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Le blog de Frédéric Delorca

Izquierda (II)

20 Février 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

Comme les commentaires ne sont pas toujours très visibles sur ce blog (mais je ne sais pas trop modifier les configurations) je poste ici un commentaire que mon camarade Laurent a bien voulu glisser à la suite d'un article "Izquierda" qui se trouve un peu plus loin dans la liste des articles. A la suite de sa réponse, j'introduirai quelques remarques brèves qui pourront être développées à l'occasion.

Son commentaire :
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Ton analyse est très pertinente et éclaire un peu mieux ton propos.

Effectivement, de même que les systèmes de régulations hérités de la social-démocratie sont incapables de maîtriser le capitalisme financier mondialisé (quand la socdem ne devance pas elle-même les désirs du Capital), de même les moyens traditionnels de lutte se révèlent totalement inopérants. Les conflits sociaux, même durs (comme celui que j'ai connu en 2003) n'arrivent plus à venir à bout de choix gouvernementaux dictés par de puissants intérêts financiers. Je dis cela en étant tout à fait conscient de n'avoir aucune solution alternative (lors du dernier mouvement de grève dans l'éducation, certains rigolos ont osé proposer de se porter gréviste tout en allant travailler, avec un brassard sur le bras, afin de sensibiliser les parents à notre cause...).

Il y a quelques années, l'émergence du mouvement altermondialiste a suscité un espoir, une dynamique réelle et une prise de conscience, même à ses marges, de la part de gens qui, sans adhérer à l'ensemble des thèses de l'altermondialisme partageaient quand même certaines analyses et pouvaient se mobiliser en vue de luttes communes. Cette dynamique a connu son apogée lors du référendum du 29 mai 2005 (le jour de mon anniversaire) puis est retombée d'un coup... Il appartiendra aux historiens futurs d'analyser comment quelque chose d'aussi prometteur a pu foirer ainsi...

Je discutais de cela lors du rassemblement du 4 février avec un mec d'Anaram qui théorisait le recours à la violence révolutionnaire. Outre le fait que ceux qui tiennent ce genre de propos sont rarement ceux qui les mettent en oeuvre, une explosion de violence irréfléchie est souvent contre-productive. La couverture médiatique de la bande à Bonnot par la presse de l'époque a contribué à dicréditer le mouvement anarchiste, de même pour Action Directe qui a finalement plombé l'extrème-gauche dans les années 80. Actuellement, des menaces terroristes réelles ou supposées sont en train de justifier une surveillance accrue des mouvements anticapitalistes.

Je ne crois pas que le modèle latino-américain soit importable chez nous. De même, je trouve difficile de reproduire en France l'expérience de Die Linke. Tout d'abord je doute de la volonté réelle de Mélenchon de rompre avec le PS. J'ai beaucoup apprécié la lecture de son dernier livre d'entretiens, mais aura-t-il réellement envie de quitter le PS, et donc de renoncer, à terme, à son mandat de sénateur? J'en doute... De toutes façons les conditions politiques sont chez nous, différentes de ce qu'elles étaient en Allemagne en 2005, du moins au sein de la gauche. Il ne me semble pas qu'à l'époque il existait grand chose à gauche du SPD (à part peut-être le Parti Communiste). Chez nous il y a un paysage assez hétéroclite à gauche du PS, et vouloir y créer un mouvement unificateur (sur quelles bases d'ailleurs??) risque au contraire d'ajouter de la division à la division, comme on l'a vu pour les collectifs antilibéraux. Dont la fin me rappelle cette blague qui circule dans les milieux protestants: « Dans une ville, il y avait deux églises: l'église baptiste et l'église méthodiste. Un jour les responsables ecclésiaux des deux bords décidèrent que cette division était un scandale et qu'il était temps d'unifier ces deux communautés. Donc, combien y -a-t-il eu d'églises à la fin? Réponse: trois. L'église unifiée, l'église baptiste, l'église méthodiste. ».

---- « Les peuples vont plutôt chercher une résistance dans des mouvements de "droite" traditionnalistes » 

je le comprends et je perçois (vaguement) les déterminismes qui les poussent à agir ainsi. Je doute cependant de l'intérêt pour les mouvements de gauche de se mettre à la remorque de mouvement réactionnaires, dont l'égalitarisme me paraît douteux. En 1979, les révolutionnaires laïques iraniens avaient fait ce calcul vis à vis de Khomeiny (qui apparaissait comme une personnalité charismatique, plus capable de mobiliser le peuple que les intellectuels de gauche,etc...). Le résultat ne fut pas exactement celui qu'ils escomptaient (surtout pour ceux qui sont morts dans les geôles du régime islamique)...

J'ai appris, par l'intermédiaire de ton blog, l'existence du Comité Valmy. Ce mouvement me paraît, bien sur, plus sympathique qu'Egalité et Réconciliation de Soral, du fait qu'il préfère se référer au gaullisme qu'au FN (j'ai, globalement, plutôt de la sympathie pour la vie et l'oeuvre de De Gaulle). Cela dit, je pense que le gaullisme a été un OVNI dans le paysage politique français et qu'il n'a pas survécu à son fondateur. Quelle peut être l'avenir et la portée d'une telle initiative? Je l'ignore. Je ne sais pas si elle peut aller bien au-delà d'un cercle d'initiés (j'avoue que l'aspect groupusculaire de certains mouvements anti-système me désole un peu)...

1) sur l'union de la gauche en France

Il est clair que la gauche de la gauche a paradoxalement pâti de sa force : s'il n'y avait pas eu des traditions communistes et trots puissantes (aussi bien sur un versant que sur l'autre), il eût été plus facile de les unifier. Notamment le renforcement intellectuel du trotskisme par le bourdieusisme, et sa pénétration susbéquente dans une bourgeoisie d'Etat encore relativement nombreuse en France (profs, petits fonctionnaires) dans les années 1990, qui a rééquilibré le rapport LCR/PCF a compromis leur unité. Je suis personnellement sévère à l'égard des trotskistes (et notamment de la direction de la LCR) qui se sont complus dans une très grande irresponsabilité politique en politique intérieure (notamment en faisant cavalier seul dès le début de la campagne électorale des présidentielles), et en politique extérieure (voir notamment la bouillie intellectuelle qu'ils ont produite sur les Balkans, mais pas seulement). 

Ce faisant ils deviennent comme dit l'autre les idiots utiles du système, une machine à rendre les mobilisations stériles.

Par ailleurs, le système électoral qui rive le PC au PS n'a pas arrangé les choses il faut le reconnaîre.

2) sur la faillite de l'altermondialisme

Il suffit d'avoir assisté à un forum social pour comprendre à quel point cela ne pouvait mener à rien. Forums pour intellectuels, activistes professionnels, étudiants désoeuvrés épris de palabres, travaillé par un certain anarchisme. Ils ne pouvaient déboucher sur aucune proposition politique concrète et réaliste.

Et en effet c'est cette faillite de l'altermondialisme qui nous conduits maintenant à repenser les projets politiques dans un cadre hexagonal. Parce que comme j'ai tenté de le faire sentir dans le Programme pour une gauche française décomplexée, on ne peut pas faire l'économie d'une réflexion sur l'Etat. Et une politique d'Etat, ça suppose de faire des choix concrets (jusqu'à quel point coopérer avec la Russie de Poutine, avec la Chine, avec tout ce qui fait contrepoids à l'hégémonisme états-unien). Le propre du trotskisme, et par effet de contagion de toute la gauche de la gauche de plus en plus, c'est de raisonner sur un plan "moral", hors du temps et de l'espace, sans jamais poser la question des stratégies concrètes de l'Etat français.

Je regardais hier un DVD du journal bourdieuso-halimien (si j'ose dire) "Plan B" sur Bové : critique des médias, isolement gauchisme dans une pureté hors du réel. Voilà leur crédo. Mais c'est de l'infantilisme. Quid du programme politique pour la France, le peuple français en tant que nation ?

3) sur Mélenchon

Le personnage a des côtés sympathiques. Mais ils est moins profond que des gens comme Chevènement (lequel lui aussi a montré bien des faiblesses qui ont fini par le discréditer).

Mélenchon sur son blog ne dit pas un mot sur le Kosovo, sujet central pour l'avenir de l'Europe ainsi que le soulignent les medias en ce moment. Le même silence que celui de la gauche du PS en 1999 pendant le bombardement de la Serbie (il parait que quand même quelques supporters d'Emmanuelli et Mélenchon assistaient à des réunions anti-guerre dans le Quartier Latin, mais au niveau des dirigeants silence radio).

Quand on se tait sur des sujets aussi importants qui mettent en cause la vassalisation de l'Europe à l'égard des Etats-Unis, c'est un peu comme si on s'était tu sur les Accords de Munich en 1939 (les Tchèques en ce moment soulignent le point commun entre les deux dépeçages). Est-ce par aveuglement ou par lâcheté ? Je ne peux pas pour ma part faire confiance à un dirigeant qui se tait sur un sujet aussi grave.

4) Sur la droite traditionnaliste

Il y a les discours et les réalités. Le Hamas, le Hezbollah doivent leur influence au fait qu'ils ont organisé des solidarités concrètes. Au Liban, seul le Hezbollah a aidé les pauvres à se loger après la destructions des maisons par Israël e 2006, tandis que le gouvernement libanais ne faisait rien. Ca c'est du socialisme concret. Des islamistes qui organisent des oeuvres de charité, et font obstacle aux intérêts américains, ou des nationalistes ailleurs qui empêchent les privatisations, ne font-ils pas davantage de socialisme qu'un Parti communiste français qui siège dans un gouvernement de gauche plurielle qui privatise plus d'entreprises que son prédécesseur de droite, et fait une guerre pour installer une base américaine dans les Balkans ?

Voilà une question qu'on ne pourra pas éternellement éluder sous de la bienpensance...

5) Sur le gaullisme comme OVNI

A voir... Il y avait eu le bonapartisme juste avant qui réunissait des tendances libérales, capitalistes, mais aussi une tendance "césarienne" (Napoléon, tutoyé par ses soldats à Austerlitz, qui porte des gueux au sommet de l'Etat, Napoléon III auteur du "De l'instinction du paupérisme"). Il faut peut-être réfléchir à ce qu'est la droite chrétienne sociale en France. Est-elle "l'idiot utile" du capitalisme mondialisé, ou un meilleur rempart qu'un parti socialiste dont un leader préside aujourd'hui le FMI ?

De toute façon, l'arithmétique est assez simple. Puisque l'Union européenne est sur une voie néolibérale et atlantiste, et puisqu'aucune force ne peut s'y opposer, on n'a plus d'autre choix, si l'on veut rester au service des plus humbles, et être utile à l'équilibre du monde, que de revenir au cadre hexagonal pour faire exploser cette Union, reconstruire sur une base hexagonale une alternative avec toutes les bonnes volontés (quitte à ce qu'ensuite on refasse une Europe mieux inspirée, plus populaire, dans une génération). 

FD

P.S. du 21 février : A la date du 20 février, c'est-à-dire probablement au moment-même où j'écrivais le commentaire ci-dessus, je trouve (enfin !) sur le blog de Mélenchon une condamnation de la sécession du Kosovo - cf http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=562. M. Mélenchon aura attendu 3 jours avant de s'exprimer sur ce sujet... ET PRESQUE 8 ANS AVANT DE CONDAMNER SANS AMBIGUITES L'ATTAQUE DE L'OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie. Dans l'intervalle, il aura laissé de nombreuses voix prêcher en vain dans le désert, et de nombreuses occasions politiques de changer la donne s'évanouir sans prospérer...

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