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Le blog de Frédéric Delorca

"Dans les forêts de Sibérie" de Tesson (suite)

19 Janvier 2012 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Lectures

Tesson Siberie livreJe continue de lire Tesson, de méditer sur son témoignage. Et pourquoi pas ? Il y a deux siècles on méditait sur Jean-Jacques. Jean-Jacques pouvait être jugé médiocre, car trop récent, comparé à Plutarque. Tesson ne sera sans doute pas à Jean-Jacques ce que Jean-Jacques fut à Plutarque, ne serait-ce que parce que Jean-Jacques fut le premier à parler des forêts, tandis que Tesson n'est qu'une queue de comète, mais qu'importe.

 

Tesson d'ailleurs assume son côté "caudesque" (in cauda venenum). Il mobilise les références aux grands ermites qui l'ont précédé comme l'Antiquité tardive compilait sans créativité les textes classiques. Il sait qu'il ne peut pas innover, qu'il ne peut que témoigner d'un déclin, d'une fin. De ce point de vue là il joue carte sur table. Bientôt l'érémitisme n'aura plus sa place nulle part, parce qu'il n'y aura point de forêts. Comme il n'y a déjà presque plus de désert depuis que les milices d'Al Qaida ou d'autres guérillas les écument (sauf peut-être en Australie). Tesson est parisien, inexorablement. Touriste parisien à chaque minute de son expérience, mal gré qu'il en ait. Jamais une pensée plus haute que l'autre, jamais un désespoir. Juste un magnétophone un peu fade qui enregistre sans fin les variations de températures, qui se fait un peu peur en se disant qu'il pourrait mourir dans la neige, qui joue les mystique mais ne trouve d'amour que pour les mésanges.

 

Mais au moins tout cela est honnête, sans fard, et bien écrit, avec beaucoup de jolis mots, même si certains reviennent un peu souvent comme le verbe "pulser".

 

Il y a de belles histoires dans ce livre comme ce récit d'une Russe qui a chassé le loup avec des cailloux et ses vaches (p. 88). Je dois à Michèle Julien dont je désapprouve 80 % des écrits mais qui publié chez le même éditeur que moi de m'avoir fait poser un regard nouveau sur les vaches. Tesson va dans le même sens.

 

Il rend aussi justice à ce peuple de fous qu'appelle les Russes, dans des termes voisins de ceux que j'emploie dans mon livre sur l'Abkhazie. Peut-être s'il les avait croisés moins souvent son livre eût-il été plus juste, mais dans le monde actuel les gens sont finalement partout. Notons qu'il ny a pas un mot sur la sexualité dans la première moitié du livre (j'en suis à la page 105) sauf deux lignes cursives sur un type qui se soûle pour la journée de la femme. Preuve s'il en est que la sexualité n'est plus du tout une valeur, aujourd'hui, même lorsqu'on en est privé. Jadis on écrivait des livres entiers sur les fantasmes des ascètes. Il faut intégrer cela à notre réflexion, c'est devenu complètement un non-sujet dans le paysage contemporain, aussi dénué d'intérêt que la gymnastique... A suivre...

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