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Le blog de Frédéric Delorca

Entre-deux-tours

4 Mai 2007 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Le monde autour de nous

Personnellement je n'ai pas voté au premier tour, et ne voterai pas au second. Comme Jacques Rancière, je pense que la démocratie véritable doit reposer sur le tirage au sort (ce qui suppose une très bonne éducation des citoyens, et un sens civique élevé de tous) et non sur le suffrage universel.

L'élection de Nicolas Sarkozy dimanche prochain paraît de plus en plus probable.

On en connaît les raisons : l'extrême gauche française n'a pas su s'unir (ce qu'on sentait venir depuis tres longtemps), le parti socialiste est lamentable (il se dote d'une candidate inconsistante et droitière) et le peuple français n'a aucune compréhension profonde de la politique (ils se rendent en masse aux urnes pour plebisciter les candidats du système qu'ils avaient condamné dans leur référendum de 2005, et ils choisissent la candidate socialiste pour défendre le front anti-sarkozy au second tour alors que tous les sondages indiquent que pour ce faire c'est F. Bayrou le bon candidat, le candidat du vote utile)

Le résultat est que Nicolas Sarkozy a réalisé un bon score au premier tour (il a fait 25 % dans les quartiers populaires ex communistes) et a toutes les chances de son côté pour le second. Personnellement je ne crois pas qu'il y aura de "3 eme tour social", car les forces de gauche en France qui ont fait beaucoup pour sauver une flamme altermondialiste depuis 7 ans sont essouflées faute d'avoir rencontré un soutien populaire actif autrement que dans des feux de pailles (le réferendum de 2005, le CPE)

Bref la France paraît mûre pour une cure de néolibéralisme "décomplexé", avec un temps de décallage par rapport à ses voisins européens (Angleterre,Espagne, Italie). Paradoxalement, c'est vers l'Allemagne, pays où l'extreme gauche s'est unifiée et où le peuple a refusé une majorité claire à Merkel pour son programme ultralibéral, que s'est déplacé le "Volksgeist" de la gauche - pour parler comme Hegel...

Je ne suis pas absolument certain que Nicolas Sarkozy sera aussi dangereux qu'on le dit. Le pouvoir pourrait bien l'assagir. Même en politique étrangère, il n'est pas exclut qu'il ne soit pas autant le "candidat des Etats-Unis" comme on le dit, car il devra composer avec des secteurs de l'UMP (Alliot Marie) et de l'appareil d'Etat (le Quai d'Orsay) qui ne sont pas des inconditionnels de George W Bush. D'ailleurs son discours s'est infléchi depuis le ralliement des villepinistes : il a même assuré Hosni Moubarak du fait que la politique française au Proche-Orient ne changera pas (il est vrai que déjà sous Jacques Chirac cette politique fut très pro-américaine, au Liban notamment).

Le train de la libéralisation et de la marchandisation va s'accélérer en France, c'est certain. La force du lien social, la qualité de l'éducation, des politiques de santé publique, etc. s'en ressentiront. Mais ce ne sera sans doute pas un cataclysme, tout comme le berlusconisme ne fut pas en Italie la catastrophe fasciste que certains annonçaient (ces excès de langage et de jugement ne font que discréditer les alternatives progressistes).

Reste à la gauche française à réfléchir profondément à son rapport au néo-libéralisme. Il est clair que depuis 25 ans, elle ne sait qu'en accompagner le mouvement sans proposer de véritable alterative (même Lutte ouvrière affichait un programme purement réformiste dans sa campagne). La traversée du désert de la gauche sous Nicolas Sarkozy peut-elle préparer un modèle de réforme sociale plus radical que ce qui a été envisagé dans les années 2000 (y compris dans les rangs des "altermondialistes" ?). On aimerait le croire...

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