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Le blog de Frédéric Delorca

Continuons encore sur Deleuze, la philosophie, l'Empire, les minorités

16 Février 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Deleuze, encore et toujours. Continuons encore là-dessus quelques minutes. Je regardais encore le DVD de l'abécédaire de Deleuze ce matin. J'aurais pu regarder le Décaméron de Pasolini, ou un film de Godard. Pour moi c'est la même chose. C'est l'univers de mes 20 ans, le prolongement des années 60. Plus exactement 1968 revu en 1990. Peu de temps avant que je ne choisisse de faire ma maîtrise sur Nietzsche. deleuze.jpgJe lisais à l'époque Qu'est-ce que la Philosophie ?, Nietzsche et la Philosophie et les interviews de Deleuze dans Le Magazine littéraire.

Quand j'ai repris mon mémoire de maîtrise en 2004 pour en faire un livre, l'ambiance n'était plus la même. Bricmont et Sokal étaient passés par là pour remettre de l'ordre dans ce nietzschéisme "de gauche", sur le volet de l'épistémologie, mais au fond ça allait bien au delà. Bricmont et Sokal étaient arrivés, bien involontairement dans un sens, comme les scientifiques qui sifflent la fin de la récré. Bricmont était un ami à ce moment là. Nous avions résisté ensemble sur la Yougoslavie. Sa volonté de "remettre de l'ordre" dans la pensée, avait libéré d'autres possibilités intellectuelles. De cet ordre naissait une autre liberté. Je ne sais pas bien comment vous expliquer ça. Mais voyez : Deleuze, Godard, ça ne nous permettait pas de penser la guerre de Yougoslavie, ça ne nous permettait pas de résister. Ca avait tout noyé dans l'esthétisme. C'est pourquoi Godard disait tant de bien des Musulmans bosniaques et n'a rien fait pour les Serbes. La gauche philosophique et artistique en roue libre sur de vieilles images de la guerre d'Algérie. Même Bourdieu, chaperonné par Samary, était un peu sur cette ligne, malgré tous ses efforts pour se confronter à la nouvelle donne du totalitarisme contemporain (la nouvelle donne de l'Empire, le totalitarisme soft Kouchner-TF1-Le Monde).

Ma pensée a toujours voulu tenir ensemble Deleuze et Bricmont, Bourdieu et Chomsky, la "pensée 68" (terme qui dans le détail ne veut rien dire mais admettons) et toutes les remises en ordre postérieures.
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La semaine dernière je parlais avec X. du souverainisme républicain français et de l'occitanisme. La guerre de Yougoslavie m'a réconcilié avec le républicanisme français, la souveraineté des Etats, la remise en ordre. Mais je ne sacrifie pas mon attachement au Béarn, à la culture gasconne (que vous pouvez appeler occitane si vous y tenez même si l'occitanisme me semble être une réalité trop abstraite et bourgeoise). Je veux bien mettre dans ma poche la Gascogne si la France consent à s'engager dans un grand projet politique (par exemple le refus de la globalisation impériale), mais je n'y renoncerai pas dans le but exclusif de conforter le pouvoir de vieilles élites parisiennes arrogantes comme on l'attendait des méridionaux à l'époque gaulliste - et encore de mon temps quand je suis entré à Sciences Po.

J'entends bien qu'on n'appartient pas à une communauté nationale en tant que "minorité". Mais la communauté nationale n'a pas à vous enseigner la négation de votre histoire véritable, objective. "Nos ancêtres les Gaulois". Désolé : mon père est espagnol, ma mère aquitaine, ni l'un ni l'autre n'avait des ancêtres gaulois (et ça, concernant les Aquitains, on se refuse toujours à le reconnaître dans les manuels d'histoire), pourquoi devrais-je me faire passer pour un Orléanais ? D'ailleurs je le dis aussi à mes amis Serbes yougoslavistes, moi qui fus yougoslaviste comme eux autrefois : pourquoi Youg-slav-ie. Voulait-on dire que les Albanais du Kosovo, les Hongrois, les Roms étaient moins "yougo-slaves" que les autres puisque pas Slaves ? (en vérité c'est bien ce que Tito signifiait avec sa hiérarchie des peuples au sein de la fédération).

Tenir souverainisme et défense des minorités ensemble, tenir l'horizontalité libertaire et la verticalité autoritaire ensemble.

Je regardais Deleuze donc, ce matin. Sur la neurologie. Il disait le contraire de Bricmont : que les disciplines admettent plusieurs lectures, qu'on peut faire une lecture esthétique de tout, à commencer par la philosophie. Je ne dirai sans doute pas le contraire. Car cette affirmation péremptoire de Deleuze allait avec une autre idée "on n'est pas obligé de tout comprendre, il faut se tenir à la limite de son ignorance". Cette pensée des limites est valable. Je dirai même qu'elle est notre soupape de sécurité. Et je suis sur ce point en désaccord avec Bricmont pour qui il ne faut labourer que l'espace du connaissable, de ce qui peut être maîtrisé. L'opposition entre Jules César le conquérant, et César-Auguste l'homme qui fixe les limites, et travaille à l'intérieur du limes. Il faut tenir les deux dimensions ensemble, dans l'ordre de la politique, de l'art, de la philosophie.

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