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Le blog de Frédéric Delorca

A propos des manifs (suite)

13 Octobre 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Programme pour une gauche décomplexée

Un ami marxiste m'écrit : "Dans la situation actuelle, je ne vois que deux aboutissements à terme : l'effilochement ou la grève générale et totale, genre mai 1968, ...qui permettrait d'annuler aussi toutes les dettes (qui aujourd'hui vont paralyser le mouvement : les gens sont étranglés par les rembourements de crédits). Grève insurrectionnelle de fait donc, "illégale", pour défaire le droit bourgeois au moins à cette étape, sur la question des dettes. Exiger de renflouer les surendettés comme le gouvernement a renfloué les banques.
 
Je pense que le prochain cheval de bataille de la lutte de classes devrait être le combat contre le crédit, l'usure et le surendettement. D'abord sur le terrains des aides auprès des personnes concernées, concrètement, puis de leur mobilisation pour une annulation des dettes et une suppression des taux de crédit usuraires ...bref une lutte contre l'essence même du capitalisme .."

 

L'argument est intéressant. On peut admettre, même sans être marxiste (je ne le suis guère pour ma part), que la base matérielle joue un rôle très important dans les grèves, même si elle n'est pas l'unique facteur.

 

programme-pour-une-gauche-copie-1.jpg

Pour ma part, je maintiens comme je le disais hier qu'on est à un point intéressant de la dramaturgie de l'histoire du peuple français. C'est sans doute une des dernières fois (une des dernières avant un hypothétique grand effondrement financier, mais ça nul ne sait s'il arrivera) où les Français peuvent tenter d'agir sur leur destin collectif par une action de masse, avant de tomber complètement dans le désespoir capitaliste (les dettes, la marchandisation de tout, l'atomisation, le cynisme généralisé).

 

Je crois qu'ils en ont obscurément conscience. Cette mobilisation ils ne peuvent pas se permettre de se la faire voler. En même temps leurs "élites" (à gauche) sont incapables de donner une forme quelconque à leur combat (même pas l'option "chaviste" de Mélenchon, qui est pourtant la moins mauvaise à gauche).

 

Ca ne peut basculer dans l'insurrection (la grève générale) que si la violence s'installe : contre les manifestants, contre les policiers etc, et surtout si la violence d'Etat empêche les classes moyennes de se coaliser derrière Sarkozy contre les "radicaux". L'entrée en lice des jeunes peut être un facteur d'introduction de cette violence. A condition que ceux-ci soient motivés pour faire payer à Sarko, à travers la question des retraites, tous les mauvais coups qui leur ont été infligés depuis des années (autonomie des universités et autre "réformes" anti-jeunes). Mais la retraite, sujet très éloigné des préoccupations d'un jeune de 20 ans, n'est pas forcément le meilleur thème... Heureusement Ségolène, toujours plus atypique que les caciques du PS, sait les remobiliser (cf ci-dessous).

 

Donc pour ma part je pense que la balance penche plutôt du côté d'un pourrissement de la situation à la grecque (avec tous les effets de désagrégation du lien social à long terme que ça impliquera) plutôt que de "re-gauchisation" même timide de la société (sans même parler d'insurrection) telle qu'on l'avait connue à la fin des années 1990. Mais il ne faut jamais parier sur le négatif. Donc voyons ce qui va "s'inventer" dans les semaines qui viennent.

 

 

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P
<br /> Bonsoir, Pour avoir manifesté sur Paris hier, et beaucoup écouté les gens, une chose m'a frappée: pour la première fois depuis très longtemps, il y a cette volonté de défendre des intérêts communs<br /> en brisant les frontières générationnelles, sociales, culturelles... Je crois que sarkozy n'a pas compris que la politique du "diviser pour mieux régner" présente un seuil à ne pas dépasser. Par<br /> ailleurs, la détermination des manifestants était impressionnante, tout de même que leur prévention, ô combien lucide, contre la "gauche". Le possible effet pervers de cela: un vote extrême droite,<br /> à redouter d'autant plus que Marine Lepen est loin de manquer de subtilité. Et, quels sont les intellectuels qui, aujourd'hui, oseraient s'engager politiquement? Certainement pas ceux faisant<br /> partie du top 20 publié par Marianne! Alors, soyons vigilants. C.Poncet<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Oui, c'est vrai, il se noue ici une solidarité intergénérationnelle "ascendante" comme la solidarité "descendante" constatée pendant les manifs anti-CPE. J'avoue ne pas avoir trop lu ce que dit<br /> le FN sur le sujet. C'est plus l'anomie et l'apathie politiques qui m'inquiètent en cas d'échec du mouvement. Mais bon, encore une fois, de l'imprévu peut surgir dans les semaines qui<br /> viennent. L'histoire (je n'ose pas mettre de majuscule) est faite de ça.<br /> <br /> <br /> <br />