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Le blog de Frédéric Delorca

Zorro défiguré

31 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

zorro.jpgJe suis allé voir avec mon fiston un spectacle pour enfants un peu débile au Théâtre des variétés à Paris : Zorro. Que le spectacle sur veuille "actualisé", féministe, dans l'air du temps etc. Pourquoi pas ? Mais qu'il prenne de l'air du temps ses aspects les plus faciles, les plus vulgaires : les clins d'oeil aux grandes séries américaines (et aux grands produits de consommation), un petit libertarisme de bas étage qui ridiculise tout ce qui peut marquer les hiérarchies sociales (le baise-main, le salut militaire etc), et tout ce qui peut élever un peu le coeur et l'esprit (l'esprit de sacrifice de Don Diego de la Vega par exemple) je n'en vois pas trop l'intérêt.

 

La série des années 50 avait un versant libertaire (car la culture américaine a toujours joué sur cette corde pour se diffuser), mais elle ne bradait pas son esprit de rebellion. Elle ne caricaturait pas la société hiérarchique dont Zorro vengeait les injustice, et elle plaçait l'idéal de rébellion au service d'une éthique de la révolte exigeante, pas d'une petit esprit de jouissance consumériste au fond profondément essoufflé.

 

En rentrant chez moi je retournais dans ma tête cet essoufflement de notre société. Les gens n'osent plus avoir une pensée plus haute que l'autre, un mot plus haut que l'autre, un désir ou une colère plus hauts que les autres. Le règne de la fadeur partout (sauf quand les gens se font sauter dans des centres commerciaux, à défaut d'audace dans les mots certains ne savent plus en avoir que dans les gestes). Il semble que tout un chacun se sente si humilié par le système économique et social dans lequel il/elle vit, si rabaissé(e) par lui, qu'il/elle ne voit plus l'intérêt de cultiver une passion personnelle digne de ce nom, un objectif un peu ambitieux. L'idée même d'ambition est devenue risible, dans la soumission comme dans la rébellion. Pour tous il faut seulement vivoter.

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Future brain

28 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

De retour au nord de la Seine, j'ai avancé un peu la rédaction de mon livre de philo. J'ai aussi écrit un billet du blog de l'Atlas alternatif sur la progression de la Turquie dans les Balkans (un mouvement que l'on pressent depuis l'envoi de soldats turcs dans le contingent de la Kfor au Kosovo en 1999).

 

J'ai jeté un coup d'oeil sur l'interview de Jaron lanier dans le journal Le Monde du 22 octobre. On sent bien l'angoisse montante devant le fichage généralisé de tout le monde via les mails et Internet (heureusement révélé par Snowden) et devant l'accaparement d'un savoir gigantesque par les multinationales - ce matin Total qui a appris, on ne sait trop comment, que ma compagne va changer sa chaudière, m'envoie à mon nom (alors que rien n'est à mon nom dans ce domaine en général - qui les a informés ?) une offre d'une générosité qui m'émeut jusqu'aux larmes : on vous offre 50 euros si vous changez votre chaudière auprès de nos services. Ben voyons !

 

don_quichote300.jpg

Chères multinationales, je vous méprise ! Chers fliqueurs, scanneurs, rois du conditionnement, de la manipulation et du marketing, vous ne m'aurez pas. "Future brain, you're getting stronger, but you're to blame 'cause you don't know how stupid you are" comme chantait l'autre. Plus vos ordinateurs engrangent de la médiocrité et l'intègrent à leurs paramètres, moins vous pouvez comprendre ce que je pense, et ce que je recherche, car je puise mon eau à d'autres sources que les vôtres, en dehors de charabia planétaire que les gens produisent à longueur de journée.

 

Une amie m'a un peu peiné hier en me disant : "Quand on lit ton blog on a l'impression d'un type en colère qui distille son venin dans son coin. Alors que quand tu produis des billets vidéos dans ta série 'Association d'idées', on comprend mieux ton regard qui est celui d'un juge qui pèse les arguments à charge et à décharge". Vraiment ? Serais-je plus nuancé seulement à l'oral parce que je manque de temps pour l'écriture ? Allez savoir...

 

Mon associé dans la métaphysique de la vision, et l'ontologie artistique, Guillaume Poli, vient d'obtenir le feu vert d'un site de haute volée pour la publication de ses photos sur l'Abkhazie. Une bien bonne nouvelle.

 

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Deux extraits de mails que j'ai envoyés cette nuit

28 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

A une commentatrice d'un de mes blogs qui faisait l'apologie de "l'empathie humaniste"

 

"Je comprends que vous ayez apprécié mon appel à l'humilité dans mon petit billet sur Schopenhauer de 2007 (merci au passage de l'avoir exhumé, je l'utiliserai pour mon livre d'histoire de la philo, j'en avais oublié l'existence). On ne cesse jamais de se ressourcer dans l'humilité intellectuelle et morale.

 

Cependant il est un point auquel il faut prendre garde : celui du relativisme (ou pire encore de la perte de vue complète de ce qu'il faut faire pour améliorer les choses à force d'être hypnotisé par les souffrances dont on est témoin). Vous disiez récemment que les dirigeants devraient être dans l'humain. C'est exact. Mais l'humain, ne doit pas nous faire perdre de vue (et ne doit pas faire perdre de vue aux dirigeants) les hiérarchies politiques qui s'imposent. Le devoir qui incombe au citoyen à l'égard de son pays et du monde n'est pas seulement un devoir d'empathie, mais aussi un devoir de hiérarchisation des problèmes et des solutions à proposer, ce qui suppose de ne pas tout mettre sur le même plan.

 

Voilà pourquoi par exemple je n'adhère pas aux emballements médiatiques pour tel ou tel malheur particulier d'un individu, ou d'un groupe humain saisi avec empathie, au détriment d'une identification claire de l'agresseur et de l'agressé et d'une réflexion globale sur l'équilibre politique souhaitable pour une région ou pour l'ensemble de la planète. Cette empathie humanitaire nous a déjà menés à provoquer beaucoup de guerres, ne tombons plus dans ce genre de facilité."

 

A un élu communiste d'une grande ville :

 

" Je pense qu'il serait intéressant qu'un jour le PCF ajoute à son programme municipal un point en faveur d'une coopération décentralisée résolument tournée vers la paix dans le monde, incluant, outre la coopération avec la Chine qui existe déjà, une politique de solidarité avec les pays émergents  du groupe des Brics (Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique de Sud), et des gestes symboliques forts dans la politique culturelle en direction de zones de conflit ouvert (Proche-Orient, Grands lacs africains), de conflits gelés (Moldavie, Caucase) ou même de conflits potentiels. Ce genre de politique, sans nécessairement présenter un coût financier, aiderait à la prise de conscience citoyenne de la place de nos villes dans l'espace mondialisé, et de la responsabilité de tout un chacun dans le développement harmonieux de l'humanité." 

 

 

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De Finibus (1)

25 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

P1010391.JPGEn Béarn, je m'asseois sur un lit, et ouvre au hasard "Des termes extrêmes des biens et des maux, tome 2" (De Finibus bonorum et malorum) de Ciceron (titre qui plagie le Peri Telos de Chrysippe paraît-il). Je tombe sur le morceau où il dit que de passage à Metaponte avec Pison (livre V,II,4), il "n'avait pas voulu descendre chez son hôte sans avoir vu l'endroit où Pythagore avait rendu le dernier soupir et vu le siège où il s'asseyait".

 

Bel exemple de pietas intellectuelle (comme celle de Stefan Zweig, sauf que Zweig dans ses écrits s'excuse presque de ce genre de fétichisme), et une preuve de plus de l'importance de Pythagore dans l'histoire dela pensée occidentale. Ce livre un ami me l'avait offert en 1994 quand je bossais à Madrid, mais je ne l'ai jamais ouvert. Un certain snobbisme philosophique nous faisait snobber Cicéron comme simple plagiaire des Grecs à l'époque (mais forumaujourd'hui nous sommes si en deça des Grecs et des Latins qu'on ne peut que rougir devant la grandeur de cet auteur qui à l'époque nous semblait risible. Ce livre, "Des termes extrêmes" est un peu étrange, inspiré de Platon dans la forme (comme tant de travaux philosophiques). Je trouve amusante l'idée de mettre en scène ses amis. Là c'est Marcus Pison, Quintus Tullius (frère de l'auteur), l'épicurien Titus Pomponius Atticus, l'auteur lui-même et Lucius Cicéron son cousin qui sont campés dans les jardins de l'Académie à Athènes.

 

Ce livre eut un succès énorme jusqu'à Montesquieu qui renonça à écrire un traité de morale estimant qu'il ne pouvait pas rivaliser avec cet ouvrage de Cicéron. Celui-ci l'a écrit l'année de la mort de Caton d'Utique en pleine défaite des pompéiens. Il est moins tardif donc que le De Officiis qui m'avait beaucoup impressionné (pas seulement pour son bel hommage à Marseille). J'espère en parler un peu plus sur ce blog ultérieurement...

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Imago mundi

23 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Ecrire pour qui pour quoi

magasin.jpgL'image a une valeur très importante, pour nous primates dont 80 % de l'information sensorielle cérébrale provient de la vue. Une image arrêtée peut condenser une univers entiers, un ensemble de rapports et de rapports de rapports comme disaient les structuralistes (mais chassez vite la référence structuraliste de vos esprits, ce n'était qu'un clin d'oeil humoristique).Elle peut même prendre vie (songez aux travaux de cet anthropologue sur la hantise de l'Afrique du Nord depuis le néolithique de voir les images s'animer, bien avant Galatée).

 

D'où la nécessité qu'il y en ait peu. Notre société démultiplie l'image, comme elle démultiplie l'offre de nourriture, l'offre sexuelle etc. Tout se dénature en se démultipliant.

 

creation.jpg

L'image peinte ou dessinée a une valeur subjective, charnelle. C'est une main d'os, de muscle, de sang qui l'a composée, c'est un cerveau. Elle est le réel, et autre chose : un regard sur le réel. C'est moins évident avec la photographie, où la médiation de le machine est très (trop ?) présente. Et cependant l'assistance de la machine (qui se vérifie aussi de plus en plus dans les autres arts) aide encore à saisir autre chose du réel que l'oeil du peintre. La froideur de la machine, sa "neutralité", son extranéité en tout cas, apportent une "information" supplémentaire sur ce que le monde offre, sur la façon dont on peut le voir.

 

Une image peut être un support extraordinaire de réflexion, de rêverie, de méditation (faut-il oser le mot ?), et soutenir une sorte de mysticisme laïque auquel, malgré tout, je tiens (et qui n'est pas antagonique de la rationalité scientifique, bien au contraire). On me propose de travailler avec de la photo, sur de la photo, et avec le talent (ou le génie, qui sait ?) d'un homme qui a un sixième sens pour ça. Je suis partant. Bourdieu a fait de la photo, Pasolini aussi. J'en ai glissé quelques une (purement informatives, sans visée artistique) dans mon livre sur la Transnistrie naguère. Mon "oui dyonisiaque" à la photographie, pour parodier Nietzsche, ne sera pas un "yes we can", ni un "yes we scan" (comme disent en ce moment les amis de Snowden). Ce sera un choix de rependre le chemin "malgré tout".

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Association d'idées n°2

22 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Association d'idées

Travail éditorial, espionnage américain, l'occidentalité de la France, l'avenir des USA, le gaz de schiste,  "Le Paradoxe de l'hippocampe".

 

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Association d'idées n°1

20 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Association d'idées

Chateaubriand, Bonaparte et Les Pestiférés de Jaffa , l'idéal, national narratives, Djibouti et les dictatures, Pasolini, les derniers sujets du blog
 
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Ana Pauker

19 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

l_nine.jpgLe chercheur roumain psychanalyste Radu Clit dans son essai sur la sexualité collective (aux éditions du Cygne) reproduit certaines erreurs classiques sur Aleksandra Kollontaï qu'il emprunte directement à Judith Stora-Sandor (sur le mythe de la "première femme ambassadeur", le silence sur son passé menchévik etc, voir mes précédents billets ici et ).On y trouve aussi malheureusement des erreurs historiques et des approximations sur les phénomènes qu'il décrit (le plus souvent à partir de sources de seconde main) comme par exemple quand il prétend que la répression politique commence seulement sous Staline (et pas sous Lénine) et n'est donc pas contemporaine de la libération sexuelle en Russie, et une survalorisation excessive du livre du sexologue Mikhaïl Stern (1979) sur la vie sexuelle en URSS (on ne peut pas se satisfaire des mémoires d'un sexologue - nécessairement plus attiré par la pathologie que par la norme statistique - pour décrire une société). De ce point de vue là on baigne souvent dans la même gratuité  qu'avec les errances de Devereux dont j'ai déjà parlé ici.

 

Cependant le grand mérite peut-être de la première partie de son livre est qu'elle exhume un personnage intéressant du monde communiste dont je n'avais jamais entendu parler, la roumaine stalinienne Ana Pauker qui fut ministre des affaires étrangères. Il souligne chez elle le goût pour les tenues bourgeoises (comme Aleksandra Kollontaï, mais Clit à cause de l'écran de Stora-Sandor ne peut pas le savoir) et surtout pour les jeunes hommes à l'approche de ses 60 ans (ce qui ne figure pas dans la fiche Wikipedia, dommage...). Je ne comprends pas l'obstination de M. Clit à interpréter ce côté "cougar" (hormonalement explicable) en termes de "tentation de l'inceste", si ce n'est par le puritanisme excessif de la psychanalyse et son refus obstiné de s'intéresser aux neurosciences et à la biologie.

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Trois causes minoritaires

18 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

goya.jpgJe continue à m'intéresser aux causes un peu minoritaires en ce moment, tout en déplorant de ne pas avoir assez de supporters pour donner une consistance à ces causes (sous la forme de déplacement dans les pays concernés, d'organisation de réseaux de solidarité etc).

 

Par exemple le sultanat de Sulu aux Philippines qui lors de la Fête du mouton il y a quelques jours a fait savoir qu'il maintenait ses revendications sur la province de Sabah en Malaisie.

 

Par exemple l'opposition anti-bachariste non-djihadiste en Syrie (principalement l'ASL). Tout est confus dans cette affaire, on ne sait plus trop ce que ce mouvement représente encore sur le terrain. Ils se sont  réunis à l'Assemblée nationale française le 1er octobre dernier en présence d'Elisabeth Guigou qui a assommé l'auditoire qui a assommé le public avec une introduction au débat, limitant la voix de l'opposition à la portion congrue. Stefan Bekier, militant du mouvement de la Gauche anticapitaliste au sein du Front de gauche en a parlé ici. Ils réclament des armes à aris, l'écologiste Noel Mamère et le socialiste Philippe Baumel les soutiennent. Je préfère le régime de Bachar El-Assad aux djihadiste, mais je préfèrerais une démocratie née du compromis entre les bacharistes et l'ASL à la disparition pure et simple de l'ASL qui laisserait les coudées trop franches au clan Assad...

 

Un ami m'écrit tantôt et me dit que les partisans de Gbagbo se sont "gauchisés" depuis le "transfert" de leur chef à la Cour pénale internationale. C'est peut-être pourquoi Mélenchon avait à ce moment-là dit un mot aimable sur eux. Alain Toussaint, ancien conseiller du président renversé, tient dans Algérie patriotique (voir ici ou , ce site quand même a le défaut de donner la parole à des gens peu recommandables comme Meyssan - méfiance...) est très pro-BRICS et très partisan de la coopération Sud-Sud.Cette conversion au tiers-mondisme est à saluer...

 

Voilà des sujets à ne pas perdre de vue dans les semaines qui viennent.

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La situation du Front de Gauche, la politique de M. Valls

15 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Parmi tous les lecteurs de ce blog, il y en a tous les jours 30 qui y accèdent directement, en tant qu'abonnés ou parce qu'ils ont ce blog dans leurs signets. Lesquels parmi ces 30 reviennent tous les jours ? je ne sais pas. Si tous les jours ce sont les mêmes, j'ai 30 lecteurs fidèles. Si ce ne sont pas les mêmes, on peut dire que 40 à 200 personnes visitent ce blog pour ce qu'il est (et non pas parce qu'ils recherchent tel ou tel mont clé). Ajoutons à cette fourchette 30 % de gens qui y accèdent via mon profil Facebook (et je ne fournis aucun effort pour me faire connaître au delà, car je ne cherche pas à me vendre).

 

L'existence de ce petit public de quelques dizaines de personnes, dont je ne sais pas trop quels textes ou quels livres ils ont lus de moi, ni comment il les ont reçus, m'oblige à publier de temps en temps des petits billets d'analyse politique. Non pas parce que je serais un spécialiste ou parce que j'aurais des responsabilités politiques quelque part (je n'ai plus d'action politique dans la "vraie vie", depuis que j'ai quitté Brosseville), mais parce qu'un citoyen doit faire connaître ses opinions politiques à ceux qui s'intéressent à ce qu'il a dans la tête. La démocratie suppose cet effort de communication des opinions. Un effort qui peut fatiguer celui qui donne son opinion comme ceux qui l'entendent (et je crois que l'Athènes du Ve siècle avant JC devait être une ville très fatigante, heureusement que le théâtre la divertissait un peu), mais sans lequel il n'y a pas de démocratie véritable, vivante.

 

Je vais donc aujourd'hui prendre une heure sur mon quotidien (comme je l'ai souvent fait), pour faire une présentation de mon point de vue politique sur certaines questions du moment, qui agitent la société française. Je ne vais pas produire ici un discours de spécialiste, ce que ne peut et ne doit jamais être un citoyen (comment serait-on spécialiste de tous les sujets que la situation de la cité met en jeu ?). Juste le propos de quelqu'un qui essaie de lire un peu, qui retient plutôt bien, et depuis longtemps (le début de mes lectures politiques date de 1981), qui essaie de structurer par l'écriture un point de vue cohérent.

 

1majmumbai.jpgJ'écoutais ce matin le discours de clôture de Jean-Luc Mélenchon à la récente convention de son parti à Clermont-Ferrand. Vous savez qu'en 2012 j'ai soutenu la candidature cet homme, tout en gardant beaucoup de réserves à son égard (et mes réserves ont encore augmenté depuis lors). Je n'encourage pas mes lecteurs à entendre ce discours un peu long, mais puisque ma journée a commencé en l'écoutant (en même temps que je travaillais sur mes dossiers), et puisque j'ai signé il ya dix ans (il en reste la trace sur Internet), une pétition pour la constitution d'un Front de gauche, puisque j'ai écrit un "Programme pour une gauche française décomplexée", puisque j'ai dirigé un Atlas alternatif, puisque j'ai bossé pour une mairesse Front de gauche, puisque puisque puisque... pourquoi ne pas parler du Front de gauche en premier ?

 

Je suis plus écrivain qu'activiste. Récemment je voulais écrire un livre sur le Sri Lanka. J'ai écrit à un diplomate sri-lankais marxiste de mes connaissances pour mettre en route la machine de ce livre, il m'a renvoyé à un sien camarade syndicaliste français censé me "coacher" sur ce pays, et j'ai refusé. Tout mon rapport à la gauche de la gauche est ainsi. Je suis trop individualiste pour accepter de tomber sous la coupe de leurs petits chefs, mais je continue à faire avancer ma pensée à leur proximité. Cette position un peu étrange me rend parfois à même de garder un point de vue frais, indépendant et sans tabou sur ce courant politique (comme sur les autres). Il me permet parfois d'en savoir plus que le "Français moyen" (horrible expression) sur son évolution. Parfois toutefois, du fait de mon indépendance, il me manque beaucoup d'informations que des militants plus impliqués que moi peuvent avoir.

 

D'après ce que j'entrevois donc - et disons tout cela avec beaucoup de prudence - le Front de gauche traverse une crise aujourd'hui sur laquelle il faut dire un mot. La crise est inhérente au système politique qui, aux législatives notamment, met en valeur les grands partis. Le Parti communiste, troisième parti de France pour le nombre de ses élus (comme pour le Parti radical socialiste sa représentation n'est pas proportionnelle à son poids réel dans l'électorat) a besoin du Parti socialiste pour continuer d'exister. Que fait-il de ses élus ? on peut en discuter. Est-il utile qu'il en ait autant ? Est-il utile que tel adjoint communiste à la jeunesse, au logement, à l'éducation, au jour le jour, dans les mairies socialistes se dépense pour grapiller des avantages pour telle catégorie de la population défavorisée ? On peut en discuter à l'infini : un adjoint communiste est-il plus proche des pauvres qu'un élu UMP catho ou qu'un socialiste honnête ? On peut supposer qu'il y a plus de gens qui ont la "fibre sociale" au PCF qu'à l'UMP malgré tout, mais une étude sociologique sur le sujet serait utile pour le vérifier. A supposer l'existence de cette "fibre sociale" établie (et on la vérifie dans des villes dirigées par le PCF comme Nanterre, Tremblay etc), est-elle utile à la République ? Je pense que oui. Elle amortit les effets nocifs du capitalisme. Les révolutionnaires intransigeants diront qu'elle ralentit l'avènement de la révolution. Mais la misère menant plus souvent au fascisme et à la guerre civile j'aurais tendance à penser que le "matelas" social des élus communistes dans les municipalités est utile au bien commun.

 

Je peux aussi témoigner que, n'en déplaise à l'extrême droite qui accuse le PCF d'avoir trahi la cause anti-impérialiste, les élus communistes sont aussi utiles sur le plan international. J'attire parfois l'attention sur ce blog sur les interventions de tel ou tel député communiste sur la Palestine, leur vote contre la guerre en Libye etc. Il y a peu, un adjoint communiste d'un maire socialiste d'une grande ville m'a expliqué que ses camarades sont intervenus auprès du maire pour empêcher que le drapeau tibétain flotte au balcon de la mairie. Vous me direz que certains élus UMP façon Raffarin auraient été capables de cela aussi. Mais les élus PCF le font au nom d'une certaine vision de la paix dans le monde (du refus de la confrontation avec la Chine) qui les honore. Il est vrai que cet adjoint était un lecteur du blog de l'Atlas alternatif, mais j'ose espérer que d'autres élus communistes qui ne lisent pas ce blog en sont capables.

 

J'écris cela, je le répète, à partir de mon point de vue, qui ne dépend que des valeurs que je défends depuis plusieurs lustres, et sans rien devoir au PCF ni en être membre. Mon éloge du rôle des élus communiste doit maintenant être tempéré par cette question grave : leur projet de liste unique avec le PS (un PS prêt à s'allier au Modem dans certains endroits) pour sauver leur représentation dans certaines villes ne vat-il pas en faire des faire-valoir d'un parti fondamentalement rallié à la dictature du capitalisme international ? Le PC-faire-valoir du PS, comme l'aile gauche du PS (Filloche) faire-valoir de son aile droite. Voilà une question épineuse. Le PC dira "pas faire valoir mais contrepoids". Tout comme l'aile droite du PS dira qu'elle est le contrepoids de l'UMP. Où placer le curseur ? Les collaborationnistes modérés en 1940 étaient des contrepoids aux collaborationnistes extrêmes...

 

Personnellement je pense qu'il n'est pas raisonnable de vouloir jouer excessivement les contrepoids et qu'au jour d'aujourd'hui, le PCF ferait mieux de sacrifier sa représentation à Paris et Marseille (et même sacrifier certains de ses députés, puisque M. Valls manie le ciseau dans les circonscriptions) que de se lier pour longtemps à un PS aussi arrogant que lâche et stupide, et donc il devrait refuser de faire liste commune avec lui dans ces deux villes.

 

Mais je comprends qu'il s'agisse là d'un choix délicat pour lui, car son compagnon du Front de Gauche, le PG, n'est pas commode. Est-ce vrai ou non, mais on lisait récemment que le PG voulait avoir la moitié des élus du Front de Gauche au Conseil de Paris. La moitié, pour un si petit parti. Leur représentant interrogé là dessus a noyé le poisson en répliquant que de toute façon dès lors qu'il n'y avait pas d'accord politique sur la question de l'alliance avec le PS, les négociations ont pris fin et l'on ne saurait jamais ce que les négociations auraient donné. Il n'empêche que les appétits du PG sont déraisonnables. Partir avec des exigences si élevées, même en début de négociation, n'est pas normal, alors que ce parti a déjà obtenu beaucoup de cadeaux du PCF les années précédentes.

 

Mais on voit bien ce qui fait du PG un partenaires incommode et peut-être nuisible. Au delà de ses appétits excessifs en termes d'élus, il y a toute cette rhétorique mélenchonnesque qui tourne à vide. J'en ai dénoncé les excès sur l'Allemagne. Que dire encore de l'invocation de Marat par Mélenchon dans le discours ci-dessous ? Je crois qu'on ne devrait jamais se réclamer du jacobinisme de 1792 sans émettre à chaque fois aussi une réserve sur ses crimes. Il ne faut pas banaliser la violence dans l'espace politique lorsque cela n'est pas nécessaire. Veut-on la guillottine aujourd'hui ? Si nous ne la voulons pas, alors il faut nuancer tout éloge de Marat ou de Robespierre (je pourrais à ce sujet préciser ma position sur la Corée du Nord qui pose les mêmes questions, et sur laquelle un ami m'a interrogé hier, dommage que je n'en aie pas le temps ce matin, comme je pourrais la préciser sur cet hystrion de Slavoj Zizek, une autre fois peut-être).

 

Et puis il y a cet obscurantisme du PG sur l'écologie. Le PG a eu raison de se convertir à l'environnementalisme, mais il le fait aujourd'hui avec excès (en partie aux fins stratégiques de s'unir aux Verts). Un très grand flou entoure son rapport à la modernité technologique par delà ses imprécations justifiées sur certains crimes du capitalisme. Comme les Verts ce parti a vraiment besoin d'une réflexion sereine sur le modèle de société dont il rêve. Les écologistes se sont battus pour réintégrer le loup en France. Le voilà aujourd'hui à 200 km de Paris. Je ne vois pas du tout l'intérêt de cette régression (et pourrais faire le même diagnostic sur l'ours dans mes chères Pyrénées). Ce n'est pas purement anecdotique : beaucoup d'avancées dans la recherche et dans l'organisation de nos sociétés seraient purement stoppées si l'on appliquait le programme écologiste à la lettre. Je suis le premier à vanter les valeurs anciennes de la culture, du raffinement intellectuel et éthique, contre l'obsession de l'accumulation matérielle. Mais prenons garde à ne pas paralyser l'humanité dans une nouvelle forme de bureaucratisme écologique stupide qui n'aurait rien à envier à l'ineptie de l'URSS finissante (URSS qui, comme je l'ai souvent dit, n'avait pas que des défauts, mais en avait de lourds quand même). Au nom de cet esprit de surenchère et de désordre qui le caractérise en matière d'écologie comme dans d'autres domaines, le PG dans la charmante ville de Dieppe présentera un candidat contre le maire sortant communiste qui n'était pourtant pas allié au PS, allez comprendre...

 

Ainsi donc je vois le Front de gauche pris au piège à la fois du système de nos institutions, et de ses contradictions idéologiques (deux dimensions qui intéragissent entre elles), ce qui ne rend pas optimiste, et fait comprendre la volonté des Français de rêver d'une politique plus pragmatique, moins emprisonnée dans l'idéologie (à condition que le pragmatisme ne mène pas à la confusion généralisée. Tout cela est bien dommage, mais au fond ce n'était pas très surprenant (voyez certaines de mes remarques à ce sujet dans mes livres). Cela dit l'histoire n'est pas écrite une fois pour toutes, et le Front de gauche se reconstruira peut-être pour 2017 ou plus tard (puisque cela semble rapé pour les Européennes).

 

Comme l'heure que je m'accordais aujourd'hui pour le commentaire est terminée, je ne peux dire qu'un mot de M. Valls, notre ministre de l'intérieur. Les ministre de l'intérieur dans les gouvernements socialistes n'ont jamais eu le beau rôle. Voyez Jules Moch jadis. Peut-être M. Valls en fait-il trop. Mais il est vrai que la situation n'est pas simple. Le démantèlement du régime libyen de Kadhafi par M. Sarkozy a créé une faille énorme entre l'Europe et l'Afrique, administrée par des brigands parfois repeints aux couleurs d'Al Qaida (voyez le témoignage de Samuel Laurent sur les barques des ports libyens aux mains des islamistes) qui font du trafic d'immigrés comme ils en font des stupéfiants, des prostituées, des armes et de tout ce qui rapporte. Cette même politique a livré les arsenaux d'armes de Kadhafi à toutes les bandes terroristes qui sévissent de la Mauritanie au Nigéria et jusqu'en Somalie. Et nos politiques libérales détruisent l'agriculture et la pêche africaines. La répression devient la seule issue (et je désapprouve le Front de gauche qui demande qu'on assouplisse les règles d'immigration en Europe, cela ne servirait à rien). Alors bien sûr après il y a l'art et la manière de le faire. Bien sûr renvoyer dans leur pays des enfants de 16 ans cueillies dans leur sorties scolaires est pour le moins déplacé. Mais le problème est surtout qu'il faudrait que la gauche française fasse confiance à la gauche africaine pour construire des alternatives, et se batte avec elle contre le capitalisme mondialisé. Au lieu de cela on baillonne Aminata Traore...

 

L'autre grief adressé à M. Valls porte sur les Roms. Peut-être oui une population hantée par la peur du déclin (le peuple français), est-elle plus sensible au vol des plaques d'égoûts et des installations de chemins de fer qu'une population bien portante. Peut-être oui ne sont-ils que 17 000 et que beaucoup parmi eux feraient plus d'efforts d'intégration si l'on investissait de l'argent là dedans (il paraît qu'il existe une ligne de crédit pour cela totalement sousemployée au niiveau des technostructures européennes). D'un autre côté le volontarisme communiste en Roumanie et franquiste en Espagne dans les années 1960-70 - dans un contexte pourtant de croissance et de logement à bas prix - a échoué à stabiliser ceux d'entre eux qui tiennent à leur tradition nomade. Fournir un effort d'intégration il le faut, minimiser les problèmes et renoncer à la répression serait excessif et ferait le jeu de l'extrême droite (dont les médias font tant la publicité depuis de récentes élections cantonales partielles, je m'en abstriendrai donc).

 

Je ne prétends évidemment pas être très au fait de cette dernière question (reprenons à ce propos mes avertissements du début de ce billet), et j'invite mes lecteurs à contre-argumenter (sans invectives inutiles) au besoin dans la rubrique "commentaire" de ce blog. Mais il me semble qu'un devoir de réalisme s'impose.

 

Il n'est pas absurde que la soumission des peuples européens à la dictature des banques, à la délocalisation des industries (et cela frappe très durement aussi l'Europe de l'Est) crée des difficultés nouvelles dans les populations vulnérables, conduisant notamment les Roms à migrer davantage, et les opposant ainsi aux franges les plus fragilisées de la société française. Dans l'absolu la solution tiendrait dans la restauration du pouvoir des Etats (à condition de ne pas déboucher sur des bureaucraties idiotes, ce qui n'est pas gagné d'avance, la vigilance des citoyens doit y pallier), la liquidation de certaines technostructures purement affiliées aux pouvoirs financiers comme la commission européenne, la responsabilisation des dominés partout, leur mobilisation pour soutenir cette restauration étatique. Mais tant qu'on ne peut pas faire tout cela, les larmes de crocodiles versées sur le volet répressif me paraissent assez stériles...

 

 

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Breathtaking

12 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

chateaubriandJe lis le tome 2 des Mémoires d'Outre-tombe. Toute cette fulgurance de Chateaubriand sur le Paris post-révolutionnaire, Bonaparte forçant les jacobins à se renier en les couvrant d'honneurs. Je regarde les clichés de Guillaume Poli sur l'Abkhazie, tous surpenants, pénétrants, transfigurants. Je ne sais pas si Chateaubriand est le Guillaume Poli de la France consulaire, ou Guillaume Poli le Chateaubriand de l'Abkhazie. Métaphysique de l'écriture, métaphysique de la photographie. Toujours des arrêts sur images, fascinants. Des condensations qui vous coupent le souffle.

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Un bus béarnais à Pancevo

11 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn

La République des Pyrénées, journal palois, aujourd'hui s'amuse de trouver un bus du réseau de Pau à Pancevo (Serbie). Elle remarque que "contrairement à ce qui prévaut habituellement, la signalétique des bus n'a pas été modifiée en Serbie. STAP et Idelis s'affichent toujours, dans leurs couleurs, sur les flancs des véhicules. Et, encore plus étonnant, le bandeau "Je ne prends pas de passagers" continue de dérouler, en français, au-dessus du pare-brise...".

1couv_montagnes-copie-1.jpgL'Europe de l'Est reçoit tous nos équipements d'occasions (transport urbain, matériel agricole).

Concernant Pancevo (70 000 habitants), la ville a aussi deux autres particularités : l'OTAN a bombardé sans vergogne son complexe pétrochimique en 1999 au mépris de la santé de ses habitants, et US Steel a longuement asphyxié sa population dans les années 2000 comme l'a noté le journal Libération en 2007 (pas de chance : ils envisagent maintenant de quitter les Balkans et délocaliser en Asie, bien que le gouvernement généreusement en 2011 ait baissé sa taxe sur le droit à polluer). Le Béarn, qui fabrique des bérets pour les troupes de l'OTAN, forme les parachutistes français, et accueille des "Davos de l'armement" devrait aussi s'intéresser à ces "détails" là...

 

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Nostalgies

8 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le quotidien

Un type disait sur la radio "Le Mouv" il y a peu (émission "Le pitch") que la nostalgie avait pris de l'ampleur aujourd'hui parce que la technologie d'Internet permet de regarder des vieilleries sans avoir à se justifier auprès de sa génération de le faire. Allez savoir.

 

J'avoue aimer moi-même retrouver des tas de vieilleries non seulement de ma jeunesse, mais aussi de celle de mes parents (comme la chanson "Fais moi du coucous chéri" qui correspondait aux 26 ans de mon père). Pour autant je ne parviens pas à aimer ce Paris bourré d'anecdotes, de bizarrerie et de liberté; que raconte Soupault dans l'interview dont je vous parlais il y a peu. Peut-être parce que pour le Béarnais que je suis Paris aura toujours été une ville un peu colonisatrice, et une ville trop "urbaine", pas assez rurale, pas assez montagneuse, pas assez "bête" non plus. Même le "titi parisien" avec son culot et sa roublardise nous a toujours fait peur, et la ville ne m'a intéressé que pour son intelligentsia (le quartier latin) et ses structures étatiques à conquérir (du temps où l'Etat avait un sens).

 

Je disais donc que j'étais dans les vieilleries aujourd'hui. Après un délicieux détour en train par l'Ile de France à midi, j'ai retouvé ma chambre en province et vainement tenté de chanter Rana en turc. Je me suis fait rire moi-même devant mon incompétence dans cette langue pourtant si fascinante à mon oreille ! J'étais plus doué avec les paroles d'Ajde Jano il y a quelques années (le aquerras mountanhas des Serbes). Puis de fil en aiguille j'ai écouté le Felicita italien de mes 12 ans, pour atterrir sur le Apsua çara des Abkhazes cet air entêtant dont je vous ai déjà narré les connotations tragiques (voyez en minute 2'15 de cette video).

 

Comme elle dansait bien la représentante du Comité pour la paix de Saint-Petersbourg sur cette musique ! Seul souvenir un peu dionysiaque d'un weekend de contrôle électoral bien austère. Mon camarade photographe Guillaume Poli en est revenu avant hier. Je ne crois pas qu'il y ait trouvé Dionysos non plus (oh, il faudrait que je vous retrouve un jour un passage de la Vie d'Apollonios de Tyane sur la Montagne de Dionysos "au delà du Caucase" !), plutôt la ferveur des moines de Nouvel Athos. Une autre forme d'intensité...

 

 

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Que faire des outsiders ?

7 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Je repensais ce soir à cette prof de socio bourdieusienne qui me disait en 2007 ou 2008 qu'elle avait du mal à enseigner Bourdieu aux élèves des classes populaires qu'elle avait parce que les Bourdieu les obligeait à voir leurs handicaps sociaux en face et que cela les déprimait.

 

Grave problème de philosophie politique : que faire des outsiders, des opprimés, des faibles, des demi-habiles et pas habiles du tout - catégorie dans laquelle je me place bien volontiers ? Je ne parle pas de ceux qui se sont résignés, qui jouent à la pétanque du matin au soir et qui faisaient la joie des enquêtes de Pierre Sansot, ni, a fortiori, des paysans philippins dont le souci principal reste de ne pas crever de faim ou de maladie avant 40 ans. Non je parle de l'outsider qui voudrait encore monter plus haut, exister sur une scène plus vaste en ce bas-monde, alors que beaucoup de choses sont verrouillées dans son parcours scolaire et ailleurs...

 

Du point de vue conservateur l'outsider est forcément un mec à problème, un type qui ne tiendra pas la route sur le long terme, parce qu'il sera rattrappé par des effets "singe de Cléopâtre", par ses passions, par le petit frère dealer comme Rachida Dati, bref, un mec à qui on ne peut confier les clés de la "Res-publica" ni d'un appartement à louer. Pour le révolutionnaire, il est l'homo novus, celui qui n'a rien à perdre et qui renversera le jeu, qui brisera la loi du mensonge. Pour le réformateur "éclairé", c'est l'homme imprévisible, donc potentiellement dangereux, qu'il faut juste canaliser, auquel il faut donner sa chance, par l'école notamment, car on le juge quand même moins bête que ne le pensent les conservateurs mais en le regardant du coin de l'oeil, et en l'entourant de beaucoup de paternalisme.

 

Je me demande si le brave bourgeois de province qui m'a traité de "français moyen pro-serbe" l'autre fois (voir un billet d'il y a quinze jours je crois) est "l'outsider" de quelqu'un. Je l'entends en tout cas régulièrement répéter bêtement ce qu'il lit dans Le Monde en prenant des grands airs sur toutes sortes de sujets qu'il ne connaît pas (y compris les rythmes scolaires alors qu'il n'a pas d'enfants). J'avais oublié que ce journal pouvait être encore une Bible, et son contenu un signe extérieur d'appartenance à une classe dominante. Dominant-dominé. Ce gars, fonctionnaire, énarque rentré par la petite porte, est pourtant très loin des cadres sup' des multinationales du quartier de la Défense qui prennent l'Etat pour un gadget. Où sont les vrais males (ou femelles) alpha dans ce système ? Bourdieu avait raison aussi sur un point : les structures de la société sont une malédiction...

 

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Interview de Philippe Soupault, et un mot sur Eisenstein

6 Octobre 2013 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

Dans la série "mieux vaut le contact avec les grands auteurs qu'avec d'obscurs commentateurs", je vous recommande cette interview ci-dessous de Soupault en 1982 sur les surréalistes. Je viens de la découvrir. J'avais aimé ce que Maurice Nadeau m'avait fait voir de leurs provocations et de leurs combats politiques. Dans le témoignage de Soupault cela sonne plus vrai et plus subtil. Il est difficile de ne pas se laisser convaincre par sa haine de Cocteau et de Dali (que personnellement je détestais déjà pour sa complicité avec Franco, comme je déteste Sollers et Kristeva pour avoir béni nos bombes en 1999). Ses anecdotes sont délicieuses aussi. On notera que selon mon habitude je suis plus sensible à l'enjeu éthique du surréalisme qu'à son esthétique (ce qui ne m'empêche pas d'apprécier des poêmes de Michaux ou des tableaux de Ernst), mais je tiens à maintenir l'éthique, le Bien, au centre de ma philosophie, tout en soutenant qu'il est indissociable du Vrai et du Beau. En vertu de cette échelle de valeurs, je reste très réservé sur ce que Soupault décrit comme le coeur du surréalisme, qui est l'écriture automatique, qui ouvre la porte à des dérives sectaires comme tout pari excessif sur l'inconscient (et le mouvement lui-même ne fut pas exempt de ces dérives), mais le geste de révolte au coeur du surréalisme, dans sa visée poétique autant que politique, doit rester une source d'inspiration pour nous tous.
 
 
 
Je vous renvoie à part cela à ce que j'ai dit sur ce blog à propos de Bunuel (vous pouvez le retrouver dans la rubrique recherche par mot clé). Vendredi soir je suis allé voir "Octobre" d'Einsenstein, film magnifique. Le renversement de la statue d'Alexandre III semble avoir directement inspiré (par télépathie ?) la mise en scène américaine autour de la statue de Saddam Hussein en 2013. Le travail d'Eisenstein sur les détails est fascinant. Le film est un très bon boulot de pédagogie populaire (d'une clarté limpide) en même temps qu'une excellente recherche esthétique. Le sommet de l'art de la propagande, qui, en outre, montre quoi qu'il en soit quelque chose de très vrai sur la justice du combat bolchévique à l'époque (le cheval suspendu au pont de Petrograd dit très bien l'injustice que le bolchévisme devait réparer). D'un bout à l'autre je n'ai pas perdu de vue la phrase de Russell (qui avait rencontré le gouvernement communiste à Moscou) sur l'intolérance des léninistes comparable à celle "des chrétiens après la répression de Dioclétien" Mais "Octobre" fait ressentir la nécessité presque au sens stoïcien de la révolution bolchévique, à l'époque, dans ce pays. J'ai aussi songé à ce que Deleuze disait dans l'abécédaire sur la glaciation du cinéma soviétique après Eisenstein, et enfin on peut penser ce matin au mot de Breton repris par Soupault ci-dessus sur la révolution russe "simple changement de conseil des ministres", mais ça c'est une autre affaire...
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