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Le blog de Frédéric Delorca

Pepe Escobar à Donetsk

31 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

Un témoignage ici écrit pour Asia Times.

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Faiblesses

30 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

EpaminondasLes gens oublient facilement leur rôle. Hier M. Valls déclarait que la percée du FN dans le paysage politique constituait un changement "durable". Son rôle serait plutôt de dire :"Le FN a effectué une percée, mais elle est éphémère, aux prochaines élections les vertus de notre politique le réduira à néant". Aujourd'hui sur Canal+, Mme Filipetti, députée PS, qualifie le choix des électeurs qui ont voté PS d' "héroïque". On imagine la députée serrant la main d'un électeur du PS en lui disant : "C'est vraiment héroïque d'avoir voté pour mon parti, je ne sais pas si à votre place j'aurais eu le courage de le faire". Quand on en est à commenter des résultats électoraux en oubliant quel rôle politique on tient, c'est qu'en fait on a déjà complètement lâché la rampe. On ne fait plus que de la figuration jusqu'à la prochaine défaite.

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JLG

29 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

 

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Combats

29 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Au coeur des mouvements anti-guerre

"Les moyens employés par la nation insurgée ne peuvent être mesurés selon les règles reconnues de conduite d'une guerre régulière ni d'après nul autre étalon abstrait" écrivait en 1857 Engels (Textes sur le colonialisme, édition en langue étrangère, Moscou, 1960, p. 142) dans son article de 1857 "La Perse et la Chine" qui compare les styles de résistance chinois et persan à la conquête britannique. Il commente ainsi les méthodes utilisées par le peuple chinois qui recourt à la traîtrise et à l'empoisonnement face aux forces coloniales.

 

Je me suis imposé une obligation de réserve quant à la couverture de l'évolution des trois conflits (de plus en plus confessionnels) du Proche-Orient : le Yémen (où l'Arabie Saoudite a lancé une campagne de bombardements), l'Irak (où les Américains ont peu élégamment pris le relais des milices chiites dans l'attaque contre l'EI à Tikrit et se trouvent dans une situation de blocage), et la Syrie (où Idlib est tombée entre les mains d'Al Qaida, deuxième ville de province aux mains d'islamistes après Raqa contrôlée par l'EI). Je vous renvoie à la lecture d'Antiwar.com et Asiatimes, pour les faits, et les spéculations autour de tout cela.

 

Par contre je m'interroge sur le recours de M. Hollande aux assassinats ciblés - voyez ce résumé du livre de V. Nouzille. Je ne crois pas que M. Hollande et le sinistre M. Fabius laisseront en politique étrangère un bilan plus positif que celui de Guy Mollet.

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Oh those Russians !

28 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

Sur Academia.edu, une cinquantaine d'articles universitaires en anglais, en espagnol, en français, tous plus nuls les uns que les autres sur la poêtesse grecque Sappho. Tous dans l'idéologie ambiante : Sappho la féministe, Sappho qui fait triompher la sexualité, Sappho mal lue par les Romains. Au milieu de toute cette sous-littérature miteuse, un seul bon article, si j'en juge par son abstract en anglais : un article qui démontre de quelle Artémis lydienne Sappho était la prêtresse, et pourquoi cela compte pour comprendre ses poêmes. Vu l'époque à laquelle Sappho a écrit, bien avant Platon, on se doute bien que c'est ce gars qui a raison, c'est lui qui tient le bon bout de la compréhension face à tous les anachronismes des pseudo-historiens qui encombrent les réseaux académiques. Je lui écris pour lui demander l'intégralité de son article, il me l'envoie. Pas de bol, il est entièrement écrit... en latin ! Mes compétences linguistiques touchent leur limite.

Je regarde un peu le background de cet auteur : il est professeur à Novosibirsk. Aux portes de la Sibérie chamanique...

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Ad nauseam

27 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Débats chez les "résistants"

Un connard de penseur "anti-Union européenne" dit sur une vidéo qu'Onfray est un grand homme et un "gros travailleur" (quelle rigolade !), qu'Epicure c'est la libre-pensée (quand se décidera-t-on à lire Koch Pettre à propos de la religiosité dogmatique de l'église épicurienne ?), que Démocrite c'est le progrès. Toute cette pensée matérialiste à deux balles qui ne comprend rien à l'Antiquité et ne lit les auteurs qu'à travers des digests. Tous ces profs de lycée de pacotille qui prétendent servir la "cause du peuple", analysent le système bancaire, l'histoire de la pensée, la politique, à travers la lecture des "Que sais-je ?". Tous ces rigolos, ces flemmards, tout juste bons à se pavaner sur You Tube ont trahi leur pays, trahi leur époque. C'est à vomir. La pensée anti-système, c'est autant le désert de Gobi que la pensée pro-système. Des esprits secs, des coeurs secs, des petits narcisses de superette. Les pires des marécages.

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Rogopag

27 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Cinéma

La lecture des mémoires d'Alexandra Stewart m'a convaincu de regarder Rogopag de Rosselini, Godard, Pasolini, Gregoretti (1963), qui réunit quatre films autour du thème de la fin du monde. L'histoire de Godard dans laquelle Stewart joue a un côté "Le Mépris" adapté à un contexte de catastrophe atomique. Le thème de la "mécanicité qui s'empare des rapports humaines" était banal à l'époque. L'histoire de Pasolini, "La Ricotta", avec Orson Welles dans le rôle du réalisateur, valut bêtement au film la censure en Italie et à Pasolini 4 ans de prison avec sursis. Je ne jouerai pas les cuistres qui détaillent tous les sens possibles de ce film sur le film, où Pasolini se montre sous les traits de Welles tournant quelque chose qui ressemble à son Evangile selon Saint Mathieu, je ne verserai pas dans la tarte à la crême de "l'allégorie" de la création. Tout est donné dans le film. Pasolini au début a trouvé utile de rappeler qu'il livre là la meilleure lecture possible de l'Evangile de son point de vue, et il a sans doute raison. Il y a comme dans tous ses films la métaphysique de la présence qui se donne dans chaque image, la critique sociale de l'inculture et du conformisme de la bourgeoisie (toujours tellement d'actualité), le focus sur ce prolétaire-consommateur transformé en estomac à deux pattes qui, comme Charlot, court par monts et par vaux pour tromper sa misère. L'Evangile est écrite pour lui, et pourtant il meurt sans même avoir dit sa réplique, sans promesse de rédemption, ni par le cinéma, ni par les Ecritures, du moins tant que la création "tournera" pour la bourgeoisie. Heureusement le cinéaste n'est pas dupe, comme il le montre dans sa dernière phrase, son épitaphe. L'estomac-sur-pattes est ce que nous sommes, ou risquons à tout moment de devenir. Amusant, attendrissant, désespérant. Une vraie fin du monde.

 

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Léon Werth et la non-violence annamite

25 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #1910 à 1935 - Auteurs et personnalités

werthLes sagesses chinoise et indienne ont souvent coïncidé, sans qu'on sache laquelle des deux influençait l'autre. Prenait par exemple la parenté entre la conception sexuelle du taoïsme et celle du tantrisme shivaïte. Je crois qu'on peut dire la même chose du principe de renoncement dans l'action hindouïste et de la conception confucianiste du rapport à l'autre, l'un et l'autre menant à la non-violence (ce qui n'empêche pas bien sûr que les sociétés concernées puissent avoir par ailleurs des aspects très violents).

 

Léon Werth dans l'Indochine de l'entre-deux-guerres (avant que celle-ci ne se convertisse à la violence sous la direction d'Ho-Chi-Minh, tout comme la Chine a renoncé au confucianisme sous Mao, et le redécouvre à peine maintenant) a très bien perçu cela lors de son voyage à Saïgon, et ne l'exprime nulle part aussi bien que dans ce passage de Cochinchine (p. 65) :

 

"Je me suis étonné devant des Annamites à culture européenne de cette réaction impassible, lâche ou résigné du coolie brutalisé. On m'a répondu :

 

'Vous avez un mode de votre honneur qui est de rendre les coups. Atavisme ou tradition, nous avons, avant tout, le mépris de la violence. La dignité, pour nous, n'est jamais d'opposer la violence à la violence. La dignité, c'est de se vaincre, de se dominer. Ces principes vous les trouveriez dans la morale confucéenne que les plus cultivés de vos gouverneurs invoquent parfois devant nous pour nous recommander l'obéissance ou la patience. Car il est des Européens qui aiment à prononcer l'adjectif confucéen. Ils possèdent la philosophie de l'Extrême-Orient puisqu'ils connaissent le nom de Confucius. Ils possèdent aussi son art, puisqu'ils cherchent dans les paillotes des bleus de Hué.

 

Beaucoup de villages ont un nom qui signifie la paix et la sérénité. Nous avons un proverbe qui dit : 'Si tu recules d'un pas, c'est un pas de gagné.'

 

L'homme en colère n'est pour nous qu'un ovjet de mépris et de dérision. Nous avons appris à ne point être violent. A l'action de l'homme violent, un Extrême-Oriental refuse une réaction de violence. Et si la haine naît en luui, il l'accumule...'

 

Sans doute un Européen pourrait développer devant un Extrême-Orinetal la maxime de l'Evangile : 'Tendez l'autre joue' Il pourrait même trouver dans des livres et dans des milieux d'exception les traces d'une influence évangélique. Je le défie bien d'expliquer par l'Evangile les moeurs quotidiennes, les moeurs de la rue... Le mérite de l'explication confucéenne, c'est qu'en Extrême-Orient, elle rend compte parfois des faits de la rue."

 

Je précise qu'en soulignant cela, je ne juge pas les choix d'Ho-Chi-Minh, de Mao, et d'autres d'abandonner le confucianisme pour des raisons de modernité et d'efficacité dans les années 40...

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Albanie-Kosovo

24 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Peuples d'Europe et UE

nato.jpgDans une conférence de presse conjointe des premiers ministres de l'Albanie et du Kosovo hier, Edi Rama et Isa Mustafa ont déclaré ce mardi que les pays s'uniront pour entrer dans l'Union européenne et signer des accords qui affecteront la vie des citoyens des deux pays. "Nous allons coopérer dans le domaine de l'économie, a fait savoir Rama. C'est très important, en particulier dans l'agriculture. Nous sommes déterminés à retirer dans tous les obstacles de nature administrative cette année... Nous porterons une attention particulière à l'apprentissage de la langue albanaise dans les pays où les Albanais vivent. Nous avons l'intention d'unifier notre système d'éducation, et de travailler ensemble comme une seule force qui sert une nation "

 

Le ministre de la justice serbe a réagi en déclarant que la Serbie ne restera pas les bras croisés devant la formation d'ue "Grande Albanie"

 

Aujourd'hui Belgrade commémore le 16ème anniversaire de l'attaque de l'OTAN contre la Serbie.

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Fonte

24 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La droite

SAM 2467-001Un vieux monsieur dans un bistrot disait hier : "Dix-neuf tonnes de fonte volées au château de Versailles, les canalisatons des fontaines, c'était dans le Parisien,  la presse nationale n'en a pas dit un mot, un réseau de cambrioleurs roms a été démantelé le mois dernier en Moselle. Il est soupçonné d’avoir volé environ 15 tonnes en Lorraine. L'histoire de Versailles au moins aurait dû faire la 'une' du journal TV. Ce n'est pas le cas. Preuve que le journal TV sur toutes les grandes chaînes est de gauche".

 

La gauche trouve la TV de droite, la droite trouve la TV de gauche.

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Elections départementales

24 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

026- 1992 (29.8.92-24.11.92) 206Voici encore des élections locales où tout le monde peut se déclarer satisfait. Le FN parce qu'il fait plus de 24 %, la droite alliée aux divers droite et aux centristes parce qu'elle arrive en tête malgré tout, les socialistes parce que leur score est moins mauvais que dans les sondages. Le PCF parce qu'il résiste dans à peu près tous ses fiefs, y compris là où il a été renversé par la droite aux  dernières municipales comme Le Blanc Mesnil et Bobigny. Il réalise même une percée au dessus de 10 % dans certains cantons de mon Béarn natal qui historiquement pourtant n'a jamais été intéressé par le communisme, ainsi que dans certains centres-villes bobos de métropoles régionales (parfois en alliance avec les Verts d'ailleurs).

 

Ca fait drôle de voir des départements comme l'Eure ou le Midi-Pyrénées, qui dans les années 80 n'accordaient que de faibles scores au FN, placer ce parti au second tour dans plusieurs cantons. Les temps changent. Mais il n'y avait pas de candidats FN dans tous les cantons, par exemple aucun dans le canton où je suis censé être électeur.

 

Comme souvent je me suis abstenu au premier tour et ferai de même au second.

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Hungaro-sumérien

19 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Souvenirs d'enfance et de jeunesse

Il y a quinze ans et quelques mois j'étais à Budapest, sur Hösök Tér, la place des héros (cf mon livre "Eloge de la liberté"). Mon héros de l'époque n'était pas Gilgamesh, même si cinq ans plus tôt j'avais acheté à Madrid un ouvrage de Kramer sur Sumer.

 

Aujourd'hui j'appends que le Hongrois, mais aussi des tas de langues eurasiatiques non-indoeuropéennes, de l'avar à l'ibère, pourraient être liées au sumérien... Il faut toujours être prudent en matière de rapprochements linguistiques, mais allez donc savoir...

 

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La culture policière, Berl et l'individualisme français, Lucien Bonaparte

19 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Etat policier. Culture policière. France Culture, Arte. L'art n'intéresse plus "qu'en tant" qu'il peut faire passer un message politique, un message de solidarité avec nos insititutions, nos médias, les "fondements de notre civilisation". Nous faire "participer à l'actualité" à tout prix, consensualisme étouffant, totalitaire. Aucune spontanéité. Telle artiste est libanaise, elle a été formée dans une école en Irak, elle a tel point de vue sur le Proche-Orient. Cela seul compte. Son esthétique ? sa sensibilité ? ce qu'elle peut dire d'elle même ou dire à l'humanité en dehors de la référence à l' Actualité, à notre Kulturkampf civilisationnel, à notre totalitarisme ? On s'en fout. Seuls son itinéraire et sa participation à notre consensus obligatoire comptent. Comme seuls comptent les héritages du passé en tant qu'ils sont "mobilisables" par le totalitarisme du présent : Aristophane, Montaigne, Stendhal. Tous "au service de" notre cause. Comment cela vous n'avez rien à faire de la question de la Tolérance, de la Liberté d'expression officielle, de l'Amour dispensé par nos chères institutions européennes et internationales ? Mais vous êtes un ennemi de l'humanité !

 

Je lisais Emmanuel Berl dans la revue "Europe" hier soir. Son article dans le numéro d'octobre 1933. Berl sent le soufre parce qu'il a mal tourné en 1940 en devenant pétainiste. Une faute qu'il a commise et que je ne m'explique pas, sauf à dire que les intellectuels les plus justes les plus pertinents peuvent aussi devenir très cons. Pourtant en 1936 il était pote avec Malreaux, homme de gauche, un peu rad' soc' comme Alain, mais sincère dans son progressisme. Son appel aux sentimens individualistes et libertaires des Français face aux totalitarismes montants a quelque chose de touchant. "Thèbes fut grande grâce à Epaminondas et non l'inverse" écrit-il. Voilà qui me va droit au coeur moi qui suis un inconditionnel d'Epaminondas (euh, c'est qui Epaminondas ? est-ce qu'il est compatible avec les Femen et avec les dernières circulaires de Manuel Valls ? demanderont les journalistes qui lisent ce blog...).

 

front populaireLe regard de Berl sur la révolution bolchévique, et surtout sur la façon dont beaucoup de socialistes français ont tenté de devenir communistes alors qu'en fait leur référénce c'était Jaurès et un vieil anarchisme national. Il raconte comment la France fut stupéfaite de voir les Menchéviks, qui étaient encore les héritiers de 1789, se faire supplanter par la bande à Trostki et à Lénine, qui, vue de Paris, avait quelque chose d'aussi cinglée et mystique que le moine Raspoutine. Incompréhensible Russie. Il est sûr en tout cas, que le parti communiste français a peiné à devenir stalinien, comme l'extrême droite française fut finalement assez peu hitlérienne (quoiqu'elle fût antisémite, raciste, pessimiste, stupide et excécrable, mais l'hitlérisme n'était pas dans son style).

 

Un autre qui cite Epaminondas c'est Lucien Bonaparte, le frère de l'empereur, dans ses mémoires. C'est parce que son adjoint, un moine défroqué, au comité révolutionnaire de Saint Maximin en 1793 avait adopté ce pseudo (je crois savoir pourquoi, mais je ne l'expliquerai que dans un livre, dans quelques années). Les mémoires de Lucien Bonaparte sont sur Google Book en ligne en version française. Jetez y un oeil chers lecteurs, c'est bien écrit, et d'une lecture agréable. Le cadet de Napoléon n'est pas tendre pour les Jacobins, et surtout pour la bande de brutes avinées qui exécutent leurs décrets absurdes. C'est du même tonneau que le propos de Chateaubriand sur les vierges de Verdun.

 

La France est un pays violent (il n'y a pas de grandeur sans violence d'un point de vue nietzschéen), mais je crois qu'elle a été archi-vaccinée contre le jacobinisme. C'est pourquoi même en 1848 le jacobinisme était l'anti-référence; Toute la gauche était orpheline de Robespierre, mais profondément aux antipodes de la Terreur. Voilà pourquoi elle fut tout au long du XIXe siècle contre la peine de mort, voilà pourquoi en 1945 elle ne prit pas le pouvoir quand ses hommes en armes contrôlaient toutes les villes. Et elle a bien raison. Il est des erreurs qu'il ne faut pas répéter. Il n'est point de violence plus efficace que celle qui se condense en non-violence, celle de la Bhagavad-Gita et de Gandhi.

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Plutarque, prêtre d'Apollon

15 Mars 2015 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Antiquité - Auteurs et personnalités

Plutarque impute l'incendie de Persépolis par Alexandre le Grand à deux causes, l'une clairement explicitée, l'autre plus implicite mais transparente à travers la symbolique qu'il mobilise. La cause explicite est l'incitation des courtisanes (hétaïres), et notamment de la courtisane du général Ptolémée, Thaïs, qui est athénienne. Thaïs pendant cette nuit de débauche incite Alexandre ivre, à venger sa ville d'origine qui avait été incendiée par les Perses. On notera que Plutarque juge très patriotique et digne d'Athènes cette soif de vengeance, mais trouve le propos de Thaïs un peu "au dessus de sa condition", sans toutefois préciser en quoi : est-ce le fait d'avoir pris l'initiative de proposer une mesure de représaille qui lui paraît inconvenant venant d'une hétaïre ou bien est-ce le contenu-même de la mesure proposée, à savori sir caractère excessif (l'incendie d'un joyau de la civilisation perse) ?

 

Il faut s'attarder sur cette première cause, car elle montre le pouvoir des femmes, à travers la figure des hétaïres, dans la Grèce antique. Pour ma part je prends très au sérieux le rôle des hétaïres dans l'histoire et le trouve largement sousestimée par les historiens. Par exemple, je suis intuitivement enclin à croire que l'hétaïre Phryné traduite devant l'aréopage d'Athènes était véritablement une prétresse d'Aphrodite qui pratiquait des pouvoirs magiques (ce pourquoi elle était traduite en justice, comme d'ailleurs Apulée allait l'être quatre siècles plus tard), et je crois qu'elle était très profondément inspirée dans tous ses actes, notamment lorsqu'elle proposa de reconstruire avec sa fortune personnelle les murs de Thèbes. Thèbes était une ville sacrée notamment parce qu'elle avait dû sa dernière hégémonie aux pythagoriciens, et principalement au pythagoricien Epaminondas, et l'on sait quel lien comme Phryné, les pythagoriciens entretenaient avec les déesses-prostituées/déesses-mères.

 

La cause moins visible est la "mania" (folie sacrée) de Dionysos, qui transparaît dans le fait qu'Alexandre est ivre quand il prend sa décision, mais aussi dans le fait qu'il porte une couronne et une torche (ce qui le rattache aux rituels de Dionysos). On sait que Dionysos a beaucoup marqué l'imaginaire alexandrin (à travers par exemple les surnoms des Ptolémée, et jusqu'au surnom de Marc-Antoine, marié à la "Nouvelle Isis"). Donc Persépolis doit, en dernière analyse, sa destruction à Dionysos (et je crois qu'il faudrait avoir cela à l'esprit quand on lit la montée du pythagoricien Apollonios de Tyane au mont Nyssa, qui est à la frontière du monde iranien, dans le Caucase, telle que la raconte Philostrate).

 

ste baumePlutarque est fascinant, parce que des générations d'écrivains européens de Montaigne à Stendhal ont lu ses "Vies" et se sont inspirées d'elles en faisant complètement l'impasse sur le fait qu'il était prêtre à Delphes (au point même qu'un des pères allemands du racisme systématique nazi, Christoph Meiners, met en doute le fait que cet auteur ait pu aussi composer un traité ésotérique comme celui sur le Démon de Socrate). Pour la modernité européenne, un prêtre ne peut pas être aussi précis dans ses récits et compilations historiques s'il écrit en tant que prêtre. Pour elle, Plutarque n'est qu'accessoirement prêtre, comme, si l'on veut, beaucoup d'abbés catholiques ont été principalement historiens et très accessoirement prêtres ou pas du tout prêtres dans leur façon d'écrire. Or, concernant Plutarque, quand on lit ses narrations (comme celles de Lucain, mais ça crève encore plus les yeux chez Lucain), il est évident que la cause "métaphysique" est toujours solidaire de la cause "positive". Et c'est en cela justement qu'il est profond. Parce qu'il croit en la cause métaphysique (dans le sens d'un "deus sive natura") au sens des énergies du vin ou de l'amour, qui sont tout à la fois naturelles et invisibles, il fait vraiment "le tour" de toutes les causes possibles, ce qui en fait un historien "complet" (pour autant qu'on pouvait être historien à ce moment là, puisqu'être historien obligeait de toute façon à compiler des récits qui en partie relevaient de la légende, sans aucun moyen de parvenir à une rationalité complète). Et c'est parce qu'il a cette ambition totalisatrice qu'il peut être aussi exhaustif sur les faits qu'il relate.

 

Plutarque écrit en tant que prêtre et en tant que mystique d'Isis dont il est l'initié, dont il connaît bien la prêtresse supérieure à Delphes, et à qui il a consacré un traité (Isis et Osiris). Et tout cela n'a pas à être pris au sens métaphorique ou ironique (comme le fait trop souvent l'historiographie contemporaine laïque - voir par exemple cet article imbécile sur la parenté du héros de l'Ane d'Or d'Apulée et de Plutarque).

 

Autant je déplore les contresens modernes des rationalistes sur Plutarque, autant je ne comprends pas non plus les reproches de Kingsley à l'égard du néo-platonisme en général et de Plutarque en particulier qu'il accuse d'avoir défiguré Pythagore (comme d'ailleurs il en accuse Platon). La tradition athénienne post-platonicienne a peut-être des défauts, mais je ne crois pas qu'il faille blâmer Plutarque pour les "rationalisations" du pythagorisme. Je crois au contraire que Plutarque a le mérite d'avoir réintroduit de la nature naturante et du mysticisme dans la pensée grecque à travers la figure d'Isis (qu'il faut toujours percevoir selon moi à travers le dernier livre de l'Ane d'Or), en tenant cela "ensemble" avec beaucoup de rationalité dans l'art de l'exposé (il est vrai qu'on est très loin du chamanisme des vers d'Empédocle, mais le pari de Plutarque comme de Platon tient justement à cette idée que le divin est aussi bien dans le Logos que dans les transes de Dionysos et d'Isis, ce qui est un pari qu'on ne peut pas tout à fait abandonner...).

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