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Le blog de Frédéric Delorca

Encore un mot sur Badiou

4 Juin 2008 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Philosophie et philosophes

Comme quelqu'un me reparlait de Badiou récemment, j'ai jeté un oeil sur son interview dans une émission de Taddei sur Dailymotion (je dois dire que Taddei est sans doute le meilleur journaliste des grandes chaînes herziennes en ce moment, un homme qui a réellement le sens du débat, qui invite les avant-gardes, même son émission artistique "D'art d'art" est très bonne). Du coup je lisais les critiques qui, toujours sur Dailymotion, reprochaient à Badiou toute sorte de choses, notamment de ne pas proposer de programme. Ces critiques disent vrai. Je pense que Badiou est un auteur surestimé, mais il doit son auraa u fait qu'il incarne une forme de savoir directement liée à un statut en voie de disparition - celui du normalien "pur", qui, de par son prestige, pouvait s'entourer de fortes garanties académiques tout en défendant une disidence politique forte. Ce statut est largement dynamité par le néo-libéralisme aujourd'hui, et donc Badiou se dresse au milieu de tout cela comme un vestige du temps passé, un phare lointain dans le broullard auquel des esprits angoissés par la tournure actuel du monde peuvent vouer une sorte d'affection nostalgique. Cela ne veut pas dire que le phénomène soit néfaste, simplement il a seulement valeur de témoignage. Sur un plan plus prospectif, pour l'avenir, le monde n'a plus besoin de grandes figures académiques comme Badiou qui brassent des beaux mots (et qui d'ailleurs les ont brassés plus d'une fois dans des formules creuses, je pense ici aux orientations "postmodernes" de sa philosophie, justement épinglées par Bricmont et Sokal). Il faut des gens qui examinent concrètement la valeur intrinsèque des slogans, le degré de réalité qu'ils peuvent recéler.

Prenons, par exemple l'histoire de l'alliance des intellectuels et des sans-papiers dont Badiou parle partout où il va. Application typique d'une vision abstraite du politique qu'on trouve aussi dans la mouvance boudieusienne et du côté de la LCR. Elle prolonge le fantasme de l'union étudiants-ouvriers recherchée en mai 68 et dans toute une littérature gauchiste. La question ici n'est pas du quid, mais du quomodo, Je veux dire comment la question se définit par rapport aux immigrés eux-mêmes (la veulent-ils ? comment peuvent-ils la vouloir ? les immigrés sont ils vraiment une force de gauche potentielle ? si oui à quelle condition ? - rappelez vous que Bush a fait des immigrés, latinos notamment, ses meilleurs partisans aux USA). Le quomodo aussi par rapport aux Etats-nations, aux frontières : voulons nous les conserver pour construire des alternatives nationales ou les abolir pour préparer une alternative mondiale ? si on veut les abolir alors il faut demander à quelle condition la lutte peut réellement être pensée dans une dimension purement planétaire (ce dont je doute fort), et si on ne les abolit pas, alors il faut immédiatement poser la question de la reconstruction des Etats, en Europe et dans le Tiers-monde, et de la résistance à l'impérialsime avec les budgets militaires, les alliances stratégiques, autant de sujets que j'esquisse dans le Programme pour une gauche française décomplexé. Tant que ces questions-là, concrètes, ne sont pas posées, on n'a affaire qu'à des sémaphores perdus dans la brume.

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