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Le blog de Frédéric Delorca

Des nouvelles de la guerre froide...

26 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Revue de presse, #Le monde autour de nous

Paul Craig Roberts (dont j'ai parlé parfois sur ce blog et dans mon livre sur mon engagement) existe encore et attire l'attention des internautes ici sur le fait que la Russie considère désormais l'OTAN comme une menace depuis qu'Obama s'obstine à installer un dispositif anti-missile (en fait lanceur de missiles) à sa frontière. Il s'inquiète du risque de guerre. Pepe Escobar (un autre vétéran des débats géopolitiques des années 2000) est plus rassurant : en cas de guerre nucléaire les Russes sont protégés, Washington le sait, et en Syrie H. Clinton ne pourra pas imposer sa no-fly zone où la Russie a déjà la sienne. L'Espagne menace de ne pas laisser les navires de guerre russes en partance pour la Syrie faire une halte à Ceuta, mais au fond, tout cela ne serait que du bluff... sauf si H. Clinton tente le "regime change " à Moscou, comme l'en accuse Diana Johnstone dans "Counterpunch".

En Bosnie les Serbes font marche arrière après leur référendum pour le 9 janvier fête nationale. Le chef du FSB russe (les services secrets) Nikolai Patrushev en visite à Belgrade offre une collaboration au ministère de l'intérieur serbe. Chacun avance ses pièces. C'est le jeu d'échecs mondial.

Si vous n'avez pas connu les charmes de la guerre froide du XXe siècle, vous allez les découvrir maintenant...

Situation confuse au Vénézuela après que la cour constitutionnelle ait invalidé la première collecte de signatures pour l'éviction de Maduro. Le Parlement de droite lance un procès en trahison contre le président mais l'armée ne suit pas, les menaces de violences dans la rue sont dans les deux camps, le pape offre ses bons offices. Malgré l'inflation, une grande partie du peuple reste mobilisée derrière le chavisme. Une résistance qui compte.

Allez, pour finir la palme de l'ignominie imbécile revient cette semaine à Boris Johnson, ministre des affaires étrangères britannique, pour sa sortie dans The Independent que les yéménites et tous les défenseurs de l'éthique apprécieront à sa juste mesure : "Si nous ne vendons pas d'armes à l'Arabie Saoudite, quelqu'un d'autre le fera à notre place".

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Aide aux esclaves de Daech : pourquoi ne faisons-nous rien ?

26 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies, #Le monde autour de nous, #Ecrire pour qui pour quoi

Il y a un peu plus d'un an, quand, après avoir regardé le reportage de la BBC sur l'action de la journaliste Nareen Shammo auprès des femmes yezidies séquestrées par les fanatiques de Daech, j'ai contacté cette journaliste, j'ai cru que mon geste allait dans le sens de ce que tout le monde pense. Les lecteurs de ce blog savent que je suis plutôt habitué des causes ultra-minoritaires qui n'intéressent personne. Là, j'ai plutôt pensé que je représenterais un millionième, un dix millionième de tous les efforts de la planète pour aider ces femmes rescapées de la pire des ignominies, et qui, ayant perdu leurs maris, leurs frères, vivent aujourd'hui sous des tentes du haut commissariat aux réfugiés. Je serais une goutte d'eau dans un océan de solidarité comme celui qui s'est mobilisé pour les victimes du tsunami il y a douze ans en Asie du Sud-Est.

Au fil des douze derniers mois, il m'est arrivé quatre ou cinq fois d'envoyer un peu de mes économies à l'organisation qui, en Irak, s'occupe de ces femmes. Un tout petit peu d'argent, vraiment trois fois rien. En retour cette association m'a envoyé des photos de femmes à qui cet argent était parvenu, celles que j'ai publiées ensuite sur ce blog pour inciter les gens à donner aussi de l'argent.

Aussi, l'été dernier, quand Nareen Shammo m'a écrit que j'étais "le meilleur ami au monde" du peuple yézidi, j'ai vraiment cru qu'elle manifestait là un penchant "marseillais" pour l'exagération... Elle, qui a été reçue par tant de médias occidentaux, qui a reçu des prix internationaux, qui a serré la main de Ban Ki-Moon et de tant de sommités et qui a accompagné à l'ONU Nadia Murad aujourd'hui lauréate du prix des droits de l'Homme «Vaclav Havel» du Conseil de l'Europe et "ambassadrice de bonne volonté pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains par l'ONU", comment peut-elle dire qu'il n'y a pas de meilleur ami des réfugiées qu'un Français très moyen comme moi qui n'a donné que quelques euros de sa poche ?

Je n'ai vraiment pas pris cela au sérieux. Mais en même temps, j'ai trouvé bizarre que Nareen m'écrive : "Frédéric, il y a une dame en France qui a promis de donner cent euros et nous n'avons toujours rien reçu pour l'heure, pourrais tu lui téléphoner stp ?"... Hé, quoi ? en était-elle à 100 euros près ? Etonnant aussi le récit que Nareen faisait sur Facebook de son passage à Genève : on avait l'impression qu'elle s'était rendue au comité des droits de l'hommes de l'ONU avec Nadia Murad un peu par ses propres moyens, ça ne sentait pas l'accueil "first class" des grandes causes de charité mondiale patronnées par Bill Gates et la Carnegie Foundation... Sur Twitter, Nareen multipliait les appels aux dons, et laissait un peu transparaître son désarroi... Il y a huit jours elle écrivait sur Twitter "Je suis vraiment fatiguée et désespérée, depuis le premier jour du génocide yezidi, nous demandons de l'aide et nous attendons des actes. Nous n'avons plus besoin de mots."

Hier, comme je lui confiais ma tristesse de ne pas pouvoir l'aider plus, Nareen m'a répondu ceci : "Tu  es un des meilleurs amis des yézidis. Tu as fait ce que personne n'a fait. C'est vrai. C'est une honte de le dire, mais vraiment il n'y a plus d'humanité dans notre monde" (You are one of best Yazidi friends, you did what nobody did.This is true, it is shame to say this but really there is no more humanity in our world.)

Je ne sais pas comment vous expliquer. Etre une goutte d'eau dans l'océan, c'est une chose. Mais agir juste un peu, en se disant qu'on ne sera qu'une goutte, et, à l'arrivée, se rendre compte qu'il n'y a pas d'océan autour de soi, qu'on a été la seule goutte, alors qu'en face, les milliers de femmes réfugiées meurent de soif, soif de ce minimum de reconnaissance auquel elles auraient pu prétendre après l'horreur qui s'est abattue sur elles - une reconnaissance qui aurait pu se manifester par quelques billets de dix euros - c'est absolument terrifiant !

"Vraiment il n'y a plus d'humanité dans notre monde". Cette phrase me poursuit depuis hier soir. Non seulement personne en Europe n'a agi pour empêcher l'éclatement communautaire de l'Irak après l'invasion américaine criminelle, personne n'est descendu dans la rue pour protester contre la montée en puissance des bailleurs de fonds de Daech, l'Arabie Saoudite et le Qatar, au moment des Printemps arabes, mais aujourd'hui tout le monde hausse les épaules devant le martyr de ces femmes yézidies en se disant qu'il y aura bien quelqu'un à l'ONU pour s'occuper d'elles...

Oui, bien sûr, le haut commissariat aux réfugiés assure le minimum : il fournit des tentes, et de la nourriture. Mais est-ce que ça nous dispense de faire plus ?

On voit bien les illusions d'optique dans lesquelles on se laisse prendre. Le système médiatique nous fait croire que parce qu'une femme est félicitée par l'ONU, cela suffit, que derrière un charity business va se mettre en place. Mais c'est faux. Cela n'a rien d'automatique. Et d'ailleurs, même si ça avait été le cas, qu'est-ce qui nous empêchait nous, à titre individuel, nous qui sommes si fiers de défendre nos valeurs contre l'intégrisme de Daech, de faire aussi à notre tour, à titre personnel, un petit geste concret en direction de ces femmes ?

Oui, certes, il y a d'autres calamités ailleurs. L'ouragan à Haïti, le nombre incroyable de morts et de réfugiés au Sud Soudan etc. Mais en quoi ces calamités là nous dispensent-elles de nous poser la question "pourquoi ne donnerais-je pas 50 euros pour les femmes yézidies ?". Nous avions là une cause facile à cerner, qui ne touchait pas des millions de gens comme le tsunami d'il y a douze ans. Une cause directement liée aux erreurs de notre politique étrangère, et directement en rapport avec les attentats perpétrés sur notre sol. Ceux qui attaquaient la France, la Belgique, l'Europe sont aussi ceux qui ont massacré ce groupe ethno-religieux irakien et réduisent ses femmes aux pires abominations. Quand bien même des milliards d'euros afflueraient vers ces femmes rescapées (ce qui n'est hélas pas du tout le cas), qu'est-ce qui nous empêchait de dire "moi aussi je veux vous dire que je connais votre martyr et que je vous soutiens" ?

Je me suis repassé le film des derniers mois. Cet été, alors que mes billets sur les yezidis ne suscitaient que quelques "likages" sur Facebook, une femme médecin m'a écrit qu'elle voulait aider les femmes outragées. Je lui ai donné les coordonnées de Nareen, et puis plus rien, la dame s'est volatilisée dans la nature. Sans doute dépassée par ses activités quotidiennes. Dépassée surtout par l'idéologie du zapping des mails, et le principe que, de toute façon, personne n'est obligé de respecter ses engagements (vive la consommation des rapports humains !). A cette occasion, Nareen m'avait dit : "on a un fort besoin de psychologues sur place dans les camps pour aider les femmes". J'ai écrit à une copine psychologue. Elle m'a répondu : "Je réfléchissais mais je ne vois personne autour de moi susceptible de partir. d'autant que la mission demande des compétences bien précises sur les traumatismes et les syndromes afférents au stress post-trauma.Je te conseille de tenter une annonce au Journal des Psychologues, à la FFPP, fédération française des psychologues et de la psychologie, ou encore de voir avec les labos dans les facs de psycho.Si je pense à d'autres pistes, je te tiendrai au courant. En tout cas, je te félicite pour ton engagement !"

Féliciter, réfléchir. Ils sont tous bons pour cela. Mais elle ne m'a pas demandé les coordonnées pour envoyer 50 euros par Western Union. C'est à ça que faisait référence le tweet de Nareen sur le fait qu'il lui faut des actes...

J'ai écrit à une amie prédicatrice protestante. Elle m'a répondu le 1er octobre : "Non, je n’ai pas de psycho sous la main, capable d‘un tel travail d’aide. J’ai eu à traiter spirituellement beaucoup de femmes violées (c’est épouvantable, leur nombre, y compris dans les meilleurs familles. Mais aujourd’hui dans beaucoup d’endroit, ex Caraïbes, toutes les fillettes sont violées par un membre de leur famille… c’est devenu la norme !). Il faut un miracle divin pour le pardon (pas facile car elles sont souvent dans le déni), l’abandon de la colère,. Mais c’est Jésus seul qui peut guérir les coeurs brisés (Es 61 - Lu 5)." Dix jours plus tôt je lui avais parlé de la possibilité de verser de l'argent par Western Union et je lui avais envoyé les articles de mon blog. Elle m'avait répondu : "Dieu nous donne des fardeaux, le coeur pour agir, et les moyens pour le faire ! C’est très bien, votre action: que de souffrances horribles  !"

Des paroles intéressantes, des félicitations, mais il manquait toujours ce réflexe de dire "Allez, donnez moi un contact en Irak que je puisse verser un peu d'argent" ou même l'idée de publier sur son blog (elle a des centaines de lecteurs) un appel au don. Qu'est-ce que ça lui aurait coûté ?

Je ne laisse pas de m'interroger sur cette culture des mots que nous avons et cette difficulté que nous éprouvons pour aller au bureau de poste à côté de chez nous envoyer un peu d'argent. Or cela seul peut être qualifié d' "acte". Les mots, les mots... Alors moi, je suis un très mauvais "fund raiser". Je ne sais pas dire "madame, allez y postez un billet pour les femmes yézidies sur votre blog" ou "ma chère camarade psychologue, plutôt que de réfléchir aux moyens idéaux d'aider ces femmes pourquoi n'irais tu pas à ton bureau de poste toi aussi ?" J'attends que ça vienne spontanément des gens. Et apparemment ça ne vient pas. Ca se perd dans les tuyaux de l'abstraction. Nous sommes un peuple terriblement abstrait...

Enfin, voilà, au moins maintenant vous savez. Vous savez que, si les chrétiens orientaux bénéficient de réseaux d'entraide dans les paroisses et les évêchés d'Europe occidentale, les yazidis, bien qu'ils aient des porte-paroles invités sur nos plateaux de télévision et au conseil des droits de l'homme de l'ONU, ne reçoivent rien sur le terrain, sauf un soutien minimal du HCR. Donc si vous pensez pouvoir faire quelque chose n'hésitez pas. 

Aide aux esclaves de Daech : pourquoi ne faisons-nous rien ?
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Les pro-OTAN en mauvaise posture en Moldavie

25 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Transnistrie, #Colonialisme-impérialisme, #Peuples d'Europe et UE

Alors que les pro-OTAN ont gagné de peu et dans des conditions plutôt troubles les élections au Montenegro, ils risquent de les perdre en Moldavie. Igor Dodon, leader du parti des socialistes de Moldavie, souvent présenté comme le candidat de Moscou (dans un débat télévisé il vient d'ailleurs de valider le rattachement de la Crimée à la Russie) est crédité selon un sondage publié lundi dernier de 41% d'intentions de vote aux prochaines élections présidentielles du 30 octobre contre 14 % pour  Maia Sandu, leader du Parti de l'Action et de la Solidarité, supposée être la candidate des Etats-Unis, et 11 % pour Marian Lupu du Parti démocrate de Moldavie, selon un sondage de lundi dernier.

De quoi réjouir les Transnistriens qui pourraient bénéficier d'une fenêtre d'ouverture pour la normalisation comme à l'époque de Voronine. En revanche cela ne fera pas l'affaire du régime de Porochenko à Kiev. On peut compter sur lui, en alliance avec le gang Clinton-Nuland-Biden si tout ce petit monde est porté au pouvoir à la Maison Blanche, pour déployer des intrigues à Chisinau, avec la bénédiction du très atlantiste Alain Juppé...

Avant d'oublier, je conseille à mes lecteurs anglicistes la lecture du bon article de Cockburn sur le parallèle Alep-Mossoul, même si c'est hors sujet par rapport à la Moldavie (quoique...). On peut aussi en trouver un résumé en français ici.

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Mauvaise année 2017 en perspective...

21 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous, #Les Stazinis, #Colonialisme-impérialisme, #Proche-Orient

Je ne suis pas optimiste... Mossoul va tomber, mais Erdogan fait ce qu'il veut en massacrant 200 combattants kurdes aujourd'hui avec la bénédiction des Etats-Unis, et l'Etat islamique active ses cellules dormantes à Kirkouk, ce qui donne une idée de ce qu'ils feront l'an prochain avec leurs cellules en Europe quand ils ne contrôleront plus de territoires en Irak (et peut-être en Syrie ? car j'espère quand même que Washington ne laissera pas EI se masser à Raqqa comme Nasrallah l'a laissé entendre).

Les Etats-Unis auront la cynique Hillary Clinton à leur tête, celle qui voulait provoquer un "printemps catholiques" avec une ONG à sa solde pour renverser a hiérarchie romaine (dixit Wikileaks) et qui tient toujours à instaurer, comme en Libye jadis, une no-fly zone en Syrie au risque d'une guerre avec les Russes (au fait, messieurs du Crif, en quoi est-ce si mal que M. Poisson ait affirmé que cette candidate était liée à des intérêts "sionistes" ? l'Aipac n'est-elle pas sioniste ?). En France nous aurons Sarkozy ou Juppé comme président de la République, et je doute qu'ils aient la carrure pour faire face aux tensions provoquées par la montée de la menace terroriste. Il est vrai que maintenant que le ministère de la défense a livré son système informatique à Microsoft nous pouvons directement dissoudre l'Etat français, et même l'Union européenne et en faire un 51ème des Etats-Unis d'Amérique (ou former les Etats-Unis transatlantistes). Merci en tout cas à François Hollande de s'être définitivement ridiculisé avec son dernier livre de confidences (ça pourrait nous éviter de voir sa bouille sur nos affiches électorales l'an prochain, mais bon, celle de Valls ne vaut pas mieux), et merci aux Wallons d'avoir joué au village gaulois face au traité euro-canadien qui préfigure si bien le traité transatlantique qu'on tient tant à nous imposer. Mais ces petites satisfactions n'effacent point les augures amers qui planent sur 2017...

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Victoire des atlantistes au Montenegro sur fond de manigances

18 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme, #Peuples d'Europe et UE

Milo Djukanovic, ancien collaborateur de Milosevic devenu chantre du soutien à l'OTAN pendant la guerre du Kosovo, a remporté les élections législatives au Montenegro et s'apprête à arrimer son pays à l'Alliance atlantique. Son parti, le Parti démocrate des socialistes a gagné 41 %. L'opposition (Front démocratique et Coalition clé) a reconnu a défaite puisqu'elle n'aura que 39 sièges sur 81 au parlement, bien qu'elle totalise 40 % des voix, mais a souligné que le vote des Monténégrins a pu être faussé par l'allégation faite par les autorités monténégrines qu'une vingtaine de Serbes du village de Zubun Potok au Kosovo, dirigées par un général de gendarmerie serbe à la retraite Bratislav Dikic auraient été arrêtés près de Podgorica alors qu'ils tentaient d'obtenir des armes automatiques pour attaquer les institutions monténégrines. Selon le parquet ils devaient attaquer les gens assemblés devant le parlement lors de la proclamation des résultats, prendre d'assaut l'immeuble, proclamer la victoire de l'opposition et arrêter Djukanovic.

Le premier ministre serbe Vucic a affirmé que la police du Montenegro avait agi sur la base de fausse informations du commandant albanais Selimaj et suspecte un coup monté du gouvernement de Podgorica pour pousser les électeurs monténégrins dans les bras de l'OTAN...

 

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N'oubliez pas les Yezidis

15 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Aide aux femmes yezidies

L'inquiétude est d'actualité à la veille de l'attaque de Mossoul à l'occasion de laquelle on redoute une fuite massive des civils, mais aussi leur massacre tandis que, selon des médias russes, les USA en accord avec le régime saoudien seraient prêts à accorder une échappatoire à Daech (info ou intox ? Nasrallah au même moment affirme que Washington voudrait laisser Daech se concentrer à l'Est de la Syrie). Les unités de défense de Shingal (YBS) ont manifesté par la voix du commandant Dijwar Feqir leur souhait de participer à l'attaque pour libérer les dizaines femmes yezidies toujours détenues par Daech dans la ville, et qui avaient été raflées à Shingal en 2014, et venger les autres, et ce contre l'avis de l'ex-gouverneur de Mossoul Nujaifi qui dirige 4 500 hommes encadrés par des Turcs et des Américains et qui voudrait que seuls des Irakiens sunnites libèrent la ville.

Les femmes yezidis font parler d'elles dans la presse allemande, le prix des droits de l Homme «Vaclav Havel» du Conseil de l'Europe a été décerné, le 10 octobre dernier, à Nadia Mourad Basee Taha, ex-esclave sexuelle yezidie de Daech après avoir été nommée en septembre ambassadrice de bonne volonté pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains par l'ONU (et qui était nominée pour le Nobel de la paix mais ne l'a pas eu). Nous avons aussi parlé au cours des dernières semaines de Nareen Shammo qui a beaucoup secondé Nadia Mourad en septembre à l'ONU. Elle publie cette semaine sur son compte Facebook un billet sur l'accueil que lui a réservé Die Linke début août, et j'apprends à cette occasion qu'elle a reçu le prix féminin Clara Zetkin l'an dernier - il n'y a pas que le pape François qui prie pour les femmes yézidies...

Si vous souhaitez faire un don par Western Union à travers Al-smoqi charity assembly qui s'occupe des femmes libérées par Daech mais sans famille qui vivent avec leurs enfants dans des camps au Kurdistan irakien, contactez moi, je vous donnerai les coordonnées d'un destinataire sur place.

N'oubliez pas les Yezidis
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L'UNESCO sur Jérusalem

14 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Proche-Orient

La presse israélienne  regrette que la dernière résolution de l'UNESCO du 13 octobre dernier condamnant l'action policière sur le Mont du Temple (Esplanade des Mosquées) et les préjudices causés aux musulmans sur ce sanctuaire ne mentionne le patrimoine culturel de ce haut lieu des trois grandes religions monothéistes que sous l'angle musulman, mais se réjouit cependant que l'Argentine et l'Inde aient basculé dans le camp de l'abstention par rapport à leur précédent vote positif sur des résolutions semblables. Le commentaire de la presse et de la classe politique israéliennes selon lequel cette résolution prétend couper le Mont du Temple de toute référence à la religion juive paraît tout de même excessif dans la mesure où le fait que la résolution insiste sur l'héritage culturel islamique en danger n'est pas exclusif de la reconnaissance de l'appartenance du lieu au deux autres religions. Voir le texte de la résolution en français ici.

Voici le détail des votes par pays.

Pour (24) : Afrique du Sud, Algérie, Bangladesh, Brésil, Chine, Egypte, Iran, Liban, Malaisie, Maroc, Maurice, Mexique, Mozambique, Nicaragua, Nigéria, Oman, Pakistan, Qatar, République dominicaine, Russie, Sénégal, Soudan, Tchad et Vietnam.  

Contre (6) : Allemagne, Estonie, Etats-Unis, Lituanie, Pays-Bas et Royaume-Uni.

Abstention (24) : Albanie, Argentine, Cameroun, Corée du Sud, Côte d’Ivoire, Espagne, France, Ghana, Grèce, Haïti, Inde, Japon, Kenya, Népal, Ouganda, Paraguay, Saint-Christophe-et-Niévès, Salvador, Slovénie, Sri Lanka, Suède, Togo, Trinidad et Tobago et Ukraine.

Absents (2) : Serbie et Turkménistan.

 

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St Jacques de Compostelle et Rocamadour

14 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Béarn, #Grundlegung zur Metaphysik, #Moyen-Age

"Il ne faut pas aller à St Jacques de Compostelle, c'est le royaume des morts", me disait une prédicatrice évangélique spécialiste de la démonologie il y a peu. Pour elle le culte des saints catholiques revient à une abominable invocation des morts prohibée par l'Ancien Testament... Le propos n'est pas si absurde. C'est vrai que St Jacques est d'abord une affaire d'ossements et de reliques. Au IXe siècle l'évêque Théodemir découvrait le squelette de cet apôtre dans un mausolée romain, ce qui allait en faire le plus grand lieu de pèlerinage de la chrétienté médiévale.

Je trouve que Bunuel dans son film "La voie lactée" rend bien justice à cet aspect des choses quand les deux mendiants sur le chemin de la Galice voient un quidam leur expliquer "Rebroussez chemin, on vient de découvrir que les restes dans le tombeau n'étaient pas ceux de St Jacques le Majeur mais de l'obscur hérétique Pélage, il n'y a plus rien à Compostelle", ce qui est d'autant plus drôle que Pélage dans le film avait été présenté comme une sorte de gnostique libertin.

Je lisais récemment un article qui montrait qu'au Moyen-Age ce haut lieu de culte mortuaire d'un apôtre faisait système avec un autre du même acabit dans le Sud-Ouest de la France : Rocamadour où, en 1166, furent trouvés les ossements d'un Saint Amadour identifié à Zachée, l'agent du fisc chez à qui Jésus avait rendu visite (Luc 19-1 à 10) et qui se serait retiré en Gaule avec son épouse Ste Véronique dans la solitude de Rocamadour comme Ste Marie-Madeleine à Ste Baume.

En 1172 fut établi un récit de 142 miracles survenus autour du sanctuaire de Notre-Dame-de-Rocamadour. Un d'eux fait état d'un jugement de Dieu dont aurait victime la reine (en fait princesse) Sancha, Sancie, épouse de Gaston V de Béarn, mort en 1170 sans postérité, soupçonnée d'avortement criminel, jetée du haut du vieux pont de Sauveterre-de-Béarn, qui fut sauvée du flot du gave en implorant Notre Dame de Rocamadour.

La princesse, fille du roi de Navarre, broda à la gloire de sa libératrice une tapisserie et l'envoya à l'église de Rocamadour par l'intermédiaire de l'abbé Géraud d'Escoraille, abbé du monasyère de Tulle et de Rocamadour, qui revenait de St Jacques de Compostelle.

Les trois récits connus du miracles divergent sur le nom de l'héroïne et la date de l'événement. Ce jugement de Dieu en Béarn est improbable puisque la princesse est censée avoir été jugée par les navarrais (on estime que la princesse rendant visite à sa mère en Béarn aurait plutôt été menacée de noyade mais non en vertu d'une procédure judiciaire). Tout porte à croie que la légende fut forgée à Rocamadour puis importée à Sauveterre. Sa précision surprend cependant par rapport à celle des autres miracles de la série est les historiens s'accordent à penser que la remise d'une tapisserie à l'abbé Géraud de retour de St Jacques pour Rocamadour est authentique car un des auteur des manuscrits en a été le contemporain et elle figure à l'inventaire des cadeaux au sanctuaire avant que les Huguenots ne saccagent ce repaire du paganisme idolâtre. Etienne Doze, ancien magistrat, dans "Miracles à Sauveterre de Béarn" (Revue de Pau et du Béarn 1997 p. 262 et suiv) note que "le don de Sancie s'inscrit dans un remarquable courant de dévotion des souverains espagnols vis-à-vis de ND de Rocamadour", qu'il attribue à une possible jalousie des navarrais et des castillans à l'égard des rois du Léon qui contrôlaient Compostelle. Les dons des rois espagnols à Rocamadour sont nombreux et Alphonse VIII de Castille avait notamment offert à ND de Rocamadour et à l'abbaye de Tulle en 1181 deux villas sur le chemin de St Jacques. Un étendard offert par le roi de Castille à ND de Rocamadour  avait dû être rapatrié suite à une vision à la veille de la bataille de Las Navas de Tolosa ce qui aurait assuré la victoire aux chrétiens en 1212.

On voit à travers cet exemple l'existence de complémentarités et de rivalités entre des pôles de dévotion et de pèlerinage axés chacun sur leurs propres reliques et qui jouent un rôle important dans la vie spirituelle et politique des familles royales d'Europe occidentale, tout un système qui est peut-être éloigné de la notion biblique de salut à laquelle se réfèrent aujourd'hui (comme leurs ancêtres huguenots) les évangéliques aujourd'hui mais qui était manifestement très ancré dans la socio-anthropologie des XIe et XIIe siècle.

 

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"Enlisement des euratlantistes et déclin du non-alignement : un bref tour d’horizon"

12 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Actualité de mes publications, #Colonialisme-impérialisme, #ICD

Ci-joint mon article paru dans L'Arme et la Paix, revue de l'association Initiative Citoyenneté Défense (ICD), n° 34 d'octobre 2016, en ligne ici.

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 Enlisement des euratlantistes et déclin du non-alignement : un bref tour d’horizon

 

L’équilibre géostratégique mondial en cette rentrée 2016 semble caractérisé par deux éléments contradictoires : à la fois un enlisement de l’hégémonisme euratlantiste qui en fragilise les bases, et un affaiblissement des résistances « non-alignées », notamment de l’association qu’on a appelé les BRICS…

 

L’agressivité du système occidental reste intacte même si sans doute la présidence d’Obama aura été moins belliqueuse que celle de M. Bush (encore  a-t-elle quand même débouché sur un conflit ouvert en Libye dans le sillage des « printemps arabes », une très sale guerre des drones menée à vaste échelle d’une façon tout à fait assumée par la Maison blanche et à une horrible guerre par procuration en Syrie qui aurait sans doute dégénéré en guerre ouverte si la Russie n’avait pas montré ses muscles). Au moins Obama aura-t-il eu la sagesse de normaliser avec l’Iran malgré les pressions israéliennes et avec Cuba (un apaisement intéressé et en grande partie hypocrite, mais il n’est pas sûr que son successeur fasse aussi bien).

 

La logique de guerre froide notamment a été dangereusement relancée après l’annexion de la Crimée par la Russie (annexion qui est pourtant beaucoup moins choquante pourtant que la reconnaissance du Kosovo par Washington en 2008  puisqu’à la fois elle répond au souhait des populations locales en réplique au coup d’Etat d’ « Euromaidan » de février 2014 et ne fait que rétablir un statu quo ante d’avant 1950). Les sanctions économiques contre la Russie, la construction d’un système anti-missile en Roumanie et en Pologne marquent un durcissement de la stratégie d’intimidation à l’encontre de Vladimir Poutine.

 

En Extrême-Orient on voit bien que la surenchère des adversaires de Pékin, de Hanoi à Séoul,  oblige Washington à un bras de fer absurde, alors que les prétentions de la Chine sur les îlots qui l’entourent ne menacent en rien les intérêts nationaux des Occidentaux.

 

Mais l’obstination des euro-américains à affirmer leur leadership militaire mondial est minée par les effets boomerangs de cette politique agressive.

 

Le premier effet est bien sûr le cancer de Daech que les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne ont laissé se développer en Irak et en Syrie. A Bagdad par faiblesse à l’égard du régime de Maliki, à Damas en soutenant Al Nosra/Al Qaida contre le régime légal, alors qu’une totale porosité existait entre  Al Qaida et Daech Et surtout, bien sûr, en laissant la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite armer les djihadistes (le coup d’Etat organisé contre l’émir du Qatar et l’acceptation de la liquidation des Frères musulmans en Egypte par Al-Sissi  n’est venue inverser la tendance que tardivement et de manière incomplète car  Riyad a finalement pris le relais de Doha dans le rôle du pyromane au Proche-Orient). Le cancer djihadiste au Proche-Orient et en Afrique (AQMI, Boko Haram, les Shebab), qui épuise nos ressources militaires déjà affaiblies par les coupes budgétaires néo-libérales, frappe maintenant en Europe presque tous les mois à petite ou moyenne échelle, et menace d’augmenter à mesure que les volontaires embrigadés par Daech reviendront sur notre continent dans les pays dont ils ont déjà la nationalité, ou s’y infiltreront à travers les cohortes de migrants dont on ne sait plus s’ils sont des réfugiés politiques ou pas. Et n’oublions pas que les effets collatéraux des frappes aériennes, menées avec l’aval du gouvernement local en Irak été Libye, mais sans celui du gouvernement syrien dans la province de Raqqa fabrique de nouveaux soutiens potentiels aux djihadistes chaque jour. Il y a la les effets d’une politique de gribouille dictée par un mélange d’intérêts économiques (les intérêts des classes dirigeantes à s’allier aux pétromonarchies, et à faire baisser le coût du travail par une politique migratoire laxiste comme on l’a vu en Allemagne), d’aveuglement idéologique devant la mythologie des « printemps arabes », de l’islamisme « modéré » d’Erdogan etc, sans oublier bien sûr le secret espoir de faire éclater deux pays (l'Irak et la Syrie) dont le nationalisme arabe gênait Israël, comme le mélange de panarabisme et de panafricanisme de Kadhafi gênait le néo-colonialisme en Afrique.  On ne rappellera jamais assez que tous ces égarements sont largement dûs au totalitarisme intellectuel qui conditionne nos sociétés, et à l’absence de contrepouvoirs réels. Par exemple, si après la mort de Kadhafi, nos médias avaient, comme le faisaient les Russes, dénoncé les crimes de guerre terrible commis par les milices portées au pouvoir place par MM. Sarkozy, Cameron et Mme Clinton alors secrétaire d’Etat américaine à Syrte l’ancien fief du dictateur libyen, ce fief n’aurait pas été laissé  son désespoir et à sa ruine, et ne serait pas devenu, comme aujourd’hui, un fief de Daech. Pour lutter contre l’extrémisme djihadiste il faut une culture du débat et de la recherche sincère de la vérité que nos soi-disant démocraties n’ont pas. Mais il est vrai que tout cela ne nuit pas à la carrière de nos politiciens peu scrupuleux qui se bornent ensuite à nous infliger des états d’urgences illimités.

 

Le deuxième effet boomerang est la fatigue des opinions publiques devant les politiques bellicistes. Cette fatigue a « boosté » de façon inattendue (quoique semble-t-il d'une façon assez éphémère) des personnalités politiques de gauche comme Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne, ou Bernie Sanders aux Etats-Unis. Mais elle a aussi favorisé des mouvements politiques de droite isolationnistes, en France (le Front national), en Autriche, au Royaume-Uni.  Dans le cas britannique, je crois, à la différence de Chomsky, que la sortie de l’Union européenne portée par Ukip, et suivie par une partie du Parti conservateur et de l’électorat travailliste ne faisait pas spécialement le jeu des Etats-Unis, sans quoi Obama, l’establishment washingtonien, et tout l’establishment atlantiste qui gouverne le monde ne se seraient pas si lourdement mobilisés contre le Brexit. Ne serait-ce qu’à cause de l’effet domino possible sur  les Pays-Bas, la Tchéquie, la France etc, le Brexit est dangereux pour le système économique et de défense atlantique, en plein milieu notamment de la négociation du traité de libre-échange transatlantique. D’ailleurs au dernier sommet de l’OTAN à Varsovie Londres a refusé d’augmenter sa contribution à l’effort militaire de l’OTAN. Mais il est vrai que le système n’est pas à court de ressources pour neutraliser les effets de la sécession britannique, comme ils vont maintenant l’imposer à Londres en conditionnant la poursuite des échanges trans-Manche à l’application par Londres des « quatre libertés », c'est-à-dire la prorogation de facto de la validité des règlements européens. Le Brexit ne peut vraiment déstabiliser le système que si d’autres peuples comme la France prennent très vite le relais des Britanniques.

 

Le boomerang populiste fonctionne aussi aux Etats-Unis avec l'étonnant Donald Trump. Beaucoup d’aspects de son discours peuvent déplaire – quoiqu’on puisse aussi n’y voir que des répliques provocatrices à la dictature morale du « politiquement correct » – et sa volonté de ne pas dire ce que sera sa politique étrangère a de quoi inquiéter. Mais son indépendance financière (notamment à l’égard du lobby pro-israélien), sa condamnation de la politique de Clinton et Bush en Irak, sa modération à l’égard de Poutine, sa critique de la technostructure de l’OTAN sont interprétées à juste titre par beaucoup d’Américains comme autant de signes qu’avec Donald Trump au pouvoir la « pensée unique » de l’establishment américain en matière de politique étrangère depuis 60 ans pourrait être sensiblement remise en cause, d’autant qu’il a très bien compris que la politique interventionniste à l’étranger, qui est solidaire de la politique « globalisatrice » de libre-échange, ruine les Etats-Unis. Les Nord-Coréens qui ont fait l’éloge de Trump ont bien compris son apport potentiel à la paix mondiale. Bien sûr on sait que les candidats américains peuvent difficilement tenir leurs promesses : George W Bush avant d’être élu voulait fermer de nombreuses bases américaines (très coûteuses), notamment dans les Balkans, pour mettre en œuvre un système de frappes aériennes aux quatre coins du monde au départ des Etats-Unis. Il a dû y renoncer après le 11 septembre. Et Obama n’est toujours pas arrivé à fermer le camp de Guantanamo près de huit ans près sa première élection… Il n’est pas sûr qu’un Donald Trump, qui a rencontré Henry Kissinger il y a peu, tiendrait le cap d’une politique anti-Establishment en accédant à la présidence. Mais au moins il aura donné quelques sueurs froides aux gestionnaires du système et suscité le sentiment qu’au cœur même de l’Empire américain certains dogmes peuvent être ébranlés.

 

Mais la grande chance des Occidentaux ce sont les faiblesses de leurs adversaires. La dépendance structurelle de la Russie et du Venezuela à l’égard du cours de pétrole a permis à l’Arabie saoudite d’affaiblir leur capacité d’action sur la scène internationale. Et la Chine, malgré de spectaculaires progrès dans les industries de pointe et dans l’équipement militaire (comme la Russie) est empêtrée dans les difficultés internes auxquelles sa croissance économique l’expose. Les élites des pays « non alignés » ne sont pas toujours à la hauteur de leur mission historique. Maduro n’a pas l’envergure de Chavez, et il laisse se développer la corruption, ce qui permet en réplique à l’oligarchie de lancer une contre-offensive. Dilma Rousseff a perdu beaucoup de soutien de gauche en lançant un tournant libéral dans sa politique économique, ce qui la prive de ressources politiques face au coup d’Etat judiciaire résultant de l’affaire Petrobras. Les péronistes argentins n’ont pas vu la montée en puissance des libéraux à la fin du mandat de Cristina Kirchner. Morales en Bolivie s’est aveuglé sur ses chances de réformer la constitution. L’Afrique du Sud est un système authentiquement corrompu, qui, en même temps, n’a peut-être pas suffisamment fait face au fossé qui oppose la pauvreté des classes populaires noires à la mainmise persistante des grands trusts gouvernés par les blancs sur l’économie du pays.

 

Les pays animés par un fort consensus de long terme pour le non-alignement aussi bien au niveau du peuple que des dirigeants comme Cuba (pour autant qu’on puisse en juger) ou l’Algérie, ne sont pas si nombreux. Et l’opportunisme est souvent la règle, comme on le voit avec la Biélorussie qui, après avoir souvent uni son vote au Zimbabwe et à la Corée du Nord à l’assemblée générale des Nations Unies, s’est empressée de se rapprocher des occidentaux dans l’affaire ukrainienne.

 

Heureusement il y a quand même de bonnes surprises.

 

En juin dernier les Philippines ont élu à la présidence un populiste  Rodrigo Duterte , homme  à poigne mais qui n’a pas hésité à heurter l’oligarchie locale en proposant une réforme agraire, en lançant un processus de paix avec la guérilla marxiste du Front démocratique national des Philippines, en condamnant le rôle funeste de l’Eglise catholique romaine dans la démographie galopante du pays, et surtout en dialoguant avec la Chine sur la question de la souveraineté maritime, là où on ne constate par ailleurs que des crispations.

 

Et la résistance du petit peuple yéménite face aux attaques barbares de la coalition saoudienne et de ses mercenaires dont nos médias parlent trop peu force notre respect, même si c’est sans grand effet sur l’échiquier mondial.

 

Au milieu de cette dialectique étrange entre une agressivité de l’Occident limitée par ses propres contradictions internes, et les contradictions des non alignés eux-mêmes, les opérations de gouvernements aventuriers ou de groupes corsaires, sous de vrais ou de faux drapeaux, souvent manipulés par des intérêts économiques occultes bien introduits auprès de Wall Street et du Pentagone, sont toujours susceptibles de déstabiliser la paix ici ou là.

 

En Ukraine où la guerre a fait 10 000 morts en 16 mois (loin des 300 000 de Syrie, mais tout de même...), le nouveau régime de Porochenko et son club d’oligarques, malgré ses difficultés économiques le chemin des armes en lançant une offensive sur la mer d’Azov contre les séparatistes du Donbass alors que les réformes politiques prévues par les accords de Minsk ne sont pas mises en œuvre. Cela rappelle les folies du géorgien Saakachvili (qui s’est d’ailleurs recyclé dans la classe politique ukrainienne) à la grande époque de son idylle avec George W.Bush.

 

Les dirigeants croates se répandent en propos-anti-serbes, et continuent à s’autocongratuler du bilan de l’opération Tempête (qui a éradiqué par la force en 1995, avec la complicité de Bill Clinton, en quelques jours la présence serbe de Krajina ancienne de plusieurs siècles, jetant 200 000 réfugiés sur les routes). Le 5 août dernier Kolinda Grabar-Kitarović (issue des rangs  du parti nationaliste HDZ et proche des néo-cons américains, ancienne secrétaire générale adjoint de l’OTAN qui a grandi en Amérique), a parlé à ce sujet d’une opération « éthiquement propre » ce qui évoque le pire vocabulaire oustachi des années 1940, et fait craindre de nouvelles initiatives anti-serbes du gouvernement croate déjà soupçonné d’opérer discrètement avec les médias du groupe Soros en Voïvodine serbe. 

 

Evidemment l’Union européenne ne condamne pas l’attitude de ce nouveau membre qu’elle a accepté à sa table à la suite du lobbying de ce qu’il reste des Habsbourg… Cela rappelle l’infinie complaisance de François Hollande à l’égard du révisionnisme pro-SS des Baltes (on attend toujours que la France se désolidarise du refus américain de voter la résolution que la Russie fait adopter chaque année à l’ONU pour condamner la nostalgie du nazisme). On a l’impression d’un feu vert donné à toutes les surenchères anti-russes et anti-serbes en Europe de l’Est.

 

Il en va de même pour les crispations anti-chinoises en Asie : Shinzo Abe au Japon (dont le gouvernement tient le même discours révisionniste que les Baltes sur le fascisme, notamment à propos des massacres de Nankin en Chine en 1937) veut inclure dans la constitution la possibilité d’une action de l’armée hors des frontières, la Corée du Sud se dote d’un système anti-missile High Altitude Area Defence (THAAD) qui inquiète plus Pékin que Pyongyang, à Taiwan l’indépendantiste Tsai Ing-wen évince le Kuomintang interlocuteur habituel de Pékin, et Hongkong menace de constituer un foyer sécessionniste comme au Tibet si la République populaire perd le contrôle de son gouvernement local. 

 

L’offensive azerbaïdjanaise contre l’Arménie au printemps dernier (du temps où Bakou se sentait soutenu par Erdogan), les menaces de l’Ethiopie (alliée des Etats-Unis) contre l’Erythrée, les manœuvres rwandaises au Burundi, le coup de pouce de la chaine anglaise Sky News (propriété du magnat  Rupert Murdoch, le patron de Fox News qui avait monté en 2010 une chaine de TV d’ingérence en Iran avec les fonds d’USAID)  cet été au pasteur-homme d’affaire opposant à Mugabe Evan Mawarire, ou l’alliance Museveni-Netanyahu (et toujours USAID…) au service de la sanglante dictature de Kiir au Sud-Soudan (où le bilan des morts pourrait être plus proche de celui de la Syrie que de celui de l'Ukraine) peuvent aussi être citées comme exemples d’aventurismes que les déséquilibres actuels favorisent.

 

Au milieu de tout cela la démocratie, elle, est de plus en plus bradée : en Europe et en Amérique du Nord avec l’opacité de nos gouvernements et la démagogie médiatique, en Asie avec le projet de réforme constitutionnelle au Japon ou avec la politique de fer du gouvernement sud-coréen. La presse occidentale et les intellectuels médiatiques qui étaient si pugnaces contre la junte birmane (mais sont beaucoup plus indifférents devant la politique de répression des ethnies musulmanes que mène Aung San Suu Kyi, qui est maintenant le leader de facto du pays), restent muets devant la réforme constitutionnelle proposée en Thaïlande pour y renforcer le pouvoir des militaires. Jacques Attali lui-même, qui n’est pourtant pas souvent pertinent, en 2014 s’était inquiété de voir la banalisation des putsch contre des gouvernements élus de Kiev au Caire (il aurait aussi pu citer le Honduras). Pour la paix en Asie du Sud-Est-ce n’est en tout cas pas forcément une bonne nouvelle quand on se souvient des accrochages survenus à la frontière du thaïlando-cambodgienne. Par démocratie, il faut bien sûr entendre aussi la démocratie sociale sans laquelle les gens ne peuvent pas accéder à une véritable citoyenneté. L’adoption de la loi travail en juillet dernier en France qui fragilise la place du code du travail dans la hiérarchie des normes, le vote en Inde au même moment d’une loi qui va légaliser les trois quarts du travail actuellement illégal des enfants de moins de quatorze ans, sont deux indicateurs entre mille de la tendance mondiale actuelle.

 

Voilà qui devrait inciter chacun à toujours plus d’engagement et de vigilance s’il veut léguer à ses enfants un monde moins dangereux, plus juste et plus solidaire.

 

                                                                                              Frédéric Delorca

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Les questions sociétales menacent le processus de paix en Colombie

12 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes, #La gauche, #Le monde autour de nous

Les questions sociétales menacent le processus de paix en Colombie

Voici un point qui devrait faire réfléchir la gauche sur sa trop grande polarisation sur les questions sociétales, non seulement au détriment des questions de classes, mais aussi au détriment de la paix.

Je lisais ce matin dans le journal espagnol "El Pais" intitulé "Le vote évangélique clé de la victoire du «non» lors du référendum en Colombie" qui expliquait que si le 2 Octobre dernier, le référendum n'a pas validé les accords de paix négociés pendant quatre ans avec les FARC à La Havane, ce n'est pas seulement à cause de l' ouragan Matthew qui a empêché de nombreux électeurs sont allés voter (ouragan dans lequel les croyants verront la main de Dieu), mais surtout parce que le président Juan Manuel Santos n'a pas réussi à convaincre les 10 millions de chrétiens évangéliques du pays (selon la estimations du ministère de l' Intérieur), que l'accord ne mettait pas « en danger la famille traditionnelle". Un peu plus de 12 millions de Colombiens se sont rendus aux urnes, plus de six étaient ont voté l'accord. «Je n'ai pas de chiffres officiels, mais si quatre millions de chrétiens évangéliques sont allés voter, peut-être la moitié d'entre eux ont rejeté les accords», déclare à El Pais Edgar Brown, président de la Confédération évangélique de Colombie. "99% de nos fidèles ont dit« non », surenchérit même Hector Pardo, membre du Conseil évangélique de Colombie et représentant de la Confédération de la liberté Interfaith (Confilerec). Deux jours après le référendum, ces deux pasteurs étaient à la table du président Santos.

La cause de cette dissidence : beaucoup de chrétiens en Colombie n'aiment pas la politique du gouvernement en matière sociétale tels que le mariage homosexuel, l'adoption pour les couples de même sexe, la loi de l'avortement et des initiatives d'éducation inclusive. Ils considèrent également que les accords avec la guérilla favorisent la communauté LGBTI (lesbiennes, gays, bi, trans, intersexués).

La puissance de ces croyants a été sous-estimée dans les enquêtes d'opinions qui prévoyaient la victoire du «oui» ajoute l'article. Or déjà en août dernier des milliers de croyants sont descendus dans les rues de plusieurs villes en Colombie contre"l'endoctrinement hégémonique sur l'identité de genre" exercée selon eux par le ministère de l'éducation nationale. L'Eglise catholique aurait même rejoint le pasteur.

L’accord a été rédigé avec les FARC en "langage inclusif"; selon la novlang actuelle : il parle « des guérilleros et des guérilleras », « des paysans et des paysannes », de « tous et toutes ». Il prévoit des mesures spécifiques pour les femmes et évoque les droits de la communauté LGBTI . Le 24 juillet, la communauté internationale avait célébré « le premier accord de paix au monde qui prend en compte la perspective de genre ». Il n'y a donc pas qu'en France que le Najat Vallaud-Belkacemisme pose problème... On sait que les thématiques sociétales prennent aussi une part croissante dans la rhétorique de la gauche kurde. Au lieu de s'en tenir au vocabulaire classique de la lutte contre les discriminations (sexisme, racisme etc), les organisations de gauche adoptent un vocabulaire qui évoque de plus en plus les excès de la théorie du genre de Judith Butler, et braquent les populations en plaçant de plus en plus souvent au coeur de leur identité la défense des minorités sexuelles au point de les faire parfois passer avant l'égalité économique et même avant la paix. Une forme d'intellectualisme, de scholastic view, qui contribue aussi, ensuite, à la montée des populismes de droite (et en Colombie le principal bénéficiaire en sera Uribe, comme Erdogan l'est au Kurdistan où les votes en sa faveur ont augmenté au cours des dernières années). On ne s'écriera pas "well done old mole !"

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Le débat Trump-Clinton : les roquets médiatiques en furie

11 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les Stazinis, #Le monde autour de nous

La couverture médiatique de la campagne électorale américaine est absolument grotesque et pathétique. Toutes les semaines les médias des multinationales (Yahoo ! MSN, etc) et nos médias français vendus à l'industrie de l'armement et aux fonds de pension internationaux nous sortent toujours les mêmes titres "nouveau dérapage de Trump", "nouvelle insulte de Trump", "le nouveau scandale qui va couler Trump".

La semaine dernière, on tentait de nous faire croire que Trump allait devoir démissionner suite à la publication d'une video d'il y a dix ans dans laquelle il échangeait des blagues de potache sexistes avec ses potes dans un bus, alors que dans les sondages il ne perdait qu'un point (un seul petit point !) d'intentions de votes face à sa rivale, malgré tout le battage médiatique autour de cette affaire. Pendant ce temps, bien sûr, on ne disait rien des progrès de l'enquête sur les milliers de mails confidentiel défense détournés sur la boîte privée de Mme Clinton et détruits illégalement ! (Mais que diable cache cette affaire ?)

Hier et avant-hier la couverture du débat Clinton-Trump fut particulièrement odieuse. A entendre les journalistes (notamment sur les chaînes d'info en continu) c'est la faute de Trump si le débat volait bas, et c'est "grâce à Mme Clinton" qu'on a fini quand même à un moment par traiter les questions de fond. Quiconque est capable de cliquer sur You Tube peut voir pourtant que d'emblée Donald Trump place le débat sur le terrain des destructions d'emploi, du libre-échange et de la sécurité et que ce sont ses interlocuteurs qui s'acharnent à l'attaquer sur son propos de misogynes d'il y a dix ans.

Bien sûr on voit l'intérêt de la manœuvre : non seulement affaiblir Trump, mais surtout banaliser les propos incendiaires de Mme Clinton contre la Russie et son soutien affiché aux islamistes d'Alep. Franchement, pour ma part, je suis moins choqué par un candidat qui dans une blague de mauvais goût disait qu'il ne pouvait s'empêcher de sauter les nanas ou les "prendre par la chatte", mais aujourd'hui veut collaborer avec la Russie pour éradiquer l'Etats islamique, que par une cinglée qui est fière d'avoir mis à feu et à sang la Libye et la Syrie, qui ne se justifie pas sur les fonds qu'elle a reçu du Qatar, et qui est encore prête à déclencher la troisième guerre mondiale au Proche-Orient. Parce que, ne vous en déplaise Mme Clinton, grâce à votre politique, en Syrie et en Irak il n'y a pas des gens qui seulement plaisantent sur les chattes des femmes. Ils les violent et les assassinent vraiment.

Et puis, bien sûr pendant ce temps personne ne parle du Yémen... Euh, c'est où le Yémen déjà ?

L'hystérie médiatique m'inquiète. Jusqu'où iront les patrons de ces roquets pour dynamiter Trump ? Supposons que Trump repasse devant Clinton dans les sondage au cours des jours qui viennent, se contenteront-ils de glisser des peaux de bananes ou sortiront-ils les flingues ? je les crois capables du pire, ils nous l'ont montré mille fois au cours du dernier siècle.

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Les pythonisses dans le Paris mondain du XIXe siècle

9 Octobre 2016 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Grundlegung zur Metaphysik, #XIXe siècle - Auteurs et personnalités

Les pythonisses dans le Paris mondain du XIXe siècle

Je suis tombé aujourd'hui sur cette lettre ci-contre datée de 1850 dans laquelle trois magnétiseurs parisiens se plaignaient des poursuites du Parquet à leur encontre. C'était du temps où Victor Hugo faisait tourner les tables. On est frappé par le succès des voyants dans le "tout-Paris" du XIXe siècle, spécialement sous la Restauration, du reste, et l'on peut supposer que, sans les persécutions judiciaires, et sans l'interdit religieux catholique pesant sur les médiums (interdit largement oublié de nos jours, mais qui restait intransigeant à l'époque) le phénomène eût pris des proportions bien plus grandes, comme dans le monde païen antique.

La Comtesse Dash (Gabrielle de Cisternes) raconte dans ses mémoires (p. 200 du tome 4) qu'elle s'était rendue "en troupe" consulter une vieille femme pythonisse qui exerçait "dans un bouge de la place de la Borde" à Paris, à la fin du règne de Louis-Philippe et qui accueillait ses clients avec dix roquets méchants et laids qui les mordaient aux chevilles. "Elle avait en outre un chat noir qui trônait sur le lit et que les chiens respectaient". La vieille sorcière mourut trahie par un carabin qui feignait de l'aimer pour avoir son magot. En 1847, "le neveu d'un prince régnant" alla consulter uen autre voyante Mme Lacombe en tenue ordinaire, et celle-ci vit dans les cartes qu'il avait un parent sur le trône et lui déclara qu'il n'y serait pas plus de 18 mois encore, ce qui se réalisa. Elle annonça à un autre qu'il serait roi ce qui se vérifia aussi. On apprend grâce à elle qu'il y avait aussi rue Fontaine-Saint-Georges un "nécromacien", Edmond, que ses proches consultaient aussi, et qui disparut mystérieusement. "Quelques fervents notent très sérieusement que le diable l'a emporté" dit-elle. Il s'était fait une fortune.

Pour la période précédente, celle de l'Empire, la comtesse Potocka pour sa part (p. 249 de ses mémoires) évoque le souvenir de la voyante Mlle Lenormand dont une prédiction à l'impératrice Joséphine s'était réalisée "à moitié". Au 5 rue de Tournon elle avait aussi annoncé à Bonaparte sa chute. La revue "La mode, revue du monde élégant" de 1835 cite encore (mais sans mentionner le nom de la pythonisse pour ne pas lui faire de publicité, cependant les initiales et les allusions sont claires) les sommités qui continuent de la consulter sous la Restauration et sous Louis-Philippe.

Pour revenir aux mémoires de la comtesse Potocka, celle-ci raconte que la romancière Mme de Souza l'entraîna chez une pythonisse "bien supérieure encore", assez jeune encore, de langage fort simple, dont elle ne se souvient cependant plus où elle habitait. Les aristocrates s'y rendirent "bien fagotées, bien déguisées", montèrent "un peu honteuses" les quatre étages raides. La petite "sorcière" comme dit la comtesse Potocka au lieu de visiter l'avenir commença par aborder avec les cartes le passé ancien scabreux de Mme de Souza, dans son passé récent à propos d'un orage qui venait de mettre son fils en péril. La comtesse Potocka demande les cartes et le marc "tout en me disant qu'il faudrait me confesser de cette infraction aux lois de l'Eglise"(p. 253). Sans deviner de quel pays vient la comtesse, la voyante décèle que son fils y sera chef de parti mais qu'il affrontera des guerres. Elle lui annonça aussi sa grossesse prochaine, l'accident sans gravité qu'elle subirait à ce moment-là, et que son fils naîtrait coiffé (elle ne s'en est ressouvenue qu'à la naissance de l'enfant, comme si un rideau d'oubli avait dû s'installer dans l'intervalle).

Dans les années 1830, la rouennaise Caroline Delestre fait d'une expérience qu'elle a vécue avec une voyante à Paris un roman "Une pythonisse contemporaine" (pour éviter les ennuis judiciaires, car l'apologie des voyants y est encore une source possible de poursuites).

Le 5 octobre 1845 la revue "La mode, revue du monde élégant" toujours elle nous apprend que la comédienne Mlle Dobré joue à l'opéra dans "Le roi David" (celui de Mermet ?) la pythonisse dans la scène biblique de l'apparition du spectre de Samuel au roi Saül.

Soixante ans plus tard il y avait encore Mme Maya au 22 rue de Chabro dont nous parle le Paris-Musical de 1908 et à qui de grands artistes rendent visite. Elle est très exacte pour raconter aux gens leurs passé... mais elle leur annonce la guerre et la révolution en France pour 1908...

C'est l'époque où Clemenceau s'amuse dans son courrier de la prolifération du théâtre nu. Les dames allaient chez les voyantes comme les hommes allaient "aux putes".

Paris ne fut pas la seule grande ville bien sûr à faire la fortune des voyants et médiums au XIXe siècle. Boston par exemple avait sa Mlle Piper dans le dernier quart du siècle.

Tout cela était clandestin. Aujourd'hui ce "business" a pignon sur rue. Et sera sans doute même bientôt porté au pinacle, hélas, dans nos écoles où déjà l'on fait travailler nos "chères têtes blondes", comme on disait naguère, sur des masques africains et autres objets de sorcellerie...

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