ai remarqué dans un précédent billet, mais ces coups n'ont pas plus de valeur que des stratégies à deux balles à une table de poker. Le système est bien trop normé, y compris dans les pertes prévisibles, pour qu'on puisse encore y parler du moindre esprit de conquête, encore moins d'une errance.

 

Il me semble que la fermeture de l'apeiron se ressent sur chaque aspect de nos modes de pensée. Par exemple sur la manie de la pondération et de la vérification que nous avons introduite en philosophie et en sciences humaines (pour autant que cette dernière expression ait un sens), là où jadis l'esprit de conquête en dispensait tout le monde. Le bougisme qu'on impose à tout le monde, y compris à nos enfants en les amenant visiter des musées à trois ans... reflète aussi l'inquiétude généralisée de vivre dans un monde où en fait il n'y a plus aucun moyen de se projeter dans quoi que ce soit, et donc plus rien à faire (au sens profond du terme) : un monde devenu un immense camp d'internement à ciel ouvert.

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Ecrire un nouveau roman peut-être

23 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Vous savez ce qui nous tue tous aujourd'hui ? C'est qu'il n'y a plus de vie spontanée. Je relisais tantôt des pages de mon journal de 1987, année où je vivais ma vie de lycéen, ancré dans de vraies émotions. Je referme mon journal. J'ouvre mes mails. Je tombe sur ceci : "Nom de dieu de dieu de dieu ! Mais merci ! Ton article me fait profondément plaisir et m'honore ! De plus, il est tellement bien écrit ! Il est formidable. Incroyable. Pincez-moi !J'ai hâte de te serrer dans mes bras mardi !Je t'embrasse fort, fort, fort !". C'est une copine écrivaine. Sa réaction à ma recension de son dernier livre qui vient d'être publiée sur Internet ce matin. Jolie réaction pleine d'émotions... sauf que ça m'arrive sur un écran... je ne sais pas pourquoi il me semble que cette médiation des écrans fausse tout. Je la verrai mardi soir à sa séance de signature, mais il n'y aura pas plus de spontanéité à ce moment-là (où elle sera prise par les dédicaces, et moi par l'urgence de prendre un train) qu'aujourd'hui dans ces remerciements neutralisés par l'appareil informatique. Tout est ainsi, sous cellophane...

 

P1010968On court tous vainement après une "authenticité" comme mon pote qui cultive ses légumes dans l'Ariège et repère dans les rues de Saint-Ouen les dernières espèces végétales comme le "last survivor" d'un cataclysme.

 

Depuis hier j'ai envie d'écrire un nouveau roman. C'est peut-être la dernière chose authentique à faire. Après tout j'ai la chance d'avoir toujours un éditeur ouvert à la fiction. Ca ne se vendra pas, mais ça sera écrit. Quod scripsi scripsi.

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Mélenchon sur le budget, sur le différentialisme, et sur l'Allemagne

23 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Mélenchon a raison sur son blog de condamner la timide abstention des députés du Front de gauche sur le budget d'Ayrault :

 

assnat"C’est dans ce contexte qu’est intervenue, écrit-il, notre discussion au Front de Gauche à propos du vote sur le budget de l’Etat. Ce n’est pas un secret : le Parti de Gauche, comme la totalité des représentants des  partis du Front de Gauche à la coordination, sauf ceux du PCF, étaient partisans de voter contre ce budget. Ce n’est pas une affaire de posture plus ou moins frontale vis-à-vis du PS et de son budget. C’est d’abord une appréciation sur le fond : c’est un mauvais budget pour le pays et dans le contexte de récession commencée. C’est le budget de la plus grande contraction de la dépense publique depuis plusieurs décennies. C’est aussi le budget d’une RGPP aggravée dans tous les ministères non sanctuarisés. Enfin parce que nos groupes parlementaires ont voté contre la loi de programmation budgétaire pluriannuelle. Dès lors il est normal d’en refuser la première application. Mais le fond est aussi politique : il s’agit de la mise à distance qu’il faut affirmer avec tout le système et la politique du nouveau gouvernement. Bien-sûr, aucune voix des nôtres n’a soutenu ce budget. Pas un parlementaire du Front de gauche n’a voté le budget des socialistes. C’est le point clef. Il n’y a donc pas de fracture politique dans le Front de Gauche à propos de l’autonomie face au gouvernement et au parti qui le dirige.

 

Le groupe à l’assemblée s’est donc abstenu. Mais pourquoi pas de vote contre ? Croyons-nous réellement qu’il peut se passer quoi que ce soit qui inverse la politique du nouveau gouvernement hors des clous de la loi de programmation budgétaires contre laquelle nous avons voté ? L’orientation n’est-elle pas affichée sans ambages ? Nos amendements n’ont-ils pas tous été rejetés ? Et cela alors même qu’ils étaient exactement rédigés comme ils l’étaient à l’époque où nous étions dans l’opposition et que les socialistes les avaient votés avec nous ?  Cette ligne n’est-elle confirmée et approfondie depuis par le plan Gallois et la déclaration de la conférence de presse du président ? Je sais très bien que nous partageons tous cette appréciation. Que veut dire alors l’abstention dans ces conditions ? Selon nous c’est une source de confusion pour les nôtres et un signal de souplesse que la violence du gouvernement Ayrault interprète comme un aveu de faiblesse et l’affichage d’une divergence interne au Front de gauche. Tout cela parce que les socialistes et leurs journalistes jouent le petit jeu de répéter que nous votons avec la droite ? Qui est-ce que cela trouble à part ceux qui sont déjà troublés de toute façon ? Le PS faisant la leçon sur les votes avec la droite après sa collusion avec le traité de Sarkozy ?"

 

Il y a aussi des remarques intéressantes de Mélenchon à propos du "différentiaisme" de Hollande, même si je suis en désaccord avec la défense du "mariage pour tous" par le leader du PG (en ce qui me concerne je suis pour l'abrogation du mariage).

 

Jeu damesJ'aime bien aussi ce paragraphe réaliste sur l'Allemagne :

 

"C’est sans doute même le problème fondateur. C’est pour contenir une propension allemande à toujours vouloir pousser les murs que les politiques européennes ont été construites. La première union européenne, n’en déplaise à la légende dorée, n’a pas d’autre but que d’empêcher un retour de l’antagonisme franco-allemand inacceptable dans le cadre de la confrontation avec le glacis soviétique dont la point avancée sur l’ouest était… l’autre Allemagne. Quand la réunification s’est faite, on a su immédiatement que l’histoire ne s’était pas effacée autant qu’on le croyait. Comme les Français l’exigeaient, le gouvernement allemand mit un mois à reconnaitre la ligne Oder-Neisse comme frontière intangible à l’est. Mais il la reconnut. Ce ne fut pas la même musique quand, sans attendre les garanties que les Français avaient demandées sur les droits de minorités, Berlin reconnu l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie en quarante huit heures, aggravant le sentiment d’impunité des dirigeants croates d’alors. Ces souvenirs nous font rappel au réel. L’Allemagne est une puissance politique en premier lieu. Souvent les dirigeants français pratiquent un angélisme très bêta à ce sujet. Comme ils sont travaillés à mort par le déclinisme ambiant et très intrusif de la bonne presse des élites françaises, ils commettent deux erreurs. La première est de croire que les dirigeants allemands sont complexés comme eux. La seconde d’oublier que l’esprit de capitulation est une tradition des élites françaises. Comment oublier l’ampleur de la collaboration de celles-ci pendant l’occupation nazie ? Ni combien et quels journaux durent être confisqués à la libération."

 

Puis après avoir observé que l'objectif de Mitterrand à Maastricht (encadrer l'Allemagne), a échoué (c'est l'Allemagne qui nous a encadrés), Mélenchon conclut : "Tout cela doit nous aider à évaluer correctement le rapport de force avec l’Allemagne au lieu de nous traîner à la remorque de la chancelière, des retraités et des trouillards."

 

On connaît le choix stratégique de Mélenchon dans ce but : "l'autre Europe". Je préfère personnellement celui de Nikonoff que celui-ci énonce à nouveau avec brio dans un billet récent en critiquant au passage son propre choix terminologique il y a quelques années en faveur du concept flou de "désobéissance". Reste à ce dernier à penser l'option géopolitique par laquelle la sortie de l'Union européenne ne rimerait pas avec confrontation ouverte avec l'Allemagne, et donc à définir une confédération franco-allemande alternative à la sortie "sèche" de l'Union européenne...

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Le quart d'heure espagnol

22 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Espagne

Bon allez un petit quart d'heure espagnol (dans ce blog bordélique pourquoi pas ?)

 

- Eroticoporno : une actrice X catalane María Lapiedra fait campagne pour le président de la généralitat Artur Mas dans le clip ci-dessous. Ca ne vous rappelle pas le vrai-faux clip de soutien à Mélenchon au printemps dernier ?

 

 

- Repentance : L'Espagne vient de décider d'accorder la nationalité de ce pays à tous les Séfarades du monde qui parlent le judéo-espagnol (250 000 personnes) pour se faire pardonner leur expulsion en 1492...

 

- Union européenne : la commissaire européenne en charge de la justice Viviane Reding a fait savoir que si la Catalogne faisait sécession de l'Espagne, elle se situerait en dehors de l'Union européenne et le droit européen ne s'y appliquerait pas. Une interprétation juridique intéressante, qui aura des effets importants sur les processus politiques de cette "Communauté autonome"...

 

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Le quotidien, les Balkans, l'Espagne austéritaire

21 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

J'ai assisté ce matin à des mondanités institutionnelles navrantes qui, une fois de plus hélas, m'ont montré la société française dans tout ce qu'elle a de plus imbécile, de plus vain, de plus lâche, de plus faux et de plus détestable. Et comme cela fait pratiquement 25 ans que j'encaisse ce genre de spectacle épouvantable (qui heureusement m'avait été épargné à Brosseville) j'étais à deux doigts de gerber et de donner ma démission de mes activités professionnelles, ce que j'eusse certainement fait si je n'avais une famille à charge.

 

A la fin d'une journée comme celle-là j'hésite entre m'investir à nouveau dans un travail d'écriture qui me soustraira à l'épouvantable stupidité de ce monde (même si mon lectorat et assez réduit), ou continuer à mener une action politique hors normes qui au moins me donnerait l'impression d'aider les gens à dépasser la gangue de bêtise qui les écrase dans un projet collectif un peu noble (même si le paysage de forces anti-systémiques est plutôt lunaire en ce moment, et je suis en panne d'idées susceptibles de lui donner un souffle réel...).

 

Je ne sais pas encore ce que je vais faire, mais l'âge venant je doute que je resterai longtemps dans un esprit de conciliation comme je l'ai été dans les années 2000.

 

nato.jpgCeci étant posé, devrais-je vous parler des Balkans ? Le premier ministre serbe M. Dacic a déclaré aujourd'hui qu'il avait exprimé devant la baronne Ashton récemment (la soi-disant responsable de l'inexistante politique étrangère de la risible Union européenne) sa préoccupation de voir cette région "revenir à la période des conflits des années 1990".

 

C'est que, voyez-vous, il n'y a pas que dans mon milieu professionnel que le monde reste très con. Dans l' "Europe du Sud-Est aussi". Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), géniale invention de nos génialissimes élites diplomatiques et juridiques, vient d'acquitter deux criminels de guerre croates, des généraux (alors qu'il n'a jamais raté le moindre colonel serbe...), et, aujourd'hui, dans la bonne ville serbe de Bujanovac, des extrémistes albanais ont aposé une plaque en hommage au groupe de guérilla "Armée de libération de Preševo, Bujanovac and Medveđa". Pour les plus jeunes qui n'ont pas connu la guerre du Kosovo, ce groupe était une extension de l'Armée de libération du Kosovo (la bande armée si "cool" et si "démocratique", ami de Bill Clinton, qui a fait fructifier le trafic d'opium et le monoethnisme dans cette province à majorité albanaise), encouragé à l'époque par les stratèges du Pentagone à poursuivre leur action hors du Kosovo en 2000. Les partisans de ce groupe n'ont visiblement pas oublié ses faits d'armes, ni que la fête nationale albanaise est le 28 novembre (Ach ! la Grande Albanie !), ni que le soi-disant TPIY doit juger à partir du 29 M. Haradinaj, ex-chef de la guerilla (qui y comparaîtra en lieu et place de plus gros bonnets). Bref, vous voyez d'ici le tableau : les Balkans bouillonnent, je vous parlais récemment des souvenirs centenaires qui refleurissent en Bulgarie, on sent le règne de  l'amour s'épanouir là comme à ma foutue cérémonie de ce matin.

 

spain2.jpgBon, je pourrais refaire un tour du monde pour trouver d'autres raisons de m'énerver sur les cinq continents. Mais je vous épargnerai ce pensum. Retenons juste une info qui nous vient d'Espagne : dans ce pays à partir d'aujourd'hui aller devant un juge d'appel dans le cadre d'un litige quelconque coûtera 800 euros . Merci l'Europe austéritaire, les agences de notation, les banques, etc. Je me devais de le signaler, puisque j'ai aussi la nationalité de cet Etat...

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Une analyse intéressante sur l'Egypte, le Qatar et Gaza

21 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

 

 
Notez aussi la destruction des bâtiments journalistiques qui se poursuit : http://www.lepoint.fr/monde/gaza-israel-detruit-le-bureau-de-la-chaine-russe-rt-18-11-2012-1530495_24.php
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Actu en vrac : Femen, Gaza, Goma, libéralisme

20 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

Avant hier les féministes radicales FEMEN s'en prennent à des chrétiens intégristes qui manifestent contre le mariage homosexuel. Elles se font malmener par le service d'ordre... Les médias ne s'attardent pas sur le fait qu'elles ont été les premières à ne pas respecter la liberté de manifester en organisant cette contre-manif. Ni sur certains paradoxes comme le fait qu'elles se sont entraînées à des techniques de ju jitsu pour échapper aux policiers... Et voilà qu'hier elles regrettaient qu'il n'y ait point eu plus d'effectifs de police pour les protéger. Ou qu'elles étaient censées à trouver à Paris un hâvre de civilisation par rapport à la "brutalité"  de leur berceau ukrainien...
 
Elles vont sans doute intégrer à leur training des techniques de résistance aux services d'ordre des manifestations hostiles aux leurs. Quand même quand on voit ce qui leur est arrivé dans les beaux quartiers, sous la férule de bons bourgeois éduqués aux règles de la courtoisie comme elles l'ont souligné elles-mêmes, on n'ose imaginer ce qu'elles endureront quand elles passeront le périphérique (puisqu'elles se sont promis d'agir en banlieue).
 
On a beau dire mais polariser les conflits sur des enjeux sociétaux n'est pas moins source de guerre civile que de soulever la question sociale (ces grands sujets comme la désindustrialisation, l'euro surévalué qu'on oublie pendant qu'on parle des droits des minorités sexuelles). Et c'est une source infinie de paradoxes : à trop vouloir remettre en cause les repères anthropologiques (la bipolarité homme-femme) avec des méthodes ambiguës comme la nudité "agressive" des FEMEN, ou leur "terrorisme non violent" comme elles disent (un oxymore qui en dit long sur la volonté de brouiller les pistes) on finit par se demander s'ils ne seraient pas macho (du point de vue des FEMEN) de dénoncer la violence masculine dont elles ont fait l'objet, puisqu'aussi bien elles-mêmes prétendent que la féminité doit inspirer la terreur. Bref tout cela devient confus à souhait.
 
Alors quoi, allons nous porter notre regard sur des situations moins confuses comme la situation de l'UMP ? (non je plaisante bien sûr).
 
iraq.jpgParlons plutôt de Gaza. Deux discours inconciliables. Israël : "Soyez gentils, arrêtez  de nous balancer des missiles, baissez la tête, ayez la décence de vous terrer quand nous vous envoyons des bombes en représailles, ne laissez pas vos enfants dans les écoles car nous savons que vous y cachez des terroristes, et nous n'arrêterons pas de bombarder les écoles si des terroristes y sont". Réponse logique des Gaziotes (mot consacré par le dictionnaire que je préfère à Gazaoui) : "Nous ne nous enterrerons pas".
 
Le problème : la presse qui ne parle pas du problème de fond du blocage du processus de paix par Israël depuis quinze ans, et qui par contre parle trop peut être des enfants morts : on ne fait pas réfléchir avec des photos de cadavres. Je ne sais pas trop si Israël se livre à des frappes "chirurgicales" ou même relativement chirurgicales comme il l'affirme. Elles ont l'air quand même ciblées sinon il y aurait plus de morts. Hier un représentant israéelien sur France 24 lançait même une pique à l'Alliance atlantique : "Nous ciblons plus nos frappes que l'OTAN : au Kosovo ils tiraient sur les hôpitaux, pas nous". Vrai, faux, je ne sais pas. Vijay Prashad dont je lis toujours les témoignages sans toutefois y adhérer ce systématiquement soulignait ce matin qu'un immeuble de journal ou de TV avait été pris pour cible et que c'était là un crime de guerre. Il est vrai que l'attaque des journalistes a été banalisée depuis que les USA ont bombardé la TV serbe en 1999 avec les félicitations du dessinateur Plantu. Même le plastiquage d'un batiment de TV en Syrie au printemps par les "rebelles" ("rebelles" assez imprudemment reconnus comme gouvernement légitime par M. Hollande cette semaine), n'a suscité nulle émotion. Le ministère de la défense a rappelé qu'il y a du ciblage "comme en 2008". Mais en 2008 ils avaient aussi bombardé le zoo de Gaza (comme dans le film "Underground"). Béatrice Guelpa en avait témoigné. Se peut-il qu'une fois sur deux l'armée cible, et une fois sur deux elle perde ses nerfs (ce que sous-entend le terme de "bavure") ?
 
Les pro-palestiniens disent que Morsi et Ahmadinejad ont lancé un appel commun contre Israël. La nouvelle me semble suspecte. Elle provient de la TV iranienne. Morsi ferait-il vraiment cela alors qu'il espère négocier une trève ?
 
Je crois plus en tout cas en la capacité de négocier de M. Morsi qu'en celle de M. Fabius qui s'est rendu à Tel Aviv officiellement pour aider à obtenir le cessez-le-feu, mais cela sent trop l'opération de propagande médiatique à l'attention de l'électorat socialiste en banlieue.
 
Vijay  Prashad, toujours lui, dénoncé dans Couterpunch aujourd'hui le double feu vert accordé par Obama : Israël à Gaza, et au Rwanda à Goma. J'ai souvent moi-même dénoncé l'impunité du Rwanda au Congo, et nous l'avons fait dans l'Atlas alternatif, mais il faut quand même être un peu prudent : qui peut assurer avec certitude que la M23 agit sur ordre de Kagamé ? Et pourquoi le Rwanda aurait-il intérêt a entretenir indéfiniment cette guerre au Nord-Kivu ? N'y a-t-il pas plutôt dans cette région un processus auto-entretenu de guerre civile avec des milices largement incontrôlées ? Je pense qu'il faut être rigoureux sur les éléments de preuve. Mettre le Rwanda à toutes les sauces quand on parle du Congo devient aussi contreproductif que d'accuser sans peser ses mots Israël de vouloir commettre un "génocide" des Palestiniens. Ces accusations non étayées sont à proscrire.
 
A part cela, côté réflexion sur les idées politiques, je vous signale un billet sur un blog anti-européiste de gauche qui oppose le néo-libéralisme au libéralisme économique traditionnel. Je ne suis pas du tout d'accord avec cela, mais je vous laisse y réfléchir par vous même en le lisant.
 
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Dans l'attente d'avoir une meilleure tribune...

17 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

Dans une ville de province, cette semaine, ma compagne a croisé un type qui organisait des collectifs Palestine dans les années 2000. Il lui a dit à peu près ceci : "J'ai laissé tomber quand j'ai vu toutes les dissensions entre les musulmans religieux d'un côté et la LCR de l'autre". Je suppose que tout le monde peut en dire autant de tous les sujets alternatifs : la division est omniprésente partout. Un ami me disait la même chose des spécialistes du vin sans soufre qu'il a essayé en vain de fédérer dans le Sud de la France "C'est le règne des chapelles partout, les gens ne veulent rien faire ensemble". Qui dit esprit de chapelle dit dogmatisme (souvent jusqu'au délire) et inefficacité... C'est une spécialité française où les égos sont plus flamboyants que, par exemple, en Allemagne.

 

F--te-de-l-Huma-2006-pour-blog.jpgSauf ceux qui font du business avec ça (en vendant des livres par exemple), beaucoup de gens finissent, comme cet organisateur de collectifs, par "raccrocher". En ce qui me concerne je préfère le boulot solitaire. Le journalisme (la philosophie aussi of course) se prête à l'action solitaire. Et la solitude n'y est pas un facteur d'inefficacité. Au contraire : elle permet d'être plus pertinent dans la façon d'écrire et de penser. Et l'on finit par avoir une petite influence même sans relais d'appareils. J'ai eu tort en 2005 de jouer à fond la carte du collectif avec l'Atlas alternatif (alors que les membres du collectif eux-mêmes ne jouaient pas le jeu, et encore moins, bien sûr, ceux qui étaient en dehors). J'ai renoncé à cela. Aujourd'hui je pourrais encore jouer les petits mendiants, taper à la porte de tel journaliste en disant "tiens j'ai trouvé cette vérité sur l'Abkhazie (ou sur n'importe quoi d'autre), peux tu accepter de la faire connaître à tes collègues?" ou aller faire des sourires à tel collectif pour avoir "mes vérités" citées en lien sur leur site, mais c'est beaucoup d'efforts pour rien.

 

Il faut prendre l'habitude d'agir en solitaire. Et vous verrez que vous aurez des surprises quant aux tribunes qui s'ouvriront à moi.

 

Aujourd'hui si j'avais eu un site d'info alternative (ce que je n'ai plus depuis que j'ai abandonné le blog de l'Atlas alternatif), j'aurais parlé des deux généraux croates acquittés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, de ces Américains qui ont tenu à distance les contrôleurs de l'OSCE lors des dernières élections présidentielles, du point de vue Mme Lepage sur le gaz de schiste, de Gaza bien sûr. Mais je n'ai plus cette tribune-là, donc, dans l'attente d'en avoir une autre (taillée à ma mesure), je continuerai à causer plutôt de sujets moins directement liés à l'actualité mais utile à la construction de notre vision de l'histoire et de notre époque...

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Ernst Jünger, Bernanos et Barbusse

17 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

poilusJe parcours "La guerre comme expérience intérieure " Ernst Jünger dont un de mes contacts sur Facebook signalait la réédition (tout en critiquant la préface de Glucksmann qui il est vrai est digne d'un mauvais khâgneux en panne d'inspiration). Il faudrait faire une comparaison entre ce livre,  Les Enfants humiliés de Bernanos et Le Feu d'Henri Barbusse.

 

Pas trop de temps pour cela hélas. Je trouve chez Jünger une force, une intrépidité même : cette absence de gène dans l'évocation de la pourriture, des cadavres. Quand on dit que la guerre est une mise à nu du face-à-face avec la mort, on oublie que c'est aussi un face-à-face avec la pourriture des cadavres, celle que les convenances sociales habituellement enveloppent. Il y a des mots très forts et très éloquents sur la manière dont le cadavres se décomposent, sur la manière dont ils épousent la terre, mais aussi envahissent les vivants (Jünger raconte les journées vécues par les soldats entourés par les mouches qui assaillent lprussees chairs des trépassés). Toute guerre et bien sûr surtout les grandes guerres (14-18, 39-45, peut-être la guerre Iran-Irak il y a 30 ans), celle où le temps manque pour ensevelir les morts, est à la fois une expérience d'autrui comme cadavre-potentiel-à-tout-moment, mais aussi, de soi-même comme mêlé-indissociablement-à-la-pourriture des morts. Il y a ensuite des considérations vitalistes (très dans l'air du temps de l'Allemagne de l'époque) sur tous les renouveaux pulsionnels (sur le versant de l'Eros ou de la violence) que cette expérience-là entraîne, mais ce versant m'intéresse moins que l'étape en elle-même de l'immersion dans la puanteur de la mort, c'est-à-dire dans ce que d'habitude la civilisation garde caché (et je pense en écrivant cela à Antigone face au cadavre de son père).

 

On comprend très bien comment après cela l'Europe s'est investie dans une folle inversion des valeurs que décrit Zweig dans ses mémoires (mais on peut aussi songer à l' "âge du jazz de a philosophie" dont parle David Stove). Encore que Zweig n'a pas connue les tranchées, et donc ne peut comprendre la banalisation de la violence fasciste que préparait cette expérience. On peut s'étonner que Jünger ait pu dépasser ce traumatisme par l'écriture (et avec quels mots !) et que cette force de dépassement soit aussi ce qui l'a empêché de tomber dans le nazisme (voir "Les falaises de marbre").

 

Evidemment on ne peut plus entendre grand chose à tout cela aujourd'hui où l'abrutissement de l'espèce ne passe plus par la guerre (puisque le nationalisme a été - provisoirement ? - vaincu) mais par la consommation et les technologies (merci le libéralisme !). J'entendais des journalistes quadras sur France Culture il y a peu dire à peu près n'importe quoi sur la guerre d'Afghanistan. Et je trouve le pire témoignage de l'incapacité de notre époque à comprendre ce que furent nos aïeux dans ce film débile, La Chambre des Officiers, qui met en scène des soi-disant gueules cassées de 14-18, mais en fait de vrais pitres, avec des allures minables de petits maîtres de conf de fac actuels, et des idées minables de petits bourgeois que ni les idéaux (la patrie, le christianisme, le socialisme etc), ni le désarroi devant l'effondrement de ces idéaux n'a jamais touché (puisque le seul malaise de ces petits individiualistes postmodernes tient simplement au fait d'être moche, de ne plus plaire aux femmes et de faire peur à leurs enfants).

 

chreibenBon, nous pourrions encore parler longuement de cela (par exemple de l'Iran, qui, à mon sens, est, comme la Turquie, un pays plus intéressant que le monde arabe car moins obsédé par l'islamisme, vu la sécularisation croissante de la société, avec cette opposition intéressante entre ceux qui vivent avec les cadavres de la guerre, et ceux qui les ont enterrés - mais dont les menaces occidentales ouvrent hélas les tombres). On pourrait aussi parler de Gaza (où là Israël nous parle de frappes "ultra-précises" pour afficher le moins de cadavres et de pourriture possible, mais derrière il y a quand même l'outrage : le chef de guerre tué en pleine trève, le "sous-traitant de la sécurité" éliminé comme il disent dans Haaretz, l'opération politicienne lamentable en période électorale - Ernst Jünger dit quelque part que tuer les êtres est moins grave que de les nier). On pourrait aussi parler, pourquoi pas, de ces trois lettres de Bergson à Deleuze sur lesquelles je tombe par hasard cette nuit. Mais le moment ne s'y prête pas. Une autre fois peut-être.

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Sciences Po

15 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

louis-philippe"Alors qu’une nouvelle page de l’histoire de Sciences Po doit s’ouvrir, nous demandons aux deux présidents, Jean-Claude Casanova et Michel Pébereau, de se retirer tous deux des conseils qu’ils dirigent, l’un depuis 6 ans, l’autre depuis 24 ans. Nous ne nous sentons pas engagés par les résultats du Conseil d’administration de la FNSP et du Conseil de direction de l’IEP de Paris des 29 et 30 octobre 2012 et nous réclamons l’organisation d’une nouvelle procédure de recrutement et d’élection." (extrait d'une pétition en ligne ici)

 

Les orléanistes tombent non à cause des énormités qu'ils profèrent avec suffisance ici ou là (sur les ondes radiophoniques par exemple) depuis des lustres, mais à cause de leur rôle à la tête d'une école de formation des "élites".

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15 avril 1986

15 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Extrait de mon journal le 15 avril 1986 (la faute d'orthographe à "odieux" authentifie le document !)

 

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Opinions

15 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Le fait que l'on ne me demande rien devrait être une raison suffisante pour que je ne dise rien. Et cependant si je devais attendre qu'on me demande quoi que ce soit avant de publier un livre par exemple, je ne publierais jamais rien. Or on ne peut nier que beaucoup de gens trouvent mes publications utiles.

 

Donc pour les quelques personnes qui de temps à autre tapent "delorca" sur Google ou ont mon blog dans leurs favoris et jettent un coup d'oeil à mes textes en se disant "où en est Delorca de ses réflexions ?", voici quelques une de mes réflexions sur les grands sujets du moment, au hasard des mots clés qui me viennent à l'esprit. Bien sûr ce ne sont que des opinions, de la doxa. Faites en ce que vous voulez.

 

Chine : Une nouvelle équipe prend en main le PC chinois. Je m'amuse du décalage entre l'imagerie très sérieuse (en costume sombre) de ce PC et ce que les médias occidentaux voudraient voir. Décalage aussi, sans doute, avec certains aspects "branchés" de la société chinoise (mais qui n'est pas TOUTE la société chinoise). J'ai dit un mot à ce sujet en janvier dernier (cf ici), mon avis n'a pas changé. Je reste favorable à une politique d'échange constructif avec la Chine. C'est un pays au potentiel formidable, mais aussi exposé à de très nombreux risques (crise morale, pénurie d'eau, crise des matières premières etc).

 

Déficits publics : J'attends toujours que l'on m'explique pourquoi avec un PIB bien plus élevé qu'en 1981, un Etat qui a réduit ses effectifs, et des services publics qui marchent moins bien, nous avons 15 points de prélèvements obligatoires en plus. Je veux bien croire que quelques cadeaux faits aux employeurs (10 % du PIB), les abus de certaines corporations (les médecins qui creusent le déficit de la sécurité sociale, les élus locaux qui développent à l'excès leurs administrations) contribuent aux gaspillages. Il y a aussi sans doute beaucoup de professions à observer de plus près (comme le secteur de la grande distribution), et des dépenses à remettre sur la table du débat public (comme celles liées à notre appartenance à l'OTAN). Mais peut-être faut-il aussi remettre à plat beaucoup d'aspects du fonctionnement de l'Etat (par exemple est-on sûr que l'informatisation n'est pas une source de dépenses supplémentaires ? est-on sûr que l'on encourage chez les citoyens un rapport à l'Etat qui soit de nature à en diminuer les dépenses - je pense à cette culture de "consommation des institutions" qu'on voit à l'oeuvre un peu partout). La question de la dette dérive largement de ces problématiques-là.

 

Gaz de schiste : Peut-être est-il trop tôt pour en envisager l'exploitation, puisqu'il semble que l'on n'en maîtrise pas bien les effets dérivés. Faut-il pour autant "vouloir savoir" et propecter pour avoir une cartographie des réserves estimées comme le souhaitait M. Allègre ? Dans un monde libéral où savoir qu'une ressource existe crée des pressions dans le sens de l'exploitation, vu la faiblesse de nos Etats qui ne résistent à aucun lobby, mieux vaut sans doute rester prudent et ne pas trop vouloir connaître nos réserves. M. Rocard n'est pas une homme qui fait autorité à mes yeux. Mais il est clair que si dans 10 ans les techniques sont mieux maîtrisées, et s'il se confirme que nous sommes le "Qatar du gaz de schiste" alors il faudra s'il intéresser de près... et nous n'aurons peut-être plus de problèmes pour payer notre sécurité sociale ou faire face à la dette publique ! (question : aurons nous la sagesse de faire avec le gaz de schiste ce que la Norvège fit avec le pétrole ? Pas sûr... Notamment à cause de l'Union européenne.

 

Qatar : Je souhaite que la France se désengage de son alliance avec le Qatar et même propose un redécoupage du Golfe persique éliminant ces micro-Etats. Mais c'est comme la sortie de la France de l'OTAN ou de l'Union européenne, cela doit se penser dans le cadre d'une stratégie vaste.

 

Ecologie : Je soutiens l'idée d'une réforme globale de la société pour diminuer son consumérisme et l'adapter aux ressources limitées de la planète. Cela suppose un renforcement de l'Etat, et un encadrement ferme du capitalisme. Les Verts ne sont pas à la hauteur de cet enjeu politique. Mamer, Duflot, Gatignon etc le montrent chaque jour.

 

Syrie : Je continue de penser que la France doit rester neutre dans le conflit qui oppose la dictature baasiste (dont l'existence n'est plus adaptée à notre époque, et les islamistes soutenus par la Turquie et les monarchies du Golfe. Il serait souhaitable, comme en Serbie en 1999, qu'une troisième force apparaisse, mais je ne crois pas que les quelques blogueurs et jeunes citadins démocrates que compte encore ce pays puissent offrir une option crédible pour l'heure. Il faut que les Etatst-Unis cessent d'encourager l'opposition armée sur la voie de l'intransigeance. Une solution à la zimbabwéenne serait sans doute un pis-aller, même si elle aurait l'inconvénient de maintenir en place l'appareil du Baas, ce qui n'est certes pas très satisfaisant intellectuellement pour le démocrate que je suis, mais on ne voit pas d'option alternative sérieuse à court terme.

 

Libye : Je n'ai aucune opinion sur la Libye. C'est le fruit de l'absence d'information là dessus. Quel est le poids de l'Etat libyen au dessus des milices, et de créer un semblant de démocratie dans ce pays ? Je l'ignore. J'espère juste que la passion anti-kadhafiste (à certains égards légitime, je pense aux victimes des crimes de guerre kadhafistes à Misrata) des nouvelles autorités, qui les a conduit a emprisonner massivement et sans procès une partie importante de la société libyenne, parvienne à se concilier avec un sens du consensus national et du respect des droits de la défense.

 

Islamophobie : Tout un chacun a le droit d'aimer ou détester l'Islam, le judaïsme, le christianisme, le bouddhisme etc. Il est cependant légitime que si un dixième de la société française est de culture musulmane cela se ressente dans les insititutions, la culture officielle de notre pays : que cet apport soit intégré. D'autant que l'entelacement de la culture française et de l'Islam remonte à plus d'un siècle désormais, et que l'Islam comme institution (pas seulement les individus qui s'en réclamaient) s'est montré loyal à la République française dans les circonstances les plus dures, notamment la guerre de 1914-18 . L'ouverture à la sensibilité musulmane suppose aussi un traitement plus impartial des conflits du Proche-Orient.

 

Eglise catholique : Je suis en désaccord avec les appels lancés à l'Eglise catholique à se réformer. Chaque religion interprète ses textes sacrés comme elle l'entend. Ce n'est pas aux personnalités extérieures qu'il appartient d'émettre des jugements. J'observe que la tradition catholique est riche de divers courants, qui vont de l'extrême gauche à l'extrême droite, tous intéressants à étudier. A titre personnel je préfère que le débat politique se déploie sur la base de discussions rationnelles et non de dogmes religieux, mais chacun est libre dans sa sphère privée de cultiver l'imagerie qu'il souhaite, et il est bon aussi que nos institutions connaissent et reconnaissent ce qui en elles a été influencé par le christianisme, tout comme elles doivent être ouvertes aux autres religions et à l'athéisme.

 

Transhumanisme : C'est un mouvement très divers lui aussi, et souvent caricaturé. Ila  le mérite d'avoir une vision prospective des effets des technologies sur l'humain. La question de la fatigue que l'humanité inspire en nous et de la volonté de la dépasser par la technologie me paraît très sérieuse

 

Humanités : Les humanités doivent être replacées au coeur de notre culture contre le discours des spécialistes. Le goût des belles lettres, du style, mais aussi de l'histoire, du respect de notre passé en l'appréhendant pour ce qu'il est (et non comme une annexe du présent) doivent être remis au goût du jour. Mais il faut éviter que les humanités ne deviennent un réservoir de propos creux et mondains ou d'idées fumeuses comme ce fut le cas par le passé. Un certain encadrement rationnel est nécessaire.

 

Mariage homosexuel : Je trouve absurde la volonté de certains homosexuels d'accéder au mariage, étant moi-même hostile à cette institution. Pour l'éducation des enfants il me semble que la présence d'une figure féminine et d'une fiigure masculine auxquelles l'enfant peut se référer est un facteur important de la construction de soi. Je suis d'ailleurs partisan, au nom du respect de la diversité culturelle, qu'une culture féminine et une culture masculine continuent d'exister dans la société comme sources de valeurs et de références spécifiques, ce qui bien sûr n'empêche pas les individus d'alterner leur adhésion à l'une et à l'autre , voire de les mélanger au gré de leur développement existentiel. Je suis aussi conscient du fait que la culture masculine dans sa version traditionnelle (et ses affinités avec la violence physique dans le cadre patriarcal ancien) doit subir un aggiornamento du reste assez difficile à réaliser dans le détail.

 

Voilà, on pourrait continuer ce petit égrainage pendant quelques heures si le temps pour cela ne faisait défaut...

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L'écriture vagabonde

13 Novembre 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

 C’est amusant et émouvant : une copine qui vient de publier son premier livre chez mon éditeur vit une intense agitation intérieure. De l’ « autocombustion », comme elle dit. Je pense l’avoir un peu apaisée en lui disant qu’un livre publié est une part de nous-mêmes que l’on quitte, qui est achevée, comme une vie qu’on termine,  et qu’on peut désormais contempler tranquillement, parce qu’elle est finie. On peut aussi prendre appui sur elle pour écrire autre chose. En tout  cas elle ne nous appartient plus, et elle trouvera une autre vie chez les autres, sous une autre forme.

 

transnistriecouv.jpgTenez, par exemple j’ai découvert hier qu’un Franc-comtois, me cite dans un de ses récits. Il a traversé l’Europe en vélo jusqu’à Tiraspol, et, pour évoquer son arrivée à la frontière de la Transnistrie, lui vient cette phrase « "Bienvenue au pays des derniers soviets ! " comme l’a écrit Frédéric Delorca en 2007 ». « Voyage officiel au pays des derniers soviets » est  en effet le sous-titre du livre que j’ai écrit il y a cinq ans.

 

Cette évocation de ce cycliste m’a rappelé le temps où Deleuze se réjouissait de recevoir des courriers d’associations de surfers, ou de plieurs d’enveloppes. Il est bon de voir son écriture revivre sous des actes ou sous des latitudes qui n’ont rien à voir avec son propre quotidien. Que mes mots aient dansé dans les rayons des roues de ce voyageur, voilà bien la meilleure aventure qui pouvait leur arriver. Mon année 2007 est morte depuis belle lurette, mais une part d’elle a revécu dans le sillage de la bicyclette de ce Fran-comtois, entre Dniestr et Danube. C’était peut-être la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Et avec elle ont revécu un peu des moments vécus avec  ces gens à Tiraspol, un peu des mots de l’interprète en langue française, et de ma camarade russo-kazakho-transnistrienne à qui j’écris de temps à autre. Ces instants, ces gens, ces situations se sont un peu prolongés dans les initiatives, les rencontres, les audaces et les folies de ce cycliste. Je n’aurai donc pas écrit en vain.

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