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Le blog de Frédéric Delorca

Vont-ils bombarder l'Iran ?

20 Septembre 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Billets divers de Delorca

Je lis de nombreuses spéculations sur la question d'une éventuelle attaque contre l'Iran en ce moment. Les gens ne comprennent pas bien. Cela fait deux ou trois ans qu'on ne sait pas trop si Bush se retournera contre l'Iran ou pas. On se perd en conjectures. Aujourd'hui un type sur le blog de Mélenchon disait même que la France n'attaquera pas l'Iran parce qu'elle s'est réconciliée avec Kadhafi, comme si Kadhafi, nouvellement rallié aux Occidentaux, allait les priver de son pétrole pour quelques bombes sur Téhéran...

Il est vrai que le suspense sur les intensions de Bush et de ses alliés (y compris maintenant Sarkozy) traîne en longueur.

On voit bien les données de l'équation.

Une puissance musulmane importante à l'échelle régionale : l'Iran. Non alignée depuis Khomeiny. La France lui a transféré des technologies nucléaires à l'époque du Shah (dans les années 1970 la politique de dissémination du nucléaire dans le monde musulman obéissait à des considérations purement mercantilistes, elle faisait partie du colbertisme français comme la construction du TGV, quoiqu'on se soit évertué à y voir un reliquat du gaullisme).  Rien n'indique qu'elle veuille en faire un usage militaire (quoique la détention de l'arme atomique par Israël l'y autoriserait).

Le régime des mollahs n'est pas très sympathique à l'étranger, cela aide à des campagnes hystériques de diabolisation (avec notamment des délires complets sur la personnalité d'Ahmadinejad qu'on présente comme un fou, ainsi qu'on le fit autrefois à tort de Milosevic, Saddam Hussein, plus récemment Hugo Chavez, et tant d'autres). 

En principe tout est prêt pour une opération militaire - ô, certes pas une intervention terrestre, car l'Irak a servi de leçon, mais des bombardements oui.

Mais cela ne se fait pas. Voilà deux ans que les menaces planent, comme suspendues dans le néant. Parfois on a l'impression que Washington veut se décharger de ce "boulot" sur Israël (après tout Israêl a bien mené une mission aérienne très louche en syrie récemment). John Bolton, ex ambassadeur états-unien, a encore dit récemment que la Maison blanche soutiendrait une attaque préventive en Iran (http://rawstory.com//news/2007/Bolton_US_would_support_preemptive_Israeli_0918.html). Mais l'idée n'avance guère.

Les hésitations perdurent. On a dit que c'était parce qu'au sein de l'Establishment américain certaines personnes (notamment des gens liés à l'Irangate) conservaient des connexions avec l'Iran. C'est douteux.

On a supposé aussi que Washington redoutait la fermeture du détroit d'Ormuz et son impact sur le cours du pétrole déjà élevé (mais il n'a pas craint de faire la guerre à l'Irak malgré la pression sur le prix du baril). On prétend que l'administration Bush craint la flambée de violence chez les Chiites au Liban, dans le Sud de l'Irak. Bricmont a raison de minimiser ce risque, car c'est le genre d'épouvantail que les médias dominants agitent pour mobiliser l'opinion occidentale contre un ennemi prétendument puissant (pendant la guerre du Yougoslavie on parlait aussi d'un possible engagement russe et ukrainien derrière Belgrade, et ce n'est jamais arrivé).

Certains avancent aussi l'argument financier : les bombardements coûtent cher. Mais la Maison blanche finance des occupations militaires de Port au Prince à Kaboul avec le déficit public couvert par l'endettement extérieurs (et les bons du Trésor vendus à la Chine), c'est un système keynésien qui tourne bien : c'est l'étranger qui finance les guerres américaines, et l'Amérique vit de ses guerres.

Il semble en vérité que les hésitations à bombarder l'Iran proviennent plutôt avant tout du constat fait par les militaires états-uniens selon lequel il ne sert à rien de bombarder un pays s'il n'y a pas, derrière, la possibilité de renverser son gouvernement. Les installations nucléaires en Iran ne sont pas centralisées en un seul point, et elles sont difficiles d'accès. Le bombardement soudera la population autour du gouvernement, comme il l'a fait dans l'affaire yougoslave, et ne fera que discréditer davantage les Etats-Unis dans le Tiers-monde, mais n'atteindra pas sérieusement les centres nucléaires.

Une partie de l'establishment américain n'est pas très enthousiaste - cyniquement ils préfèreraient qu'un plan de renversement du régime iranien soit d'abord mis en place - avant d'envoyer leurs avions. C'est aussi le raisonnement que tiennent certains alliés européens (la direction de Total, les industriels allemands). D'aucuns pensent même que l'Iran peut encore jouer un rôle de stabilisation en Irak, en Afghanistan, et ne sont donc pas chauds pour l'aventure militaire.

On a le sentiment que les arguments en faveur de la guerre contre l'Iran proviennent surtout des milieux sionistes (y compris les sionistes évangélistes) travaillés par une paranoïa irrationnelle autour de la protection d'Israël. Et puis il y a ce ressort de virilité au fondement de toute puissance : faire une démonstration de force militaire, pour montrer qui est le plus fort, juste cela, et tenir ainsi les autres en respect. Après l'échec face au Hezbollah, les israëlo-américains ont besoin d'un nouveau coup d'éclat, et les petits esprits mesquins à la Sarko-Kouchner comme naguère Blair s'apprêtent à les suivre. Rien de très reluisant somme toute.

Il faut s'opposer fermement à cela, même si l'on n'éprouve aucune sympathie pour le régime des mollahs. S'opposer pour des questions de morales : parce que des bombardements feraient des morts civils, détruiraient des infrastructures, déstructureraient l'économie iranienne, et donc anéantiraient l'avenir des plus pauvres. Parce que bombarder c'est toujours la façon la plus lâche de faire la guerre. Parce que bombarder l'Iran ce serait humilier un peuple, et bombarder à travers lui tout le monde musulman, tout le tiers monde, alors que la grande bourgeoisie bien pensante d'Amrique, d'Europe et d'Israël continuera de plastronner, enlisée dans son immonde ineptie. Et pour des raisons politiques : parce que ne rien faire contre les bombardements, c'est accepter un monde sans alternatives politiques, un monde d'Ancien régime, où le Tiers-Etat - le Tiers-monde - se voit dénier tous les droits, y compris celui d'avoir sa propre énergie tant que les patrons du Nord ne l'y autorisent pas. S'opposer au bombardement  de l'Iran est vital pour l'humanité, parce que le non-alignement de l'Iran - quoi qu'on pense de ses dirigeants - est utile à l'équilibre du Proche-Orient, et à l'équilibre du monde. Ce n'est pas un hasard si l'Afrique du Sud, pays qui s'est opposé récemment à l'installation d'un commandement militaire américain sur le continent noir, pays symbole d'une lutte pour la justice et l'égalité entre les peuples, a fermement condamné aujourd'hui les propos de Kouchner à propos d'une guerre contre l'Iran (http://www.africatime.com/afrique/nouvelle.asp?no_nouvelle=350180). 

Toute personne qui tient tant soit peu à l'équilibre de l'humanité doit faire obstacle autant qu'elle peut au bellicisme de la petite "élite" qui dirige notre monde, aujourd'hui contre l'Iran, demain contre d'autres pays.

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NB : Pour info, l'analyse gaullienne de la situation du Proche-Orient sur http://www.dailymotion.com/video/x31awo_de-gaulle-la-vision-gaullienne-du-p_politics

 


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