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Le blog de Frédéric Delorca

Encore un mot sur l'Assemblée des femmes

19 Mars 2010 , Rédigé par Frédéric Delorca Publié dans #Les rapports hommes-femmes

Hier pas moins de trois personnes ont tapé des mots comme "l'assemblée des femmes d'Aristophane" ou "le corps dans l'assemblée des femmes d'Aristophane" pour arriver à mon blog. Cela m'a surpris parce qu'en général les gens qui cherchent des mots clés avec des titres de livres sont des lycéens qui ont besoin d'aide pour leurs devoirs du soir. J'ose espérer qu'une pièce qui parle de fellation et de levrette d'un bout à l'autre n'est pas au programme des lycées, parce qu'alors, cela rendra ces pratiques fastidieuses pour ces jeunes gens, un peu comme le cours d'éducation sexuelle dans Le sens de la vie des Monty Python. Toute leur vie durant ils les associeront à des souvenirs scolaires. C'est le risque lorsque le sexe occupe une position un peu trop affirmée dans la culture officielle (spécialement alors que cette culture garde un côté répressif et carcéral comme en Occident - à la différence de l'Asie traditionnelle où le sexe se logeait souvent dans une méthode d'enseignement bien plus subtile que la nôtre).
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On ne devrait jamais dévoiler les ficelles de son art, mais je dois quand même dire comment j'ai découvert cette pièce d'Aristophane : tout bêtement en parcourant le premier tome d'une encyclopédie Larousse de 1960 en décembre dernier. Elle y était présentée comme une satyre du communisme des philosophes athéniens. Je ne sais même plus si elle portait le mot "sexuel" dans sa présentation. A l'époque les écrits qu'on disait "licencieux" des cultures ou des auteurs qui ne plaçaient pas les tabous aux mêmes endroits que nous étaient le pré-carré d'érudits à la Etiemble qui cultivaient le privilège de l'accès à ces livres rares avec beaucoup de snobbisme. Il n'était pas question d'en faire des sujets du bac. Puis des philosophes s'en sont saisis pour en faire des sujets de réflexion sur le désir ou la consommation : je songe à Deleuze exhumant la Vénus à fourrure de Masoch, ou aux travaux d'Horkheimer sur Sade. A mon avis nous sommes encore très loin de pouvoir arborder Aristophane sans le passif d'une culture qui "ne s'en sort pas bien" avec ses corps, qui ne sait pas s'en dépatouiller. Je ne veux pas dire que les Grecs faisaient nécessairement "mieux que nous", ça on n'en sait rien, mais ce qui certain c'est que les projections des problèmes de notre culture avec les corps, sur Aristophane (ou sur les grands maîtres du taoïsme) sont inévitables, quand bien même nous ferions répéter "bites, couilles, fellation" à nos chers lycéens à longueurs de dissertation.

J'écoutais hier une émission de radio du très controversé Eric Zemmour (un homme intelligent, quoique, comme beaucoup de réactionnaires, il fétichise à l'excès certaines de ses intuitions les plus partielles pour en faire des boucliers contre le monde tel qu'il va). Il disait des choses censées sur les jeunes gens précarisés qui ne bandent pas très bien pour leur jeune compagne, ce qui pousse ces dernières à rechercher des sexes de quadragénaires. Les lycéens ou les étudiants en lettres qui tapent "le corps dans l'assemblée des femmes d'Aristophane" pour parvenir jusqu'à ce blog entrent-ils dans cette catégorie ? Si tel était le cas, on toucherait précisément là au paradoxe le plus profond de notre époque.

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