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Le blog de Frédéric Delorca

La Mongolie chinoise

14 Octobre 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Vu aujourd'hui "Le mariage de Tuya" de Wang Qan'an. Un film chinois extraordinaire justement récompensé par l'Ours d'Or du Festival du film de Berlin. Il y a quelque chose du "Bal des Célibataires" de Pierre Bourdieu dans ce film, mais ce n'est pas là l'essentiel. La force de cette fiction tient évidemment à sa manière de montrer la vie à nu, c'est-à-dire lorsque celle-ci est affaire de force de travail et de nombre de bouches à nourrir. A ce moment là les sentiments et l'éthique s'alignent sur cette contrainte fondamentale, la noblesse devient affaire de loyauté à l'égard de ces contraintes. Le choix de la Mongolie chinoise, avec ses paysages aussi grandioses qu'arides, magnifie d'une certaine façon cette pureté de l'existence-survie, qui est le lot des trois quarts de l'humanité en ce bas monde (et qui fut de tout temps le lot du plus grand nombre). Wang Qan'an ayant toutefois le bon goût de ne pas y ajouter de romantisme. le-mariage-de-tuya-257096-copie-1.jpg

Ce film d'une force extraordinaire n'est visiblement pas compris par les critiques occidentaux - par exemple Paris Match qui parle de "comédie de moeurs", Le Monde qui parle de "fin douce amère". Toutes ces expressions toutes faites reflètent la nullité existentielle de critiques bourgeois qui s'offrent des weekends thalasso en Tunisie et ne comprennent rien à ce monde.

Je n'ai trouvé nulle part d'article qui explique comment Wang Qan'an a fait ce film, ni surtout où il a trouvé cette inspiration qui crée une empathie si profonde avec les bergers mongols qu'il filme.

Un des aspects importants du film est la confrontation de cette pauvreté rurale à la richesse moderne des villes, avec toutes les tentations (et toutes les destructurations) qu'elle occasionne. C'est en ce sens que je le compare au Bal des célibataires. La Chine y apparait avec ses contradictions (notamment la montée du capitalisme en son sein), mais tout de même avec un hommage appuyé aux structures communistes : le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau, très visible au moment où Tuya divorce de son mari, est là pour rappeler aussi que la législation communiste n'est pas pour rien dans la liberté de choix qui est donné aux femmes là-bas (une liberté que certaines chiliennes, polonaises ou irlandaises pourraient envier). Certes cette force d'affirmation des femmes, remonte peut-être plus loins chez les populations mongoles, mais la contribution juridique de la modernité communiste dans ce contexte n'est pas à négliger.

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