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Le blog de Frédéric Delorca

Amalgames sexualité/néo-libéralisme

25 Janvier 2011 , Rédigé par Frédéric Delorca

Je suis un peu surpris par la tonalité très pudibonde des articles qui critiquent les soirées festives de M. Berlusconi, lesquelles rappellent les dépucelages de César Auguste, les soirées de Tibère, ou celles des Borgia. A croire que nos journalistes ont tous 60 ans ou écrivent pour des gens de cet âge.

 

Je préfère le commentaire de Rocco Sifredi : «La vérité, c'est que les Italiens sont fiers de quelqu'un comme Berlusconi qui a 74 ans, adore le sexe et a une bonne vie sexuelle, et je ne parle pas seulement des Italiens de la classe ouvrière.»

 

J'observe une confusion grandissante entre exploitation néo-libérale et liberté sexuelle, entretenue notamment par des gens comme Dany-Robert Dufour. Peut-être certains responsables politiques comme M. Nicolas Sarkozy et M. Frédéric Mitterrand encouragent-ils par l'étalage de leur libertinage à côté de mesures gouvernementales antisociales ce genre de confusion, mais je ne suis pas sûr qu'à terme la société y gagne. Tout ce à quoi peut aboutir ce genre d'amalgame c'est de nous faire avoir un libéralisme économique identitaire, familiariste et puritain façon parti républicain étatsunien en lieu et place du libéralisme économique de tendance moralement libertine que nous avons en France aujourd'hui, je ne crois pas que ce sera un grand progrès.

 

Il existe toutefois une bonne nouvelle au milieu de tout ça : la sortie des Simpson's en version hard core. Une grande contribution de la culture italienne au monde de notre époque, et la preuve que le X ne se réduit pas au Gonzo.

 

 

 

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L
<br /> <br /> Oui, c'est ça. Et l'appétit sexuel de Berlusconi, en soi, ne me dérange pas, même si je préférerais qu'il soit frustré et en taule plutôt que satisfait dans un plumard. C'est mon appétit de<br /> vengeance qui parle.<br /> <br /> <br /> Ben sûr, je ne m'attends pas à lire dans les journaux grands publics une mise en perspective intéressante de l'affaire, vue sous l'angle du nihilisme ou de la décadence par exemple. Et c'est<br /> justement ce que je critique : on est dans le pur people, avec un discours superficiel qui s'accomode finalement assez bien de la situation (pas de critique de la prostitution, pas de réflexion à<br /> portée générale : on se focalise sur le cas particulier, sur l'histoire individuelle).<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> On est d'accord.<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> <br /> La banalisation de la prostitution elle est bel et bien là : dans l'apparition de la "téléralité", dans le développement du people trash, dans la victoire des valeurs de la jet set, du rap bling<br /> bling et des requins de la finance. Avant, une icône pop devait produire un minimum de qualité artistique pour être reconnue (Dalida), aujourd'hui cette célébrité appartient aux personnalités<br /> narcissiques prêtes à tout pour se faire remarquer. Celles-ci n'ont pas de pensée, pas de réflexion sur le sens de leurs actes, de leur vie. Et les spectateurs restent admiratifs devant ça.<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Donc d'après toi le problème, c'est plus le narcissisme des nanas qui jouent les call girls et s'en vantent dans la presse comme des stars de télé réalité, et le fait que la société érige ça ne<br /> modèle, que la voracité sexuelle de Silvio ? Mais la presse p(h)arisienne, elle, condamne surtout le chef et pas les filles<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> <br /> Ce qui me révolte le plus -- mon discours n'est pas misérabiliste mais révolté --, ce n'est pas le cas particulier d'une prostituée de luxe, c'est un mouvement général de banalisation/acceptation<br /> d'un système de soumission particulièrement dégradant. Avec le développement exponentiel de la presse trash, de plus en plus de gens intègrent le discours suivant : il est normal que<br /> certains (footballeurs, politiciens pourris, starlettes débiles, rentiers) gagnent des millions et que les autres (les filles, sauf maman et soeurette bien sûr) deviennent des putains. Comme si<br /> c'était leur destin naturel. Et ça, c'est un problème culturel profond. C'est même LE problème politique, celui du règne de Pangloss.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Aussi, ma révolte n'inverse pas l'ordre des priorités, puisqu'elle concerne directement la question des classes sociales (en considérant le sexisme comme une modalité du mépris de classe).<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Bien sûr, les Ruby (c'est le nom de la call-girl de Berlusconi) ne sont peut-être pas les plus à plaindre financièrement parlant (il ne faut pas pour autant sous-estimer les éléments glauques de<br /> leur existence : les parents de Ruby la poussaient à se lancer dans cette prostitution "de luxe"...). Mais on ne peut pas ordonner les problématiques comme tu le fais, comme si elles ne<br /> dépendaient pas l'une de l'autre. Si on règle le problème des travailleuses pauvres, on règlera en grande partie le problème de la prostitution. Ce sont les deux faces de la même pièce. Or, ton<br /> article, en classant les critiques dans la catégorie "pudibonderie", taisait le lien entre les deux.<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Pas très convaincu par le lien que tu établis entre les conquêtes sexuelles des grands chefs et une "banalisation" de la prostitution dans la socitété.<br /> <br /> <br /> Des histoires de parties fines autour des chefs j'en ai toujours lu et entendues, vraies ou fausses.<br /> <br /> La multiplication de l'expoitation sexuelle au niveau inférieur - le propriétaire qui loue ou le locataire qui sous-loue une chambre à une étudiante contre prestation sexuelle par exemple -<br /> existe, mais c'est autre chose : le résultat complexe de la précarisation économique libérale, de la mort de Dieu, de la valorisation du corps individuel, de la virtualisation des rapports, de la<br /> diffusion du X et du refus des pouvoirs publics de traiter politiquement la question sexuelle. Ce compositum là est assez distinct des jeux sexuels des mâles du sommet de la hiérarchie sociale,<br /> je crois. La nouveauté des jeux sexuels des mâles "tout en haut", c'est que les partenaires féminines s'affichent et essaient de tirer profit, devant la justice et les médias, de leur<br /> participation à ces jeux (Ribery, Berlusconi).<br /> <br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> <br /> [début du précédent message]<br /> <br /> <br /> Oui mais justement, je croyais qu'aspirer à plus de justice sociale cela revenait à refuser que l'humain soit acculé à des échanges de type "sexe contre nourriture".<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Pour exprimer les choses de façon synthétique je dirais que dans l'ordre de priorité des politiques progressistes, je trouve plus urgent de résoudre le problème des nanas qui bossent de nuit pour<br /> des clopinettes et ne peuvent même pas voir leurs enfants, que celui des filles qui choisissent de passer une nuit à 7000 euros avec le chef de l'Etat. Ce problème se règlera en dernier, je<br /> pense, parce qu'il est loin d'être le plus dramatique dans l'ordre de ce que connaît la condition féminine (d'ailleurs je crois me souvenir que dans certains régimes socialistes les nuits<br /> berlusconiennes existaient aussi).<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> <br /> Et puis objectivement il y a une misère affective et/ou économique bien réelle. Le ton "misérabiliste", ou plutôt révolté, ne convient-il pas à la situation ?<br /> <br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> Pourtant il y a bien un lien entre néolibéralisme et consumérisme sexuel : c'est celui de la relation d'exploitation. Cela est tout à fait différent du libertinage amoureux, qui est une pratique<br /> respectable.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Si Berlusconi, à l'instar d'un Ribery, a pu obtenir des faveurs sexuelles, c'était en échange d'argent. C'est là que réside le problème : aujourd'hui, on habitue les gens à trouver normal que les<br /> filles se prostituent pour pouvoir vivre décemment (ex. des étudiantes pauvres, ou des starlettes). C'est un fondement anthropologique de la nouvelle industrie du spectacle "trash". Je pense que<br /> c'est une philosophie malsaine, cynique (au sens vulgaire du terme) et délétère.<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Oui mais note que le thème "sexe contre nourriture" chez les femmes est ancien, surtout à l'égard des mâles dominants. Je ne pense pas qu'il faille le traiter sur un ton misérabiliste.<br /> <br /> <br /> <br />
E
<br /> <br /> Ah la recherche en sciences humaines, c'est épuisant :-)<br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Dans la recherche on n'est pas toujours au top, y a des jours où on fait juste l'inventaire des ustensiles ;-)<br /> <br /> <br /> <br />