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Le blog de Frédéric Delorca

Post festum - Nicaragua-Bolivie

14 Septembre 2009 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Colonialisme-impérialisme

Désolé, mais tard le soir il n'est pas possible de monologuer devant une caméra. Je dois donc retrouver le clavier.

La Fête de l'Humanité me pose beaucoup de questions sur ce que je peux faire et ne pas faire dans mes nouvelles fonctions au milieu de la "middle class" communiste du "9-3", un milieu dont je n'ai pas les codes (mais de quel milieu ai-je les codes ?) et dont certaines caractéristiques m'inquiètent. Mais je crois avoir suffisamment de recul à l'égard de tout pour pouvoir tenter d'y faire une ou deux choses utiles, très modestement.

 

J'ai été content de pouvoir revoir à cette fête toutes sortes de gens qui comptent dans mon horizon. Mais j'ai aussi été heureux d'évoluer principalement autour des stands du NIcaragua et de la Bolivie. Je sais qu'il est toujours artificiel de chercher la Vérité chez l'autre (ou le grand Autre), et de fuir dans l'exotisme. L'étanger est d'autant plus séduisant qu'il est investi dans des rapports sociaux qui nous touchent moins directement : on ignore une partie des langages intellectuels et corporels à travers lesquels les mépris et les haines s'expriment dans son pays, on en est donc "prémuni" en tant qu'observateur extérieur. Par delà cette facilité de choix de l'Autre et de l'ailleurs, je persiste cependant à penser que l'Occidental, pour guérir de son propre dogmatisme, a besoin du détour par son contraire, par celui qu'il a construit comme son contraire, comme une brute à asservir. On m'objectera peut-être qu'au contraire c'est par le détour par autrui que le Blanc européen in fine légitime sa tyrannie, parce qu'il croit que le détour suffit à légitimer son universalité. Je n'en suis pas convaincu. En tout cas à titre personnel, j'ai besoin de cet ailleurs.

J'avais besoin de cet air nicaraguayen confiné dans le pauvre chapiteau de l'association "Adelante", et de la saveur andine de la tisane de coca qu'on me servit en fin de fête de l'Huma, mêlée à du rhum Habana club, sous le délicieux nom (inventé ad hoc au milieu des débats du weekend) d' "ALBA libre". J'ai besoin de vous parler de ce petit-fils de Républicain espagnol comme moi, qui fut naguère apprenti-chercheur, et aujourd'hui  carreleur pour nourrir sa famille (enfin des intellectuels qui ne crachent pas sur le travail manuel ! je n'en ai pas connu beaucoup dans les décennies antérieures, les diplômés-chômeurs de mon entourage préféraient le RMI je crois). Je l'interviewerai prochainement sur le Nicaragua sandiniste de la grande époque, qu'il a connu directement.

J'ai besoin aussi de faire ici la promotion du documentaire militant du chilien René Davila sur le mouvement social en pays aymara bolivien. Une interview en français de lui existe déjà ici, et son blog en espagnol . Un documentaire techniquement très correct, politiquement consistant, et poétiquement ouvert à toute la réalité de la terre bolivienne combattante. Cela s'appelle Bajo los volcanes - voici la bande annonce en espagnol (le film est doublé en français) :


J'ai pu discuter avec l'un et l'autre samedi. J'ai aussi échangé quelques mots avec Sergio Cáceres, rédacteur en chef de la petite édition française du journal bolivien Le Jouet Enragé (El Juguete Rabioso). Sergio a collaboré au quotidien Etat d'urgence dirigé par Michel Sitbon et a co-traduit le dernier livre de Zibechi sur la Bolivie chez l'Esprit frappeur. C'est donc la mouvance libertaire des anti-impérialistes. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec eux, mais Sergio fait un travail très utile, notamment à l'ambassade de Bolivie en France comme conseiller. Il suffit de lire l'attaque dont il fait l'objet de la part d'un bourgeois de La Paz sur Indymedia pour comprendre que des hommes comme lui dérangent le lobby entrepreneurial (et récemment sécessionniste) de Santa Cruz (auquel il est fait allusion dans le billet)... et qu'il faut donc les soutenir.

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O
"je persiste cependant à penser que l'Occidental a besoin du détour par son contraire, par celui qu'il a construit comme son contraire, comme une brute à asservir, pour guérir de son propre dogmatisme. On m'objectera peut-être qu'au contraire c'est par le détour par autrui que le Blanc européen in fine légitime sa tyrannie, parce qu'il croit que le détour suffit à légitimer son universalité."Je rentre du nord de l'Irak, puis de Jordanie et du Liban où je suis allé dans les camps palestiniens (Irbid, Zarka et Chatila). J'aurais tendance à dire que les deux mouvements que tu évoques sont à l'oeuvre, en même temps - ce qui se déconstruit dans un sens menace toujours de se reconstruire autrement, et que cet autre, quand on se débarasse de soi (ici, moi comme "sioniste"), semble comme nous réinventer, nous reconstruire dans notre violence première.Je me souviens comme ça dans une école de Zarka, je photographiais les gosses qui jouaient, et j'étais submergé par mon émotion (je pensais à mon père qui avait été un enfant réfugié). L'instituteur m'accusa alors de photographier les enfants parce qu'ils jouaient avec un pistolet, et que je continuais ainsi "d'obéir à (mes) maîtres", à fabriquer une image des palestiniens conforme à l'image que les occidentaux ont d'eux. Que j'eus fait ce voyage contre tout ce qui m'avait construit ne pouvait venir à bout de ce que nous étions, l'instituteur et moi. Face à cet échec, je pensais à toi, à l'échec de nos quelques échanges.Sur ces photos pourtant, non, on ne voit pas les pistolets des gosses. On voit les gosses.
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F
<br /> Ce que tu dis là est très profond comme souvent (et comme toute ta démarche de rencontre de l'Autre, un appareil photo à la main, depuis plusieurs mois). Et le processus que tu décris, où<br /> chacun semble finalement renvoyé à sa catégorie initiale, et à la violence du rapport d'altérité, est sans doute inéluctable. Et cependant je n'adhère pas à ta conclusion. Dans les rapports humains<br /> il n'y a jamais de réussite complète, ni d'échec complet. Il n'y a que du "mélange" comme eut dit un philosophe grec, et il faut faire avec ça. Malgré le retour de l'instituteur à la violence, tes<br /> photos sont là. Tu as été "resionisé" "ré-occidentalisé", et cependant tu reste quand même un ex-sioniste, ou un ex-occidental qui a porté ailleurs son héritage culturel, qui a retourné cet<br /> héritage comme un gant. "Même Dieu ne peut pas faire que ce qui a été n'ait pas été" (Augustin dit "Saint Augustin")<br /> <br /> <br />