Mercredi 15 juillet 2009
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Voici le commentaire que Parutions.com vient de faire de mon livre... /
http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=6&srid=63&ida=11156
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En avril 2007, Frédéric Delorca reçoit un courriel l’invitant ainsi que d’autres destinataires de ce courrier d’un ami, enseignant de l’Institut national des
langues et civilisations orientales, spécialiste de la Pologne, à visiter la Transnistrie l’été suivant lors d’un voyage collectif d’intellectuels anti-impérialistes. Curieux de nature et amusé par
la perspective d’aventures improbables dans l’ex-Union soviétique, désireux aussi de s’informer sur place et par lui-même de l’état des sociétés est-européennes, notre sociologue-politologue de
gauche, quadragénaire militant à ses heures, romancier depuis lors, décide de s’embarquer pour une destination qui n’a rien de ce qui fait un produit-phare de l’été auprès du public du tourisme de
masse. Voilà qui nous vaut un récit de voyage un peu dépaysant, pleins de remarques intéressantes en tous genres et de surcroît bien écrit.
La Transnistrie, il n’est peut-être pas inutile de le rappeler, est une région coincée entre l’Ukraine (à l’Est) et la Moldavie : faisant sécession de cette dernière, la Transnistrie est une
république… autoproclamée. État atypique en ce qu’il a rétabli (ou gardé) ses structures soviétiques (moins le parti unique!) : kolkhozes, soviet suprême et emblèmes de l’époque communiste ! Une
des raisons de ce voyage est justement de comprendre les raisons de ce phénomène curieux, à l’âge de la mondialisation capitaliste généralisée : la résurrection d’un modèle enterré, la formation
d’un État aux références désuètes et de surcroît dénoncées par mass media et doxa universitaire. Les Transnistriens sont-ils fous ? La presse et les télévisions présentent d’ailleurs ce pays comme
une résurgence inquiétante du totalitarisme qu’on croyait liquidé en Europe, voire des heures sombres du stalinisme !
Une autre raison à ce voyage est l’intérêt de Delorca pour le phénomène régionaliste et les tendances sécessionnistes que la mondialisation – les géopoliticiens le savent – encourage par sa logique
triple d’internationalisation économique et de libre-échange, de valorisation différenciée et hyper-sélective des espaces utiles (au détriment des «autres» devenant «périphéries» voire «marges» en
déclin ou en déshérence) et de remise en cause des États et des nations qui font figures d’héritages historiques embarrassants et de freins au progrès : ces promesses alléchantes de développement
autocentré rapide pour qui possède les bonnes cartes dans son jeu sont de vrais «pousse-au-sécessionnisme» pour des régions qui, oubliées auparavant ou obligées à une solidarité nationale, ont
intérêt, au moins pendant un temps, à s’affranchir des cadres antérieurs. Problématique contemporaine de grande actualité et porteuse de grandes tensions, voire de chambardements : les Belges en
savent quelque chose… A la clé, rien moins que la dissolution des États et la guerre parfois. Les États qui refusent de se dissoudre opposant alors l’histoire et leur idéologie nationale qui sera
caricaturée en nationalisme forcément génocidaire, cause des épurations ethniques, bref l’épouvantail bien connu de nos idéologues libéraux mondialistes !
On aurait pu certes, et ce au nom des valeurs dominantes des droits de l’homme et de la démocratie justement, se demander si la solidarité entre régions, tant vantée dans le cadre de la
construction européenne par exemple, n’était pas mieux assurée par le maintien des vieux États (devenus ou devenant démocratiques et, soit, plus ou moins fédéraux) que par l’explosion des
particularismes égoïstes ; la lecture de ces faits par la majorité des instances de la mondialisation va bizarrement dans l’autre sens de façon assez unilatérale... A qui profite le «crime» ? Comme
s’il fallait faire disparaître avec les États-nations, diabolisés, l’État lui-même, au moins au niveau où il est autre chose qu’un atome sans capacité d’action…
Et justement la Transnistrie sécessionniste est l’exception qui confirme la règle ou le cas-limite qui prouve la loi : n’est-ce pas parce qu’elle regrette l’État social protecteur et un certain
égalitarisme soviétique qu’elle est dénigrée dans la presse libérale «démocrate», cette république bien inoffensive, qui ose ne pas s’aligner sur les critères de ce «meilleur des mondes» des riches
et de l’individu aliéné à la marchandise, de la «mondialisation heureuse» ? (On pourrait relire ici, à titre de cadre heuristique, l’excellent Jean-Claude Michéa sur «le moindre mal» comme
idéologie néo-libérale de notre temps !).
Ces carnets de voyage sont pourtant moins une démonstration qu’une enquête vivante de sociologue empirique et de politologue de terrain, qui décrit avec précision et finesse les lieux et les
situations et raconte visites et rencontres avec humour et humanité. Le tout agrémenté de photographies en couleurs. Bon été en Transnistrie !
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