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Le blog de Frédéric Delorca

Encore un mot sur le Tibet (et sur le Zimbabwe)

24 Avril 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Un militant communiste m'a reproché de vouloir me tenir "au dessus de la mêlée" sur l'affaire tibétaine. Tel n'est évidemment pas le cas, bien au contraire. Je défends l'intégrité territoriale de la Chine, comme je défendais il y a dix ans celle de la République fédérale de Yougoslavie. C'est le B-A-BA de la résistance anti-impérialiste face aux ingérences néo-coloniales.

Je veux juste, au très modeste niveau qui est le mien, et sans aucune arrogance, dans l'espace démocratique qui est Internet, essayer de construire cette position de la façon la plus honnête possible, en intégrant toutes les dimensions du problème - et si cela ennuie mes lecteurs, rien ne les oblige à lire ce blog qui n'est qu'un parmi des millions sur le Net.

Donc dans l'affaire tibétaine, tout en tenant une ligne ferme, je veux intégrer les nuances nécessaires, reconnaître lorsque je me suis trompé (ou lorsqu'on a essayé de NOUS tromper collectivement). Cela fait partie du rôle de tout citoyen de bâtir son opinion de la sorte.

Cette démarche m'oblige notamment aujourd'hui à la lecture du nouvel argumentaire du Sénateur Mélenchon (http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=589), de reconnaître que je me suis peut-être trompé lorsque j'ai dit qu'il allait un peu vite en besogne en dénonçant le projet théocratique du Dalaï-Lama. Il semble bien en effet que cette Charte des tibétains en exil, que le sénateur exhume sur son blog aujourd'hui, soit un projet constitutionnel purement théocratique. Peut-être que les partisans de l'ingérence démontreront que ce texte n'est pas représentatif de l'ensemble des tendances qui soutiennent le dalaï-lama, je n'en sais rien. En tout cas cela reste à discuter.

La complexité de ce genre de question conforte le point de vue de Bricmont dans son bouquin sur l'ingérence humanitaire selon lequel, dès lors qu'il est difficile d'identifier le projet politique des divers protagonistes de conflits où l'Occident s'ingère, le devoir du citoyen critique est de s'opposer à l'ingérence, sans trop s'avancer dans l'analyse des positions de chacune des parties. Ici il y a une ingérence grossière des interventionnistes au soutien des sécessionnistes tibétains, il faut combattre cette ingérence, quel que soit le programme politique desdits sécessionistes.

J'aurais aimé dire aussi un mot sur cette affaire du bateau chinois rempli d'armes qui n'a pu aboutir à son client zimbabwéen. Là encore on se trouve en présence d'un conflit complexe entre un régime zimbabwéen dont certains résistants (comme Chavez) disent du bien, et d'autres (y compris chez les progressistes comme le Parti communiste sud-africain) beaucoup de mal. Il n'est sans doute pas nécessaire d'avoir une opinion définitive sur le gouvernement de Harare, pour condamner sans ambiguïtés l'action des Etats-Unis qui ont fait pressions sur le Mozambique, l'Afrique du Sud, la Namibie et l'Angola pour empêcher le bateau de décharger sa cargaison. Cette action a été menée alors même qu'aucun embargo international sur les livraisons d'armes ne pèse sur le Zimbabwe. Il s'agit donc d'une violation grossière des règles du commerce international, et d'une action qui menace la paix dans le monde : imaginez une seconde qu'un autre pays s'offre le même luxe d'arrogance : qu'un jour la Russie, la Chine ou l'Inde menacent tel ou tel pays (y compris la France) qui souhaiterait faire débarquer une cargaison quelconque (d'armes ou d'autre chose) à destination d'un pays qu'ils n'aiment pas. Entrer dans ce genre de logique, c'est vouloir la loi de la jungle et la guerre de tous contre tous.

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