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Le blog de Frédéric Delorca

La journée de la burqa

20 Juin 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Je regrette, infiniment (euphémisme) que la gauche de la gauche en la personne de M. Gérin, main dans la main avec la sarkozyste Mme Amara, se mettent en tête maintenant d'interdire le port de la burqa et du voile intégral dans notre pays. Quand le sociétal remplace le social, quand la Journée de la jupe devient un film culte, le néocolonialisme et le choc des civilisations ont de beaux jours devant eux.

Ce sinistre projet est clairement islamophobe, c'est le projet des petits bourgeois donneurs de leçons occupés par leur "mission civilisatrice".  C'est dramatique.

Je n'ignore pas que beaucoup de femmes sont victimes du machisme dans les pays musulmans, et que la burqa fonctionne comme une prison pour beaucoup d'entre elles.

Cependant je reste libéral en matière vestimentaire. Tout ce qui ne conduit pas à l'incitation au viol et à la corruption des mineurs doit être autorisé. La burqa ne relève pas de ce registre.

En outre je ne peux pas ignorer que 1) le port de la burqa ou du voile intégral est très minoritaire en France, même parmi les musulmanes ; 2) certaines femmes musulmanes souhaitent sincèrement porter ce vêtement qu'elles rattachent à leur tradition.

Si l'on veut libérer les femmes musulmanes, attachons nous à les instruire, elles et leurs frères, leurs maris, et à leur faire une place dans notre société, plutôt que de leur imposer la violence de la loi. Et avant même que de les libérer, commençons par les entendre. Le "projet civilisateur" n'est pas à sens unique, et nous avons aussi à nous laisser "civiliser". Entendons notamment ce qu'ont à nous dire les peuples musulmans. Quand certaines de leurs autorités cultuelles expliquent que les femmes occidentales ploient sous la dictature de la séduction, de l'apparence, du corps mince, du maquillage, du narcissisme et de la volonté de plaire, n'ont-elles pas raison ? Si une loi veut règlementer la "dictature" de la burqa, ne doit-elle pas aussi alors règlementer celle de l'industrie de l'habillement, et celle de l'industrie de la nudité, qui créent tant de frustrations et tant d'inégalités entre femmes jeunes et vieilles, belles et laides ? N'y a-t-il point là un enfer pour les femmes qui n'a peut-être rien à envier à l'enfer de la burqa ? Si le voile, intégral ou non, est pour certains un moyen de soustraire les femmes à la loi de leur marchandisation, c'est un argument que l'on doit entendre, autant que celui des féministes occidentales qui y voient un instrument d'aliénation sans trouver pourtant à redire à la dictature du string. Et faisons preuve de la plus grande circonspection devant ces projets législatifs remplis de bonnes intentions, dont le fondement réel est le refus de comprendre l'autre, la volonté aveugle de lui imposer notre morale, nos valeurs, notre propre aliénation. Il est vrai qu'on oublie si bien ses propres chaines en prétendant libérer autrui...

Un ami me disait que nous devrions créer un mouvement "Pas en notre nom" comme le mouvement anti-guerre de 2002 qui s'exprimerait à chaque aberration de nos gouvernants en matière de politique étrangère ou de relation avec le cultures que leurs erreurs n'engagent pas les citoyens qu'ils entendent représenter. Le thème de la loi sur la burqa serait un bon sujet pour ce genre d'action. Et si demain la burqa venait à être interdite, nous devrions tous, hommes et femmes, sortir dans cette tenue en signe de refus de ce totalitarisme de la political correctness.

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T
Curieuse naîveté ...1°) La Burqa n'a aucune origine religieuse, puisqu'il n'y a aucune presription vestimentaire dans le Coran (sourate 24 et 33). Elle est une tradition pachtoune.2°) La Burqa est sous-tendu par une mouvance islamiste intégriste, quasi-sectaire, qui catégorise la femme comme une sous-catégorie.3°) La Burqa, extrême voilement, n'est pas un habit comme les autres (comme l'extrême dévoilement, d'ailleurs). Elle signifie, de manière ostentatoire, que la femme voilée ne veut pas participer à l'espace public, et qu'elle affirme, muette, je ne veux pas discuter avec vous. Elle rompt le minimum de sociabilité recquise pour échanger dans l'espace public.4°) Instruire les femmes musulmans ne doit pas nous dédouanner d'accetper tout et n'importe quoi !5°) La Burqa, qui peut être subie par la femme, pose aussi un problème de sécurité publique. Trouveriez normal un individu qui se déplace en cagoule ?6°) Je trouve très curieux cette mansuétude d'une certaine gauche pour l'Islam. Ca fait drôle de voir un Tariq Ramadan faire la star au Forum Social Européen à Saint-Denis, en 2003, et affirmer que l'islamisme est une alternative crédible au capitalisme ...Marx doit se retourner dans sa tombe !
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C
Si c'est bien ici qu'on peut commenter...Monsieur Delorca bonjour, et merci d'avoir répondu à ma question précédente.Je viens de lire d'un coup ce texte sur la burqa, celui sur Robert Fisk et votre dernier en date. Burqa : d'accord en gros avec tout ce que vous dites. Sauf que, mon impression personnelle (je suis en Belgique) est que... en voilà une manoeuvre de diversion qu'elle est belle ! J'espère que vous vous rendez compte de l’essentiel, à savoir que les aigles qui prétendent vous gouverner vous lancent sur cette burqa comme le taureau est amené sur la muleta et dans le même but : votre mise à mort. S’il est bien sûr permis d’avoir des sentiments personnels « occidentaux » sur cette pièce d'habillement qui a été élue par les femmes musulmanes pour représenter "graphiquement" à notre intention une dignité qu'il ne leur est pas permis (pas par leurs mâles, par les nôtres) d'exprimer autrement, il me semble que le moment est bien mal choisi pour en débattre publiquement. Premièrement, le port du voile dans nos pays, quelles qu'en soient les raisons, est un phénomène irréversible (dû à une globalisation qu’elles subissent comme nous), dont on peut seulement conjecturer qu'il ne sera que transitoire et dépendra du sort fait par l’Occident non seulement à celles qui le portent, mais à leurs pères, maris, frères et fils, dont elles se sentent solidaires, quand bien même elles auraient des contentieux régler avec eux en famille. Je ne tiens pas à vous en convaincre à tout prix, mais, à leur place, nous ferions sans doute la même chose. (« Traitez-les en citoyens, et ils se conduiront comme tels », Robespierre)Monsieur Delorca, on ne dispute pas du sexe des anges quand les barbares sont aux portes. Or, les barbares ne sont pas aux portes, ils sont dedans. Par ce mot – barbares – j’entends la puissance occupante (car nous sommes occupés ni plus ni moins qu’entre 1940 et 1945), j’entends aussi nos gouvernements collaborateurs donc illégitimes (le vôtre, le mien et quelques autres), nos medias et nos intellectuels visibles (ceux qui ont quelque chose d’intéressant à nous dire étant interdits d’expression), absolument totalement volontairement serviles, simples agents d’influence salariés des autres, c’est-à-dire coupables de haute trahison. Ce qu’ils font n’est pas assiéger notre citadelle, mais nous dévorer, nous dissoudre en nous corrompant : ils sont notre leucémie.Les questions qui se posent à nous sont vitales, à la lettre : « de vie ou de mort ».Ces questions – survivrons-nous et dans quel état ? – nous ne les résoudrons que si nous sommes armés d’un certain nombre de principes en matière de morale publique. Principes sur lesquels nous puissions tous être d’accord et que nous soyons déterminés, surtout, à transformer en actes. J’insiste sur « morale publique ». La burqa est une affaire de morale privée. Vous comprenez que, quand j’invoque une morale et la nécessité d’agir en fonction d’icelle, je ne parle pas de la gauche, ni de la gauche de la gauche, qui n’existent plus, si elles ont jamais existé, ceci valant pour toute l’Europe. Les seules vraies gauches que votre pays ait jamais connues sont la Montagne (1792-94) et la Commune. Brèves et imparfaites (la Montagne n’a jamais voulu voter les quatre articles de la Déclaration des Droits et des Devoirs de l’Homme proposée par le même Robespierre. Or ces quatre articles (35, 36, 37, 38) sont la règle de comportement dont nous avons le plus mortellement besoin à l’heure qu’il est. Si nous ne les observons pas, nous périrons. Faites bien attention qu’il y a, en ce moment, des pays qui sont en train de les observer, peut-être sans les connaître, et qui, pour cette raison, commencent à s’en sortir. Il ne tiendrait qu’à nous, n’est-ce pas, d’en faire autant. Ce n’est pas en nous accrochant aux cadavres de nos gôches que nous y arriverons mais en nous y mettant nous-mêmes, un par un. Ce n’est pas sorcier. Seulement extrêmement dangereux. La chose a été faite, vous savez, en d’autres temps. Si vous en doutez, et pour autant que vous ne l’ayez pas lu, je vous recommande chaudement un livre de Germaine Tillion, qui s’appelle « À la recherche du vrai et du juste ». Vous verrez de quelle manière pratique la Résistance s’est organisée en mai 1940, et avec quels résultats. Eh oui, c’est à recommencer. On en aura le courage ou pas.Pour abréger : excellente, votre idée de défiler en burqa, y compris les hommes. MAIS PAS SUR LA BURQA ! Sur les vrais problèmes, qui sont politiques. Samizdats et dazibaos, en français du XVIe siècle, se disaient PLACARDS. Ils étaient déjà très efficaces et très faciles à faire, à la main, cinq par personne. Et les banderoles ne sont pas un problème majeur non plus. Ce sont les messages banderolés qui importent. Du genre : « Non à la diversion de la burqa ». « Soutien du peuple français au peuple iranien. Votre souveraineté est la garantie de la nôtre. » « Idem », ô combien, pour la Palestine, sans parler des autres. « Nous désavouons les actes de notre gouvernement » (vous admettrez qu’on peut les désavouer sur beaucoup de choses intérieures et extérieures, le vôtre comme le mien), etc. etc. Pas à moi de vous donner des conseils, l’histoire est là pour ça. Il faut juste que nous mettions fin d’urgence à notre inculture politique crassse.Robert Fisk : méfiez-vous. Les chevaux, on leur met les oeillères sur les côtés. Fisk, on les lui a mises aussi par-devant. Dès lors qu’il se trouve en présence de gens qui ne vivent pas comme lui, il prend le mors – et les préjugés - aux dents pour raconter un max de carabistouilles. Beaucoup d’autres Américains se sont exprimés sur cette affaire avec infiniment plus de lucidité, y compris les Républicains libertaires comme Justin Raimondo (Antiwar.com). Voyez aussi – je cite au hasard ceux qui me viennent en tête - Patrick Cockburn (Counterpunch), Paul Craig Roberts (Information Clearing House), James Petras (en français sur Réseau Voltaire), sans oublier Meyssan – surtout sa dernière prise de position : http://www.voltairenet.org/article160696.html , etc. etc. etc.Nous voilà bien loin de la philosophie... Dans l’affreux concret tout ce qu’il y a de plus matériel. Désolée.Et pardonnez l’intrusion_________P.S. : L’année dernière, 2008, était le 250e anniversaire de la naissance de votre plus grand homme d’État. Votre pays s’est déshonoré par son silence. Une seule personnalité politique au monde a prononcé le nom de Maximilien Robespierre pour lui rendre hommage en cette occasion : le président Chavez. Peu de monde, mais de qualité.
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D
Libre à vous de prendre la mouche, juste quelques dernières mises au point :
Dans mes commentaires, il était question de –phobie, et à aucun moment de –philie, et de savoir si l’on pouvait être islamophobe. Mais même si on ne pouvait pas l’être, on ne deviendrait pas islamophile pour autant.
Si l’on enlève à l’Islam la doctrine monothéiste, on n’est plus dans l’Islam. Donc la question de la culture et des pratiques des peuples sémitiques n’est pas le sujet.
Ma référence aux débuts de l’Islam et du christianisme a deux intérêts 1) rejeter la construction Occident dominateur/Reste du monde opprimé, et 2) poser une des bases du refus de l’idéologie islamique, à savoir son histoire même. Vous justifiez la christianophobie (ce qui me semble, dans la pratique, sans intérêt aujourd’hui), mais, pour ma part, si je trouve des principes monstrueux dans les Ecritures chrétiennes, je peux toujours demander à un chrétien de me les expliquer, car la pratique initiale du christianisme (ses premiers siècles d’existence) ne me convainc pas de la monstruosité de la religion en elle-même. A l’inverse, lorsque j’entends le discours de la religion musulmane tolérante et pacifique, je demande qu’on m’explique la vie de Mahomet et des premiers califes. L’important, pour vous comme pour moi, c’est la pratique, n’est-ce pas ?
Ensuite, pour la réduction de l’Histoire à la colonisation : désolé, mais dans votre bref exposé de votre compréhension de la remontée du traditionnalisme (dont la burqa), vous aviez plusieurs facteurs au choix. Vous auriez pu parler (car je ne doute pas que vous êtes instruit là-dessus) du rôle des régimes du « socialisme arabe », qui ont tenté de transformer la condition féminine, qui ont échoué sur le plan économique, ont cédé la place à des régimes pro-américains (Egypte), se sont enfoncés dans leur crise (Algérie), ou dans des guerres extérieures (Iraq) pendant que revenait le fondamentalisme comme rejet à la fois de ces régimes, du communisme (en Afghanistan entre autres), et de « l’Occident ». Il y a donc des causes à ce retour fondamentaliste qui viennent des pays arabo-musulmans eux-mêmes. Mais vous avez tout de suite préféré les « cinq siècles de colonialisme occidental » (en fait, dans le cas des pays arabo-musulmans, c’est au max 132 ans pour l’Algérie, moins pour les autres), alors que la grande majorité des populations actuelles de ces pays– Palestiniens exceptés, et Iraquiens aussi, même si l’affaire est différente d'une simple guerre coloniale-  ne connaissent le colonialisme que par leurs parents ou grands-parents. D’où ma réaction sur votre réduction de l’Histoire à la colonisation.
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P
Eh bien... je ne suis toujours pas d'accord. En effet, le témoignage auquel vous vous référez me renvoie à la révolution iranienne pour laquelle un Michel Foucault avait de l'admiration, révolution pendant laquelle, selon cet auteur, le port du voile par les femmes avait une dimension politique. Grave erreur. La suite des événements l'a amplement démontré. Par ailleurs, je ne conçois pas que l'on puisse défendre ce qui manifestement se base sur la crainte et la superstition. Il serait plus judicieux de recueillir les témoignages de ces millions de femmes qui, dans le monde musulman, circulent à visage découvert et qui ne sont pas toutes issues, loin s'en faut, des classes dominantes. Il est regrettable que nous soyons infichus de soutenir les défenseurs de la liberté dont la vie est quotidienement menacée de par le monde! si c'était le cas, nous nous apercevrions de toutes les erreurs accumulées par l'Occident et, ces erreurs objectivées, ce même Occident romprait enfin avec la culpabilité et pourrait s'engager dans un dialogue d'égal à égal avec ceux qui furent et sont encore victimes desdites erreurs. Par là même, il ne serait plus question d'avoir honte d'une culture qui, tout de même, fit aussi preuve d'ouverture et de générosité avant de sombrer dans des travers ô combien condamnables.
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F

C'est un comble de parler de "dialogue d'égal à égal" avec des peuple que nous occupon militairement (cf la construction de la dernière base militaire française au Proche Orient) et que nos
multinationales oppressent chaque jour ! J'ai le plus grand respect pour les choix de chacun. Si certaines femme choisissent les valeurs occidentales c'est leur droit. Mais nous n'avons pas à
intervenir. Prenons le plus grand pays arabe sur le plan démographique : l'Egypte. Après avoir tout fait pour marginaliser ses patriotes laïques au nom du "Nasser=Hitler" après l'arrivée
au pouvoir de Sadate, nous soutenons à bout de bras à sa tête une dictature militaire qui procède régulièrement à des arrestations arbitraires et des tortures, parce que nous savons que si tel
n'était pas le cas, si des élections démocratiques avaient lieu dans ce pays demain, les islamistes prendraient le pouvoir. Croyez vous que c'est là le meilleur moyen de soutenir la cause des
femmes éprises de valeurs occidentales qui s'y trouvent ? croyez vous que c'est en continuant à déverser sur ce pays tous les ans des milliers d'occidentales en maillot de bain sous la protection
des kalachnikovs des soldats que nous allons persuader ce pays d'aimer nos valeurs ? Vous qui prétendez aider les femmes non voilées de Tunisie, d'Algérie, d'Egypte, vous serez crédible à dire que
vous les soutenez le jour où vous écrirez à votre député pour lui demander de signer une loi contre a coopération économique entre la France et la dictature égyptienne, ou quand vous mènerez une
action contre la politique de nos multinationales dans ce genre de pays.

PS : notez que j'ai la plus grande estime pour ce qu'a fait Foucault à Téhéran. Il y a 15 ans, du temps où j'adhérais à la doxa dominante, je trouvais cela infâme. Mais en vérité, Foucault par son
geste a participé à ce qui a fait la grandeur de l'universalisme véritable (qui dans l'histoire est l'apanage de quelques intellectuels en tout petit nombre) : il a cherché à comprendre ce qui se
jouait à Téhéran quand les femmes risquaient la mort pour le droit à porter le tchador. Lisez http://bougnoulosophe.blogspot.com/2009/03/liran-de-foucault.html à ce sujet. Une position de modestie, qui ne vaut pas
caution du régime qu'on observe, mais simplement interrogation de ce qui peut se jouer de positif dans son instauration. L'universalité passe par là.


P
Bonsoir Mr Delorca,Vos propos, je vous l'avoue, sont bien propres à susciter chez moi l'envie de rétorquer. Connaissez-vous une femme qui saurait se satisfaire de devoir grimper à l'arrière d'un véhicule sous prétexte qu'elle est une femme? Par ailleurs, tout en condamnant le néo-colonialisme néo-libéral, je me refuse à porter la croix de la colonisation pour la bonne et simple raison que je me suis toujours méfiée de ce processus de culpabilisation du citoyen ordinaire qui semble être, depuis un certain temps déjà, le hochet préféré des détenteurs de pouvoirs. Belle trouvaille que voilà, puisqu'elle séduit aussi ceux qui ont quelque prétention à dénoncer les pratiques des dominants de ce monde. Il suffit de lire quelques lignes de Bourdieu, auquel vous vous référez régulièrement, me semble-t-il, pour comprendre que les premières victimes des idéologies, quelles qu'elles soient, sont les plus dominés parmi les dominés, en l'occurrence ici, les femmes. Par conséquent, il est aisément concevable qu'elles puissent se croire sereines derrière la burka, le tchador, ou tout autre vêtement qui n'a, quoiqu'on veuille bien en dire, pour but que de les contraindre et, à travers elles, de contraindre également les hommes.
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F

Hé bien je pensais comme vous jusqu'au jour où j'ai entendu une jeune ingénieur d'origine algérienne née en France m'expliquer : "Plus je vieillis, plus je retourne vers ma religion, et ma mère
fait de même. Alors qu'elle était très laïque - élevée ar les bonnes soeurs en Algérie - elle a fait le Hadj l'an dernier et depuis elle a repris le voile et elle est plus heureuse. Moi aussi
j'envisage de porter le voile quand j'aurai progressé vers la spiritualité, et les critiques idiotes des gens contre le voile m'y encourage encore plus. Je hais les 'ni putes ni soumises' qui ne
cherchent qu'à diviser les familles et détruire les traditions" (je précise que cette jeune femme, modèle "d'intégration" comme sa soeur, a plusieurs frères au chômage.
En l'écoutant je me suis rendu compte que le voile était aussi un lien avec le passé et au sein de la famille. Celles qui choisissent d'enlever le voile choisissent la définition occidentale
(égoïste) de la liberté contre la solidarité avec une famille ou un pays méprisés par ce même Occident.
Et je me dis que si le problème se présente en ces termes pour une franco-algérienne lettrée, instruite, à propos d'un voile qui laisse voir son visage, doit se poser en des termes encore plus
insolubles chez une illettrée pachtoune dont le monde des topmodels est à des années lumières du sien.
En menant le combat contre le voile, nous ne voyons pas la solidarité familiale que nous détruisons, nous ne voyons pas le problème des frères au chômage, nous ne prenons la femme comme individu,
consommateur potentiel de cosmétiques et de voyages Nouvelle Frontière, mais pas la fille, la soeur, la cousine, solidaire d'un problème social directement issu de la colonisation.

Et nous sommes tous complices des crimes coloniaux, car le colonialisme, c'est aujourd'hui, le colonialisme, c'est la destruction des services publics du tiers monde par le FMI, c'est l'occupation
de la Palestine, ce sont le calomnies contre tel ou tel mouvement de libération. Chaque fois que nous laissons dire une calomnie par les journaux, chaque fois que nous laissons un parti politique
élire dans son comité directeur des gens qui ne veulent pas vraiment changer le système, chaque fois que nous mêmes renonçons à penser des alternatives, nous sommes des complices du colonialisme.


D
Pour ce qui est de l’islamophobie :
Déjà, la démocratie ne consiste pas à « aimer son voisin », mais déjà à reconnaître ses droits et les respecter, ce qui est déjà pas mal. On peut parfaitement respecter les droits de l’autre et énoncer son mépris pour « ses croyances, ses coutumes, ses traditions », de la même manière que j’admets que quelqu’un dise qu’il me méprise, moi, ma culture, mes habitudes, etc…Tant qu’il ne se manifeste pas par une oppression à mon encontre. Un homme de droite méprise forcément mes idées de gauche (je fais exprès le parallèle entre l’Islam et la gauche ou la droite, car une religion est avant tout une idéologie, et ne mérite pas plus de respect que des opinions politiques).
L’islam n’est pas « cet ensemble de traditions qui synthétise toute une série de pratiques coutumières des peuples sémitiques du proche orient », c’est une idéologie religieuse, postulant l’existence d’un Dieu, d’un Prophète, d’un enseignement moral et de lois qui en découlent. On peut être fasciné par la culture arabe et les cultures sémitiques, apprécier leurs réalisations, ou pas, et ne pas être musulman. Ensuite vous passez du rejet intellectuel de l’Islam au projet de forcer les musulmans à l’apostasie, ce qui est un sophisme.
Ensuite, au sujet de l’épisode colonial qui chez vous semble résumer toute l’Histoire du monde, je voudrais rappeler une différence fondamentale entre la religion chrétienne et la musulmane. La religion chrétienne s’est étendue dans un empire romain qui ne lui était pas favorable, qui s’est ensuite converti à elle, puis a succombé sous les coups de peuples « barbares » qui se sont convertis à leur tour. A l’inverse, l’Islam a déjà un prophète qui s’est illustré par la guerre de conquête, puis s’est répandu en califats qui ne croissaient que par invasions successives (et quelques conversions en Malaisie et Indonésie). Je précise juste cela pour faire comprendre qu’une vision de l’Histoire partageant le monde entre un Occident « oppresseur » et le reste du monde « dominé » est un tantinet réducteur. L’Islam a été l’une des plus grandes machines de guerre et de conquête de l’Histoire, et peut le redevenir. Je ne vois pas en quoi la dénonciation du colonialisme aurait pour passage obligé le respect de l’Islam.
D’une manière générale, les discours sur « l’Occident » n’ont pas grand-sens pour moi. Dans ce que vous évoquez sur les communistes afghans, je vous réponds que « l’Occident » comptait également des millions de communistes, et que le marxisme-léninisme est lui-même une création occidentale.
Pour ce qui est des caricatures : je soutiens intégralement les dessinateurs danois, si c’est bien à cela que vous faîtes référence. Et ce quoiqu’on m’apprenne sur la personnalité et les opinions desdits dessinateurs (Kurt Westergaard pourrait être un nazi fini que je ne changerais pas d’opinion).  Je ne rentrerai pas dans le débat consistant à savoir si dessiner Mahomet avec une bombe dans le turban (caricature très soft au passage quand on songe aux débuts belliqueux de l’Islam) est « voltairien » ou pas. Ce que je sais c’est que des menaces de mort ont été adressées, que des milliers de gens sont descendus dans la rue au nom d’arguments d’une incroyable puérilité (« insulter Mahomet, c’est comme insulter mon père ! »). Un dessinateur peut dessiner ce qu’il veut dans une démocratie, à l’exception de ce qui est diffamatoire (et la diffamation concerne des personnes, pas une religion ou des idéologies politique). La compréhension du lecteur est seule juge. Même dans son acceptation la plus radicale (qui n’est pas celle de Westergaard), la caricature en question dit que l’Islam mène à la violence. Ce qui ne signifie pas que le milliard et demi de musulmans sont des assassins, mais qu’ils n’auraient pas été jusqu’au bout de leur idéologie. De même, étant communiste, je peux trouver une caricature suggérant que le communisme mène systématiquement au meurtre, je ne pourrai pas aller porter plainte pour diffamation à mon encontre, puisque ce sont des idées qui sont visées.
Pour la côté « néocolonial » des lois passées en France :
On passera sur l’idée que les immigrants en Europe auraient été « amenés » par l’Occident dans un but d’exploitation. Il y a des contre-exemples à l’idée de la « nécessité de la main d’œuvre immigrée », notamment le Japon, reconstruit d’un niveau de ravages supérieur au nôtre en 1945 avec un faible contingent immigré (quelques centaines de milliers de coréens, de chinois, deux millions d’étrangers au total en 2007 quand la France en compte le double pour deux fois moins d’habitants) . Mais surtout, l’essentiel de l’immigration d’aujourd’hui est issue du regroupement familial. Le terme « néocolonial » reste impropre car il suppose qu’il y aurait, en France, une « nation » immigrée qui serait amenée à s’émanciper. Je caricaturerai un peu en disant que lorsque j’entends parler de « néocolonialisme » pour désigner les lois sur le voile, où la nécessité de connaître le français pour immigrer en France, je me demande combien de temps il reste avant d’entendre des déclarations d’indépendances des cités immigrées du 93 ou 95…Discriminations ethniques, peut-être. Colonialisme, non, car la République Française est chez elle.
Post : qu’auriez-vous dit si vous aviez lu : Oui, êtes interloqué parce que justement nous baignons dans le sophisme, et les raccourcis intellectuels (toute la culture arabo-musulmane baigne là dedans). Aurait-ce été du racisme anti-arabe ? Anti-musulman ?
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F


@diadore : la démocratie ne postule aucun amour, mais quand il s'agit de phobie et de philie c'est bien d'amour qu'il s'agit et votre contribution demandait si l'islamophobie n'était pas
légitime
les idéologies ont une prégnance dans les pratiques des gens - leur façon de vivre au quotidien, leur façon de lier des amitiés etc, on ne peut pas les détacher des gens. L'islam n'est pas
seulement une doctrine monothéiste,c'est aussi un ensemble de préceptes lrgement issus des traditions sémitiques proche-orientales. Pour ma part je ne méprise ni l'islam, ni les opinions de
droite, ni le raélisme, parce que ce sont des productions intellectuelles issues de pratiques et qui déterminent à leur tour des pratiques. Je peux souhaiter que l'humanité dépasse tout ce qui
dans ces doctrine nuit à une certaine émancipation (c'est à dire à l'appropriation du sujet par lui même, mais du sujet dans sa dimension collective) mais pas du tout leur éradication par la
violence fût-elle la violence de la loi

je ne vois pas l'intérêt de dire que l'Islam s'est répandu par la conquête
c'est comem si vous disiez que les Gaulois ont is à sac Rome au 5 ème siècle av JC, ce qui en soit justifierait que 5 siècles plus tard, César ait mené une campagne dans laquelle, selon les
historiens, 1 millions de civils gaulois seraient morts et autant réduits en esclavage

Vous me prenez pour un abruti en feignant de croire que pour moi l'histoire se résume à la colonisation. Mais il est vrai que vous n'avez sans doute pas lu mes bouquins d'anthropologie. Quand
j'examine un problème actuel qui est celui de la burqa, j'essaie de comprendre l'humanité au point où elle se trouve aujourd'hui, c'est à dire après 5 siècles de colonialisme occidental. Et pour
comprendre cela, la question de savoir à quel point elle en était il y a mille ans n'est pas d'un très grand intérêt. Mais évidemment, il est plus commode, non content de refuser d'entendre les
porteuses de voile et leurs frères (tous ces gens dont la parole n'est pas seulement difficile à entendre, mais aussi pour eux-mêmes difficile à formuler tant leurs mots ont été pulvérisés), de
traiter en plus d'abrutis les rares personnes qui essaient de comprendre leur point de vue.



D
Hum, outre le fait que je me demande comment on peut bien "prouver" le caractère raciste de l'islamophobie (ou alors il faudra qu'on s'échange nos définitions du racisme), je préviens que je n'ai pas dit "combattre l'islam est aussi juste que naguère le christianisme". Je dis que chacun à le droit d'être opposé à l'idéologie islamique comme à l'idéologie chrétienne, ou au contraire de s'opposer à l'athéisme. Je suis même interloqué par cette idée qu'il y aurait eu par le passé une lutte "légitime" contre le christianisme (il me semblait que c'était la lutte pour la laïcité qui était légitime), et qu'à l'inverse le refus de l'Islam (ou plus modestement, le refus de devoir faire révérence à celui-ci) serait moins "légitime".
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F

Oui, êtes interloqué parce que justement nous baignons dans le sophisme, et les raccourcis intellectuels (toute la culture européenne baigne là dedans)

Bin j'ai dit que je n'avais pas le temps de développer mais un mot quand même. Sur le racisme.

Dire "j'aime M. X en tant qu'individu, mais je déteste ses croyances, ses coutumes, ses traditions", est un énoncé tout à fait problématique, auquel on peut répondre : vous avez alors une façon
bien abstraite d'aimer M. X. L'énoncé devient encore plus problématique quand on l'étend à une population, surtout lorsque celle-ci est très imprégnée de ses traditions. Dire "j'aime les arabes
musulmans en tant qu'arabes mais je déteste leur Islam, je le déteste en tant que musulmans" me paraît atteindre le comble de l'abstraction, et le comble du refus de l'altérite. Car précisément
l'islam est cet ensemble de traditions qui synthétise toute une série de pratiques coutumières des peuples sémitiques du proche orient (dont le voilement des femmes et la prohibition de la
consommation de porc). A cause de ce qui unit ces peuples à leur traditions, vouloir forcer ces peuples à renier leurs traditions c'est vouloir les "blanchir" comme les chrétiens l'ont fait des
amérindiens en les forçant à la conversion. Il y a à l'arrière plan de cela une forme de racisme, c'est à dire de refus des différences culturelles.

Ensuite pourquoi est-ce que l'analogie avec la christianophobie est un sophisme ? A cause du fait colonial que l'on élide.

Je voudrais arriver à formaliser cela davantage. Mais prenez une population, comme par exemple la population chrétienne d'Europe occidentale au Moyen Age, ce qu'on a appelé la chrétienté. Au sein
de cette population est né un mouvement réformateur qui a commencé à séparer le pouvoir temporel de l'église, puis, après la Renaissance, a même inventé des idéologies antichrétiennes, comme le
déisme, et même l'athéisme, qui se sont progressivement imposées dans cette population. On voit bien qu'il s'agit de réformes idéologiques qu'une population donnée s'impose à elle-même.

Ce n'est pas du tout la même chose, lorsque cette même population, va s'employer à imposer ses idéologies à des peuples qu'elle va conquérir manu militari, dont elle exploite sans vergogne les
ressources (et elle continue aujourd'hui à le faire par le contrôle de l'Occident sur le système économique mondial), et dont elle importe la main d'oeuvre au gré de ses besoins économiques.
Ajouter la dé-culturation religieuse à l'exploitation coloniale et néo-coloniale n'est pas du tout la même chose que de s'imposer à soi-même une réforme idéologique. Bricmont rappelait à ce propos
il y a peu que caricaturer son propre Dieu n'est pas la même démarche qu'aller caricaturer celui des autres - et en ce sens disait il les caricatures de Mahomet n'ont rien de voltairien mais
ressemblent aux caricatures du Kaiser que faisaient les Français pendant leur guerre contre l'Allemagne.

J'admets que l'objectif de l'humanité est d'accéder à toujours plus de rationalité, et donc, autant que faire se peut, à vivre avec le moins possible de croyances religieuses. Mais il appartient à
chaque culture d'atteindre son propre Aufklärung de l'intérieur, comme l'Occident l'a fait, et non pas que l'Occident l'impose (et d'ailleurs il faut admettre qu'il puisse y avoir divers Aufklärung
différents de ceui qu'a connu l'Occident).

Il n'est pas admissible que l'Occident, qui a occupé au terme de guerres cruelles le nord de l'Inde et l'afghanistan, massacré et humilié sa population, tourné en ridicule ses croyances, découpé
les frontières absurdes d'afghanistan et du pakistan, tué dans l'oeuf l'effort de laïcisation des communistes afghans sous prétexte qu'il rendait service à l'URSS, et fait entrer en Europe des
paysans pachtounes pour construire des immeubles sans chercher à les éduquer ni même à connaître leur histoire, veuille maintenant interdire à leurs femmes illettrés de porter la burqa dans
lesquelles elles et leurs frères voient un symbole d'honneur familial. Je dis cela à propos des burqas pachtounes, mais je peux dire la même chose du voile des Algériennes ou des Tunisiennes. On ne
peut pas ressortir Diderot pour légitimer cette violence néocoloniale. Il faut prendre le problème autrement.

Je sais qu'on me dira que ces pachtounes, ces algériennes, à divers moments de l'histoire ont abandonné, et en quelque sorte "surmonté" le voile, au moins partiellement, que le retour au voile est
en partie le fruit d'une "crispation" contemporaine. Plus que d'une crispation, je parlerai moi de la manifestation d'une déception face au cynisme de l'Occident à l'égard du Tiers monde depuis la
décolonisation (cynisme qui est en fait celui du capitalisme, mais un capitalisme dominé par les anciens colonisateurs). Hé bien même lorsqu'il n'est pas en droite lignée le fruit d'une tradition,
lorsqu'il et une "réinvention" moderne de traditions pour manifester une opposition à l'occident, ce voile doit être respecté pour ce qu'il exprime dans ce cas de figure aussi. C'est par là que
passe la reconnaissance de l'altérité. Toute autre voie ne fera que creuser le fossé avec le ex colonisés et deviendra contreproductive par raport à l'objectif d'Aufklärung que l'on peut défendre.
Il n'y a pas d'Aufklärung sans justice, et pas de justice sans reconnaissance de l'autre comme sujet... et sujet autre (sujet qui a son histoire irréductible à la nôtre, sujet à l'égard duquel nous
avons une dette, celle du colonialisme etc)...


D
Je me permets de vous porter une petite contradiction: bien que le projet de Mr. Gérin n'ait sans doute ni utilité ni cohérence, je lui reconnais le mêrite de ne pas céder au fameux "devoir" de "respecter l'Islam". Non, l'islamophobie n'est pas un racisme. L'Islam n'est ni une race, ni une culture (pas plus qu'avoir une culture chrétienne ne signifie être chrétien), mais une idéologie religieuse, et sa diversité tant vantée n'y change rien. L'islamophobie, comme la christianophobie ou l'athéophobie, à condition d'être argumentées, ont leur place dans le débat démocratique, y compris sous leurs formes les plus radicales, celles consistant à dire par exemple que l'on souhaite non pas la réforme de l'Islam mais sa disparition, tant qu'on ne profère bien entendu aucune menace envers les personnes. Et je ne vois pas pourquoi le refus de l'idéologie islamique aurait moins sa place à gauche qu'à droite.
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F

Nous progressons ici dans la radicalité de l'interrogation en posant clairement la question "l'islamophobie n'est elle pas légitime ?". Je répondrai dès que j'aurai un peu plus de temps à
DiodoreChronos en essayant de démontrer que les deux énoncés qui soustendent son commentaire "l'islamophobie n'est pas un racisme" et "le combat contre l'islam est aussi légitime que, jadis, celui
contre le christianisme" reposent en fait sur des sophismes. Mais c'est un peu long à démontrer. J'y reviendrai donc plus tard.


D
L'interdiction du nikab, ce n'est pas "le sociétal (qui) remplace le social" (argument typique pour rejeter une mesure antisexiste lorsqu'elle n'est pas jugée assez "lutte des classes"), c'est une mesure légitime de protection des individus. C'est un devoir de l'Etat, et il est plus que temps de s'y mettre avant que la situation n'empire."Ce sinistre projet est clairement islamophobe, c'est le projet des petits bourgeois donneurs de leçons occupés par leur "mission civilisatrice".  C'est dramatique." Idem, le coup des "petits bourgeois" Vs anti-impérialisme "culturel", je n'y crois pas une seconde. Si c'est une "culture" d'enfermer sa femme dans un sac à patates, alors oui je suis pour l'extinction de cette "culture". A l'instar des militants de LO (qui ne sont pas du tout des petits bourgeois), je n'éprouve aucune honte à prôner cette "mission civlisatrice", qui se fait sur le territoire français : cela relève de la souveraineté nationale, donc ça n'a rien à voir avec le colonialisme pseudo-civilisateur auquel fait référence l'expression par toi choisie – argument qui devrait te toucher, je pense. "Je n'ignore pas que beaucoup de femmes sont victimes du machisme dans les pays musulmans, et que la burqa fonctionne comme une prison pour beaucoup d'entre elles."Et bien c'est PAREIL en France. Qu'est-ce que tu crois ? Qu'une fois passée la frontière française, le voile passe d'un statut d'instrument d'enfermement de la femme à un statut d'habit culturel "neutre", voire même (laisse moi rire jaune) de signe de rébellion politique (c'est bizarre, je n'ai jamais vu de femme voilée dans un quelconque syndicat...) ? Non. Il faut être un peu sérieux. L'enfermement religieux est un des plus grands freins à la prise de conscience politique. "Tout ce qui ne conduit pas à l'incitation au viol et à la corruption des mineurs doit être autorisé."Je crois halluciner. C'est exactement le discours des ayatollah qui imposent la burqa ou le nikab. Un string, c'est de l'incitation au viol ? Il faut l'interdire alors. Ainsi que les décolletés. Et après ce sera la jupe, le pantalon (qui moule les fesses, vite imposons le sac patate à toutes les femmes). Une femme n'a pas à être accusée d'incitation au viol parce qu'elle s'habille de façon sexy, "trop" court, ou "trop" vulgaire. Ce sont les violeurs qui sont coupables, pas les femmes victimes de viol. Les pro-nikab, qui considèrent qu'une femme en robe est trop impudique, sont des malades mentaux qui ont de sérieux problèmes avec le contrôle de leurs pulsions sexuelles."En outre je ne peux pas ignorer que 1) le port de la burqa ou du voile intégral est très minoritaire en France, même parmi les musulmanes"Il l'est de moins en moins. J'habite Paris, 19e arrondissement. Je croise tous les jours des voiles, régulièrement des nikabs. J'ai envie d'exploser à chaque fois que je vois des nikabs, car porter ce sac poubelle ignoble qui te coupe du reste du monde comme si tu avais la gale, ca signifie clairement : "la femme est inférieure à l'homme, elle ne doit pas montrer sa pilosité (l'homme, lui, il peut), elle doit restée cachée, elle est la propriété de l'homme et elle doit fermer sa gueule". C'est intolérable."certaines femmes musulmanes souhaitent sincèrement porter ce vêtement qu'elles rattachent à leur tradition."Oui, et beaucoup de femmes battues refusent de porter plainte contre leur mari. ALors il faut rien faire ? "Si l'on veut libérer les femmes musulmanes, attachons nous à les instruire, elles et leurs frères, leurs maris, et à leur faire une place dans notre société, plutôt que de leur imposer la violence de la loi."Faire une place dans notre société, ok, comme pour tout le monde (je suis pas musulman et pourtant j'en bave). Mais je ne vois pas comment instruire des femmes de 30 ans (elles ne vont plus à l'école depuis longtemps) si on les laisse dans leur prison en tissu. Comment veux-tu parler d'émancipation à une interlocutrice qui n'a "pas le droit" (inch'allah) de parler aux "étrangers" (c'est-à-dire : tout le monde, sauf la famille proche) ?"Et avant même que de les libérer, commençons par les entendre."On ne peut pas les entendre si on ne les libère pas, puisqu'elles n'ont pas le droit de parler aux "étrangers"."Le "projet civilisateur" n'est pas à sens unique, et nous avons aussi à nous laisser "civiliser". Entendons notamment ce qu'ont à nous dire les peuples musulmans."Je suis ouvert aux échanges interculturels, mais pas à ceux du type "vive le nikab", ou "laissons faire les mutilations sexuelles"."Quand certaines de leurs autorités cultuelles expliquent que les femmes occidentales ploient sous la dictature de la séduction, de l'apparence, du corps mince, du maquillage, du narcissisme et de la volonté de plaire, n'ont-elles pas raison ? Si une loi veut règlementer la "dictature" de la burqa, ne doit-elle pas aussi alors règlementer celle de l'industrie de l'habillement, et celle de l'industrie de la nudité, qui créent tant de frustrations et tant d'inégalités entre femmes jeunes et vieilles, belles et laides ?"Tiens, ne disais-tu pas plus haut que tu te voulais "libéral" en matière de tenues vestimentaires ? Les femmes et les hommes (car, là, il y a égalité), s'habillent avec des vêtements mettant en avant leur beauté corporelle ne sont pas liberticides, contrairement aux intégristes pro-burka.Les "inégalités" physiques (qui sont assez subjectives) n'ont pas à être interdites. Sauf à vouloir vivre la super époque maoïste des tenues asexuées identiques pour tous. Ce n'est pas mon projet de société."N'y a-t-il point là un enfer pour les femmes qui n'a peut-être rien à envier à l'enfer de la burqa ? Si le voile, intégral ou non, est pour certains un moyen de soustraire les femmes à la loi de leur marchandisation, c'est un argument que l'on doit entendre, autant que celui des féministes occidentales qui y voient un instrument d'aliénation sans trouver pourtant à redire à la dictature du string."Si t'as pas envie de porter un string, t'es pas forcée de t'habiller en sac à patate. Il y a un juste milieu.Je trouve que dans ta critique de la "sexualité marchande", il y a un regretttable amalgame entre critique de la société de consommation/spectacle et condamnation du libertinage. On peut refuser les conneries phallocrates de "Biba" et aimer s'habiller de façon excitante. Nous, les hommes, n'avons pas à faire la morale aux femmes, d'autant plus que nous sommes autant sinon plus lubriques que ces dames. On peut être féministe et aimer porter des minijupes, bon sang.Denis
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F

Merci pour ton commentaire constructif, avec lequel je ne suis pas d'accord, mais qui conduit à préciser certaines choses. Je ne voudrais pas y répondre trop longuement pour ne pas dissuader
éventuellement d'autres lecteurs d'ajouter leur point de vue. Je veux juste préciser un ou deux trucs

D'abord oui je suis libéral sur l'habillement, et je ne veux ni loi contre les burqa ni loi contre les minijupes. La loi ne se justifie que lorsque les tenues "conduisent à l'incitation au viol et
à la corruption des mineurs", ai-je dit, et j'ai une conception restrictive de cela : en gros je n'accepte de loi que pour banir la nudité et l'exhibition sexuelle dans les lieux publics, toutes
les autres tenues (mnijupe, décolleté,burqa etc) sont hors champ de la loi de mon point de vue.

MAIS en effet, si certains Cromwells attardés veulent légiférer sur la burqa, ALORS, pour être conséquents sans verser dans l'islamophobie ils devront aussi légiférer sur la minijupe.

Je précise aussi que mon jugement "ne peut tombrer sous le coup de la loi que ce qui incite au viol" n'a rien à voir avec l'intention subjective (la femme qui s'habille ainsi veut-elle ou non
le viol ?), mais simplement avec l'effet objectif (la tenue statistiquement pousse-t-elle ou non au viol ?) et encore une fois dans mon esprit cette remarque visait surtout la nudité publique (bien
que les nudistes soutiennent que la nudité finit par stérilier le désir, mais j'en doute). Ca n'a rien à voir non plus avec le libertinage, une option pour laquelle j'ai la plus
grande sympathie et qui lui relève de la liberté personnelle de chacun dans l'espace privé (le débat sur la burqa porte sur l'espace public, dans la rue)

Pour ce qui est "territoire français" comme tu le dis, nous avons importé en son sein des blocs entiers de cultures issues de nos anciennes colonies ou de celles de l'Angleterre pour faire
fonctionner notre économie, sans aucun effort sincère de disséminer ces blocs dans les beaux quartiers de Neuilly Auteuil Passy. Nous ne pouvons pas aujourd'hui ignorer les homogénéités culturelles
que nous avons ainsi créées et tirer dessus à boulets rouges avec nos lois et règlements au nom d'une "unité de la République" que nous n'avons pas voulu réaliser dans les faits par une
politique économique adéquate.

Enfin pour la question du dialogue, tu as raison : le dialogue avec des femmes murées n'est pas une affaire simple. Mais encore une fois, il ne faut pas perdre de vue que nombre de ces femmes
choisissent ce mur, et y trouvent autant de bein-être que d'autres dans le libertinage. La violence de la loi ne règle rien. Il faut une volonté politique de dialogue, et partir du principe que
nous n'avons pas en face de nous des abrutis : tout le monde peut apprendre à tout âge - les femmes de 30 ou 60 ans, comme nous mêmes. Il faut utiliser les médiations adéquates, et passer les
compromis nécessaires. C'est à dire aussi, n'ayons pas peur de le dire, dialoguer avec les frères, les pères et les cousins, si ceux-ci veulent être les interlocuteurs obligatoires pour parler
de la bruqa. Et aussi, dialoguer avec les autorités religieuses qui ont une influence sur ces personnes. Le dialogue, c'est de l'écoute mutuelle, du donnant-donnant : par exemple "j'arrête de
t'agresser sur la Palestine, sur l'Iran, j'arrête mes caricatures laïcardes, et toi tu essaies de voir s'il n'y a pas la possibilité d'un autre rapport homme-femme ici, avec éventuellement un peu
moins de tissu". Ce dialogue est nécessairement compliqué, mais c'est un défi à relever. Et pour le mener à bien, on ne peut pas se crisper sur l'intransigeance et le spectacle de sa propre "pureté
idéologique" qu'on veut rattacher aux origines de la République, aux Lumières etc. De mon point de vue, le temps de l'unilatéralisme est terminé.

Mais je laisse encore un peu de place aux commentaires avant qu'on puisse éventuellement à nouveau revenir sur tous ces points.