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Le blog de Frédéric Delorca

Commémoration de l'assassinat de François-Ferdinand, archiduc d'Autriche

29 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

visegradJe désapprouve bien sûr les commémorations de l'attentat de Sarajevo de 1914 qui sont une réhabilitation de l'empire des Habsbourg et déplore la participation des autorités françaises à ce spectacle de pantomime aux côtés de l'histrion Bernard-Henry Lévy. Quiconque connaît un peu l'histoire sait que personne parmi les progressistes n'a jamais éprouvé la moindre nostalgie de l'Empire austro-hongrois à sa chute, et même un esprit progressiste mais aussi peu combattif que Stefan Zweig reconnaissait que personne en Autriche-Hongrie n'eût été enclin à déplorer le décès du très impopulaire archiduc François-Ferdinand, si la presse pangermaniste autrichienne n'avait joué sur les peurs de la population.

 

Je comprends la décision des Serbes de Bosnie et de Serbie de ne pas s'associer à cet exercice de diabolisation de Gravilo Princip, militant yougoslaviste, qui fut traité dans toute la Yougoslavie, y compris sous la dictature de Tito qui pourtant n'était pas serbe, comme un héros. Sans doute le principe de l'assassinat politique est-il blâmable mais tout aussi blâmable était la survie des empires cléricaux racistes et rétrogrades en Europe centrale au début du XXe siècle.

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Uranus : cas d'école d'un ratage cinématographique

28 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

On peut s'offrir des plaisirs simples. Ce matin je me suis amusé à comparer le premier chapitre du roman de Marcel Aymé "Uranus" avec la première scène du film de Claude Berri qui en est l'adaptation cinématographique (que j'avais vue à Paris à sa sortie et dont il existe en DVD depuis lors).

 

Hé bien, chers amis, je peux vous dire que vous avez là un cas d'école de ce qu'est qu'une mauvaise transcription à l'écran de la littérature. L'ouverture du film, est stupide, tape à l'oeil, avec une promo surtout pour les acteurs réunis dans la distribution (qui a dit que certains films sont simplement des publicités pour eux-mêmes ?). Berri suit servilement  les dialogues du roman, mais en en trahissant l'esprit.

 

Quand il fait "réciter" (c'est le seul mot qui me vient à l'esprit car c'est du très mauvais théâtre, Daney a raison de parler de travail "paresseux" des acteurs) à Jean-Pierre Marielle les mots de l'ingénieur Archambaut contre sa fille, il procède  à une si piètre direction d'acteur qu'on ne comprend plus rien à ce qui se devrait se jouer dans ces premières minutes. Marielle s'interpose entre sa femme et sa fille qui a couché avec un ingénieur dans un bois l'après midi en édulcorant le reproche de sa femme. Cette édulcoration est vide de toute expression dans le jeu de Marielle (Archambaut) qui dit seulement à la jeune femme qu'elle a eu raison de faire ça, et qu'elle doit juste prendre garde à ne pas se faire manipuler par le jeune homme. On perd tout ce que le roman exprimait. Dans le roman, Archambaut ne se lance pas dans ce discours sur un ton monocorde, c'est une tirade qui lui vient spontanément, comme sous le coup d'une inspiration soudaine, et qui le surprend lui-même. Cette tirade scandalise sa femme, et fait rougir sa fille (dans le film, les actrices mal dirigées par Berri n'expriment pas le moindre trouble devant le sermon paternel). En fait ce discours cynique et amoral du père lui vient aux lèvres malgré lui, à l'encontre même de ses valeurs, dicté uniquement par le désespoir que lui inspire l'immoralité de l'épuration d'après-guerre. C'est un discours qui lui fait violence à lui-même, et qui l'étonne lui-même profondément. Et sa femme autant que sa fille voient bien que cette tirade est si outrée dans son cynisme (car c'est une famille bourgeoise qui n'a jamais affiché la moindre amoralité) qu'elles en sont profondément retournées. Tout cela est complètement perdu dans le film de sorte que le spectateur ne peut déjà rien comprendre de l'ambiance de la société que Marcel Aymé a tenté de décrire, ni de la psychologie des personnages.

 

Suit la confrontation entre l'ingénieur collabo (Marielle) et l'ouvrier communiste (Michel Blanc) qu'un décret municipal l'oblige d'héberger dans une partie de son appartement. La confrontation passe par les épouses des deux protagonistes, et là aussi c'est raté. Berri échoue à montrer ce qu'Aymé avait assez bien décrit. Quand Mme Archambaut reproche à sa voisine le manque de propreté des cabinets, il y a une mise en scène de l'impuissance du vocabulaire bourgeois (fait de petites remarques sèches) à s'imposer face aux vociférations ouvrières qui passe à la trappe dans la mise en scène. Mais surtout, à cet endroit précis, peut-être pour céder à du "politiquement correct", Claude Berri s'éloigne complètement du texte du roman, et supprime un geste qui est au centre même de la scène dans l'esprit de Marcel Aymé. L'ouvrier hébergé par Archambaut met fin à la dispute en donnant en grand coup de pied au derrière de sa femme, dans une scène digne de la comédie italienne de la Renaissance. Claude Berri n'a pas "osé" faire de son acteur Michel Blanc l'auteur de cette violence domestique (qui était pourtant commune à l'époque) et dont Marcel Aymé précise qu'elle a été physiquement très douloureuse pour la femme.

 

En supprimant ce coup de pied au derrière, Berri désamorce un aspect très important : c'est que ce coup crée une solidarité entre l'ouvrier communiste et l'ingénieur de droite, car Archambaut se dit (dans le texte de Marcel Aymé) qu'il aimerait bien lui aussi pouvoir fermer le caquet de sa femme avec ce genre de procédé expéditif que malheureusement pour lui la morale bourgeoise réprouve. C'est un aspect très important de l'aspect "victoire du stalinisme", "victoire de la violence violence ouvrière" qui hypnotise les classes bourgeoises réacs et collabos de l'époque (et à mon avis cette remarque de Marcel Aymé rejoint les vitupérations d'un Renaud Camus contre la capitulation de France Culture face à la violence vulgaire de la jeunesse des classes défavorisées, le même mécanisme est présent là). Du coup, on ne peut pas comprendre non plus, dans le film de Berri, pourquoi la fille d'Archambaut sourit à l'ouvrier. Quand Michel Blanc demande à la fille "pouquoi vous riez" Berri lui fait répondre "c'est nerveux", et le spectateur peut croire qu'il naît une sorte de désir érotique spontané assez improbable entre la fille et l'ouvrier (un désir à deux balles, qui naîtrait juste d'un besoin d' "évasion" qu'éprouverait la fille, ce qui correspond bien en effet à la mentalité des années 1990, mais pas à celle de 1945). En réalité la fille rit dans le roman parce qu'elle est fascinée par la violence ouvrière comme l'est Archambaut dans son élan de sympathie virile. C'est un aspect que Marcel Aymé a développé dans d'autres de ses ouvrages (je crois en avoir déjà parlé dans ce blog) : le romantisme féminin bourgeois depuis George Sand comme fascination pour tout ce qui est brutal, bas et irrationnel). Chez la fille cela se double probablement de la sensation que cette violence est la seule porte de sortie "par le haut" aux absurdités de son époque.

 

"Grâce à" Claude Berri toutes ces dimensions du roman sont torpillées en une minute, et on est plongé dans une sorte de téléfilm insipide qui nous plonge dans un profond sommeil...

 

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Le syndrome de Viridiana

26 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik

Mon amie provençale me dit que, si le medium qu'elle m'a fait connaître en février est devenu un voyou (car il a été fort arrogant et malautrus avec elle et avec ses amies), c'est à cause de moi, car je lui aurais donné confiance en lui même en le valorisant et, de la sorte, il aurait perdu toute humilité. Il faut donc que je cesse de m'intéresser aux gens si cela les rend cyniques et égoïstes. Appelons cela le syndrome de Viridiana. Invitez les affamés à votre table et ils saccageront votre maison... Une autre version de "cria cuervos y te sacaran los ojos"...

 

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"L'Opinion" (journal marocain) contre Pierre Piccinin

25 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Journaux-3-2.jpgLe mensuel en ligne de Pierre Piccinin da Prata, auquel je collabore, "Le Courrier du Maghreb et du Proche Orient"  va prochainement  publier son numéro de juillet. Ce nouvel e-zine fonctionne plutôt bien et s'est distingué notamment auprès de l'Institut du monde arabe. Je ne suis pas d'accord avec Pierre Piccinin sur tout, loin s'en faut (voyez mon compte rendu très nuancé de son livre sur la Bataille d'Alep par exemple), mais j'apprécie son sens du pluralisme (il accepte par exemple dans ses colonnes aussi bien des points de vue pro-Hezbollah qu'anti), ainsi que son côté "homme de terrain", et son énergie "managériale".

 

Le site semble avoir attiré l'attention du journal gouvernemental marocain L'Opinion, qui, dans son article du 25 juin, s'en prend au "Focus" de juin que le rédacteur en chef de Courrier du Maghreb et du Proche-Orient a consacré au sort du prisonnier Ali Aarrass. Je ne connais pas le fond de l'affaire Ali Arrass, mais je suis très surpris du ton de l'article dont la moitié des lignes sont consacrées à tenter de discréditer Pierre Piccinin par des attaques ad hominem sans finesse, et l'autre moitié à dénigrer par l'insulte le contenu de l'interview. On ne peut pas dire que la tonalité de cette attaque traduise une très grande sérénité de la part de son auteur...

 

Sur le bien fondé des propos de la soeur d'Ali Arrass je n'ai aucune opinion (à la différence du journal du même nom), mais il me semble correspondre parfaitement à la vocation d'un site d'information sur Internet de donner la parole à la famille d'un prisonnier. Cela s'appelle la liberté de la presse. On n'a pas l'impression que le journal l'Opinion la tienne en très haute estime...

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Ojo de tigre

22 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Revue de presse

P1010968Je retravaille le tome 2 de ce qui fut "12 ans chez les résistants" et qui va devenir un livre autonome dans quelques mois avec un titre du genre "Guerres impériales et résistance". J'ai avancé jusqu'à la guerre d'Irak de 2003. Mon point de vue ayant mûri au bout de douze ans, je dois reformuler beaucoup de choses. Le travail de précision du contexte est important aussi, d'autant qu'à mesure que l'histoire présente évolue, le passé prend des couleurs différentes, les remises en perspectives ne sont plus les mêmes...

 

J'ai appris hier qu'Andre Vlchek excellent chroniqueur de Counterpunch, enquêtait en Côte d'Ivoire (je ne dévoilerai pas sur quel sujet, vous le saurez bientôt en le lisant). Il avait besoin de contacts là-bas. Je n'ai guère pu l'aider. Nous ne cessons jamais de payer l'échec du réseau de l'Atlas alternatif.

 

republica-espanolaEn tant que sujet de la couronne d'Espagne (avec l'espoir que cette couronne devienne bientôt une République), je continue de lire l'actualité espagnole qui, malgré la crise économique, ou à cause d'elle, est un peu plus dynamique que celle de France. J'y découvre la gué-guerre entre les deux gauches - Izquierda unida et les "indignés" de Podemos, deux partis qui s'en sont très bien sortis aux dernières élections européennes -, les cris d'orfraie de El Mundo qui hurle à l'arrivée du chavisme en Castille après les victoires de Podemos et pleure sur le fait que le PSOE va devoir "gauchiser" son discours (avec un FdG à 6 % ça ne risque pas d'arriver chez nous).

 

Quand on est las de politique à la lecture des journaux espagnols, on peut toujours se changer les idées en essayant d'imaginer ce que fut la journée de cette actrice de X chilienne qui a tenu sa promesse, nous dit El Mundo, de faire l'amour pendant 16 heures non-stop avec ses fans si l'équipe de son pays gagnait un match du Mondial de foot... Le capitalisme pousse à faire n'importe quoi des corps. Cela me rappelle ce documentaire d'Arte diffusé il y a quelques jours sur les maladies professionnelles des sportifs poussés au delà de leurs limites physiques.

 

En ce qui me concerne, je ne reçois pour tout écho de la coupe du monde au Brésil que les coups de klaxon des excités dans la rue, le soir, lorsque la France gagne (même face à des micro-Etats footballistiques comme la Suisse). C'est déjà bien trop.

 

Ce soir je m'amuse à regarder "oeil de tigre" sur Wikipedia. Sur cinq versions (française, anglaise, espagnole, italienne, arabe) seule une (la castillane) évoque (en deux mots) la dimension religieuse de cette pierre dans l'Islam, le bouddhisme et l'hindouisme. Rien sur ses valeurs ésotériques en Occident...

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Irak : encore un mauvais calcul des baasistes

21 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

jeu_dames.jpgAu début des années 60, le Baas irakien fut anti-communiste (quand le PC irakien arrivait à faire descendre 1 million de personnes dans la rue dans un pays qui en comptait 7), et valet des Etats-Unis. Aujourd'hui le Baas irakien est devenu pro-saoudien par haine de l'Iran et du Baas syrien, et utilise les cinglés d'Isis comme devanture pour marcher sur Bagdad... Pas glorieux du tout comme évolution. Tout cela servira les plans occidentaux pour faire éclater la Syrie et l'Irak. On est très mal partis...

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Politique, vérité et amour

17 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

J'approuve Aristote sur l'idée que la politique est un art accessible à tout un chacun (donc le citoyen qui entre dans le débat politique n'a pas à avoir de complexe face au technicien), il faut juste avoir conscience que... justement c'est un art... donc une manière nécessairement intuitive d'arbitrer entre des impératifs contradictoires. Après cela, chacun est légitime à définir cet arbitrage en fonction de sa propre vision du monde (de droite, de gauche etc), pourvu 1) que l'arbitrage soit en lui-même intrinsèquement cohérent 2) qu'il ne repose pas sur des mensonges factuels (il faut toujours être honnête avec les faits, ce qui suppose qu'on prenne le temps de se renseigner à leur sujet, c'est souvent le plus difficile, d'autant que les désinformateurs sont légion).


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Il n'y a donc pas de jugement politique possible sans foi en la vérité.

 

Comme on l'a souvent dit sur ce blog, la vérité est provisoire et dynamique (toujours ouverte à un dépassement) du point de vue du sujet, et repose à la fois sur la raison et sur l'intuition

 

Cela ne veut pas dire qu'elle soit entièrement relative et historique dans l'absolu (au contraire, elle est, par elle même, nécessairement une et anhistorique). Il n'y a pas d'unité possible du corps politique dans le relativisme ou l'historicisme (sauf dans une perspective téléologique, religieuse ou marxiste, à laquelle je ne souscris pas).

 

Il n'y a pas de recherche sincère de la vérité sans foi en l'amour, car l'amour est ce qui nous ancre dans l'horizon humain, qui est le seul terreau possible de la vérité.

 

J'adhère à une notion extensive de l'amour. Pour les grandes notions , les définitions les plus couramment admises et les plus vagues sont les meilleures, car la part d'intuition est légitime à leur sujet, et parce que l'imprécision des mots intègre la variété des expériences possibles.

Il est bon que le mot "amour" en français soit très général et qu'il englobe toutes sortes de mouvements vers autrui, depuis le simple fait de rendre service à un inconnu dans la rue, jusqu'à l'amour maternel/paternel ou filial. La conception la plus élevée et la plus complète (celle dans laquelle on peut placer aussi le plus d'exigence) de l'amour est celle que mobilise la formation d'un couple (et c'est là que se joue sa forme la plus pure). ste baume

L'amour ne pouvant s'éprouver dans les formes les plus élevées à l'égard de toutes les créatures, ni même de toutes les créatures humaines, sa forme minimale (et tout à fait admissible) peut consister à leur égard en un respect de ce qu'elles sont, respect des règles de vie commune (les lois), respect de la parole donnée, volonté de ne pas nuire.

 

Une bonne partie de ceux qui professent un rapport direct à une transcendance (religieux, thérapeutes spiritualistes, politiciens inspirés) placent leur transcendance au dessus de l'amour humain (souvent d'ailleurs parce qu'eux-mêmes souffrent d'un manque affectif), et ne perçoivent autrui qu'à travers le pouvoir qu'ils peuvent exercer sur lui. Ceux-là n'entendent rien à l'amour humain, et, de ce fait, rien non plus à la vérité (ceux qui eurent raison dans l'histoire de mon point de vue furent ceux qui, au contraire, placèrent l'amour au dessus du divin).

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Mauvaises nouvelles internationales

12 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

iraq.jpgFinis les rêves occidentaux de 2011 (qu'on savait bien chimériques) autour des "Printemps arabes". Après la réélection d'Assad en Syrie (88,7 % des voix), l'élection d'Al-Sissi en Egypte (96 % excusez du peu...), le coup d'Etat militaire en Libye, les gains de l'Emirat islamique d'Irak et du Levant en Syrie et en Irak (où on peut soupçonner Maliki d'avoir "laissé faire", on retiendra surtout l'échec complet de la strétagie américaine à Damas et à Bagdad qui a conduit à ce désastre).

 

En dehors du monde arabe, les chances d'émancipation des peuples sont aussi en berne en Thaïlande avec ce coup d'Etat militaire où les militaires promettent un bonheur, assez dérisoire, et au Nigeria qui est en train de se transformer en "failed State" (comme le serait à nouveau le Mali si la France s'en retirait). Le tout sur fond de durcissement des rapports américano-russes du fait du putsch ukrainien et sino-américains du fait du bras de fer entre Pékin et les alliés de Washington (Japon, Corée du Sud, Philippines etc) autour des îlots désertiques qui entourent l'Empire du Milieu...

 

Que ceux qui entrevoient des signes d'espoir dans les relations internationales en ce moment nous écrivent...

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Projet de loi communiste sur les questions sexuelles (1933)

11 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

DSCN5111.JPGA Marseille ce weekend je suis tombé (entre autres choses surprenantes - notamment des révélations sur la plante abortive Artemisia et la reine Artemisia II de Carie - ) au musée de l'histoire de ville, sur la revue "Le problème sexuel" de novembre 1933, qui invitait en couverture à lire en page 38 "notre enquête à propos du projet de loi communiste sur les questions sexuelles et l'avortement".

 

Décidément beaucoup de renvois à la question de l'avortement au cours de ce voyage dans la cité d'Artémis (devenue la "Bonne mère" avec la christianisation).

 

J'ai bien sûr pensé à Alexandra Kollontai, déjà mentionnée sur ce blog, à Clara Zetkin, Danièle Casanova etc. Les grandes heures du féminisme communiste international. Mais je n'avais jamais entendu parler de ce projet de loi. J'apprends ce soir en parcourant le web que la revue  "Le problème sexuel" est parue en 6 numéros de 1933 à 1935, à l'initiative de Berty Albrecht. Denise Albert, que j'avais interviewée à Sevran il y a quelques années et à qui j'avais consacré un petit livre aujourd'hui épuisé, a été la première à me parler de Berty Albrecht.

 

Souvenirs, souvenirs...

 

Allez, une petite vidéo de Marseille, une jolie cérémonie, l'évêque faisait très gouverneur romain...

 

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Le critère d'Adjani

11 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

paris-match-adj.jpgDans Paris-Match du 28 mai que je lisais ce matin chez mon coiffeur, Isabelle Adjani reconnaît qu'elle a raté sa vie sentimentale dans les grandes largeurs, et dit en soupirant qu'elle envie les femmes qui parlent de leur "ex" (au singulier) en souriant.

 

Si avoir réussi sa vie sentimentale, c'est pouvoir parler d'un "ex" ou d'une "ex" en souriant, alors je suppose que j'ai réussi la mienne, puisqu'il y en a une, au moins une, une qui me vient à l'esprit très spontanément, qui vit à 1 807,7 kilomètres de Paris en voiture  vers l'Est si j'en crois ladistance.fr à qui je pense avec un sourire et qui pense à moi de la même manière. "In spite of everything, i have fond memories of you :) " m'avait-elle écrit en décembre dernier, m'apprenant par la même occasion l'expression "fond memories". J'avais recopié dans le livre "Eloge" son mail d'il y a 15 ans, dans lequel elle proclamait qu'un jour quand elle serait vieille elle regarderait son passé et trouverait dans ses souvenirs la lumière réconfortante de notre passion de l'époque. Il est probable que cette prophétie se réalisera. Car elle et moi "in spite of everything", malgré les colères, les agacements, les tortures, n'avons jamais gâché l'absolue pureté de ce qui nous unissait à l'époque. Même mon livre condamnant "urbi et orbi" cette histoire, n'en a pas altéré la beauté. kmgd.jpg

 

Mais je doute que le critère d'Adjani soit tout à fait pertinent...

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Le coup d’Etat abkhaze et le conflit ukrainien

4 Juin 2014 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Abkhazie

Mon article publié ce matin sur le site "Esprit Cors@ire" :

 

P1020569En Abkhazie que, la version électronique du Monde du mercredi 28 mai relatant les événements qualifie sottement de « petite région pro-russe et séparatiste de Géorgie » (désignerait-on la France comme une province « pro-américaine » de l’Union européenne ? l’Abkhazie étant alliée des Russes par nécessité économique et militaire, et avec bien plus de nuances que la France ne l’est des Américains), des opposants ont pris d’assaut le palais présidentiel à Soukhoum mardi dernier. Les forces armées sont restées dans un premier temps fidèles au président Alexandre Ankvab, réfugié dans son fief de Goudaouta, mais celui-ci le 1er juin a finalement décidé de démissionner pour éviter tout bain de sang.

 

Le motif du coup de force était la politique gouvernementale d’octroi de passeports (et donc du droit de vote) aux ressortissants de la minorité mingrélienne à l’Est du pays, soupçonnés d’être alliés au gouvernement géorgien - un sujet qui occupait déjà le débat politique local il y a cinq ans (cf "Abkhazie à la découverte d'une 'république' de survivants") – et la gestion de l’aide financière russe, détournée par le clan Ankvab selon ses opposants.

 

A Tbilissi, les analystes qui pendant des années se sont obstinés à ne voir dans les présidents successifs d’Abkhazie que des « marionnettes » de Moscou, s’empressent une fois de plus de discerner dans ce « Maïdan » abkhaze

 

La suite sur le site Esprit Cors@ire  ici (dead link).

 

Article in extenso ici

 

 

 

                                               Le coup d’Etat abkhaze et le conflit ukrainien

 

 

En Abkhazie que, la version électronique du Monde du mercredi 28 mai relatant les événements qualifie sottement de « petite région pro-russe et séparatiste de Géorgie » (désignerait-on la France comme une province « pro-américaine » de l’Union européenne ? l’Abkhazie étant alliée des Russes par nécessité économique et militaire, et avec bien plus de nuances que la France ne l’est des Américains), des opposants ont pris d’assaut le palais présidentiel à Soukhoum mardi dernier. Les forces armées sont restées dans un premier temps fidèles au président Alexandre Ankvab, réfugié dans son fief de Goudaouta, mais celui-ci le 1er juin a finalement décidé de démissionner pour éviter tout bain de sang.

 

Le motif du coup de force était la politique gouvernementale d’octroi de passeports (et donc du droit de vote) aux ressortissants de la minorité mingrélienne à l’Est du pays, soupçonnés d’être alliés au gouvernement géorgien  - un sujet qui occupait déjà le débat politique local il y a cinq ans (1) – et la gestion de l’aide financière russe, détournée par le clan Ankvab selon ses opposants.

 

A Tbilissi, les analystes qui pendant des années se sont obstinés à ne voir dans les présidents successifs d’Abkhazie que des « marionnettes » de Moscou, s’empressent une fois de plus à discerner dans ce « Maïdan » abkhaze une opération téléguidée par Vladimir Poutine en soulignant que son leader Raoul Khadjimba avait été autrefois le candidat malheureux de Moscou contre le président SergueïI Bagapch. Certains notent cependant que Moscou a réagi très tardivement en envoyant l’émissaire du président Vladislav Sourkov à Soukhoum, si bien qu’il se pourrait fort bien que l’élan contestataire soit purement endogène dans ce pays où les conflits politiques se règlent souvent encore à coups de fusil.

 

Quelles que soient les forces à l’œuvre derrière les luttes de faction en Abkhazie, l’influence du conflit ukrainien saute aux yeux. En premier lieu, le fait qu’on parle d’un « Maïdan » abkhaze ne relève pas du hasard : la nouvelle « révolution colorée » ukrainienne, avec rassemblement populaire et renversement du président légalement élu à la clé, applaudie par les Occidentaux, a créé un nouveau précédent dangereux dans tous l’espace post-soviétique et peut-être au-delà. Le message lancé par la révolution de Kiev est « descendez dans la rue, ne respectez plus le verdict des urnes, le coup d’Etat permanent est possible ! » (si l’on ose une référence ici à la terminologie mitterrandienne).

 

Deuxièmement, la crise ukrainienne crée une insécurité dans l’ensemble du bassin de la Mer noire. Les Abkhazes, attachés au souvenir des hauts faits de l’Armée rouge (ils ont été, comme les Transnistriens, fidèles aux valeurs soviétiques jusqu’à la fin du mandat de Gorbatchev), ne voient pas spécialement d’un bon œil des milices d’inspiration néo-nazie donner le coup de poing en plein cœur du parlement de Kiev… ni non plus les navires de guerre américain patrouiller de plus en plus nombreux au large de leurs côtes depuis l’annexion préventive de la Crimée par Moscou.

 

Le président français « pro-américain » François Hollande a d’ailleurs pu attiser les craintes des Abkhazes en se précipitant le 13 mai  à Tbilissi pour assurer la Géorgie du soutien de la France à son « intégrité territoriale ». Malgré les efforts de l’Elysée pour présenter cette démarche comme une sorte de « service minimum » aux côtés des alliés des Occidentaux, les Abkhazes savent ce que signifient ces mots prononcés cinq jours seulement après que le ministre des affaires étrangères de la Géorgie ait annoncé qu’il allait accélérer les efforts pour assurer l’adhésion de son pays à l’OTAN : bientôt l’Abkhazie pourrait être considérée comme un pays sécessionniste au sein d’un Etat membre de l’Alliance atlantique, et le mécanisme des traités pourrait transformer n’importe quel incident frontalier en casus belli impliquant, par la simple mécanique des traités, toute l’Alliance…

 

L’équation de sur les bords de la mer noire est simple : l’opération « Euromaïdan » menée pour accélérer par la force l’inclusion de l’Ukraine à la sphère euro-atlantique, et la réaction russe en Crimée qui en a découlé ainsi que les initiatives d’autodéfense dans le Donbass, ont aujourd’hui plongé toute la région dans une logique de guerre froide : qu’on songe par exemple au bras de fer entre la Moldavie et Moscou sur la question de la visite du vice-président du gouvernement russe Dmitri Rogozine en Transnistrie. Cela entraîne un isolement croissant de l’Abkhazie sur la scène internationale, transformée de plus en plus, dans le discours occidental, en simple annexe des intérêts russes dans le Caucase Sud, ce qui compromet les chances pour l’Abkhazie d’élargir le périmètre des Etats qui reconnaissent sont indépendance (au nombre de quatre actuellement), et paradoxalement lie encore plus étroitement le pays à la Russie (au point qu’on débat maintenant d’une possible annexion, comme en Ossétie du Sud). Et cela implique aussi une vulnérabilité croissante à l’égard des tentatives de déstabilisation pro-russe, mais aussi anti-russes (d’où le fait que la question de l’octroi de la citoyenneté à la minorité mingrélienne ressurgisse en des termes de plus en plus sensibles à Soukhoum sans même parler du possible retour des 200 000 réfugiés géorgiens de 1992, de plus en plus relégué aux oubliettes par ce nouveau contexte international).

 

Le moins que l’on puisse dire est que la perpétuation de la crise ukrainienne est ainsi devenue une très mauvaise nouvelle pour les chances de la paix dans cette région du Caucase.

 

F. Delorca

 

 

(1) Cf Frédéric Delorca « Abkhazie, à la découverte d’une ‘république’ de survivants » Paris, Editions du Cygne, 2010

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