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Le blog de Frédéric Delorca

Discussions sur le socialisme

12 Mai 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #La gauche

En ces jours fériés où les gens traînent devant leurs écrans d'ordinateurs, je reçois des mails intéressants sur la position Turcs et des Arabes à l'égard de l'impérialisme anglais il y a cent ans, et aussi... sur le socialisme (en partie à cause des discussions sur la "révolution" de mai 68). Notamment nous avons assisté à un débat entre Birino et Jean-Michel Vernochet sur la question de savoir ce qu'est le socialisme, s'il existait un socialisme non marxiste, si l'Allemagne nazie par exemple ou la Suède socialdémocrate étaient ou non des systèmes socialistes, Birino défendant que seule la socialisation complète des moyens de production justifiait l'emploi du terme socialiste : de sorte que, selon lui, même la Chine ne se dit plus "socialiste" mais "sur le chemin du socialisme" à cause des privatisations qu'elle a dû consentir. 



Je me suis permis d'introduire la question suivante (qui n'est pas purement scolastique)dans ce débat :

"-------- Question naïve :"avec un secteur privé", qu'entend-on par là ? Le maintien en Pologne d'un droit de propriété privée dans l'agriculture (et même en URSS avec les lopins de terre individuels), le fait que même dans les systèmes les plus collectivistes (même l'Albanie d'Enver Hodja) on restait propriétaire formellement des biens meubles de son domicile sont-ils des éléments de nature à établir que les systèmes en question n'étaient pas socialistes ? Autrement dit une collectivisation totale des biens est elle possible, et, dans le cas contraire, à partir de quel pourcentage de collectivisation peut-on dire qu'on bascule dans un système socialiste ? On me répondra peut-être qu'il s'agit de collectivisation des "biens de production" et non de consommation, mais jusqu'à quel point les biens de consommation ne peuvent-ils pas se transformer en biens de production : l'individu qu'on considère comme propriétaire de son ordinateur à son domicile, peut ensuite l'utiliser pour produire, commercialiser sa production, faire un petit business clandestin (je pense à Cuba où beaucoup de biens privés mais aussi publics sont utilisés clandestinement pour nourrir un système économique capitaliste informel occulte). Par delà la naïveté de cette question, je veux pointer ici un problème soulevé par Bertrand Russel dans les années 1930, dans son bouquin sur l'histoire des idées au XIX ème siècle. Il reproche aux marxistes de n'avoir pas bien vu qu'un ouvrier ou a fortiori un petit employé sont, sous un certain points de vue, des acteurs sociaux qui ont intérêt à la révolution parce qu'ils sont économiquement exploités, mais aussi, sous un autre point de vue, des acteurs qui ont intérêt à la conservation du système capitaliste en place pour diverses raisons (sécurité personnelle, chances d'ascension sociale des enfants, faits que dans sa propre famille il peut avoir des gens qui sont soldats ou flics). Est-ce que, à l'inverse, dans un système très fortement collectivisé les gens ne gardent pas, d'un certains points de vue, toujours une part de "propriété privée", dans les faits et dans leur imaginaire, de sorte qu'au fond ils restent toujours des capitalistes individualistes en puissance, et que, au fond, les régimes socialistes restent toujours des systèmes sociaux-démocrates ? Si l'on raisonne ainsi, on arrive à la conclusion que le problème n'est pas seulement celui des superstructures idéologiques (et de l'intelligentsia), mais de l'individualisme humain (qui existait même avant la modernité : voir par exemple les travaux de Veyne sur le capitalisme romain, on peut même se demander s'il n'y a pas des germes d'individualisme dans le communisme des chasseurs cueilleurs). A partir de quel seuil de disparition de la propriété privée (et aussi de disparition de l'individualisme) peut-on assurer que le système est "socialiste" ?"

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  Bonjour,          Il m’est impossible de vous donner raison, tout de même que de vous donner tort. Cela étant, je garde votre propos sous le coude. <br />  <br />             Coude et non pas « pensée de derrière ». A cent coudées de l’air du temps mais contrainte, à le respirer.<br />  <br />  Déambulant bruyamment sur les trottoirs longeant l’Avenue, la troupe des footophiles, tandis  qu’à contre-courant, - il est vingt trois heures trente, je rentre chez  moi. Le flux automobile en plus, et l’horrible clameur des klaxons, et le terrifiant faciès de l’homme, bête, brute anéantie par la cacophonie sonore, s’y vautrant, le regard mort au-dessus d’un rictus, ni aimable, ni haineux, une espèce de masque sans continent, sans une île où il danserait. <br />  <br /> Jouer des coudes. Prière d’insérer ma petite gueule dans la photo de groupe. Quand il m’arrive de la scruter, la photo, nul doute, je me démarque. Une expression dans le regard, un je-ne-sais-quoi d’unique courant sur l’arête du nez  pour venir s’épanouir à la commissure des lèvres. Tout comme si le verbe s’apprêtait à en découdre avec cette immortalité figée par le bain. Aspiré par un moi si flatteur, je m’endors encore, le cliché sur la poitrine, qu’elle replacera, tout à l’heure, dans son cadre.<br />  <br /> Coude à coude. Complicité de façade ou fraternité ? Prudence s’impose. Nous n’avons pas atteint aux hauteurs lévinassiennes. Universalité du singulier : un visage… A l’évidence, la bienveillance d’autrui à notre égard relève du vœu pieux. Il suffit, pour désespérer de toucher jamais au but, de mesurer la grâce de l’autre pour nous à notre indulgence pour lui. La belle imagination nous inciterait plutôt à présupposer que le frère est toujours prêt, sur nous, si ce n’est à dire, à penser le pire. Mais, n’allons pas toutefois jusqu’à nous persuader que tout pont est mirage confortable, qu’il ne nous est pas interdit d’espérer franchir. Illusion christique…<br />  <br /> Coudes au corps. Fuir. Les honneurs ? L’opprobre ? Enfin quoi ? Nous-mêmes ? Cela se fait. Et la carcasse, un jour, nous prend au dépourvu, régurgitant la parole au rythme des lassitudes accumulées. Archéologie d’un corps s’effectuant avant qu’il ne meure. Condition de l’homme.<br />  <br />  <br /> « … Mais il est impossible que Dieu soit jamais la fin, s’il n’est le principe.<br /> On dirige sa vue en haut, mais on s’appuie sur le sable : et la terre fondra,<br /> et on tombera en regardant le ciel. »<br />  <br />  <br />  <br /> Ciel seulement visible au gisant. Homme tombé. Ici, sa fierté.<br />  <br />  <br />  Et le retour. En grâce ?<br /> Ce qui est la plaie? L'appât du gain ( cf Max Weber in "l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme").  <br />  <br />  
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